REVUE
ENCYCLOPÉDIOUE;
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE,
OU
ANALYSE RAISONNÉE
DES PRODUCTIONS LES PLUS REMARQUABLES
DANS LA. LITTÉRATURE, LES SCIENCES ET LES ARTS,
PAR UNE RÉUNION
DE MEMBRES DE L'INSTITUT,
ET d'autres hommes DE LETTRES.
{^toiè lèi iicj QjXomiecj . )
TOME XIL
PARIS,
AU BUREAU CENTRAL DE LA REVUE ENCYCLOPEDIQUE,
Rue d'Enfer-Saint-Michel, n'' 18.
ET CHEZ ARTIIUS BERTRAND, RUE HAUTEFEUILLE , N° 25.
LONDRES. TREUTTEL ET WiÏRTZ, ET DKLAU ET C^'^'
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OCTOBRE 1821
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03
t.lSL
« Toutes les sciences sont les rameaux d'une même tige. »
Bacon.
c L'art n'est autre chose que le contrôle et le registre des meilleures
productions A contrôler les productions (et les actions)
d'un chacun , il s'engendre envie des bonnes , et mépris des mau-
vaises. »
MONTAIGÎÎE.
a Les belles -lettres et les sciences, bien étuâlie'es et bien comprises ,
sont des instrumens universels de raison^ de vertu , de bonheur. »
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE ,
OU
ANALYSES ET ANNONCES RAISONNÉES
Des productions les plus remarquables dans Ici
Littérature y les Sciences et les Arts»
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L MÉMOIRES, NOTICES,
LETTRES ET MÉLANGES.
De l'enseignement du chant, considéré comme l*un
des objets essentiels qui doivent faire partie 4c
l'instruction primaire et commune*
L'influence morale de la musique, consacrée chez
plusieurs peuples de l'antiquité , surtout chez les Grecs ,
par leur lé^çislation et par leurs institutions publiques ,
avait été presque entièrement méconnue ou mal diri-
gée dans nos tems modernes. C'est dans quelques états
de l'Allemagne qu'on a commencé à considérer le
chant et la musique , non point comme un art de luxe
et d'agrément, exclusivement réservé aux classes riches,
mais comme un attribut général de l'humanité , que
6 ENSEIGNEMENT
l'instruction commune et publique doit développer.
Aussi, dans ces états, la plupart des instituteurs pri-
maires sont en même tems chargés d'exercer leurs
élèves à chanter.
La musique est un moyen essentiel de la culture de
l'homme ,* elle se lie à la fois à l'éducation physique et
gymnastique , en développant chez lui les organes de
la voix , en augmentant la force des poumons et de
la poitrine; h Véducation morale et intellectuelle, en
éveillant dans son cœur des sentimens de bienveillance
et d'amour, en donnant à son intelligence plus de mou-
vement et de vivacité. Elle est destinée à pénétrer son
ame d'impressions profondes , douces et variées , à polir
ses mœurs, à embellir son existence, à relever la so-
lennité des rites religieux , à ranimer le courage dans
les combats , la gaîlé dans les fêtes ; elle répand sa
bienfaisante influence dans le sein des familles; elle
contribue à charmer les loisirs de l'homme studieux ,
à délasser sa tête , à inspirer son génie , à fixer la légè-
reté de l'homme du monde, qu'elle rappelle, pour
ainsi dire, en lui-même; à consoler le malheur, à prê-
ter un nouveau charme à la prospérité ; elle verse enfin
dans l'ame , avec l'oubli des douleurs et des peines de
notre vie, le pressentiment d'une autre existence,
pure , douce , aérienne , céleste , dégagée de cette at-
mosphère nébuleuse qui obscurcit nos plus beaux jours
sur la terre.
La musique mérite d'être enseignée avec soin , même
dans les classes inférieures du peuple: elle doit entrer
dans l'enseignement des écoles primaires, comme la
DU CHANT. r
lecture, l*écriture, les élémens du calcul, de la géo-
métrie et du dessin (i).
Peu d'individus, dans la société, sont assez favorisés
des dons de la fortune pour pouvoir se procurer un
instrument de musique et pour apprendre à s^en servir.
Mais la nature, toujours libérale, a donné à chaque
homme , dans la voix et dans le chant , l'instrument
le plus agréable et le plus riche , par la variété infinie
des sons qu'il peut produire. La voix humaine peut,
mieux que tous les insirumens inventés par l'homme ,
pénétrer dans l'ame humaine , et en remuer fortement
les fibres les plus délicates et les plus cachées : elle
réunit tous les tons que les instrumens sont capables de
former.
J'aime à saisir ici l'occasion de payer un tribut d'af-
fection et de regrets h l'honorable mémoire de l'ancien
prince primat, feu Charles Dalberg, grand-duc de
Francfort, également recommandable par la noblesse
et l'élévation de son esprit et par les rares qualités de
son cœur , ami de l'humanité , comme tous les chefs
des États devraient l'être , et qui rapportait toutes ses
pensées au bonheur des peuples dont le gouvernement
lui était confié. Cet excellent prince^ qui m'honorait
de son amitié , et qui m'a souvent exposé ses vues sur
l'améhoration de l'enseignement élémentaire et sur les
rapports Intimes de celte améfioration avec la prospé-
rité publique , avait senti la nécessité de comprendre
l'enseignement du chant ou de la musique vocale au
(i) Koyez l'ouvrage intitulé : Esprit de la méthode de Pestalozzi.
Milan, 1812. T. II, pag. a5a et suivantes.
8 ENSEIGNEMENT
nombre des objets qui appartiennent à l'instruction
primaire. Il avait surtout en vue, par ce moyen,
d'adoucir et d'embellir la condition des individus des
classes pauvres, de mettre à leur portée des plaisirs
purs, simples et faciles, de réveiller et de nourrir
dans leurs amas les deux sentimens qui honorent le plus
l'homme à ses propres yeux; la douce et consolante
piété, par laquelle il s'élève jusqu'à l'auteur de son
élre;Vamour de ta patrie, qui étend et agrandit son
existence , associée à celle d'un grand nombre de ses
semblables. La musique vocale a formé , dès l'origine ,
une partie essentielle de l'instruction dans le célèbre
institut de Pestalozzi ,àYverdun,et dans les deux ins-
tituts d'éducation qui dépendent des beaux établisse-
SDens agricoles d'Hofwil (i).«M. Felienberg la consi-
dère, dit M. Pictet (2) , comme un moyen d'éducation,
comme une ressource auxiliaire précieuse pour adoucir
le caractère et les passions malveillantes , pour mettre
l'harmonie entre les pensées et les sentimens, pour
fortifier l'amour de l'ordre et du beau , pour animer
l'instinct qui attache Thomme à son pays, et pour
élever vers le ciel son imagination et ses vœux. Tous
les élèves apprennent donc la théorie de la musique ,
et sont exercés au chant. C'est le dimanche qu'on
(1) Voyez Revue Encyclopédique ^ T. XI, pag. 495— 5i8.
(a) Voyez, dans l'excellent recueil intitulé alors : Hibliothèque
Britannique^ et continué depuis, avec un égal succès, par les mêmes
rédacteurs, sous le titre de Dibliutlièque universelle (cahier de fé-
vrier iSia,pag. 247 et suivantes}, une lettre très-intéressante et
détaillée sur les établissemens agricoles d'Hof>vil, fondes et dirigés
par M. Felienberg.
DU CHANT. 9
prend pour celte étude , ainsi que pour la lecture , le
calcul à la plume , un peu de dessin et de géométrie....
Les enfans chantent en partie des cantiques ou des
chansons nationales... »
Dans plusieurs écoles primaires de Suisse , on fait
usage d'une méthode d'enseignement de la musique ,
inventée par MM. Pfeiffer et Nageli , de Zurich , qui
ont eux-mêmes appliqué à l'art qu'ils voulaient rendre
populaire , les principes de la méthode générale de
Pestalozzi , en s'attachant à remonter aux premiers
élémens , et h les faire , pour ainsi dire , trouver par
les enfans (i). — Les principes déjà anciens de cette
méthode nouvelle consistent à bien poser les bases de
la science et de l'art , à ne donner dans les commen-
cemens que peu de chose à étudier à la fois , à bien
isoler et simplifier les élémens , à les rendre familiers
les uns après les autres, en s'avançant par une gra-
dation insensible et par une série continue , à ne rien
mêler ni confondre de ce qui doit être distinct, à
construire peu à peu la science , de manière qu'elle
soit solidement établie dans l'esprit. Le résultat est
de rendre les élèves , à la fm de leur cours d'instruc-
tion , capables d'exécuter sur-le-champ avec précision
(i) M. Nâgeli a publié son travail à Zurich , en 1809 , sous ce titre]:
Nouveaux élémens de Vart de chanter^ daprès la méthode de
pFEiFFEB, adaptée à celle de Pestalozzi; il a préparé depuis, sur
le même sujet , un ouvrage très-étendu , destiné à présenter une ex-
position complète , plus claire et plus analytique , de cette méthode,
qui paraît avoir obtenu les suffrages de beaucoup d'hommes éclairés,
et qui est considérée par eux comme une découverte dans la science,
et comme un perfectionnement de l'art d'apprendre la musique.
î'
iO ENSEIGNEMENT
et fermelé les morceaux les plus diflicilcs; enfin^ celle
méthode n'est qu'une application à la science musicale
de la marche analytique et philosophique tracée par
Bacon, Locke, J.-J. Piousseau, Condillac , Destutt-
Tracy , Cabanis, etc., et qui doit s'introduire dans
toutes les scijnces et dans tous les arts , pour assurer
leur marche et pour accélérer leurs progrès.
La Société établie à Paris pour i'ainélioration de
l'enseignement éléinentaire, , qui a si bien mérité des
classes pauvres et industrielles , et qui a contribué si
puissamment à relever et à perfectionner en France
Tinstruclion primaire trop long-tems négligée , ou très-
inccmplète , et même vicieuse , s'est aussi occupée
d'introduire des leçons de chant dans les écoles d'en-
«
seignement n)utucl. Cette heureuse innovation a déjà
commencé à produire d'excellens elTets, et surtout des
résultats moraux Irès-remarquables.
L'un des membres de la même société, M. Amoros,
Espagnol naturalisé Français , auquel nous sommes
redevables de la fondation d'un gymnase normal ,
civil et militaire (i) , où les jeunes gens se livrent,
sous la direction de maîtres habiles , aux divers genres
d'exercices propres à développer leur force et leur
adresse, n'a point oublié de comprendre la musique
au nombre de ces exercices, puis4u'elle contribue
efficacement h fortifier les poumons et les organes de
(i) Ce gymnase est établi à Paris , place Dupleix , entre le Champ-
de-Mars et la barrière de Grenelle. Voy, ci-dessus, i?ef . Enc. T. X
pag. 464. )
DU CHANT. 11
la voix; et il a principalement insislé sur la puissance
morale de cette partie de l'instruction (i).
Comme nous aimons à signaler tous les procédés
nouveaux ou perfectionnés qui caractérisent l'avance-
ment d'une science ou d'un art, à mesure qu'ils sont
appliqués avec succès, nous avons invité, par ce motif,
un de nos estimables collaborateurs (M. Francoeur) ,
juge très-compétent dans cette matière, h écrire la
Notice qui va suivre , dans laquelle on fait connaître
plusieurs méthodes nouvelles employées depuis peu pour
apprendre la musique.
«Si la musique vocale, dit M. Amoros (2) , a perdu
de sa dignité primitive;, et surtout de son influence,
depuis qu'elle a cessé d'être populaire ou générale , et
qu^'elle s'est réfugiée dans des cloîtres ou sur les théâ-
tres , pourquoi ne chercherait-on pas à lui rendre son
ancienne splendeur, et à la faire servir à l'amélioration
de nos mœurs , de notre caractère, de notre organisation
même et de notre tempérament?.... Qutl obstacle pour-
rait empêcher de mettre en pratique des conceptions aussi
heureuses?» M. A. Jullien , de Paris.
(1) Voyez l'ouvrage intitulé : Cantiques religieux et moraux,
ou la Morale en chansons^ à l'usage des enfans des deux sexes ;
ouvrage spécialement destiné aux élèves qui suivent les exercices
du cours d^ éducation physique et gymnastique^ dirigé par M. Amo-
ros.— Paris, 1818. Un vol. in-i8 de 267 pages, et musique gravée
pour les mêmes cantiques, 48 pages.— Consultez, au moyen de la
table des matières, article Musique, les pages de ce petit recueil , où
il est question des effets moraux de la musique^ et de son utilité
dans l'éducation.
(2) Même ouvrage déjà cité, page 195.
12 DIVERS PROCÉDÉS
VX'W^VWWWVWX \^'V'^
NOTICE
sua DIFFÉRENS PROCÉDÉS MIS EN USAGE DEPUIS QUELQUES
ANNÉES POUR ENSEIGINER LA MUSIQUE^par MM* ChORON,
Massimino , WiLHEJi et Galin.
L'exécutiox musicale présente de si grandes difficultés
qu'on doit être étonné qu'il y ait un aussi grand nombre
d'habijes musiciens. Je ne parle pas de ces artistes fameux
faits pour exciter l'admiration générale, par le talent
qu'ils déploient à exprimer et orner les morceaux qu'ils
exécutent; ces hommes sont toujours fort rares ; la nature
est avare de toutes les productions extraordinaires : mais
je veux designer ici cette foule d'artistes des deux sexes,
qui font chaque jour les délices de la société. Lire un mor-
ceau de musique à livre ouvert, et le rendre, soit par la
voix, soit sur un instrument, est un talent si ordinaire ,
qu'il semblerait que l'art musical soit d'une extrême faci-»
lité; et cependant, lorsqu'on y songe, on reconnaît qu'il
n'en est peut-être pas un qui exige plus d'études , de
tems et de dispositions naturelles.
La cause de cette singularité se découvre aisément. Les
principes de la musique sont simples et peu nombreux ,
la conception n'en est pas embarrassante ; il ne faut que
quelques dons naturels pour les goûter , et le tems néces-
saire pour les mettre en pratique; un très-long exercice
est une condition indispensable au succès; et comme, dès
le commencement, cette étude porte avec soi ses jouis-
sances , chaque effort est un plaisir qui ne coûte rien, et
ou ne s'aperçoit pas soi-même du tems qu'on y passe. Je
ne sais si les célèbres Viotti et Baillot, lorsqu'ils charment
leur auditoire, éprouvent maintenant plus de plaisir que
1^ D'ENSEIGNEMENT MUSICAL. 13
lorsque, débutant dans la carrière, ils tiraient de leurs
violons des sons discordans dont ils fatiguaient le voisinage.
jkf Plusieurs modes d'enseignement ont récemment été
employés. Il semblait, à entendre leurs auteurs, que de
nouveaux artistes allaient être improvisés , et qu'avant
peu leurs jeunes disciples seraient capables de lutter avec
des professeurs formés par le tems et l'étude. S'il est des
hommes qui se révoltent contre toutes les nouveautés et
qui les repoussent de toutes les puissances de leur être , il
en est d'autres, au contraire, pour qui toute idée neuve
est un bien qu'ils accueillent avec empressement, avant
que l'expérience en ait garanti les avantages. Le public,
d'abord entraîné par des promesses flatteuses que l'événe-
ment n'a pas réalisées , est revenu de sa crédulité ; il a
reconnu que rien ne peut dispenser de l'étude, surtout
dans l'art musical, où l'empire de l'habitude et un long
exercice sont des conditions nécessaires. S'il est vrai ,
comme je n'en doute pas , que toute la difficulté de l'exé-
cution musicale cède à une longue étude , aidée de quel-
ques dispositions naturelles, un enseignement bien dirigé
doit surtout avoir pour but d'abréger un peu cette durée,
en rendant les premiers essais plus faciles et plus agréables.
Parmi les personnes qui ont donné de nouveaux modes
d'enseignement de la musique, je citerai d'abord M. Mas-
siMiNO : une voix agréable, une belle méthode, des chants
heureux, un talent véritable, tout se réunissait pour attirer
l'affluence à des leçons, d'ailleurs pleines d'agrément.
Quoiqu'on puisse, par des leçons spéciales de musique vo-
cale, apprendre à déchiffrer un morceau à livre ouvert,
cependant chacun sait que cette faculté naît d'elle-même ,
en apprenant à jouer d'un instrument : l'habitude d'en-
tendre sortir des sons, par le mécanisme des doigts , à la
seule vue des notes , dispose naturellement la voix à pro-
lA DIVERS PROCÉDÉS
férer les mêmes intervalles. La science de la lecture delà
musique se crée aussi d'elle seule par l'usage des instru-
mens , et l'on sait bientôt, sans y songer , écrire les notes
lorsqu'on les sait lire. M. Massimino a imaginé, au con-
traire, de faire apprendre la lecture par l'écriture; cette
idée ne paraît pas heureuse. Ce n'est assurément pas une
chose très-difficile que d'écrire et de lire ensuite tous les
intervalles musicaux : en pratiquant cette double opéra-
tion, que l'on procède vite ou lentement dans l'exécution ,
cela est à peu près indifférent, et le tems ne fait rien à
l'affaire : mais qu'il y a loin de là à exécuter un morceau
de musique, en donnant à chaque note la très -courte
durée qui lui appartient, et en exprimant 8, 16, 32 sons
différens, et même plus encore, dans une seconde de
tems!
M. Massimino présenta sa méthode ( 1 ) sous le titre
d'enseignement mutuel, quoiqu'elle n'eût rien de com-
mun avec ce genre d'instruction : je ne veux pas faire à
cet habile professeur l'injure de croire qu'il ait voulu par
là s'attirer les nombreux amis d'un mode dont l'expérience
a consacré les succès : un homme d'un aussi grand mérite
n'a pu que se tromper, parce qu'il ne connaissait pas
exactement la méthode d'enseignement mutuel. La sienne
(1) Nouvelle méthode pour V enseignement de la musique, par
FA<?c?é/-ic MASSiMino , de Turin; — i** partie y contenant l'exposition
des principes, le mode d'organisation d'un cours d'après la nou-
velle mélhode , l'indication des moyens d'introduire la méthode
dans les écoles d'enseignement mutuel , et une première suite de
solfèges avec accompagnement de piano, à la portée des voix les
moins étendues. Prix : 5o fr. — 2* partie , contenant une série de
solfèges à deux voix principales et une basse avec accompagnement
de piano. Prix : 36 fr. Paris, 1S20 ; chez l'auteur, rue Montmartre,
n* 180, et chez tous les marchands de musique.
D'EiNSEiGNËMENT MUiilCAL. 15
est plutôt une i'ormc particulière d'enseignement simul-
tané. D'habiles artistes, M. Chelard , madame Davin ,
mademoiselle Renaud Dalain, dont les talens sont connus
et estimés du public , ont réuni leurs efforts pour soutenir
ce mode d'enseignement : le public n'a point vu ces ra-
pides succès sur lesquels il avait compté , et l'aflluence a
diminué.
Je me plais à reconnaître le talent de M. Massimino ;
son solfège est composé de beaux chants; les accom-
pagnemens en sont nobles et choisis , et il fera sans doute
oublier nos vieux solfèges, dont les chants sont devenus
surannés. Si les difficultés musicales n'en sont pas peut-
être asseï graduées, et même si la lecture en est géné-
ralement trop facile, l'excellent solfège à plusieurs voix,
composé par M. Chelard {'j) , complète très-bien l'en-
seignement. On aimera toujours à recevoir des leçons de
ces habiles maîtres ; mais je ne crois pas que l'on continue
d'apprendre à écrire la musique avant de la savoir lire.
La méthode de M. Choron doit former d'excellens lec-
teurs. Sa classe est divisée en quatre sections, selon les
différens degrés de force des élèves : chaque section a son
chant, très-simple pour les uns, plus composé pour ceux
qui ont acquis plus d'habitude : ces airs sont chantés d'abord
à l'unisson ; mais les quatre sections forment ensuite un
chœur, parce que toutes les parties sont composées de
manière à pouvoir s'accorder ensemble. Cette méthode est
ingénieuse; elle forme de bons lecteurs, et M. Choron,
dont les utiles travaux, dans diverses branches de con-
naissances, ont été si souvent heureux, obtient encore
(a^ Se trouve chez l'auteur, impasse Coquenard, et chez lemoine,
rue de l'Echelle, n° 9.
16 DIVERS PROCÉDÉS
chaque jour des succès dans l'école de musique qu'il di-
rige (i), et d'où sortent des artistes pour nos cathédrales
et pour nos théâtres.
Dans le solfège de M. Choron , les notes sont disposées
dans tous les intervalles, et sans former ce qu'on appelle
proprement des chants : ce style de chapelle a paru à
l'auteur plus propre pour former des musiciens, que s'il
se fût servi de chants faciles à retenir ou à deviner. Mais
lire les notes est la moindre partie de l'art de la musique ;
le principal devoir de l'exécutant est de plaire : je ne crois
pas qu'il soit utile d'habituer l'élève à proférer des sons
rudes et sans ame , sauf à le forcer, lorsqu'il sera devenu
lecteur, à faire un nouvel apprentissage de l'art du chant;
il lui faudra perdre ses mauvaises intonations, changer
ses formes vocales, et contracter de nouvelles habitudes,
qu'il aurait dû prendre dès l'origine. Ecoutez un chanteur
de village, sa voix est belle, les sons ont de la justesse;
l'air, devenu populaire, est descendu jusqu'à lui; il le
chante donc, et nul ne s'y trompe. Cependant, ses chants
sont traînans , ses cadences heurtées , ses tenues âpres
et saurngos;, et vous jugez, à ce chant intolérable, qu'au-
cun art ne pourrait corriger des défauts qu'une longue
habitude a enracinés.
L'ancienne amitié qui m'unit à M. Choron, me porte
à lui présenter ces réflexions , moins comme une critique
que comme un moyen de perfectionner son excellente
méthode. Qu'il introduise dans chacune des quatre par-
ties de son solfège des chants agréables , pour en rompre
la monotonie et semer quelques charmes dans cette étude;
qu'il oblige ses élèves à chanter avec grâce , et je pense
(4) Le pensionnat et l'école musicale de M. Gboron sont établis
sur le bouIeTard du Mont-Parnasse, n" 4'.
D'ENSEIGNEMENT MUSICAL. 17
que j de toutes les méthodes d'enseignement simultané .
la sienne obtiendra la préférence et survivra à son auteur.
La musique des églises est partout dans l'état le plus dé-
plorable : il semble naturel, dans les villages, de recourir
à l'école, souvent gratuite, pour en tirer les chantres et les
enfans de chœur nécessaires à la célébration du service
divin. C'est à cet ancien usage que le théâtre a souvent
dû ses plus beaux ornemens ; et de jeunes paysans , qui
auraient ignoré toute leur vie combien est précieux l'organe
dont les avait doués la nature, sont devenus, sous cette
influence, des artistes célèbres. M. Bocquillon-Wilhem ,
après avoir étudié avec attention l'enseignement mutuel ,
a conçu le dessein d'y introduire la musique, et de renou-
veler les écoles d'où sortaient autrefois les plus belles voix.
Comme le mode que suit M. Wilhem est mis en activité
à Paris, dans l'école de la rue Saint-Jean-de-Beauvais, où
chacun peut se rendre témoin des procédés et de leurs
résultats ; que d'ailleurs cette méthode est très-bien ex-
posée dans un ouvrage qu'il a récemment publié (i) , je
me dispenserai d'entrer à ce sujet dans des détails qui
(i) Méthode élémentaire et analytique de musique et de chant,
conforme aux principes et aux procédés de renseignement mutuel,
et facilement applicable dans les institutions de tous les degrés ;
adoptée pour les écoles d'enseignement mutuel , par la société d'ins-
truction élémentaire. L'ouvrage sera composé de huit livraisons,
hai première f actuellement en vente, se compose des tableaux et
du guide des deux classes, et contient plusieurs feuilles coloriées ;
elle se vend i4 fr.; chacune des sept livraisons suivantes coûtera 7 fr.
On souscrit à Paris cher l'auteur, rue Saint-Denis, près le boulevard ,
n» 374; et chez Colas, libraire, rue Dauphine, n" 32.— On peut se
procurer séparément le Guide de la classe préparatoire ; il est précédé
de la préface de l'ouvrage et des pièces authentiques qui s'y rap-
portent ; d'une introduction établissant trois degrés d'instruction
musicale; de l'exposé sommaire dç la méthode ; enfin , d'instructions
TOMB XII. 2
18 DIVERS PROCÉDÉS
auraient peu d'intérêt pour les lecteurs. Il est un point
seulement sur lequel j'appellerai l'attention.
Les premiers principes de la musique sont enseignés sur
un tableau, que M. AYilhe'm nomme V Indicateur pocal ;
on y voit tracées des lignes horizontales , vides de notes , et
imitant le papier réglé qu'on destine à recevoir l'écriture
musicale. Une clef quelconque est placée sur l'une de ces
lignes ; et, lorsque le maître, ou le moniteur qui le rem-
place , pose le bout d'une baguette sur le tableau , les
élèves se représentent une note au même point, et sur-le-
champ profèrent le nom et le son de cette note comme si
elle était tracée. En changeant de ligne, on fait naître de
la sorte tous les intervalles , même ceux des dièzes et des
ÎDémols , et Ton exerce la classe entière à lire et à chanter,
sans avoir aucune pièce de musique sous les yeux. Ce st un
spectacle assez curieux que d'entendre la voix des enfans
suivre, à l'unisson, les gestes de leur maître, qui parcourt
ainsi tous les points de son tableau. Ce qui distingue sur-
tout cette méthode de toute autre, c'est qu'elle est mii-
tuelle^ c'est-à-dire que les étudians s'enseignent les uns
les autres, et que les leçons du maître ne sont pas
nécessaires.
L'Indicateur vocal a été suggéré à M. "NVilhem par la
lecture d'un ancien ouvrage de Sébaste Hayden , où ce
mode est employé. Cette invention ingénieuse, abandonnée
bientôt, est devenue féconde dans les mains de M. AVilhem.
Cor .ne il importe que , hors de la classe, les élèves puis-
sent l'exercer et se rappeler les leçons de chant qu'ils ont
reçues, il leur montre qu'ils portent toujours avec eux un
générales, relatives à la première introduction du chant dansin
établissement. Prix, a fr. a5 cent. , mêmes adresses déjà indiquées.
Voye::, ci-dessus Rev. EnCfT, X, pag. 433.
t
D'ENSEIGNEMENT MUSICAL. 19
indicateur vocal ; car , lorsque la main est ouverte , les
cinq doigts disposés parallèlement imitent les cinq lignes
d'une portée musicale , sur laquelle on peut marquer la
place des différens sons de l'échelle diatonique. C'est ce
qu'il nomme la main musicale.
Tous les professeurs qui ont voulu prendre connaissance
de la méthode de M. "Wilhem, en ont reconnu les avan-
tages ; le véritable talent et l'excellent esprit qui le dirige
dans ses recherches sont généralement avoués; sa modestie
le retient dans des limites trop étroites , et un artiste plus
ardent que lui aurait sans doute donné plus d'éclat aux suc-
cès dont ses efforts ont été couronnés dans plusieurs établis-
semens publics. Les élèves del'école de Saint- Jean-de-Beau-
vais se sont réunis à ceux de l'école polytechnique , pour
célébrer les fêtes sacrées par des chants religieux, et ont
mérité des distinctions honorables de l'ecclésiastique qui
préside aux solennités de cette chapelle.
Il nous reste à traiter d'une dernière méthode d'ensei-
gnenient de la musique . qui a été mise en action par
M. GÎTlin. Ce professeur emploie aussi un tableau marqué
de lignes sans notes, qu'il nomme /Tze/op/as^e; mais, comme
son enseignement est dirigé dans le mode simultané , il
n'a de commun avec celui de M. Wilhem que l'usage de
ce tableau , pour l'exposition des principes. M. Galin a
réclamé la priorité de l'invention, en prouvant qu'il ensei-
gnait la musique à Bordeaux avant que M. Wilhem eût
imaginé son indicateur vocal :mais, outre que l'indicateur
vocal est la moindre des innovations du système de ce der-
nier professeur, il a constaté qu'il n'avait aucune connais-
sance des procédés de M. Galin. On a d'ailleurs pu suivre
les traces de son invention dans les méthodes qu'il a suc-
cessivement modifiées , méthodes dont l'idée lui a été sug-
gérée par la lecture de l'ouvrage de Sébaste Hayden , qurt
2*
20 DIVERS PROCÈDES
M. Galin ne connaissait pas ; il est demeuré constant que
M. Galin était, de son côté, inventeur du méloplaste et en
avait rendu l'usage fécond , njais que M. Wilhem ne lui
avait rien emprunté.
M. Galin divise sa classe en deux sections; et , s'îirmant
de deux baguettes qu'il promène sur ce tableau, il impro-
vise un air à deux parties, que les élèves solfient en chœur.
Cet art de noter ainsi rapidement les lignes d'un duo an-
nonce un talent particulier. Le sentiment de satisfaction
que le spectateur en éprouve est un effet général. S'il était
possible à M. Galin de faire mouvoir ensemble plus de deux
baguettes , il noterait aussi facilement une partition à trois
ou quatre lignes , à peu près comme un pianiste fait suc-
céder les accords qu'il improvise. Pour suppléer à notre
organisation, il a perfectionné le mode d'écriture musicale
dont J. J. Rousseau a donné les principes. Les élèves peu-
vent, sous la dictée et i la manière de l'écriture cursive ,
sans papier réglé, noter un chant quelconque. M. Galin
trace ainsi sur un tableau une partition complète que la
classe entière s'exerce à chanter sous sa direction.
Ces procédés sont développés dans un ouvrage intitulé :
Exposition d^une nouvelle méthode pour V enseignement de
Zrt 77^7is^^/?^é'(I). L'impression que j'avaiscprouvée envoyant
la classe m'avait préparé au plaisir de lire cet ouvrage, et
celui que j'ai ressenti a étéplus grand encore que je ne l'espé-
rais: je l'ai lu plusieurs fois avec un grand intérêt. Les artistes
sont très-rarement capables d'exprimer leurs idées sur les
principes qu'ils adoptent ; la plupart des traités qui donnent
les règles de la musique , sont rédigés dans un style inin-
telligible, et dont l'incorrection est le moindre des défauts.
L'ouvrage de M. Galin annonce un maître aussi versé dans
(i) Un vol. in- 8", i8ao. Rey et Gravier, libraires, quai des Au-
gustin?, n" 55,
D'ENSEIGNEMENT MUSICAL. ,21
son art qu'habile à en exposer les doctrines : la partie mc-
laphysiquc y est surtout traitée avec une profondeur digne
de réflexion. Le seul regret que m'ait laissé cette lecture ,
c'est que les règles de la composition n'aient pas été écrites
par le même homme ; c'est une entreprise digne de lui.
Tous les ouvrages d'harmonie n'offrent que des catalogues
d'accords , accompagnés des règles qui servent à préparer
et à sauver les dissonances. Si, M. Galin écrit sur ce sujet ,
nous aurons le premier bon livre sur un art intéressant,
peut-être inconnu dans ses principes des musiciens même^
qui l'exercent avec le plus de distinction.
Je terminerai cet exposé en manifestant mon opinion
personnelle sur les méthodes dont je viens de présenter les
bases. La méthode de M. Choron, qui est la plus ancienne,
me semble plus propre à former des lecteurs, des croque^
notes, ainsi que l'expriment les artistes ; mais elle a de la
sécheresse et de l'ennui; ses phrases, privées de chant ,
n'ontqu'une harmonie sanscharme. La méthode de M. it/as-
."s//7i//zo façonne les élèves à la mélodie; elle est plus propre à
former des chanteurs qu'à commencer leurinstruction. Celle
de M. TVilliem convient à renseignement mutuel , et doit
rendre dans les écoles des services nombreux ; elle peut
être appliquée en tous lieux , et n'exige nullement la pré-
sence etlesconseilsdu maître. Enfin, la méthode de M. Galin
me semble mériter la préférence sur tous les procédés d'en-
seignement simultané, si toutefois un autre que lui est ca-
pable de la mettre en action. C'est une bonne fortune pour
ceux qui peuvent se confier à ses soins ; je les félicite de
cet avantage, et je leur prédis des succès rapides et cer-
tains (i). On impute à un savant musicien un pamphlet
(i) L'école musicale de M, Galin est établie à Faiis, rue de Ri-
chelieu.
22 ÉTAT DES LETTRES
anonyme, où la mélhode de M. Galin est traitée avec une
sévérité injuste ; je ne puis croire que cet écrit ait une ori-
gine aussi recommandable : l'arrêt ne peut avoir de valeur
que lorsqu'il est signé et molivé;ces deux conditions man-
quent à cette diatribe injurieuse. Il n'est pas permis , pour
rendre hommage aux talens des rivaux de M. Galin , de
fermer les yeux sur son mérite personnel , que je me fais
un devoir de reconnaître; commie, de son côté, M. Galin
doit se soumettre à entendre louer des rivaux qu'on l'accuse,
peut-être à tort , d'avoir traités avec peu d'égards , et dont
il ne doit pas décrier les conceptions. Francota'r.
wv%%wwwvvvv%
Notice sur l'état des sciences et des lettres en
Pologne , pendant l*a?inéc i8jg (i).
Cette Notice ne s'applique réellement qu'au royaume
de Pologne, tel qu'il existe depuis le congrès de Vienne,
en i8i4; c'est-à-dire, à la réunion d'une petite partie
seulement des provinces jadis polonaises, qui, par le der-
nier partage de la Pologne, étaient échues au pouvoir de
l'Autriche et de la Prusse, et dont la population totale
s'élève environ à trois millions d'habitans, tandis que l'an-
cienne Pologne, dans son intégrité, en contenait près de
seize millions. Cette partie du territoire polonais, sous le
nom de royaume de Pologne,, ainsi que la ville libre de
Cracovie et son territoire, jouissent des bienfaits du régime
constitutionnel, dont elles sont redevables i\ l'empereur
(i) Une partie des renscigneniens, contenus dans celte Notice,
nous a été transmise de Varsovie par un de nos correspondans, M. N.
PnvMCRi. Nous avons profité, pour y faire des cliangcmcns et des
additions, d'après l'autorisation qu'il nous a donnée, de plusieurs
rommunicalions que nous avons obtenues dr quelques-uns de ses
rompalriotes.
EN POLOGNE. 23
• Alexandre. Il n'en est pas de même du grand-duché de
Posen, incorporé à la Prusse, ni de la Gallcle ^ conservée
à l'Autriche, ni des neuf gouvernemens ou provinces,
comprenant la Lithuanien la TJ^olhynie , la Podolie et
V UkrainGj qui appartiennent à l'empire russe. Un même
esprit et un même sentiment d'amour de la patrie et de
confiance dans le caractère d'Alexandre continuent d'ani-
mer ces membres dispersés de la grande famille polonaise.
Aucune partie d« l'ancienne Pologne n'a subi plus de
changemens, soit dans l'organisation administrative, soit
dans le système de l'instruction, que celle qui forme au-
jourd'hui le royaume de Pologne. Après la chute de la ré-
publique», en 1 795, les écoles reçurent toutes une organi-
sation autrichienne ou prussienne. Le duché de Varsovie
eut en partage un système en général tout allemand, mais
auquel on mêlait quelques idées des méthodes françaises.
Ce système avait pour but principal de propager les con-
naissances relatives aux arts et aux métiers. Une rétri-
bution fut exigée de ceux qui fréquentaient les écoles
publiques, et des institutions particulières furent établies
pour les hautes sciences. Depuis la création du royaume
de Pologne, il s'est formé, de tous ces systèmes, un mé-
lange qui paraît devoir prendre, de plus en plus, une cou-
leur nationale. Le comité pour les livres élémentaires,
composé presque entièrement de Piarisies ^ sous la pré-
sidence de M. Lindé , paraît quelquefois pencher vers le
retour de l'ancien ordre de choses ^ qui, au lieu de traiter
avec une égale faveur les sciences et les belles-lettres, ac-
cordait une attention, pour ainsi dire exclusive , aux études
grammaticales et philologiques. Ce comité est chargé de
faire composer, d'examiner et de choisir les livres élémen-
taires destinés aux écoles , et il fait des rapports sur ce
n ÉTAT DKS LETTl^ES
sujet au ministère de rinstruclion publique (i). Il reste
encore plusieurs améliorations à obtenir dans cette partie
importante. On se plaint avec raison que les livres élémen-
taires soient devenus, en faveur de quelques maisons de
librairie, l'objet d'une sorte de monopole. Ordinairement,
tout ouvrage élémentaire, approuvé et introduit dans les
écoles par le gouvernement, est fait dans la vue de diriger
autant ceux qui enseignent que ceux qui apprennent; et
cette double tendance doit nuire à leur composition.
La plupart des Iwres élémentaires sont écrits par les
Piaristes. Cette congrégation religieuse, qui se consacre
spécialement à l'éducation de la jeunesse, a rendu, sous
ce rapport, et depuis long-tems, de véritables services à
la nation polonaise. Les Piaristes entretiennent aujour-
d'hui plusieurs écoles, en partie à leurs frais; et c'est au
zèle et au dévouement du père Gaétan Kaminshi, et de
quelques autres membres du même ordre, qu'on est rede-
vable de l'état florissant de cette communauté.
Le nombre des écoles du royaume, tant celles des pa-
roisses que celles des districts (powiat) et des palatinats
{ fj^oiewodztwo) , a , il est vrai, augmenté; mais il ne pa-
raît pas que le système des études ait été perfectionné.
(i) Ce ministère est confié aujourd'hui (juin 1821) à M. le comte
Stanislas Gbabowsei , qui réunit dans ses attributions la surveillance
des cultes (catholique, protestant, grec, arménien, juif, mahomé-
tan, etc.) et celle de l'instruction publique. M. le comte Stanislas
PoTOCKi, qui a remis à M. le castellan Grabowski le portefeuille du
ministère des cultes et de l'instruction publique, en conservant lui-
même la place de président du sénat, s'est distingué depuis long-
tems , parmi les seigneurs polonais , par son talent et par son
application à l'étude des beaux-arts ; il a enrichi la bibliothèque
publique de Varsovie p^ir le don de sa belle et nombreuse collection
d'estampes, précieuse surtout à cause des moyens qu'elle offre pour
étudier rhistoiic de l'ail de la gravure et pour en suivre k» progrès.
EN POLOGNE. 25
Le paiement imposé pour l'admission dans les écoles a
rebuté plusieurs familles villageoises ; et la noblesse des
campagnes elle-même les fréquente moins qu'auparavant,
probablement faute de moyens. Les ressources dont peut
disposer le ministre de l'instruction publique sont du reste
insuffisantes pour réformer et améliorer cet ordre de
choses ; et il a été obligé d'employer différens moyens pour
se procurer des dons volontaires.
Les écoles df enseignement mutuel^ dirigées d'après la
méthode de Lancaster, prospèrent sous la direction de
M. Kraïnski, C'est la seule institution qui soit en état
d'étendre le bienfait de la lecture et de l'écriture à toutes
les classes de la nation, surtout aux apprentis et aux ar-
tisans.
Uunipersité de Varsovie j instituée depuis trois ans,
en 1817, commence à perfectionner les différentes parties
de son organisation, et compte déjà plusieurs professeurs
distingués. Le gouvernement n'épargne aucuns soins pour
la faire prospérer. Elle possède un grand jardin botanique,
avec une orangerie et une serre; les plantes y sont placées
d'une manière qu'il serait peut-être à désirer de voir adop-
ter partout : chaque plante se trouve isolée dans un carré,
ce qui en facilite l'approche , et donne à son développe-
ment tout l'espace nécessaire. Elles sont rangées selon
l'ordre adopté par M. de Jussieu. M. Szubert (on prononce
Schoubert), professeur de botanique à l'université, s'oc-
cupe d'augmenter le nombre de ces plantes, dont le cata-
logue, publié en 1820, en comprenait déjà plus de 5, 000.
Le cabinet d'histoire naturelle a été arrangé par M. Ja-
rotshij qui en a fait connaître au public la plus grande
partie, lorsqu'il a publié le catalogue des oiseaux, au
nombre de 4 02. Pour ce qui regarde les qiiadrupèdes et
les poissons, la collection est peu nombreuse : les amphi-
26 ETAT DES LETTRES
bies y sont en partie conservés dans l'esprit-de-vin. On y
trouve une collection suffisante d'insectes ; et, parmi les
coquilles qui sont en grand nombre, il y en a de très-cu-
rieuses. Jusqu'ici, il n'existe aucune collection minéralo-
gique appartenant à l'université.
La faculté de médecine , les établissemens d'anatomie ,
de clinique et la bibliothèque n'ont , jusqu'à présent, qu'un
local provisoire, auquel on paraît devoir en substituer un
plus convenable.
L'université possède des modèles en sculpture, de gran-
deur ordinaire, tels que le Laocoon , la Vénus de Médicis,
l'Apollon du Belvédère, le Gladiateur, et plusieurs bustes ,
en assez grand nombre. M. Malinshi, sculpteur et profes-
seur , a donné des preuves de talent à l'exposition de 1 8 1 9,
où le tableau de M. Brodowski, élève de M. David, a ob-
tenu tous les suffrages. Ce tableau, qui représente la colère
de Saïd j a remporté le prix. La même exposition offrait
aussi de belles copies.
La bibliothèque de l'université de Varsovie renferme une
quantité assez considérable de livres. Elle est dirigée par
le savant M. Lindè^ correspondant de l'Institut de France.
Chaque année, aux ventes étrangères, elle fait l'acquisi-
tion de plusieurs milliers de volumes. Les bénédictins de
Cîteaux et quelques autres couvens a3"ant été réformés en
1817, leurs biens furent réunis aux fonds des ecclésias-
tiques séculiers, et M. Lindé parcourut les bibliothèques
de ces couvens pour y choisir les livres dont pouvait s'en-
richir celle de l'université ; on y a fait alors transporter
cinquante mille volumes, et elle en possède aujourd'hui
plus de soxante-dix mille. La plupart sont des livres de
théologie cl d'histoire, parmi lesquels on compte quinze
cents manuscrits des xv* et xvi« siècles, dont quelques-uns
bonf lu.^^loriques , cl le rcslc de peu de valeur: il on existe
EN POLOGNE. 27
même plusieurs du x^ siècle. On y montre également des
livres imprimés , d'une rareté fort remarquable ; tels que
la bible de Mayence, de i462, sur parchemin; les sta-
tuts de Pologne, de l'année 1532, dont on connaît à peine
cinq exemplaires. A côté de la bibliothèque, on voit un
cabinet d'estampes, de la collection du feu roi Stanislas
Auguste, et qui renferme plus de soixante mille gravures.
Cette collection , achetée par l'université à la famille du
roi Poniatowski, s'augmente tous les jours; elle contient le
Vatican enluminé, de même que les peintures d'Hercula-
num , exécutées en couleur. Depuis la perte de la biblio-
thèque de Zaluski, transportée, en 1795, à Pétersbourg,
la Pologne n'en a possédé aucune qui surpasse celle dont
nous parlons pour le nombre des livres, bien qu'il y ait
à Varsovie quelques autres bibliothèques assez considé-
rables, entre autres celle de la Société royale des amis des
lettres , qui renferme un cabinet de minéralogie , et les
bibliothèques des pères des Missions, et des pères des écoles
pieuses, ou des Piaristes.
Depuis la renaissance des lettres en Pologne, plusieurs par-
ticuliers ont rassemblé aussi, à grands frais, de fort belles
bibliothèques. Celle de M. C7i7r/)/ojf/cz^ chancelier du grand
duché de Lithuanie, fut transportée, à sa mort, àSzczorsy,cn
Lithuanie, où elle reste ouverte pour l'usage des amateurs.
On remarque aussi celles de M. Dzialynshi, àPosen; de
M. Chodkiewicz et de M. Kwiath'owhi , à Varsovie ; de
M. le comte Ossolinski ( Maximilien ) , à Vienne (i), et
celle de M. de Potocki, président du sénat, à Villanova,
près Varsovie : cette dernière contient plusieurs manus-
(1) Celte bibliothèque, entièrement composée de livres polonais,
rares et bien choisis , a été léguée à l'université de Léopold , en Gal-
Jicic 5 où elle sera transportée après la morl de M. ObsouKSRi,
58 ÉTAT DES LETTRES
crits très-intéressans pour l'histoire de la Pologne; elle a
été enrichie par la réunion des livres de feu le prince Lu-
bomîrski, maréchal de la couronne.
Mais la bibliothèque de Pulawy surpasse toutes celles
que nous venons de citer. La famille du prince Czartojyshi
n'épargna ni soins ni dépenses pour l'augmenter. Elle
vient d'acquérir, en 1819, au prix de 12,000 ducats de
Hollande ( environ six mille louis ), la bibliothèque de feu
Thadée Czavhi ( Tschatski ) , la plus riche en manuscrits
historiques delà Pologne. Mais on doit regretter que cette
bibliothèque ne soit pas ouverte au public, et que, jusqu'à
présent, l'accès en ait même été très-difficile.
Tels senties établissemens scientifiques et littéraires les
plus remarquables qui ont pris naissance, ou qui ont reçu
quelque accroissement durant l'année 181g.
Avant d'arriver à l'indication des ouvrages qui appar-
tiennent à la Revue bibliographique de la même année ,
nous devons jeter un coup d'œil sur les gazettes et les
feuilles publiques; et nous ne pouvons nous dispenser de
faire mention de la censure établie , le 22 mai , pour tous les
journaux. La situation du royaume de Pologne, trop sem-
blable à celle de la Norvège , telle que l'a décrite M. Hei-
berg, dans son analyse très-remarquable de V Histoire des
révolutions de ]Vorpi?ége,^i\r ïeu M. Catteau-Catteville(voy.
Repue Encyclopédique, Tom. IV, p. 264 et 4/4), explique
l'établissement de cette institution censorialc, regardée
par beaucoup de bons esprits comme contradictoire avec
la disposition constitutionnelle qui garantit la liberté de la
presse, sauf les lois répressives. Ce nouvel état de choses
fit suspendre , par une simple défense de la police , la pu-
blication du journal intitulé la Quotidienne , dont les
jeunes rédacteurs signalaient, avec une hardiesse quel-
quefois inconsidérée pcut-ctrc, les actes de l'autorité ré-
EN POLOGNE. 29
pûtes contraires à la constitution. Les mêmes écrivains
entreprirent alors de publier une Chronique de la moitié
du XIX' siècle. Cet ouvrage , dont les numéros paraissaient
à des époques indéterminées, fut néanmoins considéré
comme périodique, et soumis à la censure; ce qui empêcha
le rédacteur de le continuer. Le 16 juillet, l'institution de la
censure fut rendue applicable à tout écrit ou livre imprimé,
et l'on nomma des censeurs salariés par le gouvernement. La
défiance etle découragement frappèrent à mort les différentes
entreprises littéraires, déjà languissantes et à demi-para-
lysées par l'état du pays (1). La littérature et l'instruction
de la nation n'attendent, pour prendre un nouvel essor,
qu'un regard favorable de l'empereur Alexandre. Ce prince
sentira que plus les hommes sont éclairés, plus ils de-
viennent, pour les chefs des gouvernemens, d'honorables
instrumens , également utiles à la prospérité de la patrie
et à la gloire du monarque. Plusieurs écrits relatifs à la
philosophie, à la morale, à l'histoire, à la politique, et
dans lesquels le génie et le caractère de la nation aspirent à
se développer d'une manière honorable, avaient craint de se
montrer au grand jour à l'époque de la première apparition
de la censure; mais l'année 1820, à laquelle nous consa-
crerons plus tard une notice particulière , a été plus féconde
que l'année précédente en ouvrages sur les sciences, la
poésie et la littérature.
(1) Il y a eu, dans les premiers jours de cette année (1821,), un
grand changement dans la censure des livres. Les anciens censeurs
ont été renvoyés et remplacés par d'autres qui , comme cela arrive
ordinairement , donnent à leurs décisions une couleur plus rem-
brunie , et vont peut-être au-delà des intentions de l'autorité qui
les a institués. La vente d'une Description de Vienne, écrite en
polonais , et publiée depuis plusieurs mois , ouvrage dans lequel il
était fait mention du congrès , a été prohibée par ordre supérieur.
30 i?:ïat des lettres.
Penckntl'année 1819 5 la plupart des écrits périodiques
de l'an 1818 ont continué de paraître. Les éditeurs de la
Quotidienne, puis de la Chronique, ont publié, quatre
fois par semaine, une gazette intitulée : \ Aigle-Blanc j
consacrée à la fois à la politique et à la littérature (1). Il
paraît aussi un nouveau journal hebdomadaire, sous le
titre àeV Abeille de Cracovie, dans lequel ons'occupede poé- \\
sic ert de littérature. Le Mémorial de Léopol ^ qui se nomme Ij
maintenant VAbeillej a entrepris de faire un examen des ii
autres journaux polonais et d'en offrir un résumé (2).
Sciences physiques et mathématiques. — Èlèmens de \\
l)liysique rédigés d'après les leçons faites sur cette science,
à l'université de Cracovie, par M. le professeur J^owam
Markiewicz.
Vêla Chlorine, par M. le comte Alexandre Cuodkizvîicz.
L'auteur cultive à la fois les sciences et les lettres avec
zèle et avec succès, non seulement en amateur éclairé,
mais en littérateur instruit et en savant laborieux. Il n'est
pas moins recommandable par la protection qu'il accorde
aux amis des sciences et des arts.
Dissertation de M. Antoine AVaga, ayant pour litre : De
la connaissance de la nature, et particulièrement de V his-
toire naturelle. L'auteur rappelle les anciens botanistes po-
lonais qui étaient assez nombreux; il fait revivre le mérite des
(i) Ce journal a cessé de paraître au mois d'octobre 1S20.
(a) Quoique la Lithuanic ne soit point comprise dans cette notice,
nous citerons le Journal de FUna , devenu plus intéressant , depuis
qu'il a commencé à publier les extraits des voyages de quelques
jeunes Polonais dans diverses contrées de l'Europe. Parmi ces voya-
geurs , on distingue M. Cboda»koski, qui s'occupe de rechercbes
sur l'ancienne mytbologie des Slaves. 11 recueille dans ce dessein
des anecdotes, des traditions et des cbansons populaires. M. Scn-
ko>\ski, parti pour Constantinople , doit visiter toutes les possessions
turques. Ou attend les içsultals des travaux de ce voyageur.
EN POLOGNE. SI
Jonston, des Gabriel Rzonczynski, des *Syre7ims, des Mar-
tin àiUrzendow^ etc. Il paraît qu'il ignorait les travaux de
M. Besser, son compatriote, bien connus à Kurt, à
Sprengel, et à d'autres naturalistes étrangers.
Médecine jpojpulaïre ow le Conseiller domestique {Voï^à-
nik Domowy), par M. Dziark.o\vski , en deux volumes ,
ensemble de 845 pages.
TJArt des accoucliemens ^ en deux volumes de 270
pages 5 par Michaelis , ci-devant directeur d'une école
d'accouchemens; Michaelis est mort depuis peu. Cet ou-
vrage est intérieur à celui qu'a publié M. Mianowhi ^wx
le même sujet.
La Comparaisondes anciennes mesures polonaises j aifec
celles dont on se sert aujourd'hui en Pologne j et celles des
principales contrées de V Europe y nommément de France j
par R0LBERG5 est un ouvrage très-exact, et dont on ne sau-
rait se passer, à cause de l'introduction des mesures nou-
vellement établies. Cette réforme n'a pas produit l'effet
que l'on s'était proposé. On a cru convenable de laisser
subsister l'ancienne division duodécimale, ainsi que les an-
ciennes dénominations. On s'est borné seulement à com-
parer la longueur, la capacité et la pesanteur des mesures
polonaises et des mesures françaises, en ajoutant aux unes
et en réduisant un peu les autres. Ainsi , le but principal
du calcul décimal est manqué ; et tout le fruit que l'on a
retiré de cette réforme, c'est que l'aune a reçu une moindre
dimension , et le korzec ou boisseau , une augmentation.
La petite Guerre [inala u>oynd)j ou la Disposition mili-
taire des bataillons , selon la théorie et la pratique du
maréchal de Saxe, ouvrage de M. le major Wroniecki,
dédié au grand duc Constantin. L'auteur tire ses principes
des Réueries du maréchal, et y ajoute ses propres réflexions.
ZZ ÉTAT DES LETTRES
en citant à l'appui l'exemple de dispositions du même
genre faites dans les campagnes de l'armée polonaise.
Agriculture, jardinage et technologie. — De bons
agriculteurs, exercés par la pratique, et des hommes ins-
truits dans les arts , ont publié , sur ces différens sujets ,
divers écrits originaux, et surtout des traductions, parmi
lesquelles on distingue celle que M. Biernacki a faite de
l'ouvrage de London, sur la manière écossaise de former
des métairies, imprimé à Berlin. Il est à regrettée que ce
bel ouvrage, dédié à l'empereur de Russie, soit écrit et
imprimé d'une manière très-incorrecte (i).
M. TVodzickl vient d'achever et de publier, à Cracovie,
son excellent ouvrage sur la culture des arbres et tes avan-
tages qiLon en retire, — Un ouvrage sur la rnanière ds soi-
gner les agneaux , par Roudolf [André') , et VArt du tein-
turier y par Hermstaed, ont été traduits de l'allemand en
polonais.
Sciences religieuses, morales et politiques. — Théologie
morale, — Vincent Frydryck a publié des homélies pastO'
raies imprimées à Lowicz.
Législation et droit public, — Cette matière , si intéres-
sante pour ce royaume, devait fixer l'attention d'un grand
nombre d'esprits. L'année 1819 ^ ^'" naître quelques bro-
chures. Voici les principales : des Juifs, des Prison-
niers, de r Aristocratie et de rinégalité des conditions, du
Gouvernement représentatif, du Droit de changer les
(i) Les travaux de M. Michel Oczapoyvski , imprimés à Vilna, font
espérer aussi de grands avantages à l'agriculture nationale. La théorie
(Zasady) agronomique , la théorie de la chimie agricole, et la théorie
de l'agriculture raisonnêe , ne sont en général qu'un exposé de la
méthode de M. Thaer-^ mais la langue, aussi bien que la science ,
peuvent tirer beaucoup d'utilité de cet expose approfondi, quoi-
que assez succinct.
EN POLOGNE. 33
officUrs civils. Mais les écrivains se sont trouvés réduits
au silence, depuis la nouvelle organisation de la cen-
sure (i). Parmi les ouvrages de droit publiés en 1819 ? ^^
remarque celui de M. l'abbé Szaniawski, professeur A
l'université de Varsovie, auteur de la Statlqus du droit ou
de la Science des comparaisons dans l'étude de la loi (2).
Statistique. — Il n'a été publié sur cette matière que la
Géographie du royaume de Pologne et de la république
libre de Cracovie, par l'abbé Politowski, ouvrage qui est
devenu élémentaire.
Histoire universelle. — L'histoire nationale occupe la
plupart de nos écrivains. Le Pèlerin ( Pielgrzym ) de Do-
hromili ou plutôt les Instructions des villageois , avec
(i) Dans les provinces ci-devant polonaises, maintenant soumises
au gouvernement russe , la servitude des paysans dure encore, et le
seigneur, propriétaire de la terre, conserve une autorité arbitraire
sur eux. Aux diètes de i8i8, dans le gouvernement de Vilna, on
agita la question de l'affranchissement des serfs , et le monarque
donna son entière approbation à cette mesure dictée par la justice,
par l'humanité et par une saine politique. La Courlande, néanmoins,
devança les autres provinces polonaises. C'était elle qui souffrait
le plus de la servitude ; et ce furent les soigneurs , possesseurs de
terres dans cette province, qui se désistèrent volontairement de leurs
droits, d'après les représentations faites par le gouverneur. Les
statuts relatifs à V émancipation des paysans courlandais furent
alors publiés à Vilna.
(2) C'est à Vilna qu'a paru le meilleur ouvrage de droit, égale-
ment remarquable par son plan , par la manière dont l'auteur l'a
rempli et par l'exécution ty{;ographique. Cet ouvrage est un Manuel
du droit canonique^ en cinquante tableaux synoptiques, avec des
notes qui annoncent beaucoup d'érudition, par M. Aloys Capelli,
professeur à l'université de Vilna. (A Vilna, chez Joseph Zawadzki,
in-4°.) Ce savant étranger, qui s'était déjà rendu très-utile par ses
travaux dans cette université, s'est acquis, par cet ouvrage , de nou-
veaux droits à la reconnaissance de sa patrie adoptive.
Tome xi. ^ S
\
U ÉTAT DES LETTRES
ho portraits lithographies des rois de Pologne, par ma-
dame Isabelle , née Flemming , princesse Czartoryska ,
ont eu deux éditions en une année. Le talent distingué de
cette dame se fait remarquer surtout dans les anecdotes
placées à la fin. L'auteur avait promis un second volume ,
qui vient en effet de paraître (i).
\f Abrège de V histoire polonaise ^ par M. FalensJci, est
un bon extrait de la première édition de l'ouvrage de
M. Samuel GeorgeBandtkie ; quoique la nouvelle édition de
ce dernier ouvrage , publié à Breslau, chez Korn, en deux
volumes in-8° , de io36 pages, avec huit estampes en
taille-douce, porte la da^te de 1820, elle doit figurer dans
la notice sur l'année 1819, parce que, dès celte époque,
plusieurs exemplaires en avaient déjà été répandus dans
le public, impatient de la connaître. Cette édition forme
presque le double de la première. Elle est enrichie
de considérations sur les progrès de la civilisation et des
lettres en Pologne. Ce livre, très-estimé, est le meilleur
que nous ayons dans son genre. Il contient un grand nom-
bre de remarques neuves, et qui répandent de grandes
lumières sur l'histoire nationale.
'V Histoire du règne de Sigisnioud III ^ en 3 vol. in-8°,
ornée des portraits des personnages les plus illustres de la
Pologne , a été accueillie avec un grand empressement.
L'auteur de cet intéressant ouvrage, M. Niemcewicz, doit
être compté parmi les premiers historiens de la Pologne (2).
Les Chants historiques du mOme écrivain que nous
avons déjà signalés comme un ouvrage d'un genre remar-
(1) Voyez Ref.Enc.^ T. VIII, pag. 5So, rannoncc de la troisième
édition du premier volume de cet ouvrage, et T. XI , p. 563, lan-
nonce du second volume.
(a) Voye» Reu. Enc , T. VI , page 557.
EN rOLOGiNE. 35
quablc par une tendance éminemment morale et patrio-
tique, ont été réimprimés.
Parmi les ouvrages d'un ordre moins relevé , nous cite-
rons un Abrégé des bons mots des anciens Polonais, pu-
blié à Cracovie, dans le choix desquels l'auteur anonyme
n'a pas toujours été heureux , mais dont la continuation est
cependant à désirer. La traduction de l'ouvrage allemand
de Jekel , sur la Pologne, son histoire et sa constitution ,
par Slotwinski , n'a point satisfait les hommes instruits; on
a reproché au traducteur d'avoir supprimé plusiem^s pas-
sages injurieux à la nation polonaise; les obligations impo-
sées à un traducteur prescrivaient à M. Slolwinshi de con-
server fidèlement ces passages, malgré le peu d'exactitude
des faits qui aurait exigé une réfutation. M. Slotw inski a
mieux réussi dans l'imitation qu'il a entreprise de l'ou-
vrage chronologique allemand de Frédéric Strass, intitulé
le Fleuve du tems , et qui contient un abrégé généalogique
de l'histoire des rois et des princes polonais.
M. le comte Maximilien de Tenczyn Ossolinski , dont
nous avons mentionné la belle bibliothèque très-riche en
ouvrages nationaux, a publié à Gracovie une partie de ses
longs travaux, sous ce titre : Relations historiques et criti-
ques pour r histoire de la littérature polonaise et des écri-
vains polonais ou étrangers qui ont écrit en Pologne ou sur
la Pologne. L'auteur, qui paraît avoir pris Bajle pour mo-
dèle et pour guide ^ a entrepris de signalerl'accroissement
et les vicissitudes de la civilisation et des lettres chez la
nation polonaise : il a déjà paru deux volumes de cet ou-
vrage, l'un de 51^1, et l'autre de 6A5 pages. D'autres vo-
lumes doivent être publiés successivement ; c'est une des
plus belles entreprises Uttéraires et nationales qu'on ait
faites en Pologne. Elle sera l'objet d'un article particulier
dans ce recueil.
56 ETAT DES LETTRES
Jean DanielJenisch ou Janotski , mort le lO novem-
bre 1786, ci - devant conservateur de la bibliothèque de
Zaluski (1), avait publié, en 1776 et 1779, un ouvrage
en deux volumes, intitulé : Janociana, sive clarorum
atque illustrium Poloniœ auctoruin Tnœcenatumque Tne-
moriœ miscellœ. Le hasard ayant fait tomber entre les
mains de M. Linde le manuscrit de Janotski, en partie
inédit, ce savant s'est empressé de publier ce troisième
volume, qui complète l'ouvrage.
L'abbé Olszewshi a fait preuve d'un vrai talent, en tra-
duisant les Lettres sur V Italie, de Dupaty, et V Abrégé de
l'histoire de la Grèce, de Goldsmith, d'après la traduction
française de M. Musset Pathey.
Archéologie. — L'abbé Ciampi , professeur de l'univer-
sité de Varsovie , l'un des correspondans de la Repue En-
cyclopédique, a publié une savante brochure, intitulée ,
Fericc çarsavieuses j dans laquelle on distingue quelques
explications sur la figure et les inscriptions d'un vieux
sabre^ et l'éclaircissement d'un passage de Pausanias, con-
tenant la description du temple de Jupiter-Olympien (2).
Idéologie et métaphysique. — Après la destruction des
jésuites , époque d'où date la renaissance des lettres en Po-
logne, la commission préposée à l'éducalion nationale
chargea le célèbre Condillac de la composition d'un ou-
vrage sur la logique élémentaire; cet ouvrage ne put re-
(1) Cette bibliothèque , fondée à Varsovie par l'évêque Zaluski,
pour l'usage de ses compatriotes , a été transportée à Saint-Péters-
bourg, en 1796, par ordre de l'impératrice Catherine.
(2) Voyez Rei^. Encycl, T. III, p. 4o5 ; T. VI, p. 566; et T. IX,
p. 556. — La littérature polonaise manquait d'un bon ouvrage sur
la géographie ancienne .. M. Uldynskî, professeur à Kozemieniec,
en Volhynie, a rempli cette lacune, en publiant dans cette ville une
traduction de l'ouvrage de Nitsch ; in-8° de 54^ pages.
EN POLOGNE. Il
cevoir sa dpstinalion ; le démembrement de la malheu-
reuse Pologne ayant interrompu toutes les améliorations,
l'impulsion nouvelle donnée à l'instruction publique dut
aussi s'arrêter ; les jeunes Polonais allèrent s'instruire
dans les universités d'Allemagne, où la philosophie spé-
culative de Leibnitz et de Wolff cédait déjà la place à la
philosophie critique de Kant. C'est de là que quelques-uns
d'entre eux ont rapporté dans leur patrie un sentiment
d'enthousiasme ou la nouvelle doctrine du philosophe de
Kœnisberg. Les bons esprits, habitués à la clarté et à l'é-
légance du style des philosophes français du dix-huitième
siècle, craignirent que cette doctrine, pleine d'obscurité
et de néologisme, ne fût nuisible au bon goût, et surtout
ù la pureté du langage national, l'unique héritage qui,
après la perte de l'indépendance politique, soit resté aux
Polonais. C'est cette considération qui a déterminé beau-
coup de littérateurs savans et judicieux, entre autres ,
Dmocliowshi ^ traducteur d'Homère, et l'abbé Kopczynski,
auteur d'une excellente grammaire de la langue polo-
naise, à se déclarer contre la métaphysique des Allemands.
Dernièrement encore, l'astronome Sniaclecki, savant très-
recommandable , dont les écrits se distinguent par l'élé-
gance, la pureté et la vigueur du style , s'est attaché à dé-
montrer que les formes scolastiques et la méthode de la
philosophie allemande, introduites dans la littérature na-
tionale , pourraient entraver la marche des lumières et
nuire aux progrès des lettres et des sciences. Au reste ,
outre quelques écrits publiés dans les années précédentes
par Jean Szaniawskl, métaphysicien profond, mais qui
donne une préférence exclusive aux philosophes allemands,
la Pologne ne possède encore aucun ouvrage, ni original,
ni traduit, sur cette branche des connaissances humaines.
38 ÉTAT DES LETTRES
L'année qui nous occupe actuellement n'a produit que des
brochures polémiques de TVigara et de Bychowiec , qui
n'ont rien prouvé en faveur de la philosophie allemande.
Philosophie morale et science -pédagogique, — Le séna-
teur Castellan Gliszczynshi a publié une belle traduction
de l'ouvrage allemand de Pockels, sur la sociabilité. M. Jo-
seph MiKLAszEwsRi a traduit le traité du mandarin chinois
sur les femmes , et M. Bobrowsri l'ouvrage de Kant sur la
pédagogique. On a aussi publié plusieurs écrits sur la mé-
thode de Lancaster, etsur les moyens de la mettre en pra-
tique. Les souvenirs d'une bonne mère (Pamionlka podo-
brey matce) , par mademoiselle Clémentine Tatnsra , fille
d'un poète distingué, est un ouvrage remarquable par un
bon choix d'exemples et de pensées; il a été lrè»-bien ac-
cueilli du public.
Littérature et beaux arts. — Poésie. — La jeunesse polo-
rtaise cultive avec succès la liltérature proprement dilc ,
et donne d'heureuses espérances. Il paraît que les meilleurs
poètes vivans, MM. TVoronicz ^ Molshi , Kruszynski , se
reposent, puisque les journaux ne sont remplis que des
essais de leurs jeunes émules, tels que MM. Tjmou^ski ,
Brodzinskij Kicinskij, GorecJI:iiitDmochot4^ski'Les Polonais
témoignent toujours une prédilection particulière pour les
ouvrages de poésie, qui obtiennent presque seuls les hon-
neurs de la réimpression. Les œuvres de 6'tanis^s Trem-
BECKi, les délices des admirateurs de la poésie, étaient
restées jusqu'à présent dispersées dans des journaux, ou
inédites et inconnues. La nouvelle édition de ses œuvres,
qu'on a donnée en trois volumes , quoique fort incom-
plète encore, renferme du moins beaucoup de pièces qui
ne se trouvent poijit dans celle qu'on a publiée à W ilna,
sous la rubrique do Lcipsick. Les Géorgiqucs de Virgile et
EN POLOGNE. 39
ia poésie latine en général ont été l'objet des travaux de
plusieurs traducteurs, parmi lesquels se distingue M. Fran-
kou^ski.
Romans. — On a quelquefois prétendu (voyez Rei^. Enc.^
tom. VII, pag. 1 3) que la langue polonaise est peu propre
à se plier au genre de style qui convient aux romans.
M. Louis Sfi.0M0R0vrsKi a voulu prouver le contraire, et il
en a publié un cette année. Ce roman est intitulé : Le
comte Ostrorog. Nous avons eu aussi plusieurs traductions,
entre autres, les Mères rivales _, de madame de Genlis ;
Eléonore , ou la Constance triomphante , le J^oyage de
Klinius et Simon de Nantua^ ou le Marchand forain , de
M. de Jussieu, sorte de roman populaire, destiné à former
une lecture à la fois agréable et instructive, surtout pour
les enfans des classes pauvres. Le traducteur l'a intitulé :
Mathieu de Jendrychow.
Théâtres. — Il y a six principaux théâtres, où Ton repré-
sente des ouvrages polonais, à Varsovie, à Wilna, à Minsk,
àCracovie, à Léopol et à Posen. Nous avons aussi quelques
troupes ambulantes. Pour donner une analyse raisonnée
des ouvrages dramatiques représentés sur le thééltre de la
capitale, il faudrait y avoir au moins passé une année, parce
que, jusqu'à présent, les pièces même les plus remarquables
n'ont pas été imprimées. Il y a quelque tems , la So-
ciété royale des amis des lettres ayant engagé les poètes à
consacrer leurs talens à des sujets nationaux , MM. Wen-
zyk , Kropinshi et Felinski se distinguèrent par de bons
ouvrages ; mais ces ouvrages n'avaient pas encore
été livrés à l'impression en 1819 (i). La. comédie et
(1) Felinski est mort en 1820, après avoir vu imprimer sa tra-
duction des Géorgiques françaises de Delille. Il a laissé une tragédie
intitulée : Barhè Radzwil, épouse de Sigismond Auguste. Le second
M ÉTAT DES LETTRES
l'opéra se sont aussi emparés de quelques sujets natio-
naux. Boguslawski (i] , DmuszeusJci et Ziolkowski, qui
sont au rang de nos premiers acteurs, ont donné au théâ-
tre beaucoup de pièces originales. Nous avons encore
quelques auteurs comiques et tragiques, et deux composi-
teurs d'opéras , MM. Ehner et Kurpinski.
Les principaux ouvrages dramatiques, publiés en i8ig,
sont des traductions. Nous citerons V Ecole des femmes de
Blolière , mise en polonais par M. Gérard Y^^itowski, et
les Templiers^ tragédie de M. Raynouard, traduite par
M. Brodzinski. La versification de M. Brodzinski est facile
et soignée, et sa traduction très-fidèle. Il l'a fait précéder
ùiun Précis historique bur les Templiers , dans lequel il se
montre persuadé de leur innocence ; il pense qu'il exis-
tait entre eux un secret, que le tems n'a pu jusqu'ici faire
découvrir. La monstrueuse tragédie de Fausty de Kliiige-
mcum, qui s'est emparé du sujet déjà traité par M. Goethe,
a également été traduite; mais le traducteur a gardé l'a-
nonyme.
Parmi les ouvrages dramatiques nationaux, imprimés ,
on distingue Zbignieiu (frère duroi Boleslas lïl) , tragédie
de M. NiEMCEWicz; nous citerons aussi le drame de M. Hu-
MiCKi, intitulé : G aurore k , et le château de Czorstyuy ou
volume de ses œuvres a paru depuis peu ; on y trouve une traduc-
tion de Rkadamiste et Zènobie. En faisant ici mention de quelques-
uns de nos meilleurs artistes dramatiques, nous ne pouvons passer
$ous silence le nom de madame Lcduchovrska , née Truskulavvsta ;
il est difficile de trouver i#n talent aussi distingué; elle est surtout
remarquable dans les rôles d'Atbalie , de lady Macbeth et Ophelie.
(i) Le tjiéûtre national est redevable de son existence à M. Bo-
guslanski , qui peut en Ctrc regardé comme le fondateur ; ses co-
médies ot ses opéras sont les premières pièces <|u*on y ait repré-
^utécs
EN POLOGNE. Al
Bojom'ir et fVanda , opéra de M. Joseph Krasinsri , dont
la musique est de M. Kurpinski (i).
(i) Les renseignemens contem.s dans cette Notice ne donnent
pas une idée complète de l'état de la littérature en Pologne ;
d'autant plus qu'elle ne comprend point, comme on l'a annoncé,
ks ouvrages publiés hors du royaume de Pologne, proprement dit,
dans les autres provinces polonaises, soumises à la Russie, à l'Au-
triche et ^ la Prusse. La littérature polonaise est aussi cultivée dans
les capitales de ces provinces, Vilna, Léopol et Posen , surtout à
Vilna ; et quelques Polonais, amis des lettres, ont bien voulu s'en-
gager à nous tenir au courant des progrès que feront les sciences
chez cette intéressante nation , dont les derniers efforts promettent
de nouveaux succès. Nous pourrons ainsi achever le tableau, dont
nous n'avons présenté qu'une ébauche. Nous espérons que nos cor-
respondans des autres pays voudront bien aussi nous adresser de
semblables communications, qui nous permettront défaire mieux
apprécier, par d'utiles rapprochemens, les progrès comparés de la
littérature et des sciences dans les principales contrées du monde
civilisé. — Lorsqu'au bout de quatre ou cinq anaées, nous aurons pu
passer en revue, d'un côté, les différentes nations et leurs littéra-
tures, ^insi que leurs travaux les plus importans; de l'autre, les
différentes branches des connaissances humaines, et les inventions,
les découvertes , les méthodes perfectionnées, les procédés nouveaux,
les chefs-d'œuvre des arts mécaniques et industriels ou des beaux-
arts; puis les hommes distingués et utiles qui consacrent leur vie et
leurs pensées à des objets de bien public ; enfin les productions
Scientifiques, philosophiques, historiques et littéraires les plus re-
marquables , dont la réunion offrira un répertoire bibliographique
assez complet des meilleurs ouvrages publiés dans chaque pays, nous
rédigerons , d'après ces divisions , une table générale et raisonnée
des matières contenues dans nos seize ou vingt premiers volumes ; et
cette table , destinée à former elle-même un Précis des résultats de
la ciuilisaiion comparée , ou de V histoire scientifique et littéraire de
chaquepays^ sera envoyée aux souscripteurs des quatre ou cinq pre-
mières années de la Rkvue EiHcyci.opÉDiQUK, comme un complément
de cette collection, et un moyen d'y faciliter tous les genres de re-
cherches. M. A. JULLIEN.
VV^VVV\VVVVVVVVt)VVVVVV\VVVV«<V»\%-|/V\«%.««VVV>VVV\VVV\VVWV%VV\VVVVVVV\^VV\VVVfc
IL ANALYSES D OUVRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
Traité couplet de mécanique appliquée aux art&,
contenant ^exposition méthodique des théories et
des expériences les plus utiles pour diriger le choix,
l'invention , la construction et l'emploi d3 toutes les
espèces de machines ; par M. J. A. Borgnis , ingé-
nieur, membre de plusieurs académies (i).
Septième traité.
Des machines qui servent à confectionner les étoffes _,
contenant la manière de préparer les matières filamen-
teuses 5 animales ou végétales y l'examen comparatif des
moyens m,écaniques employés dans les filatures ; la des-
cription des Tnétiers avec leurs accessoires pour toutes es-
pèces d'étoffes , depuis les plus simples jusqu aux plus figu-
rées ; enfin ^ la m,anière de donner aux étoffes les derniers
apprêts avant qu elles soient livrées au commerce ( i ).
La fabrication des étoffes offre une série d'opérations
très -remarquables, depuis le moment où les matières
premières quittent leur forme filamenteuse pour se chan-
ger en un tissu qui nous frappe par son fini et son éclat,
ou nous éblouit par la vivacité de ses couleurs ou par la
(i) Voyez les analyses des autres volumes du même ouvrage ,
qui forme une sorte à' Encyclopédie des arts jnécaniques et indus-
triels, ci-dessus, T. I, p. 227-244; T. II, p. 21 5 -254; T. X, p. 299-
320, et T. XI , p. 42-69 de la Rei-'ue encyclopédique.
(2) Paris, 1S20. Un vol. in-8° de 546 pages, avec 44 planc'cs.
Bachelier, libraire. Prix , 3o fr.
SCIKJNCES PHYSIQUES. AS
variété de ses dessins. Elle emprunte ses méthodes variées
à la chimie et à la mécanique usuelle. Ses opérations
principales peuvent se réduire à quatre , qui se retrouvent
plus ou moins dans la préparation de toutes les étoffes;
i** premiers apprêts, c'est-à-dire nettoyage, peignage et
cardage des filamens ; 2" filature ; 3" tissage ; A" apprêts
ultérieurs. Mais ces opérations élémentaires reçoivent des
modifications infinies, suivant la nature des matières pre-
mières, qui peuvent être prises dans les trois règnes de
la nature, et qui sont animales, comme les laines, les
duvets, les crins, la soie ; ou végétales, comme le lin, le
chanvre, le coton; ou enfin minérales , comme les fils ou
les lames métalliques d'une grande finesse.
Elles se modifient encore d'après les usages auxquels
doit servir chaque espèce d'étoffe et selon qu'elles doi-
vent leur donner divers degrés d'élégance ou de richesse,
de force ou de finesse, de souplesse ou de légèreté^ d'élas-
ticité ou de douceur. En un mot , elles se plient ù tous
les caprices du luxe et de la mode.
Cette branche de commerce, déjà si digne d'attention
par la place éminente qu'elle occupe dans l'industrie na-
tionale , se fait encore remarquer par la multitude des
procédés ingénieux qu'elle a créés pour varier ses produits
et les approprier à tous les besoins et à tous les goûts. C'est
une suite de problèmes de mécanique, dont la solution
hardie intéresse le savant et frappe d'étonnement l'homme
vulgaire.
Il faudrait un volume pour analyser tout ce qui a été
fait dans ce genre. Nous nous bornerons à indiquer les
principales améliorations dont s'est enrichie la fabrication
des étoffes dansées derniers tems, au point d'être devenue
presque un art nouveau. Nous renverrons pour le surplus
ù l'ouvrage même, dans lequel toutes les parties de cet
hk SCIENCES PHYSIQUES
art important sont décrites avec autant de clarté que de
précision.
Personne n'ignore que c'est à M. Douglas qu'on doit l'in-
troduction, en France, des belles machines anglaises à ou-
vrir et à mélanger les laines. La première fait l'ouvrage de
soixante ouvriers, et la seconde, celui de plus de trente.
Cet artiste habile a importé aussi les machines suivantes:
1* deux machines qui donnent le premier et le second
dsgré de cardage. Elles cardent i Ao livres de laine par
jour, et font l'ouvrage de vingt-quatre personnes ; 2° une
machine à ébaucher la filature , qui file jusqu'à 72 livres
par jour; 3° une machine qui perfectionne celte filature
et qui file en_fin comme le feraient vingt-quatre ouvriers ;
4° un métier à navette volante; 5° une machine à lainer,
qui fait le travail de vingt-quatre ouvriers , et rend le
drap plus soyeux et plus souple; 6° des machines à tondre
les draps ; 7° une machine ù brosser les draps pour la
presse. Cette machine couche le poil et donne le lusfre ,
en dix minutes, à une pièce de trente aunes, ce qu'un
homme ne ferait pas en deux heures.
Ces machines, déjà si économiques, ont encore reçu
d'importantes améliorations par MM. Dobo, John Collier
et Cockreil.
MM. Faux et Georges ont imaginé, en 1802, plusieurs
machines ingénieuses appelées loups, très-propres à ouvrir
et à mélanger les laines.
Monge a expliqué, dans un mémoire plein d'intérêt,
les principes du feutrage; l'auteur en rapporte les prin-
cipaux faits et en développe le mécanisme.
La machine à carder la laine est plus simple que celle
à carder le coton. La laine a des poils raboteux et entor-
tillés; les filamens du coton sont droits et unis. 5Liis ces
deux machines se ressemblent en ce qu'elles produisent
SCIENCES PHYSIQUES. A5
une économie et une perfection extraordinaires, que n'at-
teindrait jamais la main de l'homme. Leur principe a été
appliqué au cardage des poils pour les chapeaux, par
M. Sarrazin , de Lyon.
Le rouissage du lin et du chanvre 'a occupé beaucoup
de personnes; M. Borgnis cite le procédé de M. Bralle
pour rouir le chanvre et le lin en deux heures : celui de
M. d'Hondt d'Arcy. Il explique pourquoi la machine de
M. Christian n'a pas pu réussir pour teiller sans rouissage.
Le décreusage de la soie exigeait, pour arriver à sa
perfection, la main de M. Roard, exercée aux opérations
manufacturières; l'auteur décrit les moyens qu'il met en
usage.
Le peignage de la laine, du lin et du chanvre a pour
but principal , de démêler les filamens, de les ranger et
de les coucher parallèlement les uns près des autres en
leur conservant leur longueur. Par cette opération, la laine
ainsi que les autres matières en acquièrent une grande
force. M. Porthouze a imaginé une machine ingénieuse
à peigner le chanvre, mais elle n'est pas sans défauts»
M. Demaurey a eu plus de succès dans le peignage de
la laine. Sa machine, qui lui a mérité un prix en 1812,
a résolu le problème d'une manière satisfaisante.
Après que la laine et les autres matières ont été con-
venablement épurées, et ensuite cardées ou peignées, on
procède à la filature, qui a pour objet d'étirer et de tordre
les filamens. L'étirage règle la finesse du fil ; la torsion
comprime et resserre plus ou moins les filamens qui le
composent.
Les procédés de filature varient suivant la nature des
matières que l'on soumet à cette opération. La filature de
la laine cardée et du coton présente des mécanismes re-
marquables, qui possèdent à un haut degré les propriétés
A6 SCIENCES PHYSIQUES.
indispensables à toute machine , celle de produire à la
fois économie et perfection. M. Borgnis est le premier qui
en a donné une description complète et détaillée. II a
rendu par là un grand service à cette branche d'industrie',
qui prend chaque jour de nouyeaux accroissemens, tout
en perfectionnant ses produits.
Les divers systèmes de filature en usage pour le coton
et pour la laine peuvent se réduire à trois, désignés sous
les noms, i° de MuU-Jenny à pince ; 2° continue; 3° Mull-
Jenny à laminoir, qui est une combinaison des deux pre-
miers.
Le premier de ces mécanismes sert particulièrement à
la filature de la laine. M. Sureda a proposé de diriger le
mouvement du chariot par un procédé mécanique qui
éviterait l'inconvénient d'un long apprentissage pour les
fileurs, et rendrait en même tems la filature plus parfaite
et plus facile. La mécanique , appelée continue j est em-
ployée pour faire la chaîne des étoffes de coton. Elle pro-
duit, par un mouvement continu, l'étirage, la torsion et
le renvidage du fil. Les Mulls-Jennys à laminoir servent
à filer la trame et les fils de coton d'un numéro très-élevé.
A la description de ces mécaniques, M. Borgnis ajouté
celle d'une machine pour carder et filer à la fois, et d'un
mouvement continu, le coton ou la laine. Nous regret-
tons qu'il n'ait pas fait connaître plus en détail cette ma-
chine ingénieuse , de sorte que nons ignorons si l'expé-
rience a constaté les avantages qu'elle paraît posséder.
En Tan XI, le gouvernement ouvrit un concours dont
le but était le perfectionnement des machines à filer le
coton. Le rapport du jury contient des notices intéres-
santes sur toutes les machines présentées par les concur-
r^ns, ainsi qu'un détail historique de l'introduction et des
§, SCIENCES PHYSIQUES. A7
progrès de ces mécaniques en France. Le prix fut accordé
à MM. Liewen Bawens et James Farrar.
Les procédés pour filer la laine peignée ne ressemblent
pas aux précédens. C'est à M. Dobo, habile mécanicien,
que l'on doit la plupart des améliorations que cette branche
imporlante de l'industrie française a acquise depuis quel-
ques années.
Quoique, depuis l'an Y, on ait établi en France plusieurs
mécaniques à filer le lin, il ne paraît pas que ces machines
i soient assez perfectionnées pour devenir d'un usage géné-
ral. A cette occasion, M. Borgnis élève cette question qui
\ a lieu de surprendre : a Serait-il bien désirable que ces
mécaniques, ainsi que bien d'autres, arrivassent à un tel
degré de perfection, qu'elles pussent être partout substi-
tuées, apec un avantage évident j à la filature ordinaire?»
De la manière dont l'auteur a posé cette question , on ne
s'attendait pas à une solution négative ; c'est cependant
celle qu'il donne, plus frappé sans doute des inconvé-
niens passagers de ces machines, que de leurs avantages
perpétuels. S'il est vrai que les machines sont des esclaves
ingénieux et actifs, qui travaillent et nous servent sans
exiger aucun salaire, on ne voit pas quel motif pourrait
porter à proscrire ces ouvriers aussi précieux par leur ha-
bileté que par leur désintéressement. C'est ce qu'ont senti
les nations les plus industrieuses qui se sont empressées
d'adopter des mécaniques de toute espèce pour abréger
et perfectionner leurs travaux, et qui, en conséquence,
ont vu s'accroître leur industrie, leur aisance et leur popu-
lation.
La filature, ou plutôt le retordage de la soie, s'opère par
des mécanismes entièrement différens de ceux employés
pour les autres matières. Le fil de soie est filé par le ver
lui-même ; il ne reste plus qu'a lui donner plus de force en
A8 SCIENCES PHYSIQUES.
réunissant et en retordant plusieurs fils simples. MM. Vil-
lard , Tabarin et Rival ont imaginé plusieurs tours pour
tirer la soie. La belle machine de Vaucanson pour organ-
siner la soie est encore la meilleure que l^on connaisse ,
malgré ses défauts.
L'opération du tissage offre encore plus de variétés que
la filature; elle donne des étoffes unies, satinées, croisées,
à mailles, elc. , sans compter le nombre infini de combi-
naisons que peut donner l'emploi du fil de diverses
couleurs.
Le tissage des étoffes unies peut se faire par des pro-
cédés entièrement mécaniques. Vaucanson est le premier
qui. ait eu Tidée de cette importante amélioration, qu'il fit
connaître en 17A7. M. Rober-Miller prit, en 1796, une
patente pour l'invention d'un métier mécanique; mais
celui de M. Horrok de Stokfort, qu'on a vu exposé au
Louvre en 1819, présente des perfectionnemens qui le
rendent préférable à tous. les autres. M. Borgnis le fait
connaître en détail, de même qu'un mécanisme qui présente
de grands avantages, et dont M. Despiau est inventeur.
L'auteur décrit la fabrication des étoffes façonnées , des
lapis de la Savonnerie, d'Aubusson et de Beauvais, et des
tapisseries des Gobelins ; un métier mécanique pour fabri-
quer plusieurs pièces de ruban à la fois. Il passe ensuite
à la fabrication des tissus-maille,^ dont il fait connaître les
améliorations produites parle métier à bas de M. Jandeau,
ceux de MM. Viardot, Dautry, Bellemère; le métier à
tricot de M. Moisson , et surtout celui de M. Favrcau, qui
possède de grands avantages. Le métier pour les tricots
fourrés de M. Mathis est aussi très-remarquable.
Après le tissage, il ne reste plus qu'à faire subir aux
étoffes quelquos apprêts ultérieurs, afin de les livrer aux
consommateurs.
SCIENCES PHYSIQUES. A9
i" Lavage. Deux nouvelles machines sont employées
pour blanchir et repasser le linge de ménage avec éco-
nomie et promptitude. Le blanchiment des étoffes, le
foulage et le dégraissage du drap s'exécutent aussi par r>es
procédés mécaniques très-avanlageux.
2° Teinture. M. de la Boulaye-Marillac a inventé une
espèce de laminoir pour tondre plus parfaitement les pièces
de drap.
3° Impression. Cette opération s'exécute actuellement
avec autant de rapidité que de perfection, grâce à lu
machine à cylindre.
A" Lustrage j moirage , laminage , gaufrage et ratinage.
Les étoffes reçoivent ces apprêts par des machines plus
ou moins parfaites, mais dont il serait trop long de don-
ner seulement l'indication. Nous en dirorïs autant du gril^
lagej du tondage, et du ciselage\ dont les procédés mé-
caniques sont décrits avec le plus grand soin par M. Bor-
gnis. Nous ferons mention seulement de la tondeuse de
M. Poupart de Neuflize , que l'on a vue en activité au
Louvre, en 1819, qui donne, en douze heures, la coupe
à 1200 aunes de drap cinq-quarts, et remplace par con-
séquent 4o forces à la main.
Huitième Traité.
Des machines qui imitent ou facilitent les fonctions
vitales des corps animés ; suivi d'un appendice sur les
macJiines théâtrales ancinenes j et sur les procédés en
usage dans les théâtres modernes ^ pour effectuer les chan-
gemens à vue , les vols directs et obliques , et plusieurs
autres effets (i).
Ce traité renferme une série de machines très-curieuses
par lesquelles la mécanique étale tous ses prodiges.
(i) Paris, 1820. Un vol. in -4° de Sri pages, avec 27 planches.
Bachelier, libraire. Prix, 21 fr.
Tome xii. . A
50 SCIENCES PHYSIQUES.
Le premier livre a pour objet les moyens mécaniques
propres à imiter ou à aider les fonctions vitales corporelles.
L'auteur y passe d'abord en revue les membres artificiels,
mécanismes bienfaisans , qui rétablissent, dans l'usage de
ses membres, l'infortuné qui aurait eu le malheur de les
perdre, entre autres les belles inventions, à l'aide des-
quelles M. Dèsormeaux est parvenu à suppléer à une main
qu'il a perdue. Il décrit ensuite les androîdes ou hommes
artificiels, qui imitent les mouvemens naturels à Taide
d'une force motrice, placée soit à l'intérieur, soit à l'exté-
rieur. Il fait connaître les diverses méthodes de trans-
porter les personnes d'un lieu à un autre, les chaises à
porteur, les litières, les palanquins, les brancards, les
lits mobiles à l'usage des malades. Il donne avec détail
la description des diverses espèces de traîneaux et de
voitures, et les moyens de prévenir les accidens que leur
usage pourrait occasionner; les péhiciiles-aufomates mus
par des hommes qui s'y font traîner, et ceux de pure cu-
riosité mus par des ressorts intérieurs.
Dans les cas si fréquens d'incendie, on emploie des
mécanismes précieux qui servent à pénétrer dans l'inté-
rieur des édifices pour sauver les personnes et les efi'ets.
On remarque dans ce nombre les chaises et les planchers
volans, et surtout les belles inventions de MM. Régnier,
Daujon , Castera et Tréchart. M. Borgnis s'arrCle sur les
expériences remarquables de Van-Marum, et sur les
moyens qu'elles donnent pour maîtriser avec promptitude
les incendies les plus dévorans. Il n'a point oublié la
description de l'appareil anglais pour ramoner les che-
minées.
Il traite ensuite du parachute et des moyens qui ont
été proposés pour la direction des ballons aérostatiques.
Les vcnlilaleurs et les divers appareils pour détruire le
SCIENCES PHYSIQUES. 5!
méphltisme, les émanations insalubres ou désagréables,
et pour secourir les noyés et les asphyxiés, terminent le
premier livre.
Le second livre , consacré aux procédés artificiels qui
facilitent les fonctions intellectuelles, contient les mé-
thodes d'imiter mécaniquement la voix et le chant , de
fixer la pensée et d'en faciliter la propagation , de la trans-
mettre au loiaavec célérité, et enfin de faciliter les calculs
et la détermination des quantités diverses. Les inventions
les plus remarquables dans ce genre, sont les automates-
parlans, le Auteur et le joueur de tambourin de Vaucanson,
les musiques mécaniques et le notage des cylindres.
Pour fixer et multiplier la pensée , on remarque les
polygraphes , les ambotraces, les presses à copier, l'ingé-
nieuse machine à graver les lettres de M. Rochon, et les
instrumens pour écrire à l'usage des aveugles.
Pour transmettre la pensée au loin, on emploie des si-
gnaux de diverses espèces. L'invention la plus nouvelle
est celle de M. Chappe, qui a donné naissance aux télé-
graphes de terre, à ceux pour la marine, et aux télégra-
phes portatifs et militaires. Cette découverte, dontle gou-
vernement s'est réservé le monopole, pourrait devenir d'une
importance bien supérieure , si elle était appliquée aux
usages de la vie civile, et surtout aux besoins rapides du
commerce.
Pour mesurer les quantités , on emploie des moyens
mécaniques, tels que les compteurs, les odomètres, etc.
D'autres machines servent à calculer, comme les a^<2</2:^^5,
le bâton de Neper , les règles à échelles logarithmiques ,
les boîtes à calculer et la machine arithmétique de Pascal.
L'auteur joint à cette dernière la machine de Clairault
pour construire les équations , et les divers instrument
pour dessiner mécaniquement la perspective.
A*
52 SCIENCES PHYSIQUES.
La dernière partie de ce volume n'est pas la moin»
intéressante : elle renfermé tout ce qui est relatif aux ma-
chines théâtrales anciennes et modernes.
Les édifices de l'antiquité destinés aux spectacles pu-
hlics étaient plus grands et plus variés que les nôtres;
tels étaient le cirque, l'amphithéâtre, les hassins pour les
naumachies , le théâtre et TOdéon.
La plus étonnante , sans contredit, des machines théâ-
trales des anciens devait êlre le mécanisme pour faire
manœuvrer le velarium, qui couvrait leurs immenses am-
phithéâtres. Aucun auteur de l'antiquité ne l'a décrit ;
cependant M. Borgnis, en prenant pour hase les passage»
des auteurs qui en ont pailé et l'examen des amphi-
théâtres antiques qui existent encore, en a trouvé une
explication aussi simple qu'ingénieuse. Il a rendu compte,
avec un égal succès, de la forme, de la position et de la
manœuvre des décorations théâtrales antiques, qu'on avait
cherché à expliquer par des suppositions erronées.
Il passe ensuite aux théâtres modernes, et donne la des-
cription des plus remarquables. Il entre dans beaucoup
de détails sur la distribution et sur la construction des
diverses parties d'un théâtre à machines, sur les pièces
de service qui doivent lui êlre annexées, sur les nou-
veaux moyens inventés pour éviter les incendies, et enfin
sur les divers modes d'éclairage des spectacles.
L'art du décorateur, à l'aide des machines, est par-
venu, sur les théâtres modernes, â imiter, en produisant
la plus parfaite illusion, non seulement les effets naturels,
mais encore tout ce que la mythologie et la féerie ont
imaginé de plus merveilleux. On y a multiplié les chan-
gemens c\ vue, les vols directs et obliques, la descente et l'ap-
parition soudaine des divinités célestes et infernales. On
y imite, à s'y méprendre, le vent, le tonnerre, les éclairs.
SCIENCES rinSIQlES. 5,1
iv,6 Icinpcles, les incendies, les flots d'un fleuve, les\agucs
de la mer, la couleur de l'aurore prenant imperce|)lil)!c-
menl des teintes plus vives et plus éclatantes, la lumière
douce et divine de i'Êlyséc, etc. L'explicalijn de ces
effets merveilleux termine agréablement le dernier livre
de l'ouvrage, et délasse l'esprit du lecteur de la fatigue
qu'a pu lui donner l'étude attentive de tant d'objets que
nous venons de pnrcourir.
Cependimt M. Borgnis ne se croit pas encore au terme
de la carrière qu'il a parcourue avec tant de succès. Il a
formé, il est vrai, une collection complète, autant que
possible , des moyens mécaniques que l'industrie em-
ploie; mais, cet ouvrage étant spécialement consacré à
Futilité des artistes, iladûéviteiiavecsoin tout ce qui aurait
pu les détourner d'en faire usage; il a dû s'abstenir d'em-
ployer les méthodes géométriques et analytiques, ainsi que
tout autre appareil scientifique. Il n'aurait pu d'ailleurs
entremêler la théorie de la science de détails descriptifs,
sans lui faiie perdre l'ordre, la clarté et la concision qui
lui sont si nécessaires, et pour l'entendre, et pour la rendre
fructueuse.
11 se propose de publier un volume qui contiendra la
théorie de la mécanique usuelle, c'est-à-dire les applica-
tions, non seulement de la géométrie proprement dite,
mais encore de l'analyse et de la physique , au perfec-
tionnement des moyens mécaniques dont l'industrie fait
usnge.
A cet ouvrage, il en joindra trois autres. Le premier con-
tiendra un Essai sur rhistolre de la mécanique et sa biblio-
graphie ; le second, la Description des macliiiies et des
iiLstrumens de physique^ de géodésie et d'astronomie ^ et
le dernier sera un Dictionnaire de mécanique ^ qui renfer-
mera la t;il)le analytique et raisonnée de l'ouvrage entier.
BA SCIENCES PHYSIQUES.
Puisse-t-il bientôt nous donner ce complément précieux
du grand et important ouvrage qu'il a entrepris!
La manière dont M. Borgnis a traité la description des
arts mécaniques nous fait juger d'avance de tout l'intérêt
que présenteront les quatre volumes qu'il a annoncés. En
éclairant la marche de l'industrie, il lui fera faire des pas
plus sûrs et plus rapides dans la route de la perfection.
En parcourant ce Traité de mécanique applicable à
l'industrie, on s'aperçoit de la liaison intime qui unit tous
les arts entre eux, et qui fait que la perfection des uns
contribue nécessairement aux progrès des autres. Ainsi ^
l'invention de la machine à vapeur a facilité l'extraction des
métaux et perifectionné les travaux de la métallurgie : à son
tour, celle-ci a amélioré et rendu plus facile la construc-
tion de ces machines précieuses. Ainsi, le perfectionne-
ment dans la fabrication des étoffes, par les moyens des
mécaniques, a étendu et amélioré la culture des matières
premières; et celles-ci, perfectionnées, ont permis aux
manufactures de donner de plus beaux tissus. L'étude des
arts prouve à chaque instant cette vérité. On voit donc quel
service éminent leur a rendu notre auteur, en réunissant
dans un même ouvrage tant de procédés qui s'éclairent et
se soutiennent mutuellement.
Mais cette fraternité qui unit tous les arts entre eux, les
rattache également aux sciences par des liens intimes.
C'est seulement depuis que les arts ont fourni aux savans
des instrumens, des machines, des moyens d'observer ,
que les sciences ont fait des progrès rapides. Ce ne sont
pas seulement les sciences proprement dîtes, mais encore
toutes les connaissances humaines, qui doivent aux arts
leurs étonnans progrès. Il suflira de citer pour preuve
l'art de l'imprimeur et celui du navigateur.
SCIEiNCES PHYSIQUES. 55
Puisque les arts industriels ont tant d'influence sur les
progrès des sciences , les savans, si ce n'est par reconnais-
sance, au moins par intérêt, devraient rendre à l'indus-
trie les bienfaits qu'ils en reçoivent , en éclairant de leurs
lumières sa marche trop souvent timide et incertaine. Tel
est le but que se propose M. Borgnis par la publication des
quatre volumes qu'il annonce, but qu'il atteindra , nous
n'en doutons pas, à la satisfaction générale. Ce dernier
ouvrage rendra aux arts industriels un service non moins
éminent que le premier. Ce travail, une fois complété, et
renfermant en môme tems la théorie et la pratique , sera
un monument durable élevé à l'industrie scientifique, et
manufacturière, et qui méritera à son auteur la reconnais-
sance de tous ceux qui s'intéressent aux progrès des con-
naissances humaines, ou au bonheur de Thumanité.
L. SÉb. Le Normand , professeur de technologie.
Recherches statistiques sur (a ville de Paris et sur le
département delà Seine; recueil de tableaux dressés
et réunis d'après les ordres de M. le comte de Cha-
brol , conseiller-d'état f préfet du département ( i ) .
C'est un résultat nécessaire du mouvement progressif de
civilisation, que la publicité qu'on donne aujourd'hui en
France à une foule de documensprécieux, qui restaient jadis
enfouis dans les archives de l'administration. Perdus pour
(i) Paris, 1821 ; imprimerie de Ballard, rue J.-J. Rousseau, n°8,
et lithographie de l'école royale des ponts et chaussées. Un vol. in-S*
de 1 13 pages et 62 tableaux (ne se vend pag; ce qui excite les justes
regrets des hommes éclairés , qui sentent combien fa publicité de
pareils ouvrages serait favorable aux progrès des lumières et de 1«
civilisation), N. D. R.
56 SCIENCES PHYSIQUES.
les sciences, pour l'histoire et pour l'utilité publique , ces
matériaux demeuraient souvent inutilesau magistrat même,
à cause de la diirK3ulté de comparer des faits incohérens ou
hétérogènes ; cet ordre lumineux , sans lequel la vérité ne
se découvre point, ne pouvait y pénétrer que parle secours
de l'esprit d'analyse, de l'art d'observer et des rapproche-
mens éclairés par la science. Heureusement, nous avons eu,
depuis vingt ans, à la tête des affaires, ou da nsles grandes
magistratures administratives, des esprits supérieurs aux
anciennes routines, qui n'ont pas craint d'exposer au grand
jour les résultats capables d'intéresser le commerce , l'in-
dustrie , la santé publique , les élémens de la population,
la production et la consommation des denrées , la distribu-
tion des secours ; en un mot, toute l'économie civile. De là ,
le perfectionnement graduel parmi nous delà slatist/que,
science qui, pour être nouvelle , n'en est pas moins posi-
tive, et qui est en honneur chez nos voisins depuis plus
long-tems que chez nous. Il appartenait surtout à cette science
de profiter de l'heureuse révolution qui s'est faite dans les
esprits : de toutes parts, on sentait le besoin de donner aux
recherches de statistique une direction plus sûre , lorsque
l'institut de France résolut d'offrir un prix annuel pour le
meilleur ouvrage en ce genre. Plusieurs travaux importans
ont déjà été couronnés , et l'on doit s'applaudir de l'ému-
lation qui anime aujourd'hui^sur tous les points du royaume,
un grand nombre de magistrats et de citoyens éclairés.
L'objet des travaux de statiïtique est l'énumération
exacte , méthodique et complète des faits qui intéressent
l'état physique et l'état civil d'un pays, ou bien d'une grande
ville. Déjà le célèbre Lavoisier avait posé les fondc-
mcns de cette branche importante de l'économie pu-
blique, dans un savant mémoire lu à Tacadémie des scien-
ces. Il convenait donc à cette savante compagnie de se
SCIENCES PHYSIQUES. 57
mettre à la tête des nouvelles recherches , encore plas pré
cises et plus approfondies, dont la France va devenir l'objet.
On ne saurait dire jusqu'à quel point un tel plan, suivi
avec persévérance pendant quinze années seulement, peut
accroître les lumières et la prospérité publique.
L'ouvrage que nous annonçons aujourd'hui peut être mis
au premier rang parmi ceux qui méritent de fixer l'atten-
tion générale. D'abord, il présente ce cachet d'authenticité
qui inspire une confiance entière. On doit la réunion des
matériaux dont il se compose, et la publicité qu'ils reçoi-
vent, à l'un de nos administrateurs les plus éclairés, en
même tems que les plus zélés pour le bien public. Premier
magistrat de la capitale, il a dès long-tems médité sur l'im-
portance des recherches qui embrasseraient toute la statis-
tique de cette grande ville; de bonne heure aussi, il a reconnu
l'avantage qu'il y aurait de publier les faits et les résultats,
afin d'appeler l'examen des savans, des hommes d'état, des
personnes qui sont à la tête du commerce et de l'industrie ,
enfin de tous les citoyens amis du pays. C'est avec raison
que M. le comte de Chabrol a pensé que cette publicité
était sans inconvénient , et qu'elle serait au contraire très-
utile à l'amélioration physique, industrielle, commerciale
et même morale et intellectuelle de la cité. On lui doit
donc des actions de grâces pour ce nouveau service rendu à
la ville de Paris , qui lui est déjà redevable à tant d'égards.
La seule exposition des principaux résultats compris dans
les Recherchf^s statistiques sur la ville de Paris, suffira
pour en faire comprendre le mérite et l'étendue. Soixante^
deux tableaux numériques, accompagnés d'explications et
précédés d'un rapport au ministre sur le dernier dénom-
brement, forment la seconde moitié du recueil. Ces ta-
bleaux renferment une quantité presque innombrable de
résultats exprimés en chilTres, c'est-à-dire sous une forme
68 SCIENCES PHYSIQUES.
exacte,ct par conséquent exempts de l'arbitraire, du vague
et de l'incertitude attachés aux idées conjecturales; ils rou-
lent sur les objets suivans : météorologie; état de la rivière;
dénombrement de la population de Paris , considérée par
rapport à l'âge, au sexe, à l'état civil, aux ménages, etc. ;
loi de population ; mortalité ; enfans naturels ; maladies les
plus communes ; petite vérole et vaccination ; population
des hospices , avec l'âge et la profession des individus qui
y sont admis ; agriculture des arrondissemens ruraux du
département de la Seine ; marchés ; écoles gratuites élé-
mentaires; produits des théâtres et des lieux d'amusement
public ; voitures et moyens de transport de toute espèce ;
consommation des hospices; consommation générale de la
ville de Paris , etc. etc.
Déjà, ce dernier sujet avaitété traité avec succès par M. de
Chateauneuf, dans un mémoire qui a obtenu le suffrage de
l'académie des sciences, et qui a pour titre: RecJierches sur
les consommations de tout genre de la ville deParis^en 1817,
comparées à ce qiùelles étaient en 1789. Cet ouvrage est
même un des meilleurs qui aient été imprimés en France
sur la statistique ; mais ce n'est pas ici le lieu de le com-
parer avec les tableaux publiés par l'administration , qui
d'ailleurs a libéralement fourni à l'auteur tous les rensei-
gnemens dont il avait besoin. Nous nous bornerons à citer
quelques-uns des résultats consignés dans le tableau 56 ,
destiné à faire connaître les consommations de Paris en
tout genre. En 1818, il a été vendu 522,891 hectolitres
devin, 4o,343 hectolitres d'eau-de-vie, 73,870 bœufs ,
3.35,^16 moutons, 62,4o6 porcs, environ 3,34o,ooo kilog.
de beurre, 80,000,000 d'œufs , i,oii,3oo stères de bois ,
1,613,569 hcct. de charbon de bois,5o3,372 de charbon de
terre, 879, 681 d'avoine, i,i52,i 12 de plâtre, 3,777,101^,000
carreaux de terre cuite ; enfin , pour 2,826,567 franc» de
SCIENCES PHYSIQUES. 59
marée, et 6,689,318 francs de volaille et gibier. Ces di-
verses consommations sont proportionnellement moindres
qu'avant la révolution , excepté pour le charbon de terre ,
l'eau-de-vie et la viande de porc ; la consommation des
deux premières denrées est plus que doublée.
A l'égard du pain , on sait , par des données exactes ,
quoiqu'un peu moins précises, que. la consommation est
de ii3,88o,ooo kilog. par année, ou 167 kil., 99 par tête
d'habitant (o,kil. A6o25 par jour et par individu, à peu
près une livre ). Il est remarquable que cette mesure est ,
à un millième près, précisément celle que Lavoisier avait
trouvée, par ses calculs pour 1775 et 1789.
La consommation des pommes de terre est , dans une
année, de 323,6 10 hectolitres; il a été constaté par la fa-
culté de médecine que trois kilogrammes de cette racine
nourrissent autant qu'un kilogramme de pain.
Les nombres qui précèdent ne forment qu'une très-
petite partie de l'état des consommations de Paris, qui, lui-
même , n'est qu'un exemple puisé dans les 62 tableaux
formant la deuxième partie. J'en citerai encore quelques
résultats. Le recensement de la population de Paris, au
1" mars 1817, montait à 713,966 individus, et non
713,765, comme on l'a donné dans l'Annuaire du bureau
des longitudes. Sur 657,172 individus dont l'âge a été
connu par le recensement, A3,35o étaient âgés de 5 à 10
ans, et 47,368 de 10 à i5 ans.
Les hospices civils, intérieurs et extérieurs > ont reçu
1 5,842 individus, ce qui porte la population totale dépen-
dant de Paris à 717,212.
Les 657,172 individus recensés forment 224,922 mé-
nages, qui habitent 26,801 maisons; il y a donc, par mé-
nage, moins de 3 personnes; par maison, moins de 9 mé-
nages et de 25 personnes.
ï)n 1817, il y a eu 28,759 naissances, 6,382 mariages,
Ca SCIENCES PHYSIQUES.
3i,i2''i décès. En 1818, 23,067 naissances, 6,616 mariages,
22,421 décès. On est affligé de voir qu'en 1817, 679 en-
fans de 1 à i5 ans ont péri de la petite vérole, et 66 indi-
Tidas de i5 à 4o ans; en 1818, le nombre approche de
1,000; il a augmenté en raison inverse des vaccinations
gratuites.
Les hôpitaux, en 1817, renfermaient 15,910 personnes,
dont les célibataires forment le plus grand nombre; les
trois cinquièmes se composent d'ouvriers et journaliers ,
et près d'un dixième d'individus adonnés à des professions
libérales. En 1818, il y a eu amélioration dans les hô-
pitaux, sous tous les points , et 2,5oo indigcns de moins
ont eu besoin des secours publics. On a secouru à do-
micile 86,4 1 5 individus, c'est-à-dire plus de la moitié des
indigens : le nombre de ceux-ci est plus grand en femmes
qu'en hommes , à peu près dans le rapport de 5 à 4. La
mortalité annuelle dans les hôpitaux est de 100 sur 735 ;
dans les hospices, de 100 sur 669. Le nombre des indigens
secourus à domicile est beaucoup moindre qu'en 1791, en
1802 et i8i3 ; la plus grande différence va au-delà du quart.
Sur les 23,759 naissances de 1817, on a compté 9,047
ênfans naturels, dont 5, 01)9 dans le 12'= arrondissement
seul. Ily a eu à peu près un suicide par jour; dans ce nom-
bre, qui a diminué en 1818 , on remarquait deux fois plus
d'hommes que de femmes.
Les deux neuvièmes des décès sont causés par les mala-
dies du système pulmonaire, et la moitié de ce nombre,
par la seule phthisie , dont les ravages les plus cruels
s'exercent sur les individus de 20 à 3o ans.
Le nombre des élèves des écoles de charité, et autres
écoles gratuites, est moindre que le quart des cnfans âgés
de 5 à 12 ans, clc.
Le nombre des rues, proprement dites, est de 1,09'?, leur
<lévcIoppemcnt de 21 9,871 met. La sunorficic de la ville r'^»
SCIENCES PHYSIQUES. Cl
d'une lieue carrée et |, ou 3,439 ^<^ct. J. Sous Philippe-
Auguste , elle était de 252 hect. ; sous François I'', de
483; sous Louis XV, de i,337 : mais il n'y a que ^ de la
surface qui soient bâtis. On compte, par hectare, plus de
207 habitans.Il faut un million de pavés pour réparer an-
nuellement les rues de Paris, et 600,000 livres d'huile pour
les éclairer^ y compris les établissemens publics.
Je passe à l'autre partie du recueil , qui se compose
d'une introduction et de notions générales sur la popula-
tion. En lisant ce dernier morceau , qui est assez étendu,
on est frappé de la clarté que l'auteur a su répandre sur
un sujet difficile, tout en faisant usage de quelques expres-
sions de calcul , inévitables dans une telle matière. Il
détermine les relations mathématiques quf existent entre
le nombre des habitans, le nombre des décès, celui des
naissances et la durée moyenne de la vie ; mais un traité où
tout se lie étroitement, les principes aux conséquences, et
celles-ci l'une à l'autre, se refuse absolument à l'analyse.
Quiconque aura lu attentivement cet écrit, sera complète-
ment au fait des principes qui font la base de la théorie de la
population , et c'est sans doute le but que l'auteur a voulu
atteindre. Ainsi , un administrateur, un homme de lettres,
tout homme enfin qui a besoin d'avoir des idées justes sur
cet objet , ne peut manquer de les acquérir , en se péné-
trant bien de ces notions générales. A l'élégance et à la
netteté du style , on reconnaît le savant géomètre à qui l'on
doit la découverte de la vraie théorie de la chaleur, et
qui , dans des ouvrages d'un genre opposé, a su réunir
toutes les qualités d'un habile écrivain.
Tous les tableaux sont lithographies, et la plupart d'une
écriture fort nette : si cette innovation n'ajoute rien à leur
mérite, c'est du moins un exemple des applications utiles
qu'on peut faire de la lithographie. Jomard,
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Du SYSTEME d'impôt, FONDÉ SUR LES PRINCIPES d'ÉCO-
NOMiE POLITIQUE, par M. de Saint-Chamans, maître
des requêtes du conseil d*état (i).
La science de réconomie publique, ou autrement la
connaissance du développement des facultés physiques et
morales des hommes, et leur application à la création dei
produits de toute nature qui peuvent suffire à leur bien-
être ou créer leur richesse; cette science, dis-je, qui
embrasse la plupart des autres, est tellement utile à con-
naître et importante à perfectionner, qu'on doit savoir gré
à des écrivains laborieux de s'y consacrer, même lors-
qu'ils s'écartent des principes que l'expérience et la raison
semblent avoir invariablement fixés; les services qu'ils ren-
dent à la science, en attirant l'attention sur elle, sont
au-dessus du tort qu'ils peuvent lui faire, en contestant
quelques-unes des vérités qui lui servent de fondemens.
On supposera, sans doute, d*après cet exposé, que
nous ne partageons pas entièrement les opinions de l'auteur
du livre dont nous allons rendre compte. En effet, tout
en louant dans l'auteur son zèle à s'occuper de celte ma-
tière, nous ne pouvons nous empêcher de contester le
système qu'il a conçu, ou plutôt les anciens erremens
qu'il a cherché à remettre en vigueur.
M. de Saint-Chamans, déjà connu par plusieurs ou-
Trages sur la politique et l'administration , ne s'était pas
encore occupé d'économie politique ; et il ne l'aurait peut-
être pas fait, s'il eût consulté, je ne dis pas ses forces et
ses lumières, car sans doute elles lui auraient suffi, mais
(i) Paris, i8ao. Un vol. in-8<'. Lenormand , imprimeur-libraire,
rue de Seine , n" 8. Prix, 0 fr., et, par la posto , 8 fr.
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. 63
ses opinions, qui devaient être un obstacle dans la carrière
qu'il allait embrasser, carrière où l'on ne peut faire quel-
ques progrès qu'en abandonnant toute espèce de préjugé.
Voici quelles sont les opinions de M. de Saint-Chamans,
ainsi qu'il nous les fait connaître lui-même (pag. i53).
« J'ai beaucoup entendu parler de la perfectibilité et
du progrès des lumières; ce système me paraissait infail-
lible, puisqu'il est fondé sur la sagesse humaine et sur le
profit qu'elle ne manque pas de faire des leçons de l'ex-
périence. A mesure que le monde va, nous ajoutons à
nos lumières, les lumières de tous nos devanciers anciens
et modernes. Quel foyer de lumières ! ces raisonnemens
paraissent si évidens en théorie, que j'en tirais autrefois,
avec toute la naïveté de la jeunesse, cette conclusion :
que nous valions beaucoup mieux, et que nous en savions
beaucoup plus que tout ce qui avait existé jusqu'ici. Ce-
pendant, quand j'ai commencé à regarder autour de moi,
j'ai été forcé de reconnaître (et jugez quelle fut ma sur-
prise) que le progrès des lumières ne se faisait sentir,
ni en religion , ni en morale , ni en politique , ni en lit-
térature, ni en métaphysique, et qu'au contraire, nous
avions désappris ce que savaient fort bien nos aïeux. Je
fus alors réduit à restreindre les effets de notre perfec-
tibilité et de nos lumières à quelques progrès dans les
sciences, où les découvertes faites par les grands esprits
qui nous ont précédés, ne se perdant jamais, pour peu
que nous fassions quelques pas en avant, et que nous
ajoutions quelque chose à leurs grandes conquêtes, nous
nous trouvons , avec moins de génie , plus avancés qu'eux ;
mais il faut que j'aie encore le chagrin d'avouer que la
science de l'économie politique n'est pas une de celles
qui ont fait quelques pas en avant, et qu'elle doit plutôt
être rangée parmi celles qui ont reculé. »
6A SCIENCES MORALES
P
Ajoutez à celte profession de foi Topinion que Vèpargn
appaupiit les états j au lieu de les enrichir ; que le lux.
est la plus grande source des richesses y que les dépen-
ses du gouvernement n' appauvrissent pas plus les par,
que les autres dépenses _, et même que les impôts bien ré-
ptarlis enrichiraient la société j au lieu de l'appauvri]
(pag. 88) ; qu'au lieu àt payer un million pour Vinventioi
cVune machine qui filerait le lin ou le chanvre , il serai
plus politique de payer un million pour ensevelir ce secret _
s'il était découvert; qu il faut renverser le trône usurpX
de V industrie J pour y substituer les riches oisifs j qui nA
peuvent dépenser nohlnnent leur fortune j sans enrichir IruA
paySjet qui 7'eprésententla consonunation (pag. o\2)\qucsm
les Américains n^ont point toutes les vertus j toutes Its haulei
conceptions des autres nations civilisées _, ce n^est pccs \
comme on le prétend ^ à cause de leur amour pour lA
gain , mais à cause de l'absence cVun-j noblesse^ etc. etc\
(appendice).
A la lecture de semblables assertions, il est beaucoup]
de gens qui se croiraient dispensés de lire l'ouvrage; il<|
auraient tort, et ils se priveraient d'une lecture souveutl
agréable et intéressante. Le principal système de l'auteurl
n'a même rien de déraisonnable ; il consiste à établir que
c'est de la consommation seule que proTient la production,
et que, par conséquent, le meilleur mode d'imposition est]
celui qui porte le plus spécialement sur la consommation.
Malheureusement, dans l'examen de chacune des con-l
séquences de cette idée, l'auteur manifeste une opinion
trop .absolue. Au lieu de préférer celles des consommations
qui sont le plus favorables à la reproduction, ou plutôt qui
renferment en elles-mêmes le germe de la production, il
ne fait aucune distinction : peu lui importe qu'une valeur
ait été bien ou mal consommée , pourvu qu'elle le soit ;
ET POLITIQUES. 65
qu'une épargne ait servi à une chose imporlantc ou futile,
pourvu qu'elle ne reste point clans un^coffre fort. Il met
au même rang les dépenses du faste et celles de l'industrie ,
de la richesse blasée, capricieuse, destructive, ou du
travail créateur. Il ne voit pas que le luxe n'est autre
chose que l'emploi d'une richesse accumulée dans quel-
ques mains par le travail multiplié de toutes les autres,
et que , si cette camulation ne doit plus rien rendre à !a
reproduction, le pays demeurant toujours stationnaire, ses
habitans ne verront accroître ni leur nombre, ni leur
aisance, ni leurs moyens d'opérer. Ils n'auront d'autie
but que de parvenir eux-mêmes, ou de faire parvenir
quelques uns des leurs à une jouissance puérile et sans
aucun avantage pour leur pays. Sans doute, lorsque
Louis XIV dépensait trente millions pour retourner vingt
fois le terrain de Marly, le planter et le replanter, il li-
vrait bien à la production ces trente millions par les
mains des ouvriers qu'il employait; mais, s'il eût em-
ployé celte même somme et ces mêmes ouvriers t\ dé-
fricher 5 ou 6,oao arpens dans les landes de la Beauce ou
de la Sologne , il aurait obtenu un résullat bien autrement
profitable à ses intérêts particuliers et à ceux de la France.
Sans doute, une vieille duchesse est bien libre de faire
monter dix fois par an ses diamans ; et ce qu'elle dépense
à cet effet tourne au profit des ouvriers qu'elle emploie;
mais, si elle avait employé la même somme, avec les
mêmes ouvriers, à monter six métiers de bas, elle aurait
gagné et fait gagner ii son pays tout ce qu'elle lui a fait
perdre de main d'œuvre inutile et improductive.
M. de Saint-Chamans n'est point de cet avis. On a
beaucoup reproché à Louis XIV , dit-il (pag. 356), ses
grandes dépenses en bâtimens; on pourrait dire que l'im-
pôt établi dans ce but est une taxe des pauvres et la plus
Tome xii. 5
66 SCIENCES MORALES
parfaite de toutes; car on prend aux riches qui paient
l'impôt pour nourrir des milliers d'ouTriers qui man-
quaient d'ouvrage. Je suis fâché d'être obligé d'ayoir une
opinion toute contraire; il me semble que c'était ôter à
rhomme qui pouvait reproduire une somme qu'on don-
nait à des ouvriers pour ne rien faire du tout. Mais
noire auteur va plus loin , et voici le calcul qu'il fait :
« U impôt direct passe de la main des propriétaires dans
celle des employés > rentiers , ou fournisseurs de l'état.
Ainsi ^ le revenu généralcu la somme des revenus neis ne se
trouve pas changé j si le revenu que les propriétaires ont de
moins se trouve de plus chez les employés _, etc. Ainsi , par
exemple j je compte looo francs c/e moins au propriétaire y s'il
paie looo francs d'impôt; et je compte looo francs déplus
aux employés, etc. Dans ce cas^ iln'y aurait ni perte ni gain
pourVétat. Maisj si les employés ont réellement lOOo francs
déplus i et si le propriétaire n'a pas looo francs de moins j
■alors il est clair qu'il y a bénéfice ; c'est réellement ce qui
arrive. Ces employés^ etc., qui ont un revenu de looo francs,
emploient la moitié de ce revenu à acheter aux propriétaires
des denrées qu'ils n^ auraient point achetées sans l'impôt-
avec l'autre moitié ^ ils achètent des marchandises. Les
producteurs j obligés de fabriquer plus de marchandises ^
achètent plus de matières premières aux propriétaires j et
emploient de nouveaux ouvriers qui achètent aussi aux
propriétaires des vivres qu'ils n'auraient pas eu de quoi
payer sans l'impôt. De cette manière _, les propriétaires
retrouvent les trois quarts de ce qu'ils ont payé à l'impét;
leur revenu n'est diminué que de '2bo francs : celui des
employés J etc. 9 est augmenté de 1000 francs : donc l'impôt
a enrichi la nation, w
Ce raisonnement est curieux; et si seulement il était
juste, quel plaisir n'aurait-on pas i enrichir ses amis,
ET POLITIQUES. 67
sans qu'il vous en cofilût rien! on leur donnerait à chacun
mille francs, à la condition qu'ils vous achèteraient une
partie de votre récolte. Alors vous seriez remboursé de vos
mille francs, et vous n'auriez évidemment rien perdu pour
les obliger. Il est vrai que vos amis auraient votre récolte ,
et c'est une bagatelle à laquelle M. de Saint-^Chamans n'a
pas cru devoir s'arrêter; son enthousiasme pour le luxe,
ainsi qu'il l'avoue lui-même, lui suggère beaucoup d'au-
tres propositions semblables, il n'a pas moins entrepris
que d'anéantir l'école moderne des économistes. Adam
Smith, Saj, Garnier, Ricardo tombent alternativement
sous ses coups ; il cherche le déAiut de leur cuirasse , et il
y enfonce impitoyablement sa plume. Je ne puis assurer
qu'il soit victorieux dans cette lutte, mais il la soutient
avec opiniâtreté. Seulement, on désirerait ne pas lui voir
employer l'ironie et le sarcasme dans des matières aussi
positives et aussi étrangères à l'esprit de parti. Ces expres-
sions : 7205 modernes docteurs... nés écononies libéraux,...
quittez ce masque hypocrite. ... sonnent mal dans les re-
cherches scientifiques.
Quoi qu'il en soit de la forme et du fond de l'ouvrage que
nous examinons , il n^en est pas moins vrai qu'au milieu
des erreurs d'un faux système, on y rencontre des idées
exactes ; qu'il fait bien connaître l'ancienne et les nou-
velles écoles, cl nous ne pouvons qu'inviter à le lire , tout
en conseillant de ne pas adopter les principes qu'il pro-
clame. Un certain prédicateur, dont la vie n'était pas très-
régulière, disait : «Faites ce que je dis, et non pas ce que
je fais. » M. de Saint-Ghamans pourrait dire : Instruisez»
vous de ce que j'écris, et ne vous inquiétez pas de ce que
je pense. Alexandre de ia Borde ^ de V Institut.
6*
68 SCIENCES MORALES
ft.\/VM^'V%%'V\l\\VV'V
Voyage dans la Grande-Bretagne, entrepris relati-
vement aux services publics de la guerre, de la
marine et des ponts et chaussées , de 181G <t 1820 ,
par Charles Dupin , officier supérieur au corps du
ixénle maritime , membre de l'Institut de France,
Académie des sciences, etc. Force navale; Tom. I,
constitution de la marine, Tom. II, études et tra-
vaux (i).
Cet ouvrage, où des connaissances très-importantes
sont exposées avec une grande supériorité de vues et de
talens, est continué avec ardeur, et obtient, au-dedans
et au^dehors , un glorieux succès. C*est ici la seconde
partie de ce beau travail dont nous avons déjà fait con-
naître les premières publications ( voy. Rei^. Encycl. ,
Tom. YII, p. 69, et Tom. VIII, p. 48). On se rappelle
que Xa. prëjnière partie est relative à la force militaire de
terre ; la troisième expliquera tous les moyens des com-
m,unications en Angleterre , durant la paix et pendant la
guerre, les routes, les canaux, les ports, les phares, etc.
Enfin, l'auteur, ayant, dans sa marche, agrandi son plan,
ajoute une quatrième partie j concernant la force produc-
trice, c'est-à-dire V industrie proprement dite.
Nous ne devons pas, cette fois, nous arrêter à la per-
sonne de M. Dupin. La juste renommée de son esprit, de
ses talens , de son noble caractère , nous dispense d'au-
tres éloges, et son nom seul rappelle ceux de ses deux
frères, si distingués au barreau.
Les deux volumes dont nous allons rendre compte
(1) Paris, 1821. 2 vol., chacun de 5oo pages, l'un avec un atlas de
planches gravées, lîachclicr, libraire.
ET POLITIQUES. 69
sont précédés d'une introduction, où l'auteur, portant
d'abord ses regards vers sa patrie, développe les avantages
d'une marine pour la France , mais sans se permettre d'ap-
pronver ni de blâmer notre administration maritime, à
laquelle il est subordonné par son grade. J'ose, dit-il,
regarder la force navale comme nécessaire et comme in-
dispensable, non seulement à l'opulence de l'état, à la
prospérité nationale, mais à l'indépendance, et par con-
séquent à l'honneur de la France. Dans cette partie,
comme dans tout le reste, il exprime avec une louable
modération ses vœux et ses conseils , qui paraissent très-
dignes de l'attention publique.
Au moment où l'on imprimait cette introduction , des
signaux télégraphiques apprenaient à l'Europe que le
chef du ci-devant empire avait cessé d'être prisonnier,
ils racontaient sa mort. Voici les réflexions que cet
, événement a inspirées à M. Dupin , et qu'il a consignées
en note: «Heureux les écrivains qui, forcés par leur
sujet i\ parler des travaux ou des actions de ce chef,
n'ont jamais oublié les égards dus au malheur^ et n'ont
insulté jamais à la captivité du guerrier qui tant de fois
conduisit un grand peuple à la victoire! Elevé sur le
pavois militaire comme un trophée national; couronné
dans le sein du triomphe; salué fils aîné de l'église,
et restaurateur de la foi; rendu l'oint-' du Seigneur par
le premier pontife; enfin, ayant acquis pour subalternes
des rois, des empereurs; ayant vu son amitié mendiée
par les Césars, comme un bienfait des dieux; enivré
d'hommages, «t monté trop haut dans la prospérité, il
tombe : soudain, les sceptres qui s'abaissaient jusqu'à ses
pieds, s'appesantissent sur sa tête ; les chaires sacrées ,
d'où retentissaient pour lui des paroles de servage et
d'admiration , retentissent des paroles d« malédiction et
70 SCIENCES MORALES
de mépris. Tous ses adulateurs, tous les corrupteurs
de sa fortune, lui font subir l'insupportable affront de
l'éclat de leurs derniers éloges, souillés par l'ignominie
de leurs derniers outrages ; ils lui reprochent une \\c
qu'ils ont adorée, ils s'indignent qu'il ne l'abrège pas
par le crime du suicide! mais il meurt, et leur joie
se concentre pour faire place à l'hypocrisie de la dou-
leur, dernier raffinement d'un siècle poli. Telles sont,
cependant, les moindres leçons que la chute du con-
quérant présente à la prospérité des rois. Celui qui fut
naguère si brillant par ses conceptions , si fameux par
ses travaux, si grand par ses combats; celui qui crut,
avec des monumens de la gloire et des conquêtes ,
nous payer nos libertés ravies; celui qui voulut rendre
aussi des fers aux noirs d'une colonie française, livré
lui-même à la traite par les potentats qu'il avait comptés
au nombre de ses tributaires, après six ans de servitude,
il a expiré sur le rocher de la proscription, entre le con-
tinent qui enfante les esclaves, et les colonies qui les dé-
vorent. Voilà donc ce que produit cette science du jyoïwoir ^
depuis vingt ans prêchée par tant d'apôtres avec tant
d'insolence : elle frappe dé mort le génie même qui l'a
inventée ; et quel puissant génie ! »
I.c plan de notre auteur est si habilement tracé, qu'il
peut être utile d'en offrir presque tout l'ensemble, malgré
la sécheresse trop ordinaire des tables synoptiques.
Chaque tome est divisé en six livres; — chaque livrée
en six chapitres. — Tom. I, Vw. i*^"^, de }f autorité royale
et de Vauioritè législative. Chap. i/^'', puissance maritime
des rois d'Angleterre, domination des mers; 2, rapports
de l'autorité royale avec la force navale britannique ;
3, rapports du parlement avec la force navale; 4, en-
quêtes royales, accusations et jugemcns parlementaires;
ET POLITIQUES. 71
5, budget de la marine; 6, comité spécial pour l'examen
de la dépense et du revenu.
Livre deuxième, — Commandement _, et Personnel des
forces navales. Chap. i, amirautés; 2, amiraux (état-
major général); 3, grand état-major des grands bâtimens
de guerre; 4, officiers comptables de ces bâtimens;
5, équipages des bâtimens de guerre; 6, les troupes dites
Royal-Marin e.
Livre troisième. — Offices centraux de la marine.
Chap. 1^"^, office des paiemens de la marine; 2, office du
conseil naval; 3, conseil naval; '5, comité des comptes;
5, comité des matières; 6, comité des constructions;
inspecteurs de la marine.
Livre quatrième. — Chap. i'^''; office des transports ;
2, marins et soldats embarqués sur les transports; 3, ad-
ministration des malades et des blessés; 4, traitement des
prisonniers de guerre ; 5, office des vivres; 6, service des
vivres à bord.
Livre cinquième. — Organisation des ports et des arse-
naux, Chap. 1^^, considérations générales, amiral du
port; 2, commission des arsenaux; 3, directeurs des tra-
vaux; 4, clercs comptables; 5, devis de l'inspection;
6, personnel des diverses classes de ports et d'arsenaux.
Livre sixième. — Piedde guerre j pied de paix. Chap. i*" ,
pied de guerre; 2, levée des marins, presse; 3, pertes
et non valeurs de l'armée navale; 4, prises; 5, pied de
paix; 6, demi-pension, invalides, caisse de Chatam,
hôpital de Greenvich.
Il n'y a pas un des chapitres qui ne pût présenter une riche
et agréable matière à nos extraits. Arrêtons-nous d'abordau
chapitre de la domination desmers. 11 contient des faits histo-
riques très-remarquables, et qu'il importe de ne pas oublier.
«La Grande-Bretagne, sans marine, fut long-tcms la
n SCIENCES MORALES
proie des peuples navigateurs. Cette conquête du devan-
cier d'Auguste, et du héros immortalisé par Tacite, est
méprisée par les successeurs d'Auguste. Alors, les faibles
Bretons vont mendier, chez les demi-barbares de l'Occi-
dent, un maître qui les protège contre les barbares du
Nord. Ainsi, pour n'avoir pas su compter sur leurs propres
forces, ils voient, durant cinq siècles, leur sol envahi et
déchiré par sept tyrannies contemporaines qui s'englou-
tissent dans la monarchie saxonne. Ici, commence l'his-
toire de la force navale britannique. Le grand Alfred l'ins-
titua; et ses successeurs, Edouard l'ancien, Adelstan, fils
d'Edouard, et Edgard, surent la maintenir. Déjà, ce der-
nier s'intitulait souverain des îles voismes d'Albion et de
l'Océan qui les entoure.
Mais la marine britannique déchoil, et laisse l'héritage
d'Alfred sans défense contre les rois de Danemarck ,
grands navigateurs, pirates et conquérans.
Canut, l'un de ces rois, usurpe l'Angleterre. Ses im-
prudens successeurs négligent aussi de maintenir la ma-
rine sur un pied respectable; aussitôt, les Normands,
établis sur les côtes de la France , tournent leurs vues
ambitieuses contre l'Angleterre. Ils en proclament la con-
quête, avant de l'avoir tentée; les amis du butin et du
pillage accourent sous les bannières de Guillaume , ap-
pelé depuis le Conquérant. Il sait vaincre et conserver
sa conquête en formant les cinq ports de Douvres, Has-
tings , Hyde , Romney et Sandwich, un corps politique
auquel il attribue de grands privilèges, à la seule charge
de lui fournir, pour quinze jours, dès qu'il le voudra,
cinquante -deux bâlimens armés et montés chacun par
vingt-quatre marin?.
Richard Cœur- de- lion , de concert avec Philippe-
Auguste, marche à la conquête de laïcrrc-Saintc, détruit
ET POLITIQUES. 7S
la HoUe des infidèles; ensuite, il est proclamé capitaine-
général des forces des chrétiens dans l'Asie.
Edouard III gagne en personne la bataille de iSAo ,
contre la flotte de Philippe de Valois; il détruit les navires
français; il bloque par mer et prend la ville de Calais,
illustrée alors par sa défense et sa reddition ; ensuite^ il se
venge des Espagnols, ses agresseurs, en battant com-
plètement leur flotte ; il est vaincu à son tour, en 1872 ,
par les flottes combinées de France et d'Espagne. La voix
des communes d'Angleterre se fait entendre de suite au
monarque auglais humilié ; elles demandent, elles obtien-
nent le rétablissement des lois constitutionnelles ; et la
marine anglaise renaît de ses ruines,
Henri VIII fit plus pour elle qu'aucun de ses prédé-
cesseurs; il eut le premier des vaisseaux dont l'état fut
propriétaire, et des ofliciers attachés d'une manière fixe
au service maritime; il fut donc le créateur de la marine
royale d'Angleterre. Il institua , pour le service et les
travaux des ports, le conseil et l'oflice naval; organisa la
confrérie des pilotes , connue sous le nom de maison de
' la Trinité ; il fonda les arsenaux de Deptford, de Wool-
vich etde Portsmouth, fit protéger par des forts l'entrée
de la Tamise et une grande partie des côtes du royaume.
Elisabeth favorise également la force navale. Elle bâtit
Opnor Castle pour défendre l'arsenal de Chatam, mul-
tiplie ses vaisseaux, fait conserver les bois de la marine,
éta])lit dans ses états la fabrication de la poudre de guerre,
fait fondre les canons, accroît la paie, et adoucit le sort
des marins; elle communique au peuple de l'ardeur, de
l'enthousiasme; c'est ainsi qu'elle triomphe de Philippe II
et de la grande Armada ; elle est proclamée restauratrice
de la gloir.3 nawale ^ et souveraine des mers.
Sou9 Jacques I", point de gloire nouvelle pour la marine
7A SCIENCES MORALES
anglaise. Sous la dénomination captieuse de Mers briiaii'
niques, les Anglais comprennent, outre les mers qui bai-
gnent leurs côtes, celles d'Irlande et des îles circonvoisines,
l'océan qui borde l'Espagne , la France , la Batavie , la
Suède et le Danemarck, et déclarent qu'ils en sont maîtres
absolus. Ils s'y attribuent la pêche exclusive des poissons,
du corail , de& perles, de l'ambre, etc. ; le droit d'y élever
des tributs sur les pêcheurs, sur les navigateurs et les
marchands de toutes les nations, d'y exercer la police et la
justice, d'en permettre l'entrée aux bâtimens; enfin, d'y
faire le monopole du commerce maritime , et d'exiger
un hommage de tous les pavillons étrangers. L'auteur
donne l'histoire abrégée des tentatives de l'Angleterre,
pour usurper celte espèce de souveraineté sur laquelle
Grotius écrivit son mare liherum , et Selden son mare
clausum.
Les provinces unies, vaincues et bloquées dans tous
leurs ports, sont forcées de convenir, par un traité so-
lennel, que leurs vaisseaux baisseront pavillon devant
ceux d*AngIeterre. Sully, comme ambassadeur d'Henri IV^
est soumis de fait à celte humiliation attentatoire au droit
des gens. Louis XIII rend cet hommage ; Louis XIY le
refuse, et se montre assez injuste pour l'exiger lui-même
de l'Espagne, par une déclaration de 1680.
Il est douteux qu'aujourd'hui l'Angleterre ait abandonné
ses prétentions à la souveraineté des mers. Elle y exerce
un empire de fait; mais, si elle n'exige plus des nations
le honteux hommage dont nous avons parlé , elle en est
blâmée assez clairement, en 18 15, par un capitaine an-
glais, Schomberg, dans sa Chronologie nai.'ale d'Angle-
terre; et des jurisconsultes anglais, Blackstone lui-nicme,
osent encore essayer de prouver que leur gouvernement
a le droit conslituUonuel de commelUc des hostilités de
ET POLITIQUES. 75
corsaires , avant que la déclaration de guerre ait rompu
les pactes de la paix. Enfin, ce gouvernement a inventé,
il met en pratique la théorie des blocus maritimes; il pose
à volonté, sans croisière établie, des barrières idéales sur
les plaines de l'Océan ; et , dans le système qu'il s'est forgé,
tout bâtiment neutre devient saisissable aussitôt que,
pour continuer ses relations commerciales avec des peuples
amis , il ose franchir les barrières ainsi fixées. Quel abus
du sophisme! quel emploi de la violence I... Quelquefois
les nations opprimées ont réuni leurs moyens pour résis-
ter à ces envahissemens par la force; telle fut la neutra-
lité armée des puissances du nord , au commencement de
ce siècle; mais la mort de Paul V' laissa de grands
exemples sans résultats utiles ; ce fut la faute de Napoléon;
vainement il affecta de parler aux peuples de leur liberté
sur les mers, lorsque, par la ruse et la violence j il dé-
truisait leurs libertés dans leurs propres foyers.
Elle est trop affligeante la leçon de Blackstone, qui,
pour justifier les excès de son gouvernement, assimile à la
loi des nations l'acte arbitraire le plus opposé aux premiers
principes du droit des gens.
Mais, ce qu'il y a d'incroyable, continue M. Dupîn,
c'est qu'ici le professeur s'appuie des déprédations exer-
cées par les Grecs, lorsque Thucidide reconnaît, ce qui
est l'évidence même, qu'ils n'étaient encoi^e que des pirates.
F'ojeZ) dit Blackstone, cotnment Nestor enlevait les hes"
tiaux des Epeïens , afin d^ idemniser ses sujets et d'obtenir
satisfaction. C'est donc par lespiralerîes du siècle d'Ulysse
que Blackstone veut motiver la législation anglaise des
prises maritimes ? Tout ce que prouverait celte citation,
c'est qu'il n'est pas plus barbare de faire précéder l'état
de guerre par le pillage sur les mers que par le pillage
dans les campiignes. C'est en cet unique sens que l'exemple
76 SCIENCES MORALES
de Nestor peut être appliqué. Notre auteur a recueilli les
détails les plus intéressans sur l'inexcusable conduite des
Anglais envers la France , immédiatement avant les guerres
de 1766 et de i8o5.
Dans le chapitre des lois pénales , nous croyons aperce-
voir qu'il y a, dans la législation et dans la procédure an-
glaise pénale maritimes, des règles et des usages qui ne sont
pas bons à imiter, quoiqu'ils soient peut-être sans grands
inconvéniens chez nos voisins.
Mais ce qui est digne de servir de modèle à la législa-
tion dans les gouvernemens constitutionnels, et ce qu'on
trouve bien exposé par M. Dupin, ce sont les formes parle-
mentaires employées au commencement de ce siècle pour
accuser et pour juger lord Melville, ministre de la marine :
c'est surtout la forme des enquêtes sur les désordres d'ad-
ministration publique.
Lorsque le parlement a lieu de présumer qu'une des
branches de l'administration, confiée au pouvoir exécutif,
recèle des vices ou des abus, il crée dans son sein, par un
bill, par une loi spéciale, une commission temporaire,
chargée d'informer contre les délinquans, et de proposer
les remèdes convenables. Sur le compte rendu par la com-
mission, le parlement avise aux moyens de prévenir ou
de réparer le mal : en même tems il examine s'il y a lieu
de faire le procès aux délinquans devant les tribunaux or-
dinaires, ou de les accuser devant le parlement constitué
en haute cour de justice. C'est là un des ressorts les plus
essentiels du gouvernement anglais, et relui dont le besoin
s*est fait le plus sentir sous d'autres gouvernemens consti-
tutionnels.
Lord Melville fut définitivement acquitté; mais il n'en
fui pas moins déchu de ses emplois, et accusé devant la
cour suprême d'Angleterre, pour avoir laissé des commis
ET POLITIQUES. 77
s'approprier, pendant un certain tems, l'intérêt de quelques
millions; et, comme dit notre auteur, JVIazarin, sous
Louis XIV, après un long ministère exercé dans la fraude
et le péculat, mourut en paix, laissant vingt millions à ses
héritiers.
Il ajoute la réflexion suivante, qui est d'une grande jus-
tesse : a cependant le despotisme est, pour les ministres
même, le régime le moins heureux. Un favori peut s'en-
graisser quelque tems de la fortune publique; il peut tout-
à-coup sortir de la pauvreté pour éclipser le faste des rois,
et régner avec insolence. Mais, à l'instant où le peuple in-
digné, les grands irrités, le trône humilié, appellent un
maître à déployer son orgueil et sa vengeance , il exerce
contre son favori même tout le pouvoir arbitraire ; l'exil
à vie, la prison sans fin, !a spoliation et l'assassinat mili-
taire ou populaire, ou tellement quellement judiciaire :
Yoilà le sort du ministre disgracié. Tel fut celui des "Wolsey,
des Fouquet, des Olavidès, des Concini, des Guise et des
Acomat. Les ministres égoïstes, mais éclairés, doivent
donc eux-mêmes trouver leur condition, plus modeste
peut-être, mais bien plus assurée sous un régime constitu-
tionnel que sous les monarques absolus. » Que de leçons
utiles renfermées dans les deux iraportans chapitres du
budget de la marine et du comité spécial pour examiner la
recette et la dépense !
Cependant, nous n'avons parcouru que le premier livre
du I" Tome, et nous n'avons rien dit du Tom. II, que son
titre général ; Etudes et Travaux. Voici encore l'aperçu de
ce second Tome :
Liure premier , chap. 1*'. — Force morale y études, po-
pularité de la marine en Angleterre, Elle est ici bien dé-
montrée, bien expliquée; mais on vient d'en avoir un
exemple récent daus les troubles qui ont eu lieu à l'occa-
78 SCIENCES MORALES
sion de la pompe funèbre de la dernière reine d'Angleterre.
— Chap 2. Honneurs et récompenses. Encore un chapitre
qu'on voudrait transcrire en entier. — Chap. 3. Discipline,
chûtimens. — Chap. A. De l'instruction et du personnel
des arsenaux, école d'apprentis, école d'architecture na-
vale.— Chap. 6. Instruction de la flotte, collège naval et
asile naval.
Livre deuxième. — Exercices, tactique, combats. Ch. i",
exercices ; 2, tactique navale ; 3, puissance effective de la
force navale; 4, force navale employée contre des forces de
terre; 5, moyens intermédiaires; 6, combats singuliers.
Livre troisième. —Artillerie de la marine. Chap. i",
canons; 2, caronnades et mortiers; S, affûts de canons,
affûts de canonnades; A, projectiles; 5, objets qui concourent
à la charge et au tir des pièces ; 6, du tir et des portées.
Livre quatrième. — Force et durée des hâtimens de
guerre, Chap. i"^ bûtimens classés d'après la force de leur
artillerie; 2, force comparée des hâtimens; 3, leur force
défensive; A, intérieur des vaisseaux, de la cale et du faux
pont; 5, des différentes batteries; G, conservation et entre-
tien des hâtimens.
Livre cinquième. — Etablissemens centraux etarsenaux.
Chap. i®'^, etablissemens centraux ; 2, des arsenaux en gé-
néral ; 3, Deptford ; 4,"\Voolwich, forges ; 5, Chatham, scies
de long et scies circulaires; 6y Sherrness, puits de Sberr-
ness, cloche à plongeur.
Livre sixième. — Suite des arsenaux. Chap. i'"'', Porst-
mouth; 2, office des vivres; 3, hôpital d'Haslar; A, Ply-
moulh; 5, suite de Plymouth, hôpital de la marine; 6,
jetée ou brcak-water [brise-vagues) à Plymouth, (Voyez
Revue Encyclopédique, Tom. XI , pag. 280. )
Toutes ces divisions sont si bien remplies, que l'ouvrage
sera lu partout avec un vif intérêt par ceux-là même qui
ET POLITIQUES. 79
n'ont point les connaissances spéciales nécessaires pour
mieux apprécier ces utiles et importantes recherches. Notre
administration maritime ne peut manquer d'en tirer de
grands avantages. L'auteur a soin de remarquer ceux
qu'elle en a déjà recueillis. Nous citerons, par exemple, l'u-
sage des caisses en fer pour entretenir l'eau salubre dans
les vaisseaux : l'auteur atteste qu'elle devient par là d'une
pureté vraiment inaltérable et fraîche comme si elle sortait
d'une source limpide. Ainsi, l'on peut, dans un même es-
pace, en embarquer de plus grandes quantités, éviter aussi
les souffrances et les dangers, qui, dans de longues navi-
gations, résultent du dépérissement des tonneaux. On a
donc moins souvent à faire, sur les rations d'eau, des re-
tranchemens si funestes à la santé des équipages dans les
voyages de long cours et dans les croisières. Enfin , ce qui
est d'une extrême importance, jamais cette eau n'est mal-
saine. Dès 1816, lorsque M. Dupin fit adopter en France les
caisses en fer pour conserver l'eau, le gouvernement an-
glais en avait commandé à la fois sept mille, qui devaient
contenir quatorze mille tonneaux d'eau. D'après ces faits,
il est naturel de présumer que les caisses en fer pourraient
être adoptées dans nos habitations terrestres, et qu'elles y
remplaceraient avantageusement nos citernes et nos fon-
taines artificielles.
Il ne suffit point de procurer aux navigateurs de l'eau
sàlubre; il faut, pour les préserver du scorbut, et pour
diminuer parmi eux les fièvres et les ulcères, leur fournir
des liqueurs spiritueuses et acidulées.
0 Depuis 1796, c'est une règle, dalnsla marine anglaise,
de distribuer chaque jour du rhum tempéré d'eau : depuis
1796 , chaque ration de ce rhum est mêlée de jus de citron.
Les effets de cet anti-scorbutique ont été surprenans en
neuf années de guerre. Avant 1796, sur cent^lle hommes,
80 SCIENCES MORALES ||
il en cntraît chaque année vingt-cinq mille cinq cents claitt
les hôpitaux de la marine; mais, dans les neuf années de
guerre qui ont suivi l'usage du jus de limon , sur cent mille
marins, il n'en est plus entré dans les hôpitaux que onze
mille sept cent soixante quinze, année moyenne. Tel est
l'effet qu'a produit un seul préservatif choisi avec discer
nement, et distribué dans une juste mesure. Aujourd'hui,
la ration régulière de chaque marin anglais se compose
d'une once de jus de citron et d'une once et demie de
sucre mêlé avec la ration de rhum étendue d'eau , ce qui
forme une espèce de punch fait à froid. Cependant, les
Anglais ont trouvé qu'il est plus salubre de changer moitié
de ce breuvage pour une demi-ration de vin, et le tout
pour une entière ration de vin. On a proposé d'encourager
le goût du thé parmi les matelots^ afin de tempérer leur
penchant funeste pour les liqueurs fortes. Voici comment
notre auteur combat le préjugé vulgaire qu'une boisson
aussi relâchante diminuerait le courage militaire.
« 11 semble que les hommes n'ont pas un besoin réel
de liqueurs spiritueuscs pour acquérir et conserver du cou-
rage. Lorsque les tribus arabes marchèrent i\ la conquête
de l'Orient, sous Mahomet, ce profond législateur n'avait
pas craint d'interdire l'usage des boissons enivrantes à la na-
tion qu'il voulait rendre toute belliqueuse. Les Musulman^
abstèmes ne furent ni moins robustes ni moins courageux.
Les anciens Gaulois ne buvaient que de l'eau, ou du mau-
vais cidre : cependant, si l'on juge par la terreur qu'ils ré-
pandirent si long-tems chez les Italiens, possesseurs de
nombreux et riches vignobles, il faut bien croire qu'un
peuple, sans faire usage de liqueurs fortes, peut se battre
avec autant d'énergie que les hommes dont elles sont la
boisson journalière. »
Terminons par quelques extraits de Timporlant chapitre
ET POLITIQLES. 81
de l'auteur, sur le traitement des prisonniers de guerre
dans l'empire britannique. C'est bien servir la cause de
l'humanité, que d'avertir ceux qui se permettent de l'of-
fenser cruellement, et de réfuter leurs sophismes.
M. Dupin s'est acquitté de cette tAche avec les secours
de la vérité, de la raison et de son beau talent, et de plus
, aussi avec les ménagemens et l'impartialité les plus dignes
d'éloges. C'est, à notre avis, le chapitre qui fait le plus
d'honneur à l'esprit, à la sagesse , à la sagacité, à la juste
circonspection et à l'éloquence très -distinguée de notre
auteur. Nous regrettons d'être forcés d'abréger ce beau
chapitre, et nous promettons beaucoup d'émotions tou-
chantes et d'instructions utiles à ceux qui voudront le lire
en entier.
« Il existe en Europe deux peuples rivaux , bien diver-
sement célèbres par l'usage qu'ils ont fait de la victoire.
Le contraste de leur conduite réciproque envers les prison-
niers de guerre, et les effets que chacun de ces peuples
en a ressentis, font voir qu'il en est, sous quelques rap-
ports, des nations comme des individus; qu'elles ne peu-
vent être impitoyables sans châtiment, ni bienfaisantes
sans récompense.
« Les prisonniers qu'avaient faits les armées françaises
ont trouvé chez nous cette généreuse et douce sympathie
qui prodigue son estime aux vertus, ses égards à la vail-
lance et ses bienfaits au malheur. En retournant sur leur
terre natale, ils ont partout célébré le peuple vainqueur;
ils ont plaidé la cause de notre caractère national auprès
de leurs concitoyens, et plus d'une fois ils ont calmé ou
éteint les anciens souvenirs de haine que notre ambition
avait justement excités contre nous.
« Mais les captifs qu'avait faits l'Angleterre n'ont quitté
les geôles et les pontons que pour remplir les deux mondes
Tome xii. 6
82 SCIENCES MORALES
de leurs cris de vengeance et d'exécration. Le récit de
leurs douleurs et de leurs humiliations a soulevé des ini-
mitiés, que d'immenses services rendus à quelques nations
, dans la grande lutte européenne n'ont pu contre-baiancer.
Le gouvernement britannique a conservé des intimités
avec des gouvernemens pour lesquels il est redoutable;
mais déserteur, après la paix, de la cause des peuples
qu'il fit triompher pendant la guerre, chaque année lui
révèle qu'il a perdu parmi eux des amis. »
Malgré ce qui a été dit et redit tant de fois, l'auteur ne
peut pas croire que le gouvernement anglais ait jamais
formé l'exécrable projet de miner, de détruire les forces et
la santé des prisonniers de guerre, même français, en les
soumettant à des épreuves où la nature, accablée, épuisée,
devait succomber. Cependant, il ne reste que trop de faits
pour convaincre le ministère de la Grande-Bretagne qu'en
entassant les captifs désarmés sur les pontons ou dans les
châteaux forts, cédant uniquement ou non à des terreurs
exagérées, il s'est montré sourd à la voix de la pitié,
comme aux conseils d'une sage philantropie.
Ici, l'auteur s'avertit lui-même , afin de ne pas manquer
d'égards ni de modération. Pour adoucir des couleurs dont
la simple véracité ne sera que trop sévère , c'est ici qu'il
aime à se rappeler le noble accueil que depuis la paix il a
reçu dans les trois royaumes , près des hommes les plus
dignes de l'estime et de l'amitié de tous les étrangers.
« Admirateur déclaré, dit-il, des grandes et belles ins-
titutions qui, dans l'empire britannique, forment le lien
sacré du citoyen et du gouvernement, je ne serai point
taxé, j'en ai l'espérance, d'être le détracteur d'un peuple
que je révère pour la sagesse de ses lois et l'énergie de ses
vertus civiques; mais, sans m'aveugler sur les erreurs de
son ambition, ni sur les égaremens de son patriotisme,
Eï POLITIQUES. 83
nous dirons, en fidèle narrateur, ce qu'ont vu nos propres
y€ux, ce qu'ont vu et ce qu'attestent les Anglais eux-mêmes,
et leurs propres magistrats.
« L'illustre Howard dépose qu'il a trouvé des prisonniers
de guerre détenus en Angleterre ^ à Plymouth, Bristol,
Winchester, Forton, Deal, Carlisle, Fembroke, Chester,
Liverpool, Hull, Lincoln, Shrewsburry, Yarmouth et
Falmouth; en Ecosse, au château d'Edimbourgh ; en Ir-
lande ^ à Dublin , Belfast et Rilkunay ; que ces prisonniers
sont habituellement gardés par une milice dont les senti-
nelles se sont montrées, dans maintes circonstances, trop
empressées à faire feu sur les détenus; qu'elles y ont été '
encouragées par des officiers inexpérimentés ; que plu-
sieurs captifs ont été de la sorte tués sur la place, quoique,
peut-être , ils n'eussent aucun dessein sérieux d'évasion ( i ) ;
que, d'après l'affirmation des prisonniers, lorsqu'il s'élevait
quelque rixe ou tumulte, souvent la garde faisait feu sur
les captifs, sans chercher à ramener l'ordre par des moyens
plus doux; que, depuis 1796, on a conservé sur la côte , à
Portsmouth , Plymouth et Chatham , des prisons flottantes
et des casernes-prisons ; à Greenwich et Yarmouth, des pri-
sons flottantes seulement; à Greenlaw, Staplelon, Nor-
man-Cress, et près des marais d'EIy, des casernes-prisons ;
que, plus tard, on a bâti la prison de Darmoore, au fond
des montagnes du Devonshire , dans un pays froid, maré-
(1) Sur le prétexte de la crainte d'évasion, M. Dupin observe,
d'après un état officiel en sa possession , qu*il y a eu , depuis i8o5>
à i8i4, sur 10,000 prisonniers de toute classe, évadés quoique dé-
Français détenus en Angleterre 32
Anglais détenus en France no
Français détenus en Angleterre 20
Anglais détenus en France 44 2
Ces chififres parlent assez d'eux-mCines.
6*
tenus sur parole ,
évadés sans être
détenus sur pa-
role ,
SA SCIENCES MORALES
cageuxj désert et sauvage, afin d'y reléguer une foule de
soldats et de matelots français ; que, trop de fois, les officiers
et soldats prisonniers ont été assaillis d'outrages par une
multitude grossière; que, si les soldats , les matelots, qui
ne sont pas, eux, retenus sur parole , ont fait quelque ten-
tative pour s'échapper, ils ont été , à terre , enfermés dans
les cachots , ou sur les pontons, jetés à fond de cale, et là,
réduits à la famine. Voici les terrhes de Howard à ce sujet ;
« quarante jours de cachot, à la demi-ration, pour payer
« sur le prix des vivres les personnes qui ont repris les
« fugitifs ! ... »
L'auteur décrit un bagne flottant pour les forçats et une
prison flottante pour les prisonniers de guerre , et il s'en-
suit que le sort des malfaiteurs était moins déplorable que
celui des prisonniers.
Tout est dans ce mot du célèbre Hovrard : les pontons
sont une peine qui ne doit être infligée que pour les crimes
les plus atroces, Hulks ought to be the punishment only
for the most atrocious crimes.
Comment donc un peuple humain, généreux, magna-
nime à tant d'égards , pouvait-il, envers des ennemis vain-
cus et sans défense j dépouiller ainsi tout sentiment de jus-
tice et de commisération ?
LiNJumAis, de l'Institut.
««/«v ««>iA ww vw\\«/v%
Histoire D£S français , par j. c. l. simonde de sis-
UONDI , Correspondant de L'Institut de France , etc.
M. Sismondi est du petit nombre des écrivains dont le
(i) Paris, 1821. 3 volumes in-S", formant ensemble 1,620 pages.
Treuttel et Wùrtz, libraires, rue de Bourbon, n» 17 ; à Strasbourg
et à Londres, même maison de commerce. Frix , 21 fr.
ET POLITIQUES. 85
nom suffit pour exciter l'intérêt , dès qu'on le voit à la
tête (l'un ouvrage. Le succès de son Histoire des républi-
ques italiennes du moyen âge est général, et sa réputation,
fruit de ce premier succès , s'est accrue par la publication
de la Littérature du midi de l'Europe , et des Nouueaux
principes d'économie politique , ou de la richesse dans ses
rapports avec la population (i).
Cet auteur a deux genres de mérite, incontestables aux
yeux de tous ses lecteurs, celui de leur faire connaître une
grande quantité de faits nouveaux pour eux, dus à ses sa-
vantes recherches, et celui de les présenter avec un esprit
philosophique, sans lequel une grande histoire n'est qu'une
longue, ennuyeuse et inutile gazette. M. Sismondi s'étonne ,
avec raison, du peu de succès des efforts répétés qu'on a fait*
jusqu'à présent, pour répandre quelque intérêt sur l'his-
toire moderne, et particulièrement sur celle de la France.
Cependant , comme il le remarque aussi, « la situation de
notre patrie, sa puissance, la longue durée de la monar^
chie lient tous les peuples au peuple français. Leurs révo-
lutions sont des effets de celles de la France : presque
toutes les nations, aujourd'hui civilisées, ont fait partie de
la monarchie des Francs ; et, pour apprendre leur histoire,
elles doivent nécessairement étudier la nôtre. » — « Tout
ce que l'orgueil national, continue M. Sismondi, la véné-
ration pour l'antiquité, le respect pour des noms et pour
des races illustres , ont pu inspirer de patience , de criti-
ques ingénieuses et d'art pour la divination historique , a
été épuisé par les érudits , pour retirer des ténèbres du
moyen âge les origines de la monarchie. Tout ce que la
force d'esprit spéculative, l'enthousiasme pour les rois,
(2) Voyez le compte rendu de ce dernier ouvrage , Reu. Enc<. ,
T. I, p. 57a, et T. V, p. 474.
86 SCIENCES MORALES
pour la noblesse, pour les anciennes lois , pour la religion
et même pour la liberté , ont pu inspirer de théories , d'é-
loquence, de poésies, de méditations philosophiques, a
été mis en œuvre par des hommes doués de rares talens ,
pour coordonner, pour expliquer les uns par les autres,
pour ranimer des faits qui nous étaient connus, sans que
nous trouvassions le principe de vie qui les avait fait
naître les uns des autres. Quelle est donc la cause qui a pu
dépouiller de tout intérêt une histoire enrichie par tant de
grands événemens ; une histoire , dans laquelle chaque
nom, ou de lieu, ou de famille, rappelant des souve-
nirs qui nous sont chers , devait parler à notre imagination?
Chaque fait , s'expliquant par des coutumes ou par des
opinions qui existent encore, ou qui ont laissé des traces;
par des droits dont nous sommes encore en jouissance ou
que nous avons regretté , lorsqu'ils nous furent ravis y de-
vait éveiller notre attention,
M. Sismondi répond à cette question qu'il a lui-même
posée ; il attribue la froideur des histoires modernes au
manque de vérité, de cette vérité complète, sans réserve,
sans arrière-pensée , qui ne se trouve que dans les histo-
riens de l'antiquité. » Je ne pense pas tout-à-fait comme
lui; la vérité, l'indépendance, l'impartialité, sont certai-
nement de très-grands mérites dans un écrivain, et doivent
inspirer autant d'estime pour son ouvrage, que de respect
pour son caractère ; mais il en est des historiens comme
des orateurs; ils peuvent être vertueux, savans , sincères,
impartiaux, et ne pas exciter d'intérêt. S'il n'était ques-
tion que d'utilité , il est certain qu'une histoire où les faits
seraient racontés tels qu'ils se sont passés, où l'on trouve-
rait leurs causes et leurs conséquences expliquées par une
critique philosophique, qui dédaignerait de plaire à tous
les partis et à toutes les ambitions, ne devrait rien laisser
ET POLITIQUES. 87
ù désirer; mais la difficulté que M. Sisniondi proposait de
résoudre ne consiste pas à savoir pourquoi l'histoire mo-
derne est plus ou moins instructive , mais à expliquer pour-
quoi, jusqu'à présent, elle a paru froide à tous ceux qui
ont voulu la comparer avec les histoires anciennes.
Or, je crois que l'unique cause de l'ennui que fait éprou-
ver la lecture des historiens modernes , se trouve dans un
préjugé auquel nous sommes asservis, et que les anciens
ne connaissaient pas. Nous avons tant de respect pour la
muse de l'histoire, que nous ne voulons lui donner aucune
parure, aucun ornement, comme si nous craignions de la
profaner. Les anciens la faisaient belle et riche, elle plai-
sait; nous la voulons docte et négligée, elle ennuie.
Dès qu'on écrit ou dès qu'on parle en public, lanatureetla
vérité ne suffisent pas; l'art est nécessaire : l'historien doit
étudier cet art avec autant de soin que l'orateur, que le
peintre et que le poète dramatique; iJ doit être varié, atta-
chant; son style ne peut éviter la longueur que par un
mouvement continuel; il doit passer sans cesse de la nar-
ration simple, claire et rapide , à la description des lieux,
aux portraits des personnages.
Ce n'est point assez de raconter des faits, il faut les
peindre, les mettre en mouvement; on doit les voir en ac-
tion, les entendre parler; c'est ainsi que Tacite , que Sal-
luste , que Tite-Lwe et Xénophon ont traversé les siècles.
Ils vivent encore, parce qu'ils plaisent toujours; si leurs
leçons n'avaient été que vraies et savantes , on les aurait
déjà oubliées.
Je conviens donc que ce sera un très - grand serTÎce à
rendre aux hommes de tout âge que de ne plus les trom-
per, ainsi que l'ont fait plusieurs grands écrivains, qui,
pour me servir des paroles de M. Sismondi, n'hésitent
point à torturer les faits pour présenter sous leurs garan-
SS SCIENCES MORALES
ties des opinions dont ils n'auraient point osé exposer la
théorie, ou 5 comme d'autres, qui ont cru yoir dans le |
passé tout ce qu'ils désiraient dans le présent, et qui cher-
chent dans l'histoire les droits de la génération présente ,
au lieu d'exemples pour guider la postérité. »
« Boulainvilliers, Dubos, Montesquieu, Mably, et, de
nos jours , plus d'un écrivain de parti , ont été , il est vrai ,
chercher dans l'ancienne monarchie des titres pour ce
qu'ils regrettaient ou pour ce qu'ils voulaient établir , et
ils n'auraient jamais dû perdre de vue qu'une ancienne
pratique ne prouve pas un droit, plus qu'un abus, et que
le passé doit nous éclairer, mais qu'il ne nous lie pas.»
Certes, on fait très-bien d'éviter un pareil esprit de sys-
tème,.qui égare au lieu d'instruire; mais je soutiens
qu'en faisant ce grand pas vers la vérité, on n'aura point
encore animé la statue de Pygmalion. Le style est la vie
de l'histoire comme de tout écrit. Nos historiens les plus
distingués n'épargnent aucun soin pour recueillir les faits,
pour éclaircir les difficultés , pour remonter aux causes des
événemens, pour ranger avec ordre leurs matériaux; mais
lorsqu'ils sont contens de ce travail, ils croient tout fini;
et, quand ils prennent la plume , on voit qu'ils ne s'occu-
pentque de la clarté , de lapureté du style , de la justesse des
réflexions qu'ils étendent sans mesure. Ils ne pensent nul-
lement au choix des images, à l'élégance des expressions,
àla rapidité des mouvemens , à la variété des tournures, à
l'adresse des transitions, à l'harmonie des périodes. Ils ne
peuvent pas se figurer que la prose historique doit être soi-
gnée comme celle d'un discours éloquent où d'un drame
poétique ; en un mot, ils écrivent l'histoire sans verve, sans
couleur, comme ils écriraient à un ami une lettre raisonna-
ble et soignée. Dès-lors, doit-on s'étonner de voir la pré-
férence qu'on accorde aux éloqucns et entraîoaus historiens
ET POLITIOUES. 89
de l'antiquité, sur nos doctes et froids commentateurs de
l'histoire moderne?
Je ne sais si ce préjugé existera long-tems : mais, ce qui
me paraît certain , c'est que , tant qu'on s'y soumettra ,
l'histoire, n'ayant rien de dramatique!, de pittoresque ,
ni d'éloquent, ne sera qu'une étude, très-utile sans doute,
mais froide et fatigante. Au reste, quoique M. Sismondi
n'ait pas examiné la question qu'il se propose sous le même
point de vue que moi, je dirai que souvent l'élévation de
son esprit, la solidité de sa raison et la lumière de sa phi-
losophie, ont prêté à son style simple quelque chose de vif
et d'animé, qui ne se soutient pas toujours à la vérité, mais
qui attache etqui donne à ses écrits une couleur particulière.
Par exemple, lorsqu'en parlant de la morale pure et
simple des chrétiens dans les deux premiers siècles de
l'Église, des disputes de leurs sectes depuis Constantin, et
de l'avidité du clergé sous la première et la seconde race
de nos rois, il dit que « le clergé, à la première époque ,
enseignait ce qu'il fallait faire; à la seconde, ce qu'il fal-
lait croire; à la troisième, ce qu'on devait payer et don-
ner. » On voit une pensée forte, une vérité hardie , une
tournure neuve ; et certainement , ces trois lignes laissent
* plus de traces dans le souvenir que quatre longues pages de
dissertations.
Dans tout son ouvrage, M. Sismondi, véritable philo-
sophe , donne beaucoup à réfléchir ; il attaque avec cons-
tance ce vieux monde féodol dont tant de gens s'efforcent
-^ d'adoucir les horreurs pour en faire un monde héroïque et
poétique. Toutes ses réflexions, qui peut-être auraient eu
plus de force encore , si elles avaient été plus parsemées et
plus concises, sont justes et appuyées sur des faits incon-
testables. Aussi, cet écrivain recueillera immanquable-
ment l'honneur d'être compté au nombre des plus fcrmci"
90 SCIENCES MORALES
champions de la vérité contre l'erreur, des principes contre
les préjugés, et de la liberté contre le despotisme.
Son chapitre premier contient un précis des événemens
dont les Gaules furent le théâtre avant l'invasion de l'em-
pire , au quatrième siècle. Il aurait pu rendre ce précis
plus complet; mais il a cru que la Gaule, soumise à un
grand empire, n'avait pas proprement d'histoire. On di-
rait, ce sont ses termes, « que, pendant la décadence de
l'empire, l'histoire du monde est réduite à celle d'un
homme ; encore, cet homme est-il presque toujours la honte
de son espèce.» Je crois qu'ici l'auteur se trompç, et que,
pendant cette période de désolation , l'histoire ne manque
pas plus,pour ses tableaux,de grands courages et de grandes
vertus, que de grands vices et de grands crimes. C'est en-
core là qu'on peut trouver la preuve de cette vérité , que
l'intérêt de l'histoire dépend moins du sujet que du talent
de l'historien; et les plus beaux tableaux que nous pré-
sente Tite-Lwe des tems héroïques de Rome, ne sont
point supérieurs à ceux que Tacite a su tracer des règnes
du sombre, cruel et soupçonneux Tibère, de l'imbécile
Claude et de l'infâme Néron.
Je suis persuadé que M. Sismondi, qui nous a fait sui-
vre avec tant d'intérêt les discordes scandaleuses des papes
et des empereurs, les querelles sanglantes des Guelfes et
des Gibelins j et les scènes anarchiques dont les républi-
ques italiennes ont été si long -tems le théâtre, aurait pu
de même nous attacher en nous retraçant avec détaij la
chute de l'empire romain, tombant sous les coups des bar-
bares. Au reste, le précis dans lequel il a rappelé les prin-
cipaux événemens de ce bouleversement qui changea la
face de l'Europe, est rapide et suffisant pour faire connaître
l'état de la Gaule sous les Romains, ses mœurs , les cala-
mités auxquelles l'habitude de la dépendance , la faiblesse
ET POLITIQUES. 91
ies empereurs et la férocité des Germains, livrèrent cette
lualheureuse contrée. On y trouve des détails très-curieux
ur la population des Gaules et sur leur administration ; il
aeint en peu de mots cette triste situation de rempirejro-
main, où la culture était livré€ aux esclaves, et le pouvoir
lux parvenus, aux eunuques, aux affranchis, tandis que
es sénateurs, comme le dit Aurélius Kictor^ se délectaient
ians leurs loisirs j tremblaient toujours pour leurs richesses y
n préféraient r usage et Vajffluence à V éternité elle-même ,
t préparaient ainsi la cote aux soldats et presque aux bar-
bares pour dominer sur eux et sur leur postérité.
M. Sismondi paraît s'être appliqué à suivre avec exacti-
ude les différens peuples barbares qui s'emparèrent de la
jaule. Il remonte à leur origine, et raconte leurs progrès
t leurs établissemens. Cependant, je doute que ce tableau
)uisse intéresser d'autres lecteurs que les savans. Peut-
;tre, il eût mieux fait de ne s'étendre que sur les person-
lages les plus dramatiques de cette époque ; car il est
nutile de porter si long-tems un flambeau sur des ténè-
ires trop épaisses pour qu'aucune lumière puisse les éclai-
er. Cependant, ce travail a un mérite réel, puisqu'il peint
es mœurs de toutes les différentes hordes qui se parta-
gèrent la Gaule avant la conquête des Francs ; et c'est là
'objet de ses trois premiers chapitres.
Dans le quatrième , après avoir raconté les progrès des
/isigoths et des Bourguignons dans le midi et à l'est de la
îaule, les combats à^Aëtius, la défaite d'Attila, la chute
le Rome et les exploits peu constatés des princes francs
Ians le nord de la France , il arrive à l'époque où Glovis
întreprit la conquête de cette contrée ; et si l'on se plaint
le la confusion qui règne dans cette partie de son histoire,
m doit l'attribuer, non à l'auteur, mais au sujet; il n'était
)»s possible de mettre de l'ordre daus un tel chaos; de la
92 SCIENCES MORALES
symétrie dans la représentation de l'écroulement d'un en
pire envahi partant de barbares, et de la lucidité dans ui
époque d'ignorance et de ténèbres.
On ne pouvait éviter ce défaut qu'en s'attachant unique
ment aux Romains et aux Francs, et en laissant dans l'élc
gnement et dans une sorte d'ombre les autres acteurs (
cette scène désastreuse. Il fallait au moins ne les placer qi
sur les second et troisième plans; l'intérêt eût été moins r
froidi , la marche moins pénible , mais l'instruction y ai
rait perdu; à chaque pas, on retrouve dans l'histoire cet
difficulté. La science exige ce que l'art refuse ; l'éruditic
vous reproche ce que vous ôtez à l'enseignement, tand
que la plupart des lecteurs se plaignent quand vous voul
tout dire. L'attention se fatigue d'un dessin trop con
pliqué ^ vous ne pouvez la captiver long-tems que par ui
sorte d'unité dramatique, et par un point de vue pri
cipal dont on ne s'écarte jamais long-tems sans regret.
Arrivé au règne de Clovis^M. Sismondi est rapide et intére
sant.Il achoisi dans les écrits de Grégoire de Tours, dans 1
Epitomes de Frédegaire^ dans les Gestes des Francs , da
les recherches savantes de Duhos, dans les observations (
Mahly, dans les mémoires de Boulainvilliers, dans la m
niwç^xïeAe Montausier, dans les Légendes ei\es Chroniqu
de S. Denis, tout ce qui peut répandre des lumières suri
tems reculés ; les premières victoires de Clovis , son m
riage avec Clotilde, sa conversion, la défaite des AU
mands , sont narrés avec esprit , simplicité ; l'auteur
sert à propos d'un passage de Procope pour prouver que 1
Romains de la Gaule s'incorporèrent promptement da
l'armée et dans la nation des Francs.
Cependant , on s'aperçoit trop peut-être du dégoût q^
le guerrier barbare et le chef d'une faible tribu inspire
■
ET POLITIQUES. 95
ji récrivain philosophe. Ce sentiment se peint dansée peu
le mots : Clo^ls était le chef de ces barbares ^ que leurs
\ujets regardaient toujours comme étrangers; il était le roi
les hommes et non celui du pays. Je suis loin de vouloir
ixagérer le mérite et la puissance de Clovis, comme d'at-
énuer son ignorance et ses crimes ; cependant, il serait
njuste de ne pas reconnaître que ce héros barbare était
upérieur à son siècle ; qu'il fut habile autant que brave ,
idroit autant qu'ambitieux, et qu'il se servit trop politi-
[uement de la superstition du tems pour croire qu'il en fût
ui-même seulement atteint; plusieurs traits de sa vie , sa
use de la biche, et ses plaisanteries sur Saint- Martin,
essemblent plus à l'artifice qu'à la crédulité.
Dans cette partie du travail de M. Sismondi, on trou-
era peut-être la narration un peu trop concise , et les
éflexions un peu trop longues ; mais il éclaircit fort bien
ilusieurs questions , jusqu'à présent très-obscures, relati-
ement à la force des Francs, au mode de leur établisse-
oent, au sort des Gaulois vaincus, à l'autorité du con-
quérant, étendue comme général, très -bornée comme
magistrat. La situation politique des Romains et des différens
'euples qui leur enlevaient la Gaule est fidèlement peinte,
t il rectifie beaucoup de fausses idées sur le partage du
erritoire gaulois, ainsi que sur les différentes classes qui
omposaient la population /omaine et la population bar-
bare.
L'auteur s'est surtout appliqué à nous instruire avec
larté des différentes législations de tous ces peuples; mais
uelques lecteurs regretteront qu'il n'ait pas trouvé le
aoyen de mêler assez adroitement ses leçons utiles au
écit, pour n'en point ralentir la marche et l'intérêt.
Je ne pense pas, comme lui, que nos historiens aient eu
9A SCIENCES MORALES
tort d'attacher quelque importance aux dignités de consu
et de patrice , dont Clovis consentit à se revêtir. L'empin
était tombé; mais son ombre inspiri* long-tems encor
un grand respect , et l'habile Clovis faisait bien, pou
affermir sa domination sur des peuples accoutumés à dé
pendre des empereurs, de se servir de tous les moyen
qui pouvaient légaliser son pouvoir aux yeux de la mul
titude. En se faisant chrétien et catholique, il se créa ui
grand parti; en se laissant nommer patrice, il se donn;
des légions.
M. Sismondi dit quà la fin de sa vie j Clouis n^ètai
encore aux yeux de ses contemporains que le capitain
heureux d'une bande d' aventuriers , plus nombreuse qu
de coutume _, et que rien ru annonçait en lui un homm
supérieur à Oc/oacré'.Ilme semble que le contraire estprou
vé par les lettres même du vainqueur àHOdoacre, du célèbr
Théodoric , qui traitait Clovis en grand roi et en princ«
habile. J'ai vu avec surprise que M. Sismondi avait néglige
d'orner son récit par ces lettres qui expliquent la politiqm
dutems,et qui mettent en action les deux plus grand
personnages de cette époque. Il ne nous donne pas noi
plus d'extrait de la loi Salique : mais il en montre suffi-
samment l'esprit, et il fait surtout parfaitement connaîtn
l'accroissement de richesses et de pouvoirs que le clergt
français sut tirer de cette révolution. Ce fut véritablemen
lui seul qui trouva le moyen de s'élever, de se fortifier
lorsque tout tombait autour de lui.
Avant d'écrire la vie orageuse et barbare des fils d<
Clovis, l'auteur fait un examen assez curieux de leufi
motifs, pour partager l'état entre eux avec une irrégu-
larité si singulière. On trouve aussi, dans ce chapitre, uih
vraie peinture des mœurs de ces nouveaux conquérans.
<le leurs cours et du genre de pouvoir de leui'S che6.
Eï POLITIQUES. 95
Leurs exploits et leur barbarie sont l'objet d'une narra-
tion un peu confuse, comme son sujet; mais cependant
parsemé de réflexion^ justes et de citations bien choisies,
qui, à mon avis, rendent son histoire supérieure à celles
de tous les auteurs qui avaient avant lui écrit sur la même
matière. Théodebert, seulement, méritait d'être mieux traité
par lui. C'était un grand prince, le plus brave d'entre les
braves de son tems ; il était impossible qu'il fût complète-
ment exempt des défauts de ses contemporains , mais il
montra des vertus inconnues à tous les hommes de son
siècle.
Le portrait de Clotaire est mieux tracé ; c'était un tyran
digne de la sévérité du burin de M. Sismondi. L'auteur
s'écarte de la route commune d'une manière ingénieuse et
instructive, dans tout ce qu'il dit de la justice, sous le
règne des Mérovingiens : justice qui émanait plus du
peuple que du roi. Il dit avec raison « que la corruption
et la servilité des Leudes donnaient quelquefois aux
princes le moyen de faire verser le sang de leurs ennemis,
mais qu'alors c'était de leur part un assassinat, et non une
condamnation juridique. ^
Le même esprit philosophique a guidé M. Sismondi dans
tout le récit des horreurs commises par les fils et les petits-
fils de Clotaire, par le cruel Chilpéric, par l'artificieuse
Brunehaut, par la sanguinaire Frédégonde. En général ,
cet historien philosophe réfléchit plus qu'il ne raconte, et
c'est pour les esprits méditatifs que son ouvrage semble
particulièrement fait.
Comme ce tems est celui dont on a gardé de plus exactes
connaissances, parles détails dans lesquels Grégoire de
Tours est entré, sur tout ce qui concernait les princes
contemporains; c'est aussi la partie de l'ouvrage de M. Sis-
mondi, où l'on voit le tableau le mieux tracé des hommes
96 SCIENCES MORALES
de cet âge et de leurs mœurs. Cette peinture animée
finit, avec son premier volume, par le récit de la révolu-
tion qui donna le trône de toute la France à Clotaire II,
et par laquelle périt « Brunehaut, fille, sœur, mère, aïeule
de rois , et l'une des plus puissantes reines dont la terre
ait vu se prolonger la domination. Elle mourut en 61 3 ;
et c'était en 566 qu'elle était venue en France pour
épouser Sigebert; et, dans le cours de quarante-huit ans,
quoiqu'elle eût souvent éprouvé une fortune contraire ,
elle avait toujours su se relever par la force de son carac-
tère, par un courage indomptable, de rares talens, et un
art pour gouverner les hommes que ne posséda au même
degré aucun des princes de la première race. Vindicative et
ambitieuse, elle ne connut ni la pitié ni l'amour, et elle sa-
crifia à son ressentiment ou à l'accroissement de son pouvoir,
ceux qui lui tenaient de plus près par les liens dn sang.
Cependant, on l'accusa aussi de beaucoup de crimes qu'elle
n'avait pas commis ; on parla de son libertinage , à une
époque où l'âge avait probablement glacé un sang long-
tems brûlant; et ce qui reste d'aVéré parmi ses forfaits, ne
passe pointla mesure commune des rois de la race de Clovis.
Ceux qui la condamnèrent et qui la firent périr n'étaient
pas moins féroces qu'elle,et n'avaient pas ses talens.Sonzèle
religieux se manifesta , soit par la protection qu'elle ac-
corda constamment aux missions nombreuses que le pape
Grégoire-le-Grand envoya de son tems pour convertir
l'Angleterre , et qui se recrutaient toujours dans ses états,
soit par le nombre prodigieux d'églises et de couvens qu'elle
fit bâtir dans toutes les parties de son royaume. L'archi-
tecture semble avoir été son principal luxe ; elle y con-
sacra les trésors qu'elle amassait par les concussions qui ont
souillé sa mémoire et qui causèrent sa ruine, et elle donna à
toutes ses construction? un caractère de grandeur imposante
ET POLITIQUES. 97
qui frappait l'imagination du peuple. Ses monumens , sa
puissance et son malheur avaient fait ane impression si
profonde dans l'esprit des hommes , qu'on lui attribua
ensuite un grand nombre d'ouvrages qui n'étaient point
d'elle. Tout ce qu'on racontait de grand, de fort, de du-
rable, prenait le nom de Brunehault. II y a, en Belgique, et
peut-être encore dans d'autres provinces, des chaussées de
Brunehault, dont les larges pavés et la construction iné-
branlable semblent plutôt signaler un ouvrage romain. On
montrait dans la (orèt Leccinienjie , près de Bourges , un
château de Brunehault ; une tour de Brunehault, à Etam-
pes ; la pierre de Brunehault, près de Cahors ; et son nom
redouté était encore répété de bouche en bouche par un
peuple qui n'avait plus de souvenir d'aucun de ses con-
temporains » .
J'ai cité ce morceau, parce qu'il m'a paru l'un des plus
saillans de ce volume , et le plus propre à donner une
juste idée du style de l'auteur. On trouvera sans doute
que ce portrait d'une reine célèbre est bien tracé ; mais
je crois cependant que s'il eût été , à la manière des an-
ciens , plus concis , il aurait eu plus de force et aurait
produit plus d'effet. Nous donnerons, dans un autre ar-
ticle , l'analyse des second et troisième volumes de cet
estimable ouvrage. Le comte de Ségvb.
«/w\iwv«''vr/v%\'vw%/vw
Collection des mémoires relatifs a la révolution
FRANÇAISE , publics par MM. Bertille et Barrière,
première livraison; Mémoires de madame Roland.
-^Seconde livraison^ Mémoires du marquis de Fer-
RlkRES (i).
Si la curiosité naturelle qui nous porte à connaître ce
(i) Paris, 1820 et 1821. Baudouin frères, rue de Vaugirard , n. 36.
Tome xi. 7
98 SCIENCES MORALES
qui fut avant nous , est encore encouragée par l'avantage
des expériences individuelles que chacun peut trouver
dans le tableau du passé , ou par cette utilité supérieure ,
cette expérience plus haute, qui, dans les faits histo-
riques, envisage les progrès de l'esprit humain; quel
événement dans l'histoire, quelle époque plus importante
à tous ces titres, que la révolution française! Et d'abord,
quel drame plus vaste, plus capable de captiver l'intérêt
des spectateurs, par l'importance de l'action, parle ca-
ractère des personnages , et les rôles divers qu'ib ont
joués ! Quelle matière plus riche en instructions person-
nelles! Enfin, quel sujet plus digne de l'attention du phi-
losophe qui observe la marche de l'humanité, que cette
grande catastrophe, longuement préparée , accélérée par
les résistances, et qui a commencé pour le monde une ère
nouvelle !
Aussi, la génération présente s'empresse-t-elle de cher-
cher dans l'histoire le récit de ces événemens qu'elle n'a
pu voir par elle-même ; et peut-être la distance d'où nous
les apercevons aujourd'hui, a-t-elle des avantages qui
compensent celui d'en avoir été témoins oculaires ? Car ,
outre qu'il n'est pas donné à tous de bien voir, ceux qui
furent témoins ou même acteurs dans cette grande action,
n'ont pu , quelle qu'ait été leur position , en considérer
qu'une partie ; cette position même ne leur a présenté
qu'une seule face : souvent donc les meilleurs esprits
n'ont dû avoir qu'une vue incomplète de l'ensemble. Or,
un pareil drame, comme tous les grands spectacles, a
4 vol. in-8o. Prix , 22 fr. La 5« livraison a paru : elle se compose des
Mémoires de Bouille , sur V émigration ; de Linguet , sur la Bastille,
et de Dusaulx , sur /e i4 juillet : nous en rendrons compte dans
l'un de nos prochains cahiers. La collection entière aura 20 vol.
ET POLITIQUES. 99
besoin d'être vu à ce point de perspective qui domine
les objets en entier^ et les montre dans leurs justes pro-
portions. Voilà pourquoi une histoire complète de la révo-
lution n'a pu être l'ouvrage d'un contemporain. Ce qui
appartient aux contemporains, c'est d'écrire des mémoires.
Les Mémoires j ces révélations individuelles que chacun
vient nous faire de ce qu'il a vu, des impressions qu'il a
ressenties, nous font, en quelque sorte, assister nous-
mêmes au passé : isolés , pris chacun à part, ils seraient
insuffisans; mais le rapprochement les éclaire l'un par
l'autre : toutes les opinions viennent se produire devant
nous, et, dans les mêmes événemens, chacun expose le
point de vue qu'il a saisi. Auprès du généreux enthou-
siasme de la liberté, apparaissent les désordres de l'anar-
chie ; et de la comparaison de ces témoignages divers ,
quelquefois contradictoires, jaillit la vérité, ou du moins
l'opinion la plus probable. De plus, animés par les pas-
sions de l'écrivain qui nous met dans sa confidence, la
lecture en offre d'ordinaire plus d'agrément, Le récit naïf
d'un homme qui raconte les scènes qui se passèrent sous
ses yeux, et auxquelles il a peut-être pris part, le tableau
vivant qu'il en fait, l'intérêt qu'il y porte, ses partialités
même, s'il en a, ne laissent pas d'être instructives, lors-
qu'on a le soin d'y opposer celles du parti contraire. C'est
donc une entreprise éminemment utile de rassembler
dans une même collection tous les mémoires remar-
quables qui ont paru sur les différentes époques de la révo-
lution française : l'instruction qui résultera dé ces témoi-
gnages comparés est, sans contredit, la meilleure manière
de l'étudier, de parvenir ù la connaître dans toutes ses
parties, et d'en avoir un jour une véritable histoire; car
c'est dans ces monumens originaux que la postérité la
trouvera. Heureux encore si la vue de ces diversités de
7*
100 SCIENCES MORALES
jugemens et d'opinions entre des hommes également
recommandâmes, quoique placés dans des rangs opposés,
pouvait nous enseigner l'indulgence et l'impartialité!
« Mon but est de fournir des matériaux aux écrivains
qui viendront après moi ; c'est à quoi doivent se borner
les auteurs contemporains.... Je n'écris point l'histoire
de la révolution française; ce sont des Mémoires pour
servir à l'histoire de l'Assemblée constituante et de la
révolution de 1789. C'est aux hommes qui ont vu et suivi
les événemens à fournir les matériaux nécessaires à l'Jiis-
toire : ce n'est point à eux à l'écrire. J'ai voulu faire
connaître l'Assemblée constituante, les hommes qui la
composaient, l'esprit qui la dirigeait, les moyens dont elle
s'est servie. » C'est ainsi que le marquis de Ferrières,
en commençant ses Mémoires , caractérise la nature et
l'objet de son travail; et ce peu de mots en donne une
idée exacte.
Député de la noblesse aux Etats-généraux, le marquis de
Ferrières siéga, dès l'ouverture des états, sur les bancs où
s'asseyaient les plus fermes soutiens , les orateurs les plus
éclairés du côté droit. Mais , bien que sa naissance et ses
habitudes lui eussent faitadopter généralement leurs prin-
cipes, toutefois il ne se pique pas de soumettre en aveu-
gle son jugement à leur autorité ; il n'approuve pas tou-
jours leurs projets; quelquefois môme il censure assez
vivement leur conduite. Il dit quelque part, en parlant des
exagérations des deux partis : Il y avait dans l'assemblée
environ trois cents membres qui, sans paraître à la tri-
bune, votaient selon leurs lumières et leur conscience, et
décidaient souvent les délibérations. — On voit qu'il était
de ce nombre. Il semble quelquefois que ses habitudes, ses
affections et certains préjugés qu'il devait à sa position
sociale Je retiennent d'un côté, tandis que ses lumières et
ET POLITIQUES. 101
sa raison l'attirent de l'autre. Je ne m'arrêterai pas davan-
tage à faire connaître son caractère comme homme pu-
blic, d'ailleurs très-bien apprécié dans une notice élégante
de l'éditeur. Comme écrivain, on peut reprocher à M. de
Ferrières quelque mobilité dans les idées; on pourrait dé-
sirer parfois plus d'ordre et de liaison dans la narration.
Il se livre à ses impressions, et s'abandonne volontiers au
sentiment qui l'entraîne : aussi , réussit-il surtout à retra-
cer les scènes attendrissantes. Sous le rapport du mérite
historique, ses mémoires sont émineuament instructifs;
ils se recommandent surtout par une impartialité remar-
quable. Nul autre écrit, sans excepter les plus récens,
n'a mieux fait connaître l'Assemblée constituante (i).
Cette utilité historique n'est pas le mérite principal que
je me propose de faire ressortir dans les écrits d'une femme
que la révolution tira de l'obscurité de la vie privée , dont
l'adversité fit éclater les vertus et le caractère énergique,
et qu'une mort glorieuse recommande au souvenir des
hommes.
A la lecture des Mémoires de madame Roland ^ pénétré
d'admiration pour les senfimens généreux qu'exhale cette
belle ame, plus frappé du caractère même de l'héroïne
que des faits qu'elle raconte , je n'ai pu résister à l'attrait
de m'occuper de sa personne ; ce qui m'a conduit à envi-
sager ce livre sous un point de vue plutôt moral qu'histo-
rique.
En aucun tems , et aujourd'hui moins que jamais, il
n'est superflu de reproduire les exemples de hautes ver-
tus , de nobles sacrifices , et surtout le courage d'une
fi) Les éditeurs viennent de faire paraître une suite inédite des
Mémoires du marquis de Ferrières. Cette seconde partie com-
mence aux premiers jours de rAssemblée législative, et finit au
21 janvier.
102 SCIENCES MORALES
conscience qui ne sut point capituler avec elle-même. Or,
les écrits de madame Roland, respirant partout le plus pur
enthousiasme pour ce qui est beau, et le respect le plus
profond pour la sainte loi du devoir, peuvent offrir plus
d*^une leçon salutaire : et si, dans son livre, elle a transmis
à la postérité un monument des grâces et de la force de son
esprit, son courage dans l'adversité , l'inaltérable fermeté
de son ame en présence des bourreaux, son attachement
inébranlable à des principes pour lesquels elle a témoi-
gné par une mort héroïque, sont un noble exemple légué
à tout homme de cœur appelé à vivre en des tems orageux.
Mais il ne peut être non plus sans intérêt de démêler les
secrets de l'éducation qui a formé ce noble caractère , et
de suivre dans ses jeunes années l'action réciproque d'un
heureux naturel , et des circonstances qui ont développé
cet esprit à la fois solide et brillant, préparé cette ame vi-
rile et généreuse qui se révéla tout entière dans les périls
d'une révolution. J'ai donc taché, pour la faire mieux
connaître, de recueillir, d'après elle-même, la suite et
l'histoire de ses pensées.
Sans doute, une des principales causes qui attachent à
la personne de madame Roland et qui la font chérir et admi-
rer, c'est la belle unité qui préside à toute sa vie, et met
entre ses opinions et sa conduite ce noble accord qui, seul,
conserve la dignité de l'homme, et qui maintient dans
c
l'intérieur de son ame une paix inaltérable. Encore jeune ,
elle comprit que cette harmonie était la condition du
bonheur, et elle sut le chercher dans l'accomplissement
de ses devoirs, a Je résumai promptement, dit-elle, que
l'unité du moi personnel, c'est-à-dire le plus grand ac-
cord entre les opinions et la conduite , est nécessaire au
bien-être individuel : il faut donc bien examiner ce qui est
juste, et, quand il est une fois reconnu, le pratiquer ri-
ET POLITIQUES. lOS
goureuscment. » Ce fut lù le principe qui dirigea toutes
ses actions.
Au milieu des scènes gracieuses de son enfance , dont
elle trace des descriptions pleines de charme, déjà l'on
peut démêler les germes d'un esprit heureux que fécon-
dera la culture , et d'un caractère décidé qui ne consent
pas Tolontiers à ce dont il ne voit pas la raison. Une petite
anecdote qu'elle raconte (T. I, p. 17) montre de quelle
résistance opiniâtre elle était déjà capable à l'age de six
ans.
Malgré sa vivacité naturelle, elle était pourtant sérieuse
et recueillie. Est-il, par exemple, beaucoup d'hommes
capables de réflexions aussi graves et aiissi profondes, que
la jeune fille qui avait jeté sur la vie un regard aussi hardi
et aussi perçant? « J'aimais à réfléchir : je songeais vérita-
blement à me former moi-même, c'est-à-dire que j'étu-
diais les mouvemens de mon ame, je cherchais à me con-
naître; je commençai à sentir que j'avais une destination
qu'il fallait me mettre en état de remplir. » — C'est encore
cette jeune fille qui avait fait pour elle-même la prière
suivante : « O toi qui m'as placée sur la terre , fais que
j'y remplisse ma destination de la manière la plus con-
forme à ta volonté sainte , et la plus convenable au bien de
mes frères !»
Douée d'une imagination vive et d'une sensibilité qui
grave profondément les impressions, et les conserve dans
toute leur force, elle éprouvait un besoin de bonheur
qu'elle ne pouvait satisfaire que par un grand développe-
ment de ses facultés. Les idées religieuses vinrent à fer-
menter dans sa tête et y produisirent une grande explosion.
« Je lisais des livres de dévotion, j'avais besoin de m'occu-
per de ces grands objets de bonheur ou de malheur éter-
nel : toutes mes pensées se tournaient insensiblement de
lOA SCIENCES MORALES
ce côté. Bientôt, les idées religieuses me dominèrent : le
règne du sentiment, hâté par leur concours pour une
trempe déjà précoce, s'ouvrit par l'amour de Dieu.» Ce-
pendant, l'ardeur qui la portait à apprendre, ù exercer ses
facultés, lui faisait chercher sans, cesse de nouyelles lec-
tures , de nouveaux alimens à son insatiable activité. En
même tems que son ame affectueuse s'épanchait dans l'a-
mour divin, le raisonnement naissant se développait, s'ap-
pliquait à tout avec indépendance. Elle s'avisa de soumettre
à l'examen ce que l'on offrait à sa croyance , et bientôt le
doute entra dans cet esprit curieux. Son cœur se révolta
d'abord contre la damnation universelle des païens, et son
intelligence ne put se soumettre à concevoir l'autorité su-
prême, l'infaillibilité qui n'appartient qu'à la raison éter-
nelle , qu'à Dieu , personnifiée dans un homme. Enfin ,
elle étudia les historiens et les philosophes , et son esprit
fut émancipé.
La douce amitié vint remplir cette ame ouverte à tous
les beaux sentimens : rien de plus gracieux que les pages
où elle décrit les doux et purs mouvemens qui agitaient
son jeune cœur. La correspondance qu'elle entretint avec
l'amie de son choix, et l'habitude qu'elle prit de mettre
sur le papier les pensées qui l'occupaient, rendit ses idées
plus nettes enfermant son style, et contribua sans doute à
préparer ce talent qui , plus tard, adressa de hardis conseils
aux rois, et traça pour la postérité Y Appel qui a consacré
le souvenir de ses vertus , en flétrissant ses persécuteurs.
Ainsi s'écoulaient ses jeunes années, sous les yeux d'une
mère chérie : d'heureux hasards secondèrent cette édu-
cation domestique, et la servirent mieux peut-être que
n'eût fait le système le plus habilement combiné. Par
exemple, son père, honnête artiste, mais peu éclairé
d'cillcurs, s'avisa de lui acheter les livres de Locke et de
ET POLITIQUES. 105
Fénélon sur l'éducation des filles, ouvrages qui semblaient
mieux convenir au maître qu'à l'élève ; et il se trouva
qu'entre les mains de la jeune fille, ils ne furent ni dé-
placés , ni sans fruit. Mais Plutarque surtout eut ses affec-
tions ; elle conçut une véritable passion pour les héros
qu'il fait revivre : cette lecture semblait être l'aliment
qui lui convenait ; et véritablement sa belle ame, toute
empreinte des vertus antiques, semble avoir avec les héros
de Plutarque une sorte de parenté. De ce moment, datent
les impressions et les idées qui disposaient son ame à
l'enthousiasme du patriotisme. Ce fut beaucoup plus tard,
et quand son esprit était déjà formé, qu'elle lut, pour la
première fois, les ouvrages de Rousseau; sans doute,
grâce à la sage prévoyance de sa mère, qui craignait d'exal-
ter encore un caractère que la nature avait fait si ardent.
Plutarque l'avait préparée pour devenir républicaine ; il
avait éveillé en elle la force et la fierté; il lui avait inspiré
l'amour des vertus publiques et de la liberté; Rousseau lui
montra le bonheur domestique auquel elle pouvait pré-
tendre, et les ineffables délices qu'elle était capable de
goûter.
Il n'est pas douteux que notre situation n'influe beau-
coup sur notre caractère et nos opinions; mais on dirait
que, dans l'éducation que reçut madame Roland, dans
les idées qu'elle acquit par l'étude ou par le commerce du
monde, tout avait été combiné pour lui donner le besoin
d'un ordre de choses plus raisonnable , en lui faisant juger
le ridicule, ou sentir l'odieux d'une foule de prééminences
et de distinctions. Il faut voir à ce sujet sa visite chez une
dame de Roismorel (T. I, p. 70) , et l'idée qu'elle prit de
la cour, dans un voyage à Versailles, où elle vit le rigo-
goriste Reaumont, archevêque de Paris, s'honorer d'ha-
biter un chétif appartement sous les combles du château,
106 SCIENCES MORALES
dans un corridor obscur, pour être plus à portée de faire
sa cour chaque matin, au lever des majestés.
Cette ame, ainsi préparée par une éducation singulière,
nourrie de tout ce qu'il y a de beau dans les doctrines ,
et d'héroïque dans les hommes de l'antiquité, habituée à
tout apprécier sur la mesure de la justice et de la raison,
lorsqu'elle entra dans l'expérience, lorsqu'elle yit de près
la réalité, et qu'elle la compara aux hommes, aux idées
qui avaient occupé sa méditation, dut nécessairement
prendre en dédain ce qu'elle voyait. Dans le monde qu'elle
rencontra, elle s'attacha à un petit nombre de personnes
raisonnables et dignes d'elle.
Ce fut après la perte douloureuse de sa mère, sépara-
tion déchirante, qui la mit elle-même aux portes du tom-
beau, qu'elle se lia avec M. Roland de la Platière , alors
inspecteur du commerce et des manufactures, et déjà connu
par des travaux utiles sur ces matières. M. Roland sut
l'apprécier et sollicita le nom de son époux. Dans cette
union fondée sur une estime mutuelle, les saints devoirs
d'épouse et de mère, les soins de la vie domestique rem-
plissaient toute son existence. Une suite de lettres , re-
cueillies par les éditeurs , nous retrace cette époque de sa
vie ; et, parmi les détails qu'elle présente, on retrouve
encore ses goûts et son caractère, et l'on peut suivre la ten-
dance de ses opinions politiques.
Quand la révolution éclata , elle trouva un certain
nombre d'esprits, de philosophes préparés pour la liberté:
ils l'adoptèrent avec enthousiasme ; car elle était pour eux
la réforme des abus, etTémancipation d'une grande nation
qui se régénère : ils en suivirent la marche avec intérêt ,
avec anxiété : ce furent tous ceux qu'enflammait l'amour
de leurs semblables^ et l'espoir de voir arriver pour tous
le règne de la justice et du bonheur. Dans ce nombre , on
ET POLITIQUES. 107
doit compter Roland et sa femme. Tant qu'elle demeura
dans un état paisible et concentré, bornée aux douceurs
ie la vie domestique^ sa sensibilité naturelle enveloppait
en quelque sorte ses autres qualités, ou les dominait toutes.
Ce furent les orages politiques qui donnèrent l'essor à ses
talens et développèrent l'énergie de son caractère.
Lorsque la cour, pour se populariser, consentit à prendre
3es ministres patriotes , Roland , appelé dans le gouverne-
ment, à son insu , sans aucune sollicitation, y porta ses
umières, son expérience, et une qualité qui devrait être
a première de tout administrateur^ le plus parfait désin-
téressement. Nommé au ministère de l'intérieur, au mois
ie mars 1792, '1 fut destitué le i3 juin : rappelé au 10 août,
1 donna sa démission le 22 janvier 1793. Mais, dans ce
30urt espace de sa vie politique, soit comme ministre de
Louis XVI, soit comme ministre de la Convention, il
montra partout la même intégrité^ la même inflexibilité
ie principes. Comme il avait réclamé la franchise et dé-
tendu la liberté dans le conseil des rois , avec la même
fermeté, il sut, au sein des orages tumultueux d'une assem-
blée populaire , signaler les dangers de la confusion des
pouvoirs et les sanglantes horreurs de l'anarchie. Pour
juger cet homme avec équité, il faut rapprocher de sa
fameuse lettre au roi la lettre non moins courageuse, par
laquelle il dénonce à l'assemblée les massacres de sep-
tembre , et le rapport où il s'élève contre les usurpations
ie la commune'(i).]VIais la Convention était déjà sous le joug
d'une poignée de furieux. Cette partie de l'assemblée ,
qu'on désignait alors par le nom de la plaine , troupe
(1) On trouvera ces pièces dans les Eclaircissemens historiques.
On ne peut trop louer les soins des éditeurs qui , outre des notices
très-bien faites , ont accompagné les mémoires qu'ils publient , de
aotcs et de pièces officielles qui y ajoutent un nouvel intérêt.
108 SCIENCES MORALES
habile à suivre le yent de la faveur dans les tems prospères
et qui s'abandonne au vent de la peur dans les jours d'o
rages, restait muette aux cris naenaçans de la montagne
dont elle autorisait les crimes par la lâche complicité d
son silence. Quant à l'opposition, qui était alors le côi
droit, elle ne trouva, pour soutenir le dévouement d
ministre, que de stériles applaudissemens; elle y applaudit
comme font les gens faibles, aux signes d'un courage qu'il
ne sauraient imiter, mais qui les touche et réveille en eu
quelque espoir. Lorsque Roland se vit en butte aux traii
des intrigans qu'il avait démasqués, pas une voix n
s'éleva pour le défendre contre des accusations absurdes
les Girondins, cette noble élite de l'assemblée, que re
commandaient de rares talens et d'excellentes intention;
se ménageant pour les grandes occasions, négligeaient tro
le combat journalier, et ne se méfièrent pas assez de I
tactique de leurs médiocres, mais audacieux adversaires
plus orateurs qu'hommes d'état, parce qu'ils étaient vain
queurs dans les combats de la tribune^ ils ne prévirent pa
que la montagne triompherait des talens par la violence
Vainement, Vergniaud ralluma parfois les foudres qu'aval
lancés Mirabeau; les Girondins, malgré leur ardente pas
sion pour la liberté, succombèrent pour n'avoir pas su s
coaliser en faveur de la justice. Ils surent mourir : mais
à de pareilles âmes, en de pareilles conjonctures, on pouvai
demander mieux. Roland, que le double lien de la con
viction et du malheur attachait à leur cause, partagea leu
sort, sans avoir partagé Leurs fautes.
Madame Roland, à qui tout fut commun avec son mari
prit une part active à ses travaux politiques, comme ell
avait participé à ses travaux littéraires : toutefois, elle ne s
mêla jamais d'administration; mais, ayant tous deux le
mêmes principes et un même esprit, souvent, pour ce qu
était de rédaction, Roland s'en reposait sur elle. Ainsi, c«
ET POLITIQUES. 109
fut elle qui traça d'un seul trait la fameuse Lettre au Roi.
Elle se dévoua tout entière au triomphe de la cause qu'elle
avait embrassée; son enthousiasme patriotique, qu'elle
communiquait, échauffait le courage des Girondins, et la
jrendit l'ame du parti; et, au jour de la défaite, quand on
losa violer la représentation nationale, elle partagea leur
Idestinée. Arrêtée au 3i mai, elle conserve, au milieu du
t.i
érU^ le calme d'une conscience pure, la résolution d'une
ame inaccessible à la crainte. C'est ici qu'on la voit dé-
loyer toute l'énergie de son caractère, se plaisant, comme
£^ lie le dit elle-même, à se venger du sort qui lui refuse le
onheur, en travaillant à le mériter. C'est en prison qu'elle
écrit ses Mémoires , qu'elle répand toute la fraîcheur de
son imagination sur les scènes gracieuses de son enfance ,
et trace d'une main ferme cet Appel à V impartiale postè-
ritèj, où elle venge ses amis et dévoue leurs oppresseurs au
mépris de l'avenir. Quelle noble fierté, quelle élévation
dans ce premier sentiment qui s échappe de son ame , au
moment où elle prend la plume ! « Dans toutes les peines
que j'ai essuyées , la plus vive impression de douleur est
presque aussitôt accompagnée de l'ambition d'opposer mes
forces au mal dont je suis l'objet^ et de le surmonter, ou
par le bien que je fais à d'autres, ou par l'augmentation
démon courage.» Fidèle à ses principes, du fond de sa
. prison elle soutient le courage de ses amis , et elle gour-
mande la faiblesse de ces eunuques politiques ^ qui repro-
baient un excès de chaleur au côté droit. « Je m'indigne,
iit-elle, de la lâcheté de ces hommes qui veulent avoir une
patrie, et comptent encore leur vie pour quelque chose,
nlquand il s'agit de la risquer à son service Voyez tou»
ces poltrons de l'assemblée, qui gémissaient dans le sénat;
s'ils eussent eu le courage de se faire arrêter le 2 juin, en
protestant contre l'injuste décret d'arrestation des vingt-
deux, ils assuraient le salut de tous; car on n'eût osé tou-
:u
110 SCIENCES MORALES
cher un cheveu à nul de deux ou trois cents représentan
du peuple, et la chose publlcjuc était également sauvée
les départemens ne se fussent point endormis : on s'apais
sur la perte de vingt hommes , et l'on n'aurait pu regarde
comme Convention l'assemblée dont la moitié se fût reti
rée. » Elle jugeait bien la situation de la France; elle dé
plore l'avilissement de la nation, en proie aux passions d
quelques monstres sanguinaires; elle prévoit qu'un despot
finira par lui imposer le joug. Mais, en appelant la hain
sur leurs atrocités, elle nous apprend aussi à mépriser ce
êtres pusillanimes, dont la faiblesse se fait l'auxiliaire d
crime audacieux, vrais fléaux de la liberté chez un peupl
qui veut la conquérir ou la conserver. Partout, en effet
l'on reconnaît qu'une grande partie des maux de la révolu
tion est due à ces hommes timides, incapables de résolu
lions, qui transigèrent avec les méchans, au lieu de protes
ter énergiquement contre la violence, et de faire éclater d
moins une juste indignation. « La sottise et la peur d
grand nombre font le triomphe de la scélératesse et 1
perte des gens de bien. » Ces vérités n'ont rien perdu d
leur force, et sont encore bonnes à rappeler.
Dans sa captivité , parfois elle s'attendrissait au souve
nir de sa fille et de son mari; mais bientôt sa force d'am
reprenait le dessus. . .. «Jamais les états violens ne sor
pour moi de longue durée; j'ai besoin de me posséder
parce que j'ai l'habitude de me régir. Je me trouvai biei
dupe d'accorder quelque chose à mes persécuteurs, en m
laissantfroisserpar l'injustice; ils se chargeaient d'un nouv<
odieux, et changeaient peu l'état que j'avais su déjà si bie
supporter : ici, comme à l'Abbaye, n'avais-je pas de
livres, du tems?n'étais-je plus moi-même? Véritablemeni
je m'indignai presque d'avoir été troublée, et je ne son
geai plus qu'à user de la vie, à employer mes faculté
avec celle indépendance qu'une ame forte conserve ai
i
Eï POLITIQUES. 111
milieu des fers , et qui trompe ses plus ardens ennemis. »
Cependant, voyant tous ses amis proscrits sous le régime
sanglant de la terreur, elle abandonne tout espoir, et ne
songe plus qu'à finir d'une manière digne d'elle-même.
Afin de mourir libre dans les fers, elle avait résolu d'abord
de ravir à ses ennemis la joie de la traîner au supplice.
Elle expose de sang froid, dans ses Dernières pensées j les
motifs de sa résolution. Mais un ami lui représenta qu'il
était plus digne d'elle d'attendre la mort que de se la don-
ner; qu'elle devait laisser commettre un nouveau crime à
ses juges; qu'elle devait à sa cause un grand sacrifice, à
ses amis l'exemple du plus généreux dévouement. Citée
comme témoin dans le procès des Girondins , l'espoir de
servir la vérité la soutint encore : « je désire mériter la
mort, en allant leur rendre témoignage tandis qu'ils vivent,
et je crains de perdre cette occasion J'attends avec
impatience, et je crains maintenant d'être privée d'avouer
mes amis en leur présence. » Les vingt-deux avaient péri
le 3i octobre 1793. Le même jour, madame Roland fut
transférée à la Conciergerie ; elle y subit un interroga-
toire, et fut appelée, le 10 novembre, au fatal tribunal,
qui n'était que le premier degré de l'échafaud. On sait
quelle sérénité elle y porta. Voici les derniers mots qu'elle
prononça après la lecture de son arrêt : a Vous me jugez
digne de partager le sort des grands hommes qwe vous avez
assassinés; je tâcherai de porter à l'échafaud le courage
qu^ils ont montré. » Le projet de défense qu'elle trapa, la
nuit qui précéda son dernier jour, peu d'heures avant de
comparaître, est, pour ainsi dire, son testament politique.
J'en citerai quelques passages : «Lésâmes qui ont quelque
grandeur savent s'oublier elles-mêmes; elles sentent
qu'elles se doivent à l'espèce entière , et elles ne s'envi-
sagent que dans la postérité La liberté! elle est pour
les âmes fières qui méprisent la mort, et savent à propos
112 SCIENCES MORALES
se la donner. Elle n'est pas pour ces hommes faiblesqui
temporisent avec le crime , en couvrant du nom de pru-
dence leur égoïsme et leur lâcheté. Elle est pour le peuple
sage qui chérit l'humanité, pratique la justice, méprise
ses flatteurs, connaît ses vrais amis et respecte la vérité.
Tant que vous ne serez pas un tel peuple, ô mes conci-
toyens! vous parlerez vainement de la liberté; vous n'au-
rez qu'une licence dont vous tomberez victimes chacun à
votre tour; vous demanderez du pain, on vous donnera
des cadavres, et vous finirez par être asservis,
«Je n'ai point dissimulé mes sentimens et mes opinions.
Je sais qu'une dame romaine fut envoyée au supplice,
sous Tibère, pour avoir pleuré son fils ; je sais que, dans
un tems d'aveuglement et de fureur d'esprit de parti , qui-
conque ose s'avouer l'ami de condamnés ou de proscrits,
s'expose à partager leur fortune. Mais je méprise la mort;
je n'ai jamais craint que le crime, et je n'assurerais pas
mes jours au prix d'une lâcheté. Malheur au tems, malheur
au peuple où la force de rendre hommage à la vérité mé-
connue peut exposer à des périls; et trop heureux alors
qui se sent capable de les braver ! »
J'aurais quelque pudeur de relever le mérite littéraire
dans un pareil livre : il faudrait, pour l'apprécier, faire
admirer cette allure libre et naturelle , cette flexibilité de
style qui produit la pensée sous la forme la plus vive, sous
l'image la plus transparente , et qui atteint jusqu'aux
nuances les plus délicates et les plus fugitives ; et quand on
aurait caractérisé ce mélange de force et de grâce où l'au-
torité de la raison se fortifie du charme entraînant qui
n'appartient qu'à une femme sensible , il faudrait en reve-
nir à reconnaître que le vrai talent a sa source dans les
profondeurs de l'ame, et que le secret de l'art d'écrire est
de bien penser et de sentir noblemeut. Artaud.
I
LITTERATURE.
Œuvres choisies de LiiBRux (i).
Lebrun lui-même a comparé les hautes et solides répu-
tations au chêne et au cèdre, qui croissent lentement et
qui durent des siècles. On peut lui appliquer cette com-
paraison. En effet, mieux apprécié en Europe (2) qu'en
France , et parmi nous plus célèbre que lu , admiré en
silence par l'élite de ces hommes rares qui honorent à
la fois la patrie et les lettres, dénigré publiquement par
celte misérable tourbe que les lumières importunent et
que le nom de patrie épouvante, Lebrun, surnommé, de
son vivant, le Pindare français, sera mis à sa véritable
place par la postérité, c'est-à-dire au premier rang des
poètes lyriques; et déjà se dissipent les nuages dont la
malveillance essaya, mais en vain, d'obscurcir une si
éclatante renommée. Ces obstacles, ces outrages, les mo-
dèles mêmes auxquels Lebrun s'associe, Pindare, Horace,
Rousseau les rencontrèrent, s'en plaignirent, et en furent
vengés et consolés par l'immortalité. Dans le dernier
siècle, et de nos jours mêmes, les plus vastes gloires,
la célébrité universelle de Voltaire, la haute considéra-
tion qu'obtint enfin J.-J. Rousseau, ne furent-elles pas, ne
sont-elles pas encore contestées? mais par qui et comment?
Le sort du génie est le même en tous tems et en tous lieux.
Ici, tout se rattache à trois causes, que je vais signa-
ler ; la première tient à la chose même. Si le genre
(î) Paris, 1821. 2 vol in-18. Baudouin frères, rue de Va agira rd ,
n*» 36. Prix : 6 fr.
(2) Plusieurs des pièces de Lebrun ont élé traduites en langues
étrangères.
Tome xii. 5
HA LIÏTERATUllE.
lyrique est le plus ancien, le plus naturel, le plus uni-
versel de tous les genres poétiques, il en est aujourd'hui
le moins connu et le moins cultivé, surtout en France (i).
L'ode est, au reste de la poésie elle-même, ce que la
poésie est à la prose; de là, celte hauteur d'expression,
inaccessible, non seulement au vulgaire des écrivains,
mais encore à de grands poètes. Voltaire et Boileau échouè-
rent dans ce genre; les chefs-d'œuvre lyriques sont aussi
rares que les chefs-d'œuvre épiques. Cet enthousiasme
qui ressemble à l'inspiration prophétique, et qui paraî-
trait le comble du délire, s'il n'était sublime, est peu
susceptible d'être généralement senti et éprouvé. Bailleurs,
le poète n'exerce plus, comme autrefois , une espèce de
ministère public; le tems n'est plus où, la lyre à la main,
Orphée civilisait les peuples , où Pylhagore et Terpandre
calmaient les séditions , où les chants de Tirtée inspi-
raient l'héroïsme. Il n'est plus le tems où, pour dompter
un peuple, il fallait exterminer ses bardes : ce que firent
Tibère et Edouard. Enfin, la lyre est muette, le poète
écrit et ne chante plus; cependant, le génie lyrique a
continué d'exercer son influence. Une ode d'Horace dé-
tourna Auguste de transférer en Asie le siège de l'empire,
et empêcha la ruine de Rome. Si le fameux Rieiizi avait
suivi les conseils lyriques de Pétrarque, le Capitole relevé
aurait repris l'éclat de ses anciens jours. Combien les
odes de Malherbe n'ont-elles pas contribué à nourrir l'ido-
lâtrie du peuple français pour Henri IV, et combien
Lebrun n'a-t-il pas influé sur son siècle?
Toutefois , cela n'a pas réconcilié l'ode avec ses détrac-
teurs. Quelques-uns attribuent le discrédit de la poésie lyri-
(i) Ce genre fleurit chez les autres nations, principalçraent en
Allemagne , en Italie; en Angleterre.
I
LIÏÏÉRATURE. 115
que, parmi nous, à la timidité de lalangue française. Erreur
profonde! certes, sous le rapport de l'énergie et même
de l'audace, la langue de Bossuet et de Corneille ne doit
rien envier à aufcune autre (i).
Des personnes qui n'ont point d'opinion par elles-mêmes ,
embrassent celle de deux hommes de génie, Buffon et
Montesquieu, et de quelques beaux esprits, Lamotte, Du-
clos, etc., qui ont eu le malheur d'être insensibles aux
beautés de la haute poésie et de la dénigrer. Ce n'est
qu'une opinion particulière et que repousse le cri général
du sentiment. Natura enini ducimus ad modos (2).
Il existe des hommes qui , avec des oreilles et desj^eux,
méconnaissent cependant les charmes de la musique et
de la peinture : anomalie, aberration de jugement.
Il y a une remarque plus essentielle et plus vraie,
parce qu'elle est de fait. La voici : A mesure que les arts
de raisen , c'est-à-dire les sciences, s'élèvent, se perfec-
tionnent et s'étendent, les arts d'imagination s'abaissent,
tombent et s'effacent. Et c'est ainsi que s'explique na-
turellement la disgrâce momentanée que subit de nos
jours la haute poésie.
La seconde des causes que je dois indiquer se trouve
dans le caractère personnel et honorable de l'auteur.
Lebrun vécut à la cour sans être flatteur; parmi les phi-
losophes , sans être sectaire. Il y a plus : ses liaisons
intimes avec Clément et Palissot, trop malheureux anta-
gonistes de la philosophie , suscitèrent à Lebrun des en-
[\) J'ai cité Bossuet, parce que son génie est éminemment ly-
rique et tout brûlant de l'inspiration des prophètes. Lebrun lui em-
prunta plusieurs expressions, et entre autres celle-ci : Je ne meurs
pas , je sors du tems.
(a) Cicéron. '
8*
116 LITTÉKATURE.
nemis sans nombre. Il les brava , et s'en fit de nouveaux ,
en poursuivant sans relâche de ses épigrammes toutes
les coteries académiques et autres. C'était l'époque de
la décadence des arts et de la littérature, et Voltaire
lui-même signala cette décadence dans ses derniers
écrits (i).
Alors florissait la manière de Boucher dans les arts;
la prose était dégradée par Crébillon fils, et la poésie
p^r Dorât. Lebrun prit pour devise : Nos colimus musas
seperiores (2). Il se montra citoyen lorsqu'il n'existait
point de patrie. Il rappela la poésie à sa noble origine,
et consacra sa lyre aux plus grands objets. Il célébra
Dieu, la nature, le génie, la liberté, les sciences, les
arts et la vertu; son siècle frivole ne l'entendit point.
Les suffrages de Voltaire, l'amitié de Buffon, l'estime des
personnages les plus illustres suffirent à sa gloire.
Les deux tiers de sa carrière lyrique étaient achevés,
lorsque la révolution éclata. Ici , se présente la troisième
cause et des succès et des obstacles. Les réflexions que
je pourrais développer s'offrent en foule A l'esprit des
lecteurs, et ce serait faire injure à leur sagacité que de
les expliquer.
Lebun, long-tems avant cette époque, s'était .montré
POÈTE national; nous appelons poète national, celui à
qui, dans tous les tems et dans tous les lieux, l'amour
de la patrie est toujours présent; celui pour qui les formes
de gouvernement ne sont que des moyens ou des motifs
de tout rapporter au bonheur, à la gloire de la patrie.
Dans une monarchie, il fera l'éloge des Marc-Aurèle, des
Trajan, des Henri; dans une république, il flétrira les
(i ) Voyez les épîtres de Voltaire : le Russe à Paris, les Cabales, etc.
(a) Martial.
LITTÉRATURE. 117
Marius, les Syllajles Calilina; les personnes seront moins
l'objet de ses chants que les choses.
Lebrun fut ce poète. Ainsi, dans Fode intitulée : V A-
viour des Fraisais pour leurs rois f consacré par les
monumens publics ^ il peint successivement Henri IV
et Louis XIII, comme Tacite peignit Trajan et Domi-
licn (i). Une de ses plus belles pièces, sous la forme
d'une allégorie savamment soutenue, déplore l'avilissement
de la monarchie, lorsque les favorites disposaient de
tous les emplois et nommaient les généraux des armées
françaises.
Enfin, lorsque nos défaites, multipliées par suite de
cette corruption , furent au comble, Lebrun saisit la lyre
avec une vertueuse indignation, et publia, en 1762, l'ode
auxFrançaisy l'une de ses plus magnifiques compositions.
Elle respire tous les feux de l'héroïsme, elle est digne d'être
chantée en allant aux combats. Lebrun a emprunté plu-
sieurs mouvemens et même plusieurs pensées d'un discours
de Périclès , et des chants de Tirtée ; ceux qui compa-
reront, ainsi que je l'ai fait, les passages de l'orateur et
du poète anciens, à l'imitation, reconnaîtront la prodi-
gieuse supériorité de Lebrun. Cette ode a été récitée
souvent dans des assemblées publiques, et chaque fois elle
excita des cris universels d'enthousiasme, et chaque fois
j'ai vu couler des yeux de nos vieux et de nos jeunes
guerriers des larmes héroïques , les seules qu'ils sussent
répandre.
Lebrun, il y a plus d'un demi-siècle, fut le second des
(i) Les tyrannies qui souillèrent le règne de Louis XIII, furent
l'ouvrage de Richelieu ; mais le prince les permit.
118 LITTÉllATURE.
écrivains français (i) qui dénoncèrent à l'humanité la traite
des noirs. Les bornes de ce recueil ne nous permettent
pas les citations (2). Il nous suffit d'avoir prouvé que ,
fidèle à un grand caractère , Lebrun fut poète national
long-tems avant la révolution. Nous avons insisté sur
cette remarque, parce que beaucoup de personnes, les
unes par erreur, d'autres par haine de la chose , ne voient*
dans Lebrun que le chantre d'une époque désastreuse, ou
le flatteur d'un homme qui fut grand et dans le bien et
dans le mal.
Hâtons-nous de les désabuser. Lebrun chanta les bien-
faits et les triomphes de la liberté , et protesta contre les
crimes commis en son nom (3).
Les pensions , toutes les sollicitations , toutes les caresses
de la puissance n'en obtinrent qu'une pièce très-courte ,
les Toasts de V Olympe , simple remercîment, terminé
par des vœux pour la paix, et quelques quatrains et dixains
d'une louange ambiguë, tempérée ;i'ailleurs par autant
d'épigrammes , que l'auteur récitait en tremblant, et ne
confiait qu'à un très- petit notnbre de personnes.
La révolution venait d'agrandir pour lui cette carrière
qu'il avait déjà parcourue avec tant de gloire ; ce fut alors
qu'il publia ses odes républicaines : telle était, à cette
époque, la form^du gouvernement. Quoique ce gouverne-
ment, jugé par le fait, ne pût convenir ni à l'étendue
ni aux habitudes de la France, il se fit respecter de l'Eu-
rope entière. Cet arbre sans racines, mais vigoureux de
(1) Montesquieu fut le premier. Voye» Esprit des Lois , L. XV ,
' ch. 5.
(2) Voyez les odes sur l'assassinat de trois rois ; au soleil, sur
les malheurs de la terre; sur la paix de 1762; sur le passage des
Alpes, par le prince de Conti ; sur rcnlèveinent d'Europe^
(3) Voycï le P/iilantrope, l'ode contre Vanarchie.
LlTTEllATUllE. 119
jeunesse, promettait du moins un ombrage pacifique (i).
L'enthousiasme de Lebrun était justifié par nos victoires,
pures alors, car elles n'avaient qu'un but généreux, l'in-
dépendance du territoire français. Lebrun célébra ces vic-
toires. Bientôt, il aperçut tous les écueils qui environnaient
le vaisseau du nouvel état; il les signala dans des vers
courageux, invoquant à la fois la religion, l'humanité, la
justice, la vertu. Ce n'est plus Pindare, c'est plus que
Pindare, c'est Zaleucus, Pythagore ou Platon, la lyre à la
main. Lebrun, plein de la conscience de son talent, disait:
« Ce sont mes vers législateurs. » Ils formaient un^recueil
séparé de ses autres odes (2). Ce recueil fut interdit par la
police impériale. Misérable mesure ! On ne peut ravir
l'existence à ce qui a été. Dieu même ne saurait anéantir
le passé. La compression d'un ressort en augmente la dé-
tente; et toutes ces mesures d'une oppression délirante n'ont
d'autre effet que de ranimer ce qu'elles prétendent anéan-
tir. Je supprime les réflexions, pour ne rappeler, à cef
égard, qu'une anecdote instructive et frappante. Dans ce
tems , il se trouva un homme qui unissait à quelques talens
une audace de bassesse bien rare; il se chargea, sans pu-
deur 5 de mutiler et d'ajuster aux circonstances les chefs-
d'œuvre de Corneille, dont plusieurs vers offensaient de
superbes et chatouilleuses oreilles. Qu'arriva-t-il ? on pou-
vait donner l'ordre à l'acteur de réciter les nouvelles et hé-
téroclites variantes de son rôle ; mais on ne pouvait pas
empêcher les spectateurs de porter dans leur poche un
( 1) Voyez le décret : 0 Le peuple français respecte les autres gou»
vernemens et défendra son territoire. »
{2) La plus grande pailie est réimprimée aujourd'hui dans les
(Euvres choisies que nous annonç(tns.
120 LITTERATURE.
exemplaire de Corneille, et de restituer, en les récitant tout
haut, les vers supprimés. Voilà ce que j'ai vu , ce que tout
Paris a vu. La mesure d'une police ombrageuse et tyran-
nique se trouva définitivement illusoire , inepte, ridicule
et bafFouée.
Toutes les publications seraient aujourd'hui sans dan-
ger, sous la constitution dans laquelle la France doit se
reposer. Le gouvernement sera d'autant plus fort que la
presse sera libre. Tous les bons esprits, quelle que soit sur
d'autres objets la divergence de leurs opinions , s'accordent
sur ce point (i).
Nous n'avons considéré Lebrun que sous le rapport du
génie lyrique et de sa direction. Nous vivons dans un siècle
où la direction du talent l'emporte sur le talent même. La
postérité améliorée, morale et sévère comptera avec cha-
cun de nous, et lui demandera de quelle utilité furent ses
œuvres; elle accueillera avec indifférence plusieurs genres
de littérature, qui prospèrent encore aujourd'hui , l'élégie
erotique par exemple et l'épigramme ; la première consa-
crée à de douces faiblesses, et la seconde à d'ingénieuses
méchancetés : dans l'épigramme, Lebrun est l'égal ou plu-
tôt le maître des maîtres; mais, dans l'élégie, il leur est
inférieur; il n'a point l'élégante mollesse de TibuUe, il
étale toute la verve de Properce et trop de luxe poétique.
Son épître sur la bonne et mauvaise plaisanterie présente
une heureuse fusion de la manière de Boileau et de celle
de Voltaire. L'épisode de Psyché^ qui malheureusement
n'est point terminé, est en poésie ce que sont en peinture
les tableaux de Raphaël, qui a traité le même sujet. Lebrun
a laissé un grand poème inachevé sur la nature : il s'y
(i) Voyez les opinions de MM. Lanjuinais, de Ségur, Tallcyrand,
Chateaubriand, prononcées dans la Ghambic des Pairs , en 1S21.
LlTTÉRATUllE. 121
trouve d'admirables détails; mais le dessin en est manqué,
parce que la composition est trop vaste. Chaque chant est
ù lui seul la matière d'un poème. Lebrun avait oublié ce
précepte de Boileau : « Soupent trop d'abondance appau-
vrit la matière (i). » En effet, un sujet trop étendu est le
maître du poète, il le domine , il l'écrase , tandis que le poète
est le maître d'un sujet borné, l^étend, le développe et y
sème avec profusion et avec choix toutes les richessses
de son art.
Achevons une tâche difficile et délicate à remplir, c'est
d'indiquer, sous le rapport littéraire, ce qui caractérise
les beautés et les défauts de ce grand poète. — Lebrun a le
nombre de Malherbe, la majesté pompeuse de J. B. Rous-
seau; il est plus flexible, plus varié, plus audacieux, et
par cela même plus lyrique. L'invention le distingue, ses
sujets sont plus vastes, son dessein plus ferme, son coloris
plus brillant. Au niveau de toutes les connaissances de son
siècle, il tire ordinairement des sciences et des arts les
comparaisons que les autres empruntent à une mythologie
ou à des images surannées. La grâce le caractérise , aussi
bien que la force ; son ode sur les paysages de la France
est d'une poésie suave, enchanteresse, aérienne. Ses dé-
fauts sortent de ses beautés mêmes; il s'éblouit quelque-
fois de ses propres feux, et s'enivre de son audace , au point
de chanceler et de s'égarer. Son expression, trop figurée,
en est moins correcte : c'est par excès de génie qu'il manque
quelquefois de goût. Nul homme, d'ailleurs, n'en connais-
sait mieux les lois et ne les expliquait avec plus de charmes.
C'est un écrivain original, et dont la manière est à lui. Il
est plus grand poète lorsqu'il invente, que lorsqu'il imite
CO Art poétique.
122 LITTERATURE.
ou lorsqu'il traduit. Le rayon de la flamme primitive est
toujours plus Tif que le rayon du reflet.
On a inséré dans le recueil de ses œuvres , sous le titre
d*odes, plusieurs pièces, qui ne sont que d'élégantes fugi-
tives, des stances aimables, des billets erotiques, etc., et
le nombre en est beaucoup trop multiplié. Il ne fallait con-
server de sa correspondance que celle qu'il entretint avec
Voltaire, un extrait des réflexions sur l'ode et sur les
beautés poétiques dont Corneille abonde ; on aime toujours
à entendre un grand maître donner des leçons de son
art. Ces considérations et d'autres encore indiquaient et
commandaient même un choix savant, épuré et délicat.
Celui qui, le premier, publia le recueil choisi des œuvres
de J. B. Rousseau rendit un grand service aux lettres et au
poète lui-même.
Le jeune éditeur des (Eun'es choisies de Lebrun n'a pas
eu, sans doute, le tems ou la volonté d'y apporter tout le
talent, tous les soins qu'il pouvait, qu'il devait y mettre.
Cependant, ce recueil, qui en laisse désirer un meilleur,
sera avidement recherché; le nom de Lebrun le pro-
tège (i).
Lebrun, instruit lui-même dans son art par Racine le
fils, qui avait puisé sa doctrine , pour ainsi dire , à l'Hyp-
pocrène même, c'est-à-dire auprès de l'auteur de l'Art poé-
tique et de l'auteur d'Athalie , Lebrun a fondé à son tour
une école dont l'énergie est le caractère. Il a formé quatre
élèves ; le premier fut le célèbre satirique Gilbert (2) ;
(1) Cette édition choisie est à très-bon marché, et les oeuvres
complètes sont très-chères. Elle est augmentée de six pièces, sup-
primées, dans les œuvres complètes , par l'inquisition du tems. •
(2) Nous tenons ce fait de Lebrun lui même.
LITTÉRATURE. 123
le second est M. Lemercier, homme d'un profond savoir
et d'un génie rare. Les muses regrettent le troisième,
M. Victorin Fabre, qui, jeune encore, avait déjà moissonné
toutes les palmes académiques, et dont les grands talens,
soutenus par de longues études, donnaient les plus hautes
espérances; le quatrième est celui qui, fidèle à la recon-
naissance et à la vérité, consacre à la mémoire de Lebrun
Je peude lignes qu'on vient de lire (i). Chaussard.
( 1 ) Plusieurs hommes distingués aujouid'liui dans les lettres ,
jeunes alors, consultaient assidûment Lebrun. Il me suffira de citer
ceux dont les noms se présentent à mon souvenir. MM. Dureau
de la Malle , traducteur de Valerius Flaccus ; Tlssol , traducteur
d s Bucoliques de Virgile; Fayolle^ qui a traduit le sixième livi'C
de l'Enéide; Bourret^ poète épigrammatique ; le général D — /,
poète lyrique ; Masson^ poète épique ; Mille uoy e ^-çohlQ élégiaque ;
Buttura^ poète lyrique vénitien , célèbre par ses traductions de l'Art
poétique de Boileau et d'Iphigénie en Aulide, dont il a transporté,
avec beaucoup de bonheur, les beautés dans la langue italienne.
N» B. Les pièces les plus remarquables de Lebrun se trouvant
dans tous les recueils poétiques, nous avons été dispensés de les
citer. D ailleurs, quelques beaux vers, quelques tirades détachées ,
quelques strophes isolées n'auraient xlonné qu'une idée imparfaite
de ces grandes compositions lyriques ; enfin , un développement
analytique plus étendu aurait dépassé notre cadre et rompu
l'ensemble des considérations générales.
L
m. BL'LLETTN BIBLIOGKAPHIQUI^.
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMERIQUE.
ÉTATS-UNIS.
1. — Transactions of the médical sociely, — Transactions de la
Société médicale de l'État de New-York pour l'année 1821 , par
M. Jo/in Steahhs, D. M. , président de la société, du 6 février 1821,
iiiprimées à Albany , chez E. et E. Hosford, 48 p.
Cette brochure contient les procès-verbaux , ou plutôt les résolu-
lions de rassemblée annuelle de la société, ainsi que les lois de l'état
de New- York , relatives à l'exercice de la médecine. — La pratique
de la médecine fut soumise, dès 1760, à quelques réglemens de po-
lice. Le premier juge du comté accordait des licences sur la
preuve qu'on avait étudié la médecine pendant deux ans. Alors la
plupart des médecins étaient des étrangers, et particulièrement
des personnes qui avaient étudié à l'université d'Edimbourg. C'est
seulement depuis 1806, que le corps législatif de l'état de New-
York a, par un acte spécial, établi une Sipciété médicale pour cha-
cun de ses quatre comtés , et , au centre , une société générale.
Chaque société de comté choisit annuellement un président , un
vice-président , un secrétaire , un trésorier , et de trois à cinq cen-
seurs chargés d'examiner les étudians auxquels la société accorde le ^
diplôme de docteur et le droit d'exercer. Les sociétés de comté
envoient chacune un délégué à la société centrale, qui s'occupe des
réglemens , des formalités nécessaires pour l'examen et la licence ,
qui juge les contestations , et soigne les intérêts généraux de la fa-
culté. Ces sociétés ont des droits légaux , pourvu que leurs régle-
mens ne contiennent rien de contraire aux constitutions du pays.
(i) Nous indiquerons, par un astérisque Opiacé à côté du titre
de chaque ouvrage, ceux des livres étrangers ou français qui
paraîtront dignes d'une attention particulière , et dont nous
rendrons quelquefois compte dans la section des analyses.
LIVRES ÉTUÂNGl-RS. 125
La société centrale peut exiger une rétribution des étudians et des
médecins de chaque comté , jusqu'à la concurrence de mille dol-
lars , et lever un impôt de 5,ooo dollars pour l'entretien de la fa-
culté de médecine de tout l'état. Elle peut encore ouvrir des sous-
criptions volontaires pour la formation d'une bibliothèque médi-
cale , des cabinets d'instrumens et appareils , etc. Il y a , de plus ,
des réunions de médecins , formant des collèges ; mais un élève
qui , après l'âge de seize ans , a passé quatre ans chez un praticien
légalement licencié, peut prétendre à être examiné, et recevoir ,
après sa vingt-unième année , le diplôme de docteur. Un étudiant,
qu'on a refusé de recevoir dans la société du comté , a le droit de
porter plainte devant la société centrale , qui peut accorder un di-
plôme si elle le juge à propos. Les sociétés sont en droit de faire
punir ceux qui exercent sans diplôme. Nous regrettons de ne pou-
voir nous étendre davantage sur les détails de ces lois , ni sur l'in-
téressant mémoire de M. i. Stearns , qui traite des fonctions et des
maladies du foie.
2. — Address io the officers^ etc. — Adresse aux officiers composant
l'état-major médical , par M, Samuel L. Mitchill , D. M. , et pre-
mier chirurgien général de la milice de l'état de Ne w- York.— New -
York, 1820.
M. Mitchill a été sénateur de l'état fédératif de New-York, pré-
sident de la société médicale de cette ville, professeur de matière
médicale ; il est revêtu de tous les titres propres à constater sa haute
réputation. Dans son adresse , il exhorte les médecins et les chirur-
giens militaires à profiter du tems de paix pour examiner les diverses
épidémies qui ont désolé le pays, étudier les remèdes et les agens
vénéneux indigènes, ainsi que les diverses branches de l'histoire na-
turelle et de l'art vétérinaire; enfin, il les engage à contribuer de
toutes leurs forces à étendre les connaissances topographiques et mé-
dicales des contrées qu'ils habitent. Cette adresse a été très-bien ac-
cueillie par la société médicale de l'état , qui a engagé M. Mitchill
à la publier et à la répandre. E. Conrad,
3, ' — T/ie pharmacopœia of the United states of America, —
Pharmacopée des Etats-Unis de l'Amérique. Boston, décembre
1820, avec l'autorisation des sociétés médicales et des collèges du
p'ays. Wells et Lilly.
Le titre indique déjà que cette pharmacopée a été publiée par les
126 LIVRES ÉTRANGERS.
efforts réunis de toutes les sociétés médicales actuellement exista ntes.
C'est M. le docteur Liman Spalding qui en présenta le premier
projet en 1817, et les délégués des divers états s'assemblèrent , à cet
effet , à Washington , en 1820. M. Mitchill était le président de
cette réunion ; il paraît que c'est en grande partie à lui que sont
dues les importantes améliorations de l'instruction médicale et de
la police du pays. On conçoit combien cette pharmacopée doit con-
tribuer à une connaissance plus exacte des plantes médicinales in-
digènes de l'Amérique. F-r, D. M.
4. — Aicheologia americana. Transactions and collections qf the
american antiquarian socieij . — Archéologie américaine ^ ou Mé-
moires et recueils de la Société des antiquaires américains. Tom. I.
Worcester, état de Massachusetts, 1820; imprimée chez W. Man-
ning , in-8" de 436 pages , avec figures.
Tandis que personne , pas même le ministre auquel la nation ac-
corde annuellement des fonds considérables pour l'encouragement
des lettres , ne seconde la Société des antiquaires de France , une so-
ciété semblable vient de trouver aux États-Unis, dans le patriotisme
des citoyens , des secours qui lui permettront de prendre un rang
auprès de la société des antiquaires anglais, la mieux dotée de toutes
les sociétés archéologiques. En peu d'années, les antiquaires améri-
ricains, dont le point de réunion est à Boston, ont établi des relations
dans toute l'étendue du vaste continent de l'Amérique septentrionale;
ils ont fondé une bibliothèque qui , en 1819, renfermait déjà 6,000
volumes, et un cabinet d'antiquités nationales, qui pourra devenir
un jour une collection très-curieuse ; enfin , ils viennent de publier
le premier volume de leurs mémoires. Un des membres de la so-
ciété a bien voulu nous en faire parvenir un exemplaire , dont nous
allons faire connaître le contenu.
La première partie du volume est consacrée à l'histoire de la so-
ciété. Cette association se compose d'un bureau , d'un conseil dont
les membres sont disséminés dans les états de l'Union , et de divers
correspondans ; il y a un conseiller dans chaque état ; la société tient
deux séances générales, l'une à Boston, l'anniversaire du jour où
Colomb découvrit l'Amérique ; l'autre séance ^ lieu à V\orcester.
Son but est de rechercher et de conserver les antiquités naturelles
où artificielles de la confédération américaine. Chaque membre
paie 6 dollars par an.
LIVRES ÉTRANGEllS. 127
La seconde partie du volume nous fait connaître les premiers tra-
vaux de la société. On a traduit du français l'ancienne relation du
r. Ilennequin , missionnaire , sur la découverte du Mississipi ; les
médailles et monnaies françaises du tems de Louis XIV , que l'on
trouve sur les bords des rivières parcourues par les Français , sont
un objet curieux pour les Américains ; il paraît qu'on en a trouvé un
assez grand nombre.
Un travail important de M. Caleb Atwater , sur les antiquités dé-
couvertes dans l'état d'Ohioet dans d'autres états de l'ouest, occupe
une grande partie du volume , et présente beaucoup de résultats
intéressans. Ces antiquités appartiennent , soit aux Indiens qui habi-
tent encore le pays , soit aux Européens , ou , ce qui est plus remar-
, quable, à quelque peuple ancien qui a habité cette contrée , et qui
n'existe plus. Ce sont des tombelles , des forts et des fortifications en
terre j d'une forme quelquefois singulière , des espèces de puits, etc.
La ressemblance de quelques-uns de ces monumens avec ceux du
nord de l'Europe et de l'Asie engage un autre savant , M. Mitchill ,
à appuyer la conjecture de ceux qui pensent que l'Amérique a reçu
des habitanspar la mer de Behring, et par le Groenland, qui a été
découvert, comme on sait , par les Scandinaves. M. Mitchill a fourni
à la société d'intéressans détails sur la poésie et le chant des Osages ,
ainsi que sur une momie trouvée en Kentucky ; cette momie a été dé-
crite aussi par Wilkins, et Farnham a fait connaître le souterrain dans
lequel on l'a trouvée. Enfin , M. Sheldon a fait insérer un mémoire
intéressant sur les anciens Caraïbes des Antilles ; mémoire que l'on
pourra comparer à celui que M. Moreau de Jonnès a publié , au sujet
du même peuple, dans le Journal des voyages^ Paris. Le volume est
terminé par la description d'une grotte de l'état d'Indiana remplie
de cristallisations curieuses de sel d'Epsom et d'autres minéraux. Il
est orné d'un grand nombre de gravures représentant les antiquités
mentionnées dans ce recueil qui, sans doute, intéressera aussi vivement
l'Europe que l'Amérique. D — g.
EUROPE.
GR ANDE-B RETAGNE.
5. — A Grammar ofbotany, etc. — Grammaire de botanique,
avec la classification naturelle et artificielle des plantes; suivie d'une
128 LIVRES ÉTRANGERS.
explication du système de Jussieu , par J. E. Smîth , membre de la
■ société royale, et président de la société linnéenne. Londres , 1821 .
Colburn , 1 vol. in-8%
L'étude de la botanique est devenue très-générale en Angleterre.
Plusieurs savans s'en sont occupés, et une société a été créée pour
seconder les progrès de cette science. Cependant , peut-être n'a-
t elle pas encore atteint le degré d'utilité qu'elle pourrait avoir, si
on lui donnait plus de développement , c'est-à-dire si l'on joignait
aux classifications et à la nomenclature des plantes le tableau de
leurs propriétés. Le détail des dilTérens procédés chimiques employés
pour extraire d'une plante ou d'un fruit le suc qu'il contient, ne se
rait-il pas bien placé à la suite de la description de cette plante ? Oà
ajouterait ainsi un nouveau charme à l'étude de la botanique , et l'on
donnerait lieu à de nouvelles expériences , en analysant les diverse»
propriétés tles plantes. L'ouvrage de M. Smith est un exposé clair et
précis des différens systèmes de classification adoptés par les plus
célèbres botanistes. L'auteur préfère celui de Linnée , auquel il pro-
pose néanmoins quelques modifications. Il n'approuve pas entière-
ment le système de Jussieu , et le combat sur quelques points. Le
rang qu'occupe M. Smith parmi les botanistes anglais, donne ^do
poids à ses assertions. Cet ouvrage est , pour ainsi dire , le com-
plément d'une Introduction à la botanique physiologique et systé-
matique , qu'il a déjà publiée .. et qui est fort estimée.
6. — j4 Guide to botany ^ etc. — Guide pour l'étude de la bota-
nique , ou Démonstration familière des principes de la classification
adoptée par Linnée, orné de gravures coloriées ; par y^acyMf^ Millar,
professeur d'histoire naturelle et de chimie. Edimbourg, 1821,
1 vol. in- 12.
Cet ouvrage est d'un genre bien difî'érent que celui que nous ve-
nons d'annoncer. Il renferme une explication simple et judicieuse
des différentes classifications des plantes, selon le système de Lin-
née. L'auteur a évité d'agiter des questions trop savantes pour les
jeunes botanistes , auxquels son livre est destiné. Il décrit d'abord
la plante , puis il indique ses propriétés, l'usage qu'on en peut faire
dans le commerce , le pays où elle est indigène , le mois dans lequel
elle doit être plantée, et les principaux soins qu'exige sa culture. Ce
plan se rapproche de celui que nous désirerions voir adopter par
les auteurs qui écrivent sur la botanique ; ils rendraient ainsi leurs
j
LIVRES ETRANGERS. 129
ôuvraf^cs plus généralement utiles, 11 est fâcheux que M. Ivîniar n'ait
pas étendu ses observations sur toutes les plantes, au lieu de choisir
les principales des diverses classifications. Parmi plusieurs articles
fort bien faits, on remarque celui qui traite du gingembre /oiigi-
naire des Indes orientales, de la canne à sucre et des différens pro-
cédés en usage pour en extraire la liqueur qu'elle contient; enfin,
du cacao et de ses propriétés. La partie des fleurs n'est pas^ moins
bien soignée que celle des plantes.
-. — A îlistory of the Brazils.— Histoire du Brésil, comprenant
un aperçu détaillé de la géographie , du commerce et de la popula-
tion débet important pays; par James HEAOEasojf. Londres, 1821.
Colburn. , i vol. in-4<*, avec gravures.
L'auteur, arrivé à Rio -Janeiro, en 1819, y attendit _^long-tcms
un emploi qui lui avait été promis, et résolut enfin de tirer parti de
son voyage pour recueillir des renseignemens sur ces vastes régions.
Il remplit cette tâche avec talent ; et on lui doit un tableau complet
de l'état actuel du Brésil , ainsi que de sa situation passée. Il a traité
séparément de chacune des vingt -deux provinces dont l'état se
compose; il dépeint le pays comme étant à la fois fertile et magni-
fique; mais, ainsi que les voyageurs qui l'ont précédé , il déplore
l'état de la société à Rio Janeiro : elle est de plusieurs siècles en
arrière des pays civilisés, pour tout ce qui tient ou bien-être et aux
jouissances de la vie sociale. L'hospitalité, qui est la vertu des
peuples les plus barbares, y est inconnue. Les vivres y sont aussi
, chers qu'en Angleterre ; et les maisons d'une dimension ordinaire
s'y louent de deux cent cinquante à trois cents louis par an. Les livres
y sont soumis à de sévères prohibitions , et la littérature n'y est rien
moins que florissante. On publie deux gazettes pour tout l'état. Les
assassinats sontfréquens; les habitans, vifs et emportés, ont presque
toujours un couteau caché sous la manche de leur habit, et, à la
moindre insulte , ils le lancent avec beaucoup d'adresse contre
l'agresseur. Ces couteaux, de forme particulière, ressemblent aux
stjlets des Espagnols, et se fabriquent en Angleterre, pour être en-
voyés au Brésil. Un mauvais gouvernement a pendant long-tems
combattu l'effet des avantages naturels qui devaient rendre cette
nation l'une des plus riches du monde. Les mines de diamant ne
sont pas même exploitées avec avantage. La famille royale avait le
droit de prélever d'abor^î une partie du produit; aussi, dit-on que
Tome xîi. .. 9
130 LIVRES ETRANGERS.
le roi possède une admirable collection de pierres précieuses. De-
puis la mine jusqu'au trésor, les diamans sont escortés par une forte
garde militaire : on les envoie de là à Londres , pour les vendre.
L'agriculture est aussi dans l'enfance de l'art; et le système actuel
du fermage des terres est si mauvais, que le sol semble devoir res-
ter éternellement couvert de forêts et de bruyères sauvages : cepen-
dant, il suffirait de la moindre culture pour le rendre productif.
Depuis l'établissement d'une constitution libre dans cette colonie ,
on espère beaucoup du nouvel ordre de choses. 11 est à présumer
qu'elle y gagnera eflectivement sur tous les points, et que l'escla-
vage domestique sera bientôt aboli chez une nation qui s'est déclarée
libre. On trouve, dans un appendice, des détails zoologiques sur
les animaux originaires du pays; la classe des reptiles y est la plus
nombreuse et la plus venimeuse ; de^ nuages d'insectes peuplent
l'air. On a déjà fait au Brésil une collection de plus de seize cents papil-
lons d'espèces différentes. Les oiseaux y sont aussi en grand nombre,
et rien ne peut égaler la beauté de leur plumage et la douceur de leur
chant. Cet ouvrage est orné de vingt-huit planches lithographiées ,
d'après les esquisses de M. Henderson , et de deux cartes. Le style
en est simple et approprié au sujet. L. S. B.
8. — Notice sur l'état actuel de la Turquie ^ considérée sous ses
rapports commerciaux et politiques apec ru^nglelerre. hondves, 1821.
Schulze, i5, Poland-street : in-8° de 22 pages.
L'auteur de cette brochure s'attache à prouver que , dans la situa-
tion où se trouvent aujourd'hui les Grecs, être ou n'être pas est,
pour ce peuple, la question qui va se décider; il faut qu'ils périssent
dans la lutte , ou qu'ils en sortent libres. L'auteur démontre que les
nations peuvent légitimement s'armer en faveur des Grecs; que c'est
même un devoir pour elles, et qu'elles trouveront de grands avan-
tages dans l'accomplissement de ce devoir. Jusqu'à présent , les
Turcs s'étaient toujours tenus hors de la civilisation de l'Europe ;
ils y semblaient campés plutôt qu'établis ; et l'on dirait que la poli-
tique jalouse des autres peuples a redouté des avantages faciles ,
mais qu'il eût fallu partager. Aujourd'hui, ces ménagemens ne sont
plus de saison ; les Turcs ne sont pas seulement un peuple hors de la
civilisation , ils s'en sont déclarés les mortels ennemis , et l'extermi-
nation complète des Grecs serait plus funeste aux autres peuples que
l'envahissement de l'empire des Turcs par uuc puissance européenne.
LIVRES ÉTRANGERS. 131
Comme le dit l'aiiteur : « Les Turcs sont, en Grèce, ce que les Maures
furent en Espagne, durant plusieurs siècles. Le long intervalle de
leur occupation militaire ne leur donne ni plus de droit sur un pays
; sur lequel ils n'ont aucun droit naturel, ni plus de légitimité auprès
du peuple indigène , à l'égard duquel ils sont toujours restés, comme
I des étrangers, en état d'hostilité permanente. Ils» sont de même
; restés étrangers , à l'égard de toutes les puissances chrétiennes. . . .
I Seulement, ils ont accordé des privilèges aux nations qu'ils ont
voulu favoriser. » L'Europe a donc le droit de faire cesser cette oc-
cupalion militaire. L'auteur montre que ce serait une chose facile,
' et il rappelle à cette occasion cette flotte anglaise qui franchit les
! Dardanelles , et pouvait foudroyer le sérail ; les succès d'une petite
j armée russe que nous avons vue , il y a peu d'années , imposer une
i paix défavorable au sultan, et surtout les triomphes de l'armée
♦ française en Egypte, qui eussent été funestes aux Turcs, sans les se-
cours que ceux-ci trouvèrent dans une alliance européenne,
i, Les avantages de l'affranchissement de la Grèce pour les puis-
sances de l'Europe qui sauraient ouvrir des relations de commerce
?ivec ce peuple régénéré , semblent à l'auteur un motif suffisant pour
qu'elles s'arment en sa faveur. Ces avantages qui, dans l'état des
choses, sont possédés presque exclusivement par la Russie, il les
] promet en grande partie aux Anglais ; mais nous croyons qu'ils
pourraient être partagés par toutes les nations maritimes qui vou-
draient en profiter. Nous ne nous plaindrions pas des éloges, souvent
exagérés , que l'auteur donne à l'Angleterre , si ces éloges pouvaient
la déterminer fi s'armer pour la cause sacrée des Grecs. Si la politi-
que , oubliant ses maximes étroites et son égoïsme accoutumé, pou-
vait une fois embrasser une pensée généreuse, et concevoir un grand
dessein , la résurrection de la Grèce immortaliserait à jamais cette
époque ; l'occasion est belle, et peut-être elle ne se représentera de
long-tems. M. A.
9. — The poUtical stale of the British empire, — Etat politique
de l'empire britannique , contenant une revue générale des posses-
sions étrangères et intérieures du royaume, des lois, du commez'ce,
des revenus, des administrations et des autres institutions civiles
et militaires , par Jean Adolphcs, avocat. Londres, 1821. Cadell.
4 vol, in-8°. Prix, 3 guinées.
■ M. Adolphus s'est déjà fait connaître dans la carrière des lettres
9*
132 LIVRES ÉTRANGERS.
par plusieurs ouvrages. On cile, entre autres, un Tableau histo
rique de la révolution française , et une Histoire de Georges HT
Depuis loDg-tems il n'av^ait rien offert au public; mais il n'en pour-
suivait pas moins ses travaux. L'ouvrage que nous annonçons est
le fruit de longues recherches. Afin de donner une idée de tout
ce dont il traite en détail , voici les titres des différens chapitre»
du premier volume : <J Description de l'Angleterre et du pays de
Galles; les comtés, rangés par ordre alphabétique, avec une
courte notice géographique sur chacun d'eux; le gouvernement , sa
forme, sa constitution; le roi; la chambre des pairs; la chambre de»
communes ; le clergé ; la gentrj/. ou petite noblesse ; savoir : les ba-
ronnets, les chevaliers^ les esquires, ou écuyers. Le contenu des
autres volumes est encore plus considérable. Mais la partie de l'ou-
vrage la plus soignée, est celle de la magistrature et des lois; l'auteur ,
étant attaché au barreau et possédant parfaitement son sujet , s'est
plu à développer tout le système judiciaire de la Grande-Bretagne.
Le quatrième volume est consacré à la description de l'Ecosse , de
l'Irlande , et enfin des possessions anglaises en Asie , en Afrique et
en Amérique. Des répétitions fréquentes des mêmes détails, des
passages obscurs , un style négligé et verbeux _, rendent quelquefois
la lecture de ce livre fatigante. L'auteur allègue, pour excuser ces
défauts, la précipitation avec laquelle il a été obligé de faire impri-
mer son manuscrit, qui aurait certainement gagné à être plus concis
et plus clair.
lo. — Rosario, a tale^ — Rosario, conte par Napoléon Bonaparte;
traduit du français. Londres, iSii. Limbird. Brochure de oi pages.
Cette prétendue 'production de Bonaparte est un pitoyable conte
de prophétie et de revenans, qui n'a pas même le mérite de la
nouveauté. Avides de spéculations lucratives, les libraires anglais
accueillent et publient avec empressement toutes les rapsodies aux-
quelles se rattache un nom qui a si long-tems occupé l'Europe en-
tière. En vain, le général Bertrand et M. de Montholon ont désa-
voué publiquement tous les prétendus écrits et mémoires de Bo-
naparte qui ont paru depuis peu , en ajoutant qu'ils possédaient
seuls les manuscrits authentiques, et qu'aucun n'avait encore vu le
jour; on n'en continue pas moins à tromper le public par de faux
titres et sous des noms empruntés. C'est ainsi qu'on a fait paraître
à Paris une ode sur la mort de Bonaparte, par lord Byron, pu-
LIVRES ETRANGERS. 133
l)liùe par Moore, et à laquelle ces deux poêles n'ont pas eu la
moindre part. Le conte de Rosario n'est pas cependant présenté
<;omme ayant été écrit par l'ex empereur. L'auteur prétend seule-
ment le lui avoir entendu raconter dans un cercle, chez l'impéra-
trice, qu'il se plaisait à diveztir par des anecdotes tour à tour
gaies ou tragiques.
11. — An olio of hibliographical and literary anecdotes, etc. —
Mélanges d'anecdotes bibliographiques et littéraires, et de pièces
originales et choisies ; par TVilliam Davis. Londres , 1817. Murray.
i vol. in-12 de i5o pages.
12. — JL journey round the lihrary of a bibliomaniac. etc. —
Voyage autour de la bibliothèque d'un bibliomane, ou Collection
•de notes et de réminiscences sur des livres rares, estimés et curieux i
par fp^illlam Davis. Londres, 1821. Limbird. 1 vol. in-S" de 96 p.
Nulle part ïa manie de posséder des livres rares et anciens n'a
été poussée plus loin qu'en Angleterre. On a vu des amateurs
d'antiquités payer un prix excessif, pour des ouvrages qui n'avaient
d'autre mérite que celui d'avoir vieilli , oubliés sur les tablettes
d'une bibliothèque. Profitant de cette bizarrerie, un gentilhomme
a , dit-on, imaginé un moyen nouveau pour léguer à ses descen-
dans une immense fortune ; il fait , pendant sa vie , une collection
de toutes les productions obscures qui se publient chaque jour ,
dans l'espérance que , cent cinquante ans après sa mort , on pourra
revendre au poids de l'or cet amas de livres rares , qu'assurément
personne n'aura pensé à conserver, et qui sera, par conséquent,
unique dans son genre. Quoi qu'il en soit , ces observations ne
s'étendent pas aux deux ouvrages de M. Davis. Publiées à deux
époques différentes , ces brochures renferment des anecdotes inté-
ressantes , des renseignemens imporlans sur les meilleures éditions
des auteurs les plus connus, et une foule de remarques curieuses
et piquantes. Nous choisirons le passage suivant , sur le Paradis
perdu du célèbre Milton. a Milton éprouva quelques difficultés
pour faire passer à la censure son poème du Paradis perdu. Le
censeur avait cru découvrir une trahison dans la belle image que
trace le poète d'une éclipse de soleil. Cet obstacle fut cependant
vaincu , et Milton vendit son manuscrit à Samuel Simmons , le
27 avril 1667, pour la somme de cinq louis payés comptant, à
eondiliou qu'après la vente de treize cents exemplaires, il rccc'
ISA LIVRES ETRANGERS.
vrait cinq autres louis. Le libraire convint de lui accorder la même
somme pour les seconde et troisième éditions. La première parut,
en 1667, en dix livres ou chants, petit in-quarto, prix 3 schel-
lings, cartonné; mais, comme la vente n'en fut pas rapide, 0:1
changea l'indication de l'année pour en faciliter la circulation : aussi.
trouve-t-on souvent l'édition de 1667, portant pour titre les année
1668 et 1C69. Au bout de deux ans, le poète eut droit au second
paiement dont il signa le reçu, le 26 avril 1669. La seconde
édition fut imprimée in-8° , en idj^; mais l'auteur mourut avant
de toucher la somme qu'on lui avait promise. La troisième édi-
tion fut publiée en 1678. Le droit d'auteur appartenant alors à
la veuve de Milton, elle le vendit à Simmons pour huit louis. Cet
arrangement fut conclu et signé le 21 décembre 1680. Simmon>
donna ensuite la propriété de l'ouvrage pour vingt-cinq louis à un
libraire nommé Brabazon Aylmer, et Aylmer en céda la moitié à
Jacob Tonson le 17 août i683, et se défit de l'autre moitié à
un prix très-avantageux le 24 mars 1Ô90. Le docteur Bentley, qui
jGt paraître une édition de Milton en 1752, en tira cent cinq louis
et le docteur Newton reçut, pour la publication du Paradis perdu,
six cent trente louis, et, pour le Paradis reconquis, cent cinq louis. »
Que de réflexions cette anecdote fait naître ! le grand homme
expire pauvre et ignoré , sans avoir joui de la réputation que lui
méritait son génie; tandis qu'après sa mort, des spéculateurs adroits
s'enrichissent avec ses ouvrages.
x5. — Account of a Tour in Normandy , etc. — Relation d'un
voyage en Normandie, entrepris principalement pour rechercher
et examiner les antiquités de cette province ; suivie d'observations
sur son histoire, sur le pays et sur les habitans; ornée de plusieurs
gravures. Par D. Turner , membre de la société royale. Londres ,
1821. Murray. 2 vol. in-8°.
De savantes recherches, un examen approfondi de l'architecture
du moyen âge, et des monumens qui subsistent encore aujourd'hui
dans différentes parties de la Normandie, recommandent cet ouvrage
aux architectes et aux antiquaires de l'Angleterre et de la France.
L. S. B.
POLOGNE.
i4. — OuczoTJj'ch ^ Polkachi etc. — Des femmes polonaises auteurs
par J. SowiKSKi. Varsovie, 1821. M. Glïicksbcrg. Un vol, 10-8".
i
LIVRES ETRANGERS. 135
La Pologne a possédé un certain nombre de femiues auteurs ;
mais c'est sur celles qui existent encore que M. Sowinski donne
surtout des notices très-intéressantes. La nation polonaise lui saura
gré d'avoir publié le premier une biographie de ce genre. Son ou-
vrage a, de plus, le mérite d'indiquer les productions des femmes
auteurs qui sont restées inédites après leur mort.
i5. — Prozodya polska, etc. — Prosodie polonaise, par KaoTiK.owsKi.
Posen, 1821. Munck, Un vol. in-S".
L'auteur prouve que la langue polonaise a un rhylhme, et qu'elle est
propre à tous les genres de poésie, Il a joint, à la fin, des airs
notés.
16. — Dzieta wierszem i prosa^ etc. — Œuvres en vers et en prose,
de C. GoDEBSKi, édition complète. Varsovie, 1821, N. Glùcksberg.
Plusieurs des productions , dont se compose ce volume, avaient
déjà paru il y a long-tems. Les vers aux légions polonaises, la vie
de Gonfucius , de Socrate , etc., ont mérité à leur auteur un rang dis-
tingué parmi les classiques polonais. L'auteur est mort sur le champ
d'honneur, en 1809, à Ja bataille de Raszyn; le fils a réuni les ma-
nuscrits de son père , et a publié l'édition que nous annonçons.
17. — Emmelina i Arnolf. — Emmeline et Arnulphe (roman attri-
bué à la princesse hucie Giedrois}. Varsovie, 1821. Latkiewica. In-8°.
Ce roman, qui offre des cai"actères bien dessinés, décèle dans
son jeune auteur une imagination brillante et féconde,
18. — Historya hiblioteki, etc. — Histoire delà bibliothèque de l'u-
niversité Jagélonienne de Gracovie , par J. S, Bandre. Gracovré ,
1821, imprimerie de l'académie. Un vol. in-S".
Cet ouvrage est précieux sous le rapport blibliographique ; mais
les observations du savant historien ne paraissent pas toujours fondées
sur des recherches exactes , et l'exécution typographique a été fort
peu soignée.
DANEMARCK.
19. — Bereùning om en Uiidej'soegelse , etc. — Recherches faites
par ordre du roi, en 1819, à l'île de Bornholm , pour mieux con-
naître les richesses minérales de cette île ; par MM. Oersted et
EsMARCH. Copenhague, 1820, in-8<'.
M. Oersted s'est acquis une si grande réputation en Europe,
qu'il est inutile de dire que des recherches auxquelles il a préside
-130 LIVRES ETRANGERS.
ont dû nécessairement conduire à des résultats intéressans pour
les savang qui s'occupent des sciences naturelles. Aussi, pouvons-
nous annoncer cette brochure , comme un ouvrage renfermant
des matériaux et des renseignemcns qui méritent Taltention des
géologues,
20. — DenDanske Ordbog, etc.— Dictionnaire de la langue danoise ,
a cah. in-4° contenant les lettres K et L. Copenhague , 1820.
11 y a plus de trente ans que ce dictionnaire a été commencé.
En procédant avec la même lenteur, il faudrait encore trente ans
pour l'achever; aprds quoi, on ne pourrait rien faire de mieus
que de le recommencer; car la langue danoise qui, depuis un
demi-eiècle, a beaucoup changé, changera probablement encore
avec le tems. L'ouvrage, d'ailleurs entrepris sur un plan vicieux,
a été confié à d^ savans , très-instruits à la vérité , mais qui
manquent de goùl et d'autres qualités très-nécessaires pour une
entreprise de cette nature. C'est encore une question à résoudre ,
si un bon dictionnaire doit être l'ouvrage d'une académie ou
d'une société littéraire, ou s'il ne vaut pas mieus le confier à un
seul homme pourvu des talens et des connaissances qu'exige un
semblable travail. Que les savans et les gens de lettres décident
cette question , après avoir comparé entre eux, d'un côté, le dic-
tionnaire de l'académie française et celui de la Crusca, et de
l'autre , le dictionnaire de la langue anglaise , entrepris et achevé
par les soins d'un seul homme , du célèbre Johnson.
21. — SkandirMvisk Litteraiurslskab:> ., etc. — Mémoires de la
Société littéraire Scandinave, 16 vol. Copenhague, 1S19, in-8°.
La Société scandinaue poursuit honorablement ses travaux littérai-
res ; la collection "Se ses mémoires, arrivée déjà au seizième volume ,
renferme un trésor de recherches et de renseignemcns concernant
l'histoire et les antiquités du Nord. La Société compte au nombre
de ses membres les savans les plus distingués du Danemarck et de
la Norwége. Elle s'est même associé quelques-uns des hommes les
plus érudits de la Suède et de rAlîcmagnc. Heibehc.
ALLEMAGNE.
23. — Dcr Judische Kricg, etc. — La guerre faite aux Juif» sous
k» empereurs Trajan et Adrien; par Frédéric Wlrteb, évéque
de Seelande. Leipsick , 1821.
La première guerre contre les Juifs , celle qui finit par la chute
LIVRES ETRANGERS. 137
<îc leur puissance cl par la dcslruclion de leur temple, est connue
dans tous ses détails. Il n'en est pas de même de celle q-i'occa-
sionna leur révolte sous Trajan , et de la lutte cruelle qu'ils
eurent à soutenir sous Adrien. Nous ne possédons que des Irag-
mens épars sur ces événemens. L'auteur les a réunis de manière à
en composer une narration suivie; ea tâche était difficile à rem-
plir, mais il s'en est acquitté avec une grande supériorité de talent
et d'érudition. Son livre présente, dans vingt-cinq divisions, tout
ce qui a causé, accompagné ou suivi cette guerre. C'est ainsi
qu'après des observations générales sur les espérances et les pro-
jets des Juifs, M. Mûnter fait le tableau de leur soulèvement,
tant en Egypte que dans la Cyrénaïqiïe , où ils étaient en grand
nombre. Ils profitèrent du moment où Trajan faisait la guerre
contre les Parthes. M. Mûnter a surtout apporté une admirable
précision dans la description des médailles consaciées à perpétuer
la mémoire du voyage que fit Adrien en Palestine, en i5o,
Adrien ne se fit connaître que par des bienfaits, auxquels il joi-
gnit de sages mesures, pour garantir l'empire de la turbulence des
Juifs; mais la guerre n'en recommença pas moins, quelques années
après. Le savant évêque discute, avec une saine critique, les
inscriptions et les médailles qui ont rapport à cette époque.
M. Mijnter écrit l'histoire en homme qui l'a méditée: exempt de
préventions , il apporte beaucoup de justice dans ses décisions.
Il ne craint pas d'absoudre Adrien du reproche d'avoir voulu dis-
perser la nation juive , parce que, selon sa manière de voir, l'esprit
inquiet de cette nation contraignait l'empereur à user de rigueur
envers elle. Aussi, la nouvelle ville, ^lia Gapitolina, ne fut-elle
peuplée que de Romains et de Phéniciens. M. Mùnter examine
quel a été le sort des Juifs en Orient, sous les empereurs romains.
Cet ouvrage acquiert un intérêt d'autant plus grand que, l'aca-
démie des inscriptions de France ayant proposé, pour sujet du
pi'ix de iSaS, une question sur l'état des Juifs depuis le cinquième
siècle , on pourra se procurer un corps d'histoire complet de ce
peuple , si marquant dans les annales de l'antiquité sacrée et si
oublié dans celles des tems modernes.
25. — Prû/ung der Untersuchuiigen ûber die Urbewohner Ilispa-
niens . etc. — Examen des recherches qui cntétéfaitcs surles habitant;
primitifs de l'Espagne ; par M. cr Humeoldt. Pcrlin, iS?.i , in-4"'
138 LIVRES Él'RANGKRS.
Les essais faits en Espagne jusqu'à ce jour, pour parvenir à
déterminer, au moyen de la langue basque, quels ont été les
habitans primitifs de son territoire, n'ont pas jeté jusqu'ici beau-
coup de lumière sur ce sujet ; cependant, ce n'est qu'à l'aide de
cette langue que l'on pourra discerner ce qui est réellement d'ori-
gine ibérienne , de ce qui est apporté, soit par les Celtes, soit par
d'autres peuples. Pour préparer de meilleurs résultats, il fallait
d'abord roAcnir avec sagacité sur ce qui a été observé , et nul
n'était plus capable de le faire que M. de Humboldt, qui,
outre les trésors puisés dans sa vaste érudition , était muni de
documens précieux qu'aucun autre savant n'aurait pu mettre aussi
bien à profit. (M. de Humboldt, comme l'on sait, travaille au
M'ithridate df Adelung; il a de plus donné un Traité sur la langue
basque, dont la lecture est nécessaire à la parfaite intelligence de
celui qu'il publie aujourd'hui. ) Beaucoup de difficultés sont levées ;
la route est bien tracée , et désormais il n'y a plus qu'à la suivre ;
mais l'auteur pense qu'il n'était pas encore possible de composer
un traité complet, les noms des lieux et des peuples qui doivent
en être la base ne nous étant arrivés que corrompus et défigurés.
11 convient donc d'en rétablir les racines, de se familiariser avec
leurs terminaisons ; enfin , de se bien pénétrer du mode de for-
mation des mots basques. Ce n'est qu'ainsi qu'une étymologie épu-
rée pourra éclairer l'histoire. M. de Humboldt présente à ses lec-
teurs des exemples de recherches semblables. Le nom de Basque
est, selon lui, dérivé de basoa (forêt), et signifie habitant des
forêts. Les Basques actuels se nomment Euscaldunœ ; ils appel-
lent leur langue Euscara. Le nom indigène paraît donc avoir été
JEuscken.... L'auteur explique aussi le mot Blscaj^e (pays des
collines) et beaucoup d'autres; puis il parcourt les noms de l'Aqui-
taine et du littoral de la Gaule; enfin, il retrouve des noms basques
jusqu'en Italie et en Thrace. C'est par les noms aussi qu'il fixe
les points suivans: résidence des Ibères parlant le basque;
propagation de cette langue sur toute la péninsule, mélange de
races celles aux Ibères, d'où sont venus les Celtibériens. On lira
surtout avec plaisir les ingénieux rapprochemens que fait M. de
Humboldt pour les mœurs , le caractère , la religion et les usages,
entre les Celtes d'Ibérie cl ceux de la Gaule. Cette production ,
tant par la réputation de l'auteur que par l'importance du sujet,
LIVRES ETRANGERS. 139
doit attirer l'attention de toutes les personnes qui s'occupent sérieu-
sement de Thistoire primitive. Pli. Golbêry.
'.?4« — Nachlrae^ezudemgriechischdeutscheniPoerlerhuche. — Sup-
plément au dictionnaire grec-allemand, publié par J. G. Schneider.
Leipsick, 1821. llalm , in-4° de 25 feuilles et demie d'impression.
Prix, 20 gros.
Quoique la connaissance de la langue grecque fasse journellement
de nouveaux progrès , l'esprit de recherche et de critique de nos
philologues, loin de se ralentir, semble prendre un nouvel essor,
à chaque découverte. Ce n'est pas qu'on doive s'étonner de cette
marche de l'esprit humain; car, dans plus d'une occasion, on a pu
remarquer la même tendance appliquée à d'autres objets. M. le pro-
fesseur Schneider, connu comme un dès ministres les plus distingués
de l'Allemagne, a particulièrement fixé sa réputation par son Ç:xcq\-
XcnX. dictionnaire grec- allemand ^ qni , dès son apparition , est de-
venu classique; il compte déjà trois éditions. Depuis la publication
de la dernière , les recherches des lexicographes de divers pays
ayant considérablement enrichi la science , l'auteur s'est déterminé
à publier le résultat de leurs travaux et les siens propres, comme
supplément à son ouvrage. Les savans qui lui ont fourni le .plus
de matériaux sont MM. le conseiller aulique Jacohs et le docteur
Weigel ^ MM. le directeur Struue^ le professeur Bultmann ^ et le
docteur Coraj. La supériorité , et par conséquent l'extrême utilité
du dictionnaire de M. Schneider , qui, au moyeu des supplémens
que nous annonçons, forme maintenant un corps d'ouvrage complet,
a été trop généralement reconnue , soit par les rédacteurs des divers
journaux littéraires de l'Allemagne _, soit par les instituteurs et les
ctudians, pour qu'il soit nécessaire de s'étendre davantage sur son
mérite. Le prix de souscription de l'ouvrage entier, composé de
227 feuilles d'impression, grand in-4°, a été fixé aussi bas que possible,
puisqu'il n'est que de huit écus et demi d'empire, environ 35 fr.
25. — Adoljphino ^ roman pour les gens du grand monde ^ par C.
Fischer. Nouvelle édition. Leipsick, 1821 , A. Wienbrack. 5 vol.
in-S", avec des gravures sur bois , par Gubitz. Prix, 5 rlhr.
Beaucoup de vie et de variété dans les situations, une diction pure
et des caractères bien dessinés , assurent à cet ouvrage un rang dis-
tingué. On suit le héros avec un intérêt toujours croissant , à travers
un dédale d'aventures ; tour à tour transporté, des cercles les plus
UO LIVRES ETRANGERS.
brillans , au milieu des plus basses classes de la société , le lecteur est
frappé des contrastes piquans que présente cette composition. A. S.
26. — Dorrow samlung deuischer und rœjnischer^ etc. — Collection
d'antiquités germaines et romaines, découvertes, de 1817 à 1819,
dans les pays voisins du Rhin et de la Moselle, par Doaaow. Wisba-
den, 1821 5 iu-8°.
Rien n'égale l'activité avec laquelle les habitans des bords du JRhin
recherchent les traces de leurs antiquités. Nous avons annoncé les
ouvrages de MM. Quednow et Pauli , qui ont été publiés l'année
dernière. Aujourd'hui , MM. Tross e^ Dorrow paraissent sur la
scène. Celui-ci commence son ouvrage par la description de mé-
dailles, trouvées pendant que l'on construisait une route de Wisba-
deri à Schwalbach ; elles sont, pour la plupart, de Trajan et de
Dioclétien ; puis il fait connaître à ses lecteurs un autel votif dédié
à Mercure et à Kundina; ensuite il passe à la description de tom-
beaux découverts sur la montagne dite Ileidnischer Berg ( mon-
lagne des Païens }. De là, il conduit son lecteur à Mayence, à Casscl,
à Bretzenheim , etc. , pour l'occuper d'amphores et de statues de
diverses divinités, entx'c autres, d'Isis avec tous ses attributs; mais,
parmi celles que M. Dorrow croit être de cette déesse, il s'en trouve
d'équestres, que le savant M. Creutzer regarde comme représentant
plutôt Artemisj Xivy.iTT'noç Kev-x-cTTcùXoç. Ces dernières ont été recueillies
à Alt-Trier, dans le grand-duché de Luxembourg, où l'on a aussi
déterré un autel votif avec cette inscription : Deo Mercurio Galba ex
voio posuit. Le village d' Alt-Trier est d'une haute importance, sous
les rapports historiques. Il a été l'objet d'une dissertation cuiicuse de
M. P.Itiller, juge de paix du canton d'Echternach; dissertation qui
est insérée dans le premier volume des Mémoires de la société royale
des antiquaires de France. L'orthographe allemande de ce nom est
sans doute vicieuse; tet qu'il est écrit, il peut être traduit par Vieille-
Trêves, ce qui conduit à une origine absurde; tandis qu'en écrivant
Allrier et en dérivant le mot de ala Trewirorum^ on arrive à quelque
chose de plausible. , Ph. Golbéhy.
11-. — Ahhandluvg ilher eiriige grahhù'gel ^ c/c. — Dissertation
sur quelques tertres tumulaires, découverts près d'Amberg , dans
le cercle de Rcgen , royaume de Bavière , par David Popp. Ingol-
sladt, i8?.i. Atlenkofcr. 1 vol. iu4" de cfb pages, avec 4 planches
lithographices, contenant G I fignics. Vn\. \ florin i2crculzcrs.
LIVRES ÉTRANGERS. lAl
Cet ouvrage ofTre des matériaux précieux pour servir à l'iùstoire du
petit nombre d'anciens monumens germains , qui existent encore de
nos jours. La première partie renferme la description de ceux qu'on a
découverts aux environs d'Amberg; la seconde traite la question sui-
vante : A quel siècle et à quel peuple ces monumens peui^ent-ils
avoir appartenu? L'opinion de l'auteur sur les anciens peuples de la
Germanie diffère souvent de celle qu'on a généralement admise jus-
qu'ici, et mérite déjà, sous ce rapport, l'attention de ceux qni s'oc-
cupent de recherches historiques. A. S.
SUISSE.
28. — Rapport fait à la séance publique de la société pour ï avan-
cement des arts , sur les travaux du comité et de la classe d'agri-
culture, par M. le professeur de Gandolle, président, le 21 juin, 1821.
Genève , 1821. Paschoud, brochure in 8" de 54 pages.
Cette classe d'agriculture , fondée seulement depuis quinze mois ,
offrait déjà, à l'époque de la publication du rapport de M. de Gandolle,
les résultats les plus satisfaisans, grâce à la généreuse protection du gou-
vernement et à la coopération active de plusieurs citoyens zélés pour
le bien public. Le conseil représentatif de Genève, sur la proposition
du conseil d'état, a décidé qu'Userait alloué, chaque année, au comité
d'agriculture, une somme de 5, 000 florins; et les membres de la classe,
dont le nombre qui était de 121 , la première année , s'élève aujour-
d'hui à i32, ont donné aussi une somme de 5, 000 florins pour leurs
contributions annuelles. La classe d'agriculture compte encore au
nombre de ses bienfaiteurs , M. Favre Bertrand, qui a fondé à ses
frais le prix pour le meilleur mémoire relatif à la question de savoir
si le canton de Genève peut suflire à sa subsistance, sans dépeniîre
de l'étranger ; M. Tronchin, qui a doublé le prix déjà proposé par
le comité pour l'emploi des engrais perdus par la construction de la
ville de Genève ; M. Tremhley de Tournes , qui a fondé des primes
pour l'éducation des volailles et des cochons , pour la culture des
fleurs, pour la conservation des légumes , et a offert pour l'année
prochaine de célébrer, par un banquet rustique, la distribution de ces
prix ; MM. Davier aîné et Paschoud, qui ont fait à la classe la re-
mise totale de ce qui leur était dû; au premier, pour la confection
des médailles d'encouragement ; au second , pour l'impression des
programmes des prix ; M. Pictei, qui a déposé une somme destinée
1A2 LIVRES ElTvAiSGERS.
à encourager l'usage de la charrue belge et l'emploi des pommes de
terre à la nourriture des bestiaux ; M. Lasserre fils , qui a fondé en
partie le prix proposé par le comité , sur la question de savoir s'il
convient d'employer les vaches au labour et aux transporta ; enfin ,
M. Piclet-Diodati y qui a fait à la classe un don de 2,000 florins.
Depuis l'époque de sa fondation , la classe d'agriculture s'est prin-
cipalement occupée des moyens de subvenir à la subsistance du
canton de Genève; elle a commencé des recherches pour recueillir
des matériaux propres à lui faire connaître la statistique agricole de
ce canton. L'absence de celui de ses membres qui s'en était le plus
occupé , M. Bellami-Auhert ^ a momentanément suspendu ce tra-
vail , que le comité compte reprendre avec plus de soin. Les autres
travaux vers lesquels il a dirigé son attention, sont : 1° les moyens
de faciliter aux membres de la classe la connaissance et l'emploi des
livres d'économie rurale; 2° l'établissement d'un jardin botanique ;
5" le perfectionnement des instrumens aratoires • 4° le soin des en-
grais ; 5" la propagation de la culture de la pomme de terre ; 6° le
soin des prairies ; 7° le choix des fourrages ; 8° l'introduction et la
propagation dans le canton d'une bonne race de chevaux; 9° enfin,
la culture de la vigne. Parmi les personnes qui ont contribué par
leurs lumières et par leurs efforts aux résultats obtenus sur tous ces
points , on remarque M. Audéoud Sues , qui a obtenu l'accessit du
prix offert à celui qui trouverait les moyens de porter les produits
alimentaires du canton au niveau de la consommation des habitans ;
M. de Fellenberg, dont la société s'est procuré la collection de mo-
dèles d'outils , et qui a vu se former à Genève une institution pour
l'éducation des orphelins destinés h l'agriculture, à l'imitation de
son école d'IIofvvil , institution dont la direction a été confiée à l'un
des membres de la classe d'agriculture ; mademoiselle Gerwais^ qui
a inventé plusieurs appareils pour la vinification ; M. Machet , qui
a perfectionné le semoir et a exécuté une herse d'après les plans de
M. Colladon ; M. la Bize, inventeur d'une charrue, qui peut, à plu-
sieurs égards , rivaliser avec la charrue belge ; M. Monod , qui a dé-
montré , dans un rapport instructif, extrait des meilleures ouvrages
d'agriculture et de physiologie , qu'il est plus avantageux d'employer
les engrais avant la fermentation , que d'attendre l'époque où ils ont
déjà perdu dans l'atmosphère une grande partie de leurs principes
nourriciers; M. Somuel Vaiicher ^ architecte, qui a indique un
r
LIVRES ETRANGERS. l/j.3
moyen de recueillir et d'employer pour le service de i'agriculiure ,
ces engrais que la construction de Genève fait perdre journellement,
dans les eaux du lac et du Rhône, et qui a joint à son mémoire des
plans très-bien faits de tous les canaux de la ville; M. Fazy- Pasteur ,
un des membres les plus actifs du comité , auquel on est redevable
d'un procédé extrêmement simple pour la conservation du blé (i^;
enfin, M. Micheli de Château-Vieux, qui a montré l'emploi sin-
gulièrement commode , pour les ligatures rustiques , du menisperme
de Canada , qui pourrait être facilement cultivé comme lés osiers, et
les remplacerait avec avantage; il a également appelé l'attention
du comité sur la culture de l'ergot de coq et du zanthoxylon, comme
haies de défense. Mais, ce qui paraît surtout avoir attiré l'attention de
la classe d'agriculture , c'est la culture de la pomme de terre et sa
manipulation pour la transformer en fécule ou farine. M. de Candolle
a consacré à ces deux objets une grande partie de son rapport; et tout
ce qu'il dit relativement aux avantages nombreux que présente la
culture de ce végétal précieux^ et surtout à sa multiplication pro-
digieuse , cadre parfaitement avec ce que M. Cadet de Vaux avance
dans ses Traités diuers d'économie rurale , dont nous avons rendu
compte ( Voj. T. XI, p. 588. ) E. Héreau.
29. — Annales de législation et de jurisprudence ^ T. II, 2"= partie.
Genève, 1821. Manget et Cherbuliez , imprimeurs-libraires. In 8".
Nous avons déjà fait mention de cet intéressant ouvrage ( i^q/^z
T. VIII, p. 123, et T. IX j p. i52). Cette nouvelle partie contient
trois articles sur des livres publiés en France ; l'un, sur la science du
publiciste, par M. Fritot ; le second, sur l'ouvrage de M. Dupin,
intitulé : Observations sur plusieurs points imporlans de notre légis-
lation criminelle ; le troisième, sur l'Histoire du droit romain, par
M. Berriat-Saint-Prix. Dans l'article de M. Rossi, à l'occasion de ce
dernier ouvrage , nous trouvons une sévérité excessive que nous nous
(1) « 11 s'est procuré, dit le rapport, des caisses d'emballage de
' la contenance de 8 à 10 coupes, ce qui est peu dispendieux dans une
ville de commerce ; il en a fait calfeutrer les fentes avec soin , les a
remplies de blé, a recloué sur elles leurs couvercles, et les a fait placer
dans sa grange sur des poutres qui les élèvent de manière à les mettre
à l'abri des attaques des rats. Le blé s'est, depuis dix-huit mois,
très-bien conservé [dans cet appareil si simple qu'il mérite à peine
ce nom, » ( Vojy. ci-dessus, T. IX, p. 211 , les détails relatifs au
silo de M. Tcrnaux.
lU UVllliS ETRANGERS.
voyons obligés de blâmer. Un homme aus-ù savant que M. Berriaf
Saint-Prix devrait être traite avec plus de ménagement , lors même
qu'on ne partagerait pas ses opinions sur quelques parties de l'his
toire On serait tenté de voir dans la critique de M. Rossi le fruit
de préjugés nationaux, qui font quelquefois méconnaître aux étran-
gers le mérite réel de productions publiées hors de leur patrie. Pour
faire apprécier jusqu'à quel point plusieurs des reproches, adressés
par l'auteur de l'article à M Berriat Saint-Prix , sont fondés, il nous
suffira de dire que M. Rossi trouve fort étonnant , que le professeur
de l'école de droit de Paris n'ait pas consulté l'histoire romaine
de Niebuhr, celle de Wachsmuth et les observations de Schlegei
sur l'ouvrage de Niebuhr. M. Berriat lui répondrait , sans doute ,
qu'ayant remonté lui-même aux sources où ces auteurs allemands
ont puisé , il était plus simple de citer les auteurs originaux qui les
ont tous guidés dans leurs recherches. Quoi qu'il en soit , nous
sommes, sur quelques points, parfaitement d'accord avec M. Rossi;
, mais nous croyons qu'il a trop exagéré le ton de sa critique. A. T.
ITALIE.
3o, — InLroduzione alla meccanica délia materia — Introduction
à la mécanique de la matière ; par le chevalier Léopold Nobilt, de
Reggio. Milan, 1819. Giusti. Un vol. in-S"*, accompagné de planches.
01. — TSuovo Traitaio d'ollica, etc. — Nouveau Traité d'optique ,
ou de la Science de la lumière; par le même. Milan , 1S20. Giusti.
Un vol. in-8° j également avec planches.
Dans la mécanique de la matière, M. L. Nobili rapporte tous les
phénomènes naturels à une seule loi : il établit que des forces, dont
les unes soqt attractives et les autres répulsives, agissent sur les
atomes matériels dans la raison inverse des carrés des distances , et
que ces deux puissances opposées, sans cesse en activité, se com-
battent perpétuellement, et obtiennent tour à tour l'avantage, seloa
les circonstances. L'auteur pense que, de même que Galilée, Ar-
cliimède et Newton ont trouvé leurs systèmes, sans le secours du
calcul (c'est du moins son opinion^ il peut développer le sien par le
seul secours de la géométrie et du raisonnement. Ce système nou-
veau consiste à admettre un fluide universellement répandu dans
l'espace, formé de molécules qui se repoussent mutuellement. Dans
ce Ihiide , tous ks corps de là nature sont plongés et s'allircnt;
»
LIVRES ÉTRANGERS. 1A5
mais ils sont revêtus d'une atmosphère propre , qui se perd insensi-
blement dans le fluide ambiant universel, en vertu des conditions
d'équilibre. Ces deux fluides sont composés de la même substance
élémentaire, dont les atomes se repoussent, d'après la loi d'éma-
nation. L'auteur analyse la structure de cette atmosphère propre ,
montre comment sa puissance répulsive , mise en action , peut com-
battre l'attraction, comment se produisent les vibrations des molé-
cules des corps, et en particulier quelle est la nature de l'élasti-
cité. Enfin , il termine par un rapprochement entre l'attraction
moléculaire et l'attraction astronomique.
Dans le second ouvrage , qu'on doit regarder comme une suite du
premier, destiné à en développer les principes, et à les appliquer
en particulier à la théorie de la lumière et à toutes les questions
d'optique, M. L. Nobili adopte l'opinion de la propagation delà
lumière par ondulation. Il admet l'existence de corps qui ont la
faculté de mettre en vibration tous les élémens de matière répul-
sive qui les environnent, et cela, en vertu de leur rapide décomposi-
tion, qui les maintient dans de continuelles ondulations : ce sont les
corps lumineux f ceux que Newton regarde comme lançant perpé-
tuellement la lumière aux dépens de leur propre substance , et qui
ne sont, selon l'auteur, que des centres d'action vibratoire, d'où se
propagent directement les impressions variées. Cette opinion , qui
est celle de Descartes, défendue récemment par des sa vans distin-
gués , et particulièrement par MM. Arago et Fresnel , est modifiée
par M. Nobili. Ce physicien admet que , les corps ayant tout autour
d'eux une couche qui y forme une atmosphère de matière répul-
sive , les mouvemens vibratoires en sont influencés , et les phéno-
mènes physiques de la lumière sont transmis à nos yeux avec ces
modifications diverses que nous remarquons. M. Nobili explique
ensuite tous les faits d'optique les plus compliqués ; la réflexion de
la lumière à la surface des corps, qui, dans le système de l'émission,
offre tant de vague et de contradictions ; la réfraction , tant simple
que double; la transparence des corps ; la combustion avec éclat et
production de chaleur; la coloration des surfaces et celle du spectre
solaire ; les anneaux colorés qu'on observe dans les lames minces ;
en un mot , les phénomènes les plus délicats de la lumière sont ana-
lysés et expliqués avec beaucoup d'art et de talent.
' ' Ces deux ouvrages doivent donner une idée avantageuse du mérite
Tome xii. 10
U6 LIVRES ÉTRANGERS.
de leur auteur, et sont dignes de fixer l'attention des savans. Un
système se présente toujours d'une manière défavorable, et il ne
faut pas le juger légèrement et sur un simple aperçu : celui-ci a
besoin d'être médité avant qu'on puisse l'adopter ou le condamner.
11 serait à désirer que M. Nobili ne se fût pas borné à expliquer ,
d'après sa théorie , les phé'nomènes déjà connus ; mais qu'il en eût :
fait naître de nouveaux , propres à jeter quelque clarté dans un sujet i j
aussi obscur. C'est ordinairement le propre des systèmes avoués par | (
la raison , non seulement d'expliquer tous les faits déjà connus , ; i
mais d'en créer d'autres dont l'existence soit due à ce doute philo -; |
sophique qui interroge la nature , pour s'assurer si elle est en effet
soumise aux lois qu'on lui impose. Que^ de découvertes faites par
Newton , dans le seul but de vérifier si ses idées sublimes avaient uni i
fondement réel ! La réflexion de la lumière a besoin d'une force ||
répulsive, etla réfraction^ d'une force attractive pour pouvoir s'ex- «
pliquer dans le système de l'émission : la co-existence de ces deuxjJ
causes répugne à nos idées, et offre une inconséquence logique in-
soutenable. On est donc puissamment sollicité vers la théorie des
ondulations , que plusieurs autres faits semblent démentir. Accordei
toutes les observations , lier tous les faits entre eux , les rapporter
à une loi exacte et qui satisfasse à toutes les difficultés, est une
belle entreprise. C'est aux physiciens à juger si le but est atteint pa)
M. Nobili, auquel on doit d'ailleurs accorder beaucoup d'esprit
d'instruction et de mérite. Fkancgeoh
3a. — Memorie ed osseri^azioni , etc. — Mémoires et obscrvationi
sur divers objets relatifs aux sciences naturelles ; par Giuseppe Mo-
BETTi, professeur à l'université de Pavie , etc. Pavie , 1820. Bizzoni
Cet ouvrage contient des choses curieuses , neuves et utiles sui
la chimie , la botanique , la minéralogie et l'agriculture. L'intérê
qu'offre le premier volume, le seul qui ait paru jusqu'ici, fait dési-
rer la continuation de l'ouvrage.
33. — Poeticœ Arisiotelis nopa versio ex groeco exemplari , editio-
nis novissimce haud paucis tamen in lacis , si Diis placet , emendato
accedunt appendices duœ de trafrediœ officio^ et de dramaticœ poeseoiWm
apud Grœcos origine. Panormi , typis regiis , i8i5.
Après une élégante préface , l'auteur présente le texte origina
d'Aristote avec quelques modifications et des éclaircissemens judild
cieux et quelquefois neufs. La traduction latine, qui suit le texte.
LIVRES ETRANGERS. 1A7
est exacte et bien soignée ; l'auteur y suit les variantes qu'il avait
proposées dans les note». On trouve deux notes à la suite de la tra-
duction; l'une , sur les principes grammaticaux d'Aristote, et l'autre
sur l'idée que les anciens s'étaient formée du beau. Mais les deux
appendices, l'un sur le but de la tragédie^ et l'autre sur V origine
de la poésie dramatique chez les Grecs , sont encore plus remar-
quables. L'auteur soutient qu'Aristote voulait éloigner de la tragédie
.tout ce qui pouvait altérer les impressions de la crainte et de la
pitié, ou troubler le plaisir que ces deux pass ons doivent produire
dans les pièces tragiques. Quoique l'auteur soit Allemand, comme
on le pense en Italie (i) , il n'a , selon nous, ni surpassé ni rectifié
les vues critiques et philosophiques de Lessing, de Bouterveck et de
Schlegel , ses compatriotes. F. S,
ESPAGNE.
34« — Me/noria sobre los montes de Toledo. — Mémoire sur les mon-
tagnes de Tolède, par J. A. Lopez et Fr. M. Robles. Madrid, 1821.
Les deux auteurs font d'abord l'histoire de ces montagnes , qui
occupent une superficie de 160 lieues (d'Espagne) carrées; ils les
décrivent ensuite sous le rapport de la géologie et de l'histoire natu-
relle ; ils observent qu'elles sont mal peuplées et mal administrées ,
à cause de la négligence des magistrats de Tolède, et ils proposent
des moyens d'en tirer un parti bien plus avantageux qu'on ne l'a
fait jusqu'à présent.
35. — Tratado historico y fisiologico compléta.) etc. — Traité complet,
historique et physiologique sur la génération de l'homme et de la
femme, par le docteur Hurtado n^ Mendoza. Madiid, 1821. In-8".
Cet ouvrage se compose de la traduction de trois articles du Dic-
tionnaire des Sciences médicales qui se publie à Paris; savoir,
l'homme, la femme, la génération. L'auteur du traité espagnol les a
réunis en un corps d'ouvrage.
56. — Nueua monografia de la calentura amarilla, etc. — Nouvelle
monographie de la fièvre jaune, ou Traité médico-théorico-pratique
sur la véritable nature, les causes, les symptômes, la propagation
(1) On croit que l'auteur de cette traduction et des appendices
I est le marquis Haus , de Wurtzbourg , qui a été directeur des études
du prince héréditaire des Deux-Siciles, comme l'abbé Condillac
l'a été du prince héréditaire de Parme.
10*
ikS LIVRES ÉTRANGERS.
et les moyens de guérison des typhus , particulièrement de l'espèce
appelée icterodes; par le même. Madrid, 1820, in-S".
L'auteur cherche à prouver que la fièvre jaune n'est point d'origine
nouvelle , comme on paraît le croire , mais que c'est une affection
topique , que les causes en sont locales , qu'elle est toujours née et
qu'elle s'est développée spontanément, et qu'elle ne se propage
point par infection. On voit que le médecin espagnol est de l'avis
tie plusieurs médecins français et américains, qui ont prétendu que la
fièvre jaune n'est pas contagieuse , tandis que d'autres soutiennent le
contraire. Au reste , le dernier rapport des travaux de l'académie
royale des sciences de Paris fait observer que cette question finira
par devenir oiseuse. Le médecin espagnol a mis_, à la lin de son
traité , la traduction de deux mémoires français sur les maladies ty-
phiques, par MM. Burdin et Lassus. D — g.
37. — Compendio demedicina practica. — Abrégé de médecine pra-
tique, par don Angel Sanz-Mugnoz, D. M. Seconde édition. Madrid
1821 , Alonso. Trois volumes în-12.
L'auteur de cet ouvrage a suivi la doctrine de don Félix Mi-
guel , médecin honoraire du roi.
38. — Flan gênerai de reforma sobre cl clero. — Projet de réforme,
générale du clergé espagnol ; par le docteur don Joseph-Marie Moha-
LEJO, curé de la paroisse de Saint-Jean du Bourg de Brihuega; Ma-
drid, 1821. Rodriguez. Un vol. in-80.
L'auteur de ce projet s'oppose , en quelques points , à l'avis donné
aux Cortès par la commission nommée ad hoc. Il propose aussi ua
moyen de soutenir le clergé^ sans la demi-dîme. Cet ouvrage pourra
être fort utile ; car les membres des Cortès prendront sans doute
en considération les motifs de chaque opinion émise sur ce pro-
jet, et ils les pèseront avec calme et sagesse, avant de statuer défini-
tivement.
39. — Principios delà ciencia social. — Principes de la science sociale
ou des sciences morales et politiques , appliqués à la constitution
espagnole, par don Tboeibio Ndghbz. Tome !•', contenant les prin-
cipes de l'arithmétique, la logique, l'anatomie, la physiologie, la
pathologie, et la nosologie de la science sociale. Madrid, iSai ;
Brun.
Cet ouvrage est fait sur le plan de celui du célèbre publiciste
anglais Bentham , qui a écrit à l'auteur , en le félicitant sur la ma-
LIVRES ÉTRANGERS. 4A^
nièrc avec laquelle il a su appliquer sa doctrine à l'esprit et au but
de la constitution espagnole.
4o. — Parangon del sistema consùtucional de JEspana, etc. —
Comparaison entre le système constitutionnel de l'Espagne , et
les formes principales d'autres gouvernemens , tant anciennes que
modernes; par don Joseph Moa de Fdsntes. Madrid , 1821. Matute.
Un volume in-8<».
4i' — Colleccion de Nopelas^eXc. — Collection de nouvelles, tra-
duites du français en espagnol; par le citoyen Cabrehizo. Ma-
drid, 1821. Alonzo. Vingt volumes in-12, avec des planches.
Cet ouvrage a été imprimé à Valence.
42. — Colleccion compléta de la Abesa Espanola» — Collection
complète de TAbeille espagnole. Madrid, 1821, chez la veuve 11-
lescas. 12 vol. in-8°.
li* Abeille espagnole est un journal qui s'est publié à Cadix , pen-
dant les années 1812 et i8i5, et dans lequel on faisait le résumé
de tout ce qui se passait d'intéressant dans les séances des Cortès,,
dans les armées espagnoles, anglaises et françaises, et dans quel-
ques villes de la Péninsule. Le style en est agréable , et les évé-
nemens que Ton y rapporte ont assez d'importance pour l'histoire
de cette époque. C'est ce qui a fait naître l'idée de réunir cette
collection. , i J. A. LiOBEirrE.
ROYAUME DES PAYS-BAS.
43. — Conjectures sur r origine et la nature des choses; parle
colonel PoDLTiEa d'Elmotte , avec cette épigraphe : Heureux qui des
effets peut remonter aux causes.' Tonrnaj, J. Cambien, 520 p. in-8''.
On trouve dans ce livre beaucoup plus d'anecdotes personnelles,
de traits de satire et de causeries que de saine physique. M. Poultier
semble être un homme de beaucoup d'esprit , qui , parce qu'il cause
avec originalité , s'est cru dispensé d'étudier à fond la matière qu'il
a traitée. 11 commence par une revue générale des sj^ s tèmes , sans
avoir remonté à leur source; il s'en va ensuite divaguant sur le
nombre et la nature des élémens^ sur la fermentation et la projection
des mondes, sur l'organisation des êtres , la noblesse , les noms , la
morale et les cultes. Cet essai philosophique est terminé par des
couplets sur le nombre trois: tout finit par des chansons , comme
le disait Bridoison , qui ne se piquait pas de philosophie. De Rg.
150 LIVRJiS ÉTRANGERS.
44* — lien Zegeprael^ etc. — Le triomphe de la croix de Jésus-
Christ, prêché à Malines, dans l'église métropolitaine de S.-Rumold,
le premier mars 1821 , par très-révérend F. G. VEaHEYLEWEGEw, vi-
caire général de l'archevêché de Malines. Malines, 1821. Hanicq ,
imprimeur de S. A. le prince-archevêque,- in-8° de 3o pag.
Qu'on dise que les prêtres belges sont plus fanatiques et moins
tolérans que d'autres, nous opposerons à cette assertion l'exemple
du. vicaire général de l'archevêché de Malines , et nous accrédite-
rons sans peine une meilleure opinion en leur faveur. Ni juif, ni
païen, ni calviniste, ni luthérien, ne sont damnés par lui ; • Confucius
et Mahomet , s'ils ont été de bonne foi dans leur ignorance , pour-
ront bien ne pas en être punis , et Dieu en voudra peut-être da-
vantage à ceux qui circonscrivaient sa clémence , à ceux qui le
faisaient à leur image , qu'à ces hérétiques et fauteurs d'hérésie qui
n'y apportaient pas des intentions perverses. Il est vrai qu'en Bra-
bant cette doctrine n'est pas encore goûtée de tout le monde , et
que S. A. le prince archevêque de Malines s'est vu forcé d'inter-
dire la prédication au révérend Verheylewegen. Mais n'en serait-il
pas de même ailleurs?
45. — Oorkonden , etc. — Documens puisés dans l'histoire du
droit pénal ; par J. B. Christmeyeh. Amsterdam, 1820. Van Kestere-
men ; in-8° de 29 p.
Cet ouvrage fait suite à un autre , sur la jurisprudence criminelle ,
que nous avons annoncé il y a quelque tems; et il mérite les mêmes
éloges.
46. — Het ontwerp van het hurgerlyk wetboek , etc. — Projet
de Code civil pour le royaume des Pays-Bas, comparé avec le
Code antérieur (publié par livraisons}. La Haye, 1821. Van Cleef;
in-S» de 276 pag.
47. — Mémoires sur ce qui s'est passé de remarquable après la
capitulation de Bois-le-Duc , relativement aux négociations enta-
mées entre la France et la Hollande, et à la mission de MM. Bbaat-
ZBs et Repelaer, à Paris, en 1794» P^r C. Vait Bbeugbl, ancien
directeur des contributions directes dans la province de Frise. Ams-
terdam et La Haye, 1821. Van Cleef; in-8° de i55 pag.
L'auteur nous rend compte d'intrigues diplomatiques , dans les-
quelles tout annonce qu'il s'était engagé de très-bonne foi et avec
les meilleures intentions , mais pcul-étre avec plus d'abandon
LIVRES KIHANGERS. 151
que n'en méritaient les hommes , les choses et les circonstances.
Cet ouvrage offre du moins des documens susceptibles d'inspirer
une certaine confiance, puisqu'ils nous sont transmis par un homme
qui peut appliquer, aux événemens qu'il raconte, le quorum pars
magna fui de Virgile.
48. — Algemeen Aardrykskundig JVoordenhoek. — Dictionnaire
géographique universel , d'après les renseignemens et les divisions
les plus modernes, par C. BauiNiNC. Rotterdam, 1821. Arbon et
Krap, 1821. in-80. ToM. I. u.
Ce volume, de 4^6 pages, en deux colonnes, achève la lettre C.
L'auteur a pris pour type de son ouvrage, le Gazetteer d'Edimbourg,
en le corrigeant, lorsqu'il en était besoin; il s'est aussi aidé des
travaux de Turckey , Grandpré , Hassel, Stosck, etc. Il a mis en
tête de son livre un utile tableau comparatif des longitudes, les
siennes étant calculées sur le méridien d'Amsterdam. Un livre de
cette nature est peu susceptible d'extrait; nous en donnons pour
échantillon et par abrégé le premier article.
« ur^, nom d'une petite rivière de France, dans le département de
Lot- (lisez Loir) et-Cher , formant, près de sa source , une île dont
la configuration est celle de la lettre ^.
o Aa, d'une étymologie commune avec le français, eaw, espèce
de nom générique de petites rivières , ruisseaux , canaux : il a du
rapport avec le frison Ee et avec \'Y (voisin d'Amsterdam ). . . .
Ce nom se présente fréquemment dans les Pays-Bas. Dans leur
partie française, une yia se jette dans la mer, auprès de Gravelines.
Une autre se réunit auprès de Breda à la Merk , et a donné à cette
ville le nom de Breede ( large ) Aa. Une troisième Aa se dirige dans
l'étendue de Helmont, vers Bois-le-Duc^ et est contiguë à la sei-
gneurie d'Aarle. En Gueldre , au-dessous d'Anholt, une Aa se jette
dans l'Yssel. A l'est de l'Yssel, Ahuus est situé sur VAa. Aux frontières
du pays de Munster et de Bentheim, une Aa tombe dans le Vecht. »
L'auteur indique également des Aa dans les provinces d'Over-Yssel,
de Groningue , dans le pays de Munster. Une Aa se joint dans le
comté de Leppe à la Wehr et prend le nom de TVehra, La Prusse ,
la Courlande , la Suisse fournissent d'autres exemples. « C'est bien
assez d'érudition pour un Dictionnaire géographique , mais elle n'y
est pas hors de propos. Nous renverrons celui qui voudrait en savoir
davantage , et à peu près tout ce qu'on peut dire sur ce sujet, à un
152 LIVRES FRANÇAIS.
ouvrage hollandais de M. Jacques-Henri Hoenffl , imprimé à Bréda,
en 1816 , sous ce titre : Taalkundige Bydragen , c'est-à-dire Ob-
servations philologiques sur les désinences de beaucoup de noms de
lieux dans le royaume des Pays-Bas.
Il devait nécessairement se glisser des erreurs dans un ouvrage de
cette nature. Nous en avons déjà indiqué une; nous en inoique-
rons une autre dans l'article Chandemagor, ville qui appartient
aujourd'hui à l'Angleterre , et non à la France. Nous pourrions
signaler aussi quelques omissions ; nous remarquerons celle d'^r-
pajon, petite ville du département de Seine-et-Oise , sur la route de
Paris à Orléans , et qui s'appelle aussi Châtre ; nous ne la trouvons
ni sous l'une ni sous l'autre de ces dénominations.
49. — Schets der oude Aardrykskunde , etc. —Esquisse de la géo-
graphie ancienne. Manuel élémentaire. Groningue, 1819, Roeme-
lingh. In'S» de Sçjo pages.
Cet ouvrage, en partie original , en partie traduit, paraît recom-
mandable. On désirerait qu'il fût accompagné de cartes. Mais il
vient de paraître, à Groningue, chez Van Bockeren , un Atlas de
l'ancien monde , en douze cartes , par Vieth et Funke. On pourra
le réunir utilement au Manuel que nous annonçons.
5o. — Hélons Jiedeuaart, etc. — Pèlerinage d'Hélon à Jérusalem,
par Fb. Sthadss; trad. de l'allemand (par madame V*. Klkin), et enri-
chi d'une préface par J. H. Vander Palm^ et de notes par /. Cla'
risse. Tom. I®'. Amsterdam , 1820. Vander Hey. In-8° de 261 p.
Ce premier volume fera désirer la continuation de l'ouvrage. Nous
ignorons s'il a paru au complet en allemand. M. Strauss a pris pour
modèle le Voyage d'Anacharsis. Son Hélon est un jeune Hébreu,
né à Alexandrie, et élevé dans les principes de la philosophie
grecque. Ces principes lui ont fait quitter la foi de ses pères ; mais
il est décidé à y retourner, et c'est le but de son pèlerinage, qui
se rapporte à la fin du gouvernement des Machabées, lorsque les
Juifs avaient pour grand-prêtre Jean Hyrcan, troisième fils de
Simon Machabée, un siècle avant la naissance de J. C. Mabron.
LIVRES FRANÇAIS.
5i. — Flore de la Botanique des Dames. Collection renfermant
quatre planches de principes de botanique et quatre cents figures
de plantes^ dont une grande partie est extraite de V Herbier do
LIVRES FRANÇAIS. 153
l'amateur. Paris, 182». Audot, rue des Maçons-Sorbonnc , n° 11.
Un vol. in-i8. Prix, 3 fr.
Ce volume , qui fait partie de la troisième livraison de V Ency-
clopédie des dames {Voy. T. IX, p. 65o, et T. X, p. 189), est le com-
plément de l'ouvrage de M. Boitard, annoncé dans notre précédent
cahier, page SjS.
52. — Aperçu microscopique et physiologique de la fructification
des Thalassiophytes symphysistées, présentée la société libre d'é-
mulation de Rouen, par M. Benjamin Gaillon, membre correspon-
dant à Dieppe ; Rouen , 1821. Baudry. In-8'* de i4 p.
Parmi les plantes marines du genrefiucus de Linnée , qui mainte-
nant composent la famille des Thalassiophyles (varecs), il en est qui
paraissent dioïques, c'est-à-dire pourvus de deux organes différensde
fructification; les uns mâles , les autres femelles. On y remarque des
parties renflées , décolorées , remplies de mucilage , qui contiennent
les semences propagatives ; et en outre , dans le tissu du même vé-
gétal, on distingue de petits grains colorés répandus çà et là. L'au-
teur de l'écrit que nous annonçons combat l'opinion de Dawson-
Turner^ de Solander^ etc. , et se range à l'avis de Mertens , qui veut
que les granules colorées soient lesrudimens de la fructification, et en
quelque sorte la fleur de la plante. FnANCOBca.
53. — Traité général des eaux et forêts , chasses et pêches, pre-
mière partie. Recueil chronologique , contenant les ordonnances ,
édits et déclarations des rois de France , les arrêts du conseil et des
cours souveraines , les lois , arrêtés du gouvernement , décrets ,
ordonnances du roi , arrêts de la cour de cassation, décisions mi-
nistérielles, circulaires et instructions administratives ; par M. Bau-
oaiLLABT, chef de division adjoint à l'administration générale des
forêts. Première livraison. Paris, 1821. Madame Huzard, rue de
l'Éperon , n°. 7, 1 vol. in^" en deux tomes ; prix, pour les souscrip-
teurs , 8 fr. , et n fr. pour les non - souscripteurs. (Foy. ci- dessus ,
T.XI,p. 378.)
De tous les réglemens qui manquent encore à la France , il n'en
est peut-être point dont le besoin se fasse plus sentir que ceux qui
concernent l'agriculture. TOus les régimes qui se sont succédés de-
puis trente ans, ont tour à tour leurré la nation de l'espoir d'un Code
rural; et , jusqu'ici , ce code, indispensable dans un état aussi émi-
nemment agricole que le nôtre, est toujours resté dans le portefeuille
a5A LIVRES FRANÇAIS.
des ministres. En attendant qu'il plaise enfin au gouvernement de
faire cesser toute incertitude à cet égard , et de fixer les intérêts de
l'agriculture par un règlement uniforme , plusieurs écrivains se sont
occupés du soin de recueillir et de publier les dispositions législatives
promulguées à diverses époques , pour suppléer en France au défaut
d'un code rural. Parmi ces ouvrages, inspirés par le désir d'être utile,
nous croyons devoir citer avec éloge celui que publie dans ce mo-
ment M. Baudrillart, ami zélé de l'agriculture , et l'un des membres
les plus distingués de l'administration générale des forêts. Le pre-
mier volume du magnifique et utile ouvrage qu'il publie, contient
tous les réglemens relatifs aux eaux et forêts , ces deux grandes bran-
ches de l'économie rurale. Au moyen de ce recueil, les propriétaires
seront affranchis des dangers auxquels les exposait une législation
informe, qu'il était presque toujours impossible de consulter dans la
poussière des bibliothèques où elle était enfouie.
M. Baudrillart ne s'est point contenté de ce premier service rendu
à son pays. Après avoir instruit ses concitoyens de leurs devoirs
comme propriétaires, il les met à môme d'augmenter par eux-
mêmes la prospérité publique , en leur soumettant les résultats de
sa longue expérience dans les eaux et forêts. Les volumes qui sui-
vront celui que nous annonçons , contiendront , avec détail , tous les
moyens essayés pour améliorer les bois et les forêts de la France;
pour remédier, par des plantations ou des semis, à la consommation
toujours croissante du combustible , et pour tirer des bois tous les
produits' dont ils sont susceptibles. Enfin, voulant faire de son tra-
vail un traité complet, M. Baudrillart termine son ouvrage par un
Dictionnaire des chasses et des pêches ^ où seront contenus les mé-
thodes plus ou moins ingénieuses de faire la guerre aux habitans des
eaux et des forêts. Ce dernier volume sera accompagné , mêlant
ainsi l'agréable à l'utile, d'un très-bel atlas, offrant aux amateurs les
armes, pièges, filets, etc., employés pour la chasse et la pêche.
Nous ne pouvons qu'applaudir au plan de ce Traité général des
eaux et forêts ^ ainsi qu'à l'exécution du premier volume que nous
avons sous les yeux ; ceux qui suivront offriront sans doute le même
intérêt ; nous nous empresserons d'en rendre compte.
r. St. a.
54. — Géographie physique^ historique et statistique de la France-,
par E. Memtelle. Troisième édition , revue , corrigée et augmentée
LIVRES FRANÇAIS. 155 i
par M. Depping. Paris , 1821. 1 vol. ia-8" de 742 pages. Guillaume ;
et compagnie, rue Hautefeuille , n°. i^. Prix, 13 fr.
La Géographie de la France formait le 4** volume du Cour s
complet de cosmographie , de géographie^ de chronologie et d'hl ;-
taire i de M. Mentelle; mais, comme ce volume se vendait sép.' i-
rément et faisait en effet un travail distinct , plus utile que le res te
de ce volumineux ouvrage , l'édition en a été épuisée long - tei ns
avant celle des trois autres volumes. La nouvelle édition qui vie nt
de paraître a été entièrement refaite par M. Depping , d'après l'él :at
actuel de la géographie et de la statistisque. L'ouvrage est div' isé
en deux sections, dont la première contient la statistique et Ja
description générale de la France , sous le rapport du sol , des pi -o-
ductions agricoles, minérales et industrielles, du commerce ,• iu
gouvernement , de l'organisation civile , judiciaire et militaire , ■ de
la marine , des cultes et de l'instruction publique. La secon( ie
section est consacrée à la description topographique des 86 dépa r-
temens du royaume, et des colonies françaises. Chacune des dei iX
sections contient un grand nombre de tableaux, qui présentent soi is
une forme abrégée les divisions et subdivisions administratives, ain si
que les résultats des calculs de statistique et d'économie politiques.
La description de chaque département, par exemple, est précédé» î
d'un tableau indiquant les arrondissemens et les cantons , avec leui r
population et leur étendue en kilomètres ; pour le département de 5
la Seine, on trouve même la subdivision des cantons en communes.»
De même, dans la première section, les bassins des fleuves de lai
France avec tous leurs afiluens , la navigation , le produit des dé»
partemens, en vins, avec le montant des exportations , les produits;
des mines, le nombre des sources minérales et les degrés de chaleur
des eaux thermales , les établissemens d'instruction publique, les
ressorts des tribunaux et autres objets de ce genre , ont été réduits
en tableaux , de sorte que le lecteur peut saisir d'un seul coup d'œil
ce qu'il serait obligé quelquefois de chercher long-tems. On voit ,
par les citations indiquées au bas des pages, que M. Depping a profité
des renseignemens authentiques qui ont été publiés dans les der-
nières années, sur les ressources industrielles, commerciales et finan-
cières du royaume, grâce à la publicité que reçoivent, sous un gou-
vernement constitutionnel et représentatif, les revenus et les dépenses
de l'état.
156 LIVRES FRANÇAIS.
55. * — L'Art de faire la bière , ouvrage élémentaire , théorique
tît pratique , mis à la portée de tout le monde ; par L. F. D. Paris ,
1821. Béchet aîné. \ vol. in-8° avec planches en taille-douce. Prix,
5 fr. 5o c. , et 6 fr, "jb c. par la poste.
56. (•) — Elémens de statique , suivis d^un Mémoire sur la théorie
di'is momens et des aires ; par L. Poihsot, membre de l'Institut,
inspecteur général de l'université, etc., troisième édition. Paris,
1821. Mad. V*. Courcier, rue du Jardinet-St.-André-des-Arcs , n. 12.
1 vol in-8° de 328 pages avec 4 planches en taille-douce. Prix, 5 fr.
Cet ouvrage , dont les deux premières éditions ont paru il y a quel-
ques années , a reçu du public l'accueil le plus favorable ; il est trop
coflnnu pour avoir besoin d'être analysé. On sait qu'au lieu de faire
remonter la théorie de l'équilibre entre les puissances au parallèle -
giamme des forces, M. Poinsot la fonde sur l'équilibre du levier,
ainsi que l'avaient fait le célèbre Monge et plusieurs autres savans.
Miais ce qui distingue surtout le travail de M. Poinsot de tous les
antres traités de statique , c'est l'idée vraiment neuve et féconde des
couples. L'auteur nomme ainsi deux forces parallèles égales et oppo-
sées , mais non appliquées au même point; il prouve que, dans
toutes les actions que les puissances exercent, l'action des couples
«îst évidente ou cachée , et qu'un grand nombre de faits, expliqués
«t démontrés d'une manière douteuse , le sont avec clarté , à l'aide
clés couples. Il montre que les compositions des momens et des
aires n'en sont que des cas particuliers ; et que , faute d'en
avoir conçu la théorie, on a pu être conduit , soit à des con-
ditions d'équilibre fautives , soit à supposer des principes géné-
raux , qui n'étaient que des applications particulières , mais dé-
guisées, de sa théorie. La troisième édition que nous annonçons ,
obtiendra sans doute le même succès que les précédentes. Celle-ci a
reçu d'ailleurs plusieurs additions importantes qui ajouteront à l'u-
tilité de l'ouvrage et à l'estime dont il est environné. Fkakcccch.
57. (*) — Mémoire sur l'effet des feux verticaux proposés par
M. Carnot dans la défense des places fortes ; par M. Ajigoyat , ca-
pitaine au corps royal du génie. Paris, 18a 1. Anselin et Pochard,
rue Dauphine , n. 9. In-4° de 48 pages. Prix, 2 fr. 5o.
Dans son ouvrage sur la défense des places iortes , M. Carnot
donne le nom de feux verticaux aux projectiles qui , lancés sous un
grand angle avec l'horizon , retombent sous un angle plus grand
LIVRES FRANÇAIS. 157
encore , et se rapprochent ainsi de la ligne verticale. Il affirme que
ces projectiles, employés à propos et avec profusion, peuvent ren-
dre impraticables tous les travaux de l'assiégeant pour s'établir sur
les glacis d'une place , et par conséquent la rendre imprenable.
Cette pensée d'un ingénieur aussi habile ne pouvait demeurer sté-
rile ; en France et chez les étrangers , elle a déjà fait faire quelques
expériences que M. Angoyat discute et soumet au calcul. Le résultat
de ses recherches affaiblit beaucoup les espérances que M. Carnot
avait fait concevoir, mais il ne les anéantit pas. Cet écrit mérite
l'attention de tous les militaires éclairés , non seulement à cause de
l'importance du sujet qu'il traite , mais aussi par les méthodes de
calcul que l'auteur emploie , et qu'il serait très - utile d'appliquer à
toutes les discussions de cette nature. F.
58. (*) — Examen des doctrines médicales et des systèmes de
nosologie y ouvrage dans lequel se trouve fondu l'examen delà doc-
trine médicale généralement adoptée ; précédé de propositions ren-
fermant la substance de la médecine physiologique , par F. J. V.
Broussais. Paris, 1821. Méquignon-Marvis. 2 vol. in-8°, ensemble
de 65 feuilles. Prix , i4 fr.
5g. — Association intellectuelle. Méthode progressive et d'asso^
dation^ ou \De Vart d'étudier et d'opérer dans toutes les sciences ^
et particulièrement en médecine \ suivi ^une clinique générale inter-
prétative des phénomènes morbides, et spéciale des maladies des
couches ; par L. V. F. Amard , docteur en médecine , ex-chef du
service médico-chirurgical de l'hôpital général de la charité de Lyon,
président de la société de médecine, et du cercle littéraire de la
même ville, membre correspondant de plusieurs sociétés savantes,
nationales et étrangères. Paris, 1821. Méquignon aîné, père; Ga-
bon, Béchet, libraires , rue et place de l'École-de-Médecine. 2 vol,
in-8° , ensemble n33 pages. Prix, 16 fr.
Cet ouvrage, très-remarquable par les vues philosophiques qu'il
renferme, comprend quatre parties distinctes : i». l'Association iu'
tellectuelle , ou la meilleure manière de combiner les facultés de l'in-
telligence et les différentes sortes d'esprits pour faire avancer les
sciences et la civilisation; 2°. la méthode d' étudier et d' opérer ^ spé-
cialement en médecine., qui paraît susceptible d'être appliquée avec
succès dans les différentes branches des connaissances humaines ;
3* la médecine clinique générale , interprétative des phénomènes
158 LIVRES FRANÇAIS.
morbides; 4°« la clinique spéciale des maladies des femmes en
couche»
Ces deux dernières parties sont de la compétence exclusive des
hommes versés dans la théorie et dans la pratique des sciences mé-
dicales. Elles sont , Tune et l'autre , ainsi que les deux premières
parties , traitées d'une manière substantielle et souvent neuve. Dès-
lors , elles se trouvent exposées à être contredites , et l'on peut
craindre que des médecins, même instruits, ne veuillent pas admettre
facilement des aperçus philosophiques qui sont peut-être en oppo-
sition avec les idées reçues et accréditées jusqu'ici. Car les doctrines
nouvelles , même bonnes , ne triomphent qu'à la longue des pré-
jugés , de la routine et des opinions consacrées par le tems et par
l'habitude. Quant aux deux premières parties de l'ouvrage , qui
forment, en quelque sorte, un essai de philosophie générale, com-
prenant à la fois des vues théoriques , qui rappellent quelquefois le
beau travail dé Bacon sur l'accroissement des sciences, et une
application pratique immédiate à certaines parties de la médecine,
nous inviterons les lecteurs, capables d'une attention suivie , à cher-
cher, dans l'ouvrage même fTome I, pages i62-i85, et 2o6-25o ),
les principes généraux établis et développés par l'auteur. Il croit
avoir conçu l'idée d'association sous un point de vue entièrement
nouveau, dans son principe radical, dans ses effets, dans l'influence
salutaire qu'elle peut exercer sur les progrès de l'esprit humain.
Il signale ïes inconvéniens des travaux isolés et imparfaits , que
chaque génération, que chaque individu recommence, et qui, de
celte manière , profilent si peu à l'humanité. La question philoso-
phique du bon emploi du tems , véritable trésor si horriblement di-
lapidé , tandis qu'avec une sage administration de la vie, dirigée
avec économie et discernement, on pourrait en tirer un si grand
parti, se rattache essentiellement à cette partie importante d'un
ouvrage , sur lequel nous aimerons à fixer de nouveau rattention ,
quand nous aurons pu nous - mêmes en faire à loisir une étude ap-
profondie qu'exige la nature des sujets traités par l'auteur. Mais
on ne quitte point son livre , sans reconnaître en lui un esprit dis-
tingué , une ame généreuse , dont les facultés s'appliquent aux plus
cbers intérêts de l'espèce humaine, au perfectionnement des mé-
thodes et à l'avancement des sciences. M. A. J.
^o. — Essai sur les irritations inlermitlenles y ou Nouvelle théorie
LIVRES FRANÇAIS. 159
des maladies périodiques f fièvres larvées, fièvres pernicieuses, et
des fièvres inlenniltentes en général) exposée suivajit la doctrine
de M. Broussais, et appuyée d'un grand nombre d' observations ^
par P. J. MoNGELLAZ, D. M. Paris, 1821. Méquignon-Marvis , rue de
rÉcole-de-Médecine, n° 3. 2 vol. ia-8° formant ensemble 869 pages.
Prix , 12 fr. , et franc de port i4 fr. jS.
Les fièvres intermittentes , larvées et pernicieuses , ont été pen-
dant long-tems le sujet des recherches des médecins les plus hahlles.
Mais aucun d'eux n'avait, jusqu'à nos jours, envisagé ces maladies
sous leur véritable point de vue : presque tous regardaient les fièvres
intermittentes comme essentielles, lorsque du sein de la médecine
militaire s'est élevé un réformateur, digne émule de Bichat, qui,
juste appréciateur des travaux de ce grand génie , a formé le projet
de marcher sur ses traces, et a fondé la médecine physiologique.
Ce médecin célèbre n'a pu donner encore toute l'étendue con-
venable aux travaux qu'il a si glorieusement commencés ; mais ses
élèves travaillent , après avoir suivi avec assiduité ses cours et sa
clinique, à développer quelques points de sa doctrine, pour qu'elle
soit plus promptement appréciée par tous les médecins qui re-
cherchent de bonne foi la vérité. Tel a été le but ds M. Mongellaz,
en publiant son Essai sur les irritations intermittentes. Cet ouvrage,
divisé en quatre chapitres, est du nombre de ceux qui méritent
d'être médités par les médecins»
61. — Traité des maladies de V oreille et de l'audition j par
J. M. G. Itard, médecin de l'institution des sourds - muets, et
membre de l'académie royale de médecine. Paris, Méquignon-Marvis,
rue de l'École-de-Médecine , n°. 3 , 1821, 2 vol. in 8°, formant en-
semble gi8 pages. Prix, i3 fr. , et par la poste 16 fr.
11 manquait à la médecine un traité complet des maladies de
l'oreille et de l'audition; M. Itard vient de remplir cette lacune.
Personne mieux que lui ne pouvait faire connaître des maladies à
l'étude desquelles il a consacré près de vingt années ; aussi , l'ouvrage
que nous annonçons est il un de ceux que les praticiens consulte-
ront avec le plus de fruit. M. Itard a divisé son travail en deux parties,
qui sont elles-mêmes subdivisées en plusieurs sections. La première
partie contient des considérations et des recherches historiques sur les
découvertes anatomiques ralatives à l'organe de l'ouïe , et la des-
cription et les usages de toutes les parties qui composent cet organe
160 LIVRES FRANÇAIS.
dans l'homme et chez les animaux. Après avoir donné les détails
les plus minutieux sur l'organisation de l'oreille , l'auteur passe à la
description des nombreuses maladies dont elle peut être le siège.
La surdité étant , de toutes les maladies de l'audition, celle qui se
rencontrele plus fréquemment, M. Itard i'est particulièrement atta-
ché à bien faire connaître les causes qui la produisent, à en tracer
clairement la marche , les complications et le traitement qui leur
convient. L'ouvrage de M. Itard est terminé par un chapitre fort
intéressant , sur l'éducation physiologique des sourds-muets ; il rend
compte des expériences curieuses qu'il a faites pour rendre l'ouïe
aux sourds-muets , et des succès qu'il a obtenus. Il donne ensuite,-
dans trois planches , la description de différens instrumens d acous-
tique dont il a été à portée de constater l'utilité. D. d. m,
62, — Précis théorique et pratique sur les maladies des y eux',
"ÇAv Antoine- Pierre Demouhs, médecin-oculiste du Roi, membre
titulaire de l'académie royale de médecine, etc. Paris, 1821 ; chez
l'auteur, rue de l'Université, n° 19. In-S" de 600 pag. Prix,7 f. 3oc. ,
et 9 fr. 5o c. par la poste.
M. Demours a publié, il y a trois ans, un Traité des maladies des
yeux, en trois volumes in-8<» et unin-4'*, contenant quatre-vingt-
tine planches , dont cinquante , coloriées et retouchées au pinceau ,
représentent avec exactitude les maladies de ces organes. Il s'est
proposé pour but , en publiant le Précis que nous annonçons , de
resserrer les différentes parties qui composent son grand ouvrage, pour
mettre le nouveau à la portée d'un plus grand nombre d'acquéreurs.
63. — Recherches sur V inflammalian de V arachnoïde cérébrale
et spinale , ou Histoire théorique et pratique de l'arachnitis ; par
Parent Dochatelet et Martinet, D. M. Paris, i§2i. Crevot, rue
de l'Ecole-de-Médecine , 3i. Un vol. in-8°. Prix , 7 fr. 5o c, et 9 fr,
par la poste.
MM. Parent- Duchatelet et Martinet ont éclaire! le problème si
important des signes et du traitement des inflammations de la
membrane séreuse, qui revêt le cerveau et la moele épinière.
Chaque observation de maladie est suivie de l'ouverture du corps
du malade. Ils ont vérifié , de cette manière , que les convulsions ,
les roideurs tétaniques , les paralysies locales et temporaires , et
tous ces accidens , dits nerveux, que l'on traitait et que l'on traite
encore , par des stimulans énergiques , dans les fièvres ataxiques
LIVRES FRANÇAIS. 161
ou malignes, ainsi nommées à cause du désordre des symptômes,
ont été constamment d'autant plus intenses , que les traces d'in-
flammation de l'arachnoïde , ou de la surface de la pulpe céré-
brale, étaient plus profondes ; d'où suit la condamnation de ce mode
de traitement. Desmoulins, D. M.
64. — Quelques réflexions d*U7i amateur, sur une brochure ztz—
Utulèe: Un mot d'un invalide. St. -Etienne, 1821. Sourjeon, libraire,
in-8" de 29 pag.
Cette brochure, publiée au sujet d'une discussion tout-à-fait par-
ticulière à l'auteur, traite cependant une question d'un intérêt gé-
néral; cet amateur de la science d'Esculape a remarqué que, de-
puis qu'il existe des médecins, ils se sont rarement trouvés d'accord
sur les moyens de guérir ; que des méthodes opposées ont régné
chacune à leur tour et souvent ensemble , ce qui est peu rassurant
pour les malades. Ces méthodes sont-elles toutes également bonnes ?
et , si elles ne le sont pas , laquelle est la meilleure? «Je me suis
souvent fait ces questions, dit l'auteur; à force d'y refléchir, je
suis parvenu à les résoudre, au moyen d'une théorie que je vais
exposer, et que je vais appliquer à la discussion médicale qui s'est
élevée entre les médecins de Saint-Etienne , et aux divers modeâ
de traitemens qui sont employés dans cette ville pour la fièvre
muqueuse.»
L'auteur qui n'a voulu parler que de la fièvre muqueuse , telle
qu'elle est décrite par M. Pinel {Nosographie Jihiïosophique, T. I.),
expose trois modes de traitemens; celui de M. Leroi {Médecine
curative, pag. 126 et suiv. ) ; celui de Brown {Élémens de méde-
cine, pag. 44o et suiv.), et enfin celui que l'auteur lui-même a
imaginé , et que , comme de raison , il trouve le meilleur. Nous ne
déciderons point entre ces graves autorités; mais si, comme il s'en
flatte , la théorie de notre amateur pouvait résoudre la question de
savoir quelle est la meilleure méthode de guérir , il pourrait se
vanter d'avoir fait faire à la science , tout amateur qu'il est , un
plus grand pas que tous les docteurs passés et présens , depuis le
dieu d'Epidaure , inclusivement. M. A.
65. — {*) (Euures choisies de Fénélon. Paris, 1821. Delestre-
Boulage, libr. de l'École de droit, rue des Mathurins, n" 1.
Le tome 4* de cette belle édition, qui se composera de 6 vo-
lumes in-S"» {yoy- *e^'« Encyl., Tom. VIII, p. iiS), vient de
Tome xii. îî
162 LIVRES FRANÇAIS.
paraître. Il contient le Traité sm l'éducation des filles ; les direc-
tions pour la conscience d^un roi; les deux meilleurs sermons de
l'archevêque de Cambray, et les lettres sur divers sujets de mé-
taphysique et de religion.
Ç>(i. — (*j (Euures choisies de Bossuet , publiées par le même li-
braire , en 18 vol. in-S". Prix de chaque volume , 4 fr. 5o c.
Le !>=' volume, qui est en vente , contient les Oraisons funèbres,
précédées de l'examen qui en a été fait par Thomas. L'édition sera
composée des ouvrages suivans : Introduction à la philosophie , ou
De la connaissance de Dieu et de soi même ; Traité du libre ar-
bitre , 1 vol. ; Exposition de la doctrine catholique, choix de lettres,
mandemens, discours de réception , i vol.; Discours sur l'histoire
universelle , et lettres sur l'éducation du Dauphin, 2 vol.; la Politi-
que tirée de l'écriture-sainte , déclaration du clergé de France, etc. ,
2 vol. ; Choix de sermons et de panégyriques, 2 vol. ; Elévations sur
les mystères , opuscules , 2 vol. ; Méditations sur l'évangile , discours
sur la vie cachée, traité de la concupiscence, 3 vol.; Histoire des
variations avec la défense , conférence avec M. Claude , 4 vol- On
est libre de souscrire pour tout ou partie de ces ouvrages. L'exécu-
tion de cette belle collection, conforme aux œuvres choisies de
Fénélon , est confiée aux presses de M. P. Didot ; ce qui a déjà paru
est digne de sa réputation. Il suffit, pour être souscripteur, de se
faire inscrire chez Delestre-Boulage , libr. de l'École de droit, rue
des Mathurins, n" i.
Gj. — Voltaire en un volume , édition dialoguée ; par J. B. Gol
HiET. Paris. 1821 , Baudouin , rue de Vaugiràrd , n" 56. 1 vol. in-i?
de 445 pag. Prix , 3 fr. 5o c. , et , franc de port, 5 fr.
Extraire de l'immense collection des œuvres de Voltaire les pas-
sages qui contiennent ses opinions sur les objets les plus importans
qui occupent la pensée de l'homme , et ranger ces extraits, divers
sous des titres communs , tel a été le travail de l'éditeur de ce recueil.
Le volume est divisé en six sections; 1° religion; 2° politique;
3° législation ; 4° nlorale^; 5° histoire ; 6° littérature. Les titres de
quelques-unes des subdivisions de ces chapitres donneiont une
idée des matières qui y sont traitées: de ■ l'existence de Dieu,
dogmes et croyances ; des conciles , des papes , des moines , pré-
jugés , superstitions , fanatisme , etc. ; féodalité , états-généraux ,
liberté j prisons , tortures , Calas , Sirven , Labarre ; de la guerre ;
LIVRES FRANÇAIS. 163
de la tolérance; des philosophes; mœurs et usages, étiquettes,
préséance , titres d'honneur ; état de comédien , etc. Les extraits
nous ont paru généralement bien choisis ; on n'en peut pas dire au-
tant du titre : Édition dialoguée. Outre qu'il n'est d'abord ni clair
ni correct, l'éditeur pouvait s'épargner la peine de ranger ces
divers morceaux sous la forme de réponses à des questions , qui ne
semblent pas toujours venir d'une manière assez naturelle. Néan-
moins, le lecteur parcourt avec intérêt ce tableau résumé des opinions
de Voltaire. A.
68. — Doctrine sociale ou Principes universels des lois el des rap-
ports de peuple à peuplé , déduits de la nature de l'homme et des
droits du genre ham,ain; par G. J. B. Bonnin. Nouvelle édition. Paris,
Kleffer, rue d'Enfer-St. -Michel, n°2, i vol.in-8° de 210p. Prix, 3 fr.
La réimpression, au bout de quelques mois {voy. l'annonce de la
première édition, Tom. VIII, p. 379), d'un ouvrage d'un genre aussi
sévère que celui ci, prouve à la fois le mérite de son auteur et
la direction marquée des esprits vers des objets d'une utilité gé-
nérale. En effet, rien ne peut intéresser plus vivement l'homme
en société que la connaissance des lois et des rapports de peuple
à peuple t sur lesquels sont réglés ses devoirs et ses di-oits ? Un
ouvrage qui rassemble , en corps de doctrine, ces principes uni-
versels de la morale et de la politique , devait fixer l'attention de
tous les citoyens écrairés ou avides de s'instruire. Ils ne liront pas
avec moins d'intérêt les réflexions jointes à cette nouvelle édi-
tion sur le concordat et la loi organique des cultes, ainsi que
sur Rétablissement d'une noblesse, et les lettres de l'auteur aux
Cortès d'Espagne, au Congrès des États-Unis, à la République
d^Haïti, au Parlement des Deux-Siciles et aux Cortès de Portugal.
Ces derniers, dans leur séance du 7 juillet , ont proposé d'ordoU'
ner la traduction et l'impression de cet ouvrage en langue natio-
nal». ( Voy. Rep. Encjcl. , T. XI , p. 425. ) Ê. H.
69. — Esprit de la morale universelle, ou Manuel de tous les
âges y traduit d'un ancien manuscrit indien; dédié à la jeunesse,
et mis en concordance avec l'écriture sainte ; par M. P. A. Garros,
directeur de la Manufacture générale des apprentis pauvres et orphe-
lins. Paris, 1821, à l'établissement, rue du Faubourg-St. -Denis,
n<» i52. 1 vol. in-18. Prix, 2 fr. , et, par la poste, 2 fr 5o c.
On ne saurait mettre de trop bonne heure sous les yeux de la
11*
lU LIVRES FRANÇAIS.
jeunesse les préceptes d'une sage morale qui doit lui serviï de>guide
dans toutes les circonstances de la vie. L'homme retient plus aisé-
ment ce qu'il a appris dans son enfance ; aussi, un instituteur
éclairé prend-il le plus grand soin pour que les livres , qui sont
destinés à ses jeunes élèves, ne renferment que des leçons utiles
et profitables. L'ouvrage que nous annonçons , réimprimé pour
l'usage d'un établissement respectable , contient une morale pure
et aimable , très-propre à faire naître dans l'ame du lecteur tous
les sentimens honnêtes. Le nouvel éditeur a eu l'heureuse idée de
rapprocher, du texte original, des préceptes tirés des livres saints.
Nous croyons que le Manuel de tous les âges peut convenir aux
maisons d'éducation. Nous sommes fâchés, néanmoins , que M. Gar-
ros ait conservé, dans l'ouvrage de Dodsley, la pompe du style
oriental ; ce genre de style boursoufîlé et emphatique parait dan-
gereux pour la jeunesse, que l'on devrait plutôt accoutumer de bonne
heure à admirer la belle simplicité de nos grands auteurs classiques.
A. T.
.jo. — Manuel des mères , de Pesialozzi ; traduit de l'allemand.
Paris, i8ii. Paschoud, rue de Seine , n*» 48* Genève , même mai-
son. Un vol. in-12 de 204 pages. Prix , 2 fr. 4o c. , et , par la poste
2 fr. 90 c.
Festalozzi est déjà si connu en France , comme dans le reste de
l'Europe, qu'il serait superflu de rappeler ici tous ses titres à l'estime
des amis de l'éducation. Ceux qui désireraient connaître sa mé-
thode en détail, la trouveront exposée avec précision et clarté
dans l'ouvrage de M. Jullien , qui a pour titre : Esprit de la mé-
thode de Pestalozzi. Le Manuel que nous annonçons , publié par pe
respectable instituteur, est spécialement destiné aux mères. 11 leur
enseigne à tirer parti des premières impressions que reçoivent les
plus jeunes enfans, pour leur faire observer les objets visibles qu'on
leur nomme , et dont leurs sens sont d'abord frappés. Pestalozzi
croit, avec raison, que les premières sensations de l'enfance sont
beaucoup plus importantes qu'on ne le pense , et il confie à la mère
le soin de les recueillir , de les surveiller et de commencer ainsi la
tâche de l'éducation. Les premières instructions semblent d'abord
puériles ; mais on apprécie leur importance dès qu'on se rappelle
le but que l'auteur se propose. L^s plus honorables succès sont, de-
LITRES FRANÇAIS. 165
puis long-tems , le garant de la bonté de ce système , qui mérite ,
par cela seul, de fixer l'attention des parens et des instituteurs.
71. — Conversations morales entre une mère et son fils: par ma-
demoiselle L ** *, Paris, 1821. Paschoud, rue de Seine, n» 48* A
Genève , même maison. Un vol. in-12 de 3oo pages. Prix : 3 fr., et,
par la poste , 3 fr. yS c.
Ce petit ouvrage doit être distingué de la foule des livres destinés
à l'enfance : il n'a point la frivole légèreté des uns, ni le ton sérieux
et pédantesque qu'on trouve trop souvent dans les autres. Gaston
est un aimable enfant, qui, malgré les défauts de son caractère,
plaît et intéresse par le désir qu'il témoigne de s'en corriger. Sa
mère est une femme éclairée et prudente , qui sait à propos calmer
ou exciter les élans de son cœur, et les diriger vers le bien. Chaque
chapitre traite d'une vertu ou d'une qualité, dont la pratique est
appuyée par une historiette , un trait d'histoire ou une anecdote
agréablement racontée.
72. — Lectures élémentaires pour les enfans ^ traduites de l'ita-
lien. Paris , 1821. Paschoud, Paris et Genève. Un vol. , petit in-12
de 96 pages. Prix , 1 fr. , et, par la poste, i fr. 20 c.
Amener l'enfant à comprendre l'existence de Dieu par l'observa-
tion des merveilles de la nature ; le conduire à l'idée du Créateur par
les œuvres de la création , tel est le but que s'est proposé l'auteur
de ces leçons , M. G. Babbi , fondateur d'une des écoles d'enseigne-
ment mutuel de Florence. Ce système est d'autant meilleur qu'on a
trop long-tems négligé de s'adresser à l'intelligence des enfans, de
faire naître chez eux des idées par les objets qui frappent leurs
, sens , de les leur faire développer , en rectifiant ce qu'elles pourraient
avoir de faux. C'est cependant le seul moyen de former des êtres
pensans et réfléchis. L. S. B.
73. — (Euvres complètes de M. Necker, contenant un grand nombre
de morceaux inédits, et publiées par M. de Staël, son petit-fils; 2«
et 3« livraisons, comprenant les Tomes IV, V, VI, VII et VIII.
Paris, 1821. Treuttel et Wûrtz. i5vol.in-8°. Prix, 6 fr. le vol. pap.
fin , et 12 fr. pap. vélin.
Ces deux nouvelles livraisons contiennent : V Administration des
finances de la France. — Second ministère de M. NecTcer. — l'roi-
sième ministère de M. Neclcer. — Du pout^oir exécutif dans les
grands états. L'exécution typographique de cet ouvrage est con-
I
166 LIVRES FRANÇAIS.
forme à celle des Œuvres de madame de Staël ( 17 vol. in-S'",
Prix , 102 fr. ' , dont la dernière livraison vient de paraître. On doit
savoir gré aux éditeurs de cette conformité , car les écrits de ma-
dame de Staël se rattachent par tant de liens à ceux de son père ,
qu'on peut considérer les deux collections comme n'en formant,
pour ainsi dire, qu'une seule. Les autres volumes des Œuvres de
M. Necker sont sous presse et paraîtront bientôt.
74- * — Des prisons , de leur régime et des moyens de Vainéliorer\
par M. E. Danjou, avocat à Beauvais. Ouvrage couronné par la
société royale des prisons , dans la séance du \5 mars 1821 , prési-
dée par S. A. R. Monseigneur le duc d'Angoulême. In-8° de 35
feuilles trois quarts, plus 4 figures lithographiées. Imprimerie
d'Égron , à Paris. Prix j 7 fr.
75. (*) — Recherches sur les consommations de tout genre de la
pille de JParis, 1817; par M, Benoiston de Ghatbaukeof : seconde
partie ( consommation industrielle). Paris, 1821. Martinet, rue du
Coq-Saint-Honoré , n° i5. Un vol. in-S" de 1 68 pages. Prix ,3 fr., et
3 fr. 5o c. par la poste. ( Voyez Tom^. IX , p. 565. )
Nous réunii'ons le compte rendu des deux parties de cet intéi'es-
sant ouvrage , publiées séparément , dans un article de notre section
des analyses-
76. — Histoire politique et morale des révolutions de la France ,
ou Chronologie raisonnée des éuénemens mémorables , depuis 1787
i usqu à la fin de 1820, époque des conférences de Troppau et de
Laybach ; par M. Bail. Paris, 1821. Eymery, rue Mazarine, n» 3o.
2 vol. in-8°, ensemble de 860 pages. Prix, 12 fr. , et, par la poste,
i5fr.
De quelque manière qu'on envisage et qu'on écrive l'histoire, il est
certain qu'on ne peut intervertir l'ordre des tems et qu'il faut en
suivre la marche ; cependant , la méthode du cbronologiste et celle
de l'historien politique sont si différentes qu'on serait tenté de
croire, au premier aperçu , qu'un ouvrage qui s'annonce tout à la
fois comme chronologique et comme moral , ne remplit fidèlement
aucun de ses titres. En effet, comment rapporter à la morale la plu-
part des événemens , si on s'asservit à les raconter tels qu'ils se pro-
duisent et se succèdent , sans liaison sensible et paraissant de sim-
ples effets du hasard ? Comment ne pas violer les règles de la chro-
nologie , si, pour peindre les moeurs , dévoiler les fautes politiques ,
LIVRES FRANÇAIS. 1C7
cfi faire sentir les conséquences , on doit rassembler des faits que la
chronologie sépare , combiner ce qu'elle isole , rapprocher les effets
de leurs causes, quelque éloignés qu'.'ls en puissent être? Telles sont
les raisons qui ont engagé nos meilleurs écrivains à employer sépa-
rément les deux méthodes. Tacite n'a point fait la chronologie des rè-
gnes de Tibère et de Néron , dans ce chef-d'œuvre d'histoire politique
dont les précieux lambeaux sont parvenus jusqu'à nous. Quant à
Florus , que M. Bail s'est proposé d'imiter , son Abrégé d'histoire
n'est ni moral, ni politique, ni chronologique ; c'est une déclama-
tion oratoire , et souvent poétique, sur les quatre âges du peuple
romain. Certes, M. Bail est supérieur à ce prétendu modèle. 11 n'a
point cherché s'il nous restait quelque chose de l'âge viril, ou si nous
marchions à grands pas vers la décrépitude. Il divise en dix grandes
époquesles quarante-sept années dont il embrasse l'histoire. Chaque
événement, chaque fait est rappoxté à sa date ; et, sous ce rapport,
l'auleur satisfait à ce qu'exige la chronologie. La sécheresse et les
transitions brusques qui accompagnent ordinairement cette méthode,
disparaissent sous le charme d'une narration rapide , fleurie, souvent
animée , qui passe sans effort d'un objet à un autre , et semble ne
changer de sujets que pour varier le style et soutenir l'attention du
lecteur. M. Bail a su d'ailleurs mêler à ses récits des descriptions ,
des maximes , des portraits, des anecdotes et des citations qui font
ressortir l'esprit des diveises factions , les mœurs et les opinions do-
minantes des diverses époques , et le caractère des principaux per-
sonnages qui ont figuré sur cette scène orageuse. Tout cela con-
court sans doute à former un ouvrage plein d'intérêt ; mais tout cela
ne compose point une histoire morale et politique. Forcé d'écarter
les détails et de s'interdire les discussions , pour ne pas ralentir sa
marche , l'auteur n'a pu donner les motifs des jugemens qu'il porte
sur les choses et sur les personnes ; de sorte que ses réflexions ont
parfois une tournure sentencieuse , épigrammatiquc et paradoxale ,
qui peut nuire à leur succès. Beaucoup de lecteurs pourront penser,
comme nous, qu'il a jugé trop légèrement certains hommes; et, jus-
qu'à ce qu'il se soit plus clairement expliqué , ils ne lui accorde-
ront pas « que la liberté est une plante qu'on ne saurait naturaliser
en France , et que le système représentatif n'est qu'une ridicule
fiction. » Toutefois, nous nous hâtons de prévenir que cette inju-
rieuse doctrine^ ou plutôt que cette opinion, qui paraîtra sans doute
168 LIVRES FRANÇAIS/
peu fondée , n'est point émise en haine de la révolution ou dans ïc
de;ssein de plaire à quelque parti. M. Bail se montre constamment
l'ami de son pays , le défenseiir de ses droits et de sa gloire. Aussi ,
l'ouvrage que nous annonçons n'est pas seulement recommandable
par la concision et l'élégance du style , par l'art avec lequel lés
faits sont recueillis et présentés ^ mais encore par le ton d'indépen-
dance^ de modération et d'impartialité qu'on y trouve générale-
ment. La lecture en est attrayante autant qu'instructive ; et de tous
ceux du même genre qu'on a publiés jusqu'ici , c'est , à notre avis ,
le plus utile et le plus étendu. H. de C.
77.(*3 — Journal des opérations de V armée de Catalogne en iSoSet
1809, sous le commandement du général Gouvion-Saint-Cyr, ou Ma-
tériaux pour servir à rhistoire de la guerre d' Espagne, par le maré-
chal Gouvion-Saint-Cyh, avec cette épigraphe tirée de la Campagne
de 1799, attribuée à l'archiduc Charles. 0 Le moyen le plus propre à
développer les rapports intimes de la théorie avec la pratique , est
de puiser les leçons de l'expérience dans l'histoire de nos tems. »
Paris , 1821. 1 vol. in-8° de 5o3 pages, y compris 300 pages de pièces
justificatives^ plus , deux tableaux et un atlas in-f° de i4 planches,
contenant des plans militaires et la carte détaillée d'une partie de la
Catalogne espagnole. Anselin et Pochard , rue Dauphine , n» 3.
Prix , 25 fr*
M. le maréchal Gouvion-Saint-Cyr s'est placé , dans l'histoire, par
se» belles et difiBciles campagnes militaires , au rang des plus grands
capitaines , et , par sa brillante conduite ministérielle, parmi nos
hommes d^état qni ont le mieux mérité la reconnaissance des Fran-
çais et l'estime du monde entier, La loi que nous lui devons sur l'a-
vancement et le recrutement de l'armée, sur l'organisation dea vété- .
rans , serait tout à la fois , si elle était exactement observée , une
excellente mesure contre les attaques du dehors et une sage institu-
tion d'économie financière. Le compte des dépenses du départe-
ment de la guerre 5 que ce maréchal a fourni en 1819, a été jus-
tement admiré comme un nouveau modèle pour la célérité du tra-
vail , pour l'ordre et la clarté , pour l'exactitude sévère dans toutes
les branches ; enfin , pour la conformité scrupuleuse aux lois de
l'état.
Son Journal de la campagne de Catalogne ^ du i«» septembre 180S
au V" octobre 1809, est digne de la grande réputation de l'auteur.
LIVRES FRANÇAIS. 16iJ
Les faits y sont racontés arec modestie et simplicité , avec ordre ,
élégance et franchise ; la leçon militaire ou politique s'y trouve cons*
tamment à côté des exemples les plus remarquables, et les pièces
justificatives ne laissent aucun doute sur la véracité des récils, « On
m'a souvent engagé , dit l'auteur dans l'atant-propos , à publier des*
mémoires sur nos campagnes. »
Effrayé des difficultés de ce travail , mais persuadé qu'il est du
devoir de tout citoyen de contribuer , par les souvenirs de son expé-
rience , aux progrès de l'art qu'il a étudié et pratiqué pendant une
grande partie de sa vie , il n'a pas cru pouvoir se refuser à un essai ,
que les loisirs de la paix lui ont permis d'entreprendre o On peut
ainsi , dit-il , fournir aux historiens des matériaux moins suscep-
tibles d'être altérés, que ceux qui sont donnés d'une manière
clandestine où moins authentique. J'ai choisi , pour cet essai , la
campagne de Catalogne , parce que les contrariétés nombreuses et
de tout genre que j'y ai éprouvées , m'en ont laissé les événemens
plus profondément gravés dans la mémoire , et qu'une guerre na-
tionale, comme celle d'Espagne, m'a paru devoir offrir plus d'intérêt
qu'une autre dans laquelle deux armées régulières auraient combattu
d'une manière méthodique. »
o J'ai cru ne pouvoir me borner au simple narré des faits, ni me
dispenser d'indiquer ce qui m'a paru être des fautes. Les opinions
que j'ai émises pourront servir à éclairer la discussion , s'il s'en
élève sur les opérations de cette campagne ; peut-être , elles pour-
ront aider à les juger. » Vient ensuite une introduction lumineuse
contenant les faits essentiels sur la guerre de Catalogne , avant le
i«' septembre 1808. Il faut voir, dans les dix chapitres qui suivent,
le dénuement et l'espèce d'abandon où se trouva constamment le,
septième corps de la grande armée , sous le commandement en chef
du général Gouvion-Saint-Cyr; les désagrémens qu'il éprouva de là
part du chef de l'empire , et les causes secrètes de ces désagrémens,
aussi honorables pour ce général , qu'elles sont propres à répandre
un nouveau jour sur le caraclpre et les habitudes de Napoléon ; la
prise de Roses^ après un mois de siège et dix-sept jours de tranchée
ouverte ; les victoires du septième corps à Cardedenet Llinay , celle
de Molino del Re , sur les bords du Llobregat ; la déroute de l'armée
espagnole àlgualada, la bataille de Wal où l'Espagnol fut encore dé-
fait avec une grande perte ; les vicissitudes du long siège de Gironne ;
170 LIVRES FRANÇAIS.
enfin , la disgrâce et l'exil du général Gouvion-Sainl-Cyr , contre
lesquels il ne voulut point réclamer; son remplacement par le ma-
réchal Augereau, auquel succédèrent bientôt, d'abord le général
Macdonald, puis le général Decaen, et enfin le maréchal Suchet , qui
fut chargé , en i8j4 j cle rendre les places fortes au roi d'Espagne.
L'auteur finit par une conclusion qui mérite la plus grande atten-
tion de la part des lecteurs. Il y donne le résumé des fautes qu'il a
cru remarquer dans la conduite de la guerre , sujet de son journal ,
et d'importantes réflexions sur l'instruction à retirer des événemens
politiques et militaires qu'il a décrits. C'est là qu'il examine la
grande question de savoir , à quel point la population doit concourir
aux opérations de l'armée , dans le cas d'invasion de la part d'une
puissance supérieure ou d'une coalition. Dans son inquiétude ci-
vique , il observe que cette question intéresse la France plus parti-
culièrement que tout autre état de l'Europe. Il ne faut pas, dit il,
attendre le moment du besoin pour la décider. Comme il est im-
possible d'oublier les catastrophes de la Pologne , le dépouillement
plus récent de la Saxe et le partage des âmes fait en i8i4j il croit
prudent pour la France de se tenir en garde contre les alliances en
général. Il voudrait voir organiser légalement des mesures capa-
bles de garantir à la patrie son indépendance et au trône sa splendeur^
en complétant l'établissement des forces nationales , en préparant
les institutions nécessaires pour les mouvoir sans confusion au tems
du danger, qu'il ne faut pas voir prochain, dit-i\, mais possible, tant que
la "France sera si bonne, si belle et si faible, et qu'elle possédera de Vor^
ce -premier mobile de toutes les guerres passées , présentes et à venir.
11 indique ensuite, avec discrétion , comment la France est relati-
vement faible, et combien elle a besoin de dispositions législatives
capables de consolider le gouvernement constitutionnel, et d'assurer
les destinées et l'indépendance de la patrie ; il ajoute : « Quelque
diligence qu'on fasse, la France désormais sera la dernière puissance
européenne occupée à préparer, pendant la paix , la résistance pour
une guerre , qui pourrait survenir d'un moment à l'autre. Oui , tous
les gouvernemens européens ont profité des leçons du passé , pour
organiser, sur des bases larges et stables, les moyens de garantir leurs
peuples des fléaux et des. malheurs que l'ambition étrangère
pourrait leur causer encore. Toutes leurs mesures sont prises , tous
leurs moyens organisés et mis à l'épreuve. Les nations qui nous eu-
LIVRES FRANÇAIS. 171
vîronnent sont à l'abri de toute tentative. La seule France est désar-
mée au milieu d'elles... L'Espagne a ses miquelets et ses somatènes;
l'Allemagne %ç.9>landwehre et ses /arzrfsfMr/Ti; l'Angleterre ses milices
réglées par le bill du 20 avril 1812 , et que le roi est autorisé à sextu-
pler au besoin ; la Russie » qui ne peut être attaquée par personne ,
tient disponible et en partie colonisée, une armée d'un million
d'hommes qu'elle augmente encore tous les jours. On doit espérer
que la France obtiendra aussi quelque chose. Elle a eu un moment
l'espoir de voir organiser ses vétérans ; seuls , ils auraient presque
suffi pour la sauver du plus humiliant désastre... » 11 faut voir dans
l'ouvrage même le reste des développemens de l'auteur. Ils sont d'un
extrême intérêt pour l'homme d'état et pour tous les citoyens éclairés
de la France et de l'Europe. Lanjuinais , de l'Institut,
/S.* — Tableau ds la puissance militaire et politique de la Russie
en 1817, par sir Robert Wilson, traduit de l'anglais sur la deuxième
ôdition;Jaugmenté de plusieurs pièces importantes qui n'ont paru jus-
qu'à ce jour que dans les journaux anglais, relatives aux opinions de
Bonaparte sur l'état de l'Europe, à la manière dont le cabinet anglais
le traite à Sainte-Hélène, à son projet d'expédition aux Indes, par
la Russie, la mer Noire et la Perse , etc. , orné d'une carte repré-
sentant les accroissemens successifs de la Russie en 1800, i8o8 et
1817 ; la distance des frontières russes à plusieurs des capitales
européennes et à celles de la Perse, ainsi qu'à la mer Rouge, etc.
Paris, 1821. J. G. Dcntu, Palais -Royal , galerie de bois , n" 265
et 266. 1 vol. in-S", 3 fr., et 3 fr. 76 cent, par la poste.
Cet ouvrage a eu cinq éditions consécutives en Angleterre.
79. — Nouvel Annuaire protestant. — Paris, 1821. Poulet, quai des
Augustins, n» 9, et au bureau des Archives du christianisme. 1 vol.
in-18 de 38o pag,, petit-texte. Prix, 3 fr. pour Paris, et 3 fr. 5o cent,
franc de port.
Cet ouvrage présente un tableau général des églises réformées de
France. Les éditeurs ont pensé, avec raison, qu'il serait utile de
réunir en un seul volume les documens épars qui forment la sta-
tistique religieuse des protestans français. Cet Annuaire contient
la liste complète des églises consistoriales rangées par ordre de
départemens, les noms et la résidence de leurs pasteurs, la dési-
gnation des endroits où le culte est célébré; enfin, quelques détails
puisés dans l'histoire particulière de chacune d'elles ; la liste des
i7i LIVRES FRANÇAIS.
oratoires ou temples que la loi accorde aux départemcns où la
population protestante n'est] pas assez grande pour obtenir une
église consistoriale : immédiatement après ces deux séries, on trouve
les tableaux des églises luthériennes ou de la confession d'Augs-
bourg, avec l'organisation de l'académie et du gymnase de Stras-
bourg. Les éditeurs donnent ensuite la loi renfermant les articles
organiques des cultes protestans , la discipline des églises réformées
de France, qui comprend la règle du culte protestant; cette liste
d'articles de pure discipline seulement (car les réformés rejettent ,
en matière de foi, toute décision souveraine) fut délibérée, à la
Rocbelle, au milieu des guerres de religion, et porte en original
les signatures du roi de Navarre , de Coligny et de Jeanne d'Al-
bret ; enfin, le recueil des lois et arrêtés sur des sujets qui intéres-
sent la liberté de conscience, est suivi du tableau détaillé de la
situation de la faculté de théologie protestante établie à Montaubam
Le jwuuel Annuaire contient, comme pièce historique , une notice
sur Ulrich Zwingle, réformateur de Zurich, dans le seizième siècle,
par M. TVilhvi ^ ministre de l'évangile. Elle est écrite avec clarté
et présente un tableau animé de la vie de ce ministre courageux,
des nombreuses difficultés que le fanatisme lui opposa et de la
mort patriotique qui termina sa carrière. M. Charles Coquerel a
donné , dans le nouvel Annuaire , un mémoire biographique sur
M. Rabaud Pomier, frère de Rabaud Saint-Etienne. La notice est
suivie d'un exposé des droits de M. Rabaud à la découverte de la
vaccine ; il prouve très - bien qu'il en eut l'idée avant Jenner.
Nous remarquerons encore que cet ouvrage donne des renseigne-
mens bien consolans sur l'esprit de tolérance qui règne sur beau-
coup de points de notre patrie. Chose remarquable, le fanatisme
n'a reparu que dans quelques grandes villes. Mais comment est-
il ai'rivé que l'jntolérance se soit remontrée souvent dans le lieu
où il y a le plus de lumières ? c'est un des mystères que le tems
éclaircira.
80. — Collection dt's mémoires relatifs à la Révolution française ,
par MM. Berville et Barrièrk (4" livraison ). Paris, 1821. Bau-
douin, rue de Vaugirard , n" 36. 2 vol. in-8". Prix, 11 fr.
Cette quatrième livraison contient les Mémoires inédits du mar-
quis de Ferrières , et le tome premier des Mémoires du baron de
Sesenvaî. L'importance de cette belle collection se fait sentir de
LIVRES FRANÇAIS. 173
plus en plus, à mesure de la publication des divers IVIémoire^.
L'impartialité dont les éditeurs, MM. Berville et Barrière, se font
une loi dans la révision de cet ouvrage, ainsi que les soins ap-
portés à son exécution typographique , justifient le succès qu'il
obtient en France et chez l'étranger,
8i. — Viede Bertrand d'Ahgentbé, jurisconsulte et historien bre-
ton; par MiORDET DE Kerdanet, docteur en droit, avocat à la cour
"de Rennes. Rennes, 1820. Duchesne , libraire , rue Royale. Bro-
chure in-S" de 3i pages d'impression. Prix, 60 cent,
D'Argentré est un des plus célèbres jurisconsultes bretons; on le
place à côté de ses illustres compatriotes Duaren et Duparc-Poullain.
Mais ce n'est pas seulement à ses travaux sur la jurisprudence qu'il
a dû sa célébrité; il a composé une Histoire de Bretagne^ que l'on
ne lit plus aujourd'hui, et qui n'en fit pas moins beaucoup de bruit
lors de sa publication. Le procureur général du parlement de Paris,
Jacques de la Guesle , lança ses foudroyans réquisitoires contre
l'ouvrage de d'Argentré, et le fit condamner et saisir comme un
livre téméraire, pernicieux , attentatoire au repos du royaume. Le
tombeau de d'Argentré ayant été retrouvé, en 1820, dans la démo-
lition d'une ancienne église de Rennes , un avocat breton , M. de
Kerdanet, profite de cette circonstance pour publier la brochure
que nous annonçons , et dans laquelle on trouve des détails cu-
rieux. A. T.
82. — Considérations sur la crise actuelle de V empire Ottoman ,
le» causes qui Vont amenée , et les effets qui doivent la suii^re; par
J. J. Pahis, ancien secrétaire en chef de la commission du gouver-
nement dans les départemens formant aujourd'hui la république
Septinsulaire. Paris, 1821. Imprimerie de Bobée , rue de la Tablet-
terie , n° 9. In-8» de i35 pages. Prix , 3 fr. 5o c.
Cette brochure doit être accueillie avec intérêt, dans un moment
où la Turquie paraît toucher à la dernière époque de sa décrépi-
tude et de sa décadence. L'auteur traite , dans le chapitre premier,
des causes principales de la faiblesse actuelle de V empire Ottoman ;
la principale, et même la seule, selon nous, de laquelle découlent
toutes les autres, c'est l'ignorance. Dans le deuxième chapitre , l'au-
teur présente un tableau assez fidèle de l'oppression des rayas. Il
nous entretient , dans le troisième , des causes directes de la dépo-
pulation de l'empire y parmi lesquelles il place la peste ^ rendue
17A LIVRES FRANÇAIS.
presque permanente dans le pays, par l'imprévoyance et les préjugés
religieux , Vavortement et \si famine locale , qui ravagent successive-
ment les provinces. Il pense que c'est porter la population de l'empire
Ottoman bien haut que de la supposer d'environ seize millions d'in-
dividus, dont sept millions seulement dans ses provinces d'Europe.
II retrace^dans le quatrième chapitre^la conduite de la Porte envers les
princes chrétiens. Dans le cinquième, il énumèrc les cause» de Vinsur-
reciion des Grecs-) et les motifs qui doivent engager les puissances
limitrophes de la Turquie à les soutenir. Quand il n'aurait fait que
peindre l'oppression dans laquelle se trouvent les Grecs^ sous la domi-
nation d'une puissance aussi despotique qu'imbécile, il en aurait dit
assez pour justifier leurs nobles efforts, et les secours généreux qu'on
serait porté à leur accorder. Dans le sixième chapitre , il prouve que
la décadence de Vampire Ottoman , dans tout ce qui a rapport à la
guerre., intrinsèquement très-réelle, est encore plus évidente,
considérée relativement aux progrès des puissances limitrophes. Le
chapitre septième est consacré à l'évaluation des forces militaires
effectives de l'empire Ottoman ^ qui sont portées^ cent quatre-vingt
mille combattant, dont cent mille au moins, dans une guerre
contre l'Autriche et la Russie , sont nécessaires pour la garde des
places et des postes militaires d'une frontière de trois cents lieues,
en Europe, et de celle d'Asie, qui confine avec le pays dépendant
de la Russie. Dans le huitième chapitre, l'auteur cherche à prouvci
que le commerce européen doit s'accroître par l'expulsion des TurL i
des provinces qu'ils occupent en Europe» A la fin du neuvième et
dernier chapitre, que M. Paris a consacré à la récapitulation dc>
faits et des raisonnemens exposés dans les précédens , il s'adrçsse a
l'empereur Alexandre, qu'il adjure de venir au secours des Grecs.
Mais, si M. Paris a bien jugé la Porte et le cabinet de Londres , doni
il dévoile toutes les manœuvres, fondées sur une base unique, soi
intérêt particulier et exclusif, il nous paraît partager, avec une grande
partie de l'Europe , l'erreur où l'on est encore aa sujet des vues de
la Rufisie et de ses moyens d'exécution. Nous aimons à croire à la
noblesse des sentimens et aux vues libérales du chef de ce vaste
empire; mais qui répondrait des intentions de son successeur? Sans
interpréter la conduite des gouvernemens européens, sourds à l'ap-
pel des Grecs, nous répéterons, parce que nous en avons l'intime
conviction , que la cause des Gbecs est la cause de l'Europe ENTiàBs.
83. — Voyage d'Anlénor en Grèce et en Asie , avec des notions
I.
LIVRES FRANÇAIS. 175
sin- l'Egypte ; manuscrit grec trouvé à Hcrculanum , traduit par
M. La KTiER. Quinzième édition, revue et corrigée par l'auteur. Paris,
1821. Arthus Bertrand, rue Hautefeuille, n° 23. Trois vol,in-8",
ornés de jolies gravures , et augmentés d'une carte géographique ,
qui ne se trouvait pas dans les éditions précédentes. Prix , 18 fr. , et
franc de port 22 fr.
On a souvent répété que le Voyage d' Anténor en Grèce était loin
de pouvoir être placé sur la même ligne que celui du jeune A na-
charsis. Mais, au-dessous du rang qu'occupe celui-ci , il en est en-
core de très-honorables : sans doute , le premier n'offre pas , comme
celui qui l'a précédé, une histoire savante et fidèle de la Grèce an-
tique ; mais ce n'est pas non plus un simple roman, et quatorze
éditions , qui n'ont pu épuiser encore la curiosité publique, prouvent
que l'auteur ne s'est point fait illusion lorsqu'il dit, dans son avant-
propos : « Heureux si les savans me lisent par curiosité , les gens du
monde par désœuvrement, pour acquérir sans peine quelques no-
tions sur les mœurs et les usages antiques ; les femmes, pour trouver,
dans les aventures amoureuses, un remède contre l'ennui et les va-
peurs, et un doux aliment pour leur sensibilité 1» E. II.
84- (*j — Cours de littérature ancienne , extrait de la Harpe.
Paris, 1821. Audot, rue des Maçons Sorbonne, n" 11. Deux vol.
in-i8, ensemble de 482 pages. Prix, 6 fr.
Cet ouvrage forme , avec la Flore de la botanique des dames ,
annoncée ci-dessus , la troisième livraison de rEncjclopédie des
dames,
85. Dictionnaire français i par ordre d'analogie; savoir : 1° dans
lès finales ou rimes • 2'> dans la classification des mots ; 3° dans le
genre des substantifs et des adjectifs ; 4° dans l'orthographe, comme
doublement des consonnes, etc.; 5° dans la prononciation; contenant
4,000 mots de plus que le dictionnaire de l'académie ,' noms propres
historiques , mythologiques, géographiques^ etc. 3, 000 vers, en partie
puisés dans les auteurs classiques pour fournir des exemples de
. toutes les rimes et de leurs homonymies, et distribué d'après un
• double ordre alphabétique, qui facilite les recherches, rapproche les
analogies et fait éviter les renvois; par P. A. Lemare , auteur
des Cours de lecture de langue latine et de langue française , etc.
Paris , 1821. Béchet aîné. Un vol. in-S" de 808 p. Prix , 9 fr.
Les ouvrages déjà publiés par M, Lemare lui ont mérité une place
17G LIVRES FRANÇAIS.
parmi ceux qui ont le mieux compris le génie de renseignement , et
qui, en suivant scrupuleusement la méthode des faits, comme la
seule qui instruit et forme des esprits justes, ont senti que le seul
moyen de rendre facile l'étude des faits, c'est de les distribuer,
après des observations bien faites, par groupes analogiques. Tout
consistait donc à savoir quelles sortes d'analogies il était utile de
prendre en considération. D'abord , l'auteur a vu que c'est dans
l'ordre seul des finales qu'on pouvait trouver des analogies , et que ,
pour faciliter les recherches , il fallait que cet ordre fût sévèrement
alphabétique. Le nouveau dictionnaire est donc nécessairement un
Dictionnaire des rimes. Dans aucun autre, on n'arrive plus faci-
lement au mot ou à la rime cherchée. Le double ordre alphabétique ,
pour la première fois introduit dans ce genre d'ouvrages, est une
idée aussi heureuse que simple. Il rassemble les analogies orthogra-
phiques et étymologiques, et distribue les rimes, selon le degré
de leur richesse; par exemple, les mots eri er (verbes) sont ainsi
figurés dans le titre et le sous-titre ; Ea, verbes bee, cbr, deb, éeb,
FEK, FFER, GEH , GKER , GusB^ ctc, Il résultc de là quc tous les vcrbcs
en er sont réunis, et que la voyelle ou consonne d'après les subdivise.
L'ordre alphabétique est observé rigoureusement dans les sous-
ordres comme dans l'ordre principal. On ne trouvera donc pas con-
fondu dans un seul article, comme dans d'autres dictionnaireâ, les
verbes en cer, ser, sser, et xer; quoique ces finales riment ensemble,
chacune d'elles est à la place que lui assigne l'alphabet.
Nous osons prédire que ce nouveau dictionnaire sera recherche
par les versificateurs, qui pourront s'aider souvent des listes analo-
giques pour améliorer la rime, par les étrangers qui aimeront a
trouver toutes les finales rangées par ordre alphabétique et de pro-
nonciation, et par tous les Français, qui ne veulent -pas croire aux
prétendues bizarreries de notre orthographe, et qui aiment à trouver
chaque mot à sa place. B.
86. — Dictionnaire des proue rbes français. Paris, 1821. Treuttel cl
Wiirtz, rue de Bourbon , n° 17. Strasbourg, même maison de com-
merce. Un vol. in-8<* de 4*8 pages. Prix, 5 francs, et 6 francs 4o ^•
parla poste.
Les premiers proverbes furent probablement les traits les plus
saillans, les sentences les plus utiles, ou le texte des chants natio-
naux, qui servirent d'annales pendant une longue suite de siècle^
LIVRES FRANÇAIS. 177
Les peuples policés admirent des proverbes dans leur langue , et
surent en tirer de l'histoire , de la mythologie, de l'apologue, des
lettres, des sciences, des arts, des divers règnes de la nature. On
ne croit pas qu'ils aient été réunis en corps d'ouvrage avant Poljdore
Virgile^ qui, en 1498, en publia un vocabulaire très incomplet.
Érasme, en i5oo, mit au jour 800 proverbes grecs et latins, et son
édition de 1617 en renfermait plus de 4,000; les xvi^ et xvire siècles
furent très-fertiles en livres de ce genre. Mais qui feuilletera jamais
Jean Lebon , le Bdif^ Nicot, Meurier, Oudin, Eidous , Bellin-
ger, etc», etc.? Rabelais a semé, dans son Pantagruel, une foule
de proverbes , plus ou moins piquans ou obscènes ; Cervantes en a
enrichi les discours de Sancho : on a gravé dans sa mémoire tous ceux
qui sont échappés de la plume de Molière et de Lqfontaine. JValter
Scott qui, dans ses poèmes et ses romans, a si bi^n peint les anciennes
moeurs de l'Ecosse , n'a pas négligé de nous faire connaître ses pro-
verbes. Il n'y a pas quatre-vingts ans qu'on eut l'idée agréable d'im-
proviser-en société de petites pièces de comédie, sur un adage qui,
ordinairement, se trouvait cité à la fin , comme la morale d'une fable.
Qui n'a pas lu les jolis proverbes de Collé., ceux de Carmontelle, ceux
que M. Gosse vient de nous donner ? Le Dictionnaire de Vacadèmie
renferme beaucoup de proverbes , et l'on pense que la commission ,
chargée de préparer une nouvelle édition de ce grand voca-
bulaire , n'oubliera pas que Cardan les appelait la sagesse des na-
tions. Nous ne parlerons pas ici du Dictionnaire comique de Leroux ;
il aurait dû le châtier pour qu'on put le mettre entre les mains de la
jeunesse. L'abbé Fuet a publié ses Proverbes français en 1789;
c'était le meilleur ouvrage sur cet objet, jusqu'au dictionnaire qu-
vient de paraître. On attribue ce dernier à un littérateur éclairé
€t modeste , qui l'a rempli de recherches savantes , d'observations
■fines et d'anecdotes peu connues. Nous nous bornerons à la citation
^'un seul proverbe dont on a fait des applications fréquentes.
VooEB {ne pas savoir à quel saint se); cette expi^ssion vien,.
Tie l'usage très-ancien de se vouer à quelque saint, dont le choix
était déterminé par la circonstance où l'on se trouvait; par exemple ,
pour avoir un bon gîte, les pèlerins s'adressaient à Saint- Julien,
I ^it l'Hospitalier. Ces sortes de dévotions n'ont pas toujours été à
I i'abri du ridicule ; on a invoqué Saint-Clair pour les yeux , Saint-Lié
pour \es enfans noués, etc. , mettant en rapport le nom du saint
avec celui de la maladie.
TOMÏXI. Ï2
178 LIVRES FRANÇAIS.
Le |our de Saint-Léger (5 octobre), nos pères auraient eu de la
répugnance à ensemencer la terre, dans la crainte que le blé ne
devint léger; le 29 janvier, ils invoquaient Sainte-Sérène , à Metz,
pour avoir du beau tems. de L**.
87. — Discours quia remporté le prix d" éloquence ^ en 1821, au
concours proposé par l'Académie française j sur cette question : « Dé-
terminer ce qui constitue le génie poétique, et indiquer comment il
se fait reconnaître , indépendamment de la diversité des langues et
des formes de la versification , dans tous les divers genres , depuis
l'épopée jusqu'à l'apologue. » Par A. F. Théry, professeur de se-
conde au collège royal de Versailles, Paris , 1821 , imprimerie de F.
Didot. In-4° de 27 pages.
Le sujet proposé par l'académie française a dû tenter l'inexpé<
rience de beaucoup de concurrent ; mais ils ont pu se convaincre
de l'extrême difficulté que présente une pareille question , lorsqu'ils
ont essayé de la résoudre ; et ceux qui ont montré le plus de talent
sont aussi , sans doute , ceux par qui cette difficulté a été le mieux
appréciée ; M. Théry l'a bien sentie ; « Il est de ces questions délica-
tes, dit-il, qu'on ne peut toucher, pour ainsi dire, sans une témérité
inutile ; comme la nature physique, l'esprit a ses mystères , auxquels
tous les profanes ne peuvent être initiés, et qu'ils doivent respecter
en silence. » Et ailleurs : « Il est des objets qu'on indique à l'esprit
et au goût, mais qui se fondent et s'évaporent dans l'essai d'une
définition scrupuleuse. » M. Théry a triomphé en partie des diffi-
cultés qu'il avait s| habilement reconnues^ son discours est rem-
pli d'idées , sinon bien neuves ( il n'était peut - être guère pos-
sible d'être neuf sur un pareil sujet ) , du moins justes , ingénieuses
et dictées par le goût le plus classique. Il trouve , dans le spectacle
de la nature , dans l'étude de l'homme et dans la contemplation des
choses surnaturelles, la source de ces émotions qui font le poète.
M. Théry nous montre^ dans l'imagination et l^ inspiration ^ les deux
seules facultés qui distinguent le vrai poète ; ensuite il peint , en
traits rapides, le caractère des écrivains sacrés et des poètes pro«
fanes; puis, après avoir prouvé que le langage mesuré est le plus fa-
vorable à la manifestation du génie poétique, il indique les signes
auxquels on reconnaît ce génie , dans les divers genres. Le style de
M. Théry est élégant et pur , il annonce des études solides et un
4ieureux talent^ Vnc idée ingénieuse , et qu'anc aventure de la vie
I
LIVRES FRANÇAIS. 179
rlù Tasse a pu inspirer à l'auteur , anime touf ce discours ; c'est le
chantre des croisades lui-même qui est ici mis en scène , et qui ré-
vèle à un hôte, dont il est inconnu, ce que c'est que le génie poétique.
Il nous semble que M, Théry n'a pas trouvé dans cette fiction tout
ce qu'elle faisait espérer ; ce qu'il met dans la bouche du Tasse est
fort bien dit , sans doute , mais nous aurions désiré un ton et des
images qui eussent mieux caractérisé ce grand poète , et qui l'eus-
sent fait reconnaître aux lecteurs, sans qu'il eût besoin de se nommer
lui-même. Ce que nous demandons était peut-être difficile , mais
M, Théry était capable de le tenter. On sait que plusieurs concur-
rens ont obtenu une mention, après le vainqueur; et M. Bert,
nommé dans le rapport du secrétaire perpétuel , a long-tems dis-
puté la couronne ; nous regrettons que son discours ne soit pas im-
primé; nous sommes persuadés qu'il aurait partagé les suffrages du
public , comme il a balancé ceux de l'académie. M. A.
S8» — Bibliothèque Russe, ou Collection de morceaux choisis delà
littérature russe, rédigée et publiée par M. Fursi Laisné-Mielansko,
Tome I, 1" partie, contenant les Instructions de Catherine II, pour
l'éducation de ses petits-fils Alexandre et Constantin , au maréchal
prince de Soltikof , accompagnées de pièces y relatives et d'une
esquisse de la vie du maréchal. — Spécimen. Paris, 1S21. De l'impri-
merie de Smith à Paris, et se trouve à Meulan , chez l'éditeur français
€t au bureau central de la Reu: Encyc,^ rue d'Enfer, n° 18. In-i6.
Prix , 5 fr.
89. — Épitre h un disciple de Boileau , contre la satire person-
nelle , par M. Paillet de PLOMBiiaEs. Paris , 1821. Chez l'auteur, à
son cabinet littéraire , rue Saint-Domin ique , n° 25. Brochure in-S"»
de deux feuilles d'impression. Prix, i fr.
90. — Les Politiques-, satire, par J. B. de P. Paris, 1821. De l'im-
primerie d'Éverat, rue du Cadran , n°. 16. Brochu,re d'une feuille
d'impression.
L^ Épitre à un disciple de Boileau est l'ouvrage d'un boa citoyen,
d'un homme de bien, qui a trouvé assez de talent pour faire lire des
vers dans lesquels il ose s'armer contre le législateur du Parnasse.
Elle est adressée au jeune Falaize de Verneuil, ardent admirateur
du poète satirique, et qu'une mort prématurée a enlevé aux lettres
et à l'amitié. L'auteur veut le détourner d'un penchant funeste,
d'autant plus commun chez les jeunes gens, qu'il oifre des palmes
12 *
180 LIVRES FRANÇAIS.
faciles à cueillir. I/abhé Cassa^ne est mort des chagrins que lui
ont causés les sarcasmes de Boileau y ce fait , sur lequel repose toute
l'épître, décrit en vers qui ne manquent ni de chaleur ni d'énergie,
est bien propre à faire réfléchir le jeune insensé qu'un travers d'es-
prit porte à verser le ridicule sur tout , indistinctement, et qui, dans
son aveugle délire , sacrifie au plaisir d'un bon mot les choses k s
plus innocentes, et quelquefois les plus respectables. Laisse là,
lui dirons-nous , l'écrivain médiocre et le poète sans génie , auxquels
peut-être la faim a fait prendre la plume ; étudie les droits de l'hu -
xnanité , les lois de ton pays ; apprends à respecter les hommes et les
choses utiles ; montre-toi dans les rangs de ceux qui consacreut
leurs talens au bien public ; et , lorsque ton exemple et tes vertus
auront acquis de l'autorité à ta voix et à tes conseils, alors arme-toi ,
si tu veux, du fouet vengeur de 4a satire , mais souviens-toi bien que :
C'est contre les méchans qu'un vertueux délire
Doit lancer tous les traits d'une mâle satire.
Écris pour l'univers 1 Dans ton vol glorieux.
Plane sur tous les tems comme sur tous les lieux!
Appelle au tribunal de ta muse énergique
Le guerrier, déserteur de la cause publique ;
Le vampire engraissé du sang des nations ;
L'avide publicain , gorgé d'exactions ;
Le magistrat vénal qui protège le vice ;
Le juge corrompu , soutien de l'injustice ;
L'intrigant qui, sans cesse , aux plus lâches desseins.
Immole sans pudeur les devoirs les plus saints ;
Le vil séditieux ; le délateur perfide ;
Le flatteur, dont la langue est un glaive homicide ;
L'hypocrite, abusant du respect des mortels;
L'envieux, du grand homme insultant les autels ;
Le fils , qui d'un bon père outrage la vieillesse ;
L'époux qui d'une épouse opprime la faiblesse ;
La mère de sa fille égarant la candeur ;
L'amante à vingt rivaux jurant la même ardeur ;
Le sybarite impur ; l'avare inexorable;
Le joueur; en un mot, cette foule exécrable
De mortels dégradés , d'infâmes, dont le front
Appelle le cachet d'un éternel affront!
LIVRES FRANÇAIS.
181
Nous aillions voulu pouvoir annoncera M .Paille t, qu'il s'est pré-
senlé dans la lice un poète doué d'une partie des qualités que nous
demandons dans celui ^qui s'érige en censeur public des actions de
SCS concitoyens ; mais , avec la meilleure volonté possible , nous
ne saurions trouver autre chose dans la satire personnelle de M. J .
B. de P. , que l'envie impuissante de- tourner en ridicule quelques
hommes respectables , contre lesquels viendraient s^émousser des
traits mieux acérés que les siens. E. Héreau.
91. — Dévouement et mort de Lamoignon de Malesherbes^ poèm e
en trois chants, ouvrage qui n*a point concouru pour le prix proposé
par l'académie française; par M. db Citehne. Paris, 1821 ; chez les
marchands de nouveautés.
L'auteur a développé quelques parties de son sujet dans des notes ;
et , dans ses vers, il se montre partout l'ami de la justice, des lois et
de la liberté. On pourra juger des nobles vues qui l'animent et de
son talent par les vers qui suivent :
J'ai vu dans nos palais des flots d'adulateurs
A des dieux passagers mendier des faveurs,
Et prodiguer , sans honte , au jour de la disgrâce ,
A ces Dieux renversés, l'outrage et la menace.
J'ai vu le vice altier remplacer les vertus , .
L'honneur sacrifié sur l'autel de Plutus,
La bassesse enrichie "adorer l'esclavage ;
Du sol qu'il défendait proscrire le courage ,
Et des profanateurs au farouche regard ,
Jusque sous leurs parvis poursuivre les beaux arts.
Aux idoles des cours , indépendante et fîère ,
Ma main n'offrit jamais un encens mercenaire ;
Je n'ai point à rougir de ces honteux écrits
Dont on ose accabler le malheur des proscrits.
Dans mon premier essor, je prends l'honneur pour guide :
Qui méprise Séjan , peut chanter Aristide.
I L— s.
92. — La famille Elliot, ou l'ancienne inclination ^ traductio
libre de l'anglais , par madame de Montolieu ; nouvelle édition.
Paris, 1821. Arthus Bertrand, rue Hautefeuille , n» 23. Deux vo-
lumes in-i2 , ornés de figures {les i5* et 16^ de la collection des
I
182 LIVRES FRANÇAIS.
ceuvres complètes de l'auteur. ) Prix : pour Paris, 6 fr. ; par Far pùsfe^
7 fr. 5o c.
L'héroïne de ce roman est une jeune personne qui nourrit an Tarxâ
de son cœur une inclination secrète , sans savoir si elle est partagée»
Il résulte , de cette situation , que Taoteur a su éviter les scènes
d'amour, si souvent répétées et si fastidieuses. L'amour, ce premier
mobile des romans , est presque voilé dans celui-ci ; et, quand Je
lecteur le devine , l'intérêt augmente et devient même assez vif,
sans que l'on rencontre d'autres événemens que ceux de la vie la
plus ordinaire et d'autres tableaux que des scènes de famille, tracée»
avec tant de naturel qu'on croit en être le témoin. Telle est l*«nalyse
fidèle de la famille Elliot , analyse extraite presque mot pour mot
d'une note dont madame de Montolieu a fait précéder sa traduction.
On trouve en tête de l'ouvrage une notice biographique sur l'auteur
anglais, Jane Austen , dont madame de Montolieu avait déjà fait
connaître un autre ouvrage, intitulé : Raison et Sensibilité (i\ Je ue
sais ce qui intéressera le plus les lecteurs, de l'ouvrage même ou de
cette notice, traduite également de l'anglais; ceux que la peinture
de malheurs imaginaires émeut , ne sauraient rester insensibles au
récit d'infortunes réelles ; et, à ce titre, la mémoire de Miss Austen
réclame une partie des pleurs que fera répandre la lecture de ses
ouvrages. E. H.
93. * — Description de V Egypte, Tom. II. Paris, 18a 1. Panc-
kouke , rue des Poitevins, n°. 14. 1 vol. in-S". de 600 pages, satiné.
Prix , 7 fr.
Ce volume est consacré à la description de Thèbes. On aura , pour
la première fois , une idée exacte et complète des monumens dont
tant de voyageurs anciens et modernes n'avaient pu parler que d'une
manière peu satisfaisante ; enfin , les auteurs de cette description ,
MM. JoUois et Devilliers, ont réalisé , avec une constance et un cou-
rage dignes des plus grands éloges , les vœux qu'exprimait , au sujet
de l'Egypte , le plus grand de nos orateurs , Bossuet , en ces termes-
si remarquables : « Quelle puissance et quel art ont fait d'un tel
pays la merveille de l'univers , et quelles beautés ne trouverait-on
pas , si on pouvait aborder la ville royale , puisque si loin d'elle ou
trouve des choses si merveilleuses 1 »
(1) Publié chez le mOmc libraire que celui-ci.
¥
LIVRES FRANÇAIS. 183
t)4, — Description de V Egypte, Dix-hditiîjm» livuaisoi». — Anti-
quités. Vol. 1 ; pi. 53. Façade du temple d'Edfoù. PI. lo. Figures
hiéroglyphiques. — Etat moderne. — Arts et métiers* PI. i6. Le tein-
turier et le cordier. Le teinturier moderne a retenu bien peu des
pratiques des anciens Égyptiens , qui étaient si avancés dans l'em-
ploi' des matières colorantes, qu'on aurait aujourd'hui de la peine à
imiter l'éclat de certaines couleurs , encore intactes dans leurs pein-
tures. — État moderne, PL 20. Vue de l'île de Roudah. — Histoire
naturelle. — Botanique.Pl. g. Deux espèces de graminées.
Dix-NBcviÈMB LIVRAISON^ — Antiquités. Vol. i , PI. 24. Monumens
de Fhilae. — Antiquités, Vol. i,pl, 21. Cette planche est consacrée
aux chapiteaux du temple d'Isis.à Philae. — État moderne. Vol. 1 ,
pi. i3. Fontaines, dites de Moïse $ situées au milieu d'un désert , sur
la route du mont Sinaï , et sur celle de la caravane du Kaire à la
Mecque , à plusieurs lieues au midi de Soueys. — État moderne ,
pi. 29. Mosquée bâtie par Ebn Touloun , un des plus anciens monu-
mens du Kaire. Elle a été construite sur une hauteur qui est sur le
point le plus voisin de l'ancienne Babylone , et qui a été l'endroit du
Kaire le premier habité. — Histoire naturelle, — ^ Zoologie. Poissons
du Nil. PI. 12. L'un des deux poissons du Nil gravés dans cette
planche, le malapterure électrique, est renommé chez les Égyp-
tiens à cause de la faculté qui lui est commune avec la torpille.
Quand on le tient dans la main , on éprouve une forte secousse qui
est suivie d'engourdissement. Ce poisson est sans écailles : il est exclu-
sivement propre à ce fleuve , ainsi que presque tous les poissons du
Nil connus jusqu'à présent.
95. — Antiquités historiques et monumentales à visiter de Montfort à
Corseuil,par Dinan, et au retour, par Jugon avec addition des anti-
quités de Saint-Malo et de Dol , etc. ; par M. Poigkand , juge au tri-
bunal de Montfort. Rennes , 1820. Duchesne , libraire. Broch. in-8°
de i54 pag. d'impression. Prix, 2 f. 5o c.
Cet ouvrage contient quelques détails intéressans sur les antiquités
romaines et celtiques , que l'on voit encore dans une partie de la
Bretagne ; mais l'auteur rapporte souvent des faits inutiles et ra-
contés avec peu d'art. Il nous semble aussi qu'il aurait pu soigner
davantage son style. A. T.
96. — Vues pittoresques , historiques et morales du cimetière dic
P. La Chaise , représentant ses sites , ses points do vue les plus ma-
I-
iSh LIVRES FRANÇAIS.
gnifiques , les scènes les plus touchantes du culte rendu à la cendre
des morts, et quatre cents tombeaux avec les épitaphes des hommes
les plus fameux , et de ceux dont ils sont voisins dans la tombe ; des-
sinées d'après nature , par MM. Vigkeeon et Doplat , et gravées à
l'aqua-tinta , par M. Jazet et les meilleurs artistes ; accompagnées
de leurs descriptions topographique, monumentale et morale, et de la
vie des personnages vertueux ou célèbres dont la cendre honore cet
asile funéraire, par F. M. M... de Beacmojct. I^« et II^ livraisons
sur 12 qui composeront l'ouvrage. Prix de chacune par souscription,
4 fr. papier d'Angoulême , 8 fr. papier vélin. Paris , 1821. Chez l'au-
teur , rue d'Enfer- Saint-Michel, n°6i.
Ces deux livraisons contiennent la description des tombeaux
d'Héloïse et d'Abeilard , de M. le comte Colbert , du général Berc-
keim dans la sépulture des familles MuUer et Soehnée , du monu-
ment du maréchal Masséna, du tombeau du maréchal Lefebvre, et des
monumens des généraux Dumuy et Collaud , les sépulcres des fa-
milles Barry , Desfâmes et Teissier ; une vue représentant une
veuve embrassant les restes de son mari , six semaines après son
exhumation , fait arrivé le 21 mars 1821 ; la description des tom-
beaux de M. Petit , professseur à l'école polytechnique , de Jacques
Delille , de Boufflers , du bailli de Crussol, du duc de Frias , de
Monge , et la vue de l'entrée du bosquet du dragon.
97. — Promenade au centre du Grand-Genlilly , près Paris , sui-
vie d'une esquisse descriptive et topographique de ses environs. Pa-
ris, 1821. Pluquet, rue de Tournon n° 4« 1 vol. in-i8 de i42pages.
Prix 3 I fr. 5o c.
Mémoires et Rapports de Sociétés savantes et cTutitiié
publique,
98. — Compte rendu des travaux de la Société d'agriculture ,
histoire naturelle et arts utiles de Lyon, depuis le i«' mars 1S20
jusqu'au i»' mars 1821 . par M. L. F. Gbognieh, secrétaire de la
Société, etc. Lyon, Barret, 1821, in-8° de 270 pag.
La Société d'agriculture de Lyon est une de celles qui encouragent
le plus les arts utiles ; et ses travaux méritent d'ètj-e signalés d'une
manière particulière. La première partie du Compte rendu comprend
l'analyse d'un grand nombre de Mémoires sur la statistiq ue agricole
du département du Rhône. Cette analyse , écrite avec netteté et
i
LIVRES FRANÇAIS. 185
préoision, suffit pour donner une idée générale du sujet, en même
tems qu'elle offre tous les renseignemens possibles à ceux qui dési-
reraient l'approfondir. L'économie rurale , l'art vétérinaire, et géné-
ralement les divers arts utiles , ont été l'objet des travaux des
membres ou correspondans de la Société ; M. Grognier en indique
le résultat, et nous met à portée d'en profiter. On trouve, dans
l'article Nécrologie^ une notice biographique sur M. Rast-Maupas ,
qui , entre autres services rendus à l'agriculture , a inventé une
façon de greffer à laquelle notre savant M. Thouin a imposé le
nom de greffe Maupas, Le volume est accompagné de trois plan-
ches lithographiées. Elles représentent , i ° des toits à cintre , de
l'invention de M. de la Chapelle; 2° un échenilloir à courbet, de
l'invention de M. Madiot ; 3° un compas à mesurer la grosseur
des arbres, par M. Faissoles. X.
99. — Société des lettres , sciences et arts de Metz; années 1819
et 1820 ; séance générale du i5 avril 1821. Metz^ juillet 1821. Chez
Antoine, imprimeur du Roi. In-8° de 80 pag.
M. Gorcy, président de la Société , a ouvert cette séance par
un discours sur l'utilité des sociétés savantes , et M. Herpin, secré-
taire , a fait un exposé des travaux de la Société , pendant les an-
nées 1819 et 1820. Ensuite M. Tavemier 2l lu un Mémoire sur la
lithographie; M, Bergery , des Considérations sur f économie poli-
tique des grandes villes ; M. Thiel , des Réflexions sur les rap-
ports entre les sciences et les arts ; M. Chaumas , des Considéra-
rations sur les dangers des inhumations précipitées ; enfin , M. Mâ-
cherez , un Éloge historique de feu M. Razout, lieutenant général,
La Société a proposé deux prix ; l'un de 3oo fr. , pour le perfec-
tionnement des machines soufflantes; l'autre, de i5o fr. , pour la
propagation de la langue française dans les parties allemandes
du département de la Moselle» Les mémoires devront être adressés,
francs de port, avant le 1^' Janvier 1822 , à M. Herpin , secrétaire
de la Société , à Metz. On trouve le programme détaillé de ces
prix dans le compte rendu de la séance du i5 avril.
ioo, — Société des sciences médicales du département de la Mo-
selle.— Séance générale du 17 juillet 1821. Metz, 1821. Mad. Ver-
ronnais, imp.-lib., place de l'Hôtel-de-Ville. Brochure in-8° de 67 p.
Le discours d'ouverture de M. le docteur porcy, président, est
suivi du compte rendu qu'a rédigé M, Mousseaux. secrétaire, des
travaux de la Société, depuis sa fondation en 1819 jusqu'en juillet
186 LIVRES FRANÇAIS.
1821. La composition de cette compagnie naissante fait espérer que
ses travaux ne seront pas sans utilité pour l'art de guérir.
101. — Recueil de la Société libre d'émulation de Rouen. Rouen,
1821. Imprimerie de F. Baudry. 1 vol. in-8° de 92 pag.
Ce Recueil contient un discours de M. Perrin , président de la
Société , sur Vhistoire et les avantages des réunions qui ont pour
objet Vapancement des connaissances humaines ; un mémoire de
M. Langlois, peintre, sur la calligraphie des manuscrits du moyen
âge ; un autre de M. Benj» Gaillon , sur la fructification d'une
tribu des plantes marines, appelée Thalassiophytes symphysistées.
Ce Mémoire contient une série d'observations microscopiques et
physiologiques, d'où sont déduites des généralités sur les moyens de
reproduction des végétaux marins; l'auteur a résolu négativement la
question de l'existence de la double fructification ^ qui partage
d'opinion les naturalistes spécialement occupés de l'étude de ces
végétaux (Fbj^^z ci-dessus, pag. i53.) Le Mémoire de M. Langlois
renferme des détails curieux et historiques sur les peintures bril-
lantes et souvent très-bizarres d'un grand nombre des vieux et
précieux manuscrits français. Il est orné de gravures dues au burin
de mademoiselle Espérance Langlois^ sa fille , et qui offrent, avec
la plus grande exactitude, la copie de vignettes et enluminures
des xi« et xii« siècles. Le compte rendu des travaux annuels
de la Société , par M. IjC Marquis^ secrétaire de correspondance,
occupe une place étendue dans ce recueil , et présente des détails
analytiques très-intéressans. On y trouve aussi deux notices ; l'une |
de M. Le Bret; l'autre de M. Leuy; la première sur l'utilité que
l'on retirerait dans les arts, l'agriculture et la médecine de la mul-
tiplication et de la culture, en Normandie, de l'argousier (Azppo-
phœ rhamnoides) qui croît naturellement sur les sables maritimes.
La notice de M. Leuy a pour objet l'influence diverse que pro-
duisent, sur la fabrication des étoffes de coton, la situation et l'expo-
sition des locaux où s'exécute ce genre d'industrie. Le Recueil
est terminé par le rapport de M. Vingtrinicr, secrétaire du bureau,
rapport dans lequel il expose les efforts honorables de la Société,
pour s'associer au grand œuvre de la prospérité publique , en exci-
tant l'industrie des artistes laborieux , par des médailles d'encou-
ragement, dont la distribution s'est faite au concours de cette
année. B. G.
102. — RcglcmcnL de la Sociclc pour l'instruction élémentaire éta-
LIVRES FRANÇAIS. 187
èlie à Carcassonne t précédé d'une Notice historique et sommaire
sur la propagation de V enseignement mutuel en France. Carcas-
sonne, 1821. Imprimerie de P. Polère. Brochure in-S" de 10 pages.
Ces dix pages auront peut-être plus de prix , aux yeux des amis de
l'humanité^ que plusieurs volumes remplis de brillantes inutilités ,
qui sont enfantés par le caprice et accueillis par la mode. Elles
offrent le tableau d'une société animée du seul désir du bien public,
et qui fait un appel aux cœurs généreux et aux esprits éclairés, pour
les faire concourir à son noble but. On lit, dans la Notice qui pré-
cède le Règlement de cette société , que , a lorsque le traité de Paris
eut rétabli les communications si long-tems interrompues entre la
France et la Grande-Bretagne, plusieurs philantropes français ayant
eu occasion de remarquer , en visitant l'Angleterre, les avantages
que ce pays retirait déjà des nouvelles écoles établies dans son sein ,
ils communiquèrent à leurs amis, à leur retour en France , les ren-
seignemens précieux qu'ils avaient obtenus de la Société formée à
Londres pour les écoles britanniques. D'un autre côté , quelques
membres de cette société étant venus à Paris , y répandirent ces
bienfaisantes semences , et offrirent le concours généreux de leurs
efforts... Bientôt, en i8ï5, la Société d* encouragement pour Vindus'
trie nationale souscrivit, pour une somme de 5oo fr. en faveur de
la nouvelle association qui se formait, et mit à sa disposition les
moyens d'exécution qui étaient en son pouvoir. » On aime à voir
l'Angleterre et la France sur la même route , quand il s'agit du bien
général. Que de sang, que de maux épargnés, s'il n'avait jamais
existé d'autre rivalité entre deux nations si bien faites pour s'en-
tendre et pour s'estimer 1 Espérons que peu à peu tous les départe-
mens de la France et toutes les contrées de l'Europe jouiront de
cette instruction primaire perfectionnée ^ qui est l'un des bienfaits
les plus importans de la civilisation moderne. E, H,
Ouvrages périodiques,
io3. — Bibliothèque physico-économique , ou Recueil périodique
de tout ce que l'agriculture , les sciences et les arts qui s'y rattachent
offrent de plus intéressant ; par une société de savans et de proprié-
taires ; rédigé par M. Thiébaut de BEaNEAuo , membre de plusieurs
sociétés savantes nationales et étrangères. Paris, 1821. Arlhus Ber-
trand, libraire, rue Hautefeuillc , n" 25. Prix, 12 fr. par année.
( Cahier du mois d'octobre 1821.)
188 LIVRES FRANÇAIS.
La Bibliothèque physico-économique est divisée en six section
diJSerentes : i° l'économie rurale; 2° Véconomie domestique ; 3° V éco-
nomie animale; 4° un bulletin des sciences; 5° un antre relatif aux
arts industriels ; 6° un article destiné aux variétés. Dans un petit
nombre de pages . le rédacteur actuel offre , tous les mois , des mé-
moires importans , des faits nombreux et nouveaux.
La Bibliothèque physico -économique a commencé de paraître en
1782 jusques et compris 1797. Cette première collection forme 24^0!,,
ou seize années, dont le prix est de 84 fr., franc de port. Chaque vo-
lume se vend séparément 3 fr. 5o c. La reprise , ou seconde collec-
tion, rédigée par MM. Sonnini et Denis de Moktfort, a commencé
en 1802, jusqu'en juillet 1816. Elle forme quinze années et demie,
ou 28 vol. , avec i65 planches. Prix, i38 fr. , franc de port. Chaque
année se vend séparément 10 fr. La troisième série, rédigée par
M. Thiébaux DE Berneald, à partir de 1817, forme quatre années,
ou 8 vol. in-12 , avec des planches. Le prix est, ponr chaque année,
de 12 fr. par la poste.
La Bibliothèque phj sico-économique paraît exactement tous les
mois. A la £n de Tannée ^ les douze cahiers forment deux volumes.
Chaque volume contient une table systématique des matières qui y
sont contenues. Le prix de l'abonnement , pour 1S21 , est de 12 fr.
pour douze cahiers de trois feuilles in-12, avec des planches , quand
le sujet l'exige , que Ton reçoit franc de port.
104. — Journal des sciences médicales; 69* numéro. Septembre
1821. In-80.
Cette nouvelle livraison nous confirme dans l'opinion favorable
que nous avions depuis long-tems exprimée en faveur de ce recueil.
{J^oy. ci-dessus, T. II, p. 282. j On trouve dans ce cahier un boa Mé-
moire sur les difficultés que présente la diagnostique des maladies des
cnfans et sur la nature de ces maladies , ainsi que les analyses de plu'
sieurs ouvrages de médecine , faites avec soin et impartialité. On s'a-
bonne au bureau du Journal universel des sciences médicales, rue
Duphot, n° 1 1 , et chez Méquignon-Marvis, rue de l'École-de-Méde-
cîne, n» 3.
io5. — Bibliothèque DE famille, ou Choix d'instructions familières
sur la religion, la morale , les élémcns des connaissances les plus
essentielles, et sur V industrie et les arts; Recueil périodique,
publié chaque mois, par livraisons, in-ia de 72 pages chacune,
tIVRES FRANÇAIS. I89
depuis le premier janvier 1821. On s'abonne au bureau central de
Ja Revue Encyclopédique, rue d'Enfer, n° 18, et chez Arthus
Bertrand , rue Hautefeuille , n" 23. Prix de rabonnement pour l'an-
née, 12 fr. pour Paris; i4fr. pour les départemens. (Voy. ci-dessus,
Rei^', Encjcl.i Tom. VIII , pag. 647, et T. IX, pag. 372.)
Ce petit Recueil, trop peu connu jusqu'ici, parce qu'il a été
à peine annoncé dans nos journaux quotidiens, si prodigues de
futilités, est l'ouvrage d'une jeune dame, dont la modestie, qui
aime toujours à se couvrir d'un voile , et dont la vie retirée et la-
borieuse, tout entière consacrée à l'instruction de l'enfance (i)
et au bien de l'humanité , ne sont guère propres à faire valoir ses
productions. Trop souvent, les meilleures choses ne réussissent
que lentement et au bout d'un long espace de tems , lorsque la jus-
tice tardive du public les apprécie.
On s'est plaint long-tems , en France , de n'avoir aucun de ces
ouvrages périodiques, très-communs en Allemagne et en Angle-
terre, qui ont pour objet d'offi'ir à l'enfance une lecture agréable
et instructive. La Bibliothèque de Famille, spécialement consacrée
aux enfans et aux adolescens des deux sexes, ainsi qu'aux familles
des classes pauvres et industrielles, parait devoir remplir cette lacune;
mais elle ne compta encore que dix mois d'existence , et n'a eneore
circulé que dans une sphère-peu étendue. Le plan de ce recueil est
sage et bien conçu. Il embrasse , dans quatre paities ; i°des instruc-
tions religieuses et morales , quelquefois empruntées à nos meilleurs
écrivains, Fénélon , Massillon , Bernardin-de-Saint-Pierre , et ap-
propriées à l'intelligence du premier âge , quelquefois présentées
sous la forme vivante et animée d'entretiens de famille ou de con-
(i) L'auteur de la Bibliothèque de famille a publié trois autres
ouvrages; i" une traduction élégante de l'ouvrage anglais de Miss
O'heeffe-, intitulé; les Patriarches ou la Terre de Chanaan^ his-
toire en tableaux, tirée des Saintes-Ecritures. Paris, 1819, 2 vol. in-12:
prix, 5 fr. — 2° Petit Manuel de morale élérûentaire ^ à l'usage des
enfans , Paris , 1819. Colas, rue Dauphine, n° 52, un vol. in-i2
de i3o pag. ;— 5° Petits Contes Moraux^ en partie^ traduits ou imités
âe ceux de Miss Edgeworth ; 2 vol. in- 18, Eymery libraire: prix,
2 fr. {Voy. çi-dessus, Reu. EncjcL Tom, IV, p. 444; Tom. V,
p. 548; Tom. VIII, pag. 374.)
190 LIVRES FRANÇAIS.
férences d'un vieillard retiré à la campagne avec de bons paysans 9
ser voisins r cette partie comprend aussi des renseignemens sur
divers établissemens de bienfaisance et des traits de vertu et de
dévouement ; 2° des notions élémentaires sur les arts mécaniques,
industriels et économiques , sur la tecbnologie, sur la médecine
populaire, sur l'économie domestique ; 3" sous le titre de mélanges j
des historiettes morales , qui excitent l'intérêt et adoucissent , pour
ainsi dire, le ton un peu sérieux des deux premières parties ; 4° enfin ,
des annonces d'ouurages nouveaux qui se r apportent au but de ce
recueil j la réunion de ces annonces forme peu à peu un catalogue
d'ouvrages propres auy en/ans , que ceux-ci et leurs parens peu-
vent consulter avec fruit. L'exécution de ce plan , suivie avîc cons-
tance et avec zèle . s'est améliorée visiblement , depuis quelques
mois, et tend à s'améliorer encore. L'auteur accompagne souvent
les cahiers de petites gravures ou de planches litographiées. Pour
le prix modique de 12 francs par an, les parens et les instituteurs
peuvent procurer, tous les mois , à leurs enfans et à leurs élèves,
un petit ouvrage qu'ils peuvent lire, toujours sans danger, très-
souvent avec profit ou avec plaisir.
On a fait relier à part les six premiers cahiers en un seul volume,
avec une table des matières, et cet ouvrage paraît convenir par-
faitement pour Être donné en prix dans les écoles , soit primaires ,
soit secondaires ; car l'ouvrage a paru comporter à la fois de petits
dialogues ou des entretiens qui conviennent parfaitement au pre-
mier âge, et des connaissances plus élevées présentées sous une
forme moins élémentaire. Les 2 vol., ornés de gravures, formeront,
à la fin de cette année , d'agréables étrennes.
Ceux des parens et instituteurs qui prennent à la fois un certain
nombre d'exemplaires, obtiennent une remise dont on traite de
gré à gré ; car les vues entièrement désintéressées de l'auteur lui
ont fait chercher les moyens de livrer cet ouvrage au plus has prix
possible. Deux journaux allemands, très-estimés , citent ce recueil
avec éloge; la plupart des journaux français n'en ont fait aucune
mention. M. le préfet de la Seine , d'après la recommandation de
la société d'éducation, a souscrit pour 12 exemplaires. S. E. le mi-
nistre de l'intérieur a témoigné l'intention d'en faire prendre uq
plus grand nombre, pour le faire connaître aux préfets, aux maires,
aux curés , aux regens et maîtres d'école, qui n'ont besoin que de
LIVRES FRANÇAIS. 191
savoir qu'un tel ouvrage existe pour le rechercher et pour lui pro-
curer de nombreux lecteurs, avides de ce genre d'instruction.
Espérons que cette entreprise bienr^isante et philantropique , qui
est une heureuse inspiration d'un excellent cœur, secondé par un
très-bon esprit, sera encouragée et soutenue par les suffrages, et par
les souscriptions de beaucoup d'hommes de bien , pénétrés de la
nécessité de rendre plus populaires les principes de la vraie religion
et de la morïtle. M. A. J.
Livres en langues étrangères imprimés en France,
106, — An Essqy on ihe superstition , customs and arts , etc. —
Essai sur les superstitions , coutumes et arts communs aux anciens
Egyptiens, aux Abyssiniens et aux Ashantes; par T. Ediuard Bow-
DicH. Paris , 1821. Imprimerie de Smith , in 4°. de neuf feuilles.
107. — Julia, o la Nueva Heloysa'y cartas de dos amantes habi-
tantes de una ciudad chica a la faida de los Alpes, , recogidas y pu-
blicadas por J. J. Rousseau. Traducidas por J. Marchena , con la-
minas finas. —Julie, ou la Nouvelle Héloïse de 3. 3. Rousseau, tra-
duite en espagnol. Toulouse , 1821. Imprimerie de Belleguarigue ,
4 vol, in-12 , ensemble de 5y feuilles un quart.
VVV»^/VV\VV»/\VVVV*/VVVVVVV%»^\»***V%a'VVV^\VVV\V»/V\VVV%»/\'\'V»/VV\VVVVVVV\V\^ %,v
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES
ET LITTÉRAIRES.
AMÉRIQUE.
GuiAHK FRANÇAISE. —Cayenne. — BotUTiique. — M. le capitaine de
vaisseau, Philibert, à son retour d'une campagne dans les mers
d'Asie , a déposé, à Cayenne, en 1820 , une collection tirée du jardin
botanique de Bourbon, et deux assortimens de même nature, re-
cueillis dans le cours de son expédition. L'un de ces assortimens a été
placé dans le jardin botanique de Cayenne; l'autre, destiné au Jardin
du Roi à Paris , a passé l'hiver à la Guiane française , d'où il n'a
été expédié qu'au printems dernier , avec diverses autres plantes
originaires de cette colonie. {Voyez ci-après, art. Paris).
Etats Unis. — New-Yore. — Bouclier à feu. — Cette machine , qu'on
pourrait plutôt appeler nu. parafeu , a été inventée par M. Ralph
Buckley. Elle est destinée à protéger les hommes occupes à éteindre
un incendie , et surtqut à empêcher le feu d^étendre ses ravages,
de réduire en cendre de vastes bâtimens , et quelquefois même des
villes entières. Ce bouclier est d'une substance métallique, mince,
légère , et impénétrable au feu ; il a assez d'étendue pour couvrir
entièrement un homme, et on peut l'employer dans différentes posi
tions. Lorsque l'on s'en sert dans la rue, il est fixé fermement sur une
petite plate-forme à roues , un peu élevée de terre ; le pompier se
place sur cette plate-forme derrière le bouclier; il est alors tiré par le
moyen de cordes du côté où le feu se déclare avec plus de force, et
peut, sans courir aucun risque, diriger à son gré le tuyau de la pompe
à feu. On peut former ainsi une ligne serrée de boucliers devant le
foyer de l'incendie , et les pompiers, abrités par ce rempart, peuvent
faire aller continuellement les pompes, tandis que par les moyens
ordinaires ils sont souvent obligés de fuir à cause de l'ardeur du feu, el
de le laisser gagner les édifices voisins du lieu de l'incendie. On peut
se servir encore de ce bouclier d'une manière fort utile, en le chan-
geant de forme et en le transportant jusqu'à l'étage supérieur des
maisons dont le toit est seul enflammé; à l'aide d'un mécanisme
fort simple , on le fait projeter un peu en dehors d'une fenêtre , et
AMERIQUE. I93
de là le pompier lance l'eau de la pompe sur le toit de la maison ou
des bôtimens qui l'entourent. L. S. B.
Cap-Haïti. — Instruction publique. — Le président a nommé une
commission d'instruction publique pour cette ville; elle est composée
de MM. Marcelle, James Simon, Charrier et Prévost. Le 23 juillet,
. les généraux Magny et Nord Aleïis ont visité l'école primaire. Voici
quelques passages d'un discours adressé, par le général Magny ,
en présence des jeunes élèves , aux membres de la commission
.d'instruction : « Citoyens , l!instruction publique , étant un des
ressorts les plus importans de la prospérité nationale , a été établie
à Haïti par une loi qui règle vos devoirs , comme membres de la com-
mission d'instruction publique. Je ne m'étendrai pas sur les bien-
, faits de l'instruction ; ses effets salutaires vous sont bien connus ;
mais , comme père et citoyen , permettez-moi de vous renvoyer au
cinquième article de la loi ; vous y découvrirez la véritable base
de là gloire nationale , le talisman qui vous dirigera dans toutes les
circonstances. »
M. Prévost a répondu : « Général , il appartient au digne chef
d'un peuple libre de penser que l'éducation éclairée aide et en •
courage les hommes, qu'elle les rend meilleurs en les rendant
plus heureux. L'homme sans éducation est comme une masse inerte,
incapable de discerner le bien dii mal ; il peut devenir facilement
le jouet des ambitieux, qui l'emploient contre lui-même et pouL*
son propre malheur 5 mais l'éducation anime , développe les fa-
cultés de son esprit, complète le travail de la nature, et forme
des citoyens utiles , qui sont d'autant plus précieux qu'ils com-
prennent mieux leurs droits et leurs devoirs ; qu'ib sont convaincus
du respect qu'ils doivent à l'auteur suprême de toute chose , aux
lois, à ceux qui les administrent, et qu'ils remplissent les devoirs
réciproques imposés.aux citoyens : c'est alors que les hommes savent
ce qui constitue les lois , la patrie et les vertus domestiques. Nés
dans un climat favorisé du ciel, les jeunes Haïtiens ont une apti-
tude surprenante pour les sciences ; ils acquièrent avec facilité les
élémens des connaissances que l'on voit ailleurs avec effroi. Peut-
être^ parmi les élèves ici présens _, il ne manque que de l'éducation
.pour réveiller les talens d'un Newton, d'un d'Alembert, d'un Mon-
tesquieu, d'un Lavoisier, d'un Rousseau, d'un Racine, et même
. d'un yoltaire. Honorée de. la confiance du premier magistrat de la
Tome xn. 13
19A ASIE.— AFRIQUE
République , la commission de rinstruction publique fera tous ses
efforts pour atteindre le grand but de l'instruction : elle contri-
buera avec joie au bonheur futur de ses jeunes concitoyens , et
cherchera à mériter la grande marque de confiance qu'elle a obtenue.
Acceptez donc , général , comme l'organe du père de la patrie ,
le* sentimens dictés par l'amour que nous lui portons personnel-
lement, et par le zèle et le dévouement dont il est animé pour la
République. »
États-Unis. — Journaux, — D'après une Gazette américaine, le
nombre total des journaux de ce pays est de 35g ; savoir : 279
journaux ou brochures hebdomadaires ; i38, qui paraissent deux
fois la semaine ; i5, trois fois la semaine, et 27 journaux quotidiens.
De toutes ces feuilles, il n*y en a que trois qui comptent 4>3oo
abonnés, et peu de journaux quotidiens en ont i,3oo.
BriSsil. — Bahia. — Il paraît ici une nouvelle Gazette intitulée :
Idade d*ouro do Brazil (l'Age d'or du Brésil.)
ASIE.
Indes omnj(tA.Liis.— ^Colonies françaises. — Botanique. — M. Lesche-
nault de la Tour, naturaliste du roi, à Pondichéry , qui voyage
depuis quelques années sur le continent et dans l'archipel de
l'Inde, a iait parvenir, à Bourbon, en 1820, quarante - quatre
espèces de plantes vivantes , recueillies par lui sur les montagnes
de Coltalam, à quarante milles du cap Comorin. La formation des
pépinières de naturalisation dans, les colonies françaises des deux
Indes , est une mesure éminemment utile aux sciences naturelles.
Elle se rattache au plan que le département de la marine a conçu
et suivi depuis 181 5, et qui tend à entretenir constamment, soit
entre nos diverses professions coloniales , soit entre ces possessions
et la France, des échanges mutuels des productions utiles de
leurs climats respectifs. (Voyez, dans ce cahier, les articles Amé-
rique «t Paris.)
AFRIQUE.
Ile de Botjbëon. — Botanique. — Il existe dans un jardin botanique
une pépinière de naturalisation , où sont cultivées une grande
quantité de plantes appartenant à quatre-vingt-deux familles na-
turelles, et à 391 espèces différentes. Beaucoup de ces plantes ont
AFRIQUE. • 195
<è\è nouvellement introduites dans la colonie de diverses parties
"d'Afrique, d'Asie et d'Europe; presque toutes sont douées de
propriétés qui les rendent utiles dans la médecine , les arts et le
commerce, ou propres à la nourriture des hommes et des bestiaux.
Elles sont destinées à être répandues , non seulement parmi les
habitans de Bourbon , mais aussi dans les autres possessions fran-
çaises des deux Indes, et môme en Europe. (Voyez ci-après, art.
Paris, et T. XI, p. 655.)
Nubie. — Meroe. — Lettre de M, Cailliaud , à M. Jomard (i).
Guérif el Amdah y village des Chaguys , à trois jours de Korli ,
\o février 1820. — Depuis deux jours enfin, nous avons pu rejoindre
. l'armée. Nous avons jusqu'ici suivi le Nil, et déterminé son cours,
qui était loin d'être bien connu. Vous serez surpris d'apprendre
combien de monumens se trouvent dans ce lieu. Le Nil, après avoir
fait un grand coude dans l'est , remonte dans le nord , vers son em-
bouchure; c'est le point où nous sommes aujourd'hui. A sept heures
d'ici , à l'ouest , rive droite du fleuve , est un village des Chaguys ,
nommé Mèroë; à une heure plus au nord de ce village, est le mont
Barkal , montagne élevée, au pied de laquelle se trouvent des restes
considérables d'antiquités; savoir : les ruines de sept temples, plus
dix-sept pyramides, petites à la vérité, dont plusieurs sont d'une
parfaite conservation ; sur l'une de leurs faces est un petit sanctuaire
attenant à la pyramide : plusieurs sont couverts en voûte , avec clef.
Les murailles intérieures de ce sanctuaire , et la partie de la pyramide
qui en fait le fond , sontcouvertes d'hiéroglyphes; il n'y en a point
sur les voûtes. L'encombrement des sables ne permet pas de juger
si les pyramides ont été oul^Ptes. Des observations exactes sur ces
pyramides ajouteront beaucoup aux idées que l'on a sur celles d'E-
gypte. Les temples ne sont pas d'une conservation égale à celle de
certaines pyramides ; trois de ces temples ont été en grande partie
coupés dans la montagne qui est de grès. Dans le plus grand , le rocher
s'est écroulé, et on ne reconnaît qu'une petite partie du monument. Un
autre , qui est un typhonium , est le mieux conservé ; le troisième est
très-petit. Il y a un temple plus grand que celui d'El Khargeh, de la
grande Oasis, et les autres sont beaucoup moindres. Ces antiquités
sont dans un grand état de destruction : on ne voit que les premières
(i) Cette lettre est celle qui avait été égarée et dont il a été ques-
tion dans la Rei/ue, T, XI , p. 627,
13*
196 AFRIQUE.
assises, soit des colonnes, soit des murailles. Néanmoins, au moyett
de quelques fouilles , je suis parvenu à relever les plans de plusieurs
monumens , à peu près complets.
Sur l'autre rive du Nil , à Nouri , sont douze autres pyramides , à
peu près aussi grosses que les principales de Saqqârah, quatre comme
les petites du même endroit, huit comme celles que l'on voit autour
des pyramides de Gyreh ; elles sont en grès, et poudingue friable^
nature de pierre qui est cause de leur destruction. Voilà un village
du nom de Meroë, situé sur une grande partie de terre qui a bien
pu être une île , plus trente-six à quarante pyramides ; enfin , les
ruines de sept temples ; une petite île, plus au nord , porte encore le
nom de Meroë ; à cette hauteur, sont encore d'autres îles. L'espé-
rance que j'ai de trouver de grandes ruines à trois et quatre jours de
Chendy (ce qui rapprocherait de la latitude que l'on suppose à
Meroë) , me porte à croire que ce n'est pas ici le lieu tant cherché.
Actuellement^ aucun Européen n'est devant nous; si je puis aller
dans cet endroit, je ne négligerai rien pour l'examiner. Depuis deux
mois l'armée était arrivée ici, et c'est à cette expédition que nous de-
vons la découverte si intéressante de ces monumens. Le tems ne m'a
pas permis jusqu'ici de tout faire sur ces ruines ; mais j'achèverai
à mon retour : croyez que je n'oublierai rien pour l'exactitude des
plans de chacune de ces pyramides , la mesure des dimensions et
de l'inclinaison, et le dessin des sujets hiéroglyphiques, que j'espère
copier entièrement. Demain , nous partons , avec le brave Abdy-
Cachef , pour Barbar et Chendy. L'idée confuse que je vous donne
précipitamment sur ces antiquités ne vous contentera pas, je le
sais ; mais je ne puis présentement entrer dans une foule de détails
sur ces monumens, que je n'ai pas encore tous suffisamment observés.
Le pacha ne permet plus à quelque voyageur que ce soit de venir
jusqu'ici. Ismayl-Pacha envoie des ordres pai;tout pour que l'on ne
laisse passer aucun européen. Si je continue le voyage, ce qui n'a
été décidé qu'aujourd'hui, je le dois à quelques notions que je puis
avoir en minéralogie. En renvoyant les voyageurs , Ismayl leur dit ;
Vous venez me voir, pour me mettre sur vos livres , etc. Pour ce qui
regarde les mines , j'ai en vue trois points qui me donnent de grandes
espérances de succès. Gailliacd.
Remarques sur la lettre de M. Cailliaud. — Il a paru dans des
recueils périodiques une annonce de la découverte des ruines de
Meroë, au pied du mont Barkal , par deux voyageurs anglais; on
AFRIQUE. 197
s'est peut-être un peu hâté de publier cette prétendue découverte,
qui transporterait la fameuse ville de Meroë à deux degrés trop
au nord de sa position réelle. D'après la carte la plus récente,
celle que le colonel Leake a donnée dans le voyage de Burkhardt ,
le pays de Chaguy ou Chaguit, est au i8« degré 3o' à 5o' de latitude.
M. Cailliaud , qui a vu les ruines dont il s'agit , dans le même
tems que les deux Anglais, nous apprend que ce point est à sept
heures à l'ouest du village de Guérifet Amdab, lequel est à trois
jours plus loin que Korti. Dans cette partie du cours du Nil, le
fleuve se dirige de l'ouest à l'est (en remontant) , et se porte vers le
nord ; comme ce grand coude est bien marqué sur les cartes , il n'y
a pas à s'y méprendre, et il s'ensuit que les ruines dont il s'agit se
trouvent entre le 18^ degré } de latitude et le 19*. Il est impossible
de concilier une pareille position avec celle de Meroë ; les auteurs
modernes s'accordent tous , comme les anciens , à placer celle-ci
entre les 16^ et 17* parallèles. M. GosscUin pense, avec Bruce, qu'il
faut chercher Meroë à Gerri, un peu au nord du i6« degçé ; selon
d' Anville, c'est à Nuabia. Si l'on s'en rapporte à Ptolémée, la latitude
était de lô* 26'; et l'on croit que le calcul d'Hipparque la porterait
à 16° 26' 42" ; ceux d'Eratosthène et de Strabon.à 16° 5i' 26'^ D'un
autre côté, selon Pline et les anciens géographes, il y avait 5, ooo stades
de Meroë à Syène, comme de Syène à Alexandrie. Quelle que soit la
valeur de ces stades sur laquelle on dispute (assez mal à propos ) ,
on peut en conclure , avec une grande vraisemblance, la position de
Meroë, ou du moins l'opinion des anciens sur son emplacement;
et, puisque la différence en latitude, entre Syène et Alexandrie ,
d'après les meilleures observations, est certainement de 7° 7' t^z" ,orx
ne peut chercher Meroë plus au nord que lô*» 57' 4i"«0n retrouverait
ici les cinquante -deux journées et les douze schœnes que comptait
Hérodote, au-dessus d'Eléphantine, en suivant le fleuve. Enfin, selon
Pline , les explorateurs de Néron avaient trouvé 873 milles ( ou 896 ) ,
depuis Syène jusqu'à Meroë ; il donne tout le détail de leur itiné-
raire, ce qui inspire de la confiance. Or, le compas appliqué sur
le cours du Nil, tel qu'on le connaît aujourd'hui, fournit 880 milles
romains , depuis Syène jusque sous le 17* parallèle. Mais il y aurait
220 milles , ou un quart de moins, en s'arrêtant aux ruines du mont
Barkal; différence énorme et qu'on ne peut rejeter sur l'inexactitude
de la mesure.
198 AFllIQUE,
M, Cailliaud , qui a étudié à loisir les antiquités du mont BarkaF,
a soupçonné qu'il n'était pas à Meroë ; et comme il semble avoir eu
connaissance de grandes ruines placées du côté de Chendy^ il a conçu
l'espoir d'y trouver la ville tant cherchée. Cette espérance me paraît
fondée ou extrêmement raisonnable. En effet, l'observation faite par
Bruce donne, pour latitude de Chendy, 16° 38' 35"'. Les ruines dont
il est question sont à quelques jours de Chendy, selon M. Cail-
liaud (environ vingt minutes, pour ce voyageur qui marche à petites
journées ). On voit que la position qui en résulte correspond assez
bien avec les anciennes latitudes d'Eratosthène et Strabon.
Voici ce qui confirme encore cette idée: Bruce a vu des obélisques
et d'autres ruines sur la montagne de Gibbaini, en face de l'ile
Kurgos; ce point, dans sa carte, est vers 16° 58'. Les Arabes, dit-
il , y ont trouvé des statues d'hommes et d'animaux , en pierre noire ,
et beaucoup de débris. L'île même de Kurgos pouvait être Vile sa-
crée de Meroê. Tout cela me semble d'accord avec notre conjecture
qui^ d'ailleurs, sera bientôt confirmée , ou démentie, puisque M. Cail-
liaud était déjà, le 6 mars , à Barbar ou Berber, et qu'à la fin du mois
il devait s'acheminer à Chendy, et de là à Sennar.
Il est difficile de comprendre comment on a pu chercher l'île de
Meroë un peu au sud du parallèle de Dongolah , à soixante ou
soixante-dix lieues au - dessous du point où le Nil reçoit l'Atbara
ou l'Astaboras, lequel formait, avec l'Astusaba et l'Astapus , cette
île si fameuse et si anciennement civilisée. D'ailleurs , à partir de
ce point, il n'y a plus aucune île d'importance, excepté l'île d'Argo ,
et, si l'on veut , la petite île de Saï, où sont des antiquités. On a été
séduit par le nom qui est attribué aux ruines du mont Barkal ; mais
un nom analogue existe en d'autres lieux, par exemple dans la Basse-
Nubie» à quatorze lieues seulement de la ville de Syène. De plus ,
il faudrait connaître l'orthographe précise de ce nom ; l'endroit est
appelé Merawe dans la carte du colonel Leake. Il est à regretter
que le savant voyageur Burckhardt n'ait pas pu aller sur les lieux,
et donner le nom en caractères arabes , ainsi qu'il a donné celui
de Merouau , situé près de Kalabch , l'ancienne Talmis. Meraoua ,
en langue berbère, signifie dix, selon Venture. Ajoutons qu'il existe,
près de Syènc , une montagne appelée Meroeîi , d'après les manus-
crits coptes publiés par Zoëga. On ne peut donc licn conclure ici de
Ja coïncidence fortuite cl imparfaite des |nom3 anciens et du nom
EUROPE. 199
moderne. Au surplus, un seul mot semble trancher la question :
Meroë était dans une île , et le mont Barkal appartient à la Terre-
Ferme. JOMARD (i).
SÉjxÉGkL. — Saint-Louis. — Enseignement mutuel. — Extrait d'une
lettre adressée à M. Jomako , secrétaire de la société d'éducation. —
Notre école ne le cède en rien à celles de l'Europe , sous le rapport
àes progrès et de la conduite des enfans. Le nombre des élèves y est
presque doublé. Souly , l'un des princes otages , est maintenant
dans la 6« classe , et les trois autres viennent d'entrer dans la cin-
quième. Ils sont entrés à l'école le 23 octobre dernier, et sont restés
trois semaines absens. Ces quatre intéressans écoliers me donnent les
plus belles espérances, La seconde division forme une école vrai-
ment française , d'où le langage wolof est entièrement banni. Un
des articles du règlement porte que , toutes les fois que les élèves
de cette division parleront wolof entre eux ^ ils écriront quatre
verbes. Ils ont si bien pris maintenant l'habitude de parler français ,
qu'il est très-rare qu'ils soient punis pour ne l'avoir pas fait. Quelques-
uns, dans une dictée courante d'une page , ne font que trois ou
quatre fautes , et quelquefois même aucune. Tous les mercredis , je
fais réciter une soixantaine de beaux vers ou deux pages de prose
choisie ; ces leçons , ainsi que celles du catéchisme , sont très-bien
sues. Les autorités ont honoré plusieurs fois l'école du Sénégal de
leur présence. Le 6 janvier dernier, le gouverneur a distribué aux
élevés des deux divisions trente-quatre prix ou encouragemens ,
auxqueb il donnait une nouvelle valeur par des paroles pleines de dou-
ceur et de bonté. Le jeune Bourneuf , l'un de mes moniteurs généraux
d'ordre qui a obtenu le prix d'honneur , a pris la parole , au nom de
ses condisciples , pour remercier le gouverneur , et lui assurer que
tous travailleraient avec plus de zèle que jamais à se rendre dignes^
de ses bienfeits et de ceux du gouvernement.
Daspbes , directeur de l'école du Sénégal'
EUROPE.
ILES BRITANNIQUES.
— CoMïÉ DE MiooL£SEX. — Bov?. Feutrc pour doublcr Ics vuisseaux ^
(i) Nous donnerons, dans un de nos prochains cahiers , une nou-
velle lettre de M. Cailliaud , en date du 5 mai.
200 EUROPE.
—M. William Wood , habitant de cette ville , a découvert qu'un
léger feutre de poils ou d'un mélange de poils et de laine imbibé de
goudron, devient parfaitement élastique et résiste à l'action de l'eau.
Concevant de quelle importance cette substance pouvait être pour
doubler les vaisseaux et les mettre à l'abri d'une voie d'eau, il a éta-
bli une fabrique de ce feutre, où l'on en fabrique, d'une manière expé-
ditive et économique , des feuilles de toutes grandeurs. Ces feuilles
s'attachent aux côtés extérieurs et à la cale du vaisseau avec des
clous , on les recouvre ensuite de planches. L'inventeur de cette,
substance la nomuae/hutre adhérent. Elle est élastique, au point de
prêter partout sans se briser , sans que le tissu s'affaiblisse , et sans
donner accès à l'eau. Cette qualité est surtout précieuse dans le cas
où les planches du vaisseau pourraient s'écarter, et le bois éclater,
ce qui arrive lorsqu'un navire échoue. Ce feutre deviendrait,
en pareil cas, un préservatif certain; il protège aussi les vaisseaux
contre les ravages des vei-s de tous les climats. Le poil seul , ou le
poil et la laine se préparent pour faire ce feutre, de la même manière
qu'on apprête celui qui sert au chapelier. Une fois que cette opéra-
tion est terminée, on trempe les feuilles de feutre dans du goudron ou
de la poix fondue, on les passe ensuite à une légère pression pour en
extraire l'excès du goudron ; puis les faire sécher , après quoi l'on
peut s'en servir. L. S. B.
HcLL. — Bâtiment à vapeur, — II vient d'être établi dans cette
ville un bâtiment à vapeir d'une construction entièrement nouvelle,
destiné à naviguer de Hull à Londres par tous les tems. On assure
que cette navigation s'effectuera sans le moindre danger , tout le
mécanisme étant intérieur. Ce bâtiment fera , dit-on, de lo à la
milles anglais (3 à 4 lieues par heure} ; il ne mettra, pour faire le tra-
jet de Hull à Londres^ que 24 heures^ c'est-à-dire 10 heures de
moins que le coche. Il est assez spacieux pour transporter cent
quatre-vingts tonneaux de marchandises et trois cents passagers.
En cas de mauvais tems et d'une grosse mer, durant lesquels on ne
peut se servir de la pompe à feu , on a adapté à celle-ci un mécanisme
qui sert à hisser des mâts et des voiles , au moyen desquels ce bâti-
ment pourra voguer et tenir la mer comme tout autre navire , ce
qu'ancun des bâtimens à vapeur à présent en usage n'est en état de
faire.
Ccjui-ci est construit d'cxcellcns matériaux , doublé en cuivre, et
du port de deux cent vingt- cinq tonneaux, La force de la pompe qui
f
EUilOPE. 201
le fera mouvoir est égale à celle de soixante-dix chevaux ; la chau-
dière est iaite de manière qu'on ne puisse craindre aucun accident.
Ce bâtiment coûte aux propriétaires de 216 à 24o»ooo francs ; ils ont
obtenu un brevet d'invention.
14. — Ecosse. — Apographe^ ou Nouvel instrument pour copier les
dessins. *— M. André Smith , écossais, est l'inventeur de cette ingé-
nieuse machine; elle est construite de manière à copier un dessin avec
une parfaite exactitude sur le papier, le cuivre, etc. ; on peut à volonté
reproduire la copie sur une échelle plus grande ou plus petite. Cette
découverte est d'autant plus précieuse pour les arts , qu'on ne pos-
sède, en instrument du même genre , que le pantographe , qui en
diffère cependant essentiellement, et dont les impressions manquent
de netteté et s'obtiennent beaucoup plus lentement que par le nou-
veau procédé. L. S. B.
*— EoiMBouRci. — Une société mêdico - chirurgicale vient d'être
fondée dans cette ville , sur le modèle de celle de Londres. Elles ont
toutes deux pour même but de seconder les progrès de la médecine
et de la chirurgie. La plupart des professeurs de l'université, et
plusieurs des médecins les plus respectables de la ville , ont coopéré
à sa fondation. Le docteur Duncan a été élu premier président. Les
séances commenceront l'hiver prochain ; outre les membres ordi-
naires et honoraires , la société se réserve d'admettre des corres-
pondans. Les papiers, mémoires, renseignemens, etc. , devront être
adressés au président de la société, ou à l'un des deux secrétaires 3
les docteurs Alison , n" 44» Heriot Row, et Robert Hamilton, n" 3.
Northumberland-Street, à Edimbourg. L. S. B.
— La Société phrénologique marche avec un zèle infatigable vers
le but qu'elle s'est proposé ; savoir : d' examiner et de faire connaître
les rapports qui existent entre les parties cérébrales et les manifes-
tations affectives et intellectuelles de l'homme ; elle a publié le
premier rapport de ses travaux depuis son établissement , qui date
du 22 février 1820 , jusqu'à la fin de la seconde session, le 23 avril
1821 . Elle n'a eu que dix membres , pendant la durée de la première
session ; elle en compte maintenant cinquante, résidens ou corres-
pondans. {Voj. Tom. IX, p. 180.)
Parmi les mémoires lus à la société par ses membres, se trouvent :
\'* un Essai sur les dlfférens systèmes philosophiques et sur la fa-
cilité d'étudier V homme ^ d'après des principes phrénologiques, pai^
202^ EUROPE.
le révérend David Welch ; 2° un Essai sur les causes de Vètat impar-
fait où se trouve la science métaphysique et sur les moyens dy porter
remède i par G. Combe, président de la société; 3o observations
sur les moyens d^ améliorer le sort de la race humaine, par le même;
4" sur la théorie du goût et du beau , d'après des principes phrèno-
logiqueSy par sir G. Mackenzie ; 5° Essai sur le rapport entre la phi-
losophie et la phrénologie, par V. Ritchie.
La société s'est aussi occupée de former une collection de crânes
d'animaux et d'hommes de différens pays , particulièrement de
criminels exécutés, pour comparer chez ces derniers le dévelop-
pement de leur cerveau avec leurs actions , et, autant qu'il est pos-
sible , avec l'histoire de leur vie. — A la fin du rapport , la société
annonce l'intention de publier un journal destiné à présenter tout
ce qui a rapport au but de son institution. Elle invite les amis de
l'étude phrènologique à lui communiquer des notices sur ce qu'ils
croiront utile aux progrès de cette science ; elle rappelle surtout
aux voyageurs l'importance de comparer les caractères et les mœurs
des nations avec la conformation de leurs têtes. Les personnes qui
désirent se mettre en relation avec la société , peuvent s'adresser
à M. Al. Fleming , secrétaire de la société , n° 3. Castle-street, à
Edimbourg.
LoNDHES. — Missions d^Asie. — Les principaux ouvrages que les
missionnaires emportent avec eux à Sérampore , pour hâter la con-
version de i5o millions d'hommes, sont Michaelis, sur les lois de
Moïse; Doddridge , œuvres complètes; Schleusner, lexicon ; les
œuvres de Bogue, d'Owen, etc. Ils y joignent aussi, sous le titre de
sciences générales, divers livres classiques sur les sciences naturelles,
tels que les traités géographiques de Guthrie, des ouvrages d'astro-
nomie ; enfin, les recueils consacrés à la minéralogie et à la géologie,
par M. Philips, l'un des plus savans minéralogistes de l'Angleterre.
(Extrait de l'intéressant recueil iniïtulé: Archives du christianisme,
a' livraison, 4* année).
— Philologie. — Langue zèlandaise.—La Société missionnaire a fait
venir de la Zélande deux chefs , Shanhi et Whyhato , qui lui étaient
absolument nécessaires pour la confection de la grammaire zèlan-
daise qui s'imprime en ce moment. Pendant le séjour qu'ils ont fait 4
Cambridge , M. le professeur Lcc s'est beaucoup aidé de leur secours
pour compléter et arranger les matériaux, rassemblés depuis long-
EUROPE. 203
tems par M. Kcndall : il a entièrement terminé un vocabulaire et une
grammaire de la langue de la Nouvelle-Zélande, les premiers qui
aient paru en Europe , disposés dans un ordre logique. L'ouvrage
comprend aSo pages, dont i3o sont consacrées à la grammaire et aux
* exercices, et le reste au vocabulaire. Une grande partie de l'édition
a été tirée sur de très-fort papier ; quelques exemplaires sont impri-
més sur papier fin pour être mis en vente ; enfin , on a imprimé les
parties les plus élémentaires de ce traité sur des cartes en pâte de
carton , pour être distribuées aux enfans dans ces îles lointaines.
{Archives du chiistianisme.)
— Le ClassicalJournal^ qui se continue depuis donze ans, et dont il
paraît chaque trimestre un cahier de 226 pages in 8° grand format, est
consacré uniquement aux langues anciennes, à la grammaire, aux
étymologies , à la critique philologique , aux antiquités , à la biblio-
graphie des auteurs classiques imprimés ou manuscrits, à l'explication
des textes originaux de la Bible; enfin, à toutes les parties de la litté-
rature orientale. C'est proprement le journal de l'érudition la plus
approfondie qui paraisse en Europe , si on excepte le Journal des sa-
vans , publié à Paris ; il est vrai qu'on insère dans ce Classical des
thèmes et des vers de collège ; on est maître de ne pas s'y arrêter.
Ce qui se fait remarquer particulièrement dans le numéro de juin ,
c'estla quatrième partie d'un traité de M. G. Townsendsur l'origine,
les progrès, la décadence de l'idolâtrie, et une savante notice de la
nouvelle édition des poésies d'Homère, publiée à Londres en 1820,
par le célèbre R. P. Knight. L — s.
— Académie royale de peinture. — En général , l'exposition n*a pas
été brillante. Il y avaittrès-peu de tableaux historiques, et tous étaient
au-dessous du médiocre. Les portraits en pied, quoique fort nombreux,
n'excitaient aucun intérêt, ni par le mérite de l'exécution, ni par les
personnages qu'ils représentent. Les paysages seuls se faisaient re-
marquer, et entre autres ceux que M, Edwart a peints sur verre ; ils
sont d'une vérité parfaite et d'une grande fraîcheur de coloris.
— Peinture et gravure. — Le portrait du roi Georges IV, tel qu'il était
après son couronnement, a été peint par sir E. Laurence^ président
de l'académie royale. Il représente le roi, dans toute la pompe du
costume royal , assis dans la chaise de saint Edouard , la couronne
d'Angleterre sur la tête , et le sceptre à la main. — On a gravé der-
nièrement un portrait de sir Wallcr Scott, -d'après une esquisse ori-
ginale par M, Slater.
20A EUROPE.
Dublin. — L^institulioa royale d'Irlande a offert un prix de cinq
cents guinées, pour le meilleur tableau représentant le débarquement
du roi Georges IV en Irlande. L.S.B.
RUSSIE.
Bibliothèques^ musées f éiablissemens scientifiques. — Voici
quelques détails sur les ressources que présentent aux savans et aux
amis des lettres et des arts les principales villes de la Russie. Nous
commencerons par les bibliothèques publiques.
A Saint- PiiEBSBouBG. — i° La bibliothèque impériale , à THermi-
tage ; elle est de 3oo,ooo volumes , et contient celles de beaucoup
d'hommes célèbres du dernier siècle î par exemple , deBusching,
de Diderot , de Voltaire , de d'Alembert. Déjà riche en beaux et
en rares ouvrages , elle continue d'en acquérir. Deux bibliothé-
caires sont préposés à sa conservation : malheureusement, elle n'est
pas encore disposée pour recevoir le public. 20. La bibliothèque
de Zaluskii maintenant impériale. Elle appartenait à la Répu-
blique de Pologne, et fut transportée, en 1799, à Saint-Pétersbourg,
où elle est disposée avec soin dans un local fort élégant. A chaque
étage, il y a une belle roionde et deux salles latérales : elle a, comme
la bibliothèque del'Hermitage, 3oo,ooo volumes, parmi lesquels on
remarque tout ce que la philologie ancienne et orientale a de plus
précieux. Elle est entretenue avec soin et ouverte au public, 3° La
bibliothèque du grand- duc Constantin , composée d'environ 3o,ooo
volumes de diplomatie , d'histoire et d'art militaire. 4° Celle de
r Académie des sciences ; c'est la plus considérable après les deux
bibliothèques impériales, car elle compte 60,000 volumes, parmi
lesquels plus de 3,ooo en chinois, mantschou, tangutschou. Elle est
riche aussi en manuscrits asiatiques , en plantes et papillons peints ,
et en autres objets d'histoire naturelle , venant de madame Mérian
et du docteur Fothcrgill ; les ouvrages russes , au nombre de 3, 000,
sont séparés des autres. 5° La bibliothèque du couvent de Newslci^
contenant des manuscrits slavons , des actes des conciles , les écrits
du philosophe allemand Wolf, et plusieurs traités théologiques.
6" La bibliothèque du corps des Cadets impériaux ; elle a plus de
13,000 volumes, et s'augmente tous les ans. j" La bibliothèque du
Collège de médecine. 8** Celle delà Société économique. 9" Ctlle de
l'Université , nouvcUcmcnt fondée, et qui a déjà 11,000 volumes.
I
j
EUROPE. 205
Saint-Pétersbourg renferme en outre plus de vingt bibllothèquee
particulières que l'on peut citer , tant parce qu'elles sont considé-
rables que parce qu'elles renferment des ouvrages rares et pré-
cieux : telles sont celles des comtes Tschernichef , Schouvalof,
Tscheremetef , Strogonof, Youssoupof, Boutourlin, de feue la prin-
cesse Datschkof, du conseiller intime Betzkoï, du prince Kourakin ,
du lieutenant général de Klinger ; ce dernier possède les meilleurs
ouvrages littéraires , historiques , philosophiques et politiques an-
glais , allemands, français et italiens. Ou remarque aussi la belle
collection de manuscrits autographes de princes, de militaires,
d'hommes d'état et de savans de tous les états de l'Europe. Cette
collection, connue d'abord sous le nom de Doubrowskij est devenue
impériale.
A Moscou , il y a deux bibliothèques remarquables : ce sont celles
de V Université et du. Synode. Cette dernière est riche en manuscrits
grecs du mont Athos ; mais toutes deux ont éprouvé des pertes
considérables à l'époque de l'incendie.
On doit remarquer encore la bibliothèque publique de Demidof^
celles de Kasan et d'Astracan; la dernière contient beaucoup de
manuscrits persans et tartares; la bihliolkègue de Vumuersilé de
Dorpat, qui i avec les 6,000 volumes qu'elle doit à la munificence
du grand-duc Constantin, en possède maintenant 3o,ooo ; les bi-
bliothèques A'Abo, Wdna et Khaikof; celle de Riga, qui renferme
des ouvrages fort précieux ; elle est établie dans un bâtiment neuf
et élégant; et chaque membre de la magistrature municipale est
tenu, à son entrée en fonction, de faire présent d'un ouvrage à:
cette bibliothèque. Ou y garde une lettre originale de Luther aux
magistrats de Riga , qui lui avaient demandé un prédicateur. Riga
possède en outre deux bibliothèques , dont l'une est aux écoles ,
l'autre à la cour de justice. Nous citerons encore, à Kief, la bi-
bliothèque du couvent de moines Peschersky ; la bibliothèque fondée
par le patriarche Nikon, dans le couvent de moines, bâti par lui à
fFoskresenskoï , gouvernement de Moscou ; elle est abondamment
pourvue de manuscrits ; enfin , la belle bibliothèque du couvent
Troitzkoï-Sergeief, à dix milles de Moscou.
Les musées de Saint-Pétersbourg sont : i^le cabinet d'histoire na-
turelle , d'objets d'arts et de médailles; il est complet, en ce qui re-
garde la botanique et la zoologie ; 2«» le musée d'antiquités , établi
206 EUROPE.
dans le palais de la Tauride ; 5° le cabJnet minéralogique des ingé-
nieurs des mines ; 4° le cabinet des instromens du collège de mé-
decine ; 5° le cabinet impérial des tableaux à l'Hermitage, qui
contient quatre mille tableaux de diverses écoles, des dessins des plus
grands maîtres , et plus de trente mille gravures. Il y a en outre une
collection de quinze mille pierres précieuses et pierres gravées , des
médailles russes de toutes les époques , et de beaux ouvrages de
sculpture. — On remarque dans la même ville les Musées du même
genre , appartenant aux comtes de Tschernicbef , de Strogonof , de
Bezborodko, de Scheremetef, et aux princes Youssoupof et Belo-
zelski. L'amiral Mordwinof possède une riche collection de ta-
bleaux; on y en voit beaucoup des peintres des xiv® et xv"' siècles, et
on y trouve sept cents dessins originaux. Les cabinets des comtes de
Romanzof et du prince Gallitzin sont riches en objets d'histoire na-
turelle et de minéralogie. On distingue encore la collection d'anti-
quités du comte de Korsakof et celle de médailles du général de
Suchtelen; celle de gravures d'OlsoufieP, qui, après la collection
impériale, est la plus belle et la plus nombreuse.
y^ Moscou i il y a un musée pour les antiquités, l'histoire na-
turelle , la physique et les mathématiques ; à TP^ilna , un cabinet
d'histoire naturelle , riche en belles pétrifications. Le docteur Bseh-
rens a réuni, à Riga , une collection d'objets d'art et d'histoire na-
turelle ; les médailles et les minéraux de Bergmann, et la collection
d'Essens, composée de lettres d'hommes célèbres, méritent d'être
citées.
Nous n'indiquons point les collections de moindre importance ,
mais nous pouvons assurer que ces renseignemens , que nous tirons
du n* i83 de la Gazette littéraire de Leipsick, sont beaucoup plus
fidèles que les données incertaines qu'on lit à ce sujet dans la géo-
graphie 9 publiée à Weimar par Hassel. Ph, Golbéby.
DANEMAIICK.
Copenhague. — La Société économique a proposé un prix de loo
species à l'auteur du meilleur mémoire sur les animaux à vertèbres ,
les insectes, les vers et les minéraux du Danemarck. Il est assez
extraordinaire que ces Jaranches de l'histoire naturelle n'aient pas
fait les mêmes progrès dans ce pays que la botanique ; la société dé-
sire que l'on s'attache particulièiemcnt à traiter la question sous
EUROPE. 207
les rapports économiques. Les mémoires seront reçus jusqu*^à la
fin de 1822. — Les autres questions proposées sont, ou relatives à
l'art vétérinaire, ou de nature à n'intéresser que l'état politique et
commercial du Dancmarck.
— ha Société des sciences a entendu, le 5 janvier, un mémoire de
. M. Oerstedt sur la théorie du magnétisme de la terre. — Le 9 fé-
vrier, M. l'évêque Mûnter a soumis à l'examen de la société
une dissertation sur l'année de la naissance de Jésus-Christ. Il s'est
aidé, dans ses recherches, d'observations astronomiques peu connues,
quoique anciennes , et a fixé cette naissance six ans avant l'ère dite
Dionysiaque , c'est-à-dire à l'an de Rome 747. — Le 23 février , le
professeur Schumach a fait connaître la méthode selon laquelle il a
fixé une base pour mesurer les degrés dans le Holstein. — Le 9 mars,
M. Oerstedt a lu un traité sur diverses expériences relatives à l'eau
des sources , et une autre sur l'analyse chimique d'une pierre pro-
venant des murs de Babylone.
— La Société royale de médecine a écouté avec intérêt un rapport
sur le traitement pratiqué par un de ses correspondans,M. Wendelboc,
à un individu attaqué depuis neuf ans d'une maladie de nerfs, "qui se
présentait sous les formes les plus extraordinaires , et que cependant
il a guéri. — M. le professeur Herholt a lu, le 8 mars, une disser-
tation de partis animi corporisque affectibus , quibus virgo Hqf-
niensis ^ per plures annos vexala fuit excisione 273 acuum féliciter
sublatis; et , le 22 , des observations de acubus deglutitis a scripio-
ribus Collectée.
— 1/ académie des beaux arfs a vu M. Badner renouveler ses at-
taques contre la mythologie du Nord et contre M. Ten-Magnasin ,
le défenseur de cette mythologie. (Voy. la Reuue, Tom. XI , p. 209).
— Institut des Pauvres. Une veuve a remis à la direction de cet
établissement la somme de 5o écus d'empire , pour être donnés en
prix à l'auteur du meilleur poème en r honneur de Martin Luther,
— Institution des sourds-muets. Les élèves de cet établissement
ont été examinés , le 28 janvier, devant une nombreuse assemblée,
et en présence du ministre de la justice.
On s'étonne du silence gardé jusqu'à ce jour par les journaux sur
un établissement du même genre, fondé à Schleswig^ et auquel on a
féuni la grande imprimerie stéréotype de la société de cette ville.
— Un musée d'histoire naturelle va être formé dans le palais du
208 EUROPE.
Holtsein; on y réunira toutes les richesses éparses que le gouverne-
ment possède en ce genre. Ph. Golbérv.
Poésie. — Il a paru ici une traduction danoise des Quatre âges ,
poème en prose de M. Pougens, membre de l'Institut de France.
ALLEMAGNE.
Francfort. — Physique. — Aurore horèale.—-l\ n'y a pas deux
siècles qu'on regardait encore comme un acte peu honorable de ren-
dre ses écrits publics. On rapporte même que le célèbre Tycho- !
Brahé s'est long-tems refusé à faire connaître ses travaux, attendu )
sa qualité de gentilhomme, qui pourtant ne l'empêcha pas de con-î:
tracter un mariage indigne de lui, de toutes les manières. Mainte-!,
tenant les préjugés delà naissance ne vont pas jusqu'à placer les i
productions du génie au rang des actes dont on doive rougir : les 'j
rois eux-mêmes ne dédaignent pas de livrer à l'impression le fruit
de leurs méditations. M. le colonel Gustavson, ex-roi de Suède,
s'occupe depuis quelque tems de physique : il vient de faire impri-j
mer, à Francfort , un ouvrage qui ne se vend pas chez les libraires,
mais dont son illustre auteur fait présent aux amis des sciences. \
Ce mémoire, ayant pour titre. Réflexions sur les phénomènes de\
Viiurore boréale et sur son rapport auec le moupement diurne, est'
écrit en langue française, et dédié à l'académie royale des sciences
de Norwége. «L'oiigine du phénomène de l'aurore boréale, dit l'a u-,
teur dans son avant-propros , est un problème qui n'a pu être ré-1
solu d'aucune manière satisfaisante. Il est même surprenant qu'au,
lieu d'en chercher la cause primitive dans la sphère du globe ter-
restre, on ait préféré de la découvrir dans les régions célestes. Parmi
les ouvrages qui traitent de cette matière, le Traité historique et
physique de l'aurore boréale, par M. de Mairan , se fait remarquer
par des connaissances profondes en astronomie; mais lorsque l'au-
teur a cru pouvoir expliquer le phénomène de l'aurore boréale , par
les effets de la lumière zodiacale , ou l'atmosphère solaire , il a paru
important de réfuter ce système , en citant les chapitres qui trai-
tent essentiellement de l'aurore boréale , et d'y ajouter quelques re- >
marques sur son grand rapport avec le feu électrique , son influence
sur le mouvement du globe terrestre , et quelques idées sur la con-
formation du pôle et sur ses parties intégrantes. Il est à désirer que
ce petit ouvrage puisse mériter l'attention des personnes dont les
KUROPK. 209
connaissances et l'expcnence serviront à développer ce qui se
trouve ébauché dans les réflexions suivantes , et qu'un jour il soit
réservé à une société savante du Nord de remporter le prix en le-
vant le voile qui couvre ces mystères depuis des siècles, pour l'aire
luire la vérité avec la même clarté dont brille l'aurore boréale. »
Les gazettes de Hambourg annoncent que plusieurs exemplaires
de cet opuscule de M. le colonel Gustavson étant arrivés à Stoc-
kholm, on s'y occupe de le traduire en suédois, et qu'on va inces-
samment le rendre public. Cet écrit , sur un sujet aussi intéressant,
doit être lu , ne fût-ce qu'à cause du nom de son auteur.
Tout le monde connaît cette nuée lumineuse et demi-circulaire
qui parc quelquefois l'horizon du côté du Nord , durant la nuit. Ce
superbe phénomène, que rendent plus éclatant encore des gerbes
de feu qu'on voit partir du centre , pour s'élever par irradiation
dans les hautes régions de l'atmosphère, a de tout tems excité l'at-
tention des savans, l'admiration des observateurs. et la terreur du
peuple. Le bruit considérable dont il est souvent accompagné, les
aspects variés sous lesquels il se présente, en font un des plus
brillans météores dont on puisse avoir le spectacle.
Lemonnier, dans ses Institutions astronomiques, attribue la.
formation des î^urores boréales à une matière qui s'exhale de notre
terre et s'élève dans l'atmosphère à une hauteur prodigieuse. IVtau-
pertuis qui, en Laponie , svait été témoin de l'une des plus belles
apparitions de ce phénomène, s'est Occupé d'un problème de géo-
métrie qui s'y rapporte. Mairan a proposé aussi une hypothèse
|[)0ur expliquer l'aurore boréale; il Tattribue à l'atmosphère du so-
leil, qui, selon lui, cause la lumière zodiacale, s*étend jusqu'à
l'orbite terrestre et au-delà ; le choc du pôle de la terre contre
cette matière produit l!aurore boréale, dans la théorie proposée par
ee savant. L'ouvrage de M. de Mairan a long-tems été en posses-
sion de dominer dans les écoles; mais, depuis qu'on a reconnu toute
l'influence de l'électricité atmosphérique sur ce phénomène , on
«'était accordé à adopter l'opinion de Francklin, qui l'attribue à
une action électrique. D'ailleurs, il est reconnu que l'atmosphère du
soleil n'existe pas, ou est si rare, qu'elle ne peut exercer d'effet sur
la lumière de cet astre.
L'opinion de MM. Dalton et Arago, qui veulent que l'aurore bo-
réale soit un effet purement magnétique, semble réunir aujourd'hui
210 EUROPE.
tous les suffrages. Le mémoire lu par M. Biot , dans une des séance»
publiques de Tacadémie des sciences, explique les singularités na-
turelles qu'on remarque dans ce phénomène ; il montre que l'ai-
guille aimantée en est fortement influencée , que les effets de pers-
pective donnent au météore des aspects très-variés , qui en chan-
gent les apparences pour les divers spectateurs ; il fait voir que la
clarté du soleil, et surtout la longue durée du séjour de cet astre,
en été , sur l'horizon des régions polaires , doit souvent nous priver
de la vue des aurores boréales, et que leurs apparitions doivent
être plus fréquentes qu'on ne le croit communément, etc.
M. le colonel Gustavson a surtout pour but de montrer combien
l'explication de Mairan est défectueuse , et on peut dire qu'elle eût
été complètement détruite par lui , si déjà on ne l'eût abandonnée
depuis long-tems. Il veut en substituer une autre, et prouver que
l'aurore boréale a sa cause dans uneunatière inflammable , produite
par la friction du globe terrestre en tournant sur son axe , et par
un feu électrique qui agit autour du pôle. Il se figure cette région
comme une grande montagne qui s'élève en forme de cône, au
pied de laquelle sont attachés des glaçons pétrifiés que charrie la
mer glaciale ; il veut que l'atmosphère terrestre soit excessivement
plus haute qu'on ne le suppose ordinairement, et que la montagne
polaire soit une masse aimantée d'un volume immense , dont l'effet
est d'entretenir le mouvement diurne de la terre 11
Francoecr.
Leipsicr. — Instrumens de musique. — Cordes de platine. — Un
compositeur de musique, M. F. Fischer, de cette ville, a proposé,
dans la Gazette musicale (mars 1821), de substituer aux cordes
d'acier ou de cuivre des cordes de platine, métal beaucoup plus élas-
tique et plus ductile que le cuivre. Des cordes ainsi faites ren-
draient un son plus fin et plus agréable ; l'air et l'humidité n'ayant
aucune action sur le platine, elles ne seraient sujettes ni à se rouiller,
ni à se rompre. On pourrait faire aussi, avec un alliage de platine et
de fer ou d'acier, des cordes qui , dans certains cas , produiraient un
grand effet.
Stuttgahd. — Poésie. — Les affaires de la Grèce excitent un intérêt
général en Allemagne. Presque tous les journaux embrassent la dé-
fense d'un peuple malheureux, qui gémit depuis si long-tems sous
im joug odieux. De ce nombre, est le IMorgen-bîaU , imprimé à
EUROPE. 211
j»tuHgard et à Tubinguc ; il contient plusieurs articles à ce sujet, et
divers morceaux de poésie , parmi lesquels on doit remarquer une
^ode intitulée Appel aux Grecs, par M. Helwîg; nous en citerons les
deux «troplies suivantes : « Vous avez repris le sentiment de votre
dignité, et votre antique vertu renaît dans votre sein; vous n'êtes
plus ces lâches esclaves qui tremblaient sous la verge du musulman
oppresseur. Sous les yeux du monde qui vous contemple , vous
marchez noblement à la conquête de la liberté ; les ombres des héros
qui vous ont devancés viennent combattre dans vos rangs, et redou-
bler, par leur présence , votre généreuse ardeur. Semblables aux
songes mystérieux qui nous retracent l'image de la patrie, ils accou-
rent enfouie des bords de l'Eurotas, du défilé des Thermopyles et
des champs de Platée , où jadis ils tombèrent glorieusement sous le
fer ennemi. Imitant aujourd'hui l'exemple qu'ils vous donnèrent
autrefois , lorsque , attaqués par des hordes barbares , ils abandon-
nèrent le séjour des villes plutôt que de recevoir des fers, vous
confiez une seconde fois aux flots de la mer les destins de la
Grèce.»
Leipsick,. — Théâtre. — On a représenté aux bains de Leuchstadt,
dans le mois de juillet, une tragédie nouvelle, intitulée Pierre et
Alexis, ou Conjuration d'Alexis contre le czar Pierre, son père.
L'auteur pouvait habilement opposer les mœurs anciennes aux
mœurs nouvelles de la Russie ; il pouvait représenter le czar renver-
sant les gothiques institutions de cet empire ; Alexis , an con-
traire, défenseur des vieux préjugés, et des intérêts froissés par le
nouvel ordre des choses, voulant empêcher l'exécution des projets
de son père; mais, au lieu de suivre ce plan, l'auteur n'a fait d'A-
lexis qu'un conspirateur ordinaire , et sa tragédie n'a pas eu un succès
général. Cependant, elle n'est point sans mérite ; le style en est très-
pur. Quant aux pensées, elles ne sont point assez appropriées au
tems et au pays ; et l'on n'y reconnaît pas les mœurs farouches de
la Russie , à l'époque d'où date sa civilisation,
Dantzick. •— Publications noupelles et prochaines^ — La Société
d'histoire naturelle vient de faire imprimer là suite de ses mémoires.
Le premier cahier de cette suite contient , i» un Traité sur les déue-
loppemens des parties génitales dans les Urodèles; 2° une anatomie
lie Vidothea eulomon. Ces dissertations , accompagnées de planches
îithographiées j sont de M. Ralhke , qui en a exécuté lui-même les
lA*
212 EUROPE.
dessins. Le second cahier renferme trois dissertations de M. Jean
Westphal, i" sur les étoiles ; 2° sur la température moyenne
de Dantzick, d'après une série d'observations non interrompue pen-
dant quatre-vingt-un ans ; 5° enfin, sur la clarté des étoiles.
— Leipsick.. — Fragmens d^ Euripide. — M. Hermannafait imprimer
dernièrement deux fragmens d'Euripide , le premier de soixante-seize
verSj le second de soixante-dix-neuf. Ces fragmens ont été recueillis
sur la dernière feuille d'un manuscrit du nouveau Testament, ma-
nuscrit qui est celui décrit par Wettstein. M. Burgess avait déjà fait
connaître les mêmes morceaux dans un des derniers numéros du
Classical J oumaî ; mais l'édition de M. Hern ann n'a rien perdu à
arriver la dernière. En effet , M. Becker, M. Hase et M. Matticœ ont
bien voulu seconder ce savant dans son travail; et, quoique les lettres
du manuscrit soient presque indéchiffrables , il est parvenu à rétablir
le sens et le mètre, en sorte qu'il n'existe plus que des lacunes assez
rares. C'est faire un beau présent aux amis de l'antiquité que de leur
rendre plus de cent cinquante vers d'un des plus illustres autems de
la Grèce.
— Vienne. — Langues orientales. — ^!. Oberleitner, professeur de
langues orientales , vient de mettre en latin , sous le titre à'Blemenla
aramaica j seu chaldœo sjriacœ linguœ^ latine reddiia et nonnullis
accessionibus aucta , la grammaire de John , dont tous les érudits
connaissent le mérite depuis long - tems. Lehrbach et Gesenins
avaient remarqué combien il restait de choses à faire pour amé-
liorer l'étude de cette langue. De plus , les grammaires de quelque
étendue , par exemple celles de Michaelis , ont cessé d'exister dans
le commerce , de façon que l'on ne pouvait s'aider que des ouvrages
trop élémentaires de Hassen et de Vater. M. Oberleitner a mis à profit
le Manuel de Vater et la Chieslomatie de Michaelis. 11 a disposé
les matières avec beaucoup plus d'ordre que John lui-même ; son
style latin est clair et précis ; enfin , il a fait un livre utile.
Ph. Golbbhy.
— Poésie. — La traduction allemande des QuatredgesdeM. Vougcns
membre de l'institut de France , par M. Fréd. Gleich, est déjà à la
seconde édition.
— HiLDBURGSHAusKN. — M. Sicklcr publie , sous le titre d'^nas-
iasie, un ouvrage périodique sur la guerre entre les Grecs et lesl
Turcs. Le premier cahier a déjà paru. M Sickler annonce que son
EUROPE. 213
recueil sera enlièrement historique, et qu'il fera connaître les évé-
nemens, sans se livrer à aucune discussion politique,
— Stuttgahd. — Nécrologie. — '^.Jean-Christophe Schwab , con-
seiller royal de l'instruction publique, membre des académies de
Saint-Pétersbourg et de Berlin et de la société des sciences de Harlem,
.e5t mort à Stuttgard , à l'âge de soixante dix-huit ans. 11 est connu
dans le monde littéraire par un Traité sur les causes de l'universalité
delà langue française , ouvrage qui a remporté le prix, en 1784,
à l'académie de Berlin. M. Schwab a reçu beaucoup d'autres palmes
académiques. Il s'était déclaré l'adversaire de la philosophie de Kant,
contre laquelle il n'a pas craint d'écrire. Ph. Golbéby.
SUISSE.
. Genève. — La Méthode d'enseignement mutuel continue à rece-
voir de grands encouragemens dans notre ville. On construit un
vaste bâtiment, où doit être placée une nouvelle école publique
organisée d'après cette méthode; plusieurs de nos pasteurs pro-
testans de la campagne en ont établi dans leurs paroisses , et les
dirigent eux-mêmes avec un zèle digne des plus grands éloges ;
leur exemple a été imité ailleurs par des propriétaires aisés ,
malgré l'opposition ouverte ou, déguisée de certains curés de cam-
pagne.
L'instruction publique de ce canton paraît léclamer une révolution
presque complète pour être en rapport avec les besoins de la civi-
lisation actuelle. Le collège de Genève, fondé par Calvin, a
subi peu de changemens essentiels depuis le milieu du seizième
siècle, et les écoles supérieures ne sont guère recommandables
que par le mérite personnel des professeurs qui en occupent les
chaires.
Abau. — Publicationnoupelle. — M. le professeur Munck a publié
dernièrement l'Histoire complète des tentatives faites par les Grecs
pour le rétablissement de leur liberté , depuis la prise de Constan-
tinople jusqu'à nos -jours.
ITALIE.
Naples. — Chirurgie. — Le jeune Catanoso, de Messine , élève de
l'Ecole de médecine de Paris, a fait, treize fois de suite, dans cette
2U EUROPi;.
capitale , avec le plus heureux succès , l'opération de la cataracte
par extraction.
Milan. — Publications prochaines, ~— On va publier par sous-
cription, et sous le titre de Spectaleui' Lombard ou Mélanges
choisis de littérature ^ philosophie , sciences, arts, industrie,
éducation, coutumes, théâtres, etc., une suite d'articles publiés
successivement par François Pezzî , dans le Courrier milanais, le
polygraphe et la gazette de Milan, depuis 1809 jusqu'en 1821. Il
y aura de douze à dix-huit volumes ; il en paraîtra un par mois ,
à raison de 2 fr. 5o c. , et de 2 fr, seulement pour les abonnes
de la Gazette de Milan, au bureau de laquelle on souscrit, rue
dell' Agnello, n» 963.
— Poésie, — Le libraire Vincenzo Ferrario a publié dernière-
ment, en un volume in-18 , la traduction faite par feu l'abbé de
Brème 5 du poème des Quatre âges, qu'on doit à M. Pougens,
de l'Institut de France ; celte traduction est d'une élégance parfaite.
SiENHE. — Mausolée de IMascagni. — On vient d'élever, dans le
dôme de Sienne , un mausolée au célèbre anatomiste Paolo Mas-
cagni. Une figure qui représente l'anatomie , est assise sur
sa tombe ; elle tient un papyrus où Ton voit le titre de l'ouvrage ,
intitulé : Rarorum lymphaticorum Historia et Ichnographia ; elle
semble pleurer, en regardant les instrumens de l'art que Mascagni
a employés pour faire ses découvertes. Ce beau monument a été
exécuté par le sculpteur Stefano Ricci, aux frais du chancelier
Giulio del Taja. F. S.
ESPAGNE.
Catalogne. — Hydraulique, — M. Ardevol, chef de la compta-
bilité des-biens-fonds communaux de cette province , a inventé
une machide hydraulique à laquelle il a donné le nom de hidro-
pote. Cette machine, qui est très-simple, élève d'elle-même l'eau
des rivières à la hauteur convenable pour arroser les terres voi-
sines, sans qu'il soit nécessaire de faire des digues ni de chercher
aucun autre secours artificiel. Les expériences faites publiquement
avec celte machine ont réussi complètement.
SiSviLLE. — Beaux-arts, — Peinture, Il existe dans un hôpital de
cette ville un admirable tableau de Muiillo , représentant Moïse
i
EDROPi:. 215
frappant le rocher. Un amateur anglais vient d'en offrir la somme
de quatre mille gainées , qui probablement sera acceptée.
L. S. B.
Madrid. — Publication nouvelle et prochaine. — On vient de tra-
duire en espagnol les Observations sur le congrès de Troppau, par
M. Bignon.
— Cadix. —Journal. — Telegrafoniexicano (le Télégraphe du Mexi-
que \ Tel est le titre d'un nouveau journal que M. de Cance-
lada se propose de publier ici. Il aura cinq feuilles d'impression,
et paraîtra tous les quinze jours. Le but du rédacteur est de Taire
voir que la Nouvelle-Espagne n'est pas en état d'être émancipée.
Ce journal avait déjà existé à Cadix, en 1811, 1812 et i8i3. Qn
souscrit à Madrid, chez Gila , libraire, à raison d'un franc par
cahier.
—Madrid. — Le journal, appelé Miscelanea j amnonce , dans son
numéro du 10 août, que les libraires Cruz et Miyar vont pu-
blier un Journal de la librairie^ dans lequel on fera connaître
tous \^i ouvrages qui paraîtront en Espagne , et dont les autres
journaur ne peuvent parler, parce qu'ils sont obligés de remplir
leurs feuilles dé choses plus agréables à la majorité de leurs lec-
teurs, a Nous voudrions, dit le rédacteur principal de la Miscelanea,
que les rédacteurs de ce journal ne se contentassent point de faire une
simple annonce des ouvrages, mais qu'en s'associant un certain
nombre d'hommes de lettres , ils donnassent au public des ana-
lyses impartiales et capables de faire connaître le mérite et l'utilité
des livres annoncés. Cette entreprise, bien dirigée et bien exé-
cutée, pourrait remplir la place d'une Revue Encjclopédique ^ dont
nous avons un grand besoin. » Cette opinion de M. Burgos est
d'autant plus respectable , qu'il est l'un des littérateurs les plus dis-
tingués de l'Espagnç , et peut-être le meilleur poète lyrique depuis
la mort du célèbre Melendez. M. Burgos est auteur de la traduction
des ouvrages d'Horace , en vers castillans, dont nous avons déjà
parlé. (T. XI, p. i6i). J. A. LtORENTB.
PAYS-BAS.
Gano. — U académie royale de dessin, peinture, sculpture et archi-
lecture de cette ville propose, pour le concours de 1823, l'apparition
des Grâces à Pindare, qui vient de chanter une ode en leur honneur.
216 EUROPE.
Les figures sei'ont de grandeur naturelle. Le tableau restera la pro- |
priété de l'artiste, qui en abandonnera seulement une épreuve ter-
minée, et recevra une couronne de laurier alexandrin , une médaille
d'honneur . et une indemnité de 600 florins. Ce sujet est proposé aux
maîtres; les élèA^es traiteront celui de la Samaritaine. Le tableau de
genre représentera un échec et mat ; celui de paysage un hiver et des
patineurs sur la glace; les prix seront des médailles d'honneur et des
indemnités de 3oo et 200 florins.
— Bbcxelles. —Le salon d^ exposition de la Société royale pour l en-
couragement des heauxarts a été ouvert le 4 septembre dernier. On
y a remarqué les nombreux tableaux de M. Navez , actuellement à
Bome; le iricmphe de Cimahûe par M. J. Odevaere ; des paysages de
MM. Van Asche et Van Os ; des fruits peints par M. Desprets, peintre
à Bruxelles; une charmante composition de M. Noël, représentant une
scène prise dans les mœurs hollandaises, etc. Le prix du tableau
d'histoire n'a pas été donné, mais M. Michel Tapleaux, de Bruxelles,
élèue de David , a obtenu une médaille d'or pour son grand tableau
de V enfant. prodigue.
FRANCE.
Manche. — Chkrbouhg. — Marée. — Le i3 septembre 1821, par une
légère brise d'ouest ou de O. S. O., on a observé dans le port de
Cherbourg un phénomène dont les plus vieux marins n'avaient pa»
été témoins jusqu'alors. Au moment du jusant (abaissement de la
marée ) , la mer a remonté tout-à-coup à un mètre au-dessus de son
niveau ordinaire; puis, redescendant à ce niveau, elle s'est encore
élevée d'un mètre. Ces mouvemens extraordinaires ont duré pendant
toute la marée. Le sloop la Truite , qui était à sec sur la plage, a été
violemment transporté au fond de l'arrière - bassin. Le tems était
couvert; les variations barométriques et thermométriques n'ont pas
été sensibles. Quelques jours après, plusieurs navires sont revenus du
large, démâtés par une tempête violente, à laquelle on attribue,
faute de mieux , le singulier phénomène que nous venons de décrire.
E. G.
Marke. — Chalons. — Ecole rojale d'arts et métiers. — La distri-
bution générale des prix aux élèves de ce bel établissement a eu lieu
le i" septembre, sou^ la présidence de M. le préfet de la Marne , qui
a suppléé M, le duc de la Rochefoucauld, inspecteur général dc^
écoles et du conservatoire d'arts et métiers.
I
ELROPE. 217
Celui-ci, voulant continuer d'appeler l'attention des élèves sur
deux points qui intéressent particulièrement leur instruction , avait
proposé de nouveau pour cette année deux prix extraordinaires, aux-
quels tous les élèves ont été appelés à concourir : l'un pour celui qui
tracerait le mieux les dessins, et rédigerait avec le plus d'exactitude
le mémoire explicatif nécessaire, pour la construction d'une machine
semblable à celle qui leur a été indiquée ; l'autre , pour celui qui
dessinerait le mieux une figure antique d'après la bosse. Le prix du
dessin d'après la bosse , fait sur V Apolline antique , a été remporté
par M. Alex. Charpentier, de Châlons (Marne); celui du dessin et
de l'explication de la machine à diviser deRamsden, a été remporté
par M. Alph. Faron, de la même ville.
Maine-et-Loire.— Angers. — Les prix ont été distribués aux élèves
de Vécole d^arts et métiers de cette ville, par M. le préfet , en l'ab-
sence de M. l'inspecteur général.
Finistère. — Brest. — L'établissement d'une caisse d épargnes et
de préi^oyance dans cette ville a été autorisée par une ordonnance
jroyale du 27 août dernier ; on aime à voir ces utiles établissemens se
multiplier en France.
— Nord. — Douai — Beaux-arts. Prix de peinture décerné à M. Cou-
pin de la Couprie. — Nous avons fait connaître (Voy. Rei^. Enc,
T. X, pag. 654) que les autorités municipales de Douai avaient ou-
vert un concours aux productions des arts et de l'industrie , auquel
les artistes et les manufacturi" rs des autres villes de la France
avaient été invités à prendre pvrt, et qu'il devait être décerné une
médaille d'or à l'auteur de i «-.ivrage le plus parfait de l'exposition ;
nous devons maintenant annoncer que c'est M. Coupin de la Cou-
prie,, auteur du tableau représentant Sully qui vient faire ses
adieux au cœur de Henri IV (Voy. le compte rendu de ce tableau,
T. V, pag. 58) , qui a remporté le prix. Cet artiste avait envoyé au
concours une Sapho placée sur le rivage d'une mer tranquille ,
essayant de calmer, par des cb«nts qu'elle accompagne de son luth ,
les tourmens de son cœur agité. Ce tableau , dans lequel il règne
une grande élévation de dessin, n'avait pas encore été exposé; il
faut espérer que l'artiste , cédaut aux désirs des amateurs , le pro»
duira aux regards du public , au prochain salon. P. A.
SOCIÉTÉS SAVANTES ET d'uTILITÉ PUBLIQUE.
— Are AS. (Pas-de-Calaus), La Société royale des sciences^ des lel^
218 EUROPE
très et des ans a proposé pour sujet du prix de poésie , en 1822 , ie
débarguement de S. M. Louis XFIII à Calais, le il^ avril i8i4 ;
ce poème devra avoir deux cents vers au moins»
— La société décernera pour prix une médaille d'or, de la valeur de
300 fr.
BoHOBAux. ( Gironde, ) — Société royale de médecine. — Sèancepu-
blique du 29 août 1821. — La société avait proposé , dans ses pro-
grammes de 1819 et 1820, un prix de la valeur de 3oo fr. pour l'au-
teur du meilleur ouvrage qui lui serait envoyé sur V Éducation phy-
siq ue des enfans.
Parmi les cinq mémoires qu'elle a reçus, la société en a distingué
trois , entre lesquels elle a décidé que le prix serait partagé ; une
médaille de la valeur de loo fr. leur a été décernée dans l'ordre sui-
vant : 1° à l'auteur du n° 5, M. Ratier , D. M. à Paris ; 2° à l'au-
teur du n° 1 , M. Camille Lerov, de Grenoble, médecin à Vizille ,
(Isère) ; 3° à l'auteur du n° 2 , qui ne s'est pas encore fait con-
naître. La société n'ayant reçu aucun mémoire sur cette question :
ï)éierminer l'endroit le plus propre à rétablissement d'un lazaret
sur la Gironde , en donner le plan le plus avantageux et le plus
économique. Va. remise au concours pour iSaS. — La société propose,
pour être décerné dans sa séance publique de 1823, un prix de la
valeur de 3oo francs , à l'auteur du meilleur mémoire sur la question
suivante ; Déterminer la nature , les différences , les causes , les si-
gnes et le traitement de la maladie appelée œdème des poumons ?
Elle désire surtout que la solution de ce problème soit appuyée sur
des faits nombreux , recueillis avec i^xactitude et présentés avec
ordre. La société renouvelle l'annonce de deux prix mis au concours,
pour 1822 ; le premier sur cette question : Quels sont les résultats
d^un accroissement trop rapide ? Quels sont les moyens d'en modé-
rer les progrès , s'ils deviennent nuisibles f et de remédier aux acci-
dens qui en sont la suite? et le second sur celle-ci : Quelles sont les
maladies qui régnent le plus communément dans le département de
la Gironde ? en établir les causes et les moyens de les prévenir.
Pour stimuler le zèle et l'émulation , la société accorde , chaque
aïinée,une médaille d'encouragement à celui qui lui envoie le meilleur
mémoire (sur un sujet, au choix de l'auteur, et relatif à l'art de
guérir ). Depuis sa dernière séance publique , elle a reçu plusieurs
ouvrages, parmi lesquels elle a distingué un mémoire ayant pouj
p
EUROPE. 2iîf
titre : Observations sur laphthisie laryngée, précédées de quelques
considérations sur celte maladie, dont l'auteur est M, Lalanhb,
D. M. à Agcn. La Société lui décerne une médaille d'or. Elle ac-
corde une mention honorable, i^à M. Ghaxelodp , D. M. à Dax ,
auteur de deux ouvrages ayant pour titres : l'un , Description de Va-
nènione^œil de paon ( anémone pavonina Lam. ;, suivie de quelques
observations sur les propriétés médicales de sa racine; l'autre,
Exposition des moyens analytiques mis en usage pour parvenir à
la connaissance du diagnostic d'un cas d^Jiydropneumonie ou
œdème des poumons } 2° à M. Blondeau, D, M. à Cadillac, auteur
d'un ouvrage ayant pour titre : Considérations générales sur la cons-
titution médicale de 1820, Description des maladies qui ont régné
dans chaque trimestre de cette année, et d'une épidémie de fièvres
intermittentes , pernicieuses , pendant le second trimestre, dans les
cantons de Cadillac ^ Créon et Targon; 3° à M. Candillac , D. M. à
Beigerac, auteur d'un mémoire intitulé : Observation sur une
maladie organique du cœur compliquée , suivie de considérations
sur les désordres du sjstème de la circulation à sang noir dans
divers états maladifs, et les conséquences qui peuvent en être dé-'
duites, quant à la doctrine générale des phlegmasies.
Voulant encourager la propagation de la vaccine , la société promit
de décerner, dans la séancs publique de ce jour, des médailles d'ar-
gent, à titre d'encouragement , à ceux qui lui feraient parvenir les
tableaux authentiques les plus complets des vaccinations qu'ils au-
raient faites , ainsi que leurs propres observations sur les effets par-
ticuliers de cette méthode salutaire. Elle n'a reçu aucun travail sur
ce sujet. Néanmoins , elle promet d'autres médailles aux praticiens
de ce département, qui, dan^ le courant de l'année, lui enverront
des tableaux, en se conformant aux conditions suivantes : les ta-
bleaux, dament légalisés, doivent renfermer le nom, le prénom,
rage , le sexe , le domicile , Vèlat des enfans vaccinés , et les obser-
vations intéressantes à recueillir.
Les mémoires , écrits en latin ou en français , doivent être remis
chez M. Dupuch-Lapointe , secrétaire général de la Société, avant
le »5 juin.
— Société philomathique. — Séance publique du ^septembre 1821.
— La Société promet de nouveau de décerner un prix de la valeur
de 100 fr. , dans sa séance publique de 1822 , à l'auteur du mémoire
220 EUROPE.
qui contiendra la meilleure solution de la question suivante : Déter-
miner, sur les deux ripes de la Garonne , deuant Bordeaux , ou sur les
terrains voisins de ces rives , le lieu le plus convenable à f établis-
sement d'une école de natation et de bains publics^ où les diverses
classes de la société puissent, sans danger, et à peu defrais^se livrer
à un exercice très-utile et à une immersion nécessaire à la conser-
vation de la santé,
La société, pénétrée de l'importance de la gymnastique employée
dans l'éducation des enfans, décernera, dans sa séance de 1822 , des
médailles d'encouragement aux instituteurs de Bordeaux et du dépar-
tement de la Gironde , qui auront introduit dans leur système d'édu-
cation les jeux gymnastiques, dont les principes ont été mis en pra-
tique avec le plus grand succès , en Allemagne , en Suisse et à Paris ,
par les professeurs Gutsmuths, Clias, Bentzien (de Bordeaux) et
Amoros. Les pièces envoyées au concours doivent être remises au
secrétariat du Muséum , allée de Tourny, n" ^1 , et adressées à
M. Laterhade, secrétaire général.
Carcassone. (Aude.) — Société pour V instruction élémentaire . —
11 s'est formé, dans cette ville, pendant le mois de septembre 1821,
une société pour la propagation de l'instruction élémentaire
par la méthode de l'enseignement mutuel. On remarque dans son
bureau les noms de deux pairs de France , et d'un membre de
la chambre des députés. Une école gratuite a été fondée , au moyen
de souscriptions. Il va s'organiantt*, dans chacun des arrondissemens,
des sociétés affiliées à la société du chef-lieu ^ et de concert elles
s'occuperont de faire adopter la méthode par les instituteurs pri-
maires de tous les villages du département, {f^oy. ci-dessus, p. 186.)
Chalons. ( Marne. ) Société d'agriculture , commerce , sciences
et arts. — Séance publique du 27 acût 1821 — M. Jeandeau , chef
de l'instruction de l'école royale d'arts et métievs, président an-
nuel, ouvre la séance par un discours sur les avantages que les
sciences et les arts ont retirés de la réunion de leurs moj'ens. M. Ca-
quot, secrétaire, rend compte des travaux de la Société, ainsi
que du résultat des concours ; il paie un tribut d'éloge à la nu-
moire de MM. Charbonnier et Landois , membres titulaires, que la
mort a enlevés cette année. — M. Vanzut lit un discours sur h\<
fêles de village. — M. le docteur Moignon , en l'absence de M. TIi.
Pcin, vice-président , lit une notice de ce dernier sur Louis Xif
p EUJIOPK. ' 221
el principalement sur ses dernières années. -M. le secrétaire donne
I lecture d'une pièce de vers intitulée : les Musards , par feu M. de
Villarsy , ancien membre.
Prix distribués. — Premier concours. « Quel est , dans l'état
actuel de la France et dans ses rapports auec les nations étran-
gères., le degré d^ extension que l'industrie, dirigée vers Vintérêt
national, doit donner aux différens genres d' intentions qui sup-
pléent le travail des hommes pa r Le travail des machines ? »
Le prix consistant en une médaille d'or de 3oo fr., a été décerné
à M. Paris, ancien sous-préfet (i). — Deuxième concours : ^Déter-
miner quelles sont les maladies qui attaquent particulièrement les
laboureurs , les jardiniers et les vignerons du département de la
Marne l'en rechercher les causes \ indiquer les moyens de les pré-
venir et ceux de les guérir. » Une médaille d'encouragement de
première classe a été décernée à M. Hourelle , docteur-médecin
à Reims. — Troisième concours. « Statistique d''un canton du dépar-
K tement de la Marne. » Une médaille d'encouragement de première
classe est décernée à la statistique du canton d'Ecury -sur-Coole ,
par M. Gallois j prêtre desservant, de la commune de Soudron ,
associé correspondant.
La Société décernera, dans sa séance publique du mois d'août
1822 : 1° une médaille d'or de 3oo francs au meilleur mémoire
sur cette question : Quels sont les moyens de rendre , en tems de
paix , les loisirs du soldat français plus utiles à lui - même ,
à î armée et à Vétat, sans porter atteinte ni à son caractère
national , ni à Vesprit militaire ? — 2» Une médaille d'or de
200 francs au meilleur mémoire sur cette proposition : Indiquer
spécialement les nouveaux genres de fabrication qui conviendrait
le mieux à la ville de Châlons-sur-Marne , et, en général, les
moyens d'y favoriser le développement de l'industrie r.tanufac-
tarière? — Elle continue d'offrir des prix d'encouragement : i»à l'au-
teur de la meilleure statistique d'un canton du département de la
Marne; 2" au médecin ou chirurgien de ce département qui aura
vacciné le plus grand nombre de sujets pendant l'année 1822.
(1) M. Paris est déjà auteur d'un Mémoire sur les moyens d'assu-
rer les subsistances en France, auquel la Société a décerné, en 181g,
une première médaille d'or.
n2 EUROPE.
Les pièces relatives à ce dernier concours seront envoyées, au
secrétaire de la Société^ à Châlons sur-Marne, avant le i*^ mai i823 ;
et les autres avant le i*^' juillet 1822.
Maçon. [Saônc-ct-Loire). — La Société des sciences , arts et belles-
lettres avait mis au concours la question suivante : « L'éducation pu-
blique offre-t-elle assez de garantie à l'état etaux parens , lorsqu'elle n'est
pas confiée à un ou plusieurs corps qui tiennent de la loi une indépen-
dance suffisante , qui aient sur leurs membres un pouvoir spécial y et qui
soient dépositaires des doctrines religieuses , morales et politiques ? Le
prix (une médaille d'or de la valeur de 000 fr. ) a été décerné à
M. CyPEiEN Anot , professeur d'humanités au collège royal de Reims,
et la mention la plus honorable à M. Josbph-Antoixb Gresy, de Mont-
pellier.
Poitiers. ( Vienne }. — La Société académique d'agriculture ,
sciences et arts propose une médaille d'or du prix de 200 fr. à l'auteur
du meilleur mémoire « sur les caractères des maladies des vins rouges ,
connues sous le nom de poux ou prousse^ et sur les moyens préservatifs
et curatifs de cette maladie » . Les mémoires doivent être adressés à
M. le préfet du département de la Vienne, avant le i«' juillet 1822.
PARIS.
Institut. — Académie des sciences. — Ocxobbb 1821. — Séance du 3.
— M. Mauvroir est nommé correspondant; — M. Brongniart lit un
mémoire sur les caractères zcologiques des terrains de craie ^ avec l'ap-
plication de ces caractères à quelques-uns de ces terrains. — M. John,
membre de l'académie de Berlin , lit un mémoire sur l'analyse des
pierres météoriques (MM. Berthollet et Vauquelin, commissaires). —
La commission, nommée dfms la dernière séance, présente la liste
suivante, pour le remplacement de M. de Cubières : MM. le duc de
La Rochefoucauld , le général Andréossy, le général Marescot , le
comte de Bournon , Héricart de Thury, Dartigues.
— Du 10. — M, Guillaume Libri adresse un mémoire sur les somjncs
des diviseurs et des intégrales définies. ( MM. Poisson et Cauchy,
commissaires). — M. Delaplace lit uu mémoire sur l'attraction des
corps spliériques et sur la répulsion des fluides élastiques. — M. Che-
vreul lit une note sur une nouvelle substance trouvée dans le sang. —
M. Audouard commence la lecture d'un mémoire sur le siège des
fièvres intermittentes. — On lit un mémoire de M. de Laborne sur un
nouvel aérostat (MM. Prony et Fourrier, commissaires).
EUROPK. 22,^
— Du 17. — On -présente à l'académie , de la part de M. Ghabrier,
1° un supplément à l'Histoire naturelle de V ap us pisci forma; 2° un
mot sur l'irritabilité de Vœnolhera tetreptera : ce deuxième mémoire
est renvoyé à MM. Duméril et duPetitThouars.— M. Despretz Ht un
mémoire ;y«r la conducibitltè de plusieurs substances solides (MM. Four-
rier et Poisson , commissaires ). — M. Audouart continue la lecture
de son mémoire sur le siège des fièvres intermittentes. — Au nom de
la commission, M. du Petit Thouars lit un rapport sur le myrte , pré-
senté par M. Sarlandière , au nom de M. Lavallée , cultivateur à
Abbeville. Après avoir montré combien il a fallu de, patience et
d'adresse pour former, avec ce myrte, une corbeille en forme de
vase antique, de sept pieds et demi de diamètre et de cinq pieds de
haut (non compris la tige, qui a quatorze pouces ) , M. le rapporteur
conclut que M, Lavallée est susceptible de recevoir les remercîmens
de l'Académie, pour lui avoir présenté le résultat de sa persévéranc€
et de son industrie. L'académie approuve.
— Du 24. — On lit une lettre de M. le bai'on Capelle, qui envoie
un nouveau rapport sur l'aérolithe de l'Ardèche, avec un fragment de
cette pierre. M. Vauquelin est prié d'en faire l'analyse. — M. le duc
de La Rochefoucauld est nommé associé libre,à une majorité de trente
voix sur trente-huit. — M. Petros lit un mémoire sur l'alcali du quin-
quina, la chinchomne et la quinine ( MM. Portai et Halle, commis-
saires ). — M. Cruveilher lit un mémoire intitulé : Médecine pratique
éclairée ^ar l'anatomie et la physiologie pathologique (MM. Pinel et
Percy, commissaires ).
— Académie française. — Séance du 20 octobre. — M. Auger lit
une notice historique et littéraire sur le Tartuffe. — M. Picard lit,
pour M. François de Neufchâteau, un poème intitulé , la Calligra-
phie.— M. Lemercier, un précis des annales françaises depuis Mé-
rové jusqu'à Charles-le-Sage. — M. Raynouard , une ode sur le dé-
vouement de Malesherbes.
— Académie des beaux-arts. -^Séance publique du 6 octobre.
— M. Quatremère de Quincy, secrétaire perpétuel, lit deux notices
historiques; l'une sur la vie et les ouvrages de M. Duvivier, graveur;
l'autre sur M. Gondoin, architecte. — Rapport sur les ouvrages des
pensionnaires du roi à l'école française de Rome.
On procède ensuite à la distribution des prix. Nous avons fait
22A EUROPE.
connaître ( T. XI , pag. 436 et 667) les noms de ceux qui ont rem-
porté les prix de peinture et de sculpture.
Le sujet du concours d''archi lecture était un projet de palais de
justice pour le chef-lieu d'un département. Le premier grand prix a
été décerné à M. Abel Blouet,de Paris, âgé de vingt-cinq ans et demi,
élève de M. Delépine; et le second grand prix, à M. Henri Labrouste,
de Paris , âgé de vingt ans , élève de MM. Vaudoyer et Lebas. — Le
premier grand prix de composition musicale a été remporté par
M. Etienne Rifaut, de Paris, âgé de vingt-deux ans, élève de
M. Berton. — On distribue ensuite les médailles fondées par MM. de
Caylus et Delatour , et celle dite du prix départemental. La mé-
daille pour la tête d'expression a été partagée entre MM. Court
peintre, élève de MM. Gros, et Lemaire, sculpteur, élève de M. Car
teïlier. La médaille pour le torse a été obtenue par M. Dasnis
élève de M. Girodet ; et celle du prix départemental a été décernée
dans l'école d'architecture, à M. Blouet, le même qui a remporté
le premier grand prix.
La séance est terminée par l'exécution de l'ouverture de Cari-
sandre^ de M. Berton , et de la scène de Diane , qui a obtenu le
grand prix de composition musicale.
— La Société d^ encouragement pour V industrie nationale 2i tenu sa
séance publique ^ le 3 octobre. L'abondance des matières nous force
à renvoyer au mois prochain le compte rendu de cette intéressante
solennité.
— V Athénée des arts , sous la présidence de M. Boissy-d'Anglas ,
pair de France, a tenu, le 26 août 1821, une séance publique.
M. Demonchaux a lu deux rapports ; le premier, sur Véclairage au
moyen du gaz hydrogène épuré ^ d'après les procédés de M. Pauwel ;
le second, sur un mécanisme de M. Jouanne de Cailly , destiné à
dételer à volonté les chevaux d'une voilure. M. Bienaimé en a lu
un troisième, sur la nouvelle pompe de M. Capron. MM. Garcin ,
Ponce , Famin , Perrier et Bazot ont fait les honneurs de la littéra-
ture , ainsi que M. penn-Baron , qui a lu son poème du Phénix. On
a entendu MM. Corentin Habenek, Fouquet, Bénazet, dont les
amateurs de musique apprécient depuis long-tems les talens.
— Société de géographie, — Depuis long-tems, l'étude de la géogra-
phie , retardée dans sa marche, réclamait, surtout en France, de
EUROPE. 225
^reissatis cnconragemens. Elle manquait d'une sorte de direction à
kiquelle vînt aboutir, comme à un centre commun , tout ce qui se
rapporte à cette branche si essentielle des connaissances humaines.
C'est dans ce but , et par ces motifs , qu'il se forme actuellement, à
Paris, une association qui s'annonce sous le titre modeste de Société
DE GÉOGRAPHIE. EUc comptc déjà, parmi ses fondateurs, plus de trente
membres ou correspondans de l'Institut, dont plusieurs sont au
nombre des coUaborateus de la Revue Encyclopédique , et d'autres
hommes distingués par leur mérite personnel , et par leur zèle pour
le progrès des sciences. Nous publierons, dans l'un de nos prochains
cahiers, la liste des membres de cette société, et les principales
dispositions de son règlement , pour en faire bien connaître l'orga-
nisation,
La Revue Encyclopédique ^ qui, par la nature et l'étendue de
son plan, par V universalité et la variété des matières qu'elle em-
brasse , par Vuni'é et V utilité du but qu'elle se propose , offre , dans
la lecture de ses livraisons mensuelles, une sorte de panorama
fcientifîque et littéraire du monde entier, et comme un voyage pé-
riodique, entrepris dans les différentes contrées du globe, et dans
les différentes branches des connaissances humaines, au moyen du-
quel on peut suivre sur chaque point les progrès des sciences, des
arts £t de la civilisation , se trouve appelée à rendre plus particu-
\lièrement compte des travaux de la Société de géographie , et s'em-
pressera d'en présenter , environ tous les deux ou trois mois , un
tableau abrégé à ses lecteurs. M. A. J.
Histoire naturelle^, — L'administration du Jardin du Roi et du
Muséum d'histoire naturelle a reçu dernièrement une nombreuse col-
lection d'objets d'histoire naturelle , consistant principalement en
plantes vivantes , rassemblées en Asie , en Afrique et en Amérique
par M. Perrottet , cultivateur botaniste , et voyageur du gouverne-
ment, attaché, en 1819, 1820 et 1821 , à l'expédition commandée
par M. le capitaine de vaisseau Philibert. Comme la flûte le Rhône ,
sur laquelle se trouvait M. Perrottet, devait se rendre en France au
commencement de l'hiver, il débarqua avec sa riche collection , et
resta à Cayenne jusqu'au i«' juin 1821 , époque à laquelle il s'em-
barqua sur la gabare la Durance , arrivée au Havre dans le mois de
juillet suivant.
Cette collection est la plus riche , la plus considérable qui ait
Tome xii. 1 5
226 EUROPE.
Jamais été introduite en France par aucune expédition. Elle con-
siste : I» en 84 caisses , contenant 600 plantes environ , toutes dans
le meilleur état de vie, et dont la plupart sont fort rares, et môme
encore inconnues; 2° 2 caisses contenant des graines stratiliées
dans la terre , et en germination ; S» trois cents sachets de graines de
tonte espèce ; 4" 7 caisses de plantes sèches pour l'herbier; 5° 26 bo-
caux en verre, contenant des fruits conservés- dans de la liqueur ;
6° enfin, plusieurs caisses d'animaux, d'oiseaux, de minéraux, etc.
Pendant le cours' du voyage , d'autres envois considérables de
grains ont été faits de différens endroits , et sont arrivés aussi en boa
état. En outre , M. Perroltet a laisse, en passant à Bourbon et à
Cayenne , une grande quantité de végétaux et de graines précieuses
qui n'existaient pas dans ces colonies ; ce sont presque tous objets
utiles aux arts, à la médecine, à l'économie rurale et domestique.
(Voy. ci -dessus art. Amérique , Afrique tX Asie.) Ces végétaux, cul-
tivés avec soin, doivent d'autant mieux réussir, que le climat et fa
nature du sol sont, à peu de chose près, les mêmes que ceux d'où ils
Ont été tirés.
Pendant les dix mois que M. Pérrottet a séjourné à Cayenne, il s'est
occupé de multiplier par graines, ou par tout autre moyen , les
{)lantes précieuses et utiles dont l'expédition a enrichi celte colo-
nie, et il a obtenu un succès complet. Près de deux cents sagou tiers
sont déjà en végétation; et, avant peu d'années, nous ne serons
^lus tributaires des étrangers pour cette fécule qui, non seulement
est utile en médecine , mais qui fournit encore une nourriture saine
et abondante à tous les indigènes des Moluques, des Philippines, et
de presque toutes les îles du grand archipel d'Asie. L'arbre à vernis
de la Chine , l'anis étoile , le mûrier de la Chine , l'abacas , les tu-
teurs du poivrier, du bétel, du cafier, prospèrent maintenant à
Cayenne. C^est par des fatigues excessives , et souvent même en
courant des dangers, que M. Pérrottet est parvenu à se procurer tant
de richesses.
Les observations de ce naturaliste , sur la manière de soigner et
de conserver les plantes à bord, ne peuvent qu'être aussi intéres-
santes qu'utiles pour les officiers de la marine dans de semblables ex-
péditions. En effet, il a prouvé, par l'expérience, qu'avec des soins et
des précautions , et malgré tous les obstacles , on peut conserver, à
bord d'un bâtiment, des plantes en végétation pendant plus d'un an.
\
EUROPE. W
Poésie Italienne. — Improvisation.— M., Philippe Pistriicci, poète
Improvisateur italien, a donné des preuves de son talent , dans Id
soirée du 12 octobre. Il a accepté tous les thèmes ou sujets d'histoire
et de mythologie, et même quelques-uns de morale et de littérature
qui, par leur nature, ne se prêtaient pas trop aux inspirations poé-
tiques. Il a chanté successivement, et avec plus ou moins de succès ,
plilsieurs pièces de vers dont le rhythme était varié suivant la nature
du sujet , et même suivant là volonté des auditeurs. Parmi les
thèmes qu'il a traités, je citerai 1° \^ peste de Barcelone en endecas-
silabi, vers de dix syllabes; 2" là mort de Cicéron, eh oltapa rima;
3" \eè présages du Dante sur la langue italienne, en ottonarj y vers
de huit syllabes ; 4" l'Italie au tombeau d^Alfi'cri , en tercets ;
S» la naissance de Vénus, en senarj, vers de six syllabes ; 6° Otello ^
en terza rima; 7** Ballhazar, en oitaua, etc. M. Pistrucci a déclarrté
le sujet d'Otello ; il a chanté ses autres com'positidns.
Dans ces sortes d'épreuves qui nous rappellent les tensons dès
troubadours , on ne peut guère parvenir à cette perfection qu'on est
en droit d'exiger dans les poèmes long -tems médites, travaillés à
loisir. Mais il serait injuste de ne pas accorder à M. Pistrucci
de la fécondité, un certain talent descriptif, et surtout beaucoup
de vivacité et d'abandon dans ses improvisations. La critique là
plus sévère est désarmée par une foule de ttuits heureux qui font
oublier des impressions qui ne sont pas toutes agréables. Aussi ,
l'improvisation du poète italien a-t-elle été accueillie avec de vifs
applaudissemens. Comme ce phénomène poétique a donné lieu A
plusieurs remarques et à des discussions littéraires chez les Français,
nous essaierons, dans une notice particulière, de rectifier, sur ce
sujet, des faits et des opinions qui ne nous semblent pas trop d'aé-
cdrd avec la justice et la vérité. F. Salî'i.
TnàATaES. — Théâtre Français. — Faliéro, drame historique, en
cinq actes et en vers, par M*** (i**' octobre). — Cette pièce n'a pas
réussi, et n'a eu qu'une seule représentation. C'est une imitation
malheurease du doge de Venise, de lord Byron, représenté derniè-
rement à Londres , et de plusieurs tragédies françaises connues.
Cependant le premier acte offre une scène remarquable par son
originalité et par un style assez énergique. Le deuxième acte est
presque entièrement inutile. Il y aurait beaucoup de coupures , de
cbangemens à faire dans le quatrième et dans le cinquième; ce der-
15*
228 EUROPE.
nier renferme une assez belle scène d'interrogatoire, que l'auteur a eu
tort de surcharger de détails oiseux. En général, le style n'était pas
propre à faire supporter les vices du plan : un grand nombre de
vers incorrects ou bizarres ont indisposé le public ; cet ouvrage
parait avoir été composé avec une extrême précipitation.
Second Théâtre Français. — Les Deux Candidats , ou laFausse
Modestie^ comédie en trois actes et en prose , par M. O. Lebov
(i5 octobre). — M. de Hautainval, l'un des candidats, est un person-
nage tout fier des richesses que son père a gagnées dans le commerce;
la décoration qu'il porte et le titre de comte qu'il est près d'ob-
tenir augmentent encore son orgueil. Mais, non content des honneurs
qu'il ne doit qu'à sa fortune , il ambitionne ceux qui supposent du
mérite. En conséquence , il cherche à se faire nommer député dans
un arrondissement où il a des propriétés. Malheureusement , il a
dans ce pays une réputation de hauteur, qui est peu propre à lui
faire obtenir des suffrages pour le populariser. Il arrive dans le chef-
lieu électoral , dans l'équipage le plus modeste ; il essaie d'être poli
et même prévenant avec chacun, ce qu'il ne fait pas toujours de
très-bonne grâce. Mais il est certaines intrigues de détail, dans les-
quelles un homme comme lui ne peut entrer. Il laisse ce soin
à un M. de Gourville , qui vit à ses dépens , et qui, par recon-
naissance , s'est fait son prôneur en titre. Cet |honnête courtier
d'élections, adoptant sans restriction l'adage : qui peut Lajin^ veut
les moyens, fait si bien qu'il détruit toutes les préventions ré-
pandues contre Hautainval. Celui-ci a de plus avec lui un valet
dont la figure et les manières honnêtes doivent servir ses projets,
mais qui , par des balourdises assez gaies , déconcerte à chaque
moment l'adresse de Courville.
L'autre candidat est un jeune avocat , nommé Dercy, auquel
«a modestie et ses talens ont fait de nombreux partisans parmi
les électeurs. Ce n'est pas la seule rivalité qui existe entre Hau-
tainval et lui : ils aspirent tous deux à la main d'une jeune et
aimable comtesse , pupille de Hautainval , auquel sa famille veut
l'unir par des motifs de convenance, mais qui préfbre en secret
Dercy, dont la candeur et l'amour timide sympathisent mieux avec
son caractère , que les manières apprêtées et la tendresse calculée
<lc son tuteur. Dumont , oncle de Dercy, qui ne veut se mêler en '
rien de rélcction de son neveu, en revanche se mêle beaucoup
EUROPE. 229
de SCS amours , et parvient, par un moyen adroit, à amener une
explication entre la comtesse et Dercy , qui ne demandent qu'à
s'entendre. Cependant les menées de Courville sont découvertes.
Hautainval, voyant son rival le supplanter en même tems , près de
sa maîtresse et près des électeurs , n'a plus d'autre ressource que
d'aller jusque dans un arrondissement des Pyrénées briguer d*autre&
sufiFrages.
Cette pièce , qui a réussi sans opposition ^ renferme peu de
situations comiques; l'action se passe en grande partie hors de la
scène ; les amours de Dercy et de la comtesse sont froides , et le
dénouement est prévu dès le premier acte. Cependant l'atten-
tion est constamment soutenue par i 1 dialogue animé, rempli de
traits piquans et d'observations spirituelles. Le public a tenu compte
à l'auteur de tadifficulté qu'il y avait à traiter un pareil sujet, sans
éveiller l'esprit de parti ; difficulté que M. Leroy a surmontée avec
habileté. Les caractères sont en général bien tracés; le personnage
de Courville a répandu de la gaîté dans l'ouvrage, par l'effronterie
de ses intrigues, la naïveté de sa bassesse, et son audace imper-<
turbable à supporter les affronts. Il est à regretter que M. Leroy,
dont le talent poétique est connu, n'ait pas eu le tems d'écrire en
vers son nouvel ouvrage , qui , tel qu'il est, ne peut cependant que--,
lui faire honneur.
— Opéra- Comique, — Le négociant de Hambourg^ opéra en trois
actes, paroles de MM***, musique de M. Kreutzer (i5 octobre).
—Un riche négociant de Hambourg, nommé Dolban, a enfoui un
trésor dans un caveau , qui se ferme par une serrure dont lui seul a
le secret. Son fils , au moratcnt d'épouser la jeune Alexine , se laisse
entraîner par le comte deWalstein dans des spéculations hasardeuses,
où il perd la fortune d'où dépendait son mariage. Dans son désespoir,
voulant s'emparer du trésor de son père , il parvient à pénétrer dans
ce fatal caveau dont la porte se referme sur lui ; il semble condamné
à y mourir de faim , lorsque le comte de Walstein , poursuivi par
ses créanciers, vient demander un asile à Dolban; celui-ci le conduit
au caveau , d'où il voit son malheureux fils sortir mourant. Ce sujet
horrible et bizarre aurait mieux convenu ii un théâtre de mélodrame
qu'à celui de l'Opéra-Comique ; quelques scènes triviales jetées au
milieu de situations fort tristes , ont surtout indisposé le public. Les
auteurs ont retiré leur pièce après la troisième représentation.
2o0 EUROPE.
La musique avait obtenu du succès; on avait applaudi l'ouverture,
les morceaux d'entr'actes , un trio du premier acte, de jolis couplets
et le final du second, et enfin un trio au troisième acte.
Beaux-abts. — Peintdbe. — M' H. Vemet. — Exposition annuelle
des tableaux des élèi/es de recelé de Rome.
Lorsque j'ai rendu compte du salon de 1819, j'ai donné une
attention particulière aux productions de M. H. Vemet (1). Le
nombre , l'iqiportance et la variété des tableaux de cet artiste ,
le talent dont il a fait preuve dans chacun des genres qu'il a
essayés, ont causé une surprise générale, et lui ont fondé uiie
réputation qui n'a fait que s'accroître. Depuis cette époque , ce
peintre a exécuté plusieurs autres tableaux. Le plus récent et le
plus .considérable est celui qui représente la liatailh de Jem-
mapes, dans laquelle M.^^ le duc d'Orléans, pour qui il a été fait,
a joué un rôle important.
Le peintre, s'étant propose de mettre l'ensemble de la bataille
sous les yeux du spectateur, a dû placer l'action , qui embrasse une
grande étendue , sur les plans éloignés. Mens occupe la droite du
tableau, Jemmappes la gauche, et au centre on voit une sorte de
taillis qui couvrait le front des Autrichiens, et où le duc de Chartres,
aujourd'hui duc d'Orléans , fit une attaque décisive à la tête dos
troupes qu'il avait ralliées , et qu'il ramena au combat en leur
donnant prophétiquement le nom de bataillon de Jemmappes.
Les figures qui prennent part à l'action , étant ainsi placées
dans un grand éloignement, ne peuvent offrir qu'un intérêt d'effet
et de masse ; mais celles du premier plan, d'une dimension néces-
sairement plus considérable , ont , en outre , un grand intérêt de
sentiment. Voici comment ce premier plan est disposé.
Le feu vient de prendre dans une brasserie placée à l'extrême
droite j ceux qui occupaient cette brasserie se hâtent d'en sortir;
une vivandièxe qui s'y était établie , s'empresse d'éloigner tout son
bagage. Tout près de celte scène de désolation et d'effroi, sur un
tertre d'où il peut embrasser l'ensemble de l'action, est placé Du-
mourier, entouré dos officiers de son état-major, parmi lesquels
on reconnaît le duc de Montpcnsier , frère du duc de Chartres,
(i) Foj. ci dessus, T. IV, page 517.
IVlacdonald , devenu duc de Tarcntc et muiéchal célèbre ; Belliaril »
maintenant paix* de France , etc.
Un officier supérieur, autrichien, vient d'être fait prisonnier et
amené au général en chef par un de ses qides de camp , qui cqi-
ch^iit sous un vétemept militaire un sexe, ennemi de \^ guerre et de
SCS l^orreurs. Ce prisonnier vient de reconnaître qu'il a eu affairp
à une amazone, et sa physionomie exprime à la fois un étonne-
ment et une admiration honorables pour celle qui l'a vaincu. Vou-
lant faire oublier , s'il est ppssible , l'inconvenance qu'il y £^ pour
une jeune fille k prendre les vêtemens et les habitudes milita^r/ss,
Le peintre, a placé non loin d'elle , son père , ofllciej- dp dragons.
11 a su donner aussi à toute cette partie du tableau cet aspect
animé et cette variété de préoccupation , qui doit exister parmi des
ojficiers continuellement en mouvement , et dont l'esprit est tout
entier dominé par les événemens qui se succèdent, et par la part
plus ou moins aclivp qu'ils y ont prise ou qu'ils vont y prendre.
Dès-lors, on comprend que la plupart ne s'aperçoivent pas^^
l'injcendie qui vient d'éclater près d'eux ; que d'autres, qui s'en
aperçoivent , mais qui viennent d'arriver, soient bien plus em-
pressés de recevoi/ des içains d'une vivandière le verre qu'elle
leur prjésente , que de s'occuper d'éteindre cet incendie , qui ne
leur offre aucun danger personnel. C'est un bien petit événement ,
le jour d'une bataille , que l'incendie d'une maison 1
Au groupe formé par tout ce que je viens de décrire, succède j
vers la gauche, un épisode touchant. C'est un général, quia eu
les deux jambes emportées, et que des soldats rapportent sur leurs
bras , du champ de bataille. Le chirurgien qui l'accompagne ^'est
avancé vers Dumourier, et lui adresse la parole en lui montrant le
blessé, c'est le moyen que le peintre a employé pour lier ces,,
deux scènes. Dumourier , extrêmement ému à cette vue , reste ,
pour ainsi dire , étranger à tout ce qui se passe autour de lui ;
il élève involontairement \î bras droit , et s? tète, de la plus belle
expression , exprime une vive douleur mêlée d'étonaement. Le
général, blessé, dirige sa main gauche vers Dumourier, et paraît lui
adresser aussi la parole. L'ensemble de cette figure , extrêmement
r£marquable , a bien l'affaissement que doit causer une blessure aussi
grave, et cependant sa physionomie conserve cette exaltation que
\s, champ de bataille inspire, et que j'ai vu certains militaires
232 EUROPE.
éprouver encore, long-tems après qu'ils avaient été grièremeirt
blessés.
Le reste de la scène , à gauche , est occupé par un chariot
chargé de blessés, qui vient de l'action , et par une colonne d'in-
fanterie qui s'y dirige. Tout-à-coup, un obus vient de tomber
entre cette colonne et les chevaux attelés ati chariot. Les che-
vaux se jettent en arrière et se renversent ;'le conducteur , qui était
à côté des chevaux de devant , s'enfuit en exprimant la plus vive
terreur; celui qui est placé près du timon, soit qu'il n'ait pas vu
le danger, soit qu'il craigne encore plus que le chariot ne soit
renversé , veut retenir les chevaux , et frappe l'un des deux avec le
manche même du fouet; les blessés, au milieu de ce désordre >
conservent cette sorte de calme que produit un grand affaissement
moral et physique , et qui succède à la perte des forces et de
l'enthousiasme. IJn chef de brigade à cheval , placé en dehors de
la colonne qui défile , a vu l'obus tomber près de lui. Il sent le
danger et n'ose s'y dérober, en pressant son cheval. Cette figure,
vue de profil perdu , exprime avec beaucoup d'énergie et de vé-
rité cette sorte d'épouvante, que cause aux plus braves la vue
d'un semblable péril, et la violence que se fait le personnage pour
ne pas donner l'exemple de la fuite.
Ce tableau , dans lequel le peintre a conservé les vétemens, les
couleurs et toutes les autres circonstances particulières à cette époque,
paraît un peu vide. Cet effet résulte de la nécessité où l'artiste s'est
trouvé de ne rien mettre qui cachât les plans éloignés, puisqu'ils sont
le véritable objet du tableau. Il n'y a donc pas de reproche à lui adres-
ser à cet égard ; mais on peut être fondé à dire que les ciels qui oc-
cupent une grande place dans ce tableau , manquent de finesse et
de légèreté; les figures du premier plan , les seules qui pussent être
étudiées, ne le sont pas toujours assez. Il y a, en général , abus de
facilité ; mais il règne une grande énergie d'expression dans la
plupart de ces figures; les chevaux sont peints on ne peut mieux ,
et je crois me tenir dans la justice la plus rigoureuse , en disant qu'il
n'y a qu'un homme d'un grand talent qui puisse produire un pareil
ouviagc.
— Vcxpos'uion annuelle des tableaux enuqyès par les pension-
naires de licole de Rome a eu lieu , au commencement de ce mois ,
dans une salle de l'ancien musée des monu.nens français^ aux Petits-
EUROPE. 233
Augustins. Les jeunes artistes qui ont exécuté ces tableaux , excitent
l'intérêt à un double titre; d'abord , en raison du succts qui leur a
mérité leur séjour, aux frais du gouvernement , dans la capitale des
arts ; ensuite , parce qu'ils sont l'espérance de l'école.
M. Michallon, qui avait envoyé au salon de 1819 un fort beau
paysage dans lequel il avait représenté la mort de Roland (voy. JReu.
Encycl. , tom. V , pag. 72}, avait pris pour sujet de la composition
historique introduite dans son tableau de l'année dernière : (Edipe
se réfugiant près du temple des Euménides. Dans celui qu'il a ex-
posé cette année , il a animé son paysage par le combat des Centaures
et des Lapithes. Le festin et les scènes de combat qui le suivirent ,
sont rejetés sur les plans éloignés ; mais il a mis sur les premiers un
Centaure poursuivi par Pirithoûs, auquel il n'échappe qu'en se jetant
dans un précipice. C'est un tableau bien entendu dans les parties les
plus importantes ; cependant il m'a paru que les figures du devant
étaient trop grandes. J'ai trouvé aussi que la dégradation des plans
laissait quelque chose à désirer ; enfin , l'exécution offre un peu de
mollesse, et c'est la critique sur laquelle j'insiste le plus, parce que
c'est le seul reproche sérieux que l'on puisse faire à M. Michallon ,
qui paraît appelé à occuper un des premiers rangs dans l'école.
M. Hesse doit se tenir en garde contre deux défauts qu'il ne
paraît pas combattre avec assez de force ; son tableau de l'année
dernière , dont le sujet était Ulysse reconnu par son chien , et celui
de cette année , dans lequel il a mis sous les yeux du spectateur
un épisode extrêmement touchant et très-heureusement choisi ,
Procris expirant dans les bras de Cèphale^ offrent tous deux une
touche molle et de la lourdeur dans les formes. Il n'a pas mis non
plus assez de chaleur dans la manière dont il a rendu cette der-
nière composition. La douleur de Céphale n'est pas assez fortement
exprimée; il n'est presque pas fâché d'avoir tué Procris ; son désespoir
n'est pas assez grand, mais sa tête est d'une belle couleur ; et si
M. Hesse vent être difficile pour lui-même, il ne tardera pas à mé»
riter d'honorables suffrages.
M. Cognet justifie de plus en plus les espérances qu'il a données.
Sa jeune Chasseresse^ de l'année dernière, était un tableau agréable ;
mais celui de cette année est plus fort. Cet artiste a représenté Mé-
tabus au moment où, poursuivi par les Volsqucs , et arrêté dans sa
fuite , par le cours d'un fleuve , il invoque Diane pour sa chère Camille
23A EUROPE.
qu'il vient d'attacher à son javclut et qu'il va lancer vers l'autre rive.
La tète du guerrier est d'une belle inspiration ; la main qu'il tient
élevée est bien étudiée et bien rendue ; l'enfant est d'une couleur
charmante, mais l'artiste me paraît s'être trompé en la faisant sou-
rire : il a voulu produire une opposition que la situation ne semble
pas permettre. Pendant que le père élève sa main droite vers le ciel
pour invoquer Diane , il tient son enfant sur son bras gauche qu'il a
approché de son corps; c'est, à la vérité , un moment de repos pour
l'enfant ; mais tous les mouvemens violons qui ont précédé étaient
bien plus de nature à l'effrayer qu'à le faire sourire. Au reste , j'in-
sisterai bien moins sur çetfe observation que sur le défaut d'ensemblp
. qui existe dans l'emmanchement du torse avec la partie inférieure di|
corps ; ce qu'il y ^ de pl»§ grave à mes yeiiz , ce sont les fautes de
dessin.
J'ai réservé, pour le dernier, M. Dubois , dont le tableau m'a paru
mériter le plus d'attention. Cet artiste a puisé son sujet dans
l'histoire de sa patrie; et, en cela, il s'est montré docile aux
conseils d'Horace (i). Un pêcheur a trouvé le corps d'uq jeune
homme dans ses filets, il les dépose sur le rivage, les ouvre et
reconnaît bienjôt le dernier des fils du premier lit de Chilpéric ,
le jeune Glovis', que Frédégonde a fait assassiner et jeter dans la
Marne. La copieur du jeune Clovis, parliculièrement celle de la
tête , est d'une finesse de ton et d'une vérité très-remarquables ;
elle rappelle involontairement plusieurs productions du Guide , et
M. Dubois doit s'en féliciter. Peut-être la scène aurat-elle produit
plus ji'effet, s'il n'avait montré que la tête et une partie du torse
du jeune prince ; peut-être pourrais-je aussi fajre quelques xibser-
valions sur l'ensemble de la composition ; mais il faut considérer
cette production principalement comme une ^tude , et elle a fait
en général txop de plaisir pour que je ne sois pas suffisamment
justifié , si je n'insiste pas sur les critiques.
Je finirai par un reproche commun aux quatre tableaux d'his-
toire dont je viens de parler, c'est que le sentiment de la beauté
n'y domine pas assez. Sans doute . il faut se tenir près de la na-
ture; mais il faut aussi la voir en beau. La rendre avec trop de
(i^ Vcsligia gra;ca
^ Ausi dcsircrc et ctltbrarc domestica facta.
( IIoB., Ars jccL. )
EUROPiL. 235
vjvciité, telle que le modèle la donne, ou s'en trop éloigner,
«•t se faire un .caractère de beauté conventionnel , sont deux écueils
qu'il faut également éviter. Le maître et le chef de l'école ac-
tuelle, David, a montré le chemin qu'il convient do suivre, et
je suis persuade qu'il y a du danger à s'en écarter. P. A.
Publications nouvelles et PBOCHAïqEs. — Les annales générales
des sciences physiques , publiées à Bruxelles par MM. Bory de
Saint- Vincent , Drapier et Van Mons , paraîtront désormais à Paris.
Nous avons déjà fait connaître à nos lecteurs (T. X, p. 689) cet im-
portant recueil, l'un des pjius utiles et des plus intéressons pour ceux
qui s'occupent de sciences physiques.
— Traité de mécanique industrielle , ou Exposé de la science
de la mécanique déduite de l'expérience et de l'observation , prin-
cipalement à l'usage des manufacturiers et des artistes ; par M. Chris-
tian, directeur du conservatoire des arts et métiers à Paris.
La mécanique industrielle à pour objet de connaître et de re^
chercher les moyens de suppléer à Ja force et à l'adresse physiques
de l'homme , et d'économiser son tems , dans l'exécution des tra-
vaux que lui commandent ses besoins et ses goûts. L'ouvrage que
nous annonçons est destiné à développer les faits, les principes
qu'on peut en déduire , et sur lesquels cette science repose , et à
exposer la théorie des travaux mécaniques qni constituent exclqsi-
yement son domaine.
Il ne faut point confondre la mécanique industrielle avec la
mécanique rationnelle^ dont elle diffère essentiellement, et dont elle
ne peut même être une application : c'est une science de faits et
d'observations, ayant un caractère propre qui la distingue de toutes
les autres sciences. Elle ne diffère pas de l'art de construire des
machines. L'art met en pratique les recherches et les conceptions
de la science , et lui sert, dans l'exécution , de complément néces-
saire , sans en être toutefois partie intégrante. Ainsi , pour choisir
des exemples fort simples, la science montre en quoi consistent la
régularité et la précision du jeu des engrenages , d'une roue Iiydrau-
lique , d'un piston dans un corps de pompe ; en un mot , d'un mé-
canisme ou d'une machine quelconques; c'est à l'art qu'il appartient
jde choisir les matériaux les plus convenables, de tracer les pièces
avec l'exactitude requise, cl de les assembler de manière à reiiî'
j>Kr toutes les conditions que la science a établies.
236 EUROPE.
Les opérations mécaniques des arts industriels semblent offrir à
la science quatre grands objets à considérer, savoir : i» les moteurs ,
ainsi que les modes divers de les faire agir ; 2° les dit/ers modes
de transmettre V action de ces moteurs , par un assemblage de pièces
qui forme le corps des machines proprement dites; 3° les diuerses
manières immédiates d^exécuter les travaux mécaniques indus-
triels'^ 4° enfin les relations qui existent entre les moteurs et les
machines , et entre celles-ci et les travaux industriels ; relations
dont l'examen nous paraît conduire , dans ce Traité, à une méthode,
à des règles générales de recherches en mécanique. Cette division
est celle même de l'ouvrage ^ qui renferme quatre livres^ dont la
réunion formera trois volumes in-quarto de texte , avec un atlas
d'environ soixante planches.
Avec des connaissances ordinaires , tout lecteur attentif est par-
faitement en éta.t de comprendre l'ouvrage d'un bout à l'autre; et,
pour que cet ouvrage se suffise en quelque sorte à Ini-même , et
dispense le lecteur de recourir à tout autre pour êtie parfaitement
compris, la fin de chaque volume est consacrée à un certain nombre
d'articles de développemens et d'éclaircissemens , qui pourraient
Être nécessaires à beaucoup de lecteurs peu au fait des élémens
de mathématiques et des sciences physiques. Une pensée domine
tout l'ouvrage ; c'est de le rendre facilement applicable à tous
les besoins auxquels la mécanique est appelée à satisfaire dans l'état
actuel de l'industrie : le sentiment d'un devoir à accomplir semble
le dominer aussi ; c'est de détourner tant d'hommes ingénieux des
fausses routes dans lesquelles ils s'engagent journellement , et de
leur indiquer celles où il y a tles recherches utiles à faire ; c'est de
répandre même l'instruction mécanique parmi ceux dont la fortune
permettrait de tirer parti d'idées utiles qu'on leur présente, et que
trop souvent, faute de pouvoir les discerner et les juger , ils con-
fondent dans le même discrédit , avec cette foule de projets futiles
ou hasardeux, quelquefois absurdes, qu'on voit éclore chaque jour
sur ce sujet.
Cet ouvrage paraîtra en trois livraisons , composées chacune d'un
volume et d'un cahier de planches. Le premier volume sera mis en
vente dans le courant de février 1822; le second y six mois après;
et ic troisième, vers la fin de la nicnic année.
Le prix pour ceux qui se feront inscrire, avant le 1" janvier
EUROPK. 237
prochain, sera de 65 fr. A cette époque, le prix sera fixé et main*
tenu strictement à 76 fr. On souscrit à Paris , chez Bachelier , li*-
braire-éditeur, quai des Augustins , n" 55.
— Traduction des poésies de Schiller. — Au moment où l'on re-
vient généralement en France des injustes préjugés contre la lit-
térature allemande , qui avaient trouvé de nombreux partisans , et où
la traduction des (Euures dramaûgues de Schiller est accueillie avec
un empressement marqué , un jeune littérateur, qui ne se fait con-
naître que par les initiales C. J. , se propose de publier, dans les
premiers jours du mois de novembre prochain , la traduction des
poésies détachées du même poète. Cette traduction, imprimée en
deux formats in -8° et in-12, paraîtra chez Brissôt Thivars, rue
Chabanais, n° 2.
— Géographie de Strabon. — Depuis la publication du cinquième
volume de la traduction française de la Géographie de Strabon ^ on
désirait généralement que le texte fut ajouté à cet important ouvrage.
Le gouvernement s'est rendu aux vœux du public. 11 a ordonné
l'impression de deux nouveaux volumes , du même format que le
reste de l'édition j l'un contiendra le texte, revu par M. Coray;
l'autre , des prolégomènes, par feu M. Dutheil, et un Traité des
sources où Strabon a puisé, par M. Letronne , qui a traduit, comme
on sait, les i6« et 17» livres,
— Le Voyage de M. Cailliaud à V Oasis de Thèbes, et dans les
déserts voisins de l'Egypte, rédigé et publié par M. Jomard, membre
de l'Institut, sera mis en vente incessamment. Première livraison ^
i vol. in-folio , de grand raisin et de jésus , 24 planches gravées au
burin, la plupart finies par M. Sellier, et une planche en couleur,
avec enviroi^cent cinquante pages de texte, même format. A Paris,
chez Debure F. , Tiliard F., ïreuttelet Wùrtz, et chez l'auteur des
planches, rue Mazarine, n" 3. Nous rendrons compte de cet ouvrage.
— Fac simile d'une lettre de Lesage. — Il n'existe peut-être qu'un
seul manuscrit autographe de Lesage ; c'est une lettre inédite de six
pages,fort curieuse et qui paraît adressée au chancelier Ponchartrain.
M. Hyacinthe AudifTret , attaché au cabinet des manuscrits de la
bibliothèque du Roi , auteur de la notice de Lesage , pour l'édition
que M. Renouard publie en ce moment, y a inséré cette lettre;
mais il a cru devoir la faire lithographier, afin d'offrir aux amateurs
d'écritures autographes nn fac simile de l'écriture de l'auteur de
Gil Blas. On le trouve chez l'auteur , lue Saiut-Georgcs , n° 32 , et
238 EÛftOt^E.
chex Pélicier, libraire, place du Palais-Royal. Le prix est rfé 2 fr";
5o cent, en papier fin.
— Musique» — M. Choron doit publier incessamment une simpli-
fication de sa méthode concertante, sous le titre de Méthode concer-
tante élémentaire pour' la musique et le plain chant , qù*il destine
aux écoles primaires de charité et aux pensionnats (1). Cet abrégé ne
formera que le cinquième au plus de la Méthode concertante qui ,
à raison des grandes difficultés qu'elle renferme, convient plus
parliculièreiiient aux écoles spéciales de musique. Dans ces deux
sortes d'étâblissemens , M. Choron ne regarde sa Méthode que
ÇQmme une introduction à l'étude matérielle de l'' exécution musicale,
et une instruction purement élémentaire, mais perfectionnée, au
moyen de laquelle toutes les difficultés qu'il s'agit de vaincre sont
classées et rendues familières aux enfans par une marche vigoureu-
sement graduée. Le développement de son plan est contenu dans
une instruction sommaire qu'il a composée sur f organisation d'une
école de musique*
Nécrologie. — Gouan, — L'école de médecine de Montpellier vient
de perdre M. Gouan , le plus ancien de ses professeurs , l'ami de
Linnée^de Haller, de Séguier, de Jussieu, et de tous les botanistes
célèbres. Il est mort le premier septembre , à l'âge de quatre-vingts
huit ans.
— Coruisart. — L'un des médecins les plus distingués de l'Eu-
rope , le docteur J. N. Corvisart , ancien premier médecin de
Napoléon, est mort à Paris, le 19 septembre dernier, à l'âge de
soixante-sept ans. Conformément à ses dernières volontés , ses ob-
sèques ont été célébrées à Athis ( Seine-et-Oise ) , où il avait une
propriété. Avant l'enlèvement du corps, M. Leroux, doyen de la
faculté de médecine , a prononcé un discours , où il s'est rendu l'in-
terprète des sentimens et des regrets de tous ceux qui ont connu
l'homme célèbre, aux travaux et ouvrages duquel les sciences mé-
dicales ont tant d'obligation.
Ellious Bocthor. — En annonçant , l'année dernière , la nomina-
tion de M. Ellious Bocthor à la chaire d'arabe vulgaire de la biblio-
thèque du roi , et ses ouvrages qui ont suivi de près , nous étions
loin de nous attendre à la fin prochaine de cet estimable professeur.
(1) Voy. ci-dessuS; p. i5.
EUROPE. 239
Le court espace tic teins qui s'est écoulé depuis la fin de son second
cours , a suffi pour développer et aggraver une maladie de foie, à la-
quelle il a succombé après deux semaines seulement, le aGseptembre
dernier. EUious Boclhor, né à Syout , dans la haute Egypte , inter-
prète de l'armée française pendant la durée de l'expédition, avait à
peine quarante ans. Il était parvenu, à fofce de travail et d'études, à
posséder avec une certaine perfection la langue et la littérature fran-
çaises. Pour qui connaît les orientaux, et l'éducation qu'ils reçoivent
dans leur pays , ce fait prouvera une aptitude extraordinaire. 11 s'ex-
primait avec facilité , avec clarté , en français comme en arabe ; et
s'il était aisé de reconnaître à sa prononciation une bouche étrangère,
il n'en était pas de même pour la propriété des termes , et même
pour l'élégance de la diction. Cette perte n'est pas seulement sensible
pour la littérature orientale et pour l'enseignement public ; c'en est
une encore plus fâcheuse pour la civilisation de l'Egypte. Ellious Boc-
thor était un lien naturel entre la France et son pays natal ; familiarisé
avec les grammairiens , les littérateurs, les philosophes , et tous les
grands écrivains français, il pouvait, mieux qu'un autre, initier à nos
sciences et à nos arts des élèves choisis parmi ses compatriotes, ou
du moins leur en donner la clef. Tout le monde appréciera l'avan-
tage que notre patrie en aurait retiré pour ses rapports commer-
ciaux et politiques avec un pays qui ne devrait avoir de relations en
Europe que par l'intermédiaire de la France et de l'Italie. M. El-
lious Bocthor se fît connaître pour la première fois à Paris , il y a peu
d'années , eh déchiffrant et traduisant avec la plus grande facilité
les nombreuses pièces en arabe, conservées au dépôt de lai guerre. II
apportait avec lui un grand dictionnaire dans les deux langues , fruit
de dix ans de travail et de méditation , dans lequel chacune des ac-
ceptions du mot arabe est justifiée par des exemples tirés des bons
auteurs. Cet ouvrage manuscrit est dans les mains de sa veuve, dojat
il fait toute la richesse. Nous ne doutons point que le gouvernement
n'en fasse l'acquisition pour le faire imprimer et le mettre dans les
mains des. jeunes de langue et des élèves qui suivent les écoles
orientales de Paris ou de Marseille. On croit que l'auteur avait aussi
composé une grammaire arabe et française. Nous aurons occasion de
revenir sur les travaux et les services d'un homme qui laisse un vide
bien difficile à remplir^ tant il réunissait de conditions presque im-
possibles à concilier. Jomard , de l'Institut.
TABLE DES ARTICLES
CONTENUS
DANS LE TRENTE-QUATRIÈME CAHIER,
OCTOBRE 1821.
I. MEMOIRES, NOTICES ET MELANGES.
1 . Dfe l'enseignement du chant , considéré comme devant
faire partie de l'instruction primaire. M.-^./wZ/iew.pag. 5
2. Notice sur différens procédés mis en usage pour l'ensei-
gnement de la musique. Francœur. la
3. Notice sur l'état des sciences et des lettres en Pologne
(1819}. Piu/nicki, 22
IL ANALYSES D'OUVRAGES.
4. Traité complet de mécanique, par Borgnis. Le Normand, 4^
5. Recherches statistiques sur la ville de Paris. Jomard, 55
6. Du système d'impôt, par M. de Saint-Ghamans.
A. de la Borde» 62
7. Voyage dans la Grande-Bretagne, par M. Charles Dupin.
Lanjuinais. 68
8. Histoire des Français, par M. de Sismondi. de Ségur, 84
9. Collection des mémoires relatifs à la révolution. Artaud, 97
10. Œuvres choisies de Lebrun. Chaussard. u5
IIL BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Annonces de 107 ouvrages, finançais et étrangers. 124
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.
Amébique.— États-Unis. — Guiane-Française. — Cap Haïti.
—Brésil. »92
AsiB.— Indes orientales.— Colonies françaises. 194
Afhiquk.— Ile de Bourbon. — Nubie.— Sénégal. Ibid.
EuHOPE.— Iles-Britanniques.— Russie.— Danemarck. — Alle-
magne.—Suisse.— Italie.— Espagne.— Pays-Bas.— France.
Paris.— »99 4
')
1
i
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE
1
on
ANALYSES ET ANNONCES RAISONNEES
Des pi^oductions les plus, remarquables dans la
Littérature j les Sciences et les Arts.
L MÉMOIRES/ NOTICES,
LETTRES ET MÉLANGES.
Notice sur ies travaux bot^^niques de M. Perrottet ,
attaché à Cexpédition aux Indes , commandée par
M. le capitaine Philibert.
tlisr des caractères les plus remarquables de notre époque,
est cette grande activité qui s'est développée pour les
voyages d'histoire naturelle: A mesure que celle science a
fait des progrès, les naturalistes ont senti qu'ils ne pou-
vaient établir que des généralités plus ou? moins provi-
soires, tant qu'ils ne connaîtraient pas la totalité des êtres;
ils se sont aperçus en m^me tems que ces êtres diffèrent
entre eux dans presque toutes les régions, qu'on ne peut
' étudier ces différences qu'au moyen d'échantillons authen-
tiques comparés entre eux, et qu'il était par conséquent
nécessaire de faire recueillir avec soin, dans toutes les
Tome xn. $y Cahier. — Noi^emhre 1831. 16
2A2 SUR LÉS TRAVAUX BOTANIQUES
parties du monde, des échantillons de tous les êtres qui
les peuplent. Mais, quoique ce besoin des comparaisons,
fondées sur des documens certains, fût senti depuis long-
tems parles naturalistes, ils manquaient le plus souve-nt
des moyens de le satisfaire. Tantôt les gouvernemens, oc-
cupés d'idées fort différentes, et peu éclairés sur ces ma-
tières, négligeaient de faire entreprendre des voyages de
long cours ; tantôt les guerres et les circonstances poli-
tiques gênaient toutes les communications, et retenaient
les voyageurs comme captifs dans l'enceinte de la vieille
.Europe. A certaines époques , l'attention publique n'était
pas dirigée avec assez de vivacité sur l'utilité des voyages
d'histoire naturelle, pour que les hommes dignes de les
rendre utiles se vouassent à ce genre de vie : à d'autres
époques, l'enseignement de l'histoire naturelle, et en gé-
néral une certaine instruction élémentaire sur les sciences
physiques n'avait pas été assez popularisée pour qu'on pût
troîiver des voyageurs propres à seconder les savans et les
établissemens scientifiques, par leur activité et leur intelli-
gence dans l'art des collections.
Ces divers obstacles se trouvent aujourd'hui, ou dimi-
nués, ou tout-à-fait détruits; la paix permet de parcourir
le monde entier : l'activité donnée aux esprits par les se-
cousses de tout genre qui ont agile l'Europe, porte un
grand nombre d'individus aux voyages lointains; les im-
menses progrès de l'histoire naturelle en ont fait sentir
l'importance; quelques voyages, brillans par leurs résul-
tats, ont excité l'émulation des particuliers et des gouver-
nemens; la popularisation des connaissances a beaucoup
étendu le nombre de ceux auxquels on pouvait confier dei
semblables travaux; quelques naturalisations de végétaux
utiles, l'exploration de diverses branches de commerce,
ont fait comprendre aux chefs des gouvernemens le parti
DE W. PERROTTET. 2A3
qu'on peut tirer des voyages destinés à étudier la nature.
Aussi avons-nous vu, dans ces dernières années, les entre-
prises de ce genre se multiplier et se régulariser. Une école
de voyageurs naturalistes a été, par ordonnance spéciale,
attachée au Muséum d'histoire naturelle, et l'on n'a laissé
échapper aucune occasion de diriger vers les progrès de
cette science les expéditions même entreprises pour
d'autres buts.
Ainsi , lorsqu'on a expédié M. le capitaine Philibert dans
leHners de l'Inde, pour y faire reconnaître le pavillon
français, on a joint à son expédition M. Perrottet. jeune
élève du jardin de Paris , botaniste et cultivateur éclairé :
des instructions habilement dirigées lui ont indiqué ce qu'il
■' avait à faire pour rendre son voyage le plus utile à la France
K et à ses colonies. Le retour de cette expédition et l'arrivée
^■récente à Paris des collections red\ieillies par ce voyageur
nous mettent à même de pouvoir présenter ici un tableau
succinct du voyage, et de ceux des résultats qu'on peut
connaître , sans une étude approfondie.
L'expédition du capitaine Philibert est partie de l'île
d'Aix le 1 1 novembre 1818. M. Perrottet embarqua, à bord
de la gabare la Normande, une collection de graines ou
d'arbres fruitiers, qu'il devait déposer dans les colonies
où il aborderait. Mais , après quelques jours de navigation ,
on s'aperçut que le bâtiment n'était pas en état de faire
un aussi long voyage ; on rentra dans le port; on transporta
toutes les collections sur la gabare le Rhône j et ce ne fut
que le r^^ Janpier 1819 que l'expédition mit réellement à
la voile pour Cayenne, où elle aborda le 4 février suivant.
Les arbres fruitiers furent déposés dans le jardin bota-
nique de Cayenne , et M. Perrottet s'occupa de rassembler
immédiatement des plantes de vanille et d'autres produc-
tions utiles, sauvages ou cultivées à Cayenne, pour le>
2AA SUR LES TRAVAUX BOTANIQUES
transporter à l'île de Bourbon; il n'eut que YÎn^ jours
pour ces opérations : le 26 juin 1819, l'expédition arriva
à l'île de Bourbon. M. Perrottet établit de suite ses plants
précieux dans le jardin botanique de la colonie, et il eut la
satisfaction de voir, dans le jardin de naturalisation , l'heu-
reuse réussite des arbres fruitiers d'Europe 5 apportés par
de précédentes expéditions. L'exposition de ce jardin, la
nature de son sol, et surtout la température, moins éloignée
de celFe de nos climats que celle du jardin botanique, don-
nent à l'établissement destiné aux naturalisations une uti-
lité particulière.
L'expédition partit de Bourbon, le 27 juillet, pour Java;
elle relâcha, le i3 septembre, à Sourahaya : M. Perrottet
s'occupa à parcourir l'île pour y faire des récoltes déplantes et
de graines; et, s'il y trouva des objets précieux pour la bota-
nique, ce ne futpoint sans beaucoup de fatigues et quelques
dangers. Il fut surpris, au milieu d'un groupe de bois, par
cinq Malais, armés chacun d'un dix ^ qui cherchèrent
d'abord à le voler, et qui paraissaient animés d'intentions
plus hostiles encore. Grâce âun petit dictionnaire malais que
M. Perrottet avait avec lui, il chercha à leur faire comprendre
le but qui l'amenait; et, quoique les sauvages n'eussent
peut-être pas bien saisi le sens des phrases, ils parurent
si surpris de voir des mots de leur langue sortir, pour
ainsi dire, de ce livre, qu'après s'être concertés entre eux,
ils relâchèrent notre voyageur ; ils le conduisirent près
d'une petite rivière, qu'ils voulaient lui faire passer sur
un bambou ; mais il échappa à ces guides incommodes, en
passant l'eau à la nage. Dès-lors, il ne se hasarda plus dans
ses herborisations sans un guide du pays, et il fit des ex-
cursions fréquentes dans les environs de Sourahaya, pour
en étudier les cultures et les productions : il admira beau-
coup, surtout, la perfection des cultures de poivre et de
BE M. PERflOTTET. «A5
bétel, et il se propose de donner sur ce sujet une méthode
détaillée, propre à guider les cultivateurs des colonies. Il
fit aussi dans cette île d'abondantes collections, soit en
plantes sèches, soit en végétaux vivans : il remplit plus de
vingt caisses de plantes, la plupart bonnes à naturaliser
dans les colonies. Cette riche collection fut partagée entre
les deux bâtimens de l'expédition, laDurance et le Rhône:
les plantes qui furent placées sur la Durance, quoique bien
recommandées parle commandant, et accompagnées d'une
instruction détaillée, sur les soins nécessaires à leur con-
servation, périrent presque toutes pendant la traversée :
celles , au contraire , que M. Perrottet soigna lui-même à
bord du Rhône, supportèrent bien tous les dangers d'une
longue navigation. -
En se dirigeant sur Manille, l'expédition relâcha à Sam-
boangan, où notre voyageur accrut encore ses collections
de végétaux très-rares, et qui ne se trouvent guère que dans
ce parage , jusqu'ici peu visité par les botanistes. Ce qu'il
trouva de plus remarquable à Samboangan fut une nou-
velle espèce d'arbre à pain , dont le fruit se mange sans
aucunes préparations; une espèce particulière de bananier,
nommé abaca_, qui ne se cultive pas pour son fruit, mais
pour sa hampe, dont on extrait un fil propre à faire des
cordes; le pigua^ espèce d'ananas, dont la feuille donne un
fil qui sert dans le pays pour la fabrication des plus fines
étoffes; trois espèces de sa^0Mifi^r6',qui produisent le meilleur
sagou connu; le toyal, espèce du palétuvier , dont l'écorce
fort épaisse est employée en guise de quinquina; enfin,
le barringtonia , l'un des plus beaux arbres connus, dont
Famande sert , soit à enivrer le poisson , soit à donner une
huile que les habitans emploient à divers usages médicinaux.
Ce pays, l'un des plus riches et des plus remarquables pour
l'histoire naturelle, a fourni à M. Perrottet d'immensej
2A6 SUR LES TRAVAUX BOTANIQUES
coUeclions, soit en graines, soit en plantes sèches et yi-
vantes : il est malheureusement infesté d'animaux féroces,
ce qui en rend l'exploration dangereuse et difficile.
En quittant Samboangan, l'expédition continua sa route
pour Manille, et aborda à Cayite, le 2 décembre. M. Per-
rottet, après avoir cru prendre des précautions suffisantes
pour la conservation des objets récoltés jusqu€-là, se mit
à parcourir les environs de Cavité; mais, tandis qu'il ac-
croissait sa collection avec une ardeur toujours soutenue,
il avait le regret de voir dépérir ce qu'il avait acquis précé-
demment, dès qu'il l'abandonnait à d'autres mains. Cette
fâcheuse expérience l'engagea à établir, dans un jardin, à
Cavité, tous les objets qu'il recueillait dans l'île. Il se pro-
cura les végétaux cultivés et plusieurs plantes sauvages
du pays , et continua des recherches analogues dans les
environs de Manille. Il récolta aussi des animaux et
quelques minéraux, lorsqu'il en trouva l'occasion ; mais
ses premiers soins étaient pour les plantes vivantes, but
principal de sa mission. Il ramassa un grand nombre de
graines, dont il fit un envoi au Jardin du Roi, à Paris :
enfin, il donna des soins très-particuliers à l'embarcation
de toutes les caisses de végétaux vivans , recueillis à Cavité
et a Manille , et il eut le bonheur d'en ramener deux cents
individus bien portans à l'île de Bourbon, où l'expédition
aborda, le 6 mai 1820. La plupart de ces plantes ont été
laissées à Bourbon, pour y être multipliées et naturalisées ;
le reste, accru des collections faites à Bourbon même, fut
réembarqué le 9 |uin suivant, et arriva, le 10 août, à
Caycnne, en passant à Madagascar, où M. Perrottet aug-
menta singulièrement ses rares et précieuses collections.
Cette dernière traversée risqua de faire perdre ù notre
voyageur une partie du fruit de ses travaux : le tems af-
freux que rcxpédition essuya aux environs du Cap , fit
DE i>l. PERROTTET. 2A7
souffrir une parlie de ces végétaux précieux. A son arrivée
à Cayenne, M. Perrotlet vit qu'il serait impossilîle de lés
embarquer de suite pour la France , sous peine d'en perdre
la plus grande portion : il demanda et obtint facilement de
les débarquer au Jardin du Roi, à Cayenne, et de ne les ra-
k mener en France quel orsque leur santé aurait été conso-
lidée par ce séjour. Il laissa donc l'expédition du capitaine
Philibert revenir en Europe, et s'établit à Cayenne pour
y soigner sa collection, et pour l'augmenter par de fré-
quens voyages dans l'intérieur des terres.
Mais , tandis que les plantes des tropiques reprenaient
de la vigueur par leur séjour tranquille dans le jardin de
Cayenne, il n'en était pas de même de leur conservateur:
fatigué de ce long voyage , et de ses fréquentes excursions
dans ce climat redoutable, il perdait chaque jour sa force
et sa santé, et se voyait menacé des maladies les plus
graves. Heureusement pour lui et pour la science , la ga-
bare la Z>wrrt/2c^^ commandée par M. le lieutenant Lemère,
arriva à Cayenne, et M. Perrottet obtint du gouverneur
de s'embarquer, avec ses collections , sur ce bâtiment pour
revenir en France. Il quitta Cayenne, le 8 juin dernier,
et, en vingt jours de la plus belle et la plus heureuse tra-
versée, il arriva au Havre : sa santé s'était déjà remise en
quittant le climat chaud et humide de Cayenne; l'heureux
succès de son voyage, le bonheur de revoir la France et
d'y ramener ses collections en bon état, achevèrent sa gué-
rison. Il fit voyager successivement toutes ses richesses
sur les deux bateaux à vapeur qui vont du Havre à Rouen,
et de Rouen à Paris; et, le 3 août dernier, cette précieuse
collection est venue débarquer devant le Jardin du Roi.
C'était un spectacle digne d'intérêt, et nous en parlons
pour en avoir été témoin, que de voir aborder sur cette
rive plus de siî cents arbres ou arbustes des diverses ré-
2A8 SDR LES ïllAV. BOÏ. DE M. PERROTTET.
gions équatoriales 5 toutes dans le plus bel état de végéta-
tion, et conservant encore, dans leur apparence même,
et des traces de leur sol natal , et des marques de leurs
longues navigations. Les naturalistes, appelés à jouir de ce
spectacle, ne pouvaient suffire atout examiner : là, ils aper-
cevaient une variété remarquable de jeunes palmiers,
dont les formes insolites les transportaient dans d'autres
climats; là, ils voyaient, avec une espèce de respect, plu-
sieurs individus d'arbre à pain, tous provenus d'un seul
pied envoyé, il y a ving't-trois ans, du Jardin de Paris à
l'île de Cayenne, où il fait aujourd'hui un objet d'indus-
trie agricole; là, ils se hâtaient d'observer dans leur fraî-
cheur quelques arbres, tels que le cacao ou le muscadier,
qu'on n'est jamais parvenu à multiplier, pas même à bien
conserver dans nos meilleures serres; là, ils admiraient le
beau feuillage de ce harringtonia , de Samboangan, qu'on
n'avait point encore vu vivant dans nos climats ; là, enfin,
ils trouvaient le vrai poivre noir et le bétel, que nos jar-
dins n'ont possédés jusqu'ici que d'une manière douteuse,
et le cookia,, dont les feuilles rappellent l'odeur de l'anis
étoile, quoique, par le reste de sa structure, il se rap-
proche des orangers , et un nouvel ananns, dont on dit que
le fruit pèse jusqu'à vingt livres, etc. , etc.
Quelques animaux remarquables attiraient aussi les re-
gards des zoologistes : tels étaient deux agamis domes-
tiques, un hocco, une espèce de singe noir , et surtout la
gymnote électrique, ou l'anguille de Surinam , dont les
journaux ont déjà fait mention.
Outre tous ces objets vivans, cette expédition a encore
procuré au Muséum d'histoire naturelle deux caisses de
graines en germination, plus de deux cents sachets de
graines rares, sept caisses de plantes sèches pour l'herbier,
un grand nombre de fruits des tropiques , conservés dans
PROGRES DE LINSTRUCT. AUX ETATS-UNIS. 2A9
l'eau-de-vic , etc. Toutes ces richesses, qui vont être dépo-
sées et étudiées dans le Muséum, serviront graduellemenl
à perfectionner les diverses branches de l'histoire natu-
relle, et fourniront de nouveaux moyens pour celles qui
contribuent au développement des arts utiles. Quelques-
uns de ces végétaux précieux seront multipliés, puis dis-
persés, soit dans les jardins d'instruction, pour avancer
la science, soit dans les colonies qui peuvent convenir à
leur nature, pour en accroître leur production. D.
*w» vw* wv\ wv»
RECHERCHES
Sur les progrès de Cinstruction ^ sur les inventions
dans les arts , sur les usages et les mœurs , dans les
Etats-Unis de C Amérique Septentrionale,
Depuis quelques années, les progrès de I'éducation et de
l'iNSTRUCTiON PUBLIQUE , dans Ics Etats-Unis , sont très-re-
marquables. En 1809, on y comptait 25 collèges et 7/i écoles
particulières nommées académies; ces institutions, organi-
sées pour chaque état par sa législature , ne forment pas un
même corps, sous une seule direction. Elles sont soumises
à l'inspection de chaque législature , quoique placées sous
la surveillance d'administrations particulières et locales.
En i8n , le président des Etats-Unis, dans nn message
au congrès, lui recommanda spécialement la fondation
d'une université nationale à Washington ; mais , après
quelques discussions, cette proposition fut renvoyée à
l'examen d'un comité. Ce comité, dans son rapport à la
chambre des représentans , lit observer que, quoiqu'une
telle institution dût offrir de grands avantages , néanmoins
la constitution n'avait assigné aucun fonds particulier pour
les frais qu'entraînerait l'établissement d'une université
250 PROGKÈS D£ L'INSTRUCTION
nationale; que, pour ce qui concernait les sciences et les
arts utiles, le congrès était seulement autorisé à garantir
aux auteurs ou aux inventeurs le droit exclusif de propriété
de leurs ouvrages et de leurs découvertes; que d'ailleurs
l'établissement d'une université, sans lui affecter un fonds
spécial, serait inutile et paraîtrait un exercice irrégulier du
pouvoir législatif; que le capital provenant de la vente des
terres publiques serait insuffisant, et qu'on devait regarder
les rentes, les legs et les -donations qui pourraient échoir
à cet établissement, comme une chose trop précaire. On
observa, de plus, que l'institution d'un établissement por-
tant le titre pompeux A'Unwersité sans offrir les ressources
nécessaires pour toutes les parties d'enseignement qu'il
dev^ait embrasser, ne convenait point à la dignité de la na-
tion. Enfin ^ les hommes les plus éclairés ont allégué , d'après
l'exemple de quel(jues contrées de l'Europe, que l'esprit de
système et de corporation d'une grande université centrale
pourrait devenir un obstacle à l'entière liberté de l'enseigne-
ment, et, par une suite nécessaire, au perfectionnement des
méthodes et aux progrès des connaissances humaines.
Tout en se montrant contraire ïi ce projet, le congrès
américain réserva un trentième, ou 6Ao acres, des terres
publiques dans chaque juridiction de ville pour la dépense
des écoles; en outre , sept juridictions entières s'élevant à
23,oAo acres chacune , dont deux sont situées dans l'état
de rOhio , et une dans chacun des états ^'Indiana j des
Illinois, du Mississipi , de la Louisiane , et dans le terri-
toire de Michigan. Dans l'état de NewYork, les fonds
dont la législature peut disposer pour les écoles publiques
montaient, en 1811 , à un demi-million de dollars, et don-
naient un revenu annuel de 06,000 dollars. Le fonds ré-
servé pour les écoles du Connecticut monte à un capital
qui produit 120,000 dollars par année.
AUX ÉTATS-UNIS. 251
Depuis 1800, !c nombre des étudians en médecine^
Américains, gradués dans les pays étrangers, a considéra-
blement diminué. Les écoles de médecine de Philadelphie
et de New- York ont acquis une grande célébrité. La durée
des études, dans les collèges, est de quatre ans. Dans les
\illes de Philadelphie, de New-York, de Baltimore et de
Boston , on publie des journaux spécialement consacrés à
la médecine, et l'on réimprime les ouvrages les plus esti-
més de l'Europe qui traitent des sciences médicales.
L'imprimerie reproduit également toutes les autres pro-
ductions importantes de la littérature européenne ; et telle
est la différence du prix des éditions américaines, qu'un
volume in-A°, qui coûte à Londres deux guinées, ne vaut,
en Amérique 5 sous le format in-8° , que deux dollars. Les
livraisons de V Edimbourg- Repiew et du Quarterly-Repien^,
sont régulièrement réimprimées et répandues avec profu-
sion dans tout le pays.
Dans les états de la Nouvelle-Angleterre ^ les écoles
sont entretenues au moyen d'une taxe publique, et placées
sous la direction d'un comité. Les enfi\ns pauvres y sont
élevés avec les enfans des familles riches ; on leur enseigne
la lecture, l'écriture, l'arithmétique, la grammaire et la
géographie. Dans les autres états de l'Union , des écoles
sont établies pour l'éducation de la classe indigente, et,
depuis peu , le système de Lancaster ou d'enseignement
mutuel a été adopté dans différentes parties des Etats-Unis.
Quelques sociétés se sont aussi formées dans ces der-
niers tems pour l'avancement des connaissances , particu
lièrement de l'agriculture, des'arts et des manufactures.
\j2i société philosophique américaine de PhiladelpjLie a déjà
publié six volumes sur des sujets scientifiques. Un athénée
a été organisé récemment à Boston, sur le plan de celui de
Liverpool; et une souscription ouverte pour procurer les
252 PROGRES D£ L'INSTRUCTION
fonds nécessaires h cet établissement , a produit en dix
jours une somme de 40,000 dollars. 1/ Académie des
sciences et des arts de Boston a publié plusieurs volumes ,
et celle du Connecticut, portant le même titre, *n a donné
un. \t2i Société philosophique de 'New- Yb/'yt vient de publier
un volume de ses travaux. Une autre société^ pour les pro-
grès de l'agriculture^ des arts et des manufactures, a publié
quatre volumes in-8°; celle de Philadelphie, pour l'agri-
culture seulement, en a donné plusieurs. La Société de
Georges- Town^n a fait pdï'aître un qui traite du labourage
et des connaissances rurales.
On serait porté à croire que les Américains ont un goût
particulier pour le dessin et pour la peintube^ à en ju-
ger par le nombre déjà considérable de leurs artistes
Les noms de "West, Copely, Trumbull, Stewart, Vander-
lyn, Jarvis, "Wood, Allston , Leslie, Peale, Sully, Morse,
Earle etTodd, sont avantageusement connus; les huit pre-
miers, comme peintres d'histoire et de paysage; les der-
niers, comme peintres de portraits (i). Des académies
pour l'étude des beaux-arts ont été dernièrement établies
â Philadelphie et à New-York; on a fait venir de Paris
quelquestableauxet diversmodèlesenplâtre des meilleures
statues antiques pour ces deux institutions. Les tableaux
furent donnés par Napoléon, alors empereur, en sa qualité
de membre agrégé de l'académie. Cet esprit libéral fait
honneur au goût des habitans de ces deux villes, presque
tous occupés de commerce. En 1817, le gouvernement de la
Caroline septentrionale chargea le célèbre Canova à,e faire
la statue de Washington, qui doit coûter 10,000 dollars.
(1) Feu M. West est le premier qui ait su tirer un grand parti des
costumcs'^ modernes , dans les tableaux historiques. — / onderijn a
obtenu, en France, tine médaille pour son Marias sur les ruittcs
de Carthaf^c , qu il avait présente à l'exposition de 1808.
AUX ÉTATS-UNIS. • 258
Quant au gouvernement des Etats-Unis, le seul encoura-
gement qu'il donne consiste dans une remise des droits de
douanes , pour les tableaux, les gravures et les plâtres im-
portés pour l'étude et le perfectionnement des arts (i).
Le Musée de M. Peale , à Philadelphie, s'est enrichi,
depuis quelques années , d'une grande variété d'objets
d'histoire naturelle , dont le plus remarquable est le sque-
lette d'un Mammouth. Le sol et les productions des Etats-
Unis sont devenus un objet de recherches philosophiques;
et des cours de chimie , de minéralogie et de botanique ,
ont régulièrement lieu dans les villes de Philadelphie , de
New-York et de Boston.
Rien n'atteste d'une manière plus évidente les progrès
des connaissances, en Amérique, que le grand nombre
d'ouvRAGES PÉRIODIQUES qui s'j publient avec succès. Le
Médical Reposkory , de New- York , a près de goo abon-
nés ; \ Analeclic Magasine de la même ville , et le Porto-
Folio , de Philadelphie , en ont à peu près chacun trois
mille. Nous citerons aussi le recueil très-estimé que pu-
blie M. le docteur Silliman, sous le titre de Journal des
sciences. Quant aux recueils anglais, Edimbourg ei Qiiar-
terly Reviews, on en tire environ un millier d'exemplaires.
Le droit d'imprimer la collection des lois de New- York par
Johnson, a été acheté au prix de 2,5oo dollars par année.
\t^ Histoire amusante de la pj^opince de New-York a rap-
porté trois mille dollars à l'auteur. L'édition américaine de
la Vie de Washington^ par Marshall^ dont l'exécution ty-
pographique la rend supérieure à celle de Londres, a pro-
duit, dit-on 5 cent mille dollars.
(i) Nous ne devons pas oublier de comprendre dans cette nomen-
clature M. Westmuller^ suédois de naissance, qui a passé les der-
nières années de sa vie sur les bords de la Delaware. Sa Danoé
lui assurait un modique revenu.
25A PROGRES DE L'INSTRUCTION
"Lt Monthly AntJiology de Boston, \q général Reposi-
tory de Cambridge , l'excellent recueil intitulé : North
american revietv , le Journal médical de la Nouvelle- An-
gleterre^ à Boston, ainsi que la Revue américaine , publiée
par M. "Walch, à Philadelphie, le Porto-Folio , etc., se
font remarquer par l'excellent goût qui préside au choix
des articles d'histoire, de politique et de littérature qu'ils
contiennent.
Les journaux, chez un peuple libre , faTorisent la pro-
pagation des idées sur tous les sujets , en même tems qu'ils
sont les conservateurs de la liberté. Aussi l'on publiait, au
commencement de 1810, 36i journaux dans toute l'éten-
due des États-Unis, dont 26 feuilles quotidiennes; 16 qui
paraissaient deux fois la semaine, 36, trois fois, et 284 heb-
domadaires (1); tandis qu'avant la révolution, il n'y en
avait en tout que neuf.
L'état de New-York compte à lui seul une trentaine d'é-
tablissemens d'imprimerie et 70 gazettes. Le total annuel
du produit de ces dernières est estimé à 26,200,000 dollars.
On verra, parla table suivante, quel est leur nombre dans
chaque état.
New-Hampshire 12
Massachusetts 38
Rhode-Island 7
Connecticut 11
Vermont 1 4
New- York ^Çt
Pensylvanie 71
Delaware 2
(i) Il y en a huit en allemand; cinq en français ; c/rw.v en es-
pagnol.
AUX ÉTATS-UNIS. 255
Maryland 21
New-Jersey 8
Virginie 24
Caroline septentrionale 10
Caroline méridionale 10
■r Géorgie i3
Hb Kentucky 17
^B^ Tennessee 6
Wf Ohio i4
m District de Golombia 4
Indiana 1
Mississipi i
Orléans 10
Louisiane » 1 ( i )
Nombre total des Journaux publiés
dans les 22 états de l'Union améri-
caine 3f)i.
Au mois de mai 1817 , le nombre total des journaux qui
se publiaient aux Etats-Unis était de 5oo, dont la moitié
était hebdomadaire.
Le traitement des meilleurs acteurs n'excède guère 3o
à 4o dollars par semaine : le succès des acteurs en vogue
peuvent porter cette somme de 800 à i5oo dollars par
année. M. Cooper, qui fait exception , retire de son enga-
gement, à New- York, i25 dollars par semaine; et la moi-
tié d'une recette, tous les sept jours, est à son bénéfice.
Les produits de ses voyages varient; mais il a repu jusqu'à
3ooo dollars pour treize représentations. M. Howard Payne
(i) Eq 1792, le nombre des journaux imprimés dans la Grande-
Bretagne et dans l'Irlande, n'était que de deux cent treize, quoique
la population fût alors de seize millions.
256 PROGRES DE L'INSTRUCTION
a gagné plus de oooo dollars dans vingt-six représenta-
tions données successivement à Philadelphie, à Baltimore
et à Richmond.
Nous allons parler maintenant des dialectes américains.
— Un professeur du collège de Cambridge, dans l'état de
Massachusetts, qui est très-versé dans cette matière, ob-
serve que, de tout ce qui est relatif à l'Amérique, l'état
de la langue anglaise, dans ce pays, est peut-être le sujet
sur lequel on tombe dans les plus grandes erreurs. Lors-
qu'un Américain arrive en Angleterre, il est souvent prié
par des personnes d'ailleurs instruites de leur faire con-
naître quelque morceau de sa langue natale, dans l'opinion
où l'on est que ce doit être un dialecte distinct de l'anglais,
ou même une sorte de langue sauvage. Les critiques an-
glais les plus éclairés s'expriment à cet égard de manière
à faire naître les idées les plus fausses. Le fait est que ,
dans aucune partie de l'empire britannique et dans aucune
classe de la société, on ne parle l'anglais avec plus de pureté
que dans les classes analogues en Amérique. Les dialectes
si distincts d'Ecosse et d'Irlande, et les nombreux dialectes
provirtciaux des comtés; sont, en Angleterre, une source de
corruption pour la langue. Cet inconvénient n'existe point
dans les États-Unis. Un habitant de Londres ne comprend
pas un paysan de Yorkshire ou de Lancashire ; mais, dans
aucun district d'Amérique, même danslesparties lesplus oc-
cidentales, où les sauvages et les hommes civilisés sont, pour
ainsi dire, mêlés, il n'est point de langage qui ne soit parfai-
tement intelligible pour un Anglais. On ne prétend pas dire
que ceux qui n'ont point reçu d'éducation , ne parlent pas
un langage corrompu; il en est, à cet égard, comme dans
tous les autres pays ; seulement, les locutions provinciales
qui, pendant des siècles, sont devenues de plus en plus
usitées en Angleterre, n'ont pas encore eu le lems de s'in-
I
AUX ÉTATS-UNIS. 257
troduirc en Amérique. L'instruction plus généralement
répandue dans les basses classes, le nombre moins consi-
dérable de pauvres laboureurs, d'ouvriers, d'indigens ,
préservent la langue de la dégénération qu'elle a éprouvée
dans un pays dont l'existence politique est plus ancienne,
et don. les habitans sont plus nombreux. Il faut cependant
avouer que, moins corrompue dans les classes inférieures,
la langue n'est pas parfaitement pure dans les classes où
l'éducation est plus soignée; la langue parlée ou écrite
des gens instruits offre encore beaucoup de locutions amé-
ricaines. Les personnes qui désireraient de plus amples
renseignemens à cet égard peuvent consulter l'ouvrage
intitulé : V^ocabulaire , on Recueil des mots et des phrases
qu'on suppose appartenir spécialement aux États - Unis
d^ Amérique ; précédé d'un Essai sur Vétat actuel de la
langue anglaise dans les Etats - Unis , publié d'abord
dans les Mémoires de V académie améidcaine des sciences
et des arts de Boston ; réimprimé avec des changemens
et des additions, par John Pichering. (Boston, 1816.)
Cet ouvrage, quoique fait par un Américain, est écrit avec
beaucoup d'impartialité. Il prouve que le nombre des mots
taxés êi' américanisme par les Anglais ou les critiques
américains ne s'élève pas à plus de cinq ou six cents ,
dont plus d'un cinquième est usité en Angleterre autant
qu'en Amérique, et dans la môme acception. Quelques-
unes de ces expressions sont des locutions provinciales
anglaises, que les premiers colons ont apportées des di-
verses contrées qu'ils habitaient en Angleterre. Il est un
grand nombre de termes vulgaires qu'on ne peut raison-
nablement considérer comme faisant partie de la langue
parlée ou écrite par les gens bien élevés. Enfin, une autre
portion consiste en mots, pour ainsi dire, techniques, dont
on se sert rarement, et qui ne sont employés que par un
ToMt; XII. n
258 PROGRES DE L'INSTRUCTION
petit nombre d'auteurs,, ou qui sont particuliers à des
sectes religieuses ou politiques. Il résulte de ces obser-
vations que les mots nouveaux, ou pris dans une nouvelle
acception, sont en petit nombre. Il y en a dont l'usage est
réellement condamnable ; d'autres ne peuvent blesser que
ceux qui repoussent toute espèce de néologisme ; quel-
ques-uns sont nés du besoin d'exprimer de nouvelles idées,
et ont été nécessairement le produit des institutions nou-
velles, et d^s changemens opérés dans les mœurs des
habitans. Et, par exemple, pourquoi les mois présiden-
tial et congre&sional ne seraient -ils pas jugés aussi
nécessaires que les mots anglais kingly ou parliamenta?y?
( royal ou parlementaire. ) On dit cependant que les
Américains qui désirent voir fleurir la littérature de leur
pays, applaudissent à la sévérité des critiques d'outre-mer.
Les langues, dans les colonies, ont une tendance naturelle
à dégénérer; et, bien que l'anglais , dans les Etats-Unis,
ait conservé, par plusieurs causes locales, un degré de
pureté qu'on ne devait pas espérer, il ne faut pas regarder
cette critique scrupuleuse comme superflue; il faut seu-
lement qu'elle soit impartiale. Il y a quelques années que,
dans rexamen,fait en Angleterre, d'un ouvrage américain,
le verbe to adusrcate (rendre sombre ou obscur) fut taxé
d'américanisme. Maintenant, on trouve ce mot dans les
ouvrages des premiers écrivains anglais.
La propagation de la langue anglaise en Amérique ,
où elle est déjà parlée par une population équivalant aux
deux tiers de celle de la mère patrie, est l'un des phéno-
mènes les plus remarquables dans l'histoire de cette partie
du monde. C'est un fait auquel on ne peut rien comparer
depuis l'introduction de la langue de quelques petites ré-
publiques grecques, clans la moitié de l'ancien monde. Il
existe , en Amérique, un véritable goût pour les produc-
AUX ÉTATS-UNIS. 359
tions de la littérature anglaise. Long-tems avant que le titre
d'un ouvrage anglais soit annoncé à Leipsick, à Paris ou
i\ Rome, l'ouvrage est réimprimé à Boston, à Philadelphie
ou à New- York et sur les bords du Mississipi et de l'Ohio.
Quelquefois, les libraires d'Amérique sont en avance sur
ceux d'Angleterre ; et, par exemple, l'édition, faite à Bos-
ton, des œuvres du docteur Pailey est jusqu'à présent la
seule édition complète qui ait paru. Cette communauté de
langue est une des choses dont les Américains doivent se
glorifier le plus; et, s'ils s'enorgueillissent d'abord d'être
les compatriotes de Washington et de Franklin, ils peuvent
aussi tirer avantage de ce que leurs aïeux étaient compa-
triotes de Shakespeare, de Milton, et de ce que la langue
de Chatam est leur langue maternelle.
L'esprit des Américains s'est montré particulièrement
inventif dans les arts mécaniques. Le nombre des patentes
ou brevets d'inçention accordés par le gouvernement,
depuis le premier janvier i8i2 jusqu'au premier janvier
1 8 1 3, a été de deux cent trente-cinq. On cite un mécanisme
des moulins h, farine , comme très - ingénieux et d'une
grande utilité, en ce qu'on est parvenu à remplacer en-
tièrement le travail manuel de l'homme.
Les machines pour carder le coton, et celles qui servent
à la fabrication des clous, font aussi beaucoup d'honneur
à leurs inventeurs. Ces dernières, dont on a fait depuis
long-tems un essai infructueux à Liège , sont employées
maintenant avec un grand succès aux Etats-Unis. Deux
Américains ont concouru pour le prix d'un million de francs,
offert par le gouvernement français à l'auteur de la meil-
leure machine pour filer le lin. L'économie de la main-
d'œuvre, dans les machines américaines, est estimée,
dit-on, à quatre cinquièmes. Les conditions du prix pro-
posé exigeaient neuf dixièmes. Une autre machine pour
17*
260 PROGRES DE L'INSTRUCTION
séparer le coton de sa graine procure une grande écono-
mie de travail ; elle en nettoie quatre cents livres par jour,
tandis qu'avec Tancienne nnéthode , la quantité préparée ,
dans le même espace de tems, n'était que de quarante
livres. Cette machine est mise en mouvement au moyen
d'an seul cheval ou d'un cours d'eau.
La méthode d'éclairer l'intérieur des navires marchands
et des vaisseaux de guerre, par des cylindres de verre
placés entre les ponts, a été trouvée d'une grande utilité
en mer.'
Un nouvel appareil pour la distillation de l'eau salée
à bord des vaisseaux, vient d'être inventé par le major
Lamb ^ de New- York. Il est en fer travaillé; on l'attache
au vaisseau par des crampons et des vis, de manière qu'il
puisse résister à tous les chocs du bâtiment, quelle que
soit leur violence. Cette nouvelle machine l'emporte sur
l'ancienne, sous plusieurs rapports essentiels : i° il y a di-
minution réelle d'un cinquième de combustible; 2° Peau
entre en ébullition dans un plus court espace de tems ;
3° cet appareil occupe moins de place ; A" il ne cause
aucun embarras dans l'emplacement destiné à préparer
les mets de l'équipage. Cette invention^ adoptée et ache-
tée par le comité de la marine anglaise, promet de très-
grands avantages, en ce qu'elle épargne le tonnage dans
les navires destinés au transport des troupes et des animaux
domestiques , ainsi que dans les voyages de long cours,
où l'eau douce devient promptement rare et malsaine.
La machine inventée en Amérique pour confectionner
des bottes et des souliers au moyen de fils de fer ou de
clous, a dernièrement élé introduite en Angleterre. Pour
se former une idée de ses avantages économiques, il suflit
de savoir qu'o/z peut faire une paire de souliers en un
quart dUheure.
AUX ÉTATS-UNIS. 261
De toutes les inventions dont les Étals-Unis ont droit de
s'enorgueillir, celle de Tusage de la vapeur appliquée aux
bûtimens pour la navigation intérieure, leur promet le
plus d'utilité, à cause du grand nombre et de l'étendue des
rivières navigables qui arrosent cette contrée. Des bateaux
A VAPEUR sont établis maintenant sur VHudsoii, \a Dela-
■ware , la Potomac , VOhio et le Mississijn. Des bateaux,
de cent cinquante pieds de longueur et de seize de largeur,
sont poussés au moyen de deux roues mises en action par
une machine à vapeur, sur le plan de celles de Watt et de
Fulton. On a calculé qu'ils avancent contre le vent et la
marée, à raison de quatre milles par heure. Le bateau à
vapeur, le Fm/^otz^ se rendit en huit heures de New-Haven
i\ New- York, villes situées à quatre-vingt-dix milles l'une
de l'autre.
Le bateau à vapeur , le Vésuve , qui fait le trajet entre
Pittsburg , la Nouvelle-Orléans et les chutes de l'Ohio , est
de 4oo tonneaux; sa longueur est de 160 pieds; sa largeur
de 28, et il tire cinq à six pieds d'eau. D'autres bateauxde
la même dimension viennent d'être construits pour navi-
guer entre les cataractes de l'Ohio et la ville de Pittsburg.
La distance entre ces deux points est de QGj milles ; de là,
au confluent de l'Ohio et au Mississipi, il y en a 429; ce
qui fait en tout 1,096 milles. La lenteur de la marche des
bâtimens à voiles et à rames sur les rivières, rend les ba-
teaux à vapeur extrêmement utiles; on emploie mainte-
nant ceux-ci pour remorquer de grands navires contre le
vent et les courans , et leur vitesse est encore de deux
milles par heure (1).
(1) Le bateau à vapeur, V Entreprise , fait le trajet de la Nouvelle -
Orléans à Natchez , c'est-à-dire trois cent treize milles en quatre
jours, quoiqu'il marche contre le courant.
262 PROGRÈS DE L'INSTRUCTION
Des bacs, mis aussi en mouvement par la vapeur, font
le trajet, entre Pawless-Hook et Brooklyn, villes situées
sur les deux rives opposées de la baie de New -York , en un
quart d'heure de tems. A l'aide d'un pont flottant, fixé à
chacune des extrémités du bateau , les chariots et les voi-
tures y entrent avec autant de facilité que s'ils ne quittaient
pas la grande route. Ces bacs sont divisés en deux parties ,
jointes ensemble par une espèce de plate-forme; et la roue
est placée entre les deux : par ce moyen , ces bateaux
avancent ou reculent à volonté.
La frégate à vapeur, construite à New-York, et d'après
le plan de feu M. Fulton , a i45 pieds de long et 55 de
large; la force qui la met en mouvement équivaut à celle
de 120 chevaux ; sa marche^ soit en avançant, soit en re-
culant, est d'environ trois milles et demi par heure. La
roue est placée au centre et protégée par les bords de la
frégate, qui ont six pieds d'épaisseur en cet endroit; dans les
autres parties, celte épaisseur n'est que de quatre pieds et
demi. Cette frégate , qui porte 3o canons , est regardée
comme imprenable. La machine à vapeur d'Evans (i), em-
ployée maintenant dans les Etats-Unis , est plus économi-
que et en même tems plus simple que celles de "Watt et de
Fulton; la vapeur s'introduit dans le cylindre principal, et
en sort au moyen d'une valve, qui a un mouvement de ro-
tation dans le même sens.
Le pont du Schuylkillj, celui de Trenton, et d'autres
ponts couverts, construits en bois, prouvent également de .
grandes connaissances en mécanique. Le premier a 56o
pieds de long et 4o de large. Les deux piles qui le suppor-
(i) Voyez le compte rendu de l'ouvrage à'OlU'er Evans, intitulé :
Manuel de Vinf^énieur mécanicien , constructeur de machines à va-
peur, ci-dessus, T. X, p. 5i3.
AUX ÉTATS-UNIS. 263
tent, sont séparées l'une de l'autre de igS pieds. L'arche
du milieu en a 194 f; les plus petites, i5o. Sa hauteur ,
depuis la surface de l'eau jusqu'à la chaussée des voitures,
est de 3i pieds, et la largeur de cette dernière est de 8.
Ce pont j qui fut construit par une compagnie , a coûté
"3oo,ooo dollars; il a été achevé en 1808. Le pont de Tren-
ton qui traverse la Delaware, trente milles au-dessus de
Philadelphie, a été fini en 1806, il a un quart de mille de
longueur et 36 pieds de largeur. La distance entre les cu-
lées est de 1 ,008 pieds. Les piles sont en pierres de taille.
Tout l'édifice se compose de cinq arches. La chaussée est
partagée en deux parties par une palissade de planches de
sapin , qui laisse de chaque côté un espace de 1 1 pieds de
large pour les voilures, et de 4 pieds pour les piétons.
Les Américains ont surpassé toutes les autres nations
dans Vai't de construire les vaisseaux ^ et ils les construi-
sent aussi à moins de frais qu'en Europe. La construction
des bâtimens publics mérite aussi des éloges.
Le capitole de Washington, la banque de Pensylvanie,
et la maison de ville de New-York , sont de fort beaux édi-
fices. Le dernier , construit en marbre blanc, et terminé
seulement depuis peu , a coûté 538,ooo dollars.
La monnaie des États-Unis rivalise , pour la beauté de
l'exécution , avec celles de France et d'Angleterre,
Parmi les divers genres de littérature, celui auquel les peu-
ples civilisés semblent avoir toujours attaché tant de prix,
et qui fait depuis si long-tems les délices des nations euro-
péennes, l'art dramatique, a été long-tems négligé parmi
nous; ce n'est que depuis environ quinze ans que les Amé-
ricains commencent à s'en occuper avec succès. Alarmés
de l'influence que la fréquentation des spectacles pouvait
avoir sur les mœurs, les ministres des divers cultes, éta-
_blis dans le pays, tentèrent d'abord de s'opposer ù ce que
26A PROGRES DE L'INSTRUCTION
le goût de la comédie devînt trop général, et présentèrent
plusieurs pétitions à la législature de divers états , pour les
engager à supprimer les théâtres. Leur zèle cependant
n'obtint pas un égal succès partout; et ils ne réussirent
complètement que dans le Connecticut. Le principal théâ-
tre de cet état, dans la ville de Hartford, fut converti en
une église; et, même à présent, les comédiens y sont en-
core excommuniés par la loi. Dans le Massachusetts , la
lutte entre le clergé et le théâtre fut long-tems incertaine;
cl, quoique la représentation des pièces fût interdite,
néanmoins, comme on tolérait les lectures, ou ce qu'on
appelait les r^'c'fto^îo/z.s , les acteurs imaginèrent, pendant
un certain tems , de mettre à profit cette tolérance , et
d'annoncer leurs pièces sous le nom de lectures; ^àr exem-
ple : lecture morale sur l'histoire touchante de Jeanne
Shore^ récitée en dialogue par le célèbre Hou^e; — Lecture
amusante y tirée du conte du paupre soldat, entremêlé de
chansons et de dialogues ^ par le facétieux 0*Keeffe. Ce-
pendant, des hommes d'un esprit éclairé essayèrent ,
peu de tcms après , de faire établir un théâtre plus régu-
lier dans le Massachusetts. La législature, sur les observa-
tions de M. Gardener, un des sénateurs de cet état, se dé-
cida même à abolir la loi qui proscrivait les ouvrages dra-
matiques, et une salle de spectacle fut construite à Boston^
Ycrs l'an 1798.
Depuis 1808, les théâtres de l'Amérique commencent
ù rivaliser, tant pour le goût que pour la magnificence,
avec les plus beaux de l'ancien monde. Les détails suivans,
où les calculs sont plutôt réduits qu'exagérés, feront con-
naître le nombre des théâtres et le produit moyen des
recettes :
AUX ETATS-UNIS. 265
dollars par
rcpicbcnlutioa.
Massachusclls. . . . — Boston laSo '" ""^ ^-"^
Salem 25o.
Neu^hury-Port 25o.
Rhode Island ^' Providence 600.
Newport 25o.
Neu^-Yorh. ] f^,
Alhany 600.
Pensylvanic — Philadelphie 1800.
Maryland. — Baltimore J ^^
Annapolis 5oo.
Distr.deColombia. — Washington 5oo.
Virginie -. . — Alexandrie , ...... 800.
Petersburg 600.
Norfolk 600.
FredericJcsburg , .... 5oo,
Kentucky — Lexington 5oo.
Caroline du Sud. . — Charleston 1200.
Géorgie — Savannah 5oo.
Louisiane — -New- Orléans 5oo.
En tout, vingt-un théâtres.
Le théâtre de Richmond, dans la Virginie, qui était
l'un des meilleurs des Etats-Unis, fut brûlé en 1811. Le
feu ayant malheureusement éclaté pendant la représenta-
tion, il périt environ soixante personnes, dont plusieurs
étaient des plus marquantes de la ville. La salle était
assez vaste pour que la recette habituelle s'élevât de 6 à
800 dollars. Le prix d'entrée est généralement réglé de la
manière suivante : pour les loges, un dollar; le parterre,
5o ou ']^ centimes (la 100" partie du dollar); les galeries, 25
ou 07 ce/z^/mesetdemic ; les troisièmes loges, jS centimes.
A l'exception du prix des loges, qui est fixé ù un dollar
par place, le tarif des autres places diffère dans tous les
266 PROGRES DE L'INSTRUCTION
états. Les dépenses du théâtre de New- York s'élèvent, pour
chaque représentation, à 4oo dollars environ ; ce qui n'em-
pêche pas, dit-on, que le bénéfice n'ait quelquefois été,
pendant les trois premiers mois d'une saison , de 10,000 dol-
lars (1).
Le gouvernement n'exerce aucune juridiction sur les
théâtres. Jamais les pièces ne sont censurées? et chacun est
libre de faire construire une salle de spectacle. Quant
à ce qui concerne les ouvrages dramatiques et le jeu des
acteurs, ils sont seulement jugés d'après les règles du goût
qui règne dans la Grande-Bretagne. Toutes les pièces nou-
velles qui obtiennent du succès sur le théâtre anglais , sont
aussitôt représentées en Amérique; et les costumes, les
usages ; ainsi que les critiques, sont absolument les mêmes
chez les deux nations. Dans les états du nord et de l'inté-
rieur, il n'est pas permis aux femmes d'entrer au parterre ;
mais , dans ceux du sud , elles y sont admises.
Quels que soient les progrès rapides que l'art théâtral a
faits aux Etats-Unis, il laisse encore beaucoup ù désirer,
sous le rapport des décorations et des costumes; les der-
niers, surtout, quoique d'une grande richesse, sont ra-
rement exacts. Le célèbre M. Cook, en Amérique, observa
que les Américains montraient plus de sagacité dans leurs
applaudissemens qu'aucun autre peuple du monde. Quant
.aux pièces originales, ils en ont encore très-peu; ce qui
n'est pas surprenant, vu la facilité qu'ont les directeurs
de se procurer toutes celles du répertoire anglais, et d'être
ainsi dispensés de payer aucun droit d'auteur : d'ailleurs,
ce genre de talent offre peu d'avantages dans un pays dont
la civilisation est encore jeune, et où toutes les idées sont
(1) On entend par saison , en Amérique , six mois de l'année.
AUX ÉTATS-UNIS. 267
naturellement dirigées vers un but utile , plutôt que vers
les objets de pur agrément. Cependant , les Américains
comptent parmi eux quelques poètes dramatiques et plu-
sieurs ouvrages qui ont obtenu du succès. M. Dunlap,
de New-York, a composé ou traduit environ quarante
pièces , tant comédies que tragédies, drames et intermèdes,
qui toutes ont été jouées, et dont quelques-unes occupent
un rang distingué sur la scène. Nous citerons quelques-
uns des auteurs les plus remarquables , en indiquant leurs
meilleurs ouvrages : M. Tyler, une comédie intitulée la
Contraste; Madame Murray, la K er tu triomphante , et trois
autres pièces; M. White, la Fille de r ecclésiastique et la
Pauvre locataire; M""" Rowson , deux comédies ; M, Burke,
la Bataille de Bunkershill ; M. Ellison, V Américain à
Tripoli; M. Eustaphiei, Mazeppa et Pierre- le ~ Grand ;
M. Fangères, Bélisaire; M. Breke, le Dépôt; M. Darby,
le Nœud gordien ; M. IngersoW, Edu^y et Elgina; M. Bar-
ker jeune, la Chasse au renard et la Princesse indienne;
cette dernière pièce, dont le sujet est tiré d'un événement
tout-à-fait romanesque, qui appartient à l'histoire d'Amé-
rique, a obtenu un succès extraordinaire. Nous devons
nommer encore M. Hutton , auteur de V Ecole des pro-
digues et de quelques autres pièces ; M. White , auteur de
Foscaré et des Mystères du château; M. Hodgkinson ,
acteur , auteur de V Homme courageux et de quelques
autres pièces de circonstances. Les droits d'auteurs sont
réglés comme en Angleterre; mais le public accorde une
préférence marquée aux pièces qui viennent de ce pays ;
les bons ouvrages du répertoire anglais, surtout ceux de
Shakespeare, ne manquent jamais d'attirer la foule.
Les plus célèbres acteurs du théâtre américain sont ve-
nus jusqu'à présent de l'Angleterre. Feu M. Hodgkinson,
natif de Bath , est le premier actci^ d'une grande réputa-
268 PROGRES DE L'INSTRUCTION
tion que l'on ait vu en Amérique. Son talent brillait égale-
ment dans tous les genres, depuis la tragédie la plus
pathétique jusqu'à la farce la plus burlesque. Feue ma-
dame Warren, célèbre sous le nom de mademoiselle Brun-
ton, au théâtre de Covent-Garden, a étç, pendant plusieurs
années, la reine tragique de l'Amérique. Deux comédiens,
morts depuis peu, et connus sous les noms de Traits et*
Harwood, ont été fort long-tems nos plus fameux acteurs
comiques. M. Fennell, tragédien d'un rare mérite, a long-
tems disputé la palme à M. Cooper, qui a fini parla rem-
porter , et qui règne aujourd'hui sur la scène dramatique
des Etats-Unis. Les acteurs les plus renommés, au mo-
ment où nous écrivons, sont MM. Jefferson, Blissot, Ber-
nard, M""" Hilson et Darby : tous sont venus de l'Angle-
terre. L'Amérique n'a encore produit que M John Howard
Payne, jeune tragédien auquel on a donné, en Europe et
en Amérique, le surnom mérité du Roscius américain. Il
parut, pour la première fois, sur la scène, à New-York ,
le i24 février 1 809 , à l'âge de seize ans , et l'effet qu'il pro-
duisit ne peut se comparer qu'à celui d'un de ses débuts
qui avait eu lieu , peu de tcms auparavant, en Angleterre.
Nous terminerons cette notice par un aperçu des MoeuRs
et des USAGES des Américains.
Les habitans des Etats-Unis n'ont point ce caractère uni-
forme qu'on remarque chez les vieilles nations, auxquelles
le tems et la stabilité des institutions ont imprimé un ca-
chet particulier ; leur physionomie est aussi variée que
leur origine est diverse. L'Anglais, l'Irlandais, l'Allemand,
l'Écossais, le Français et le Suisse, ont gardé chacun quel-
ques traces de l'empreinte primitive qui appartient à leur
ancienne patrie. On remarque cependant une grande dif-
férence entre les habitans des ports de mer et des autres
villes commerçâmes, et ceux qui résident dans Tinté
?
AUX ÉTATS-UNIS. t69
rieur du pî^ys. Les premiers ressemblent parfaitement
aux habitans des grandes villes d'Europe, et conservent
les habitudes , le luxe et les vices d'une civilisation trop
avancée et qui s'est égarée dans sa marche. Ceux qui
mènent une vie agricole , jouissent du bonheur attaché à
la pratique des vertus sociales maintenues dans toute leur
pureté. Leurs affections sont constantes; la félicité accom-
pagne l'union conjugale ; l'autorité paternelle est respectée
comme une chose sacrée; l'infidélité, de la part de l'é-
pouse, est à peine connue ; le divorce est rare; la mendi-
cité et le vol sont peu communs. Enfin , une des qualités
qui distinguent le plus cette population , est l'humanité et
la compassion pour les maux d'autrui (i). Une éducation
soignée , dont les bienfaits s'étendent à toutes les classes
de la société, sans exception , a toujours pour objet d'af-
fermir les bases de cette perfectibilité sociale , dont les
progrès sont favorisés par l'égalité des conditions et par le
partage égal de la propriété entre les enfans. Il est à re-
marquer que les descendans des premiers colons américains
qui habitent les états de l'est, ont une propension naturelle
à l'émigration, tandis que ceux des états du centre et du
[midi restent fidèlement attachés au sol natal.
Les amis de l'ordre et de la tranquillité déplorent l'in-
troduction d'un esprit de litige qui a pénétré des villes jus-
que dans les campagnes, et même dans les habitations
placées au milieu des forets. Cette malheureuse disposition
aux procès a été décrite par le feu juge Cooper, observa-
teur habile et véridique , dans son Histoire des premiers
établissemens dans les comtés de New - Yorh ; il s'exprime
(i) Une seule collecte faite pour les malheureux habitans des îles
des Indes occidentales , a produit deux cent niiUe dollars.
270 PROGRÈS DE L'INSTRUCTION ,
ainsi : « L'Écossais se conduit dans nos bois, comme par-
tout ailleurs, conservant sa frugalité , son économie, ses
mœurs et sa ponctualité à remplir ses engagemens. Si un
Écossais tue un veau , il en porte la meilleure partie au
marché, et fait valoir le prix qu'il en retire. L'Américain ,
au contraire, gardera cette meilleure partie pour sa con-
sommation ; et s'il vend le reste, il en emploie le produit à
se procurer des objets de parure ou de fantaisie. II est ù
remarquer que, lorsqu'un Ecossais achète une vache , il la
paie comptant; l'Américain fait, le plus souvent, un bil-
let à un prix plus élevé , et se laisse poursuivre pour le
paiement. Dans ce cas, la cause est portée devant le ma-
gistrat du lieu ( squire ) , assisté de six jurés ; là, on déploie
les ressources de la chicane. Si la partie lésée peut produire
un billet ou une obligation de sa partie adverse , il en ré-
gulte, pour celle-ci, des frais montant à 3 ou 4 dollars,
tandis que le demandeur se fait une réputation de ruse et
de finesse; ce misérable talent, qu'ils appellent ontu^itting,
(talent d'attraper, de déjouer), donne au plaideur un tel re-
nom, qu'il peut se mettre sur les rangs pour être élu juge
de paix. Il est à regretter que cet esprit de chicane soit en-
couragé par des juges avides, auxquels le profit de quelques
droits fixés fait oublier que leur devoir est de maintenir la
paix. Cette déplorable manie s'est prodigieusement accrue
pendant ces dernières années. J'ai vu plus d'une centaine de
jugemens rendus en un jour par quelques-uns de ces ma-
gistrats. Un magistrat, qui devient ainsi un instrument de
discorde, doit être regardé comme une calamité vivante',
toutefois, j'en ai connu d'autres dont la conduite était très-
opposée, et qui portaient la bienveillance et l'espril de paix,
au point de quitter leurs propres affaires et de parcourir
plusieurs milles pour aller concilier des parties , et mettre
I
AUX ÉTATS-UNIS. 271
Cq i\ des querelles; ces hommes respectables ne cher-
chaient en cela d'autre récompense que la satisfaction de
faire le bien. »
N. B. Cette esquisse de la situation morale et politique
d'une contrée si éloignée de l'Europe, et si différente , à
plusieurs égards , aura besoin d'être complétée par les ren-
seignemens que doivent nous transmettre quelques-uns de
nos correspondans des Etats-Unis , et nous pourrons ainsi
présenter plus tard un tableau assez fidèle de ce pajrs,
considéré sous tous les rapports qui intéressent la prospé-
rité publique. Il en sera de même successivement des
principales nations du monde que nous espérons faire mieux
connaître les unes aux autres , les rapprochemens et les
communications de ce genre ne pouvant qu'être infiniment
favorables aux progrès de la civilisation.
Nous devons aussi prévenir nos lecteurs que cette Notice
est écrite depuis plus d'une année, et que, pendant cci
court espace de tems, la rapide civilisation des Etats-Unis
a fait des progrès qui n'ont pu s'y trouver consignés; les
omissions qu'on pourrait y remarquer seront réparées peu
à peu. L'obligation où se trouve la Revue Encyclopédique
d'accorder tour ù tour son attention aux diverses contrées
du monde civilisé et aux différentes parties des connais--
sances humaines ne nous permet pas toujours d'employer
les nombreux matériaux dont nous pouvons disposer aussi-
tôt qu'ils nous sont offerts, quoique chacun de nos cahiers
dépasse de plusieurs feuilles l'espace dans lequel nous de-
vions d'abord nous renfermer. Toutefois, le zèle des colla-
borateurs de ce Recueil doit être une sûre garantie que
rien de ce qui peut les intéresser ne sera négligé.
N. d. R.
II. ANALYSES D'OUVRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
Voyage dans l'Amérique espagnole ; par MM. A. de
HUMBOLDT ET AlMÉ BoNPLAND (l).
Relation historique du Voyage aux régions équinoxiales
du Nouveau- Continent j fait en 1799, i^^o, 1801^ i8o3,
180 A ; par Alexandre de Humboldt et Aimé Boiîpland,
rédigé par Alexandre de Humboldt j, avec deux atlas ,
qui renferment j Vun^ les vues des Cordillères et les 7no-
numens des peuples indigènes de ^ Amérique, et Vautre^
des cartes géographiques et physiques. Tom. I, in-4°,
643 pag., avec un atlas.
Les expéditions dont le but est de ■visiter les contrées
du nouveau monde, offrent de nos jours un intérêt qui
n'appartient qu'à elles seules. En Afrique^ les mœurs
féroces de ces noirs ^ que l'oppression a rendus cruels,
opposent aux entreprises du voyageur des obstacles plus
dangereux encore que l'influence délétère du climat. Dans
la partie de VAsie ouverte à ses recherches, il est attristé
par la vue de tant de restes de grandeur, de tant de ruines
— ■— .^■'^^■^"^ " " " ■ I II I ,
(1) Comprenant 1° la Relation historique ; 2° V Atlas pittoresque,
3» la Zoologie , ou Anatomie comparée ] 4° ^ Essai politique sur la
Nouvelle-Espagne', ^° V Astronomie , ou Recueil d'observations as-
tronomiques; 6° la Physique générale et la Géographie des plantes j
70 la Botanique : ii vol. in-^** et 8 vol. in-folio, avec 4oo gravures
et 70 cartes. (Chacune de ces parties forme un ouvrage particulier et
se vend séparémcnt.)Ces ouvrages se trouvent chez Smith , imp.-Iib.,
rue Montmorency, n" iG; chez Mazc, lib., rue Gîl-lc-Cœur, à Paris.
i
SCIENCES PHYSIQUES. 273
qu'il interroge en vain; et, chez presque toutes les nations
qu'il lui est permis d'observer, il ne trouve que des insti-
tutions immobiles et une civilisation stationnaire. L'Amé-
BiQiJE lui présente un tableau bien différent. Les anciens
géologues veulent que le nouveau monde se soit élevé du
sein des eaux, plus tard que l'Europe ; éblouis par la sau-
vage abondance de ses contrées, ils se plaisent à leur re-
connaître un air de jeunesse; et c'est à l'égard des races
d'hommes si diversifiées qui les habitent, que leurs sys-
tèmes semblent s'être réalisés. On n'y rencontre pas ,
comme dans l'Indostan, des peuples chez lesquels rien ne
se perfectionne, dont l'existence intellectuelle paraît ter-
minée , et dont l'antiquité n'est que trop prouvée par leur
aspect languissant et par les monumens de leur histoire.
En parcourant l'Amérique, on n'a pas sans cesse sous les
yeux d'effrayans exemples de la vieillesse de nations en-
tières. Le nouveau monde est plutôt dans l'état opposé :
sans doute, il présente une foule de sociétés qui vivent
dans la plus profonde barbarie; mais c'est leur grossièreté
qui les y retient, et non des habitudes enracinées ou une
longue corruption de mœurs. Aucune d'elles n'est arrivée
à cette période de décrépitude morale qui distingue tant
de peuples de l'Asie. Ces sauvages sont ignorans et ne
sont pas coupables : ils ressemblent au sol qui les a vus
naître, cette terre féconde qui promet des avantages cer-
tains à celui qui la défriche , et qui attend l'industrie et
la culture de mains libres. D'ailleurs , les forces de la na-
ture sont si actives dans l'Amérique méridionale, que tous
les efforts de l'homme tendent continuellement à modérer
leur énergie ; les monumens qu'il élève disparaissent
bientôt dé la surface d'un sol agité par de grands et ter-
ribles phénomènes. Il ne faudrait pas croire cependant
que le nouveau monde n'ait pas aussi ses antiquités. Mal-
TOME XII. 18
11k SCIENCES PHYSIQUES.
gré les grands bouleversemens de rinvasion européenne ^
de cette époque qui se présente comme une barrière in-
surmontable, lorsqu'on essaie de faire des recherches sur
les tems qui lui sont antérieurs, les deux Amériques nous
montrent encore des restes de monumens ou d'institutions
morales, qui ne permettent pas de douter que de Tastes
contrées, aujourd'hui désertes et incultes, n'aient été le
siège d'une civilisation assez avancée. Quelques essais
dans les arts, les ruines des palais des rois aztèques et des
temples mexicains, des caractères informes, gravés sur
les rochers de l'Crénoque, au tems des grandes eaux;
des traditions religieuses, et surtout des idées très-remar-
quables en astronomie, la première science dont l'homme
s'occupe, tout se réunit pour faire voir que des nations
puissantes et éclairées s'étaient établies jadis dans le
Mexique et sur le revers des Andes de Quito et du Pérou.
Mais il est d'autant moins facile d'étudier aujourd'hui ces
monumens des tems héroïques du nouveau monde , que
les conquistadores espagnols et les prêtres qui les diri-
geaient firent tous leurs efforts pour anéantir ces faibles
restes, ou pour dénaturer les souvenirs que les indigènes
en ont gardés. Ainsi, la cathédrale de Mexico est construite
sur les ruines du principal temple de Mexitli, et un ecclé-
siastique célèbre, en présence des Indiens, les cérémonies
du culte catholique, sur le sommet de la pyramide gigan-
tesque de Cholula, autrefois consacrée au culte du génie
de l'air, Quetzalcoatj dieu législateur, et l'un des êtres
les plus mystérieux de la mythologie mexicaine (i). Dans
les grandes solennités de l'église, les Indiens se rassem-
blent en foule autour de ce monument; et, à la vue de
(i) \ oyez Atlas pittoresque, ou Vues des Cordillères. Mémoire
sur la pyramide de Cholula.
SCIENCES PHYSIQUES. 275
leur pyramide, ils confondent le sentiment de vénéra-
tion pour le culte romain avec un souvenir vague de res-
pect pour la religion de leurs pères. On voit ainsi que,
dans l'Amérique méridionale, la nature se présente sous
un aspect si imposant, le tableau des mœurs et des institu-
tions des peuples, déjà si varié, se complique tellement
par le mélange des nouveaux intérêts et des traditions an-
ciennes, qu'un ouvrage qui embrasse des sujets si divers,
doit nécessairement contenir des détails immenses. Aussi,
faut-il s'empresser de reconnaître qu'il est impossible d'a-
nalyser la collection d'ouvrages qui forment le Voyage de
31 M. de Humboldt et Bonpland aux régions équinoxiales,
que la Revue a déjà caractérisé d'une manière assez heu-
reuse sous le titre ^ Encyclopédie Américaine (i). Il faut
renoncera faire l'inventaire des découvertes qu'ils ont rap-
portées, etse contenter de donner l'itinéraire des voyageurs,
en choisissant un petit nombre de leurs observations sur
les phénomènes de la nature et sur les mœurs des peuples.
M. de Humboldt a consacré cinq ans à parcourir des
contrées immenses; et, sur une aussi vaste étendue, il n'a
négligé aucune des recherches qui pouvaient jeter quelque
jour sur leur histoire physique ou morale. Parcourons rapi-
dement l'ensemble de ses travaux. L'étude de la marche du
thermomètre, du baromètre et de l'hygromètre lui a d'a-
bord fourni les élémens indispensables de ce qu'on pour-
rait nommer la physique générale des vastes pays qu'il a
visités; il a porté ses instrumens depuis l'intérieur des
mines jusque dans le cratère des volcans. Combinant ces
données premières avec la position des lieux, déduite de
ses observations astronomiques, il a construit un grand
nombre de cartes nouvelles ; il a déterminé la température
(0 V(>y< ci-dessus, T. IX, p. i5.
18*
276 SCIENCES PHYSIQUES.
moyenne des points importuns, et dans quelles proportions
la clialeur s'y répartit dans les diverses saisons de l'année;
il a mesuré la hauteur des montagnes et l'inclinaison de
leurs flancs, la profondeur des vallées, la largeur et l'élé-
vation des plateaux, la vitesse et la pente des fleuves ; en
les suivant dans leurs innombrables embranchemens et
dans les réseaux qu'ils forment, il a pu séparer les divers
systèmes d'eaux courantes, et constater la communication,
si long-tems douteuse, de l'Orénoque et de la rivière des
Amazones. L'observation assidue des phénomènes atmos-
phériques , les variations dans la transparence de l'air et
dans sa tension électrique, la manière dont la lumière y
est répandue, et son extinction dans les couches aériennes ;
la réfraction des rayons lumineux et les illusions optiques
du TTîïm^^^ la couleur du ciel et celle des eaux des fleuves, la
composition chimique de l'air, et l'influence soit de la végé-
tation, soit du voisinage des cônes fumans, sur sa pureté ; la
quantité de la pluie et de l'évaporation , l'action érosive de
l'eau sur les rochers qu'elle baigne, les singuliers effets du
son dans des déserts où rien n'interrompt le silence de la
nature, l'observation des accidens atmosphériques et des
météores lumineux : ces mesures, rapprochées de toutes les
expériences analogues delà science, lui ont révélé plusieurs
théories importantes qui ne pouvaient être fixées que par
la comparaison d'un grand nombre de faits, telles que la loi
des variations diurnes du baromètre et du décroissement
du calorique avec la hauteur, la limite des neiges perpé-
tuelles sous les diverses latitudes. Ces observations lui ont
permis d'établir les élémens de la climatologie, et de tracer
sur le globe les lignes iso//z^7'77i^5jOu qui passent par les lieux
de même température ; en un mot, de présenter dans un
seul tableau l'ensemble des phénomènes si variés qu'ofl're
la nature dans les régions équinoxiales. La géologie , ou
SCiEiSCES PHYSIQUES. 277
l'étude de la constitution du globe, a particulièrement fixé
son attention; il observe la structure des roches, la direc-
tion et l'inclinaison de leurs couches, les espèces minérales
qu'elles présentent, leurs passages, leurs changemens
d'une contrée à l'autre ; leur influence sur l'aspect du pay-
sage et sur la configuration du terrain. Il donne des profils
géologiques des positions les plus importantes pour la sta-
tistique commerciale ou pour la science. Le Voyage contient
de nombreuses expériences magnétiques de déclinaison,
d'inclinaison, et, ce qui est surtout précieux, d'intensité
absolue des forces ; des recherches sur l'action des roches
pour détourner l'aiguille. M. de Humboldt a vu de près les
phénomènes des volcans, qu'il a pu examiner dans leurs
ravages, dans leurs produits, dans leur liaison avec les
tremblemens de terre ; il détermine la distance à laquelle
on entend leurs explosions, l'étendue de leurs ravages et
des terrains qu'ils ont soulevés; enfin il a réuni, pour les
tremblemens de terre, ces oscillations du sol si communes
au Pérou, des observations qui devront un jour servir de
l)ase à une théorie que la science est encore bien loin de
pouvoir établir. Tous ces faits sont puisés dans l'expérience;
ils n'ont pas été recueillis sous l'influence de l'esprit de
système, et cette prudence est remarquable, surtout pour
les faits géologiques, qui appartiennent à la seule science
d'où les hypothèses et les conjectures ne soient pas encore
bannies. Ces expériences ont été faites dans les situations
les plus difficiles et les plus périlleuses , et la position de
l'observateur ne paraît point avoir nui à leur exactitude.
Jusqu'ici ces phénomènes appartiennent, en partie du
moins, aux climats de l'Europe; mais les forces vitales
sont incomparablement plus puissantes, et le développe-
ment de l'organisation se présente sous des formes bien
plus variées dans les régions équinoxialcs , favorisées par
278 SCIENCES PHYSIQUES.
leur chaleur et leur excessive humidité. MM. de Hum-
boldt et Bonpiand ont recueilli, dans leurs herborisations,
un très-grand nombre de plantes nouvelles, et ils en dis-
cutent la classification dans l'ordre des familles naturelles.
M. de Humboldt s'est livré à des travaux étendus sur
l'histoire de l'origine et des migrations des plantes, sur
leurs propriétés chimiques et médicales, leurs usages dans
les arts, les soins et les avantages de leur culture, la com-
position des principes immédiats des végétaux de la zone *
torride qui élaborent dans leurs vaisseaux tantôt des sucs
nourriciers, et tantôt les poisons les plus actifs. On trouve
encore, dans le Voyage^ l'examen de l'action qu'exerce le
soleil brûlant des tropiques sur les plantes humides du
bord des fleuves, celle des miasmes qui s'exhalent des vé-
gétaux en décomposition, et la discussion des phénomènes
que présentent ces maladies endémiques, qui désolent si
souvent le littoral des deux continens. L'auteur examine
l'influence de la physionomie des végétaux sur les progrès
des arts et sur le style plus ou moins harmonieux qui dis-
tingue leurs productions. Il décrit les nouvelles espèces
animales qu'il a découvertes, leurs caractères zoologiques
et leurs mœurs, les antiques dépouilles fossiles d'éléphans
qu'il a ramassées sur le sommet des Cordillères. Tous ces
faits d'histoire naturelle, mis en regard de ses observa-
tions physiques, ont permis à M. de Humboldt d'établir
d'une manière plus générale la Géographie des plantes et
des animaux ; il a vu toutes les espèces d'ctrcs organisés
affecter invariablement certaines hauteurs et varier avec
elles ; et, tandis que les masses pierreuses échappent à
l'influence de la position, les montagnes les plus élevées
présentent, depuis la base jusqu'au sommet, une succes-
sion de tous les climats , et par conséquent une échelle de
plantes et d'animaux disposés par étage, depuis les pal-
SCIENCES PHYSIQUES. 279
rniers et les tigres jusqu'aux plantes licheneuses et aux
vigognes. Au-delà de cette hauteur, l'empire de la vie
s'arrête devant des neiges perpétuelles; naais un oiseau,
le grand vautour des Andes (i), franchit seul les limites
imposées à l'homme, et plane au-dessus des cimes glacées.
Le Voyage aux régions éqidnoxiales contient encore une
statistique complète d*i Mexique, des observations nom-
breuses sur la nature des gouvernemens, les mœurs des
indigènes, les «ources du commerce et les causes de sa
prospérité ou de sa décadence; des discussions sur les dia-
lectes si nombreux des peuples du Nouveau-Continent,
sur les racines et les formes grammaticales de leurs lan-
gues, enfin sur leurs antiquités, sur leurs révolutions et
leur état avant la conquête.
Les résultats de toutes les recherches de MM. de Hum-
boldt et Bonpland , qui se rapportent particulièrement aux
sciences, ont été réunis dans des ouvrages consacrés à l'as-
tronomie, à la botanique, à la zoologie, à la statistique, et à
l'histoire de l'antique civilisation des peuples du nouveau
monde. Ifs ont réservé , pour la Relation historique (2), le
tableau des mœurs et des progrès de la société dans les diffé-
rentes Colonies, le récit des obstacles qu'il a fallu surmonter,
la description des grands phénomènes de la nature. On les
accompagne sur la cime du volcan de Ténériffe, dans les
montagnes de la nouvelle Andalousie et de Venezuela, sur
les rives de l'Orénoque, les Cordillères de la Nouvelle-Gre-
nade, de Quito, du, Pérou et du Mexïqne.h' J[tlas pittoresque,
ou Vues des Cordillères et monumens des peuples indigènes
(1) Le Condor , vultur gryphus de Linné.
(2) 11 en a paru quatre liuraisons ^ ou deux volumes in-quarto,,
avec une partie AaV Atlas géographique et physique qui accona-
pagne la Relaiion. Il reste encore deux volumes à publier : le troi"
sième s'imprime en ce moment.
280 SCIENCES PHYSIQLES.
du Woup>eau- Continent [i)yest, destiné à faire connaître quel-
ques-unes des grandes scènes de la nature dans les hautes
chaînes des Andes, et à jeter dujoursurrhistoîre antique des
Américains, par l'étude des restes de leurs monumens, de
leurs hiéroglyphes , de leur culte religieux et de leurs
rêveries astrologiques. Dans le Fiecueil cl'' observations de
zoologie et d'anatomie comparée (2) , M. de Humboldt a
réuni l'histoire du Condor, des expériences sur l'électricité
des gymnotes, sur l'anatomie et l'appareil vocal des cro-
codiles et des singes , la description de plusieurs nouvelles
espèces de reptiles, de poissons, d'oiseaux et d'autres
mammifères imparfaitement décrits. La description des
insectes recueillis par M. Bonpland est due à M. Latreiile,
de Facadémie des sciences. Le second volume de la zoologie
renfermera les coquilles, les quadrupèdes de la province
de Quito, et les figures des crânes des nations américaines
que M. de Humboldt a déposés au muséum d'histoire
naturelle.
Un Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-
Espagne , avec un atlas physique et géographique ^ fondé
sur des ohserpations astronomiques,, des mesures trigono-
métriques et des niuellemens harorn étriqués (3), rédigé
(1) Deux volumes, grand in-folio, sur papier colombier vélin ;
trois cent cinquante pages de texte et soixante-neuf gravures, la
plupart coloriées.
(2) Deux volumes in-quarto, avec un grand nombre de planches,
la plupart coloriées. Le premier volume a paru. Les onzième et
douzième livraisons viennent d'être publiées. Il n'en reste plus
qu'une pour compléter le second volume.
(5) Deux volumes in-quarto, ensemble de neuf cents pages, avec un j
allas in-folio de trente-deux cartes et tableaux géographiques , phy-
siques et statistiques. La carie générale du royaume île lu Naiwellc
Espagne^ l'une des plus belles et des plus imporlantcs de l'Atlas,
SCIENCES PHYSIQUES. 281
d'après un grand nombre de mémoires oflicicis, oiîic, en
six divisions, des considérations sur l'étendue et l'aspect
physique du Mexique, sur la population, les mœurs des
habitans, leur ancienne civilisation et la division du pays
en intendances ; il embrasse à la fois l'agriculture , les
richesses minérales, les manufactures, le commerce, les
finances et la défense militaire de ces contrées. Les ob-
servations astronomiques que M. de liumboldt a faites ,
depuis le douzième degré de latitude australe jusqu'au qua-
rante-unième degré de latitude boréale, ses recherches sur
les réfractions astronomiques, le nivellement barométrique
de la Cordillère des Andes, du Mexique, de la province
de Venezuela, du royaume de Quito et de la Nouvelle-
Grenade , renfermant l'indication de quatre cent cinquante-
trois hauteurs et un tableau de sept cents positions géo-
graphiques du Nouveau-Continent, calculées d'après les
méthodes les plus exactes que fournit l'état actuel de la
science, ont été réunis en un Recueil d' observations
astronomiques y d' opérations tri gonomé triques et de mesures
barométriques , faites pendant le cours d'un voyage aux
régions équinoxiales du Nouveau- Coyitinent _, en 1793-
1 8o4^ rédigées et calculées par M. Oltinanns ( i ) . La théorie
des lignes isothermes, qui comprend tout ce qui a rapport
à la distribution de la chaleur sur le globe, les lois qu'on
reconnaît dans la répartition des formes végétales , le ta-
bleau des phénomènes magnétiques, seront exposés dans
a été copiée par M. AiTOwsmith, à Londres, sous le titre de Neif
Map of Mexico , compiled front original documents ôy Arrowsmit/i.
Il est facile de la reconnaître par un grand nombre de fautes cal-
cographiques et par l'explication dos signes qu'on a oublié de tra-
duire du français en anglais.
(1) Deux volumes in-quarto , ensemble do 700 pages.
282 SCIENCES PHYSIQUES.
la Physique générale^ renfermant un traité sur les climats j
V Essai sur la géographie des çégétanx^ et un Recueil cVoh-
serçations sur r inclinaison de V aiguille aimantée et Vin-
tensitè des forces magnétiques, La partie botanique du
Voyage aux régions équinoxiales, rédigée par M. Bonpland,
comprend les Plantes équinoxiales recueillies au Mexique,
dans l'Ile de Cuba , dans les jjropinces de Caracas , de Cu-
niana et de Barcelone , aux y^jides de la Nuuvelle-Gre-
nade i de Quito et du Pérou ^ et sur les bords du Rio Negro,
de y Orénoque et de la rivière des Amazones (i). M. Bon-
pland y donne les^ figures de près de quarante nouTcaux
genres de plantes, avec des descriptions méthodiques, en
français et en latin. Enfin, dans la Monographie des Mêlas-
tomes ^ Rliexia et autres genres de cet ordre de plantes (2).
(1) Deux volumes in-folio de 700 pages de texte et i44 planches
en noir.
(2) Les MelastomeSi un volume in-folio de i5o pages de texte et
60 figure» coloriées; les Rhexla^xm volume in-folio de i5o pages
et 60 figures coloriées; des dix livraisons qui le composent, il en a
paru huit. Indépendamment de la description des plantes conte-
nues dans cette partie, M. Bonpland publie, avec MM. de Hum-
holdt et Kunth, un ouvrage particulier sous le titre de Noua Gênera
et Species plantannti quas in peregrinatione ad plagam œqui-
noxialem orhis noui collegerunt , descripserunt et partiin adumbra'
verunt Amat. Bonpland et Alexander de Humboldl , ex schedis
aniographis Jlmati Bonplandiin ordineni digessit Carolus Sigisni,
Kunth. {Accédant tabulœ œri incisœ et Alexandri de Iluniboldt
nolaliones ad geographiamplantarum speclanies) : Nouveaux genres
et espèces de plantes, recueillies par MM. de Ilumboldt et Aimé
Bonpland dans leur voyage aux régions équinoxiales, décrites et
en partie dessinées par les auteurs; classés par C. S. Kunth d'après
les notes de M. Bonpland ; avec des planches gravées , et des notes
yiir la géographie des plantes par Alexandre de llumboldl. Cet
ouvrage, dont les quatre premiers volumes ont paru, renferme la
description de trois mille cinq cents espèces.
\
SCIENCES PHYSIQUES. 283
MM. de Humboldt et Bonpland font connaître plus de cent
cinquante espèces de melastomacées qu'ils ont recueillies
pendant le cours de leur voyage; espèces qui forment un
des plus beaux ornemens des Tropiques, de ces contrées si
chaudes et si humides, où les plantes se montrenî dans toute
la richesse de leur végétation et dans toute la beauté de
leurs couleurs et de leur port. La partie typographique du
Voyage égale les plus belles productions de la presse fran-
çaise ; et, pour les gravures, outre les dessins faits par
M. de Humboldt, nous nous bornerons à citer, pour la
botanique , ceux de MM. ïurpin et Poiteau; pour la zoolo'
gie y ceux de MM. Baraband, Huet, Laurillard, Bessa et
Oppel ; pour les monumens et les vues des Cordillères j ceux
de MM. Thibaut et Marchais, à Paris; Gmelin, Pinell et
Koch, à Rome; Arnold, à Berlin; et X.imeno, à Mexico.
Les cartes géographiques ont été gravées par MM. Tardieu
père et fils. Barrière et Aubert.
Après avoir essayé de donner une idée de l'ensemble
des ouvrages qui forment le Voyage aux régions équi-
uQxiales, revenons à la Relation historique. M. de Humboldt
se sentit de bonne heure un goût décidé pour les voyages
dans des régions lointaines ou peu connues des Européens.
Après avoir parcouru la Hollande, l'Angleterre et la France
avec le célèbre Forster, compagnon du capitaine Cook,
l'espoir d'avancer les progrès des sciences appelait tous
ses vœux vers les belles régions de la zone torride. Il s'y
prépara, en étudiant attentivement la structure des Alpes,
qu'il put ensuite comparer aux Andes du Pérou et de Quito.
Il visita le pays de Saltzbourg et la Styrie, et ne voulut
point s'embarquer avant d'avoir vu les terrains volca-
niques de l'Italie et de la Sicile. Il s'était d'abord proposé
de visiter la Haute-Egypte ; mais la situation politique de
l'Orient lui fit abandonner ce projet. Il fut ensuite sur le
2U SCIENCES PilYSIQLES,
point de se diriger vers Tunis et Maroc, dans l'espoir
d'explorer la chaîne non visitée jusqu'ici des hautes mon-
tagnes de l'Atlas, lorsque par bonheur il apprit à tems
que le gouvernement tunisien exerçait les plus grandes
rigueurs contre tout étranger arrivant d'un port français.
De nouveau contrarié dans son plan, il profita de ce retard
forcé pour visiter la péninsule. Arrivé ù Madrid, il obtint
du roi la permission de visiter, à ses propres frais, les
possessions espagnoles d'outre-mer. On l'autorisa à se
transporter partout où il le jugerait utile; on lui permit
de se servir de ses instrumens de la manière la plus illi-
mitée ; il partit, muni de pleins pouvoirs pour avancer
les sciences morales et physiques. Au port de la Corogne,
de nouveaux empêchemens l'attendaient encore. Des bâ-
timens anglais bloquaient la rade, afin d'intercepter le
départ du courrier pour les colonies; et il ne sera pas sans
intérêt de remarquer que le service de la poste se fait ainsi,
d'un hémisphère du globe à l'autre, avec une merveil-
leuse facilité : une lettre, déposée à la poste dans une
petite ville de l'Espagne, parvient à son adresse dans les
missions de l'Orénoque ou du Chili, sur une distance qui
égale celle de Paris à Siam , ou de Vienne au cap de
Bonne-Espérance. Enfin, M. de Humboldt réussit à s'em-
barquer, le 5 juin 1799 , sur la corvette le Pizarro , avec
une collection choisie d'instrumens,dont nous ne pouvons
donner ici l'énumération; il suffira de savoir qu'ils portent
les noms des plus célèbres artistes, de ïroughton , Lenoir,
Bird, Ramsden,Berthoud, DoUond, etc.
Le Pizarro ne tarda pas à sentir les effets du grand cou-
rant qui se dirige des îles Açores au détroit de Gibralt;ir.
M. de Humboldt ne se borne pas à discuter les observa-
tions très-nombreuses qu'il eut occasion de faire sur ce
phénomène ;. il Texaminc d'une manièr'j plus ;îcnérale , et
SCIENCES PHYSIQUES. 285
il donne la théorie complète de ces mouvcmcns des eaux
qui agitent l'Océan atlantique. Ainsi que dans toutes les
discussions auxquelles il se livre, il rapproche ses propres
expériences de celles qui ont été faites sur le mênrie objet ,
et c'est en embrassant toutes les données de la science qu'il
s'élève enfin jusqu'aux théories. Le courant équinoxial, pro-
duit par les vents alises , imprime d'abord aux eaux de
l'Océan un mouvement qui les porte sur le continent de
l'Amérique ; elles se précipitent dans le golfe mexicain ,
et , se réfléchissant sur ses côtes, se jettent avec impétuo-
sité dans le canal de Bahama, où elles acquièrent la vitesse
d'un torrent. A l'est du port de Boston , le courant rase le
banc de Terre-Neuve; de là , se recourbant tout-à-fait, il
s'avance en s'épanouissant dans l'Océan; et, comme il ar-
rive des Tropiques , il forme dans cette latitude boréale un
véritable fleuve d'eau chaude à la surface de la mer. A la
température élevée des eaux, à leur forte salure, à leur
couleur plus foncée, on reconnaît le Gulph-stream. C'est
un des bras de cette rivière marine qui jette des fruits et
des plantes équinoxiales sur les côtes des îles Hébrides ,
et entraîne quelquefois, jusqu'aux rivages glacés de l'Is-
lande, des arbres nés sous le ciel des Tropiques.
Après s'être arrêté un instant à l'île de Lancerote, M. de
Humboldt arrive à TénérifTe , à la suite d'une navigation
assez périlleuse. D'épais brouillards lui dérobaient la vue du
Piton ^ le volcan de Ténérifîe , qu'on aperçoit quelquefois
de 4o lieues en mer , comme une colonne s'élancant de
l'Océan vers le ciel. Tous les voyageurs ont parlé avec en-
thousiasme de la beauté du climat et de la végétation des
îles Canaries, parce qu'avec les plantes d'Europe, on y
trouve déjà deux des formes les plus imposantes de l'équa-
teur: les barianiers et les palmiers. M. de Humboldt re-
marque que des sites plus mnjestucux se sont offerts à lui
286 SCIENCES PHYSIQUES.
sur les rives de l'Orénoque , les Cordillères du Pérou et '■
lés belles vallées du Mexique , mais que nulle part il n'a vu
un tableau plus varié et plus harmonieux. Au milieu de i
la riche verdure qui couvre les flancs du pic , des traces
d'énormes éruptions latérales attestent l'activité du volcan;
mais, depuis des milliers d'années, aucune flamme ne
s'est montrée dans le cratère même. Un tel événement
serait encore plus extraordinaire aux Canaries que la chute
de la neige, à Mexico , où il n'en tombe qu'à des inter-
valles de plusieurs siècles. La dernière fois que ce rare
phénomène arriva, ce fut le jour même de l'expulsion des
jésuites , et les dévots s'écrièrent que, depuis leur exil ,
l'ordre de la nature était troublé.
M. de Humboldtfit une excursion à la cime du volcan, et
parvint sans danger dans le cratère. Le pic semble écraser
de sa masse la petite île qui lui sert de base; et si sa bouche
lançait des gerbes de feu semblable à un phare, il dirige-
rait le navigateur dans un circuit de plus de 260 lieues.
Les explosions de la montagne, pour être très-rares, n'en
sont pas moins terribles. En 1706, la ville opulente de
Garachico fut entièrement détruite en peu d'heures; son
port fut comblé par deux courans de laves , aucun édifice
ne fut épargné. « Partout dans les environs, le sol chan-
gea d'aspect. Des monticules s'élevèrent dans la plaine;
les sources disparurent, et des rochers ébranlés par de fré-
quens tremblemens de terre restèrent nus , sans végétation
et sans terreau. Des pêcheurs seuls conservèrent l'amour
du site natal. Courageux, comme les habitans de Torre
dcl Greco, ils reconstruisirent; un petit village snrdes amas
de scories et sur le roc vitrifié. » Le sommet du pic est en-
tièrement dépourvu de végétation. Les plantes n'atteignent
pas des régions aussi froides. M. de Humboldt y trouva
seulement quelques abeilles, que sans doute des courans
SCIENCES PHYSIQUES. J87
d'air ascendant avaient entraînées à cette hauteur; souf-
Irant du froid, elles se brûlaient en s'approchant impru-
demment des crevasses fumantes du volcan. Nous ne le
suivrons pas dans sa discussion sur les phénomènes des
volcans, leurs produits, et les forces dont dépendent pro-
bablement leurs effrayans ravages. Nous aurons occasion de
revenir sur ces effets imposans, et qui n'ont pas été assez
étudiés d'une manière expérimentale par les physiciens et
les géologues modernes , lorsque nous serons arrivés au
tableau général qu'il a tracé des phénomènes volcaniques
qui agitèrent les deux Amériques, et qui précédèrent de
fort peu de tems l'entière destruction de la ville de Cara-
cas, en 1811. Après de grands détails sur la végétation
dans les îles Canaries, il se demande, avant de quitter
l'ancien monde, ce que sont devenus les Guanches , an-
ciens habitans des îles Fortunées, célèbres par leur sta-
ture colossale et leur force musculaire. Cette race primi-
tive a disparu, par l'effet de la traite des esclaves et par
des guerres cruelles avec les Espagnols. Il nous apprend
que quelques familles de Canariens se vantent en-
core aujourd'hui de leur parenté avec Guimar , le der-
nier roi pasteur des Guanches, mais que ces prétentions
surannées ne se renouvellent que lorsqu'il prend envie à
un homme d'une couleur plus basanée que ses compatrio-
tes de solliciter un emploi au service du roi d'Espagne. II
établit, par une comparaison philologique, les rapports de
la langue guanche avec celle des Berhers , peuple de l'A-
frique du nord. Il ne reste plus aujourd'hui de celte nation
que des momies qu'on trouve encore en ouvrant leurs vas-
tes cavernes sépulcrales.
Dans le passage de l'Océan atlantique, M. de Humboldt
examine la formation de ces vastes bancs d'algues , sem-
blables i\ des prairies, dont la présence effrayait les vais-
288 SCIENCES PHYSIQUES.
seaux de Colomb. Il fut frappé de la beauté du ciel aus-
tral et des constellations qu'il déploie aux regards, à me-
sure qu'on avance A^ers le sud. L'éclat de la Croix du Siixl
excita surtout son attention. Il remarque que rien ne retrace t
mieux au voyageur la distance immense de sa patrie que |
l'aspect d'un ciel nouveau; et que, pour les Espagnols et ;
les Portugais , « un sentiment religieux les attache à ;
une constellation dont la forme leur rappelle ce signe de '
la foi planté par leurs ancêtres dans les déserts du nou-
veau monde. » Vers l'île Sainte-Marguerite , le Pizarro
rencontra deux pirogues montées par des Indiens Guayque-
ries. A les voir de loin projetés sur l'horizon, on les eût
pris pour des statues de bronze. Les plantes équinoxiales
dont leurs barques étaient jonchées, la cuirasse écailleusc
d*un Tatou ^ des fruits de Crescentia , servant dtî coupe ■
aux naturels , tout excitait au plus haut degré l'intérêt des
voyageurs. Ce chapitre se termine par un tableau des f
expériences de M. de Humboldt , durant le passage, sur la
chaleur de l'air et de l'Océan, sur l'état hygrométrique de !
l'atmosphère , l'intensité de la couleur bleue du ciel, les ,
phénomènes magnétiques; enfin , par le journal de route. |
Dès le premier jour de son arrivée à Cumana , il rc- i
marque que tout y annonçait le grand caractère de la na- |
ture dans les régions équinoxiales. Des groupes de coco- ;
tiers bordant la rivière et dont les troncs de plus de 60 pieds
de haut dominent le paysage; le feuillage penné des pal- i
miers se détachant sur l'azur foncé du ciel , une lumière
éblouissante répandue dans l'air, l'éclat des couleurs vé-
gétales , la forme des plantes, le plujmage varié des oi-
seaux. Il fut frappé du sentiment profond d'hospitalité qui
règne même dans les colonies des côtes, et il a vu les
exemples les plus touchans de soins rendus à des incon-
nus pendant des années entières, et toujours sans murmutc.
SCIENCES PHYSIQUES. 28Î)
La ville de Cumana, dont la population n'excède pas
i8 à 19,000 âmes, ainsi que le rivage et les plaines
environnantes , ont fourni à M. de Humboldt le sujet
d'un grand nombre d'observations de géologie et d'histoire
naturelle. Les mœurs des habitans paraissent fort aimables.
Toutlemondeysaitnager;etlematin, lapremière question
qu'on se fait, en se rencontrant, c'est de savoir si l'eau estplus
fraîche que la veille. Le soir, on place des chaises dans
l l'eau , aux bords du fleuve, et la société se réunit dans la
rivière. Le cercle n'est pas inquiété par les petits croco-
diles ; mais souvent les dauphins effraient les baigneurs, en
faisant jaillir l'eau par leurs évents. Il ne peut exister
aucune chronique à Cumana, à cause des dévastations
continuelles des fourmis. La date des tremblemens de
terre un peu anciens 3»^ est donc incertaine; mais l'année
1766 fut terrible. Des secousses violentes, suivies de très-
fortes averses, renversèrent presque toutes les maisons.
L'année fut extrêmement abondante. Tandis que la déso-
k dation régnait dans la ville , « les Indiens, dont les frêles
,cabanes résistent facilement aux secousses les plus fortes,
célébraient, d'après les idées d'une antique superstition,
par des fêtes et des danses , la destruction du monde et
l'époque prochaine de sa régénération. »
M. de Humboldt, pendant son séjour dans celte ville, fut
souvent obligé de satisfaire la curiosité des habitans, qui le
priaient sans cesse de répéter devant eux quelques-unes de
ces expériences qui parlent aux yeux. Remarquons que les
curieux n'avaient, en général, aucune idée de physique ou de
chimie, deux sciences qu'on appelle , dans les colonies espa-
gnoles, la nouvelle philosophie (^nueva filosojià). Dans un
climat si fortuné et occupé de recherches si attrayantes, il fut
attristé par le tableau de la vente des esclaves sur la place du
marché , spectacle qu'il eut à subir presque jou^rnellement.
Tome xii. 19
290 SCIENCES PHYSIQUES.
On les frottait d'huile pour leur rendre la peau luisante ; et,
lorsqu'on voulait juger de leur âge, on leur ouvrait la
bouche de force, comme à des chevaux. Sa première excur-
sion fut dirigée vers la péninsule d'Araya , célèbre par ses
salines et la pêche des perles. Parmi les gens de couleur
dont les cabanes entourent le lac salé, se trouvait un cor-
donnier de race castillane, qui reçut M. de Humboldt avec
cet air de gravité qui distingue , dans les colonies , tous
ceux qui se croient un talent particulier. Il était occupé à
tendre la corde de son arc et à aiguiser des flèches. «Son
métier de cordonnier ne pouvait être lucratif dans un pays
dont la plupart des habitans vont pieds nus; aussi se pliai-
gnait-ilv de ce que , par le renchérissement de la poudre
d'Europe , un homme de sa qualité était réduit à employer
les mêmes armes que le^^Fudiefts : c'était le savant du lieu; il
connaissait la formation du sel par l'influence du soleil et
de la pleine lune, les symptômes des tremblemens de
terre, les indices par lesquels on découvre les mines d'or
et d'argent, et les plantes médicinales, qu'il divisait, comme
tous les colons, depuis le Chili jusqu'en Californie, en
plantes chaudes tX. froides. Ayant rassemblé les traditions
du pays, il nous donna des détails curieux sur les perles de
Cubagua, objet de luxe qu'il traitait avec le dernier mé-
pris. Pour prouver combien les livres saints lui étaient
familiers , il se plaisait à citer Job , qui préférait la sagesse
à toutes les perles de l'Inde. Sa philosophie était circons-
crite dans le cercle étroit des besoins de la vie.... Après un
long discours sur le néant des choses humaines, il tira
d'une poche de cuir des perles bien petites et bien opaques
qu'il nous força d'accepter. Il nous enjoignit en même
temps de marquer sur nos tablettes qu'un cordonnier in-
digent d'Araya, mais homme blanc et de race noble castil-
lane, avait pu nous donner ce qui, de rautr<î côté de la
SCIENCES PHYSIQUES. 291
mer, est recherché comme une chose très-précieuse.» te
chapitre V est terminé par la description des fabriques de
poteries de Maniquarez, branche d'industrie indienne, et par
des considérations générales sur les causes qui empêchentles
traditions et les souvenirs de se perpétuer dans les colonies ,
et les privent d'une histoire et d'une littérature nationales.
Avant de suivre M. de Humboldt sur les hautes mon-
tagnes de la Nouvelle-Andalousie, et d'étudier avec lui le
singulier régime des missions j par lequel des religieux
retiennent sous leur dépendance de nombreuses tribus
d'Indiens , il ne sera pas sans intérêt d'observer que
presque toutes les contrées qu'il a parcourues sont main-
tenant agitées par des guerres civiles qui ont suivi de près
l'époque de son voyage. On remarque, dans la peinture
qu'il trace des mœurs et des intérêts des colonies, quelques
traits frappans qui semblaient annoncer des mouvemens
prochains. Ces contrées recèlent des germes nombreux de
discordes. Dans ces colonies , comme dans toutes celles où
la population noire est considérable, l'esclavage prépare des
vengeances. Partout des entraves , qui paralysent le com-
merce et l'industrie, des restrictions fiscales qui ont l'air de
réglemens contre l'agriculture , deviennent la source de
mille vexations, et contrarient tout ce que la nature a fait
pour l'homme dans ces riches climats. Au sein des villes les
plus éclairées de l'Amérique du Sud , on retrouve encore
deux castes bien distinctes; l'une qui désire vivement toutes
les améliorations que la raison et la justice réclament; l'autre
qui ne vit que dans le passé, qui pense qu'on doit éclairer les
peuples avec ménagement , et qui regarde les préjugés de
ses ancêtres comme une propriété de famille. D'ailleurs,
c'est la teinte de la peau qui règle les droits de la naissance
dans les colonies espagnoles. De pareils titres ont au moins
le mérite de n'être pas équivoques et de prévenir les
19*
292 SCIENCES PHYSIQUES
contestations ; il est seulement dommage qu'il y ait autant
de degrés de noblesse que de nuances dans la couleur, de-
puis le blanc de Castille jusqu'au noir de Guinée. Nous
retrouverons, dans les steppes immenses de Calabozo, sur
les bords de l'Orénoque et du Cassiquiare , dans les en-
droits les plus sauvages et les plus inaccessibles de l'Amé-
rique méridionale, des traces de cet esprit de distinction,
de cette noblesse fondée sur le principe colorant; enfin, les
prétentions les plus folles, dans des lieux où la nature se
montre si imposante, qu'il semble que de tels tableaux
devraient donner à l'ame plus de dignité , et aux pensées
plus d'élévation.
Ce premier volume est orné d'un frontispice gravé par
M. Roger, d'après un dessin de M. Gérard, de l'Institut. Il
représente l'Amérique consolée des maux de la conquête
par Minerve et Mercure. La terre est couverte de plantes
équinoxiales, d'armes indiennes et de fragmens d'archi-'j
lecture. Parmi les débris, on reconnaît le buste d'une prê-'
tresse aztèque. Sur le second plan, on découvre le palmiei'
porte-cire (i) et la pyramide de Cholula ; le sommet i
arrondi du Chimborazo s'élève au fond du tableau. On li I
au bas ces mots de Pline le Jeune : Humanitas , literœ."
fruges. Sans doute la cipilisation j les lettres,, le froment \
sont de beaux présens que l'Espagne a faits aux nations
qu'elle a soumises; mais les peuples de l'Amérique, rendu;
à eux-mêmes, ont voulu fonder leur propre bonheur. Hij
ont senti qu'une nation ne peut jamais se consoler de 1j
perte de l'indépendance, et le nom de liberté a été pro
nonce sur ces rivages lointains. Les avantages del'industri'
et de la culture des lettres forment la propriété naturelM
de l'homme, et il est indigne de jouir de ces biens préi
cieux, s'il consent à les accepter comme une concession d'
pouvoir. CniRLEs Coquerel. j^
(i) Ceroxjlou uTulicola.
i
SCIENCES PHYSIQUES. 293
V*/»/\/ V'V'V^'V» v» w v%
Voyage aux alpus maritimes, ou histoire naturelle,
agraire , civile et médicale du comté de nice
ET DES PAYS LIMITROPHES, par Fv. Elït. FoDÉRÉ (l).
(Voyez Rev. Ënc, , T. XI , p. 592.)
Il serait plus exact d'intituler cet ouvrage : Descrip-
tion physique des Alpes maritimes. Quoiqu'en effet il
soit le résultat des voyages de l'auteur, ce n'est point une
relation , mais une description méthodique ou une histoire
naturelle de ce pays. M. Fodéré convient lui-même que
le titre de Voyage n'est pas très-juste ; au reste, le second
titre sert à rectifier le premier.
L'auteur, médecin distingué, traite successivement de
la géologie, de la flore, du règne animal, du climat, de
l'agriculture, de la population, des maladies; enfin, de~
l'état de la civilisation dans les Alpes maritimes. Chacun
de ces chapitres contient une foule de détails instructifs,
et donne lieu à des rapprochemens curieux. Les notes
mises à la fin des chapitres ne sont pas également utiles,
et l'auteur aurait pu en retrancher plusieurs sans inconvé-
nient, mais elles ne sont pas très-longues; et^ pour quel-
ques notes inutiles, on en trouve aussi plusieurs qui offrent
de l'intérêt.
Quoique le pays que M. Fodéré a entrepris de décrire
n'occupe qu'une bien petite place dans le nombre des
états de l'Europe, il est pourtant très-intéressant sous plu-
sieurs rapports. Contigu A la Provence , il est en quelque
sorte le supplément de cette province , ayant les mêmes
productions et presque le même climat ; ou plutôt il par-
(i) Paris, 1821. Levrault^ruc des Fossés-Monsicur-Ie-Prince, 3S.
Un vol in-4° : prix, 4 û- 5o c.
29A SCIENCES PHYSIQUES.
ticipe à la fois du climat et du sol de la France mciidionale
cl de ceux de l'Italie. Tous les ans, quantité d'étrangers
viennent chercher sous le climat de Nice la santé qu'un ciel
nébuleux ou trop froid leur refuse dans leur patrie. Les
habitans de Nice attendent cette arrivée aussi régulière-
ment que la récolte; ils exploitent les voyageurs, comme
on exploite une mine; et, lorsque les guerres mettent obs-
tacle à ces émigrations périodiques , c'est une calamité
semblable à celle de la disette.
Riche en vins^ huile d'olives, oranges, parfums, Nice
a pourtant peu de terre végétale ; il en est de même dans
la basse Provence ; il faut y suppléer par l'abondance de l'en-
grais. Une manière singulière de fumer est celle qu'on em-
ploie dans la vallée d'Oneille; c'est avec des chififons de laine
tirés à grands frais de l'étranger, qu'on engraisse la terre
au pied des oliviers. A Menton, on emploie, outre les
chiffons de laine et les vieux souliers, la raclure de cornes
qu'on fait venir à cet effet du royaume de Naples, et qui
coûte aussi très-cher. Voilà un genre de commerce que
l'on ne connaît guère ailleurs. Il me semble pourtant
qu'un gouvernement plus intelligent pourrait, soit par des
prix proposés pendant plusieurs années, soit par un
appel fait aux sociétés d'agriculture du dehors, provoquer
la découverte d'engrais bien moins imparfaits et moins
coûteux. L'urate ou d'autres genres d'engrais, trouvés ré-
cemment en France, rendraient peut-être de grands ser-
vices aux Alpes maritimes.
A la suite du chapitre sur l'agriculture, on lit une note
qui commence ainsi : « L'esprit d'indépendance des tcms
modernes a fait inventer un ministère de la police. » Je
demande pardon à l'auteur ; mais je crois que l'esprit d'in-
dépendance doit cire étonné de s'entendre attribuer une
pareille inslilutioa. Ou uc voit pai> d'abord ce qu'il y a de
I
SCIENCES PHYSIQUES. 29li
-commun entre la police et le chapitre de l'agriculture.
Voici où l'auteur en veut venir : il pense qu'au lieu d'un
ministère de police^ on ferait mieux de s'occuper d'un
ministère de prévoyance; que ^ dans les Alpes maritimes,
par exemple, les habitans , avec tous leurs parfums, leurs
oranges et leurs olives, risquent de mourir de faim, pen-
dant les mauvaises années, parce que, dans les bonnes
même, il n'y a pas assez de grains pour la consommation. Je
ne sais si le ministère de prévoyance serait aussi utile que le
croit l'auteur. Quand la prévoyance n'est pas éclairée, elle
fait quelquefois des sottises; et quand elle s'exerce par
des Toies arbitraires , elle manque son but. JI faudrait
donc, avant tout, éclairer le peuple et le rendre libre ;
après cela, la prévoyance viendrait, je crois, sans avoir
besoin de ministère.
Peut-être aussi, M. Fodéré n'a-t-il pas tout-à-fait raison»
lorsqu'il dit que la culture de la pomme de terre ne con-
vient pas aux habitans des pays méridionaux, et qu'ils ne
pourraient s'accommoder d'une substance qui, sous un
gros volume, ne contient que peu de parties alimentaires.
M. Fodéré est médecin; son expérience appuie sans doute
ses assertions. Cependant, je me permettrai de faire ob-
server que la pomme de terre vient des climats tropiques,
d'où l'on peut induire que la nature a destiné cet aliment
aux climats chauds; et que, d'ailleurs, plusieurs peuples
s'en nourrissent avec succès. M. Fodéré pense,au contraire,
que les habitans des pays chauds, de leur nature très-
sujets aux spasmes , ont besoin , pour se bien porter et
pour conserver leurs forces , d'une nourriture frugale qui
renferme beaucoup de principes nutritifs sous un petit
volume, et que c'est dans les graines des céréales que se
rencontrent ces avantages. Il voudrait que l'on se vouât
plus qu'on ne fait à la culture de l'orge , dont nos ancêtres
296 SCIENCES PHYSIQUES.
faisaient plus de cas que nous; il indique d'autres sortes
de grains dont on pourrait introduire et propager la cul-
ture. Pour ne jamais compromettre l'existence des peuples
de l'Europe, il faudrait peut-être imiter aussi les Germains ,
qui avaient fait, des côtes septentrionales de l'Afrique, leurs
greniers d'abondance; ces côtes pourraient encore fournir
nos approvisionnemens , au lieu de nous envoyer la peste
et des pirates.
Quoique situées entre la Provence et l'Italie, les Alpes
maritimes ne sont pas favorables à la vigne. Le raisin bon
à manger ne donne que des vins très-médiocres , dont on
ne peut même faire de l'eau-de-vie ; d'où l'auteur conclut
qu'il faut plus que de la chaleur pour que la vigne puisse
prospérer. Dans la commune d'Aspremont, il faut la re-
nouveler, tous les quinze ans, tandis que, dans le pays 7^
elle ne vieillit pas avant vingt ou vingt-cinq ans. Dans
cette commune, on alterne sur les coteaux les plantations
de vignes avec celtes des pins maritimes. Pendant vingt-
cinq ans , ces arbres fument la terre par leur feuillage , et
la préservent des éboulemens ; on secoue leurs fruits pour
tenir lieu de semailles; puis, on arrache les pins, afin d'y
substituer la vigne , dont les marcottes trouvent un appui
dans les pins naissans. Quinze ans âprè^,ôn fait disparaître
le vignoble, pour rétablir la forêt de pins. Les insectes
nuisent infiniment aux vignes des Alpes maritimes.
« L'olivier, dit l'auteur, est la vraie plante indigène
des Alpes que nous décrivons : il y végète aussi facilement
que les sapins dans les Hautes- Alpes ; il y parvient à une
grosseur et à une hauteur qui égalent celles de nos plus
beaux noyers. » Les terrains secs et légers conviennent le
mieux à cet arbre , qui donne rarement la moitié de son
produit, avant l'.lge de cinquatilc-ans; encore, après une
si longue attente, une gelée peut détruire en une naît
SCIENCES PHYSIQUES. 297
l'espoir du cultivateur : heureusement , ces accidcns sont
peu à craindre dans les Alpes maritimes, où les oliviers ont
^tésisté aux gelées qui ont été si funestes aux oliviers de la
•rovence.
Cent quatre-Yingt-huit moulins sont employés à extraire
l'huile des olives; le meunier vient prendre le fruit chez
le propriétaire , et lui rapporte ensuite l'huile , le tout
gratuitement, parce qu'il trouve un ample bénéfice dans
le marc d'olives qui lui reste, et d'où il extrait encore une
bonne huile par le procédé de la fermentation. D'après un
calcul moyen, établi par M. Fodéré, un arpent, contenant
cent cinquante oliviers , donne six à sept kilogrammes
d'huile par pied d'arbre. L'olivier ne donne une pleine ré-
colte que tous les deux ans : les prix des huiles sont très-
variables , d'autant plus que cette espèce d'arbres est
sujette à une maladie contagieuse.
Un arbre fort utile aux habitans des Alpes maritimes,
c'est l'oranger. C'est à Menton qu'il produit les meilleurs
fruits. On en fait la récolte , toute l'année ; un bon oranger
donne annuellement deux mille oranges, grandes et petites.
Il y en a quelques-uns dont la récolte s'élève au doublé
de ce nombre. C'est en hiver que l'on cueille les oranges
destinées au commerce ; on les encaisse , à l'époque où
«lies commencent à mûrir ; leur maturité s'achève en
voyage. Il faut un papier particulier pour les envelopper. La
récolte et l'emballage occupaient plusieurs centaines d'ou-
vriers. On tire, en outre, un parti avantageux de la fleur
abondante de l'oranger. Une remarque assez singulière ,
c'est que l'oranger communique un goût amer aux légumes
que l'on cultive à l'entour : le citronnier n'a point ce dé-
savantage. M. Fodéré pense que, bien que la France ait
fait une grande perte par la cession des Alpes maritimes,
le territoire de la ville d'EIycres pourra, lorsqu'il aura été
298 SCIENCES PHYSIQUES.
desséché, pourvoir le royaume d'oranges et de citrons de
la qualité de ceux de Nice.
' Des Provençaux viennent , tous les ans , établir leurs
alambics dans les Alpes maritimes, pour distiller les fleurs
aromatiques qui embaument les campagnes, ainsi que les
fleurs des montagnes , et les réduire en parfums. D'un
autre côté , beaucoup de montagnards émigrent du comté
de Nice pour jouer de la vielle, dont M. Fodéré regarde la
musique comme délicieuse, ou pour pratiquer des métiers
de peu d'importance.
De trop nombreuses maladies, et spécialement les goitres
et les scrofules sont assez communs dans cette partie des
Alpes.
M. Fodéré fait l'éloge des établissemens de charité re-
ligieuse qui existaient dans le pays de Nice, et il paraît
en regretter beaucoup la perte. Il est en général trop
favorable aux anciennes institutions de son pays ; il paraît
oublier qu'à l'époque où un professeur n'avait que quatre
cents livres, et où les revenus de l'évêque étaient consi-
dérables, la noblesse jouissait de privilèges onéreux et
oppressifs, que la révolution a heureusement détruits : que
le peuple était misérable , et que le paysan gémissait dans
la servitude. La modicité des salaires tenait beaucoup plus
à la pauvreté du pays, et à l'inertie du gouvernement,
qu'à la simplicité des mœurs. DEPPiiiG.
««VM VWWt/Vk Wl^ Vl^
I
SCIENCES PHYSIQUES. 209
Journal des opérations de l'armée de Catalogne , en
1808 et 1809, sous le commandement du général
Gouvion-Saint- Cyr , ou Matériaux pour servir à
r/itstoirc de la guerre d'Espagne par le maréchal
Gouvion-Saint-Cyr (1).
Le titre modeste de cet ouvrage en détournerait peut-
être quelques lecteurs peu curieux de faits militaires ,
si Ton ne se hâtait de les avertir qu'ils y trouveront
plus de sujets de méditation, plus d'instruction réelle,
que dans une foule d'écrits modernes sur l'histoire , sur
l'administration, la politique, etc. En effet, la guerre
d'Espagne fut une époque féconde en grands phénomènes
moraux et politiques , comme toute guerre nationale. D'un
autre côté, notre nouvel auteur est un ancien ministre que
la reconnaissance publique a suivi dans sa retraite, et
l'un de nos plus illustres généraux. M. le maréchal a pu
et su bien voir, et il dit ce qu'il a vu : c'est de l'histoire
qu'il nous donne. Avec d'excellens matériaux, il lui était
impossible de faire un mauvais livre ; mais il permettra
de lui dire qu'on pouvait ne pas s'attendre à trouver ces
matériaux mis en œuvre avec une habileté qu'on remar-
querait même dans un écrivain très-exercé.
Après un avant- propos qu'il faut lire, l'auteur a placé
(1) Paris, 1821. 1 vol. in-S" , avec atlas in-folio. Anselin et Po-
chard, successeurs de Magimel, rue Dauphine, n" 9. Prix : 25 fr. —
Nous avons déjà fait connaître cet important ouvrage, dans notre
Bulletin bibliographique du cahier précédent ( f^qy. ci -dessus,
p. i68.), où il a été placé à la suite des Ouvrages historiques y
d'après le point de vue sous lequel l'a considéré M. Lanjuinais,
tandis qu'il est ici compris dans la partie des analyses d'ouvrages
sur les sciences physiques et physico- mathématiques, puisqu'il
appartient plus spécialement encore à l'ajt militaire qu'à l'histoire
et à la politique. ( N. d. R, )
300 SCIENCES PHYSIQUES.
une introduction très-courte, où il rappelle les causes el les
premiers événemens de la guerre d'Espagne. Il pense que
Napoléon aurait pu déclarer à Charles lY une guerre
franche et loyale, dans laquelle la nation espagnole n'aurait
vu qu'une querelle entre deux états voisins ; mais il eût
fallu que l'homme du destin connût mieux le peuple qu'il
voulait soumettre, et qu'il n'eût pas formé ses vastes
projets pour sa dynastie. Cet homme qui mettait, disait-il ,
sa gloire à être pris au dépourvu, ne manqua cette fois
ni de prévoyance ni de ruses, et il n'en recueillit d'autre
fruit que l'indignation d'un peuple fier, magnanime et
capable des plus nobles efforts pour soutenir son indépen-
dance. La révolution d'Aranjuez, les insurrections qui écla-
tèrent de toutes parts et l'affaire de Baylen lui ouvrirent
enfin les yeux. La position des armées françaises dans la
péninsule devint très-critique. En Catalogne, les généraujt
Duhesme et Reille furent refoulés, l'un dans Barcelone,
et l'autre dans Figuère , places que la trahison du prince
de la Paix leur avait ouvertes. Ce fut dans cet état de
choses que le général Gouvion-Saint-Cyr fut appelé au
commandement du septième corps chargé d'agir en Cata-
logne.
Les principaux événemens de la campagne donnent la
divisioh naturelle de cet ouvrage. L'auteur le termine par
Une conclusion _, qui est un résumé plein d'intérêt, de
pensées , d'instruction sur les points les plus importans
de l'administration publique. Des pièces justificatives, dont
l'auteur a cru devoir appuyer sa narration, occupent
près de la moitié du volume. Nous donnerons à la conclu-
sion toute l'attention qu'elle méirte : suivons d'abord l'ordre
des tcms et des faits.
Le 17 août 1801, le général Gouvion-Saint-Cyr reçut,
à Boulogne, l'ordre de se rendre sur-Ic-champ à Barcelone
SCIENCES PHYSIQUES. 301
pour y organiser le septième corps de la grande armée et
en prendre le commandement. Ce corps était composé do
troupes de plusieurs nations, et en grande partie de for-
mation nouvelle. Il devait être prêt à commencer ses opé-
rations, au moment où Napoléon entrerait en Espagne
par l'autre extrémité des Pyrénées.
« A son passage à Paris, le général en chef vit Napoléon,
qui lui apprit les désastres de ses armées , encore ignorés
du public. C'étaient les premiers revers qu'il éprouvait
sur le continent; il en paraissait singulièrement affecté,
presque abattu : nous l'avons vu, depuis, recevoir les nou-
velles des plus grands désastres avec la plus froide insen-
sibilité. •
Arrivé à Perpignan, le général trouva cette ville encom-
brée de blessés et de malades, pour lesquels on n'avait rien
fait ni rien prévu ; d'hommes que le général Reille avait
renvoyés de Figuère, comme incapables de continuer la
campagne, faute d'instruction , d'équipement et même
d'armement. Ces hommes étaient dans un dénuement si
horrible à voir , qu'il fallut user de quelques précautions
pour les soustraire à la pitié publique. L'armée tout entière
n'était pas mieux traitée que les malades et les recrues.
Tout manquait à la fois ; le général en chef écrivait lettres
sur lettres , et tout se passait comme s'il n'eût pas écrit.
On lui demandait des renseignemens sur les objets qu'il
sollicitait depuis long-tems et aveclesplus fortes instances;
réclamait-il des vivres dont son armée éprouvait le plus
urgent besoin ? il recevait en réponse l'ordre d'approvi-
sionner Barcelone , etc. Cette conduite plus qu'étrange
est une énigme dont notre auteur donne le mot: le voici.
Napoléon n'aimait pas les officiers qui ne lui étaient pas
redevables de leur avancement, surtout s'ils avaient fait
partie de l'ancienne armée du Rhin , et encore moins ceux
â02 SCIENCES PHYSIQUES.
qui n'avaient pas invité, dans une adresse, le premier
consul à s'asseoir sur le trône impérial. Par tous c-cs motifs ,
le général Gouvion-Saint-Cyr éprouvait une sorte de dis-
grâce; on savait, d'ailleurs, que le chef suprême se com-
plaisait à laisser s'établir l'opinion que la victoire n'était
fidèle qu'à lui seul; qu'il voyait avec peine tout succès
qu'on né pouvait lui attribuer, tout éclat qui n'émanait
pas de lui. Voilà ce qui empêchait de rien faire pour le sep-
tième corps.
Il fallut recourir au mauvais expédient des réquisitions
dans les départemens voisins. Les divisions Souham et
Pino arrivèrent, et complétèrent le septième corps : le gé-
néral en chef reçut l'ordre d'entrer en Catalogne.
Il débuta par le siège de Roses. Cette opération était
déjà fort avancée , lorsqu'il reçut l'ordre de l'abandonner,
et de marcher en toute hâte au secours de Barcelone, dont
les Espagnols avaient commencé le siège. C'était ordonner
la perte du septième corps; le général Gouvion-Saint-Cyr
n'obéit point; il continua ses attaques, prit la place et fit
prisonnière une garnison de trois mille hommes. Avant la
capitulation, l'escadre anglaise stationnée dans la baie de
Roses aurait pu recueillir la majeure partie de cette gar-
nison et la réunir à l'armée espagnole ; elle n'en fit rien.
Des troupes de cette nation occupaient le fort de la Tri-
nité , nommé le Bouton ; au moment de l'évacuer , elles
firent sauter les magasins à poudre, brûlèrent les bâti-
mens, et causèrent ainsi plus de dommage aux Espagnols
qu'aux Français.
Immédiatement après la capitulation de Roses, l'armée
se mit en marche sur Barcelone. Elle avait à tourner les
places fortes de Gironnc et d'Hostalrich, et s'attendait à
combattre l'armée espagnole, dont les forces réunies s'éle-
vaient à cent bataillons et trente-trois escadrons , auxquels
SCIENCES PHYSIQUES. SO'â
on n*avait à opposer que quinze millebaïonnettcs et quinze
cents sabres. Le général en chef avait renvoyé à Figuère
toute son artillerie et ses caissons de munitions, n'emme-
nant que des charrettes chargées de biscuit. «Le lendemain,
on en fit une distribution pour quatre jours ; c'était tout
ce que les troupes pouvaient espérer jusqu'à Barcelone. Les
charrettes furent abandonnées, et les chevaux menés en
main pour être attelés à celles que l'on comptait trouver,
une fois arrivé dans cette ville. Ainsi , cent cinquante mille
cartouches portées sur des mulets, cinquante dans la giberne
de chaque soldat, et du biscuit pour quatre jours dans son
sac, voilà tout l'approvisionnement des vingt-six bataillons
que le général en chef conduisait pour faire lever le siège
de la capitale de la Catalogne. »
L'armée se trouvant en vue d'Hostalrich, il fallut cher-
cher up chemin pour tourner cette place hors de la portée
de la mousqueterie et de la mitraille, et rejoindre la grande
route. Sur Fa foi d'un pâtre que le général en chef avait
interrogé à Perpignan , et que tous les contrebandiers dé-
mentaient, on devait trouver ce chemin : cependant, aucune
reconnaissance ne pouvait l'indiquer. À trois heures de
l'après midi, tous les officiers de l'état-major étaient rentrés
au camp accablés de fatigue , sans avoir rien découvert;
l'inquiétude devenait universelle. Enfin, le général en chef
alla chercher lui-même ce chemin tant désiré, le trouva;
et ce moment fut sans doute un des plus agréables de sa vie
militaire. L'armée passa , la garnison d'Hostalrich fit un
petit mouvement hors de la place, et rentra.
Après une marche très-fatigante et plusieurs combats ,
la division Pino qui formait la tête de la colonne voulut
s'arrêter au pont de la Tordera , et prendre quelque repos.
Le général en chef n'y consentit point; il s'attendait à
rencontrer les JEspaguols le lendemain, et ne voulait pas
Zn SCIENCES PHYSIQUES.
ayoir à combattre, dans cette mauvaise position. On se
remit donc en marche. A dix heures et demie du soir
(17 décembre ), le septième corps avait traversé un défilé
de deux lieues de longueur, encombré d'abattis et de toutes
sortes d'obstacles, et bivouaquait en plaine, en face de
l'armée ennemie.
Cette armée comptait beaucoup trop sur la victoire , et
fut cruellement désabusée. L'immobilité dans laquelle elle
avait persisté jusqu'alors , tenait à un projet qui la perdit.
On voulait laisser à l'armée française le tems de s'engager
assez avant pour qu'on pût l'envelopper, et la prendre
tout entière. Le rnarquis deLazan, posté entre Gironne
et Figuère avec une forte avant-garde , avait reçu l'ordre
de n'attaquer qu'après la défaite des Français en avant de
Barcelone. Aussi, jusqu'à ce moment, le septième corps
n'avait presque pas combattu des troupes réglées, mais
des nuées de somatènes qui sont les gardes nationales ca-
talanes, et de miquelets , excellente infanterie légère pour
la guerre des montagnes.
Le général Gouvion-Saint-Cyr sentit bien ce que les
circonstances exigeaient. Il forma ses troupes en une seule
colonne, et voulut que l'on abordât franchement l'-ennemi,
sans changer son ordre de bataille. Malgré quelques fautes
de détail , cette disposition, secondée par la décision à^î
chefs et la bravoure des troupes, produisit tout son effet.
La ligne de l'ennemi fut enfoncée, coupée sur plusieurs
points, sabrée et mise dans une déroute complète. Cette
bataille de Cardadeu dont toutes les dispositions, y comprif
l'attaque, ne durèrent pas une heure, ocoupera loujourî
une place distinguée dans nos annales militaires.
La victoire venait de pourvoir aux besoins du septième
corps en artillerie, munitions, etc. On ne s'amusa poin
ù poursuivre tes fuyards, et l'on niarcha sur Barcelone.
fl
SCIENCES PHYSIQUES. 105
Le général en chef pensait que le gouverneur de celte
place, ayant entendu la canonnade et ne voyant personne
autour de lui, ne manquerait pas une aussi belle occasion
de faire une sortie , pour tomber sur les derrières des
Espagnols, et venir au-devant de ses libérateurs : mais « le
corps d'armée était sur les glacis, et une petite avant-
garde, commandée par le chef de bataillon Lelong, était
en bataille devant la maison de Duhçsme, à la porte de
la chambre duquel cet ofïicier fut obligé d'aller frapper
pour l'avertir de notre arrivée. »
Quelque tems après, l'armée ne fut pas médiocrement
surprise d'apprendre, par le Moniteur, que le général
Duhesme était venu à sa rencontre, qu'il lui avait donné
quarante-deux pièces de canon pour réorganiser son artil-
lerie, etc. Tels sont, en efifet, les faits consignés dans les
rapports du général Duhesme (Moniteur du 17 janvier).
II paraît que le général en chef réclama contre les asser-
tions du gouverneur, et que Napoléon ne jugea pas à
propos de publier ces réclamations. Et l'on fait de l'his-
toire avec les journaux officiels !
A sa première entrevue, le gouverneur de Barcelone
apprit à son général en chef que la situation de la
place n'avait rien d'alarmant, et qu'il restait encore des
vivres pour plus de six semaines. Ainsi, la marche pré-
cipitée du septième corps et tous les dangers auxquels
il s'était exposé n'avaient aucune utilité réelle!
Jusqu'à présent, nous avons étendu le récit des faits
et multiplié les citations, afin de bien faire connaître
notre auteur, sa manière et son style. On le trouvera
toujours simple, clair, précis, convenable au sujet, et con-
forme au caractère bien connu de l'écrivain. Pressons
maintenant notre marclîe afin d'arriver à la conclusion.
Le général en chef espagnol Vives, si bien battu à
Tome xh. 20
?»^*
306 SCIENCES PHYSIQUES.
Cardedeu , crut prendre sa revanche à Molino del Rejr ^
et se fît battre de nouveau. Ce mauvais succès ferma
la carrière militaire de cet officier : il fut destitué, mis
en prison et remplacé par le général Reding, officier
suisse très-distingué. Ce choix fut généralement approuvé,
#ît les Espagnols espérèrent tout du nouveau général en
chef, qui parTint,^en peu de tems, à recomposer une
armée, à rétablir la confiance et la discipline. Cependant,
il ne fut pas plus heureux que Vives ; il perdit la bataille
de Valls, y fut blessé, et réduit à se renfermer dans Tar-
ragone, où il ne survécut pas long-tems à ses revers.
A cette bataille de Valls, le général Gouvion-Saint-Cyr
défendit à l'artillerie de tirer un seul coup de canon. Avant
que son ordre fût connu, on avait tiré trois coups qui
firent beaucoup de mal aux Espagnols. Le but que le
général en chef avait en vue, et qu'il atteignit, était de
réserver au besoin tout l'effet de son artillerie pour un
moment décisif; de ne pas ébranler trop tôt l'ennemi, qui
n'aurait pas manqué de prendre la fuite avant d'avoir
été assez battu pour laisser quelque tems de repos à
l'armée française; surtout, d'accoutumer ses troupes à
compter sur elles-mêmes, et non sur le secours d'une
arme qui devait leur manquer souvent dans un pays aussi
peu praticable; de les élever dans leur propre estime ,
et de leur donner une supériorité morale bien plus puisr-
sante, à son avis, que la supériorité physique, qu'elles ne
pouvaient enlever à l'ennemi. On remarque, dans cet
ouvrage , plusieurs autres applications non moins heu-
reuses d'une profonde connaissance du cœur humain.
Peu de tems après ce brillant succès, le général Gou-
vlon-Saint-Cyr reçut l'ordre inconcevable d'entreprendre
à la fois les sièges de Tarragone, de Tortose et de Gironne.
11 répondit qu'il se bornerait au seul qui fût possible, celui
I
SCIENCES THYSIQUES. 307
(le Gironne. Cette réponse, que peut-être on avait pro-
voquée à dessein, fut le prétexte de son rappel. Son com-
mandement fut donné au maréchal Augereau, qui le solli-
citait par lui-même et par ses amis. Dès que la nouvelle
de ce changement se répandit dans l'armée, les liens de
la subordination se relâchèrent, et le général en chef sentit
qu'il lui serait désormais impossible de faire aucun bien.
Mais son successeur n'arrivait pas ; il se résigna, et resta.
Le siège de Gironne fut commencé. Reding venait de
mourir à Tarragone; il fut remplacé par l'irlandais Blake,
avec un commandement très-étendu. Ce nouveau général
'en chef commença par trop entreprendre en Arragon et
s'y fit battre, ce qui le rendit timide et l'empêcha de
saisir, en Catalogne, les occasions de réparer son premier
échec. Il refusa constamment de risquer une bataille en
plaine, s*en tint à faire aux Français une guerre de poste ,
et à des tentatives pour faire entrer dans Gironne des
subsistances et des renforts. Cette place fut, durant plus
de six mois, le pivot de tous les mouvemens militaires
en Catalogne. M. le maréchal décrit avec soin ce siège
mémorable.
Le général Reille et les officiers supérieurs de l'artillerie
et du génie attachés au septième corps furent d'abord
chargés de la direction des attaques. Mais le général Ver-
dier vint remplacer Reille, amenant avec lui des troupes
pour le siège, et deux généraux, l'un d'artillerie, et l'autre
du génie. Ces nouvelles troupes recevaient des vivres de
France , et leur général correspondait directement avec
le ministre.
Selon notre auteur, lesassiégeans firent quelques fautes ;
mais les juges naturels de ces sortes de débats ne pro-
nonceront qu'après avoir entendu les deux parties. M. le
maréchal pense qu^on négligea trop de protéger les attaques
20 *
SOS SCIENCES PHYSIQUES.
contre les sorties de la garnison et contre les secours du
dehors ; que les premiers assauts ne réussirent point, parce
qu'on s'était d'abord trop pressé, et qu'ensuite on avaitlaissé
à l'ennemi le tems de se retrancher derrière les brèches.
Quoi qu'il en soit, on suivit une marche régulière, et les
travaux du siège avançaient, lorsque, par un de ces ha-
sards qui dérangent souvent les meilleures combinaisons,
Blake parvint à jeter des vivres et un renfort dans la place.
Quelques jours après, l'escorte et les mulets de ce convoi
sortirent de la place et ne purent être arrêtés par les
assiégeans. Cet échec, le seul que le général Gouvion-
Saint-Cyr ait éprouvé durant son commandement, lui
fut beaucoup reproché. Mais un autre convoi beaucoup
plus considérable fut intercepté si habilement que rien n'é-
chappa, de sorte que l'armée française , non moins afifamée
que la garnison de Gironne, se trouva dans une abondance
momentanée.
Lorsque les brèches furent jugées praticables, les direc-
teurs du siège demandèrent que l'on donnât l'assaut. Le
général en chef avait fait reconnaître les travaux par les
officiers du génie attachés au corps d'armée et non em-
ployés au siège; ceux-ci pensèrent qu'il restait encore
quelque chose à faire pour assurer le succès de l'attaque.
Les directeurs promirent que tout ce que l'on demandait
serait prêt pour le lendemain ; et, tout le monde paraissant
d'accord, le général permit l'assaut. Cette opération coûta
bien cher au septième corps; sa perte fut très-grande ,
surtout en officiers. Cependant, les soldats français ne
s'étaient pas démentis ; c'est une justice qui leur fut rendue
par les chefs des corps et par les Espagnols eux-mêmes.
En pareilles circonstances, les ennemis généreux se trai-
tent avec une estime réciproque. Les munitions man-
quaient; il fallut convertir le siège en blocus.
SCIENCES PHYSIQUES. 30d
La défense de la place fut des plus honorables, digne
€n tout de la nation espagnole. Il s'établit entre la gar-
nison et les habitans une émulation de bravoure qui sou-
tint les uns et les autres, fit affronter tous les périls ,
supporter les privations, les maladies, les pertes les plus
douloureuses. Des bataillons de femmes furent organisés,
et servirent très-bien. Le gouverneur Alvarez dirigea ces
forces avec toute l'habileté d'un excellent militaire. Notre
auteur ne lui fait aucun reproche.
Pour apprécier les Catalans, durant toute cette guerre,
il suffit de rapporter le fait suivant : La ville de Barcelone
n'avait conservé aucun magistrat espagnol, parce qu'aucun
n'avait voulu prêter serment au roi Joseph ; elle était
entièrement soumise aux autorités françaises. Cependant,
elle entretenait à ses frais deux bataillons de miquelets,
qui venaient régulièrement en ville prendre leur solde et
leurs provisions, sans que la police française pût en dé-
couvrir un seul : tant le secret était religieusement gardé !
Il semble qu'en mettant à part l'honneur de défendre
l'indépendance de sa patrie, en ne considérant la chose
que sous le point de vue militaire, la gloire du siège de
Gironne appartient à la défense; mais il ne faut pas ou-
blier que les assiégeans étaient peu nombreux, réduits à se
disséminer, à marcher et travailler sans cesse pour se pro-
curer des vivres; qu'ils avaient continuellement sur les bras
des troupes de Blake, des Somatenes, des miquelets et des
guérillas ; que les besoins et les maladies exerçaient autant
de ravages dans les camps français que dans Gironne
même , et qu'il leur était impossible de mettre plus de
vigueur dans l'attaque. Les Espagnols ne l'ignoraient pas,
et, à cet égard, ils rendirent encore justice i\ nos soldats.
Enfin, le maréchal Augereau vint prendre son comman-
dement. Alors, tout changea pour le septième corps; deux
SIO SCIENCES PHYSIQUES.
bataillons de transports militaires lui furent envoyés; il
reçut de France des vivres, des recrues, des renforts.
Le général qui se retirait n'avait pu obtenir une seule
décoration, un seul avancement pour le plus beau fait
d*armes : décorations, récompenses, avancement, on eut
tout sous le nouveau chef, excepté des succès. En effet,
on ne saurait faire honneur au maréchal Augereau de la
reddition de Gironne, qui ne tenait presque plus lorsqu'il
arriva, ni de l'évacuation d'Hostalrich , mauvaise place
dont la garnison lui échappa. La continuation de la cam-
pagne amena des revers qui le firent rappeler.
Notre auteur commence son résumé par l'énumération
des fautes qu*il a remarquées de part et d'autre, et d'abord
par celles de Napoléon. En mettant à part les fautes poli-
tiques qu'il faut qualifier plus sévèrement, M. le maré-
chal pense qu'il fallait attaquer l'Espagne par le côté le
plus fort, surtout avec des armées françaises dont les pre-
mières difficultés irritent le courage, mais dont la cons-
tance n'est pas à toute épreuve. Napoléon avait l'habitude
de marcher avec presque toutes ses forces sur la capitale
de l'état qu'il attaquait : cette méthode pouvait bien lui
donner les moyens d'imposer aux vaincus des conditions
plus ou moins dures; mais elle ne pouvait lui assurer la
possession d'une contrée aussi vaste et aussi belliqueuse
que l'Espagne.
Les conseils de guerre, suivant notre historien, furent
la cause d'une grande partie des revers qu'éprouvèrent les
Espagnols. Il regarde ces conseils comme un appel à la
timidité et à l'indécision, qui ne sauraient jamais rien ins-
pirer de bon. Mais, on peut penser que les généraux
espagnols furent souvent contraints à user de ce mauvais
moyen. La guerre était nationale ; il fallait faire mouvoir
à la fois une armée régulière, une population armée et
I
SCIENCES PHYSIQUES. 311
des guérillas. En Catalogne , tous les habitans étaient
soldats. Ces hommes, dont on exigeait tout, et qui sacri-
fiaient tout à la cause, commune, devenaient exigeans à
leur tour, et n'épargnaient pas les fuyards espagnols et
le3 généraux vaincus. Reding lui-même, en se retirant
à Tarragone, avait cherché un asile chez le consul anglais.
M. le maréchal pense que la junte catalane poussa trop
loin l'emploi de la population armée. Toutes les pages de
ce résumé sont pleines d'une instruction que les militaires
s'empresseront d'y chercher. Les lecteurs non militaires y
trouveront aussi ce qui leur convient; ils liront avec
intérêt les observations de l'auteur sur les effets de l'en-
thousiasme, sur la force morale des armées, sur le con-
cours des habitans à la défense des places fortes, etc.
Après ces remarques sur les principaux événemens de la
campagne, l'auteur applique à la France les grandes leçons
données par l'Espagne à tous les peuples jaloux de con-
server leur indépendance; il montre, par l'ensemble des
fats, ce que l'on peut attendre d'une garde nationale or-
ganisée depuis long-tems ; il discute et résout cette ques-
tion du plus grand intérêt : comment, et jusqu'à quel point
la population doit-elle concourir aux opérations de l'armée,
dans le cas d'invasion de la part d'une puissance supé-
rieure, ou d'une coalition? Ce concours, absolument né-
cessaire d'après la manière actuelle de faire la guerre, ne
peut être efficace, s'il n'a pas été préparé long-tems avan^
le besoin: il suppose des mesures législatives qui nous
manquent, des institutions à créer, l'appui de l'opinion
publique et de toutes les forces morales de la nation. Ce
fut , dit M. le maréchal , la landwer qui sauva l'Allemagne,
en 181 3; un bon système de cette garde eût préservé la
France de l'humiliation de deux occupations militaires; il
nous eût épargné la douleur de voir quelques-unes de nos
312 SCIENCES PHYSIQUES.
places fortes rasées ou remises aux étrangers, et plus tard,
celle de voir construire en Belgique, avec les tributs préle-
vés sur nous, de nouvelles forteresses, dans des positions plu s
offensives contre la France que défensives pour les Pays-Bas.
Vn coup d'œil rapide jeté sur l'Europe fait découvrir
de nouveaux sujets d'inquiétude, et porte notre auteur à
chercher- pour notre patrie dès garanties plus sûres, des
appuis plus solides que des alliances, La fin de l'homme
qui pesa si long-tems sur l'Europe ne le rassure point ; il
craint que ses projets et son ambition ne revivent un
jour, non pas au profit de la France. Il voit que toutes les
puissances augmentent leurs forces militaires, consolident
l'établissement de leurs milices, et il demande si l'on ne
fera rien pour la France; il remarque surtout les armées
immenses de la Russie , puissance qu'on ne peut attaquer,
et qui entretient cependant, en pleine paix, et toujours
prêtes ù entrer en campagne, plus de troupes que Napo-
léon, au plus haut point de sa puissance, n*en eut jamais
dans ses guerres. « Personne, dit-il ^ n'a fait attention,
jusqu'à ce moment (i), au système de colonisation que la
Russie vient d'établir pour l'entretien, le recrutement et
l'augmentation de ses armées, dont, à l'aide de ce mode,
elle peut élever le nombre à un taux jusqu'ici sans exemple,
et qui pourrait lui donner le moyen de changer en peu de
tems la face du monde. » Il émet, avec toute la chaleur
du vrai patriotisme, le vœu que la France soit enfin mise
à couvert de toute entreprise et de toute influence étran-
gères, sous la seule protection de son roi et du gouverne-
ment constitutionnel qu'elle tient de lui.
Cette partie de l'ouvrage que nous annonçons n'obtien-
(i) Cette observation se trouve, mais sans développement, dans
l'ouvrage de M. Ch. Dupin , sui U force militaire de la Grande-Dre-
tagne.
SCIENCES PHYSIOLES. 313
dia peut-être pas, en France, une approbation aussi
générale que tout ce qui la précède. D'abord, les pensées
ôe M. le maréchal sont trop yiriles pour qu'elles ne dé-
plaisent point à ceux que la nature n'a pas doués d'une
certaine dose de résolution et de courage civique ; de plus,
on reconnaît ici l'auteur des lois sur le recrutement et sur
les gardes nationales, et les adversaires de ces lois n'ont
pas changé d'avis. Mais, en France, ainsi qu'au-Jehors ,
toutes les âmes fortes et élevées, tous les hommes dignes de
servir une patrie applaudiront dans notre auteur Texpres-
sion de leurs propres pensées , de leurs propres sentimens.
Ce livre est une tribune, du haut de laquelle des vérités
courageuses vont retentir dans toute l'Europe : espérons
qu'elles n'auront pas été proférées en vain par un homme
tel que M. le maréchal Gouvion-Saint-Cjr.
L*ATLi.s qui accompagne cet ouvrage mérite une men-
tion particulière : c'est une des plus belles œuvres topo-
graphiques que nous ayons; elle égale, si même elle ne
les surpasse pas, les cartes que S. A. I. l'archiduc Charles
d'Autriche a fait faire pour l'histoire de ses campagnes sur
le Rhin. Au reste, ce succès de nos dessinateurs et de nos
graveurs n'a rien de surprenant. L'art de représenter sur
une carte la forme et le relief du terrain est né en France;
les corps savans, militaires et civils, l'ont cultivé avec soin,
et c'est de la France que le reste de l'Europe l'a reçu.
Malheureusement, nos ingénieurs ne sont pas encore tous
d'accord sur les principes de cet art : il y a, par exemple,
des opinions différentes sur l'emploi des ombres dans les
cartes topographiques ; ainsi, le dessinateur de M. le ma-
réchal ne peut être blâmé d'en avoir mis dans les siennes.
Mais, en considérant attentivement le but et l'usage d'une
représentation topographique , ne pensera-t-on pas que la
direction des hachures, la figure, le nombre et l'intervalle
i
su SCIENCES PHYSIQUES.
des tranches horizontales sont des données exactes, dé-
duites rigoureusement de la forme du terrain ; que ces
données sont suffisantes, qu'on en peut tirer toutes les con-
séquences utiles à la guerre et à tous les genres de tra-
vaux; que les ombres ne sont et ne peuvent être qu'une
hypothèse pittoresque qui n'apprend rien , et qui peut
égarer; qu'elles ne commencent et ne finissent jamais là où
elles devraient commencer et finir; que leur intensité re-
lative est une autre fiction presque toujours en sens inverse
de la réalité? Et si on se demande quel peut être l'objet de
cette addition d'ombres, on sera fort embarrassé d'en trou-
ver un autre que le désir de plaire à l'œil et d'embellir le
dessin, pensée qui semble peu digne d'un travail savant,
dont l'usage est aussi sérieux et aussi important.
Si les cartes topographiques n'étaient chargées que des
linéamens nécessaires pour que la figure du terrain fût re-
présentée, ou, si l'on veut, déterminable, elles deviendraient
susceptibles d'exprimer plus de détails sur la même échelle,
ou les mêmes détails sous de moindres dimensions. Dans
ce dernier cas, les atlas pourraient être moins volumineux,
avantage qui n'est pas à négliger, surtout aux armées. Mais
le travail de l'ingénieur, du dessinateur et du graveur se-
rait d'autant plus difficile : en s'interdisant la faculté de
cacher quelques fautes sous une certaine élégance de des-
sin, ce n'est pas la paresse que l'on favorise. On sait en
général combien la construction des instrumens portés au
plus haut degré de perfection exige de talens , de patience
et de soins.
Nous nous bornerons à ces observations, peut-être un
peu sévères. On reconnaîtra sans peine qu'elles sont ins-
pirées par l'amour de l'art et par notre estime pour ceux
qui le cultivent. Feïrt.
I
i
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Les Fastes universels ^ ou Tableaux historiques ,
chronologiques et géographiques ; par M. Buret de
LONGCHAMPS (l).
Il n'est point d'homme studieux qui ne sente quelquefois
le besoin, et n'éprouve l'avantage de passer en revue, pour
les classer méthodiquement, les connaissances de toute es-
pèce qu'il a puisées dans ses lectures , et de jeter ensuite un
coup d'œil sur la carrière d'instruction qui lui reste encore
à parcourir. Ce n'est, en effet, qu'après avoir placé, en
idée, sous ses yeux, le Paronoma politique et moral de
l'univers ancien et moderne, que l'on peut espérer de saisir
(i) Les Fastes universels ^ ou Tableaux historiques, chronolo-
giques et géographiques , contenant , siècle par siècle , et dans des
colonnes distinctes, depuis les tems les plus reculés jusqu'à nos
fours : 1* l'origine, les progrès, la gloire et la décadence de tous les
peuples ; leurs migrations , leurs colonies , l'ordre de la succession
de leurs princes , etc. ; 2° le précis des époques et des événemens
politiques ; 3° l'histoire générale des religions et de leurs différentes
sectes ; 4" l'histoire de la philosophie et de la législation chez tous
les peuples anciens et modernes ; 5" les découvertes et progrès dans
Icsl sciences et dans les arts ; 6° et enfin , une notice sur tous les
hommes célèbres , rappelant leurs ouvrages ou leurs actions; pré-
cédés de trois grands Tableaux synoptiques , servant de sommaire à
l'ouvrage, et suivis de deux Tables alphabétiques contenant l'une
les noms d'hommes , l'autre les noms de choses , et présentant toutes
deux, par leur ensemble et par la manière dont elles sont conçues,
UN NOUVEL ART DE vÉHiFiER LES DATES; ouurage dédié au Roi.
Le prix de l'ouvrage est de 20 fr. par livraison (il y en a en tout
six), ou ae 126 fr. complet et demi - relié. On souscrit, à Paris,
chez Dondey-Dupré père et fils, imprimeurs libraires et éditeurs,
rue Saint-Louis , n» 4^; au Marais,
oi6 SCIEr^CES MORALES
au moins quelques anneaux de la grande chaîne qui lie
tous les êtres, comme tous les événemens dont ce monde
a été le théâtre; de suivre avec fruit la marche tantôt
progressive 5 tantôt rétrograde de l'esprit humain; d'ob-
server comment telles opinions, soit religieuses, soit phi-
losophiques, comment telles découvertes dans les sciences,
dans les arts utiles ou agréables, sont nées les unes des
autres, se sont ou consolidées ou détruites les unes par les
autres.
Ces grands tableaux synoptiques des connaissances hu-
maines, quelques hommes laborieux ont tenté plus d'une
fois de les offrir au public lettré. Mais bientôt, effrayés de
la difficulté qu'ils trouvaient à former un tableau général,
universel, ils se sont circonscrits , pour la plupart, dans le
cercle d'une seule science : les uns ont choisi, par exemple,
pour sujet de leurs tableaux, l'histoire politique des peuples;
d'autres, celle de la physique, de l'histoire naturelle, de
la chimie , etc. , etc.
Aucun auteur, si je ne me trompe, n'avait osé, avant
M. Buret de Longchamps, placer dans un seul cadre , non
seulement l'histoire politique, civile, législative de tous
les peuples du globe , mais celle de leurs sciences , de leurs
arts, de leurs mœurs, de leur esprit : c'est véritablement
là un ouvrage que l'on peut appeler athlantique. Je vais
essayer d'en donner une idée aux lecteurs.
J'observerai d'abord que le long développement , ajouté
par l'auteur à son titre de Fastes unU^erseis, était néces-
saire pour indiquer son vaste plan, et pour montrer, des
l'abord, en quoi son ouvrage diffère de tous ceux du même
genre, qui ont été publiés en divers tems et en divers pays.
Dans son Introduction , l'auteur fait l'énumération de
quelques-uns de ces ouvrages qui ne sont, pour ainsi
dire, que des parcelles du sien. Quelque incomplets qu'ils
ET POLITIQUES. ' 317
soient, ils ont jouT long-tems d'une estime mérilée à beau-
coup d'égards; et ils ne sont point encore sans utilité,
surtout dans les maisons d'éducation. Tel est, pour n'en
citer qu'un seul, et malgré les erreurs qu'on y a remar-
quées , cet Atlas, dont l'auteur a caché son vrai nom sous
celui de Lesage. Un autre ouvrage plus récent, dont l'objet
est A peu près le même, c'est cette Histoire gi\ tableaux,
que le savant Thouret avait préparée pour l'instruction
de son fds, et dont une partie seulement a été publiée jus-
qu'à ce jour. Ce sera aussi un livre très-utile, mais peut-
être trop élémentaire.
Cette Introduction des Fastes universels , sur laquelle
je crois devoir m'arrêter un moment, est écrite d'un style
plus fleuri que celui de l'ouvrage; et cela devait être. Ici,
l'éloquence n'était point déplacée; dans le reste du livre,
au contraire , il ne fallait que de la concision et de la clarté.
Si V Introduction a été tracée par la même plume qui a
écrit les Fastes , il faut convenir que l'auteur sait mer-
veilleusement varier les formes de son style, et je l'en
félicite.
Je choisirai, dans V Introduction f pour mieux faire con-
naître ce morceau très-remarquable , un passage où l'auteur
montre une rare modestie. « Le plan que j'ai suivi , dit-il ,
et que je considère comme la partie la plus importante
de mon ouvrage , n'est point entièrement nouveau , et , je
dois l'avouer, l'idée ne m'en appartient pas. Le chance-
lier Bacon, si étonnant pour son siècle, le conçut le pre-
mier; après lui, Bol3?ngbrocke le traça à ses contemporains;
enfin, d'Aguesseau, dont l'opinion doit faire autorité dans
cette matière autant que dans beaucoup d'autres, d'Agues-
seau le recommanda vivement j\ son fils; mais aucun de
ces grands écrivains ne songea à l'approfondir, à le dévc-
318 SCIENCES MORALES
lopper. C'est cependant beaucoup qu'ils m'en aient fourni
la pensée, et, je le répète, je ne puis témoigner trop de
reconnaissance à la mémoire de ces génies profonds qui
m'ont mis à même de sentir toute la majesté de ce plan,
d'embrasser toute son étendue, d'en calculer toutes les
difficultés, de m'en emparer, de le saisir , pour ainsi dire ,
corps à corps , et de l'assujettir à des règles fixes et im-
muables, d'après lesquelles sont venus se ranger, sans
effort, tous les événemens particuliers formant l'histoire
générale du monde. »
he premier tableau de l'ouvrage indique quels sont les
peuples qui ont successivement occupé toutes les contrées
de notre globe, tant avant que depuis l'ère vulgaire. Un
second tableau présente la division actuelle des cinq parties
de la terre ; un troisième ^ l'ordre successif des dynasties ,
des princes , des états, et les époques les plus mémorables
de chaque nation.
Ces tableaux préliminaires sont comme le prologue d'un
drame très-compliqué. Us servent à faire connaître le lieu
de la scène et les noms des principaux personnages qui
apparaîtront dans le vaste spectacle qui va se déployer
sous les yeux du lecteur. L'ouvrage ne commence donc
véritablement qu'avec les tableaux qui contiennent, dans
autant de longues et larges colonnes, les divisions sui-
vantes : 1^ èpènemens politiques ^ 1^ religions; 3* philo-
sophie ; 4* découpertes et progrès dans les sciences et les
arts ; 5** homm,es célèbres dans tous les genres. Ajoutez une
étroite colonne ^ qui se trouve toujours à la gauche du lec-
teur, et qui présente les dates des faits, quels qu'ils soient,
consignés dans les vastes colonnes à droite. Ce n'est pas ,
comme on voit, la colonne la moins utile ; elle procure au
lecteur le moyen d'avancer d'un pas sûr dans la longue
ET POLITIQUES. 319
série des siècles : il voit, sans recherches, sans efforts de
mémoire, rangés sur une môme ligne les événemens et
les hommes qui ont été contemporains.
Les premiers tableaux des Fastes sont consacrés aux
événemens des âges antérieurs au cinquantième siècle
avant Vère vulgaire^ c'est-à-dire antérieurs à la création
dumonde, si l'on s'en rapportait à la supputation des
livres hébreux , qui ne donne pas à l'univers six mille ans
d'existence. La première date que l'on trouve dans les
Fastes remonte à quatre millions d'années avant notre
ère; et l'auteur range sous cette date un assez grand
nombre d'événemens soit réels, soit fabuleux. Je n'ai pas
besoin sans doute d'avertir que, là, il s'est conformé à la
chronologie des brahmines, consignée dans leurs livres
dont la société anglaise du Bengale a publié des extraits.
De leur côté, les Chinois prétendent aussi avoir été gou-
vernés par des princes dont ils ont conservé même les
noms ( d'un grand nombre au moins ) pendant plusieurs
millions d'années. Leurs prétentions et leur histoire dans
cette haute antiquité sont également consignées dans les
Fastes j sans observations, sans discussion, ce qui étonnera
et scandalisera peut-être quelques lecteurs. Mais que pou-
vait faire notre auteur? devait-il, à l'exemple de ses devan-
ciers, supprimer les preuves que ces anciens peuples ont
ou croient avoir de leur longue existence , et torturer les
faits qu'ils rapportent, pour appuyer un système chro-
nologique , qui , bien qu'admis par tous les peuples de
l'Europe , n'est probablement pas plus vrai que ceux des
anciens habitans de l'Asie? N 'aurait-il pas, en agissant
ainsi, manqué aux devoirs d'un historien impartial? Au
reste, il explique très-clairement les motifs du parti qu'il
a cru devoir prendre, dans un paragraphe de l'introduc-
tion, que je me fais un plaisir de répéter ici.
\
320 SCIENCES MORALES
« Loin de regarder comme des fables plusieurs événe-
mens importans, parce que certains peuples les font re-
monter au-delà des époques que d'autres leur ont assi-
gnées, j'ai accueilli comme également vrais, ou, si l'on
veut^ comme également hypothétiques, les récits de tous
les peuples, soit anciens, soit modernes. Persuadé que
tant de documens divers, malgré leur incohérence , sont
du plus grand prix pour l'histoire, je n'ai point dû cher-
cher à les rendre conséquens entre eux , de crainte de
les altérer; enfin, je me suis reposé sur rintelligence
des lecteurs, du soin de placer beaucoup de faits d'un
genre incertain dans la classe des événemens de l'histoire
ou dans celle des dogmes de la religion. »
Ou ne pouvait se conduire avec plus de prudence, ni
s'exprimer avec plus de bonne foi. L'auteur n'empêche
point les juifs et les chrétiens de ne donner au monde
qu'une existence de six mille années au plus ; mais il
veut qu'on sache aussi que des peuples, très-anciennement
civilisés , comptent l'âge de ce monde par plusieurs mil-
lions d'années. Et en mêm.e tems il nous avertit , dans
la colonne qui a pour titre Découvertes , que Bérose et
Critodème faisaient remonter à A8o,33A ans, Cicéron
à ^70,000 ans , Diodorc à 473,o4o ans avant Alexandre,
l'époque à laquelle doivent avoir été faites les premières
observations des astronomes rassemblés dans les plaines
de la Ghaldée. « Pour les mieux conserver ( ces observa-
lions), dit-il encore, ils les faisaient écrire sur des tuiles ou
briques. Ils avaient découvert le système du monde qui
place le soleil au centre de l'univers, et que Copernic
n'a démontré aux savans modernes que dans le xvi^ siècle
de notre ère. »
L'auteur a d'autant mieux fait de rapporter, sans se
prononcer pour aucune, les diverses opinions dos peuples
Eï POLITIQUES. 321
sur l'âge du monde, que les discussions sur celte question
assez importante vont probablement se renouveler avec
chaleur , lorsque nos savans auront sous les yeux le cé-
lèbre monument astronomique, que l'on a détaché d'un
temple de Denderah, en Egypte, et que l'on transporte
en ce moment à Paris. Peut-être jaillira- 1- il quelque
vérité du choc de tant d'opinions contraires. Je n'ose pour-
tant l'espérer : la question me paraît, comme tant d'autres,
insoluble. La géologie seule pourra, et par les observa-
tions qu'elle a déjà faites, et par les découvertes qu'il
lui est réservé de faire , non pas fixer avec précision l'âge
du monde , mais rendre de plus en plus vraisemblable
l'hypothèse qui tend à ne faire considérer que comme le
commencement de la plus récente des périodes de l'his-
toire de la terre, l'ère de 6,000 ans à laquelle on voudrait
rapporter sa création. Elle ne fut pas sans doute créée à
cette époque; mais, après une grande révolution, sem.
blable à beaucoup d'autres qu'elle avait déjà éprouvées,
elle recommença à exister sous une forme peut-être très-
différente de l'ancienne.
C'est avec un vif intérêt que j'ai parcouru, dans les
Fastes universels ^ les colonnes réservées aux diverses
religions et à la philosophie. Là se déploie la longue série
de tous les systèmes, tant théogoniques que cosmogoniques,
qui ont été adoptés par les peuples les plus anciens ,
même par des peuples qui ne sont plus. Cette partie de
l'ouvrage a exigé de longues et pénibles recherches. Mon
seul regret a été de n'y pas trouver l'indication des sources
où l'auteur a puisé. Mais je sens que, dans un ouvrage
de ce genre , où une extrême concision est rigoureusement
commandée^ où l'espace manque presque toujours, même
pour l'exposition des faits les plus importans^ il faut,
TOMKXI. •' 21
322 SCIENCES MORALES
malgré soi, s'interdire non seulement les citations, mais
l'indication des autorités sur lesquelles on s'appuie.
De ces^tems si reculés, de l'existence desquels il ne
reste de vestiges que dans les livres sacrés des plus an*^ |
ciennes nations et dans quelques passages de philosophes !
grecs et latins, l'auteur descend graduellement à un âge
on peu moins obscur peut-être , et qu'il appelle Vdge
d*Adam.Cti âge, qui comprend une période de vingt siècles,
est suivi d'un autre âge qui ne comprend que dix siècles,
et qu'il désigne par le nom à^âge âf Uranus. Dans ces
deux grandes périodes , on trouve la formation et l'origine
des arts, d'après les livres des Hébreux, et aussi toute
l'histoire grecque des tems dits fabuleux. On sent bien
que, dans ces tableaux, les colonnes qui, dans les Fastes,
sont réservées à l'histoire des différens pays de l'Europe
septentrionale, doivent présenter aussi peu de faits que de
iK)ms. Ces parties éloignées de l'Europe ne figuraient
point encore sur le théâtre du monde. Les druides avaient
bien leurs fables antiques comme les prêtres des autres
peuples; mais ils n'écrivaient rien , et il ne nous est par-
renu de leur doctrine , et de l'histoire des pays où ils ont
exercé si long-tems une puissante influence sur l'esprit
des hommes , que des notions vagues et incertaines. Ce-
pendant on distingue, dans les colonnes de l'ouvrage con-
sacrées au pays du nord, quelques noms de demi-dieux,
ou rois , ou chefs, dont l'auteur a cru pouvoir placer
l'existence entre les vingtième et quinzième siècles avant
l'ère vulgaire.
Passons avec l'auteur aux tems héroïques. Ici , l'on
commence à découvrir , au milieu de l'entourage brillant
des fables, quelques vérités historiques. Les grands capi-
taines sont encore des fils de dieux, de déesses, de nym-
ET POLITIQUES. 323
phes ; mais ils se conduisent en hommes : leurs actions
n'ont rien que d'humain, que de très-naturel. Le siège de
Troie, par exemple, n'était qu'un événement très-ordi-
naire, et aurait à peine mérité d'être consigné dans l'his-
toire, si, plus de deux siècles après, le premier, le plus
grand des poètes , ne l'eût illustré dans ses vers impéris-
sables, s'il ne l'eût giganlesquement agrandi par d'ingé-
nieuses fictions. A dater de ce mémorable siège , toute la
chronologie devient moins incertaine; on marche avec
plus de sécurité dans le champ de l'histoire. Aussi, l'auteur
des Fastes est-il obligé de placer un bien moindre nom-
bre de siècles dans chacune des grandes périodes dans
lesquelles il a divisé l'histoire générale, souvent même de
consacrer une ou plusieurs des grandes pages de son ou-
vrage au tableau d'un seul siècle.
Je ne saurais quitter Homère sans rapporter ce que notre
auteur dit de \di philosophie de ce grand poète. Il est plus
d'un lecteur qui sera surpris d'apprendre que le chantre
d'Achille avait aussi sarphilosophie. Mais écoutons M. Bu-
ret de Longchamps.
0 Homère ne doit pas être regardé seulement comme
le premier des poètes, comme le patriarche de la litté-
rature en Europe; la philosophie et la profondeur de ses
ouvrages en ont fait le législateur de la Grèce, et, pour
ainsi dire, le régulateur de la religion et de l'opinion de plu-
sieurs siècles. Instruit par ses longs voyages dans la légis-
lation des peuples les plus célèbres d'alors, lui seul nous
en a transmis les mœurs, les institutions et les usages:
initié dans les mystères religieux, il nous en a conservé
les principes: c'est là qu'il avait appris qu'au-dessus de Ju-
piter, le maître des dieux, il y avait un être encore plus
grand , le Destin : c'est là qu'il avait appris à développer
cette opinion qui , dans l'antiquité , était le partage du
21 *
Wv SCIEiNCES MORALES
petit nomlre, et qui faisait partie des secrets que l'on com-
muniquait aux seuls adeptes, que le Destin était un être
éternel, immatériel, incorporel, supérieur à'tous les dieux
de l'Olympe; que ces dieux avaient une commune origine
avecles hommes , et qu'ils ne pouvaient remplir l'idée de
la divinité. C'est d'après ces connaissances adoptées pdr
les sages d'alors , qu'Homère a attribué au Destin que les
philosophes adoraient en secret, à cet être indéfini , cette
suprématie sur tous les autres dieux auxquels le peuple
adressait ses vœux et ses plaintes , mais qui n'étaient que
des images symboliques pour satisfaire les idées du vul-
gaire, » etc. , etc. Je regrette de ne pouvoir citer lotit le
morceau qui est beaucoup plus long. En le lisant, j'ai
de nouveau éprouvé le regret que l'auteur n'ait point indi-
qué ses autorités. Bien des lecteurs auraient désiré , sans
doute, pouvoir recourir aux ouvrages où l'on appuie,
par des preuves, des raisonnemens qu'il serait dilïicile
d'adopter aveuglément, sur le seul exposé de l'auteur des
Fastes universels. Mais, comme je l'ai dit, la difficulté
de se renfermer en un seul volume devenait insurmon-
table; et, ce qui me ferait croire que l'auteur a eu primi-
tivement l'intention de révéler ses autorités, c'est qu'il
les indique, mais uniquement en ce qui regarde les points
les plu sbscurs et les plus sujets à contestation, et seule-
ment dans les premiers siècles, dont l'histoire est le plus
remplie de conjectures.
Dans les deux siècles qui suivent les tems héroïques ,
on voit se former divers états qui, peu après, jouent un
grand rôle sur le théâtre du monde; et Lacédémone , et
Carthage, et Rome, etc. Quelques fables accompagnent
encore le récit des événemens ; mais, peu à peu , la rai-
son, la philosophie viennent éclairer les peuples; et les
arts, en les adoucissant, leur apportent le bonheur, le goût.
i
ET POLITIQUES. 325
des plaisirs calmes : la civilisation se pecfeclionne. Bien-
tôt après, la plupart des peuples qui, d'abord, avaient
été gouvernés par des rois , choisissent des régimes qui
donnent à la nation plus ou moins de part au pouvoir.
Athènes adopte la démocratie pure ; Rome , une sorte de
gouvernement républicain , où l'aristocratie a la plus forte
part.
Mon dessein n'est pas de marcher, avec l'auteur des
Fastes, de siècle en siècle, même jusqu'à l'époque qui
sépare l'histoire ancienne de l'histoire moderne, quoique
j'aie sous les yeux toute cette partie importante de son
ouvrage; je craindrais de prolonger cet article outre me-
sure. Ce serait d'ailleurs une tâche, je ne dis pas diffi-
cile, mais impossible dans un extrait, que de porter l'atten-
tion du lecteur, comme le fait l'auteur des Fastes j dans
ses immenses tableaux, sur vingt peuples à la fois. Les
moins fameux comme les plus célèbres, tous y comparaissen t
ensemble avec leurs arts, leur législation, leurs chefs, leurs
hommes célèbres : les Grecs et les Romains, comme les
Juifs elles Egyptiens; les Indiens, les Chinois, comme
les Gaulois et les peuples du Nord.
Mais , lorsque les tableaux de VHistoire moderne^ qui
sont déjà imprimés, seront livrés au public, je me propose
de continuer l'examen de ce grand et important ouvrage.
Je le répète, si j'ai parcouru avec intérêt, dans les
Fastes^ l'histoire politique de tous les peuples anciens, j'ai
été encore plus satisfait de l'histoire de leurs religions , de
leur philosophie, de leurs découvertes dans les sciences et
les arts. C'est dans cette partie de son ouvrage, qui con-
tient tant de recherches et de si justes observations, que
l'auteur m'a paru très-supérieur à tous ceux qui l'ont pré-
cédé dans la même carrière; et je ne suis plus surpris que
326 SCIENCES MORALES
cet ouvrage sqit le résultat de trente années d'études et de
travaux.
Il y aurait de l'injustice à ne pas donner, en finissant,
aux éditeurs des Fastes universels , les éloges qu'ils ont si
bien mérités. Ce n'était pas chose facile^ non seulement
d'imprimer avec exactitude ces immenses colonnes de pe-
tit-texte qui se déploient sur quatre à cinq pieds de largeur,
mais il fallait être , de plus, instruit, érudit même, pour
ranger convenablement, et à leur place, les innombrables
chiffres des dates , etc. , etc. L'impression d'un pareil ou-
vrage exigeait autant de connaissances en littérature que
de talens dans l'art typographique. L'auteur a trouvé tout
cela dans MM. Dondey-Dupré, père et fils, à qui l'on doit
déjà un grand nombre d'éditions, aussi belles que correctes,
d'auteurs tant anciens que modernes, d'ouvrages tant na-
tionaux qu'étrangers (i).
Amaurt-Duval, de rinstitut.
\
^/VWW/VKXWMMVWy/VWt
L'Italie , par lady Mobgân , ouvrage traduit de
i^ anglais (2).
L'Italie, après avoir été humiliée par des conquérans,
s'est trouvée souvent exposée aux injures de voyageurs
injustes ou inconsidérés. Plus les uns s'étaient attachés
à l'avilir et à la déchirer, plus les autres ont paru se
plaire à lancer contre elle leurs traits satiriques et ca-
(0 Une partie de Ja belle Collection des classiques latins, de
M. Lbmiibb ;la Collection des Moralistes français de M. Chasséhuc;
les belles éditions des Classiques italiens (Dante, Pétrarque et
Michel- Ange Buonarroti), de M. Biacioli^ etc. etc.
(2) Paris, i8n. 4 vol. ia-S». Pierre Dufart, libraire , quai Vol-
taire, n» 19. Prix, 30 fr.
ET POLITIQUES. 327
lomnieux. A la vérité, l'état moral de cette péninsule,
comme celui de bien d'autres pa3'^s, n'est guère propre
à bien disposer en sa fayeur. Mais une apparence grossière
et presque barbare ne devrait pas dérober à la vue de
l'observateur attentif des qualités plus ou moins remar-
quables 5 qui mériteraient d'être mieux appréciées.
Malheureusement, plusieurs obstacles s'opposent à ce
genre d'observations. L'intervalle immense qui sépare la
dernière classe des classes civilisées ; le peu d'intérêt
qu'ont les hommes éclairés à faire étalage de leur esprit,
le défaut général de communications et de relations so-
ciales habituelles , inconvéniens auxquels des causes
politiques donnent encore plus de force, rendent fort dif-
ficiles l'examen et l'appréciation du caractère national ,
surtout pour des observateurs prévenus ou impatiens.
Nous nous réjouissons cependant que des étrangers
plus judicieux et plus équitables commencent enfin à
mieux juger l'Italie , et à lui reconnaître assez de titres
pour lui accorder l'estime qu'elle mérite. Dans ce nombre,
on doit compter lady Morgan, Elle a voulu connaître
l'état politique et moral de l'Italie. L'aspect topogra-
phique ou géologique de ce beau pays, les antiquités et
les monumens qui le décorent, tous ces objets qui char-
ment et qui occupent exclusivement la plupart des voya-
geurs, elle les néglige ou les considère seulement dans
leurs rapports avec le but qu'elle s'est proposé. Ce but est
de signaler les progrès que , malgré tant d'obstacles, l'Italie
vient de faire dans la civilisation , et la tendance qu'elle
montre vers un degré de perfection encore plus élevé ; et
c'est sous ce point de vue qu'il faut envisager le voyage
dont il s'agit. Bornés principalement à cet objet, nous
allons indiquer quelques traits qui suffisent, selon nous,
328 SCIENCES MORALES
pour faire connaître le mérite de l'ouvrage et l'esprit de
l'auteur.
Lady Morgan, avant de passer les Alpes, croit nécessaire
de rappeler ce que l'Italie et surtout la Lombardie étaient
autrefois. Elle se souvient de cet esprit de liberté qui ré-
sista de si bonne heure à la tyrannie féodale, et qui porta
le premier coup à l'influence étrangère, sous les empe-
reurs d'Allemagne; de cet esprit qui affranchit l'Italie ,
qui fonda ses glorieuses républiques et cimenta cette al-
liance sacrée des citoyens libres, la ligue de Lombardie,
la merveille de cet âge, lo. grande charte de l'Europe mé-
ridionale. De semblables souvenirs se réveillent encore à
l'aspect de Rome, de Venise, et surtout de la Toscane, où
la liberté fît plus de progrés. Lady Morgan s'occupe d'en
signaler les traces, et d'en contempler les monumens qui
ont été respectés par le tems, et qui semblent reprocher
aux Italiens leur dégénération. Tout ce qu'ils ont produit
de grand dans les sciences, dans les arts^ dans toutes leurs
entreprises, n'est, à ses yeux, que le résultat du même
principe, la liberté; le xvi* siècle même, et surtout sa
première moitié , que l'on regarde comme Vâge d'or de la
littérature italienne, n'est dû, dit-elle, qu'à l'influence du
siècle précédent.
Le souvenir de ces anciennes époques de splendeur
pour l'Italie fait ressortir encore davantage sa dégrada-
tion postérieure. Notre auteur croit reconnaître les causes les
plus actives de sa nouvelle situation dans les contestations
des papes et des empereurs , et surtout dans sa division en
plusieurs petits états indcpendans. Quoique, depuis Ma-
chiavel, ces observations aient été souvent reproduites ,
lady Morgan sait les présenter d'une manière si appro-
priée aux circonstances, qu'elle leur donne un nouveau
degré d'intérêt.
ET POLITIQUES. 329
Ceux qui, après les papes , ont le plus concouru à la
division et à l'avilissement de l'Italie, sont les Médicis. .
Le tableau que lady Morgan a tracé de l'ambition , des
intrigues et de l'influence de cette famille , est un des
morceaux qui caractérisent le mieux l'esprit de l'auteur
et de son ouvrage. On est tenté de regarder ce qu'elle en
dit comme incroyable , ou du moins comme exagéré ,
malgré les autorités dont elle appuie ses récits. « Des
parricides, des infanticides, les meurtres du palais Pitti ,
le massacre de la Saint-Barlhélemy, l'assassinat des Strozzi,
le martyre de Henri IV, et d'autres atrocités plus dé-
goûtantes, quoique moins cruelles, remplissent les inter-
valles qui ne sontpoint occupés par le sang et la mort (i).»
Les vertus imposantes de Côme, surnommé le père de la
pairie ) les qualités brillantes de Laurent-le-Magnifique,
loin d'effacer leurs crimes politiques, sont, aux yeux de
notre auteur, une nouvelle preuve de leur hypocrisie. Ils
ont fait servir des apparences trompeuses à trahir leurs
concitoyens, à corrompre le peuple, à subjuguer leur
patrie. Préoccupée de ce genre de préventions , lady Mor-
gan reconnaît la même hypocrisie héréditaire , dans l'acte
par lequel le dernier rejeton de cette famille, le grand-
duc Gaston , légua , dit-on , à sa nation la liberté que ses
ancêtres avaient pendant si long-tems usurpée.
Lady Morgan n'oublie pas non plus , au milieu de
Rome , la mémoire des papes ( et surtout celle de Gré-
goire VII ) , qui ont le plus élevé leur puissance sur les
ruines de la pauvreté évangélique. Elle rend plus piquantes
encore les idées de Giannone et de ses disciples, par cet
esprit de liberté qu'elle emprunte à son siècle et à sa
nation.
"" '" ' ■ .. I ■ mil ^|>^ , III. u I
(0 T. III, page 6.
330 SCIENCES MORALES
En traversant le palais des princes d'Esté, à Ferrare,
elle rappelle qu'il contenait jadis des cachots où périssaient
les partisans de Calvin , et un théâtre où l'on jouait les
drames de l'Arioste, du Tasse et du Guarini. « C'est là,
dit-elle, que Lucrèce Borgia, dont la vie et le nom ont été
consacrés à l'infamie, tenait ses coteries savantes, et que
la nouvelle convertie, Renée de France, assemblait ses
comités réformateurs, en dépit de son époux orthodoxe.
A chaque pas que nous faisions dans ces corridors sans fin
et dans ces passages humides, les images de l'Arioste, du
■ Tasse , d'Eléonore , semblaient presque flotter devant
nous (i). » Du palais des Alphonse et des Hippolyte ,
lady Morgan passe à l'humble et précieuse demeure de
l'Arioste, et de là à l'hôpital Sainte-Anne, où existe encore
ce monument consacré à la gloire du Tasse et à l'ignominie
de son patron , cette cellule humide, entourée de murailles
hautes et noires, éclairée seulement par une petite fenêtre
grillée. Lady Morgan, ainsi que beaucoup d'autres voya-
geurs, assure que cette triste demeure produit, sur ceux
qui la contemplent, une émotion et une sorte de suffoca-
tion qu'on ne peut long-tems supporter. Les poètes cher-
cheraient des mécènes avec moins d'ardeur, s'ils visitaient
cette cellule avant de faire leurs dédicaces.
A ces tristes et fréquens souvenirs que lady Morgan
nous retrace, on soupçonnera peut-être qu'elle hait l'au-
torité légitime , plus encore que les princes qui en ont
abusé. Ce soupçon nous paraît injuste, car elle ne néglige
point de rappeler les bonnes qualités de quelques-uns
d'entre eux. Est-ce sa faute, si l'occasion s'en présente
rarement ? Elle nous peint Joseph II comme un prince
qui, malgré une éducation royale, n'était pas fait pour
■*— ^ Il __ ■■!! -n
(0 T. III, page 353.
ET POLITIQUES. 331
jouer le rôle insignifiant d'un souverain de parade, mais
qui eut le malheur d'être placé à la tête d'une nation sans
lumières et sans énergie, pour laquelle sa philosophie
était trop avancée et ses vues trop élevées. « Les actes du
gouvernement de ce prince qui ont excité le plus d'ani-
mosité, dit notre auteur, sont ceux qui prouvent le mieux
son humanité et sa sagesse... Et, quoique, par ces actes,
le pouvoir se concentrât dans les mains du monarque , ils
laissaient du moins l'espoir de voir bientôt s'élever sur ces
bases un gouvernement libre (i). »
Les mêmes éloges sont consacrés à Léopold, son frère,
plus prudent ou plus heureux que lui. Il fit un code cri-
minel , et les crimes cessèrent ; il établit un système
d'économie intérieure, et le revenu augmenta ; il abolit la
peine capitale, et, pendant quatre mois, les prisons de
Florence ne renfermèrent pas un seul prévenu (2). Lady
Morgan rappelle aussi ce fait si remarquable qui carac-
térise mieux encore ce prince philosophe, et qui mériterait
surtout d'être imité. On lui avait prouvé qu'un prisonnier
accusé était innocent; il avait promis de le faire mettre
en liberté le lendemain; mais, incapable de dormir avec
le poids d'une injustice sur le cœur, il se leva au milieu
de la nuit et fit délivrer le prisonnier. Ce qui honore sur-
tout la mémoire de Léopold, c'est l'opinion qu'il a laissée
aux Florentins, qu'il avait l'intention d'établir un gouver-
nement constitutionnel ; lors même que cette opinion ne
serait pas entièrement fondée, elle ferait encore son plus
grand éloge.
, De tels souvenirs tempèrent sans doute l'horreur que
d'autres récits de lady Morgan peuvent inspirer pour les
(1) T. IV, page 395.
(0 T. III, page 18.
332 SCIENCES MORALES
prinoes iiivesiis du pouvoir absolu. Elle juge avec le
même esprit les qualités extraordinaires de Bonaparte
lui-même; en admirant ses travaux, elle ne cesse point
de lui reprocher l'oubli de ce qu'il aurait dû faire. « Celui,
(lit-elle, qui a nivelé des montagnes, détourné des iorrens,
qui a fait plus enfin que mille siècles de domination féodale,
de toutes les œuvres qu'il lui était possible d'achever , a
laissé la plus noble en arrière (i). » Ailleurs, en rappelant
la réorganisation du royaume d'Italie , elle ne manque
pas d'observer que tout lui fut accordé,^ hors V indépendance.
« Les arts, les sciences, les manufactures reçurent une
impulsion nouvelle ; et tout ce qui a nécessairement amené
la liberté de là presse, continuait de fleurir, au moment
où cette liberté était enlevée. Ce sont de telles inconsé-
quences qui ont fait que Napoléon est demeuré un demi-
grand liomme ^ et qui le font voir s'efforçant de perfec-
tionner son brillant despotisme par des moyens qui con-
duisent naturellement les peuples à la liberté. Après tout
ce qu'il a fait, il reste comptable envers la postérité pour
avoir retardé la grande cause de l'émancipation hu-
maine (2). »
Lady Morgan présente avec la même franchise l'état du
peuple, à mesure qu'elle parcourt les diverses provinces
de l'Italie. C'est le résultat de ce nouveau genre d'obser-
vations, qui, plus que toute chose, est propre à caractériser
les qualités des princes et l'influence des gouvernemens.
Elle ne se laisse point imposer par l'aspect magique de la
péninsule; au contraire, ce beau spectable la rejette dans
ses tristes réflexions. L'aspect de la nature, dit-elle , offre
partout les bienfaits de la providence ; et, dans tous les
(0 T. I, page 48.
(2) T. I , page 320.
ET POLITIQUES. 333
lieux où les hommes sont rassemblés, on voit des marques
de la perversité des systèmes qui rendent ces bienfaits
inutiles. Des villages ruinés ou des villes tristes et dépeu-
plées contrastent sans cesse avec un ciel brillant et pur,
un sol toujours riche et abondant (i).
Le tableau de l'état de l'Église et de Rome est
peut-être le plus affligeant de tous ceux que l'auteur
a tracés. Elle confirme , en y ajoutant encore , ce que
M. Bonstetten avait déjà remarqué sur le Latium, La
magnificence des monumens anciens et modernes qui or-
nent la ville de Rome , les grands souvenirs de sa pre-
mière et de sa nouvelle puissance, la pompe des fêtes et
des cérémonies religieuses , les musées même, les biblio-
thèques et les académies sont pour elle autant d'indices
de la dégradation actueUe du peuple.
Nous ne pouvons suivre lady Morgan dans tous les
détails où elle a cru devoir entrer. On dirait souvent,
d'après les tableaux qu'elle a tracés de ce beau pays ,
qu'il n'est que le triste séjour de la superstition, de la
féodalité et de l'esclavage. Mais, loin de s'en prendre au
peuple de la dégradation à laquelle il est condamné, elle
s'élève toujours contre les vrais auteurs de sa décadence
et de sa misère. Elle n'épargne pas même le gouverne-
ment anglais, lorsqu'elle reconnaît les traces funestes de
son influence. Ainsi, au souvenir des malheurs que cette
influence a fait subir aux Napolitains , aux Toscans, aux
Génois, aux Français, elle s'écrie : « Concitoyens de Alilton,
de Newton et de Locke, c'est ainsi que votre nom glo-
rieux, que vos honorables richesses ont été prostitués, à
diverses époques, pour soutenir la cause de la tyrannie et
de la superstition ! ['2) O terre des Russels et des Hemp-
(i) T. II > page iS3.
(.) T. ]II,pag. 37.
S3A SCIENCES MORALES
dens, faut-il que cela vienne de toi (i)» ! Ailleurs, eh con-
templant le sort des Génois dont elle regarde la ville comme
la Parga de l'Italie, l'indignation, dit-elle, qui murmure
sur toutes les lèvres italiennes^ se mêle à l'expression
d'un mépris profond pour une nation qui ne sait pas voir
dans l'asservissement des autres peuples le présage cer-
tain de la perte de ses propres libertés (2). »
Heureusement, au milieu de tant de, maux que les
derniers événemens ont produits dans l'Italie, notre auteur
trouve encore beaucoup de motifs de consolations. Parmi
la foule de mendians, d'ignorantins , d'antiquaires, de
versificateurs; parmi les barons, les sbires, les douaniers
de l'industrie et de la pensée , elle rencontre partout
beaucoup de philosophes , de publicistes , de patriotes ;
et, à travers les ténèbres de l'ignorance et de la supersti-
tion , elle aperçoit les indices d'une réforme déjà plus
avancée qu'on ne pense. La force du génie de la nation et
l'impulsion que les circonstances lui ont communiquée, lui
ont donné une direction qu'on s'efforcerait en vain d'arrêter
ou de détourner. Selon lady Morgan, une distribution
plus générale des propriétés, l'éducation publique tota-
lemient changée, les lycées substitués aux monastères ,
l'activité de l'existence militaire succédant* aux habitudes
voluptueuses et indolentes auxquelles la jeunesse était
autrefois condamnée, les sciences libéralement encou-
ragées et cultivées avec ardeur, l'ancienne superstition
frappée de ridicule par la mode aussi bien que par la phi-
losophie, ont séparé les fils des pères , par une distance
morale que la seule différence d'âge n'aurait jamais établie.
(1) T. III,pag. 45o.
(2) T. H, pag. i4i.
ET POLITIQUES. 335
Lady Morgan nous assure que les descendans des Visconti,
des Trivulzi, des Ubaldi, des Lambertenghi, des Litta,
des Borromeo, des Caraffa, noms si fiers et si féodaux,
que l'on voit si souvent opposés les uns aux autres dans
l'histoire de l'Italie, se sont unis pour répandre chez leurs
concitoyens ces lumières autrefois soigneusement écartées,
et que leurs pères eux-mêmes auraient rejetées comme
dangereuses pour l'ordre social(i). Notre auteur cite encore
avec honneur les noms des Pareto et des Serra, les der-
niers des Génois ; il est à désirer qu'en mentionnant ces
vertueux philantropes , loin de les exposer à la haine et à
la persécution des fauteurs de l'ignorance et de la servi-
tude, on parvienne à convaincre ceux-ci ; que tous leurs
efforts, au lieu d'arrêter la tendance générale des peu-
ples, ne serviraient qu'à l'accélérer et à la développer
davantage.
Nous ne discutons point la justesse de ces observations
et de ces présages; mais nous ne pouvons nous empê-
cher de remarquer ici que lady Morgan ne garde aucim
ménagement avec ses adversaires , quels que soient leur
rang et leur autorité. Il se peut que ce ton puisse paraître
indifférent ou même agréable à des Anglais habitués à ce
genre de liberté, surtout lorsqu'il est employé par un sexe
à qui l'on accorde quelque privilège ; mais nous pensons
toutefois qu^au lieu d'être utile, il peut nuire beaucoup à
la vérité.
Jusqu'ici, nous nous sommes bornés à indiquer le sujet
de l'ouvrage et à montrer le point de vue sous lequel
-l'auteur l'a envisagé; nous ne pouvons nous dispenser
maintenant de remarquer quelques inexactitudes que lady
Morgan aurait dû éviter avec plus de soin, et qui tiennent
(i) T. I, pag, 356.
336 SCIENCES MORALES
souvent de trop près à l'histoire du tems et du pays pour
être regardées comme indifférentes.
D'abord, presque tous les passages des auteurs italiens
sont dénaturés, et la fréquente altération des noms propres
des personnes et des lieux induit le lecteur peu attentif à
les confondre ou à les méconnaître. Ainsi, on prend le
Novarese pour la campagne de Nopi (i); Bonfaldeo pour
Bonfadio (2); la Bandelletta, de Parme, pour la BandeC-
tini, de Lucques(3); Clotilde Tamborini pour Cl. Tam-
hroniy \t% Scaglieri "^onv \es Scaligeri', les Lyns pour les
Linc^i^ etc. Ce sont, peut-être, des fautes du copiste, du
typographe ou du traducteur. Mais, que deviendrait l'his-
toire où de telles méprises seraient fréquentes?
, On appelle quelque part trecenti les trecentisti, et, ce
qui pis est, on les prend pour les auteurs du treizième
siècle (A). On sait que les trccentisti sont, pour les Ita-
liens , les écrivains du quatorzième siècle , ainsi que les
secentisti sont ceux du dix-septième. Ailleurs , l'auteur
fait mourir Galilée dans la disgrâce de son souverain. (5) ;
ce qui est une erreur. Les Médicis ne pouvaient résister à
l'autorité de la cour de Rome et de l'inquisition ; mais ils
ne cessèrent de chérir et de protéger Galilée jusqu'à la fin
de ses jours, et de le regretter après sa mort. Il semble
encore qu'on attribue quelquefois à un individu des qua-
lités qui appartiennent à un autre du même nom.
De pareilles inexactitudes se rencontrent aussi dans ce
qui concerne l'histoire littéraire de notre tems. Lady Morgan
(1) T. II,pag. 58. I
(2) Ihid.^ pag. ii5. , ^
(5) Ibid., pag. 179.
(4) Ibid. , p. 02.
(5) Ibid. , p. 292.
ET ï»OLITIQUES. 337
célèbre souvent des auteurs et des ouvrages d'un raérite
supérieur ; mais pourquoi prodiguer les mêmes éloges à
des littérateurs et à des livres plus ou moins médiocres P
L*abbé Vélo, de Vicence, et non pas de Parme, comme le
dit lady Morgan , est compté parmi les plus élégans prosa-
teurs italiens {i). Plusieurs autres auteurs, encore vivans,
sont traités avec la même indulgence. Est-ce là de la cri-
tique ou de la politesse ?
Sans discuter ici quelques-unes des théories littéraires
de lady Morgan, nous nous contentons de remarquer que
souvent on ne peut lui accorder les faits qu'elle y rapporte.
'^Je me borne à citer, par exemple, ce qu'elle dit des
romantiques et des classiques de l'Italie (2). Elle les re-
garde comme les guelfes et les gibelins de nos jours. Nous
convenons, avec notre auteur, qu'il y a quelques rapports
entre les principes littéraires des romantiques et les prin-
cipes politiques des constitutionnels; mais nous ne pou-
vons lui accorder que les classiques ne soient que des gi-
belins. Tous les guelfes , en commençant par Crescenzi et
par Cola Rienzi , n'ont fait que rappeler et imiter les mo-
dèles de l'antiquité, les Grecs et les Romains, leurs an-
cêtres. Heureux, si leurs descendans ne les eussent pas en-
tièrement oubliés! L'abbé Genovesi, plus juste appréciateur
des anciens, recommandait sans cesse l'étude du latin
à ses élèves, parce que cette langue, disait-il, conserve
encore les traces et les souvenirs de cette liberté que l'on
a perdue. Lady Morgan a donc fait tort aux classiques qui
peuvent ne point partager toutes les idées des romantiques,
en matière de goût, mais qui ne chérissent pas moins
qu'eux la liberté et l'indépendance.
(1) T. II , pag. 179.
(2) T. III, pag. 116.
Tome xii. 22
338 SCIENCES MORALES
Toutefois, il ne faut pas juger l'ouvrage que nous exa-
minons, sur de telles assertions. L'auteur ne se donne
point pour antiquaire ou pour littérateur; et, quoiqu'elle
s'occupe souvent de littérature et d'antiquités, elle ne cesse
de répéter que son objet principal est l'histoire politique
de nos jours. Bornons donc là nos dernières remarques.
Lady Morgan, en rappelant les premiers mouvemens \
révolutionnaires qui se manifestèrent dans la Lombardie ,
après l'invasion des Français^ avance qu'il fut débattu un
moment dans le conseil , si l'on ne sacrifierait point le
dôme de Milan , regardé comme un foyer de superstitions
populaires (i). Ce conte est entièrement faux; ces idées
de vandalisme ne sont jamais entrées dans la tête des pa-
triotes lombards , ni des gouverneurs de Milan. Ce n'est
qu'une calomnie qui fut débitée pour les dénigrer, mais
qui n'eut point de cours, et que l'on n'aurait pas dû rap-
porter comme un fait avéré.
Lady Morgan nous entretient aussi du fameux ballet du
pape , qu'on exécuta, en 1797 , sur le grand théâtre de la
Scala , à Milan, et semble en attribuer la composition à
celui (Lefèvre) qui n'en fut que l'exécuteur, et qui, à
cette occasion, fut l'objet de beaucoup de persécutions.
Mais, un fait qu'elle ne dit pas, bien qu'il mérite d'être
connu, c'est que l'ordre d'exécuter ce ballet fut donné
par le général Kilmaine , commandant la Lombardie , au
nom du général en chef Bonaparte , qui marchait alors
vers Laybach.
Quant à l'esquisse que lady Morgan donne des événe-
mens arrivés à Naples , sur la fin du siècle dernier , elle
semble n'avoir eu pour guide que Cuoco, auteur de VEs-
' #■ Il ,. . I II . . ..I . . I ■ ■ ■
^ (,) T. I, page 164.
ET POLITIQUES. 339
f^ai sur la résolution de Naples j et cet écrivain n'est pas
toujours aussi exact dans les faits qu'il est prodigue de ré-
flexions. En général, lady Morgan n'a pu tout voir de ses
propres yeux; elle s'en est trop souvent rapportée à des
témoignages , qu'elle n'a pas, ce nous semble, suffisam-
ment examinés. Ainsi, elle dit que les galériens de Gênes
portent des chaînes où est gravé le mot libertas (1). Ce
mot ne se trouvait que dans les armoiries de la république.
Rousseau fut le premier qui donna cours à ce conte. Du-
paty l'a répété, ainsi que d'autres voyageurs qui se sont
crus en droit de parler de ce qu'ils n'avaient pas vu.
Depuis quelque tems, les Carbonari sont devenus un
objet d'importance pour quelques cabinets , et un objet de
curiosité pour le public. Lady Morgan ne les a point ou-
bliés. Mais ce qu'elle en dit , est-il assez constaté ? Les
Carbonari, loin d'être protégés, sous le gouvernement de
Murât, comme elle l'avance (2) , furent sans cesse persé-
cutés , surtout dans la Calabre et dans les Abruzzes. On
les regardait, à cette époque, comme une association fon-
dée et dirigée par les ennemis des Français. Peut-être ,
ceux même qui maintenant les persécutent le plus , ne se
firent-ils alors aucun scrupule de les faire servir à leurs vues.
Qu'il me soit permis de faire encore une observation.
Dans le cours de son voyage, lady Morgan semble avoir
cherché tout ce qui peut honorer l'Italie et présenter un
air d^opposition à la féodalité ou à la superstition de l'Eglise
romaine. Mais pourquoi a-t-elle oublié les Vaudois du
Piémont, cette antique population qui a conservé la pureté
de la doctrine évangélique de ses pères, au milieu des
persécutions les plus atroces? Elle devait, au contraire,,
(i) T. II, pages 66 et '87.
{i) T. IV, pag. 264.
22*
3Aa SCIENCES MORALES
s'en occuper d'autant plus, qu'ils ont mérité d'être protégés
par les Anglais, et que leur histoire prouve combien la
liberté de conscience est ancienne chez les Italiens.
Ce ne sont là, peut-être, que de légères inadvertances
que nous aurions pu nous dispenser de relever; mais nous
avons cru nécessaire de les indiquer, parce qu'il est très-
facile de les faire disparaître dans une seconde édition.
Au reste, nous ne pensons pas que nos remarques puissent
nuire à l'intérêt qu'inspire l'ouvrage de lady Morgan : il
offre partout des observations assez ingénieuses et des
traits assez spirituels pour lui attirer un grand nombre de
lecteurs.
Nous pourrions citer ce qu'elle dit des études des anti-
quaires, à l'occasion des découvertes de l'abbé Maï(i),
et des reliques de saint Dominique, conservées à Bologne,
comparées avec le doigt de Galilée, conservé à Florence (2).
Nous choisirons le portrait d'Alfieri, qui nous semble des-
siné avec beaucoup d'art et assez de vérité. Elle l'avait
distingué parmi ces grands hommes dont l'église de Santa-
Croce , le Westminster de la Toscane , ou , comme les
Florentins l'appellent, le Panthéon de Florence, garde les
monumens. « Son génie, dit-elle , semble avoir été surtout
dans sa puissante volonté. Il voulut être poète, et il devint
poète. La nature ne paraît pas avoir secondé la vocation
qu'il s'était donnée : il arracha tout ce qu'il obtint d'elle,
et ses inspirations les plus poétiques sont rarement autre
chose que le débordement énergique d'une indignation
vindicative contre quelque loi ou institution qui opprimait
la suprématie qu'il s'attribuait.... Il combattait la tyrannie
soujs le diadème et sous la tiare; mais il foulait aux pieds
lO T. I,pag. 197.
C2) 1\ II,pag. 302 et 3o6.
ET POLITIQUES. 3A1
le bonnet de la liberté, soit qu'il fût le signe de Tindépen-
dancc américaine, ou le type de l'égalilé révolutionnaire.
Tel qu'il était, son apparition brillante se confond avec les
grands événemens qui tendent à la délivrance de l'Italie...
Son nom appartient essentiellement à l'époque où il a brillé
sur l'horizon de la société italienne, comme un astre soli-
taire, mais précurseur de l'énergie et de l'indépendance
qui répandront sur la nation une clarté universelle (i). »
Lors même que l'on n'approuverait pas entièrement tous
les traits sous lesquels est reproduit ce grand écrivain, oQ
ne peut refuser à lady Morgan, dans cette partie, comme
dans l'ensemble de son ouvrage , beaucoup de pénétration
et de sagacité.
Je terminerai cet article par un tableau qui caractérise
le peuple napolitain. Ladj Morgan nous peint un de ces
improvisateurs, Ou plutôt récitateurs populaires, qui rap-
pellent les poètes cycliques dont parle Horace. On voit
ordinairement près du môle de Naples plusieurs cercles ,
où les derniers des lazaroni , disposés sur deux ou trois
rangs, quelquefois assis sur des bancs de bois, d'autres fois
sur la terre, écoutent un lecteur qui occupe le centre, et
qui lit très-haut le Tasse ou Mastrillo, les histoires de la
Bible , ou les légendes d'un caractère moins édifiant. Notre
auteur se plaît à faire le portrait grotesque d'un de ces aca-
démiciens : il portait une immense perruque, un grand
chapeau retroussé, et une veste ou le fragment d'une veste
d'un courrier italien; avec cela, il n'avait ni bas ni sou-
liers; il portait des lunettes énormes, et tenait d'une
main le Tasse ^ et de l'autre une baguette, avec laquelle
il gesticulait d'une manière imposante et variée. A cha-
que vers qu'il récitait , il joignait un long commentaire
» T. II, page a86.
U^ SCIENCES MORALES
prononcé d'un air si gravement sententieux, qu'il excï*
tait irrésistiblement le rire. Cependant, lady Morgan dit
qu'elle n'a jamais observé de physionomie exprimant
plus fortement une attention marquée et un intérêt pro-
fond. Quant aux assisians, leurs sourcils étaient contrac-
tés , leurs lèvres distendues; leurs têtes s'agitaient en
écoutant les aventures de Godefroy et de Renaud : les
uns se levaient à demi dans leur émotion; d'autres profé-
raient une sourde exclamation , et les brauo , murmurés
doucement, circulaient avec l'émotion retenue de gens qui
craignaient d'interrompre, par leurs applaudissemens, les
chants qui excitaient leur eilthousiasme (i). D'autres voya-
geurs, en d'autres occasions, avaient déjà remarqué cet
esprit dont les lazaroni napolitains sont animés , et qu'ils
cachent sous des dehors si grossiers : aussi, l'on peut con-
jecturer ce que pourrait devenir ce peuple, le moins civi-
lisé de l'Italie , si l'on s'étudiait à développer ses qualités
par une éducation convenable.
Nous dirons, en nous résumant, que l'ouvrage de lady
Morgan mérite de fixer l'attention, soit pour l'intérêt du
sujet, soit pour les réflexions piquantes dont il est semé,
et qu'il obtiendrait encore des suffrages plus universels, si
l'on n'y remarquait quelques inexactitudes qui, au reste,
sont peut-être inévitables dans les productions de ce genre.
Nous ne dirons rien de la traduction française : ce n'est
pas à moi de juger de sa correction et de son élégance;
d'ailleurs, les passages que j'ai cités ont dû suffire pour la
faire apprécier. F. Salfi.
(i) T. IV, page 24-.
I
ET POLUrQUES. US
V%/V\ \/VVV%«t/V«%/VW
.AWNUAIRE NÉCROLOGIQUE , OU SUPPLÉMENT ANNUEL ET
CONTINUATION DE TOUTES LES BIOGRAPHIES OU DIC-
TIONNAIRES HISTORIQUES ,* Contenant la vie de tous
les hommes célèbres par leurs écrits , leurs vertus
ou leurs crimes, morts dans le cours de chaque an-
née, à commencer de 1820 (orné de portraits) ;
rédigé et publié par A. Mahul (1).
Tous les bons esprits et tous les cœurs généreux ont
condamné, avec le sentiment d'une indignation vertueuse,
ces Biographies des hommes uivans , si prodiguées de nos
jours 5 qui n'ont été le plus souvent que des répertoires de
délations anonymes, de diffamations criminelles ou d'a-
troces mensonges, décorés néanmoins du titre fastueux
de Melations historiques et même impartiales (2).
Quelques pamphlétaires obscurs, associés à des spécu-^
lateurs avides , vendaient leurs plumes pour servir basse-
ment toutes les passions haineuses et honteuses ; l'esprit
de parti et l'esprit de cupidité s'emparaient d'un moyen
facile d'exploiter la curiosité et la méchanceté des hommes;
(1) Paris, 1821. 1 vol. in-8°. Avertissement et table des articles,
VIII et 255 pages. — Baudouin frères ; prix, 5 fr. On peut souscrire,
dès ce moment, pour I'Annuaire nécrologique de 1821, au Bureau
central de la Reuue Encyclopédique , rue d'Enfer-Saint-Michel ,
n^iS, ou chez Baudouin frères, libr.-éditeurSj rue de Vaugirard,no 56.
(2) Voyez ci-dessus, Reuue Encyclopédique , T. I, Note des pages
i42-i46, le jugement porté sur la Biographie des hommes viuans ,
jugement qui a été cité depuis plusieurs fois avec éloge, spéciale-
ment dans le Mémoire historique très-intéressant, publié par M. Sa-
vary, ex-membre du conseil des anciens, sous ce titre : Mon examen
de conscience sur le 18 brumaire aw. 8 (9 novembre 1799). Paris,
1819, in-8° de 94 pag. Barrois l'aîné, rue de Seine, n° 10.
34^ SCIENCES MORALES
et les réputations les plus honorables étaient livrées sans dé-
fense aux traits empoisonnés de la calomnie. Une déplorable
impunité encourageait les éditeurs de ces productions mons-
trueuses; et, quoiqu'elles fussent justement signalées à
l'opinion comme indignes de toute croyance , elles trou-
vaient souvent accès auprès d'un certain nombre d'hommes:
les uns, légers et frivoles, ou distraits d'un examen atten-
tif par le tourbillon des affaires et des fonctions politiques
où ils se trouvaient engagés; les autres, faibles, faciles
à être prévenus et trompés, désirant même quelquefois
saisir un prétexte plus ou moins plausible pour imputer
des torts graves ou même des crimes à d'autres hommes
dont la supériorité excitait leur envie, ou dont les opinions,
Roit politiques, soit philosophiques, blessaient leurs intérêts
et leurs préjugés. Dans ces honteux monumens de la li-
cence et de la perversité humaines , le crime puissant est
seul protégé par des ménagemens officieux, ou même il
est érigé en vertu; le mérite modeste et solitaire, la vertu
indépendante et courageuse, qui n'appartiennent à aucun
parti, à aucune coterie, mais à la justice, à la vérité, à la
patrie, sont abreuvés de calomnies et d'outrages.
Autant on doit flétrir, comme criminelle et impie, la
spéculation de ces prétendus biographes modernes ^ qui
s'attachent à tout ce qui est marquant dans leur siècle
pour le dégrader, qui multiplient avec audace les accu-
sations sans preuves , et les imputations calomnieuses ,
pour satisfaire à leur besoin de nuire, et qui raniment les
souvenirs à peine éteints de haines et de vengeances ;
autant on doit estimer et encourager, comme essentielle-
ment morale, philantropiquc et pieuse, la pensée du jeune
écrivain dont nous annonçons l'ouvrage. Il a voulu con-
sacrer , non seulement pour une fois , mais désormais
chaque année, une sorte de monument à la mémoire des
ET POLITIQUES. ,^A5
hommes utiles ou distingués, que la mort vient successive-
ment frapper.
Les Biographes des vivans se cachent pour attaquer
leurs victimes et pour les assassiner moralement avec im-
punité ; le Biographe des morts offre une garantie conve-
nable^ par la publicité de son nom et par la noblesse
de son caractère personnel. Les premiers recueillent çà et là
toutes les relations avérées ou fabuleuses, et surtout scan-
daleuses, qui peuvent entrer dans leur plan ; ils ne prennent
aucun soin de vérifier et de prouver les faits quMls avan-
cent, et qu'ils ont souvent puisés aux sources les plus
impures. L'auteur de V Annuaire Nécrologique repousse ,
avec une attention religieuse, tout ce qui pourrait blesser
la vérité, ou porter le caractère de la passion. Il considère
d*un point de vue élevé, avec une grande impartialité,
les hommes, les événemens, les gouvememens, les partis:
son objet n'est point de flatter aucun personnage puissant,
de caresser aucune opinion dominante, mais de se mon-
trer l'homme de' la France, de la vérité et de l'avenir. Son
entreprise est utile et honorable ; son but , moral et digne
d'éloges ; sa manière de juger les individus , sage et mo-
dérée; son style, élégant et pur, simple et sans prétention.
Narrateur fidèle , et non juge passionné , il écrit un ou-
vrage, « d'abord historique,et ensuite littéraire. » Il recueille
avec soin et se plaît à signaler à l'estime publique tous les
travaux qui ont pour objet le bonheur des hommes et l'a-
vancement des sociétés. 11 ne dédaigne point ces hommes
laborieux et modestes , dont la sphère d'activité, bornée
souvent à une ville de province, n'a guère pennis que leur
nom, quoique digne de réputation, fût connu dans la ca-
pitale, et il croit avec raison faire une chose bonne et utile^
« en contribuant à diminuer ainsi la centralisation litté-
raire et scientifique, non moins funeste, lorsqu'elle est
U6 SCIENCES MORALES
exagérée, que la centralisation politique et administra-
tive. »
« Le plan de cet annuaire, comme le dit l'auteur,
consiste à donner, chaque année, la biographie, aussi com-
plète qu'il sera possible, de toutes les personnes célèbres,
à quelque titre que ce soit, décédées dans le courant de
l'année précédente. Il peut devenir ainsi, dans les biblio-
thèques, le supplément naturel de toutes les biographies
ou dictionnaires historiques, que la mort et le tems dé-
complètent incessamment. »
M. Mahul nous rappelle que l'on publia, durant plusieurs
années, avant la révolution, une Nécrologie française ;
Palissot, Clément (de Dijon) , L. Castilhon, M. François
( de Neufchâteau ) en furent les principaux rédafcteurs.
« Cette Nécrologie, dont les articles sont intitulés Eloges,
comme pour signaler d'avance leur principal défaut , est
restée une collection utile.... Elle n'embrassait que la lit-
térature, les sciences et les arts. »
On publie, chaque année, en Angleterre, depuis cinq
ans, un volume intitulé : Animal Biography and Obi-
tuary. M. Mahul se propose de consulter cet ouvrage ,
ainsi que d'autres recueils étrangers du même genre^ pour
ajouter à son Annuaire une Nécrologie étrangère _, qui en
complétera le plan , et qui paraîtra , en forme de seconde
partie, à la suite de V Annuaire Nécrologique de chaque
année; savoir, celle de 1820, dans le recueil de 1821, et,
d'après le même ordre convenu, pour les années suivantes.
Le volume de cette année, que nous avons sous les
yeux, comprend quatre-vingt-dix personnes, dont trois
femmes: madame É/isa Bacciochi , née Bonaparte , deve-
nue par la fortune de son frère grande-duchesse et prin-
cesse, qui fit quelquefois pardonner son élévation, en
consolant, par SCS bienfaits, d'honoraU^^^ infortunes, ou
ET POLITIQUES. SAT
en accordant une protection éclairée à des savans et à des
artistes; madame Marie Bigot, née Kiéné, de Colmar ,
très-habile musicienne, et recommandable sous beaucoup
d'autres rapports, dont le talent distingué « associait Télé-
gance sans manière, la finesse des nuances, la convenance
des ornemens qui caractérisent les virtuoses français , au
coloris mélancolique et mystérieux qui appartient à l'école
allemande; » enfin, maidame Aimée de Coig^y^ duchesse dis,
Fleury, qui avait reçu de la nature la perfection de la
grâce, de la beauté et de l'esprit, et qui fut chaulée par le
poète André Chénier, alors son compagnon de captivité,
dans son ode si belle et si touchante, intitulée : La Jeune
Captive, (Voy. Rev. Enc.^ T. IV, p. 81, 99.)
On distingue ensuite trois personnages politiques assez
marquans, qui ont dû leur célébrité à la révolution : Cam-
BON, qui fut, selon notre auteur, a un habile financier, un
honnête homme et un farouche républicain; » Fouché,
dont l'article très-étendu et plein d'intérêt est une sorte
de médaille, où sa vie publique, fidèlement représentée,
offre , sur l'une de ses faces , un tableau hideux et révol-
tant, et, sur la face opposée, des preuves d'une assez
grande habileté politique et plusieurs traits honorables;
puis, Taliien, dont le nom aurait pu échapper à l'op-
probre par l'oubli , s'il n'était en quelque sorte protégé
par le souvenir d'une journée mémorable, dans laquelle il
montra une grande audace , excitée par le sentiment d'un
grand danger.
La Notice sur le pue de Bërry j à laquelle est joint le
portrait de ce prince, réveille le souvenir d'un crime af-
freux qui a plongé la France dans le deuil, et dont l'effet
immédiat et les funestes conséquences ont donné une nou-
velle énergie à des inimitiés mal éteintes, qu'aurait dû
adoucir le sentiment profond d'une indignation générale
3A8 SCIENCES MORALES
et d'une commune douleur, — On regrette que l'auteur se
soit trouvé dans la nécessité de donner à l'assassin fanatique
de l'infortuné duc de Berry presque autant de place qu'à sa
victime. Huit pages entières sont consacrées à la relation dé-
taillée du forfait de LorvEt et du procès qui en a reproduit
aux yeux du public les moindres circonstances.
Les amis de la gloire nationale et de ce principe fécond
de l'égalité civile et politique, qui, en ouvrant au mérite
personnel un libre accès dans toutes les carrières , excite,
encourage et récompense , au profit de la patrie et du gou-
vernement, les talens distingués dans tous les genres, ne
liront pas, sans un vif intérêt, les deux articles des maré-
chaux de France Rellebmai^n , duc de Valmy , et Lefebvre,
duc de Dantzicky devenus l'un et l'autre célèbres en dé-
fendant, à la tête de nos armées, l'indépendance nationale.
— Le premier, après avoir commencé sa carrière mili-
taire, comme simple hussard, en 1752, s'éleva de grade
en grade , par sa bravoure et son habileté , au comman-
dement des armées , et il eut la gloire de sauver la France,
en 1792, de l'horreur d'une invasion étrangère, dans ces
champs de Valmy , où la reconnaissance publique vient de
lui consacrer un monument. — Le second, d'abord simple
soldat, puis sergent dans les gardes-françaises, où il fut
instructeur du jeune Hoche, devenu peu d'années après
son général en chef et son ami , fut successivement capi-
taine d'infanterie légère, adjudant-général, en septembre
1793; général de brigade, au mois de décembre suivant;
général de division, en janvier 1794; enfin, maréchal
d'empire, maréchal de France, duc et pair de France; et,
dans sa haute fortune, il sut toujours conserver le souve-
nir des degrés inférieurs par lesquels il s'était élevé.
Nous citerons , de plus, parmi lea militaires, les généraux
AuoviLLE, DiaiL'Y, JRazout et l'amiral Decaks, dont oo
I
ET POLITIQUES. 3A9
rappelle un beau trait de bravoure qui lui mérita un sabre
d'honneur; parmi les littérateurs, les érudits et les savane,
doux estimables collaborateurs de la Meuue Encyclopé-
dique,, l'un écrivain philosophe, qui a laissé une réputa-
tion européenne , Volnet (i); l'autre, Palisot de Beatjvois,
son confrère à l'Institut, savant modeste et laborieux (2))
— TocHON, d'Annecy, autre membre de l'Institut, adonné
dès sa jeunesse à l'étude des antiquités; — Ch. Loyson,
principal rédacteur du Lycée français , honoré de l'amitié
de M. Cousin , qui a prononcé un discours sur sa tombe ;
— La Chabaussière et Souque, auteurs, l'un de quelques
opéras comiques agréables; l'autre, de quelques comé-
dies spirituelles; — Sobrt, dont on recherche encore la
Poétique des arts , ou Cours de peinture et de littérature
comparées 'j — Barruel et Gallais, deux écrivains poli-
tiques, opposés aux principes de la révolution, qui ne surent
point se garantir d'une exagération condamnable et d'une
partialité aveugle.
Ajoutons encore à l'indication des noms qui ont le plus
fixé notre attention dans cette Biographie, les personnages
suivans : — L'abbé Jarry, savant théologien, mais dont le
zèle ardent et fanatique pour les intérêts temporels de l'église,
lui fit souvent oublier les sentimens de charité, de modé-
ration et de sagesse que la véritable religion doit inspirer ;
— BoFiAGE, professeur à l'école de droit de Paris, auteur de
quelques ouvrages sur le droit , et qui fut au nombre de
royalistes dévoués qui s'offrirent, comme otages, en 1792
■■in ' ■" "■ '■■' i • ■■ ' N'wi • '
(i) Voyez, Rev, BncycLi T, VII, pag, 34-48» une Notice sur
M. de Volney. 9. suivie, du discowrç, prononcé, à roccasion de sa
mort, dans la chambre des pairs, par son collègue M. Daru, et
dlu catalogue de ses ouvrages imprimés.
(1) Voyez, Repue Encycl.^ T. Y, pages 288-290, une Notice sur
M. Palisot de Bcauvois,
350 SCIENCES MORALES
pour obtenir la liberté du Roi (i) ; — le doyen des libraires
de France , Guillaume Debure, éditeur de plusieurs bons
ouvrages, et auteur d'un grand nombre de cataloguât,,
dont quelques-uns sont des ouvrages de bibliographie très-
recherchés; — Delandine, de Lyon, connu surtout par son
Noupeau Dictionnaire historique, qui a été réimprimé
plusieurs fois; — Dumocchel, ancien recteur de l'université
de Paris et ancien évêque constitutionnel, qui est mort
simple chef de bureau en retraite; — Balzac, architecte
habile et plein d'enthousiasme pour les arts, qui avait
fait partie de l'expédition d'Egypte^ et qui a laissé un
grand nombre de dessins et de projets d'architecture ; —
Baragxjay, autre architecte, recommandable par un goût
sage et pur, et dont le dernier travail est la restauration
actuelle de l'Odéon ; — Barrairon, qui avait suivi, depuis
l'ancien régime et sous tous les gouvernemens de la révo-
lution, la carrière domaniale ou de l'administration des
domaines, dans laquelle son père était placé , qui était
directeur général de l'enregistrement, et député, à l'époque
de sa mort, le 5 décembre 1820, et qui paraît n'avoir
pris d'autre part aux affaires publiques que celle qui était
indispensable pour conserver les places qu'il occupait ; — le
respectable Monthton, dont les nombreux actes de bien-
faisance ont été rappelés dans la séance publique de l'Ins-
titut où l'on a décerné le prix de vertu fondé par cet
homme généreux; — Petitain, ancien secrétaire de la pré-
fecture de Loir-et-Cher, écrivain recommandable, dont
on mentionne trente-deux petits ouvrages, rapportés à des
Tues de bien public , cités par l'excellent Journal d^î la li-
(2) Voyez, Fefue Encycht Tome VI, page 646, une Notice sur
M. Boulage,
I
ET POLITIQUES. 351
hrairle que rédige M. Beuchot ; — Bruand, de Besançon (i),
sous-préfet, membre de plusieurs sociétés savantes, qui
partageait son tems et ses soins entre l'administration
publique, l'exploration et la description des antiquités na-
tionales et la méthode d'enseignement mutuel, et qu'une
mort prématurée est venue enlever subitement, dans sa
Z^'' année, à ses utiles travaux; — l'estimable Rabaut-Pom-
MiER, ministre protestant, digne frère du célèbre et mal-
heureux constituant Rabaut, qui, après avoir soutenu la
révolution dans son origine, et signalé ses principes, sa
direction légitime et son but, combattit ses fureurs et ses
excès et mourut sa victime; — l'économiste Saint- Aubin, qui
a publié des écrits ingénieux sur quelques parties des finances
politiques ; — enfin, Vigée, qui fut long-tems éditeur de
YAlmanach des Muses ^ où l'on trouve un grand nombre
de ses poésies fugitives.
Sur les quatre-vingts noms, recueillis par M. Mahul,
nous venons d'en citer trente-sept ; et c'est dans Touvragc
même qu'il est curieux et intéressant de rapprocher et de
comparer tous ces personnages, si différens d'esprits,
d'opinions et de caractères. Chaque portrait, dans cette
vaste galerie, peut fournir un sujet de réflexions et des
leçons utiles, un modèle à imiter, ou des exemples à
fuir. Au lieu de rappeler les noms les plus connus, peut-
être aurions-nous dû plutôt tirer de l'oubli quelques indi-
vidus entièrement obscurs, dont les travaux ou les actions
leur ont acquis des droits à l'estime; ou rechercher quel-
ques-uns de ces hommes qui ont été méconnus et calomniés
pendant leur vie , et auxquels la justice impartiale d'une
génération nouvelle est appelée à restituer la place qu'ils
doivent occuper dans l'opinion. Telle est l'une des parties
(i) Voyer^ Rev, ençycl.,T, VI, p, 645. upe Notice sur M. Bruand.
352 ' SCIENCES MORALES
importantes du noble rôle dont s*est chargé l'auteur de
VAnnuaire Nécrologique,
Une plume vertueuse , énergique, éloquente, devrait
s'emparer de cette question morale, d'une haute importance:
« Signaler la puissance , les dangers et les ravages de la
calomnie , et prouver combien sont ennemis de leurs
propres intérêts et du bien public les hommes légers ou
insoucians, et quelquefois criminels , qui Taccueillent et
la propagent , ou seulement qui la tolèrent. »
Il appartiendrait à un écrivain, tel que Ta défini Fénélon ,
à celui « qui ne se sert de la parole que pour la pensée,
et de la pensée que pour la vérité et la vertu (i), »
de présenter, avec la force victorieuse du raisonnement ,
avec la chaleur d'une sensibilité entraînante, le sort de
l'homme distingué, d'un talent supérieur, d'un caractère
honorable, mais indépendant; isolé dans le monde, sans
l'appui d'un parti, d'une secte, d'une coterie; abandonné,
comme une victime dévouée , à l'influence de tous les
genres de diffamations et de calomnies , et ne devant être
dédommagé qu'après'sa mort de l'ingratitude et des injns-
tices de ses contemporains.
Telle fut la destinée du sage Socrate , chez les Athéniens ;
du divin fondateur du christianisme , chez les Juifs ; du
vertueux Malesherbes , chez les Français.
Il serait utile d'offrir ce grand et sublime tableau, cette
protestation éloquente du mérite méconnu , étouffé , de
l'innocence persécutée, outragée , proscrite , à ces hommes
faciles et aveugles, bien intentionnés, mais faibles, promp-
tement accessibles à des bruits téméraires et mensongers
qu'ils n'ont point vérifiés, qui deviennent à leur insu com-
plices des mauvais traitemens , auxquels la malveillance ,
(») Dialogues sur Téloqucnce.
Eï POLITIQUES. 353
l'envie et lamédiocrilé livrent l'homme de bien cl l'Iiomme
(le génie.
Des tablettes nécrologiques , destinées à devenir en quel-
que sorte le vestibule du temple de Thisloire j offrent d'a-
vance un asile à plusieurs de ces nobles victimes qui sont
sacrifiées par la fureur aveugle des partis, dans les troubles
politiques. Respectons du moins la vertu et le mérite dans le
repos de la tombe.
Un tombeau est une tribune éloquente, d'où la vérité,
affranchie de toute entrave, dégagée de toute passion de
haine etd'envic, peut faire entendre avec fruit ses leçons.
La mort, bien observée et méditée, est une grande maî-
tresse pour la direction de la vie. « Il faudrait, dit Mon-
taigne , faire un registre commenté des morts diverses ;
qui apprendrait aux hommes i\ mourir, leur apprendrait
à vivre... L'utilité du vivre n'est pas en l'espace; elle
est en l'usage. Tel a vécu long-tems, qui a peu vécu... »
Ces considérations générales font mieux apprécier encore
le but philosophique de l'ouvrage de M. Mahul. Tous les
amis de la saine morale doivent Tencoorager à continuer
la tâche difficile, mais honorable, qu'il a entreprise ; ils
doivent l'inviter surtout à conserver religieusement ce
caractère de modération et d'impartialité qui distingue
le véritable historien. C'est ainsi qu'il acquerra, d'année
en année , de nouveaux droits à l'estime et à la confiance,
et que les volumes dont se composera successivement sa
collection, deviendront des dépôts déplus en plus précieux,
qui seront consultés avec fruit , et qui mériteront de
faire' autorité. M. A. Juuien, de Paris.
Tome xn. S3
LITTERATURE.
Dbs troubadours et des cours d'amour , par M. Ray-
Nou ARD s secrétaire perpétuel de L'académie française,
officier de la Légion- d^ honneur (i).
Le nom des Troubadours s'offre à nous, entouré du
prestige des souvenirs poétiques et des mœurs cheyale-
resques, mais enveloppé aussi des obscurités du moyen
ûge. L'intérêt qu'ils excitent est vague, parce que nous
n'avons de leurs ouvrages qu'une connaissance imparfaite^
et que nous sommes loin de savoir précisément ce qu'on
y doit chercher. Peut-être ne sera-t-il pas inutile d'indiquer
en peu de mots à quels titres ils méritent notre attention.
Non seulement l'étude des poésies provençales fait espérer
à l'imagination de nouvelles jouissances, en lui révélant
quelque trait d'esprit, ou l'expression d'un sentiment dé-
licat, mais elle se recommande d'abord par les découvertes
qu'elle promet à la philologie générale; car la langue
des Troubadours, fille de la langue romane primitive (2) ,
est la sœur aînée des langues française, italienne, espa-
gnole et portugaise, qui lui ont survécu; et l'examen de
leurs affinités , comme des caractères qui les distinguent ,
offre au grammairien philosophe un sujet de recherches
neuves et fécondes.
Considérés comme monumens historiques, leurs ouvrages
n'ont pas moins d'importance : on y trouve une foule de
détails précieux pour éclaircir certains faits obscurs, et
pour dévoiler les usages et les mœurs du tems ; car les
poètes sont les peintres de la société; Homère supplée à
(i) Paris, 1820. 1. vol. in-S". Firmin Didot. -
(7) j4ntiquam exquirite matrem. ■
LITTllRATURE. 355
l'histoire, et les poésies des Troubadours, plus bornées ik la
vie commune et aux objets contemporains, oftVent des
peintures peut-ctrc encore plus naïves. Enfin, cette lecture
pourra n'être pas sans fruit pour ceux qui s'occupent des
théories littéraires.Une critique éclairée saura y découvrir les
traits originaux qui caractérisent cette littérature nouvelle,
et l'influence qu'elle a exercée sur les littératures modernes,
en créant un genre particulier, qu'un nouvel ordre de sen-
timens, d'images et d'expressions a fait distinguer du genre
classique proprement dit. Déjà l'on commence à entrevoir
le lien par lequel l'histoire de la poésie provençale se rat-
tache à celle de la littérature européenne, du moins chez
les nations où la littérature n'a pas été factice, je veux
dire, où elle a été l'expression fidèle de la société.
Ces rhapsodes du moyen âge sont donc dignes de tout
notre intérêt : mais ils ont été jusqu'ici bien mal connus.
Long-tems, l'extrait des manuscrits de Sainte-Palaye, fait
par Millot, a été l'unique source à laquelle ont été puiser
tous ceux qui ont voulu connaître l'histoire et les ouvrages
des Troubadours; long-tems, il a été l'unique fondement
de toutes les opinions émises sur leur compte, en France
et en Europe. Cependant, il est reconnu aujourd'hui que
le livre de Millot, inexact, incomplet sur les points impor-
tansj n'offre guère que des traductions plates ou infidèles
de morceaux recueillis sans choix, avec l'ennui d'un ca-
talogue monotone et d'une sèche nomenclature. Si donc
on voulait se faire des idées précises sur les Troubadours,
une seule chose restait à faire , c'était de recourir aux
sources même, de recueillir les originaux, et de publier
un choix de leurs ouvrages, assez étendu et assez varié,
pour permettre d'entrevoir l'ensemble de leur système
poétique, et pour faire sufiisamment connaître la théorie
et le degré de culture de leur langue. Tel est le tra^^ail
23*
366 , LIÏTÉRATURE.
entrepris et déjà exécuté, en grande partie, par M. Ray-
nouard. Il publie un choix des pièces originales; et, au
moyen des recherches historiques et grammaticales dont
il a fait précéder ce recueil, quiconque sera curieux de
connaître les Troubadours pourra les étudier dans leurs
propres ouvrages.
Toutefois, pour faciliter ce travail, M. Raynouai-d s'est
proposé , dans une brochure séparée , qui se rattache à son
grand ouvrage, de tracer en quelque sorte l'idéal du Trou-
badour, au moyen de traits divers empruntés à chacun
d'eux. En rapprochant plusieurs fragmens où se retrouvent
les sujets les plus ordinaires de leurs chants, les idées, les
sentimens et les images qu'ils reproduisent le plus volon-
tiers, il a voulu caractériser le genre de leur talent et le
tour de leur esprit. « J'ai cherché, dit-il lui-même, à re-
présenter, par la disposition graduée de ces morceaux, non
seulement les idées particulières de plusieurs Troubadours
distingués, mais encore l'esprit général et le talent com-
mun qui animaient leurs productions. » Ces poésies sont
ou amoureuses^ ou satiriques^ ou historiques : c'est-à-dire,
que tantôt on y voit le culte des femmes, et l'expression
de cette galanterie, qui fut un des caractères de l'époque:
tantôt elles offrent la peinture naive et souvent malicieuse
des mœurs et de la société, ou enfin elles se rapportent aux
événemens contempoi^aiiis. Ainsi, de nombreuses citations
reproduisent d'abord les sentimens tendres de ces amans
passionnés et timides, les vœux, les craintes, la soumis-
sion, l'espoir et la reconnaissance de l'amour : on y trouve
l'expression d'une tendresse toujours vive et fidèle, sou-
vent ingénieuse, d'une franchise délicate , d'une résignation
touchante, enfin tout ce qui forme le caractère de leur pas-
sion chevaleresque.
D'autres passages nous instruisent des mœurs du tems.
LITTËIVATURE. 357
C'est dans les Slrp'entes que les Troubadours manifestent
les oi)inion3 les plus hardies ; ils attaquent indifféremment
les individus ou des classes entières de la société ; c'est
surtout contre les prêtres que sont dirigées les plus Apres
censures. On ne peut s'empêcher d'approuver souvent oes
mouvemens d'une ame ardente et audacieuse qui tour à
tour les excitaient à blâmer ou à célébrer les actions dont
ils étaient les témoins; on applaudit à leur courage, quand
ils dénoncent les torts et les injustices des princes , les
désordres de la noblesse, les vices de la bourgeoisie, les
excès d'un clergé ignorant : plus d'une fois , leurs voix
généreuses s'élevèrent en faveur des Vaudois et des Al-
bigeois, poursuivis par un zèle fanatique. Dans ces tems
où manquaient la presse et la tribune, le poète, armé du
fouet de la satire, était le vengeur de l'innocence oppri-
mée; et, si le crime bravait la punition des lois, il était
du moins flétri par l'opinion, qui déjà fiiisait l'essai de sa
puissance. Tantôt n'écoutant qu'un zèle religieux, ils ex-
citent par leurs vers les peuples et les rois à s'armer pour
la délivrance du saint sépulcre, sujet qui a donné la plu«
belle épopée aux tems modernes ; tantôt marchant eux-
mêmes à la suite des armées de la croix, ils passent en
Syrie, ou dans la Palestine; et h\, soldats au jour des
dangers, ils célèbrent ensuite par des chants héroïques les
victoires et les triomphes des chrétiens.
Je voudrais pouvoir offrir au lecteur des exemples de
chacun de ces genres; forcé de choisir, je transcris en en-
tier une pièce amoureuse.
La comtesse de Die, abandonnée de son amant, s'ex-
prime ainsi :
« Le sujet de mes chants sera pénible et douloureux.
Hélas ! j'ai à me plaindre de celui dont je suis la tendre
amie, je l'aime plus que chose qui soit au monde; mais.
558 LITïJÎriATUllE.
auprès de lui, rien ne me sert, ni merci, ni couiloisie, ni
ma beauté, ni mon mérite, ni mon esprit. Je suis trompée,
je suis trahie, comme si j'avais commis quelque faute en-
vers lui.
«Ce qui du moins me console, c'est que je ne vous
manquai jamais en rien, ô cher ami, dans aucune circons-
tance! je vous aitou'ours aimé, je vous aime encore plus
que Seguin n'aima Valence; oui, je me complais à penser
que je vous surpasse en tendresse, ô cher ami, comme
vous me surpassez en brillantes qualités. Mais quoi l vos
discours et vos manières sont sévères envers moi, tandis que
toutes les autres personnes trouvent en vous tant de bonté
et de politesse?
« Oh! combien je suis étonnée, cher ami, que vous af-
fectiez envers moi cette sévérité ! pourrais-je n'en être pas
affligée ? Non, il n'est pds juste qu'une autre dame m'en-
lève votre cœur, quelles que soient pour vous ses bontés
et ses manières. Ah ! souvenez-vous du commencement de
notre amour; dieu me garde que la cause d'une rupture
vienne de moi !
«Le grand mérite que vous avez , la haute puissance qui
vous entoure me rassurent. Je sais bien qu'aucune dame
de ces contrées ou des contrées lointaines, si elle veut ai-
mer, fait, en vous préférant, le clioix le plus honorable :
mais, ô cher ami, vous vous connaissez en amour; vous
savez quelle est la femme la plus sincère et la plus tendre;
souvenez-vous de nos accords !
« Je devrais compter sur mon mérite et sur mon rang ,
sur ma beauté, encore plus sur mon tendre attachement;
aussi je vous adresse, cher ami, aux lieux où vous êtes,
cette chanson, messagère cl interprète d'amour; oui , mon
beau, mon aimable ami, je veux connaître pourquoi vous
UTTÉlVATmiE. 859
me traitez d'une manière si dure , si barbare. Est-ce l'effet
de la haine ? est-ce l'effet de l'orgueil ?
« Je recommande à mon message de vous faire souve-
nir combien l'orgueil et la dureté deviennent quelquefois
nuisibles. »
M. Raynouard ajoute les réflexions suivantes : « Je ne
crois pas que jamais l'élégie amoureuse ait mis autant de
grâce et d'abandon à exprimer une affection aussi tendre
et aussi passionnée. C'est le sentiment le plus vrai ,1e plus
exquis qui a dicté cette pièce. J'avoue que j'ai essayé vai-
nement d'en offrir une traduction : le sentiment, la grâce
ne se traduisent pas; ce sont des fleurs délicates dont il faut
respirer le parfum sur la plante; leur odeur s'exhale, leur
éclat se ternit à l'instant qu'on les détache de la tige ma-
ternelle.
« Que l'on compare celle pièce avec celle de Sapho , et
l'on aura une idée juste du caractère de la littérature clas-
sique et du caractère de la littérature que créèrent les Trou-
badours. L'amante de Phaon cède à l'entraînement de
l'amour, mais de l'amour tel qu'une femme l'éprouvait
dans ces tems où la sensibilité était toute matérielle , où
la civilisation n'admettait point encore les femmes à faire
l'ornement de la société. L'amante du chevalier parle un
autre langage; c'est le cœur, le cœur seul qui s'abandonne;
sa sensibilité est toute intellectuelle. Cette femme, aussi
tendre que passionnée , ne demande à l'amour que l'amout
même. » Artaud.
560 LITTÉRATURE.
IWV%«/V1A. vvw vwv
ARCHEOLOGIE.
DiîSCRiPTiON DE l'Egypte , ou Recueil des obscrvailons
et des recherches qui ont été faites en Egypte ^pendant
l'expédition de Cannée française : seconde édition ,
dédiée au Roi; publiée par C. L. F. Panckoucke (i).
( PREMIER ARTICLE. )
Une de ces grandes idées^qiii naissent par intervalles dans
l'esprit des gouvernemens, avait fait concevoir à la France
le projet glorieux de conquérir TEgypte, et de lui imposer
le bienfait de la civilisation : les Français voulaient ainsi
restituer à cette première patrie des arts, ce qu'ils avaient
jadis reçu d'elle, par l'intermédiaire de la Grèce et de
Rome..
Cette terre, qui avait été foulée autrefois par tant de
héros et de grands hommes, qui avait vu ses rois lui ap-
porter les dépouilles des nations, qui avait, pour ainsi
dire, assisté à la querelle des triumvirs, et à qui saint
Louis avait donné plus tard le spectacle touchant et inat-
(i) L'ouvrage paraît par liviraisons de cinq planches ) chacune,
format grand atlas , imprimée sur papier fin et satiné. On se sert
des cuivres de la première édition. Le prix est de dix francs pour
chaque livraison étiquetée ; il en a déjà paru vingt-trois, nous en
avons successivement annoncé dix - neuf dans notre Bulletin
bibliographique. {Vqy. t. IX , p. 363 ; t. X , p. 196 , 6i5 ; t. XI ,
p. 195^ 397, 6n ; et ci-dessus , t. XII, p. i83.) 11 y aura, en tout, en-
viron neuf cents planches. Le texte comprendra vingt-cinq vo-
lumes in-8° , imprimés sur très beau papier, avec des caractères
neufs, et contenant vingt-huit planches non comprises dans les neuf
cents de l'atlas. Le prix de chaque volume est de 7 francs, et franc
de port 9 fraucs. On souscrit chei M. l'autkouckc, rue des Poitevins,
ARCHÉOLOGIE. 361
tendu de toulcs les vertus chrétiennes, cette terre antique
et célèbre se vit tout-à-coup l'objet d'une entreprise mili-
taire, qui allait appeler sur elle les regards de l'Europe et
de l'Asie. Bientôt les bords du Nil furent témoins de la
valeur française, comme ils l'avaient été autrefois de celle de
Sésostris et d'Alexandre , de César et de Saladin : on eût
dit qu'il était réservé à l'Egypte de servir de théâtre à toutes
les grandes scènes de l'univers.
Placée au centre de l'ancien continent , riche de la fé-
condité de son sol, et plus encore des travaux d'un peuple
industrieux et créateur, elle fut tour à tour convoitée par
l'ambition de tous les potentats. Cambyse fut le premier,
depuis les tems historiques , qui lui fit connaître les mal-
heurs d'une invasion étrangère. Le roi des Perses triompha
en barbare : l'aspect de la grandeur égyptienne l'écrasa ;
ne pouvant l'égaler, il tenta de l'anéantir. Des villes en-
tières furent livrées aux flammes ; les palais de Thèbes se
virent dépouillés de leur royale magnificence ; les statues
furent brisées, la religion asservie, et le génie des Egyp-
tiens arrêté dans son essor; Cambyse porta la rapine jusque
dans le sanctuaire des dieux. Heureusement, sa férocité ne
fut pas toujours assouvie : les monumens égyptiens oppo-
sèrent à ses honteuses mutilations des masses colossales,
contre lesquelles n'avaient jamais rien pu ni le fer, ni le
feu, ni le tems, ni les hommes.
Plus grand que le fils de Cyrus, Alexandre crut devoir ,
dans l'intérêt de sa propre renommée, respecter ime gloire
qui remontait à l'origine des traditions humaines. Aux
talens d'un guerrier, il joignit les vues d'un politique; et
le conquérant devint fondateur.
Alexandrie s'agrandit sous les Ptolémées. La Méditer-
ranée, la mer Rouge et l'Océan Indien, depuis les co-
lonnes d'Hercule jusqu'aux rives du Gange, furent tri-
362 ARCHEOLOGIE.
butaires de son commerce. « Les muses grecques, dit
M. Fourier, vinrent embellir la nouyelle capitale, et les
arts se montrèrent dans leur ancienne patrie. »
Les Romains, la seule nation peut-être qui eût été digne
d'apprécier les vestiges d'un grand peuple , semblèrent ne
voir dans l'Egypte que la fertilité de son territoire. Dans
les institutions qu'ils lui donnèrent, tout fut rapporté à
l'agriculture; le berceau des sciences devint le grenier de
Rome; et, chose étonnante! les Césars firent moins que
les Ptolémées.
Ils se contentèrent d'enlever aux Egyptiens quelques-uns
de leurs obélisques, et leur envoyèrent en échange des
préfets pour les gouverner : la souveraineté de l'Egypte ne
fut plus qu'une espèce de fermage; et l'on vit même, sous
Tibère, des affranchis (i), munis d'un bail, aller s'asseoir
insolemment sur le trône des Pharaons!
Il faut moins reprocher à Omar, fanatique héritier d'un
faux prophète , d'avoir fait brûler la bibliothèque d'Alexan-
drie, qu'à ces Romains civilisés de s'être montrés presque
indifférens à tout ce qui restait encore offert à leur étude ,
dans un pays qui avait donné des leçons de sagesse aux
hommes réputés les plus sages de la terre , et dont le sol
était encore empreint des pas d'Homère, de Pythagore et
de Platon! Mais le génie de Rome n'était plus qu'un vain
souvenir : déjà le sceptre du monde pesait à ses mains dé-
biles; et il faut dire, à sa justification, que, déchirée dans
son intérieur par les discordes domestiques, et obligée au-
dehors de partager son attention entre tant de pays con-
quis cl tant d'ennemis à combattre , elle fut constammeiit
distraite des grandes vues qu'elle aurait pu fonder sur la
possession de l'Egypte. Si, à celte époque, le sicgc de
■ — * ■ — ^ — — — ■ ■ ■ ■ ». - ■ -. — — ■ ^ mm> ■■■- » ' ■ — ■ y
(0 T(^}cz Stiabon et TaciJc.
ARCHEOLOGIE. ,36:î
l'Empire eût été transporté à Memphis, cl que la valeur
romaine se fût habilement combinée avec ce qui restait de
la sagesse des Egyptiens, il serait peut-être résulté de
cette union une puissance, formidable , qui n'eût eu pour
bornes que les limites de l'univers, et pour terme que la
fin des tems.
Quelques fragiles constructions sont aujourd'hui les
seules traces qui subsistent, sur les bords du Nil, de la
domination du peuple-roi : on en voit encore les débris ,
dispersés çà et là autour des monumens indestructibles
élevés par les Pharaons, plus de vingt siècles auparavant (•).
Bien différens des Romains, les Français se présentèrent
à rEg3^pte accompagnés du cortège des arts : ils lui appor-
taient l'expérience et les produits d'une civilisatit)n perfec-
tionnée; ils venaient y fonder un nouvel empire, ils vou-
laient faire pour elle ce qu'elle avait jadis fait pour l'At-
tique , et, par une alliance inaccoutumée, joindre au titre
de conquérans le titre plus glorieux de bienfaiteurs.
Quelques années d'une possession paisible auraient suffi
aux Français pour ressusciter l'Egypte de ses ruines. Je ne
crains pas même de dire que , forte désormais de l'influence
d'un gouvernement législateur, on l'aurait vue un jour mar-
cher de pair avec les plus puissantes monarchies de l'Eu-
rope, et mettre pour son propre compte un poids considé-
rable dans la balance des nations.
Déjà, au milieu du tumulte des armes, et lorsque leur
conquête était encore mal assurée, les Français avaient
commencé à réaliser de si nobles espérances : toutes les
(i) La ville romaine d'Antinoé, bâtie par l'empereur Adrien,
ofTre encore les débris d'un arc de triomphe et d'un théâtre; mais
leur état de dégradation ne permet point de les mettre en parallèle
avec les édifices égyplicns.
o6A AUCHEOLOGIE.
ressources de l'économie politique avaient été appliquées à
l'administration intérieure , à la perception réglée des im-
pôts, aux diverses branches de l'industrie et du commerce.
Les droits des citoyens venaient d'être garantis; le corps
social renaissait; les peuples, en proie depuis plusieurs
siècles aux dépradations d'une poignée d'esclaves, respi-
raient enfin sous l'autorité plus douce d'une nation éclairée.
L'Egypte voyait avec transport les beaux -arts accourir
dans son sein, comme rentrés d'un long exil; l'ère du
bonheur commençait pour elle; des jours de gloire lui
étaient encore promis ! déjà se déployait devant ses yeux
un immense avenir, un avenir digne de ses ancêtres!
Mais les destins changèrent; tant d'espérances furent
anéanties. Les rapides progrès de l'expédition française
avaient alarmé les intérêts d'une nation rivale et puissante,
qui en calcula dès-lors avec effroi tous les résultats. L'ar-
mée avait elle-même éprouvé des revers , indépendans de
son courage; trois chefs s'étaient succédés dans le com-
mandement : le premier avait brusquement quitté l'Egypte
pour retourner en France, d'où il devait bientôt remuer
toute l'Europe ; le second venait de périr de la mort de
Henri IV, sous le poignard d'un fanatique, et le troisième
n'offrait aux soldats ni le génie de l'un ni les talens et les
vertus de l'autre. La ligue formée entre l'Angleterre et la
Porte prévalut; l'expédition s'arrêta dans sa marche, et
l'Egypte fut déshéritée des bienfaits de la France , lorsque
déjà l'étendard libérateur avait flotté depuis le cap Burlos
jusqu'au-delà des cataractes, depuis le désert d'Auimon
jusqu'aux sommets du ïabor !
Les fruits de l'entreprise, perdus désormais pour la po-
litique, ne le furent point pour les sciences : à la gloire des
armes était venue se joindre celle des lettres , et le même
laurier avait fourni deux palmes à lu fois.
ARCHÉOLOGIE. 365
Jamais, en effet, expédition do guerre ne tourna mieux au
profit des arts : chaque bataille protégeait une découverte; à
une conquête militaire succédait une conquête scientifique ;
et à peine le soldat avait fait un pas de plus sur le sol de
riigypte, que déjà le compas du géomètre l'avait mesuré;
déjà le savant en avait étudié les antiquités; le peintre,
dessiné la perspective; l'astronome, fixé la position géogra-
phique. C'est ainsi qu'au milieu d'un camp se formait une
académie, et que le groupe des Muses suivait de près le
^ char de la Victoire.
m Quel vaste champ s'ouvrit alors aux recherches des voya-
geurs français ! que de choses merveilleuses frappèrent en
foule leurs regards ! Denderah , Thèbes , Latopolis, Edfoû,
H l'île de Philaî, livrèrent tour à tour à leur avide curiosité
P leurs temples, leurs palais, leurs obélisques, leurs cata-
combes. Un enthousiasme général éclata dans l'armée ;
comme une secousse électrique, il se communiqua rapide-
Ïment à tous les esprits. L'admiration n'était plus un calcul,
mais un sentiment : on vit de simples soldats, des soldats
que nulle étude n'avait préparés à la contemplation des
chefs-d'œuvre de l'art, s'arrêter tout-à-coup de stupéfac-
tion devant ces débris imposans de la grandeur égyptienne,
ouïes saluerde loin par des applaudissemens simultanés et
comme involontaires : tant il y a d'entraînement et de force
dans l'ascendant que les productions du génie exercent sur
les âmes même les plus communes!
Jamais ni Hérodote, ni Diodore de Sicile, ni Strabon ,
ni aucun des nombreux voyageurs qui les ont suivis pen-
dant une durée de plus de dix-huit cents ans , n'avaieftt
pu donner une idée complète des monumcns de l'antique
Egypte. C'est pour la première fois que l'intérieur des
temples était visité : rendus d'abord inaccessibles aux
étrangers par la piété des Égyptiens , ils le furent ensuite
366 ARCÎIÉOLOGIE.
par k barbarie des peuples qui leur succédèrent : le
yéritable caractère de l'architecture égyptienne était donc
méconnu. On n'avait étudié jusqu'alors ni l'ordonnance
des plans , ni le système de décorations, ni l'entente des
effets, ni l'équilibre des masses, ni rien de ce qui com-
pose l'ensemble d'une conception architecturale. Les
mesures si souvent et si diversement données étaient de-
meurées indécises. Une foule de questions importantes
qui se rattachent plus ou moins à l'histoire des mœurs,
des sciences et de la géographie , étaient encore autant
de problèmes livrés à la dispute des savans et dont la
solution n'avait jamais produit que d'ingénieuses erreurs.
Une tradition ancienne, mais vague et presque tombée
en désuétude, nous représentait les Egyptiens comme le
premier peuple connu qui se fût livré à l'observation des
phénomènes célestes; cette tradition s'est convertie en
une vérité constante, depuis que les Français ont révélé
à l'Europe l'existence des sculptures astronomiques , où
ces mêmes Egyptiens semblent çivoir légué leurs connais-
sances à l'avenir. Les zodiaques de Denderah et d'Esné
ont prouvé, de plus, que les Grecs avaient fait à l'Egypte
plus de larcins qu'ils n'en ont avoué. Avant l'expédition
française, on avait toujours confondu les tableaux religieux
ou emblématiques avec les hiéroglyphes, et les hiéroglyphes
avec les signes de l'écriture cursive; on ne soupçonnait pas
même l'existence des manuscrits sur Papyrus, rapportés
des Hypogées de la ïhébaïde (i). C'est aux savans fran-
çais qu'on doit surtout cette fameuse pierre de Rosette, le
seul vestige sauvé de lalittérature des Égyptiens, qui puisse
fournir un jour à la critique des érudits quelques indica-
tions pour l'étude des hiéroglyphes. C'est encore aux
(i) On a, appclc Hjpo^^écs , les catacombes Uc TÉgypte,
ARCHEOLOGIE. 567
Français qu'est duc la découverte de celte magnifique
catacombe, trouvée àThèbes dans la vallée des tombeaux
des rois, et si remarquable par la richesse des ornemens
qui la décorent et par l'étonnante fraîcheur de ses pein-
tures. Les autres catacombes même, quoique déjà connues
pour la plupart, n'avaient été explorées qu'imparfaite-
ment : les Français ont copié, sur les parois de ces monu-
mens souterrains , diverses repréâentations des scènes
familières de la vie. On eût dit que les Egyptiens, en plaçant
sous nos yeux le tableau de leurs mœurs domestiques,
avaient voulu, par des images plus gracieuses et plus naïves,
reposer notre esprit des fortes impressions qu'y laisse
l'aspect de leurs édifices. On a déduit de cet examen les
notions les plus intéressantes sur leurs costumes, leurs
armes, leurs meubles, leurs instrumens, leurs arts mé-
caniques, leur agriculture, et en un mot sur tout ce qui
constitue l'industrie d'une civilisation avancée.
Ces découvertes importantes, ces notes précieuses, ces
dsseins exacts, ces mesures précises, cette masse d'ob-
servations réunies et fécondées les unes par les autres,
furent recueillis avec un soin religieux et apportés en
France. Il en est résulté un ouvrage dont la littérature
d'aucun peuple n'avait donné l'idée , un ouvrage co-
lossal comme les édifices qui l'ont inspiré. Il perpétue à
jamais le souvenir d'une expédition déjà immortalisée par
les trophées d'un chef illustre, par les batailles des Pyra-
mides, de Sédiment, du Mont-Tabor, d'Héliopolis , par
les noms de Rléber, de Desaix, de Caffarelli, de Belliard,
et par l'héroïsme de quarante mille Français. C'est un
monument digne à la fois de la nation qui l'a élevé , et de
la nation en l'honneur de laquelle il a été élevé. Hommage
à la constance infatigable des savans qui ont coopéré à ce
litre de la gloire nationale! Hommage surtout au monarque
368 ARCHEOLOGIE.
éclairé qui n'a point voulu que de semblables travaux par-
vinssent imparfaits à la postérité (i) !
La seconde édition que nous annonçons aujourd'hui
est encore un bienfait du gouvernement; elle remplit le
vœu des sciences , elle satisfait à un besoin fortement
senti.
La Description de fEg^'pte, qui , par la richesse de son
exécution, avait été jugée digne d'être envoyée en pré-
sent aux souverains de l'Europe , était par cela même
inaccessible aux fortunes particulières. Confinée sans fruit
darfs quelques palais, elle était presque ignorée de la na-
tion , et M. Panckoucke a bien mérité de la patrie et des
arts, en la mettant à la portée du plus grand nombre.
Déjà vingt-trois livraisons de planches ont été publiées,
et nous avons en ce moment sous les yeux les deux pre-
miers volumes du texte. Ils contiennent la descriplion de
l'île de Philœ, de Syène, des Cataractes, de l'île d'Eléphan-
tîne,d'Ombos et de ses environs, des carrières de Selseleh,
des antiquités d'Edfoû, d'Elethyia, d'Hermonthis , de Tu-
phium et de Thèbes à laquelle le tome II est consacré en
entier. Le plan que nous nous sommes tracé nous obligeant
d'en remettre l'analyse au prochain article, nous nous
bornerons à parler ici de la préface historique, qui est, à
elle seule , une des plus brillantes productions de notre
époque (2).
En quelques pages, M. Fourier a rassemblé, avec un
(1) Le roi a non seulement permis que les fonds fussent con-
tinués pour l'exécution de l'ouvrage ; mais il a encore ordonné que
la magnifique carte de l'Egypte , dressée sur les lieux par les ingé-
nieurs français , «ous la direction de M. Jacotin, et gravée ensuite
a\i dépôt de 1 guerre , fut annexée à l'atlas , comme un complément
indispensable.
(2) Dans la première édition , cette préface était jointe à l'atlas.
\
I
I
ARCHÉOLOGIE. 369^
art admirable et sans que jamais l'élégance ait été sacrifiée
à la concision 5 les élémens de plusieurs volumes : c'est
à la fois un tableau des révolutions diverses qu'a éprouvées
l'Egypte, depuis les tems les plus reculés; une histoire
complète de l'expédition française, et un résumé philoso-
phique de tous les travaux de l'institut du Raire. Son
style est constamment pur, harmonieux, plein d'images ,
fort de pensées. Il a je ne sais quoi de grandiose et d'im-
posant, qui se marie bien dans notre esprit avec les idées
que nous attachons à tous les souvenirs de l'Egypte.
Les citations so;it le meilleur éloge des bons ouvrages ;
nous n'aurons pas même ici de choix à faire. Dans un
écrit où tout est attrayant^ où tout est également digne
de l'attention du lecteur, le hasard nous servira aussi bien
que le goût le mieux exercé.
Après avoir raconté la conquête de l'Egypte par Sélîm I",
l'auteur jette un coup d'oeil rapide sur les divers change-
mens qui s'étaient opérés à la même époque dans les autres
montrées de l'univers : « Dans le tems que l'Egypte et la
Syrie recevaient de nouveaux maîtres, dit M. Fourier,
l'état politique et le commerce des nations subissaient des
changemens immenses et inattendus. Aucune époque de
l'histoire n'est plus féconde en grands événemens. La
puissance ottomane répandait la terreur dans l'Europe et
dans l'Asie. Plusieurs états chrétiens cessaient de recon-
naître l'autorité du pontife de Rome. L'islamisme éprou-*
vait une révolution semblable , et une secte récente ,
favorisée par les Sofis , divisait les pays mahométans. La
France appelait les beaux-arts qui illustraient l'Italie. Les
noms de François I", de Soliman , de Charles - Quint ,
remplissaient le monde entier. L'Europe, exerçant enfin
son propre génie , perfectionnait ses institutions civiles,
et rendait ses monarchies puissantes, par l'établissement
Tome xii. 2A
370 ARCHÉOLOGIE.
fixe des armées. L'art de l'imprimerie, les connaissance*
nautiques, les usages militaires, faisaient des progrès ex-
traordinaires. Les entreprises exécutées par Colomb et
Vasco de Gama tenaient tous les esprits en suspens. Les
Portugais et les Epagnols, sortis de leurs ports en suivant
des routes contraires , étaient surpris de se rencontrer à
la même extrémité de l'Asie. Le désir de s'emparer du
commerce de l'orient avait excité ces découvertes; et, en
effet, les riches productions des Indes suivirent une voie
jusqu'alors inconnue. L'Egypte , où elles se rassemblaient
depuis tant de siècles, et qui les transmettait à divers pays
d'Europe et d'Afrique , perdit les avantages qu'elle tenait
du fondateur d'Alexandrie. Les conquêtes des Portugais
nuisirent surtout aux Vénitiens, qu'une ligue formidable
n'avait point anéantis, et qui se trouvaient à toutes les issues
du commerce des Indes; ils virent leur grandeur décroître
et s'évanouir sans retour. Enfin , les relations qui unissaient
une multitude de villes et d'états furent bientôt inter-
rompues. En même tems, le génie inquiétât ambitieux des
Européens établissait des rapports nouveaux entre les par-
ties du monde les plus éloignées. Impatiens d'employer les
nouveaux instrumens de leur puissance, ils se servaient
de la boussole pour se diriger sur des terres inconnues, et
des armes à feu pour en subjuguer les peuples. »
Rapide et brillant dans ses narrations, M. Fourier sait
imprimer à son style une teinte plus austère et plus majes-
tueuse , toutes les fois qu'il parle des monumens de
FÉgypte. « L'Egypte, dit-il, qui aspirait à rendre ses éta-
blissemens immortels, et qui porte l'empreinte ineffaçable
de tous les arts, opposera long -tems la gravité sévère
et même excessive des plus anciens modèles à l'immobi-
lité et à l'inconstance naturelles de l'esprit humain. En effet,
le peuple le plus jaloux de produire des ouvrages durables
ARCHÉOLOGIE. 371
habitait le pays de la terre le plus propre à les conserver.
Ces monumens ont été construits , plusieurs siècles avant
que les villes de la Grèce fussent fondées. Ils ont vu naître
et s'évanouir la grandeur deTyr, deCarthage et d'Athènes.
Ils portaient déjà le nom d'antiquités égyptiennes , au
tems de Platon; et nos successeurs les admireront encore, à
^époque où, dans tous les autres lieux du globe, il ne restera
plus de vestiges des édifices qui subsistent aujourd'hui. »
Nous ne pouvons nous défendre de citer encore le mor-
ceau suivant, par lequel M. Fourier termine la Préface
historique, et où il a si bien caractérisé le génie des anciens
Égyptiens : « Us considéraient en quelque sorte comme
éternel ce qui appartenait à leur religion et à leur gou-
vernement; ils étaient entretenus dans cette pensée par
l'aspect continuel des grands monumens publics , qui de-
meuraient toujours les mêmes, et qui paraissaient n'être
point soumis à l'action du tems. Leurs législateurs avaient
jugé que cette impression morale contribuerait à la stabi-
lité de leur empire. C'est dans les mêmes vues que ce
peuple a gravé sur ses palais, sur ses temples et ses tom-
beaux, les images de ses dieux et de ses rois, les obser-
vations du ciel , les préceptes sacrés , le spectacle de son
culte et celui de la société civile. Toutes ces sculptures ,
et même les plus imparfaites, exciteront un vif intérêt :
elles sont les traces les plus anciennes que l'homme ait
laissées sur la terre; elles appartiennent à celte antique
civilisation de l'Asie , qui a précédé tous les tems histo-
riques de la Grèce; elles nous font entrevoir ce qu'étaient
alors l'esprit et les mœurs des nations. »
« On ne pourra point admirer les ouvrages de l'Egypte,
ni se rappeler les époques de sa gloire, sans considérer
' les malheurs que lui a causés la perte de ses lois, de ses
lumières et de son indépendance. On appréciera mieux
ses institutions ; on les regardera comme une source
2A*
372 * ARCHÉOLOGIE.
morale de prospérités^ qui n'était pas moins nécessaire ii
ce pays, que le fleuve qui l'arrose. On comparera surtout
l'état déplorable dans lequel il est tombé, arec l'opu-
lence que lui procurerait en peu d'années une adminis-
tration plus sage. Ainsi, l'étude de l'Egypte, si, féconde
en grands souvenirs , nous avertit encore que le déve-
loppement de l'intelligence et de l'industrie est attaché au
maintien de l'ordre public; elle nous fait mieux connaître
le prix des lois et d'un gouvernement stable et éclairé,
elle nous suggère de nouveaux motifs de les aimer. Cette
étude ne peut qu'inspirer des pensées justes et élevées ,
détourner de la recherche des ornemens frivoles, et rame-
ner à l'unité et à la simplicité des vues. Elle fera bien
connaître que les objets solides et durables ont une ma-
jesté qui leur est propre, et que, si l'élégance ingénieuse
des formes contribue à la perfection, l'idée du vrai beau ren-
ferme nécessairement celles de la stabilité et de la grandeur :
elle montrera ce principe dans tout son jour, et doit avoir
une influence utile sur le goût et les ouvrages du siècle. »
C'est ainsi qu'au charme de l'éloquence l'auteur sait
allier les conseils de la philosophie et les pensers d'un
esprit qui médite; ou, pour me servir de l'expression d'un
académicien célèbre , c'est ainsi qu'il a su réunir dans son
récit la grâce d'Athènes et la sagesse d'Egypte. Il est,
selon nous, plusieurs pages de cette composition remar-
quable qui n'auraient pas été désavouées par Bossuet lui-
même, écrivant son Discours sur l'Histoire universelle.
Placée à la tête d'un ouvrage monumental , cette Préface
ne saurait être mieux comparée qu'à l'un de ces majes-
tueux joy/d/zei- qui précèdent les temples égyptiens : comme
eux, elle dispose l'ame à des idées graves et solennelles ;
comme eux , elle semble nous suggérer cet esprit de recueil-
lement et de méditation que nous devons porter avec nous
en entrant dans le sanctuaire.
ARCaKOLOGîli:. 373
Inimédialcment après, commence la longue série des
monnmens de l'Egypte. Le lecteur impatient s'élance, pour
ainsi dire, sur les pas des voyageurs français, et pénètre
avec eux, par les confins de la Nubie, dans le pays célèbre
qu'il va parcourir. Mais Philae , qui fut autrefois la limite de
l'empire romain, a d'abord arrêté ses regards. A l'aspectdes
nombreux édifices dont elle est couverte , il lui semble que
toute l'île n*est elle-même qu'un seul monument élevé au
milieu des eaux. Passant ensuite la cataracte de Syène, il
fait le premier pas sur la terre d'Egypte , sur cette terre
vénérable où tout a commencé. Il marche alors de surprise
en surprise, se portant tour à tour d'une rive du Nil à
l'autre, jusqu'à ce que, arrivé enfin sur l'emplacement de
l'ancienne Thèbes, il modère un instant sa course pour
contempler autour de lui le plus beau spectacle de ruines
qui se soit jamais offert à la méditation des hommes.
Quelle réunion imposante de monumens! que de colosses
accumulés! quels travaux immenses! qu'elle devait être
puissante et prodigieuse la population qui avait fourni assez
de bras pour les exécuter ! ou plutôt combien de généra-
tions n'avaient pas dû s'écouler entre la génération qui les
vit entreprendre et celle qui les vit finir! (i) Jh. Agoub.
(i) Les découvertes de M. Gau dans la Nubie et celles plus im-
portantes et plus nombreuses que vient de faire M. Gailliaud , à
plus de cent quatre-vingts lieues au-dessus de Syène, ont prouvé que
les Egyptiens avaient construit des édifices bien au-delà des limites
qu'on a jusqu'ici assignées à leurs ouvrages. La Relation de M. Gail-
liaud , attendue avec impatience par les savans , doit jeter un grand
jour sur l'étude de cette partie de l'Afrique, presque entièrement
inconnue jusqu'à ce jour. La rédaction des notes de cet intéressant
voyageur est confiée à M. Jomard, l'un des principaux coopéra-
teurs de la Description de VEgypte. M. Gailliaud méritera un jour
d'être nommé le Continuateur de l'expédition française : quel
titre plus glorieux pourrait enflammer son zèle et le payer de ses
fatigues !
«,VV%tiVVVVVVVVVVVV%/VV\«^Vt.VVV«VVVVVVVV%VVVVVV«VVVVVVV«^'VVVhVV\VV%%'Vt/\/«VV^
m. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMÉRIQUE.
ÉTATS-UNIS.
108. The amerkan Journal of science and arts. — Journal amé-
ricain des sciences et des arts, rédigé par Benjamin Sillimaw, pro-
fesseur de chimie et de minéralogie, au collège de Yale. Tom. III,
n» 1 et 3. 4oo pages.
Ce recueil constate l'état des sciences en Amérique. On netrouverait
pas, dans les divers pays de l'Europe , un journal qui offrît plus de
variété , qui embrassât un plus grand nombre d'objets et qui réunît
plus de mémoires importans dans les différentes branches des
sciences. Ses cahiers, qui ne paraissent que par trimestre, ont ordi-
nairement aoo pages et sont accompagnés de gravures sur des sujets
de physique ou d'histoire naturelle, qui surpassent, pour le mérite
de l'exécution, tout ce qu'on publie dans le même genre en Angle-
terre. Ce recueil est le premier qu'on ait fondé aux Etats-Unis ,
exclusivement pour les sciences. Il comprend trois divisions^ celle
de la minéralogie, de la géologie, de Vart du mineur, celle de la
botanique et de la zoologie, celle de la Chimie, de la physique, des
mathématiques et des arts utiles ; enfin, celle de la médecine. On
remarque, dans la section géologie, une description très-intéressante
des mines de cuivre et de la masse du même métal, situées sur
les bords du lac Supéx'ieur. Le bloc de cuivre natif pèse deux mijlliers
et repose accidentellement sur un rocher de serpentine. Ce volume
contient des recherches sur la géologie de la Virginie , des envi-
rons du lac Huron, de la Caroline, sur le succin du cap Sable dans
(i) Nous indiquerons, par un astérisque (') placé à côté du titre
de chaque ouvrage, ceux des livres étrangers ou français qui
paraîtront dignes d'une attention particulière , et dont nous
rendrons quelquefois compte dans la section des analyses.
LIVRES ETRANGERS. 375
le Maryland, dans lequel le docteur Troo^i aurait trouvé un reste
fossile, qui lui a paru être le nid d'une de ces espèces d'insectes
qui vivent en société, circonstance importante pour l'hisloirc de
la formation du succin, si obscure encore ; des observations sur
des mines de fer, de manganèse et de plomb, sur le marbre Was-
hington, et sur un minéral nouveau auquel on a donné le nom
de Francklinite, parce qu'il a été trouvé dans les environs de la
ville qui a donné naissance à ce grand homme. La section bota-
nique de ce volume renferme des observations du professeur Raji'
nesque^ sur une méduse fossile, un calendrier de Flore fort dé-
taillé , pour les environs de Boston , des recherches sur les abeilles
mellifères de l'Amérique, et sur une petite caverne « située près
de Princeton, et que des ouvriers ont trouvée tellement remplie
d'ossemens fossiles de serpens à sonnettes qu'on a pu en charger
deux tombereaux. Ces serpens crotales auraient-ils dans leurs mœurs
quelque analogie avec ces mammifères qui sont venus mourir par
milliers dans les cavernes du Hartz et de la Franconie, ou bien
des circonstances extérieures semblables auraient-elles agi de la
même manière sur des animaux si difFérens par leur organisation,
La division de chimie et de physique est celle qui occupe le plus
de place dans le Journal Américain. Parmi les travaux des physi-
ciens des États-Unis, on distingue ceux du professeur Green sur un
cas de cristallisation instantanée, sur les eaux minérales factices, la
discussion de quelques points de théorie sur lesquels les chimistes
ne s'accordent pas ( la question des chlorures ou hydromuriates ) ,
des remarques très-intéressantes et fort exactes en général sur le
traité de Physique générale et particulière du docteur Enfield, dont
l'ouvrage, quoique fort utile, est incomplet ou inexact à bien des
égards. L'auteur de cette analyse se plaint de ce qu'il n'ait point ,
encore paru un traité de physique qui présente la théorie des accès
et de la polarisation de la lumière d'une manière élémentaire.
Ces théories, auxquelles il faut ajouter celle de la double réfrac-
tion, seront toujours très-diCBciles à exposer clairement, parce qu'elles
sont fondées sur des expériences fort délicates, qu il faut absolu-
ment voir-t et parce qu'il n'est pas aisé de les isoler des formules
analytiques qui en expriment toutes les circonstances. Elles sont
présentées dans la dernière édition de la physique de M. lïaiiy, dans
le Précis de physique de M. Biol (,Voy. Tome XI de la Revue ,
S76 LIVRES ÉTRANGERS.
p. 585), et surtout dans ses notes de la traduction de la Physique de
Fischer^ d'une manière aussi simple que le sujet le permet; le
savant rédacteur a donné , dans ce volume , un grand nombre de
notes importantes. On remarque, dans la section qui comprend les
arts mécaniques, un Mémoire du professeur Fischer^ sur la théorie
des presses à imprimer et sur le perfectionnement dont elles sont
susceptibles, et l'exposition d'une nouvelle méthode de construction
pour les ponts , qui a déjà été appliquée avec succès par M. Town.
On voit avec plaisir, par un extrait de la correspondance de M. Bron-
gniart, publiée par M. Silliman , qu'il s'est établi, entre ces deux
savanSj des relations très-actives , qui ne pourront que hâter les
progrès de la géologie , cette science que le savant français, en s'en
tenant aux faits, a tant contribué à rendre positive. On trouve
encore dans cet intéressant recueil la traduction du Mémoire
de M. Magendie, sur V absorption , et une suite d'observations sur
les effets de l'acide hydro-cya nique qui , en général, confirment
les résultats qu'ont obtenus les médecins français. G. Coqukbel,
X09. A Catalogue of minerais, etc. — Catalogue des minéraux qui
composent le cabinet de feu M. Benjamin de Witt, professeur de mi-
néralogie au collège des médecins et chirurgiens de New-York, au
nombre de plus de 1 1,000 échantillons , recueillis tant en Europe
qu'en Amérique. Albany, 1820. In-8'' de 108 pag. ( Cette collection
est à vendre. )
110. Narrative journal of travelsy etc. — Relation des voyages
entrepris en 1820, depuis le Détroit du nord-ouest, par la grande
chaîne des lacs américains jusqu'aux sources du Mississipi , par
H. R. ScHOOLCEAFT. i82i. 1 vol. in-8°, de 424 P^g-» avec une carte
de la partie septentrionale des États-Unis, et deux gravures.
Nous nous proposons de rendre plus tard un compte particulier
de cet intéressant ouvrage que l'auteur vient d'adresser à M. JuUien,
fondateur-directeur de la Revue, et dont un de nos collaborateurs a
témoigné le désir de publier une traduction française.
111. Adress, etc. — Adresse à ceux qui se proposent d'émigrer aux
Etats-Unis d'Amérique, pour former des établissemens d'agriculture
dans l'intérieur du pays, sur les avantages que les colonies trouvent
à posséder un capital capable de fournir à tous leurs besoins ; par
George Cocrtauld. Sudbury, 1820. In-8° de 4° pag.
Cette brochure contient une description curieuse des mœurs
r
LIVRES ÉTRANGERS. 377
d'une cok)nie d'Allemands , nommés Harmonistes , qui émigrè-
rent aux États - Unis, il y a environ dix -sept ans, sous la con-
duite de Frédéric Rapp, et qui sont aujourd'hui établis sur les
bords de la Wabash, dans l'état d'Indiana. B-r,
EUROPE.
GRANDE-BRETAGNE.
H2. — Views of Society and manners in America. — Coup d'œil
sur l'état de la société et des mœurs , en Amérique , ou Lettres
écrites en 1818, 1819 et 1820, par une dame anglaise. LondreSjiSzK
1 vol. de 523 pages in-S".
Il est presque impossible de trouver un voyageur anglais qui soit
juste envers le peuple des Etats-Unis d'Amérique. La fierté britan-
nique se sent humiliée d'avoir vu un vaste pays, naguère soumis
à la domination de l'Angleterre, exploité par elle comme une co-
lonie , devenu désormais indépendant. Les Anglais souffrent déjà
d'un cruel pressentiment qui leur dit que bientôt l'Amérique leur
disputera , leur enlèvera peut-être le trident de Neptune, ce sceptre
du monde, que la fîère Albion a toujours regardé comme son apa-
nage exclusif. L'esprit commercial s'effraie de l'accroissement pro-
gressif et rapide que prennent l'industrie et le commerce des Améri-
cains. Les hommes à préjugés, et les Anglais le sont communément,
qui prétendaient autrefois que , hors de leurs pays , il n'y avait que
mauvaises mœurs , corruption , ignorance , voient avec une sorte de
dépit régner partout , en Amérique, les vertus domestiques et so-
ciales ; ils s'étonnent d'y trouver une masse de connaissances utiles
de toute espèce, et une tendance générale à les augmenter. Enfin,
les admirateurs de la constitution anglaise sont désagréablement
surpris, en voyant la liberté et le règne des lois se consolider en
Amérique , tandis que l'arbitraire , le despotisme et l'oligarchie mi-
nistérielle font tous les jours des progrès effrayans dans la prétendue
terre classique de la liberté. Un voyageur qui, pénétré de pareilles
idées, arrive chez une nation rivale de la sienne, est ordinaire-
ment peu disposé à lui rendre justice. La dame anglaise, auteur du
livre que nous annonçons , sort de la classe ordinaire de ces voya-
geurs. En effet , après avoir lu les vingt-huit lettres dont se com-
pose le volume, on est forcé de croire que l'Amérique septentrionale
378 LIVRES ÉTRANGERS.
est dans un état progressif de prospérité. L'auteur a su peindre ,
avec les couleurs les plus vives et les plus brillantes, l'intérieur des
familles, la vie sociale, le caractère du peuple, même dans les
plus basses classes; l'état de l'instruction publique, celui de la re-
ligion et de la tolérance religieuse ; l'industrie , le commerce , les
finances, la législation ; enfin, tout ce qu'il importe de connaître
dans un pays civilisé : rien a'a échappé à sa pénétration et à sa sa >
gacité. Soit qu'elle nous montre la modeste simplicité du président
au milieu des ambassadeurs étrangers et dans les cercles particu-
liers; soit qu'elle nous conduise dans la chaumière du cultivateur, ou
dans la hutte de l'indien sauvage; soit enfin qu'elle peigne les mer-
veilles de la nature , telles que la chute du Niagara, ou les lacs Onta-
rio, Erié et Champlain , son récit est toujours empreint du cachet de
la vérité. On pourrait peut-être l'accuser d'avoir quelquefois exagéré
en beau, comme la plupart de ses compatriotes le font en mal;
mais nous osons assurer que cette accusation serait injuste. D'abord ,
ce n'est pas un enthousiasme aveugle qui a guidé sa plume ; son
admiration est toujours raisonnée. Ensuite, nous avons remarqué
que les premières lettres sont un peu froides , mais que peu à
peu le style s'anime et prend de la chaleur ; la lettre qui suit est
toujours plus intéressante que celle qui précède 9 et cet intérêt
est toujours progessif jusqu'à la dernière page du volume. Ce
que nous venons de dire prouve, à notre avis, que l'auteur, ar-
rivé en Amérique avec peu de notions préliminaires , peut - être
même avec des préventions défavorables, a cru devoir écrire avec
prudence et circonspection, pour ne pas se compiomettre par des
jugemens hasardés ; et qu'à mesure qu'elle a'obtenu des connaissances
plus positives, sa plume est devenue plus hardie pour tracer des
vérités que l'écrivain ne craignait plus de voir contredites ni ré-
futées. Nous serions bien trompés, si ces considérations ne suffisaient
pas pour donner un grand crédit à l'ouvrage de la dame anglaise.
Le seul enthousiasme dont l'auteur se montre susceptible , est
celui d'une sage liberté. Nous voudrions exti-aire de ce livre un
court passage, qui pût faiie connaître, non seulement la manière
d'écrire de l'auteur, mais aussi quelqu'une des anecdotes très -in-
téressantes, dont son ouvrage est rempli. Nous citerons le com-
mencement de la vingtième lettre. « II n'y a aujourd'hui aucune
apparence d'une niinoritc régulière cl pcrmancnlc dans la nation ,
I
LIVRES ÉTRANGERS. 379
et par conséquent dans la chambre du Congrès. On ne dispute plus
sur la manière dont la nation doit êti'e gouvernée ; il est maintenant
reconnu, tant en théorie qu'en pratique, que la souveraineté ap-
partient au peuple , qui a consenti d'exercer cette souveraineté par
ses représentans , sous la condition qu'ils suivront les instructions
données par les électeurs. Dans le cas où ils ne s'y conformeraient
pas, ils sont mis de côté, et d'autres sont élus à leur place. Ici, une
opposition' de ceux qui gouvernent contre ceux qui sont gouvernés
ne serait qu'absurde; ils sont les serviteurs du peuple , et non pas
ses maîtres ; ils sont investis seulement du degré de pouvoir que
ceux qui les emploient ont jugé à propos de leur confier; ils sont
tenus d'exercer ce pouvoir, non pas comme il leur plaît, mais comme
il plaît à la nation. »
L'auteur ajoute la note suivante ; « Ainsi , il peut arriver qu'un
représentant se trouve placé dans une sorte de lutte entre sa propre
conviction et la volonté expresse de ses électeurs. Il peut encore
arriver que, dans un pareil conflit, le représentant obéisse à sa cons-
cience. Je me rappelle une circonstance relative à un M. Baldwin,
membre distingué du congrès pour la partie occidentale de la Pen-
sylvauie, qui vota une fois d'une manière contraire aux instructions
qu'il avait reçues. De retour dans son pays, il fut invité à donner
des explications sur son vote , sous peine d'être expulsé. M. Baldwin
répondit qu'au moment où il votait, il avait témoigné ses regrets
de voir que son opinion était tout-à-fait opposée à celle de ses
électeurs ; que néanmoins il serait indigne de la place distinguée
qu'il occupait , et de la confiance publique dont il avait été honoré
pendant de longues années , s'il se justifiait d'avoir voté conformé-
ment à son propre jugement ; que ses concitoyens auraient raison
de donner leurs voix à l'homme dont les sentimens seraient plus
en harmonie avec les leurs , que les siens ne l'avaient été dans cette
circonstance ; que , pour ce qui le regardait personnellement , il né
pouvait promettre autre chose que d'examiner avec une attention
scrupuleuse , toutes les questions proposées , et de prendre en grande
considération les vœux de ses constitua ns , mais non de voter jamais
contre sa conscience. Ses concitoyens applaudirent à cette décla-
ration ; et, sa conduite ferme et honorable étant considérée comme
une nouvelle preuve de son intégrité, M. Baldwin f«t unanime-
ment réélu, »
380 LIVRES ETRANGERS.
Nous regrettons de ne pouvoir donner un abrégé de la vingt-
cinquième lettre qui contient des détails pleins d'intérêt sur le
colonel Eugée j connu par sa démarche généreuse pour tirer le
général Lafayette des prisons d'Olmutz. On sait qu'après avoir
échoué dans cette noble entreprise , le colonnel Eugée fut enfermé
lui-même dans un cachot infect , d'où il ne sortit qu'après huit
mois de cruelles souffrances, et dans un état de santé déplorable.
On nous assure q.ue la dame , auteur de l'ouvrage que nous an-
nonçons, est maintenant en France , où elle compte au nombre de
ses plus douces jouissances celle d'avoir fait la connaissance per-
sonnelle d'un homme célèbre, qui a joué un rôle très-brillant dans
le pays dont elle nous a donné une description si attrayante.
Heiberg.
ii3. — On ihe liharly of ihe press and public discussion , etc. —
De la liberté de la presse et de la discussion publique des actes de
l'autorité^ par Jérémie Bektham. Londres. 1821. William Hone. Broch.
in 8° de 28 pages.
Jérémie Bentham est un de ces esprits supérieurs qui joignent
une profonde pensée à une vaste instruction. Ce n'est pas à lui
qu'on peut faire le reproche que Montaigne adresse aux pédans ,
de n'avoir qu'une suffisance fune capacité) livresque. Après avoir
beaucoup lu , le philosophe anglais a fermé ses livres , il a étudié
les hommes; et c'est dans cette œuvre immense, quelquefois obs-
cure, mais toujours instructive, quand on en tient la clef, qu'il nous
fait lire à côté de lui. Son Traité de législation renferme toute la
philosophie de la science des lois. Ce fut la méthode suivie dans
les bons ouvrages de médecine et de physiologie , qui lui en fournit
le plan : il conçut le dessein de traiter les maladies morales et
politiques , comme les médecins habiles traitent celles du corps ;
de là , cette belle classification des maux et des remèdes, dont aucun
jurisconsulte ne peut plus se passer, s'il veut être au niveau de son
siècle et de son sujet.
Dans sa Tactique des assemblées délibérantes et dans son Traité
des sophismes politiques , Bentham a profité de la longue expérience
que lui offraient son propre pays et le spectacle des débats parlemen-
taires. Sa liste des sophismes employés dans les assemblées déli-
bérantes , et la manière si originale dont il les caractérise , est
peut-être le plus curieux cl le plus utile de tous les ouvrages de
LIVRES ÉTRANGERS. 381
politique rationnelle qu'on ait jamais faits. A l'aide de cette des-
cription , rien de plus aisé que de reconnaître et de nommer, h
mesure qu'ils passent, ces argumens au moyen desquels on réussit
trop souvent à faire prévaloir, dans les assemblées délibérantes, les
intérêts du petit nombre sur l'intérêt général.
La brochure , dont le titre est en tête de cet article , est com-
posée de quatre lettres adressées à la nation espagnole, à l'occasion
des lois proposées dans les Cortès , relativement aux délits de la
presse et aux réunions politiques. Ces lettres arrivèrent trop tard
pour pouvoir être traduites et imprimées, avant que la loi fût rendue;
mais, comme elles sont d'un intérêt de tous les tems et de tous
les lieux , leur illustre auteur a cru devoir en faire jouir le public.
Il établit nettement que , sans la liberté de la presse et la dis-
cussion publique des actes de l'autorité , il est insensé de s'ima-
giner que l'on peut être bien gouverné. Les hommes ne cessent
pas d'être hommes, en arrivant au pouvoir : il faut un frein puissant
qui les empêche de sacrifier l'intérêt public à leur intérêt particu-
lier, à l'intérêt de leurs protecteurs et de leurs protégés ; et ce frein,
quel peut-il être que la crainte d'être traduit au tribunal de l'opi-
nion ? D'un autre côté, le public a le droit de prendre connaissance
de ce que l'on fait pour et contre lui. Quand on bâillonne les
écrivains , ce n'est pas à eux que l'on fait tort ; c'est à la société,
qui est bien plus intéressée à savoir la vérité, qu'ils ne sont intéressés
à la dire.
Il n'est pas possible de suivre l'auteur dans la discussion des
dangers qui accompagnent la liberté de la presse. Il montre que
ces dangers sont pour ceux qui font un mauvais usage du pouvoir ,
et non pour ceux qui l'exercent en conscience. Il y joint quel-
ques sévères remarques sur l'administration de l'Angleterre.
J. B. S.
ii4« — Three Tracts relative to the Spanish and Portugueze
affizirs, etc. —Trois Traités sur les affaires d'Espagne, et de
Portugal , où l'on ne perd pas de vue celles d'Angleterre. Par
Jérémie Bentham. Londres, 1821. William Hone. Brochure de
60 pages.
Le premier de ces Traités a rapport à un écrit de Don Félix
José ReynosOi où cet Espagnol proposait l'établissement d'une
chambre des pairs dans son pays. Gomme on avait lieu de craindre»
382 LIVRES ÉTRANGERS.
en Espagne , que cette tentative ne fût un premier essai à l'intro-
duction des abus dont on cherche à surcharger le système repré-
sentatif,- des publicistes zélés s'adressèrent à Jérémie Bentham
pour qu'il apportât le poids de son imposante opinion dans l'autre
bassin de la balance. Il composa , en efiPet , ce petit Traité qui fut
traduit en espagnol , et où il combat cet esprit d'imitation servile
qui représente la constitution anglaise comme le modèle des cons-
titutions , et la chambre haute comme une institution à imiter.
11 fait voir comment cette fameuse constitution anglaise vit sur
son crédit qu'elle ne mérite plus. « Quant à nos libertés si vantées,
ajoute-t-il , imparfaites comme elles le furent toujours , nous ne les
avons plus j et, si nous devons jamais en jouir de nouveau , il faudra
qu'elles soient reconquises. Notre gouvernement est déjà un gou-
vernement militaire ; et si quelque enfant pleure quelque part ,
vite des troupes y sont envoyées. Nos légistes sont les instrumens du
pouvoir. Si quelques-uns se montrent dans l'opposition , c'est afin
de se mettre à plus haut prix , quand sera venu le moment de se
vendre. Les formes de la constitution sont conservées, mais la
substance a disparu ; nos soi-disant représentans ne représentent
plus que les vampires qui nous rongent, etc. »
Dans le second Traité , Bentham se propose de prouver que les
délais apportés dans l'instruction judiciaire contre les auteurs du
massacre de Cadix, ont pour objet de les soustraire à la vindicte
des lois. Il y examine, en profond. jurisconsulte, cette maxime de
Montesquieu, que les formes sont la sauve-garde de l'innocence.
Il montre que la question ne peut pas être établie ainsi , et qu'il
faut dire ^ue/Zes formes sont protectrices de l'innocence, car il y
en a qui ne protègent que le crime.
Le troisième Traité a pour objet de donner quelques conseils
aux Cortès de Portugal , relativement aux articles de la constitu-
tion espagnole qu'ils doivent rejeter. Les dispositions blâmées par
Bentham sont : i» celle qui interdit tout amendement à cette cons-
titution pendant huit années; 2'» celle qui ne permet de réélire
aucun des membres de la précédente législature ; 3* celle qui borne
la durée des sessions à quatre mois au plus par année ; 4° celle qui
établit la biennalité au lieu de l'annualité dans les élections.
La brochure est terminée par l'extrait du procès - verbal des
Cortès de Lisbonne, qui contient les remercîmens adressés par les
LIVRES ÉTRANGERS. 385
représentans de la nation portugaise i\ Jérémie Bentham , et Tordre
donné à la Régence de faire imprimer et distribuer son ouvrage
dans les deux langues, anglaise et portugaise. J. B. S.
II 5. — The village Minslrel , and olher poems. — Le Ménestrel du
.village, suivi d'autres poésies, par Jonh Clahe, paysan du Nor-
thamptonshire , auteur des Poèmes descriptifs sur la pie champêtre
et les beautés de la campagne. Londres, 1821, Taylor et Hersey,
2 vol. in- 12.
Inspiré par la vue de la nature, un pauvre paysan la décrit en
vers harmonieux ; une de ses productions qui enveloppait les fruits
qu'il portait au marché , tombe entre les mains d'un libraire géné-
reux et éclairé ; il va trouver Clare, parcourt ses poésies, et s'en fait
l'éditeur (Vo^. Reu. Encycl,^ T. VI, pag. i5i). A peine l'ouvrage
est-il publié , que l'affluence des acheteurs oblige d'en publier
une seconde édition. Une souscription, ouverte en faveur du poète
malheureux , est bientôt remplie ; et Clare , possesseur de 45 liv.
stcrl. de rente (onze à douze cents francs), offre maintenant au
public les fruits de son loisir. Ces poésies , plus pures que celles
qu'il publia d'abord, sont empreintes du même caractère d'origi-
nalité. Le morceau sur les nuages est un des plus remarquables.
Il y a aussi beaucoup de sentiment dans le récit que fait une
vieille femme de la mort d'une jeune fille qui s'est suicidée. A
en juger par les dififérens genres de poésie dans lesquels Clare s'est
essayé , il paraît avoir profité de sa nouvelle fortune pour lire les
anciens auteurs, et agrandir le cercle de ses connaissances. Une
libéralité philantropique et bien entendue aura valu à l'Angleterre
un bon poète de plus, L. S. B.
POLOGNE.
116. — Joachima Lelewela Badania starozytnosci we wzgledzie
geografii. — Recherches sur la géographie ancienne, par Joachim
Lelewel ; ouvrage accompagné de cinquante cartes géographiques,
gravées par l'auteur lui-même, sur 19 planches. Varsovie et Vilna,
1821. 1 vol. in-80.
Cet ouvrage est le fruit de plus de dix années de travail d'un
homme qui a consacré tout son tems à l'étude des auteurs de
l'antiquité. Un esprit juste, aidé d'une sagacité peu commune,
lui a fait concevoir plusieurs idées neuves, qui sont directement
S84 LIVRES ETRANGERS.
opposées aux systèmes adoptés jusqu'ici pour la géographie an-
cienne. On ignore quelles sont les circonstances qui ont empêché
l'auteur d'offrir au public l'ouvrage entier. Le seul volume qui ait
paru est d'un très grand intérêt; il comprend d'abord une analyse
raisonnée , mais rapide des systèmes connus sur la géographie
ancienne, et en particulier de celui de M. Gosselin, que l'auteur est
loin d'adopter ; puis , l'histoire de la géographie ancienne , qu'il
appuie par des recherches et des preuves auxquelles est consacré
le reste de l'ouvrage ; enfin, une exposition comparée des anciennes
mesures géographiques. Le second volume , encore inédit, doit con-
tenir beaucoup d'éclaircissemens et de détails curieux pour l'his-
toire de la géographie. M. Leiewel a gravé lui-même les cinquante
cartes jointes à l'ouvrage. On regrette que la langue dans laquelle
cet auteur a écrit l'empêche d'être connu, comme il le mériterait,
des étrangers. Sa vaste et profonde érudition serait certainement
récompensée par une réputation très-étendue que sa seule patrie
ne peut lui offrir. A. J.
SUÈDE.
117. — 1 . Specimina Uteraturœ islandicœ^veteris et hodier7ios.,etc,—~
Spécimen de littérature islandaise, ancienne et moderne, publiés par
Ch. Rask. Stockolm, 1819 1 vol. in-8°.
117. — 2. Snorra Edda^ — li'Edd^ de Snorron. Stockholm, iSiS.
1 vol. in-S".
Le célèbre voyageur danois, M. Rask, professeur et second bi-
bliothécaire de l'université de Copenhague , dont la Reloue a sou-
vent eu occasion de parler, et qui voyage aujourd'hui dans les Indes
orientales , pour rechercher et étudier l'origine et la filiation des
langues européennes et asiatiques, a publié ces deux ouvrages en
langue islandaise , pendant son séjour en Suède. De là, il passa
en Finlande pour apprendre la langue peu connue de ce pays; en-
suite en Russie, où il a publié, dit-on, d'autres ouvrages pleins de
recherches savantes , qui ne nous sont pas encore parvenus. On
attend avec impatience le retour de ce savant voyageur , qui ,
connaissant les dangers auxquels il est exposé dans les pays bar-
bares qu'il parcourt, a pris la précaution d'envoyer en Europe la
plus grande partie de ses notes manuscrites. HEiBEac.
LIVRES ETRA^GE^iS. ?M
ALLEMAGNE.
119. TIeinrich Laden' s Geschichte, etc. — Histoire générale de*
penples et des états du moyen âge, par Henry Lude:». léna ,
1821. In-S"».
Depuis que Cellarius a donné on petit traité sur le moyen âge ,
les études des Allemands se sont dirigées vers cette époque ; mais,
quoique depuis Cellarius il se soit écoulé plus d'un siècle , on n'est
pas encore parvenu à rendre la tâche facile. Il ne suffît pas , en
eflPet, d'être bon historien pour tracer un tableau fidèle du moyen
âge : il faut saisir le fil d'Ariane , et sortir de ce labyrinthe de faits
et de dates , d'erreurs et d'obscurités ; il faut y porter le flambeau
de la philosophie, comme l'ont fait, en Angleterre, Gibbon,
Robertson et Hallam, L'ouvrage de M. Luden et les recherches
philosophiques de Buchholtz pourront placer l'Allemagne à côté
de l'Angleterre , dans ce genre de recherches. Il ne faut pas croire,
cependant, que INI. Luden se soit défendu de l'esprit de système,
qui souvent gâte les plus beaux résultats , surtout en fait d'histoire.
Voici quelle est la manière dont il a traité son sujet. Selon lui,
l'antiquité cesse au moment même où l'empire romain finit. Aussitôt
après sa chute, le moyen âge commence, et l'Allemagne occupe
la scène du monde ; c'est elle qu'il faut étudier pour suivre les
progrès de l'esprit humain. M. Luden va plus loin encore : les
peuples qui n'ont pas eu de rapport avec la Germanie , tels que
les Arabes , les Chinois , les Turcs, etc., n'appartiennent pas , à
proprement parler , au moyen âge : leur histoire a passé en même
tems ; elle a traversé les mêmes siècles , mais ils ne font point
partie de la grande civilisation germanique; ils ne sont là que comme
des ombres, pour faire ressortir le tableau. Quoi qu'il en soit, le
patriotisme est un sentiment si noble et si respectable , qu'on
serait tenté d'excuser, même dans l'historien, les erreurs où il
peut quelquefois l'entraîner. M. Luden apporte, d'ailleurs, dans la
discussion , une critique éclairée; il examine les opinions des détrac-
teurs exclusifs du moyen âge , avec une juste sévérité. D'un autre
côté , il nous montre , dans les défenseurs de cette époque , des
hommes qui voudraient nous y ramener à leur profit. Nous ne
pouvons suivre l'auteur dans les développemfjns qu'il a donnés
Tome xii. 25
386 LIVRIiS ilTRANGEllS.
à son sujet , ni même indiquer les excellentes divisions qu'il a
tracées; mais notre impartialité nous oblige de lui reprocher l'omis-
sion de toute indication de sources et de pièces justificatiTes.
L'historien qui recueille et reproduit des faits dont il n'a pas été
témoin , n'en doit pas être cru sur parole ; il est de son devoir
d'indiquer les routes par lesquelles il a passé , afin qu'à son tour le
lecteur puisse les parcourir , et juger par lui-même l'histoire et
l'historien. Ph. Golbéhy.
120. — Erinnerungen aus dem leben Johann Gostfrieds von Her-
der. — Souvenirs de la vie de Jean Godefroi de Herder , publiés par
MuLLER. Tubingue, 1820. Cotta.
Les moindres circonstances qui se rattachent à la vie d'un homme
justement célèbre, ont droit de réveiller l'attention et d'exciter l'in-
térêt. A ce titre, Herder méritait que la main fidèle de l'amitié
rassemblât les matériaux épars de son histoire et les livrât au public,
impatient de les connaître. Herder est l'un des écrivains les plus dis-
tingués de l'Allemagne , et sa Philosophie de V histoire est un des
ouvrages les plus remarquables qu'on ait jamais publiés en ce genre.
121. — Deutsche r Ehren-Tem-pel. — Le Temple de l'honneur;
par HuNNiNGs, Gotha, 1821.
Ce Temple de l'honnour n'est autre chose qu'une biographie des
éciivains allemands les plus distingués. On remarque, dans le
nombre , les vies de Schiller, Herder et Wieland. C. J.
12 2. (*) — Symbolik und My thologie der alten f^olker Besonders
der Griechen , etc. — Symbolique et Mythologie des peuples anciens,
particulièrement des Grecs; par le docteur Frédéric CaKozBa, pro-
fesseur de littérature ancienne à Heidelberg : seconde édition en-
tièrement perfectionnée et corrigée. Leipsick , Darmstadt, 1821.
Charles-Guillaume Lesre. IV« vol., gros in-8° , 740 pages. Impri-
merie d'Engelmann , à Heidelberg.
Nous avions depuis long tems le projet de consacrer un ou plu-
seurs articles à cet important ouvrage, dont les trois premiers vo-
lumes, que nous avions fait venir exprès d'Allemagne, avaient été
confiés à l'un de nos collaborateurs , qui, par des circonstances de
voyages et de maladie , indépendantes de sa volonté , n'a pu remplie
la tâche dont il avait lui-même demandé à se charger. Nous avons
pris des mesures pour mettre un terme à ce retard beaucoup trop
prolongé; et un autre collaborateur de la Reuue , non moins capable
LIVRES ETRANGERS. 387
que le premier de bien apprécier les savantes recherches de M. Creu-
zcr, a commencé à s'en occuper. Mais, en attendant qu'il puisse
nous remettre son travail, nous indiquerons sommairement les ma-
tières traitées dans ce nouveau volume : l'auteur examine le culte
de Cérès et de Proserpine en Coichide, en Crète, en Argolide, dans
l'Asie-Mineure, en Béotie , à Athènes. Il parle de Thésée, d'Ariadne,
du Minotaure , d'Acheloiis, d'Érysichton , de Proserpine -Vénus,
de Proserpine-Diane , de Proserpine-Minerve , etc. II jette un coup
d'œil sur les doctrines déjà traitées des Égyptiens , des Babyloniens
et des Perses; puis, sur les mystèr^;s d'Eleusis, ses temples, ses
prêtres, ses traditions ; sur les thesmophories des Athéniens; enfin,
sur les premières époques du christianisme, et il donne sur ce sujet
deux appendices, dont l'un , par C. UUmam, contient un aperçu
des rapports entre les fêtes chrétiennes et les t'êtes religieuses précé-
demment célébrées. J. M. A.
123. — Inscriptiones grœcœ qiias Lipsenolheca quœdam niafçna
coniinet, quœ ff^eilburgi asseri^atur. Wisbaden , i820,in-4°.
Ce petit cahier de 5o pages contient la description d'un reliquaire
fort curieux, pris à Constantinople, au commencement du xui* siècle,
lorsque les Fiançais et les Vénitiens, sous la conduite de Baudouin,
fondèrent l'empire des Latins. Un chevalier trévirois , Henri d'Ul-
mena, apporta ce reliquaire dans sa patrie, en 1207, et en fit pré-
sent à un couvent de religieuses, établi dans une île de la Moselle.
A l'approche des Français , pendant la guerre de la révolution ,
l'électeur de Trêves le fit enlever, et l'emporta sur la rive droite
du Rhin, où il fit partie de son trésor particulier, jusqu'à ce qu'enfin
ce trésor et ses états eux-mêmes furent cédés au prince de Nassau.
Dès l'année 1670 , Bromer, dans ses Antiquitates Treuirenses<,T. II,
page 101, a parlé de ce monument précieux; mais il ne l'a pas
décrit avec soin. M. Krebs a pensé qu'il ferait quelque chose d'utile
pour l'histoire de l'art , en donnant les moyens de mieux connaître
les inscriptions dont le reliquaire est chargé. 11 en a fait une
exacte description : la boîte qui le contient est longue d'un pied
neuf pouces, haute de trois pouces, et large d'un pied trois pouces.
Une lame d'argent garnit le couvercle entier, et cinq cents perles ou
pierres précieuses l'entourent ; en dedans , est un morceau de la
vraie croix, chargé de vers ïambes : d'autres vers entourent la boîte,
mais ceux-ci pèchent contre la mesure. L'auteur de la description
25 *
388 LlVPiUS laRANGERS.
pense que ce reliquaire fut fait vers le milieu du x* siècle; car, la
grande croix du milieu portant les noms de Constantin et d« Ro-
main , on peut supposer que ce furent Constantin Vil et R.omain II
qui en ordonnèrent la composition.
On trouve, dans la dissertation que nous annonçons, une vaste
érudition puisée dans les auteurs de la collection byzantine, et le
lecteur sans doute ne s'attend pas que la description d'un simple
reliquaire îe puisse mener si loin dans la connaissance d'une des
plus belles époques de l'bistoire. On y trouve entre autres des vues
fort ingénieuses sur l'emploi du mot Ast'ttothç, sous les Paléologues.
« Alors , dit l'auteur, ce titre était devenu propre aux fils des em-
pereurs; mais, du tems de notre Constantin (c'est celui que les bis-
toriens de Byzance appellent Porphyrogénète) ^ le titre de AêtrTroTxf
n'appartenait qu'aux empereurs. » Il se sert , pour appuyer son
opinion, d'un passage de Dufresne, dans son ouvrage : De Numniis
Pjzantinis ^ page Sj, et d'un autre de Marchant, qui, dans ses Mé-
langes de Numismatique^ explique les lettres C 4> P *i, comme étant
les initiales de ces mots : "^Tctvpi (Çvxetff-c-e Pa^stvcv fea-froTUv.
M. Krebs a fait lithographier lejac simile des inscriptions ; c'est
un service qu'il a rendu aux amateurs de paléographie. Il y a beau-
coup de sagacité dans la manière dont il entend les abréviations
qui en embarrassent la lecture. En général, nous croyons que les
antiquaires, plus encore que les dévots, lui sauront gré de s'être
occupé de reliques. Ph. Golbkhy.
124. — Uberlehen und Gedicht des Apollonius von Rhodus^ etc.
— Sur la vie et les ouvrages d'Apollonius de Rhodes; dissertation
historique et critique, par Auguste Wkichert, de la Société latine
d'Iéna, etc., etc. Meissen, 1821.
L'auteur du poème des Argonautes appartient à l'une des épo-
ques les plus marquantes de l'histoire littéraire. Contemporain de
Callimaque , il en fut aussi l'élève ; mais bientôt le disciple et le
maître devinrent ennemis. Le poème d'Apollonius souffrit beaucoup
des dissentions qui s'élevèrent entre eux ; Callimaque était le légis-
I
lateur suprême de l'opinion dans Alexandrie; il accabla son rivai
de tout le poids de son crédit. Apollonius n'y put répondre que par
une épigramme et se vit contraint d'aller à Rhodes enseigner l'clo-
quencs. Lii, il s'appliqua de nouveau à perfectionner son ouvrage.
Les Rhodicus en furent charmés, ct^lui décernèrent le titre de ci-
LlVRJEîi KTRAi^GEBtS. 389
loyen. M. Weichert établit avec beaucoup d'érudition qu'Apollo-
nius brillait de tout l'éclat de son génie sous Ptolémée Evergète,
mais que c'est une erreur de fixer sous ce règne l'époque à la-
quelle il fut fait bibliothécaire du Musée. Voici sa manière de rai-
sonner : Il pose comme base certaine', que le poète dont il écrit la
vie, succéda, dans cette charge, à Eratosthène; or, Eratosthène
était né dans le cours de la 126* olympiade et vécut de quatre-
vingts à quatre-vingt-deux ans. Quelle que soit celle des quatre années
de la 126' olympiade à laquelle on reporte sa naissance , il n'en res-
tera pas moins démontré que ce savant bibliothécaire était encore
en fonctions sous le règne du cinquième des Ptolémées, surnommé
Épiphane, et qu'Apollonius ne put lui succéder que huit à neuf ans
après r avènement de ce prince. Callimaque , pour lors, n'était plus.
Cet illustre écrivain avait déshonoré sa muse par une virulente dia-
tribe contre Apollonius ; il ne nous en est resté qu'une imitation,
qui porte, comme elle, le titre d'iLisy et cette imitation est d'Ovide.
M. Weichert examine avec un grand soin pourquoi l'un et l'autre
poète se sont servis du mot Ibis. Quant à Ovide, la question ne
soufire pas de bien grandes difficultés ; car il suffisait de l'illustre
exemple donné par Callimaque pour qu'il se présentât des imita-
teurs. Mais quelle raison avait le poète grec pour désigner son
rival par le nom de cet oiseau î M. Weichert combat l'opinion
ide ceux qui prétendent que, par là, Callimaque faisait allusion à
la qualité d'Egyptien. Comment, en effet, supposer que Callimaque,
jui lui-même s'était acquis cette qualité par sa résidence continue
dans ce pays, eût voulu en faire un crime à son adversaire f Com-
ment encore admettre qu'écrivant à la cour des Ptolémées, égyp-
tiens eux-mêmes, il eût osé se moquer des Égyptiens? L'auteur de
[la dissertation substitue à cette conjecture une opinion qui, quoique
spécieuse, pourrait bien n'être pas plus fondée. Il pense qu'Apol-
lonius avait dans ses traits quelque chose qui se rapprochait de la
conformation de l'Ibis, et se prévaut de la coutume des anciens qui,
sur la plus légère conformité de ce genre, donnaient parfois des
surnoms à toute une famille. 11 en rapporte des exemples, et l'on
pourrait, à ce sujet, lire une dissertation insérée dans les Mémoires
de l'académie des inscriptions, T. XIV, p. 188. Mais tout cela
n'éclaircit rien quant au titre donné par Callimaque à sa satire : il
faut à la biographie des faits plus positifs, et ces farts souvent sont
390 LIVRES ETRANGERS.
ensevelis à jamais dans Toubli qui couvre les anecdotes d'un tems
si éloigné de nous. On pense bien que M. Weichert, enthousiaste
d'Apollonius, se déclare l'ennemi de Callimaque : aussi, n'accorde-
t-il à ce dernier qu'une froide érudition dont la pesanteur ne pou-
vait permettre aucun essor au génie poétique. De tout tems , les
hommes qui ont beaucoup travaillé sur un auteur se sont déclarés
les champions exclusifs de l'objet de leurs veilles ; aussi, nous n'en
ferons pas un reproche à M. Weichert, et nous n'en recommande-
rons pas moins son livre à ceux qui lisent l'allemand. Us seront ,
comme nous, agréablement surpris de trouver, sous un titre aussi
modeste, l'histoire approfondie de la littérature à Alexandrie.
Ph. GOLBISEY.
125. — Briefe, etc. — Lettres à une dame allemande, sur les poètes
anglais modernes, par Jacobsen. Altona, i8ao. Hammerich. In-8°
de 74i pages. ,
Cet ouvrage contient des détails sur la vie des poètes anglais
modernes, les jugemens des critiques sur leurs productions et des
morceaux choisis de chacun d'eux. On remarque dans le nombre
les articles de lord Byron, Walter Scott, Thomas Moore, Camp-
bell et miss Edgeworth. Ce recueil , orné de plusieurs gravures ,
est fait avec goût. L'auteur, qui , ordinairement , se contente de
rapporter l'opinion des autres, donne aussi quelquefois la sienne ,
et elle est toujours aussi sage que modestement exprimée. C. J.
126. — Almanach de Gotha ., pour V année 1822. Cinquante-neu-
vième année. 1 vol. in-i8de 160 pagos, avec gravures. Gotha, Jussus
Perthes ; et à Paris , chez Treuttell et Wiirtz , libr. , rue de Bourbon,
n" 17. Prix j 5 fr.
SUISSE.
127. — Feuille du canton de Vaud^ ou Journal d'agriculture
pratique, des sciences naturelles et d'économie publique. — Lausanne,
1821. Imprimerie des frères Blanchard. Prix de l'abonnement,
pour l'année eiitière , composée de douze numéros de trente-deux
pages d'impression , in-S", 5 livres de Suisse , ou 7 fr. 5o c. On sous-
crit à Paris, chez Paschoud , libraire, rue de Seine, n° 48.
Cet intéressant ouvrage périodique se publie, depuis plusieurs
années, à Lausanne. Un de nos collaborateurs en avait reçu la col-
lection pour en rendre compte , mais d'autres occupations l'ont dé-
LIVRES KlHAiNGERS. 391
tournù de ce soin. Nous avons à réparer sa négligence , sans doute
involontaire. —On remarque dans ce recueil, dirigé par des hommes
à la fois instruits et phiiantropes, un grand nombre d'articles rem-
plis d'observations curieuses sur les différentes branches de l'his-
toire naturelle, qui sont dus presque tous à M. de Chavannes ,
magistrat éclairé et savant modeste. Le canton de Vaud , par sa
position naturelle , est riche en productions agricoles , qui reçoivent
encore une nouvelle vie de l'industrie des habitans. Les essais et
les observations que l'on fait dans cette partie de la Suisse, doivent
donc intéresser les agriculteurs de tous les pays. La Feuille du canton
de Vaud contient aussi en substance les travaux du corps législatif
de la République. Nous y avons remarqué une notice intéressante
sur M. Pidou , ancien landamann, mort le i4 niai dernier, au milieu
des représentans du canton qu'il présidait. Nous avons vu avec
satisfaction que le conseil académique de Lausanne a reconnu les
avantages réels de la méthode de renseignement mutuel , et qu'elle
a produit une amélioration sensible dans les écoles où elle a été
introduite. « Aussi , disent les rédacteurs de la Feuille du canton
de Vaud , voit-on cet enseignement acquérir chaque jour de nou-
veaux partisans sur les divers points du canton.» Nous recommandons
la lecture de cette Feuille aux personnes qui cultivent les sciences
naturelles et les sciences morales ; elles y puiseront une instruction
solide et variée. Nous devons cependant avertir les auteurs qu'il se
glisse quelquefois dans leurs articles des locutions vicieuses et qui
ne sont pas en usage dans la langue fiançaise ; nous les engageons
à se montrer sévères sur ce point , et à bannir de leur ouvrage le
genre d'écrire connu sous le nom de style réfugié, A. T.
128. — De Choro Grœcorum tragico , etc. — Du Chœur dans la
tragédie grecque , dissertation critique , composée pour obtenir le
grade de docteur ès-lettres, par J. L. Vaucheb. Genève, 1821.
J. J. Paschoud; Paris, chez le même, rue de Seine , n» 48. In-8»
de 5a pages.
L'étude de la critique ancienne et de la philologie , abandonnée
parmi nous dans le dernier siècle, semble, depuis quelques années,
reprendre faveur. Cependant, malgré le noble exemple et l'impul-
sion donnée par d'Ansse de Villoison , Chardon de ia Rochette ,
Larcher et quelques autres , à peine peut-on citer aujourd'hui , à
côté de MM. Hase et Boissonade ^ quelques véritables amateurs
^92 LiVKES ET1U^GERS.
de cette philologie que les Allemands cultivent avec tant de xèle et
de succès. Le goût de la littérature ancienne renaît pourtant d'une
manière visible en France , grâce à la nouvelle direction donnée
aux études, et grâce aux éditions des classiques grecs et latins
qu'on publie comme à l'envi. La dissertation que nous annonçons
prouve que Ton s'occupe, en Suisse comme en Allemagne, de
travaux d'érudition et de saine critique. L'auteur, M. Vaucher, déjà
connu par une Grammaire grecque , àonX. nous avons rendu compte
{Voy. T. IX, p. 553), se proposant de faire connaître le rôle que
louait le Chœur dans la tragédie grecque , a lu et étudié tout ce
que ses devanciers ont écrit sur cette matière. Les nombreuses ci-
tations dont il s'appuie attestent ses savantes recherches. Il est
cependant un petit écrit dont il ne paraît pas avoir eu connaissance,
ou du moins dont il n'a pas fait usage; c'est la dissertation de
Heeren , intitulée ,: De Chori Grœcorum, tragici naturâ et indole ^
Gottingen, 1788, in-4°; mais elle n'a que quelques pages et ne contient
pas de nouveaux documens sur ce sujet. L'ouvrage de M. Vaucher
est divisé en cinq articles. Le premier trâce l'origine de la tragédie,
ou, ce qui est la même chose, l'origine du Choeur, puisque, dutems de
Thespis et avant lui, toute la tragédie se réduisait aux chants et aux
danses du Chœur. Le second traite de la forme matérielle du Chœur,
de la place qu'il occupait sur le théâtre , de la manière dont il s'y
rangeait , et exécutait ses évolutions. Ici sont expliqués , d'après
Hcrrmann ,les noms de strophe et d' antistrophe , d'épode, deparode
et de stasime. Le troisième article développe les fonctions du Cha^ur.
Dans le quatrième, l'auteur examine si l'introduction, ou plutôt la
conservation du Chœur, a contribué à la perfection de la tragédie
ancienne, et il se déclare pour l'affirmative. Enfin, dans le cin-
quième et dernier article, il réfute les objections tirées de l'invrai-
semblance du Choeur, de son inutilité , etc. Mais ici, comme dans
toute la dissertation , l'auteur ne s'appuie que des Chœurs de So-
phocle, ne trouvant que dans cet auteur la perfection du genre;
en sorte qu'il ne s'inquiète pas des objections qui peuvent s'élever
à la lecture d'Eschyle et d'Euripide. Nous avons regretté, en lisant
cet écrit, où l'on trouve d'ailleurs autant de goût que d'érudition,
que M. Vaucher n'ait pas examiné s'il serait possible de rétablir le
Chœur dans la tragédie moderne , comme l'ont tenté Schiller dans
i^ Fiancée de Messine , B.<icinc dans Esther et Aihaîie , Voltaire
LIVRES ÉTRANGERS. 395
dans (Sdipey Chônier dans Timoléon. Telle qu'elle est, cette
dissertation fait beaucoup d'honneur à M. Vaucher. Si tous les
docteurs ès-lettres , qui sortiront désormais de l'académie de Genève
(car nous croyons que M. Vaucher est le premier à qui on ait con-
féré ce titre}; si tous, dis-je, se présentent dans les universités
étrangères avec dépareilles lettres de créance, certainement on ad-
mettra leurs titres comme valables, et ils jouiront des mêmes droits
que les docteurs qui ont pris leur grade à Cambridge ou à léna.
H.. ..HT.
ITALIE.
129. — Èlèmens de physiologie de la nature , ou Résultats des re-
cherches proposées par l'académie impériale des sciences de Péters-
bourg, sur les propriétés des substances métalliformes des différentes
terres, et notamment snvValkali , le natron et Vammoniac , par le
docteur Louis Fobni. Turin, 1821, in-S*», Ghiringhello et Bonando.
M, Forni, guidé par les expériences de Falchner , la nouvelle no-
menclature minéralogique de Berzelius, et l'ouvrage d'Œrstedt sur
l'action de la pile de Volta , etc. , a essayé d'expliquer le système
de l'univers, qu'il regarde comme xme grande machine vivante,
ainsi que l'avaient imaginé, dès le xvi^ siècle, Telesio, Campanella
et d'autres. Il met à profit toutes les i-^ssources que peuvent lui
fournir la chimie elles connaissances du siècle. Cependant l'ouvrage,
tel qu'il est, ne semble pas répondre à ce que promet l'introduction.
L'auteur commence par démontrer la nécessité de la physiologie
universelle, qu'il nomme aussi la philosophie de la nature vivante.
11 reproche aux sciences pratiques de généraliser tous les faits parti-
culiers, de détacher les phénomènes naturels qui tous sont en rela-
tion les uns avec les autres ; d'appliquer les lois propres et particu-
lières des nns aux circonstances des. autres. Ce sont, en effet , les
défauts principaux de la plupart des gens à système. Mais notre au-
teur les a-t-il toujours évités? Ce qu'il y a de certain , c'est que son
entreprise est très -hardie. Il ose établir les bases d'une histoire de la
génération et de l'organisation du globe terrestre , des végétaux et
d«s animaux; il aperçoit ou imagine je ne sais quel fluide universel
et calorifique , ou calorique élémentaire , existant hors des corps
naturels, et les mettant tous en mouvement ; il suppose une matière
dont il forme l'univers , et qui résulterait de la combinaison et de
S9A LIVRES ÉTRANGERS.
l'organisation successive de l'essence de deux ou trois substances
élémentaires , opérées par le fluide universel, qui modifie et orga-
nise tous les corps célestes , et déterminées par des lois invariables.
On voit, par ce simple aperçu de son ouvrage , que l'auteur suit la
même route que MM, Alix , Nobili et Beroaldi. Mais a-t-il assez de
faits pour prouver ses assertions ou ses hypothèses ?
i3o. — SulVarte defabbricare le sciabole di Damasco , etc. — Sur
l'art de fabriquer les sabres de Damas , par le professeur Antonio
GaivELLi, etc. Milan, 1821 , imprimerie impériale et royale. Un vol.
in-8'> de 76 pages.
L'Institut des sciences, lettres et arts de Milan, après avoir entendu
la lecture de ce mémoire, en a ordonné la publication. L'auteur avait
fait , à Gonstantinople , ses premières recherches pour connaître et
imiter la fabrication des sabres damasquinés. Il examine dans son mé-
moire les essais entrepris à cet égard par MM. Nicholson , O'Reilly,
"Wilde de Sheffîeld, et par M. Clouet. Mécontent de leurs méthodes,
ses analyses l'ont enfin conduit à des résultats plus heureux, comme
il l'a prouvé par plusieurs expériences faites en présence de l'Ins-
titut et d'artistes très-habiles. On a reconnu que les sabres fabriqués
par le professeur Crivelli , s'ils ne surpassent pas en perfection ceux
de Damas, peuvent du moins les remplacer avec avantage. D'après
l'invention de ce savant mécanicien , M. Carlo Ponti fabrique ù
Milan des lames de toute espèce en Ce genre. F. S.
i3i. — Délie Istuzioni d" Hofwyl , etc. — Des Instituts d'Hofwyl ,
considérés particulièrement sous les points de vue qui doivent inté-
resser les hommes d'état, ouvrage traduit du français, du comte
L. DB V. , par F. Contabini. Milan, 1821. Vincenzo Ferrario. In-S" de
190 pages.
Cet ouvrage, dont un de nos collaborateurs a fait une analyse
raisonnée, proportionnée à l'importance du sujet {yoy. T. XI, p. 493),
a été traduit sous les yeux et par les soins d'un respectable philan-
trope, M. le marquis de Brème ^ qui, ayant été à même d'étudier
sur les lieux les principes et les vues de M. de Fellenberg , ainsi
que les résultats qu'il a déjà obtenus , a voulu faire partager aux
Italiens sa juste admiration pour les belles et utiles institutions
d'Hofwyl. Afin de rendre plus familière à ses compatriotes l'histoire"
de ces institutions , M. de Brème a cru devoir les présenter dans un
ordre méthodique qui lui a paru préférable à celui qu'avait suivi
LIVRES ETRANGERS. 395
M. de Ville vieille. Une préface, dont il a fait précéder cette tra-
duction , prouve que son estime pour le respectable fondateur
d'Hofwyl est le résultat d'une conviction intinae de l'utilité de ses
travaux. M. A. J.
x'hï.— Belle finanze d' ^ lene , etc. — Des finances d'Athènes. —
Discours de Xénophon, traduit et expliqué par M. Antonio Padovaw i ,
professeur de statistique à l'université de Pavie. Pavie, 1821. Fusi
6^ comp.; in-S".
Ce traité de Xénophon avait déjà été traduit par Marcantonio
Gandini et par l'abbé Fabiani. Une meilleure traduction en avait
été faite par M. Serao. On regarde celle de M. Padovani comme
supérieure aux deux premières , surtout pour les notes , dans les-
quelles il compare et éclaircit plusieurs passages du texte de ce dis-
cours et des autres ouvrages du même auteur, qui ont quelque
rapport à celui • ci. Ces commentaires prouvent à la fois que le
traducteur possède beaucoup d'érudition , et qu'il est très-versé dans
l'économie politique.
\7>'b.{*)—DeW Istoria di Milano^ etc— Histoire de Milan, parle
chevalier Carlo de Rosmini de Rovéhède, Milan , 1820. Gio. Pogliani ,
Marini et Rivolta. Paris, Le Normand , rue de Seine ; et Pichard ,
quai Conti, iï« 5. 4 vol. grand in-4'' , avec des gravures. Prix, 60 fr. ,
sur papier superfin , 90 fr. demi-vélin , cartonné à la Bodonienne ;
et 120 fr. vélin, dit sous-impérial, cartonné de même.
Cet ouvrage est enrichi de soixante gravures qui représentent d'an-
tiques monumens , soit d'architecture , soit de numismatique , soit
d'iconographie , appartenans à la ville de Milan , avec leur explica-
tion par le docteur Giovanni Labus. Nous en rendrons compte dans
la section des analyses.
134.— FiVa rîi Girolamo Cardano, etc.— Vie de Jérôme Cardan, de
Milan , philosophe, médecin et homme de lettres très-célèbre, tra-
duite du latin en italien par le docteur Vincenzo Mantovani , etc.
Milan, 1821. G. B. Sonzogno.
L'éditeur s'est proposé de publier les vies des hommes illustres,
écrites par eux-mêmes. Celle-ci est la quatrième; Cardan l'avait
composée en latin. La traduction qu'en a faite M. Mantovani est
fort bonne ; il l'a accompagnée d'un discours et de plusieurs notes ,
où il examine diverses questions relatives à la vie et aux principes
de Cardan, et relève plusieurs erreurs de ses biographes , et même
Si)6 LIVRES ÉTRANGERS.
de Sprengcl. On y trouve aussi le portrait de Cardan, gravé par
M. Rados.
i35. — Sulla ulilità del dolore, etc. — Sur l'utilité de la douleur.
Discours académique de M. B.Mojon, etc. Milan, 1821. Cîio.
Pirotta ; in-4°.
Le titre singulier de ce discours a beaucoup contribué à son suc-
cès. C'est la troisième édition qu'on en fait depuis peu de tems en
Italie. Cependant, le sujet qu'on y traite est rebattu dans l'école des
métaphysiciens et des physiologues, qui ont toujours regardé le besoin
comme le maître absolu de V espèce humaine; et le besoin n'est-il
pas en effet une douleur ?
i36. — Lezioni ^ etc. — Leçons de l'abbé Colombo, sur les qualités
qui constituent un idiome élégant, et sur le style qu'on devrait em-
ployer aujourd'hui , etc. Parme, 1820. Giuseppe Paganino.
Les Leçons que nous annonçons traitent, 1° de la clarté; 2» de
\^ force ; 3° de la grâce; 4" d" style. On y trouve un discours
sur un passage altéré de VJne d'or^ de Niccolô Machiavelli,- une
lettre sur les études nécessaires à un jeune homme de condition
distinguée ; une lettre sur la première édition des stanze ( strophes )
d'Angelo Poliziano , et un éloge d'Elena Porta , née Bulgarini.
M. Colombo appartient au petit nombre d'auteurs italiens qui sont
dignes de servir encore de modèle pour le style. 11 a publié une
traduction du traité anglais sur le y'ew d'échecs , traduction que l'on
peut considérer comme un des meilleurs exercices pour apprendre la
langue italienne.
137. I^oesie di JtlessandroPope , etc. — Poésies d'Alexandre Pope,
traduites par M/cÂe/e Leoi*i. Pise, 1820. Nicol6 Capurro.
Ce volume contient la traduction delà Boucle de cheveux enlei'èe-,
et de VÉpître d' Héloïse à Abélard. L'Italie possédait déjà une tra-
duction très-estimée du premier de ces poèmes, faite parle célèbre
abbé Conti. Une seconde, de beaucoup inférieure et d'ailleurs très-
inexacte , fut publiée , en 1819, à Milan, parM.G. Vincenzo Benini;
celle de M. Leoni est, sans nul doute , plus fidèle et plus élégante.
Nous en connaissons encore une inédite, faite tout récemment et
qui n'est pas en vers sciolù comme les précédentes, mais en sesta
rima^ comme les ylnimali parlant i de Casti. Nous espérons que
le jeune autour, en lui donnant toute la perfection dont il csl capable,
se fera distinguer parmi ses rivaux c
LIVRES ÉTRANGERS. 397
iù8. Il Caclmo,etc. Cadmus,poèmeépique, divisé en vingt chants,
par Fietro Bagnoli, professeur à l'universitéj de Pise, etc. Pi«e ,
1821, Sebastiano Nistri. 2 vol. in-8®.
Le sujet de ce poème est l'introduction de la civilisation en Eu-
rope. Les acteurs de la fable épique sont les Muses; douées de l'ins-
piration prophétique , ces filles de Jupiter chantent les progrès des
lettres et des arts dans les divers terns et les divers pays. On dit
que l'auteur a employé vingt - cinq années à la composition de son
ouvrage.
139. — Le rime del Petrarca , etc. — Les poésies de Pétrarque,
édition de Padoue 1819, et 1820, publiée par le professeur An-
tonio Marsand. Exemplaire unique en parchemin avec des minia-
tures et des dessins originaux appartenant à Gio, Pietro Giegler ,
libraire à Milan, décrit par L. B.; in-4**.
L'auteur anonyme de cet opuscule examine et indique avec beau-
coup d'intelligence et de goût les rares qualités de cet exemplaire
unique de Pétrarque , qui a servi à M. Marsand, pour son édition.
( Voyez tom. VIII, pag. 36i de la Revue.) Loin de trouver en
lui un froid et ennuyeux commentateur, les lecteurs puiseront dans
ses notes une instruction variée et amusante. F. Salfi.
ESPAGNE.
. i4o. — Opuscules sobre la filosofia médica, etc. — Opuscules sur
la philosophie de la médecine , la peste et la fièvre jaune ; par don
/ea/î Lacayô , médecin et tachygraphe des Certes. Madrid, 1821.
In-12 de 80 pag. (On souscrit chez Gruz-Miyar ).
C'est le premier cahier d'un nouveau journal de médecine , qui
paraîtra tous les mois. L'éditeur voudrait que tous les médecins
fussent tachygraphes , pour écrire les questions qu'ils font aux ma-
lades, les réponses de ceux-ci et les observations qui en résultent,
afin d'avoir toujours sous les yeux la véritable histoire de chaque
maladie.
i4i. — Principios générales de Tactica, — Principes généraux de
tactique ; par don Louis Cohsini. T. I. Madrid, 1821. Brun. In-8".
142. — Descripcion estatistica y geografica de JBspana. — Des-
cription statistique et géographique de l'Espagne et du Portugal;
traduite de l'anglais, par don Pierre FfiaREa et CiSAUs. Madrid,
i8ai. Ram. Un vol, in-12.
398 LIVRES ÉTRANGERS.
On sait que le roi Philippe II ordonna de faire une statistique gé-
nérale de ses 6t ts; elle fut exécutée, mais elle resta enfouie dans
les papiers du ministère. Charles III en fit composer une autre, que
l'on commença même à imprimer par cahiers. Charles IV renouvela
les ordonnances de son père pour faire achever l'ouvrage ; mais le pu-
blic n'en a vu que des fragmens. Il est triste de penser que, pour que
l'Espagne ait une statistique , il a fallu qu'un Anglais la composât :
toutefois , il faut convenir que le traducteur de cet ouvrage a rendu
un véritable service en le faisant connaître au public espagnol. Es-
pérons que le gouvernement constitutionnel comprendra mieux les
intérêts de la nation , et s'occupera de tout ce qui peut relever sa
gloire. J. A. L.
143. — Los principios de la Constiiucion espanola y los delà
justicia univer&al de senorios , etc. — Principes de la Constitution
espagnole et de la justice universelle , appliqués à la législation tou-
chant les seigneuries; ou Concordance entre les intérêts et les droits
de l'état et ceux des anciens vassaux et seigneurs, par un juriscon-
sulte espagnol. Madrid, 1820. In-8°.
L'auteur de cet écrit est M. Cambronero , ancien conseiller d'état
et ministre de la justice. L'introduction contient un aperçu histo-
rique de la féodalité et du vasselage en Espagne.
\l^\.^Discurso augurai., que pronuncid en el Ateneo, etc. — Dis-
cours d'inauguration, prononcé à l'athénée espagnol pour l'ouverture
d'un cours de droit naturel, par Don J. J. de Mora, au mois de
mars 1821, Madrid. In-8°. D— g,
145, — Lecciones de derecho publico constitucional. — Leçons de
droit public constitutionnel, pour les écoles de droit de la Péninsule,
par Don Raymond de Salas. Madrid, 1821. Sojo. 2 vol. in-S".
L'auteur de cet ouvrage est l'un des jurisconsultes les plus pro-
fonds de l'Espagne, et même de l'Europe. Il a été préfet sous le
règne de Joseph. Ayant, depuis, émigré en France, où il a demeura
sept années, il n'a pu qu'accroître ses lumières et perfectionner ses
connaissances en économie et en politique. Son livre est écrit dans
les véritables principes du gouvernement représentatif, et nous ne
doutons pas qu'il ne mérite d'être adoplé pour l'enseignement du
droit public dans les universités d'Espagne.
146. — Caria 29* del Cbm/;flc?/-f.— Vingt-neuvième lettre du Com-
père, dans laquelle il est question de la bibliothèque nationale.
LIVRES ETRANGERS. 39i)
et de la manière de rendre la responsabilité des ministres effective .
Madrid, 1821. Castillo. Brochure in-i2.
On doit regarder cet ouvrage comme semi-périodique, l'auteur
anonyme publiant ses lettres à des époques indéterminées. Il con-
tinue à s'occuper des améliorations dont la politique et la littéra-
ture sont susceptibles en Espagne. Il serait à désirer, par exemple,
que le gouvernement espagnol, ainsi que les préposés à la biblio-
thèque nationale , voulussent imiter, le premier, la conduite géné-
reuse du gouvernement français, et ceux-ci la complaisance des
conservateurs de la bibliothèque royale à Paris, MM. Van-Praet, Lan-
glès, etc., dont tous les gens de lettres n'ont ,qu'à se louer.En Espagne,
non seulement il n'est pas permis de confier des livres hors de la
bibliothèque; mais, pour y obtenir îa communication de manuscrits,
il faut en avoir préalablement reçu l'autorisation du bibliothécaire
en chef, qui doit la donner en marge même du mémoire par lequel
on a fait la demande. Encore n'a-t-on pas levé toutes les difficultés,
et se voit-on obligé de souffrir près de soi un préposé de la biblio-
thèque , chargé exclusivement de vous surveiller. On conçoit que
de pareilles entraves sont faites pour décourager les personnes qui
auraient la meilleure volonté de travailler. J. A. L.
i47' — Brève idea de los bases adoptados por la empresa de los
teatros de esta capital, etc. — Idée succincte des réglemens adoptés
pour l'entreprise des théâtres de Madrid , précédée d'un Avis au
public, et suivie de la liste des individus formant les compagnies des
divers théâtres. Madrid, 1821.
De mauvais réglemens et un gouvernement arbitraire avaient
amené la décadence des théâtres de Madrid. L'influence salutaire
du régime constitutionnel se fait déjà sentir dans l'art dramatique.
Les réglemens ont été réformés ; le gouvernement a cessé de se
mêler des affaires de coulisse , et a cédé la direction des théâtres
de Madrid à une compagnie d'entrepreneurs , à la tête desquels se
trouvent quelques acteurs, et M. Carnerero , auteur de quelques
brochures sur le théâtre. Les deux compagnies de la Cruz et del
Principe ont été réunies ; le second théâtre ne jouera que des co-
médies et des tragédies; le premier se réserve les petites pièces ,
les farces, les pièces populaires. Il y a en outre un opéra-comique
et un opéra italien. Le nombre total des acteurs et employés payés
AOO LIVRES ErUAxNGEllS.
par la nouvelle administration des théâtres de Madrid se monte
à 53o. D— G.
ROYAUME DES PAYS-BAS.
i48. — Histoire du pays dd* Liège ; par M. Dewez, auteur de
l'Histoire générale de la Belgique et de V Histoire particulière des
prçuinces. In-8° de plus de 5oo p. Bruxelles, 1821. F. F. Delemer.
Le pays de Liège, habité en grande partie, au tems de César,
par les Éburons , compris, sous Auguste , dans la cité de Tongres ,
fut soumis dans la suite au gouvernement de ses évèques , qui
furent qualifiés deprinces. Ces pontifes ont d'abord siégé à Tongres;
ce ne fut même que sous le pontificat d'Etienne, en 908, que le siège
épiscopal fut transféré de cette ville h Liège. Cette contrée fit partie
de l'Austrasie , ainsi que du royaume de Lorraine , ou Lotharingie ,
formé d'une grande portion de cette province. La Lotharingie ayant
passé aux rois de Germanie , l'état de Liège fut censé incorporé dans
l'Allemagne , et fut compris dans le cercle de Westphalie, lorsqu'en
i5oo, l'empereur Maximilien divisa l'Allemagne en six cercles.
L'histoire de cette petite souveraineté particulière, riche en événe-
mens intéressans, manquait encore, après les compilations elles
recherches de Chapeauville , Fisen , FouUon , Bouille et du baron
de Villenfagne. M. Devrez a donné une attention particulière à la
partie politique de cette histoire, où l'on reconnaît, avec un éton-
nement mêlé d'admiration , les principes et les bases d'une des cons-
titutions les plus libérales de l'Europe _, et qui a mérité l'éloge des
Anglais eux-mêmes.
149. — alliances illustres de la maison royale des Pays-Bas; par
Q. DE Flihes,T. V. D. Bruxelles, 1821. Delemer. In-4° , sur vélin,
de 100 pag.
Ces tables ont été rédigées avec soin, d'après les auteurs les plus
estimés, tel que Butkens, Bucelin, Hubncr, le P. Anselme, Lache-
naye - des-Bois , Hoogstraten , etc. L'auteur rappelle ici ce qu'il avait
déjà indiqué dans les Tables généalogiques^ publiées par lui en
i8i4 et i8i5 ( Amsterd. , chez Donk , et ensuite chez Elwe^, que la
maison de Nassau descend, par les femmes, de toutes les maisons
souveraines qui ont autrefois régné sur les provinces du royaume des
Pays-Bas^ qui n'étaient pas l'apanage de l'Église, ainsi que des mai-
sons impériales et de toutes les maisons royales de TEurope.
LIVRES FRANÇAIS. AOl
i5o — Notice descriptive et historique des principaux châteaux ,
trottes et mausolées de la Belgique ; par M. Chablé de TrBERcuAMPs.
Bruxelles, 1821. Delemer. In-8° de 160 p., avec figures.
Cette Notice, faite sans doute pour flatter quelques amours-propres,
manque, en général, de ces détails et de ce charme de style qui
donnent de la vie aux ouvrages de simple érudition. Celle de l'au-
teur n'est ni solide ni choisie ; il s'appuie presque toujours sur des
autorités peu respectables, et ne paraît pas familiarisé avec tous les
nobles souvenirs de sa patrie.
i5i. — Essai sur la théorie du chant', par J. B. Roucourt, avec
cette épigraphe : Riennest beau que le vrai, Bruxelles. Weissem-
bruch. 1 10 p* in-80 ^ et ^q pi.
M. Roucourt a voulu imiter Grétry, qui a aussi écrit sur son art ;
mais Grétry avait alors composé une foule d'ouvrages célèbres , et
ses réflexions étaient le résultat d'une expérience profonde; M. Rou-
court a jprocédé d'une manière plus expéditive; cependant sa
brochure , parmi beaucoup de lieux communs , offre des aperçus
ingénieux, des remarques utiles : on regrette que le style en soit
quelquefois prétentieux. De R — g.
LIVRES FRANÇAIS.
iSa. — Recherches sur les poissons toxicophores des Indes occiden-
tales^ lues à l'académie royale des sciences de l'Institut, dans ses
séances des 26 juillet et 25 août 1819; par A. Moread de Jonjmès.
Paris, 1821 . Imprimerie de Migneret, rue du Dragon , n° 20. Broch.
in-S" de 34 pag. Prix , j5 c.
Cette brochure est le développement de la notice du même auteur,
insérée dans la Revue. {Voj . T. V, p. 4o3.)
. i55. (*3 — ^ Anatomie de l'homme , ou Descriptions et figures litho-
graphiées de toutes les parties du corps hum,ain, par MM. Béclard
et J. Cloquet; publiée par M. de Lasteyrie. Paris, 1821, de l'im-
primerie lithographique de M. de Lasteyrie , rue du Bac , n° 58.
In -folio, avec planches.
Cet ouvrage, dont il a déjà paru deux livraisons, sera composé
de 240 planches et de 120 feuilles de texte au plus, grand in-folio,
I papier jésus vélin, pour les gravures. Il paraîtra régulièrement,
chaque mois, par livraison de six planches et trois feuilles de texte.
L'éditeur, voulant faciliter aux élèves en médecine l'acquisition de
ToaiE XII. 26
hQ2 LIVRES français:
cet ouvrage, n'a porté la livraison qu'à 9 fr. Les souscrjptenrs ne
paieront qu'en recevant les livraisons. Comme la lithographie ne
permet pas de conserver les planches et que le tirage doit être su-
bordonné au nombre de souscripteurs, on invite les personnes qui
voudraient se procurer cet ouvrage à se faire inscrire, avant le
i«' décembre 1821 ; après cette époque, le prix en sera considé-
rablement augmenté.
i54. — Manuel des plantes médicinales, ou Description, usage
et culture des végétaux indigènes employés eu médecine ; par
A. Gauttibb, D. m. Paris, 1821. Audot, r. des Maçons-Sorbonne ,
n" 11. In- 12 de 11 54 pages. Prix, 10 fr. , et 12 fr. 5o c. par la poste.
Cet ouvrage se divise en deux parties : Considérations générales
et Descriptions particulières. Dans la première, l'auteur a groupé
toutes les connaissances qu'il aurait été difiGcile de placer aux ar-
ticles spéciaux, ou qui étaient susceptibles d'aperçus généraux dont
pn devait retrouver l'application à chaque plante. Ces connaissances
forment une suite d'articles qui peuvent se diviser en huit séries, et
dont voici les principaux élémens : distribution entre les plantea
exotiques et les plantes indigènes; moyens d'arriver à la connais-
sance des plantes, propriété des plantes , leurs qualités physiques
ou leur composition chimique; causes qui font varier ces propriétés,
telles que l'âge de la plante , la saison ou l'on s'en sert, la nature
du sol et le climat où on la recueille, etc. ; préparations des plantes
pour leur conservation ; enfin, leur classification, d'après les effets
immédiats qu'elles produisent, en émolliens, tempérans, toniques^
astringens et excitans. — La seconde partie ou le 3Ianuel propre-
ment dit , ayant pour objet l'histoire des plantes en particulier,
indique la place de chaque plante, dans l'ordre alphabétique, avec
sa synonymie en botanique, en médecine, et même dans le com-
merce, suivie du nom latin de Linné, la classe et l'ordre de ce bota-
niste et la famille, d'après la méthode de Jussieu ; la description
botanique ; les qualités physiques des plantes fraîches ; l'histoire de
leur dessiccation; leurs propriétés, leurs préparations et leur usage
en médecine , etc. On voit que la division adoptée par l'auteur l*a
conduit à revenir plusieurs fois sur les mêmes objets; mais il ne faut
pas croire que ce soit un défaut dans l'ouvrage ; ces mêmes objets
sont envisagés chaque fois sous des rapports différens. Trois tables
terminent cet ouvrage. La première définit avec la plus grande con-
LIVRES FRANÇAIS. A03
«îsion les termes de botanique employés dans les descriptions ; la
seconde récapitule les maladies citées aux articles, en y rapportant
toutes les plantes conseillées pour guérir chacune d'elles; enfin , la
troisième a pour objet de faire connaître toutes les plantes du
Manuel sous les différens noms qu'elles portent , en renvoyant au
nom principal où on les trouve.
i55.(*) — Brécis de l'histoire de l'astronomie^ dédié à M. de Hum-
boldt, par M. le marquis de la Place. Paris, 1821. V» Gourcier, rue
du Jardinet-St.-André-des-Arcs. 1 vol. in-S" de i6o pages. Prix, 3 f.
Ce Précis, qui forme le 5« livre de VExjwsilion des systèmes du
monde, paraît devoir intéresser un plus grand nombre de lecteur»
que l'ouvrage lui-même . M. de la Place a pensé, par ce motif, qu'il
serait utile de le publier séparément. Nous attendrons que la cin-
quième édition de cet ouvrage, actuellement sous presse, soit livrée
au public pour en analyser les plus importantes parties. La répu-
tation méritée, dont l'illustre auteur jouit dans toute l'Europe, fait
attendre avec impatience toutes les productions de son génie. Nous
remarquons, dans le Précis de PEistoire de l'astronomie, que M. de
la Plac€ partage l'opinion de M. Fourier, sur la haute antiquité
des zodiaques égyptiens. Il est fâcheux que M. Lanjuinais n'ait pas
€u connaissance de ce fait ; il aurait pu ajouter ce nom célèbre
et cette autorité imposante aux autres noms qu'il a cités page 382
du T. XI de ce recueil. Pour juger une question de précession des
équinoxes, l'intervention d'un juge aussi compétent doit être sans
doute d'un grand poids. Frakcoeur.
i56. — Recherches sur la théorie des surfaces élastiques , par ma-
demoiselle Sophie Germain. Paris. 1821. Mad. V« Gourcier, rue du
Jardinet-St.-André-des-Arcs. 1 vol in-i" fie 100 pages, avec uae
planche en taille-douce. Prix , 5 fr.
G'est un phénomène remarquable dans les sciences , qu'une
femme qui dispute et remporte des palmes académiques : aucune
des feiames qui se sont rendues célèbres dans les sciences, n'ont
mérité leur renommée, comme M^'« Germain. Estimée de l'illustre
La Grange, elle a, dans ses entretiens avec ce grand géomètre, reçu
les inspirations de son génie. En 181 1, l'Académie des sciences
proposa en prix la question des surfaces élastiques : .ce sujet fut
plusieurs fois remis au concours ; mais nul ne fut jugé digne de la
couronne, que depuis M"« Germain a remportée, en i8i5. Le senti-
AOA LIVRES FRANÇAIS.
ment des juges, sur son Mémoire, était cependant que la partie
démonstrative manquait de rigueur. L'auteur, rapprochant ses idées
de celles qu'avait euTes J. Bernoulii sur ce sujet, refit tout son tra-
vail. C'est le fruit de ces nouvelles méditations que Mi'« Germain
reproduit aujourd'hui , et nous croyons pouvoir assurer que les
géomètres les plus exercés seraient heureux d'avoir fait cet ouvrage.
FBAPfCCECB.
i57.(*) — Collection de machines^ instrumens, ustensiles, construc-
tions , appareils, etc., employés dans V économie rurale, domestique
et industrielle^ d'après les dessins faits dans diverses parties de
l'Europe; par M. de Lasteyrie. Paris, 1821, à la lithographie de
M. de Lasteyrie, rue du Bac, n° 58. Dixième et dernière livraison
du second volume. In-4". Prix , 60 fr.
Cet ouvrage contient plus de douze cents machines relatives à
l'économie rurale ou domestique , appropriées aux divers besoins et
aux différens travaux de la campagne et des ménages. Les planches,
exécutées sans luxe, mais avec la précision et l'exactitnde néces-
saires à leur intelligence , sont accompagnées d'un texte explicatif,
dans lequel on donne les proportions de chaque partie des objets ,
de manière à ce que ces machines puissent être facilement exécutées
par les ouvriers les moins habiles de nos campagnes.
Cette collection est remarquable, non seulement par le grand
nombre d'instrumens nécessaires à l'exécution des différens tra-
vaux de l'agriculture , mais aussi par sa nouveauté , la plus grande
partie de ces machines n'ayant jamais été gravées ni décrites ; leur
utilité a d'ailleurs été constatée par l'expérience. La dernière li-
vraison de ce recueil contient l'histoire de l'origine des instru-
mens aratoires , prouvée , non seulement par les monumens de
l'antiquité , mais aussi par la pratique des peuples anciens et mo-
dernes. M. de Lasteyrie a retrouvé , dans ses voyages , plusieurs
instrumens décrits par les auteurs de l'ouvrage latin qui a pour titre :
De re rusticâ, le Plostellum pœnicum , dont parle Varron , la char-
rue de Virgile , les quatre socs qui étaient en usage du tems de
Pline , etc. Ayant sous les yeux ces divers instrumens , il a pu en
reconnaître l'identité avec ceux des anciens , et donner une expli-
cation de quelques passages mal compris auparavant. |
i58. — U Art dufilateur de coton ; par F. VAiTiEa. Ouvrage dans
LIVRES FRANÇAIS. A05
lequel on expose tout ce qui est r/ilatif à cet art. Paris , 1821. Audin.
In-8°. Prix , 3o fr.
Les procédés employés dans la fabrique de coton , cette branche
d'industrie devenue si importante pour le commerce de la France ,
n'étaient pas encore décrits dans notre langue. La filature manquait
d'un Manuel : M. Vautier y a pourvu. Intelligence, esprit d'obser-
vation , expérience , il réunissait toutes les qualités nécessaires pour
réussir dans cette entreprise. A qui pouvait-il dédier plus convenable-
ment son livre qu'à M. le duc de la Rochefoucauld-Liancourt, qui en a
^.agréé l'hommage ? Précédé d'uue Introduction pleine de détails his-
i toriques , l'ouvrage de M. Vautier est divisé en seize chapitres, qui
f^nous ont paru embrasser toute l'étendue de la matière ; on y a joint
dix planches , accompagnées d'une soigneuse description. Tous ceux
qui prennent quelque intérêt à la filature de coton voudront se pro-
curer cette instruction élémentaire. M — n.
iSg. — GjTnnase normal militaire et ci P' il; idée de cette institu-
kJion au commencement de 1821, et moyens de la rendre aussi
[Complète, générale et utile que sa destination le demande; par
[. Amobos, naturalisé français , fondateur et directeur des gymnases
du gouvernement. Paris, 1821. In-8** de i56 pag. Chez l'auteur, rue
de Surenne , n» 6.
Cet ouvrage , orné d'une planche figurant le plan d'un gymnase
normal , a pour objet de mettre l'autorité , ainsi que les hommes
éclairés, à portée d'apprécier l'importance de l'établissement que
l'auteur a fondé à Paris. Pour avoir une juste idée de l'étendue du
service qu'il rend à sa nouvelle patrie , en s'efforçant d'y naturaliser
la gymnastique comme moyen d'éducation physique et morale , et
d'hygiène, il faut bien juger toute l'influence que le développement
des forces physiques et l'agilité des mouvemens musculaires exercent
sur la santé , sur les facultés intellectuelles, et même sur les mœurs
des hommes. L'éducation, soit privée , soit publique , n'a , pour ainsi
dire , d'autre résultat chez les nations modernes , que de perfec-
tionner l'intelligence des enfans. Tout ce qui est relatif aux exer-
cices du corps et à l'emploi des facultés physiques, si utilement
cultivés jadis chez les Grecs et les Romains , est maintenant aban-
donné par les instituteurs de la jeunesse. Il résulte de là qu'on ne
développe en elle que la moitié des dons que la nature a fait§ à
AG6 LIVRES FRANÇAIS.
rhommc. D'ailleurs, en accordant ainsi tout à la seule culture de
l'esprit , on détermine, dans l'organisme animal , une inégale répar-
tition des forces et des matériaux nutritifs , qui , n'étant point mo-
difiés par l'action du corps , s*accumulent vers le cerveau, agissent
immédiatement sur l'appareil nerveux , d'où naissent des altérations
multipliées et funestes à la santé physique et morale. Dirigée avec
cette profonde habileté qui distingue la pratique de M. Amoros , la
gymnastique est devenue éminemment utile sous plusieurs autres
rapports : elle contribue à la prospérité de l'état; car , il faut le dire ,
chez les peuples modernes, les citoyens ne sont pas plus destinés
qu'ils ne l'étaient, dans les états civilisés de l'antiquité, à ne faire
usage que de leurs facultés intellectuelles. La guerre , la navigation ,
les arts mécaniques et industriels, les travaux publics, etc. , exigent
l'emploi de forces physiques considérables , d'une adresse , d'une
légèreté , d'une vélocité qu'on ne saurait acquérir que par des exer-
cices préparatoires habilement dirigés. Le courage, l'aptitude aux
grands travaux sont proportionnés chez l'homme , non seulement
à l'étendue et à la perfection de ses facultés intellectuelles, mais en-
core à la puissance de ses forces corporelles. Celui qui saura le
mieux résister à la fatigue , aura aussi plus d'activité , plus de vi-
gueur , et sera le plus utile à la société par son travail. Il est des
hommes qui ont acquis, par l'habitude de longs travaux, un tel
avantage sur leurs semblables, qu'ils accomplissent, à eux seuls, ce
qu'un grand nombre d'autres ne sauraient exécuter. Tel est un des
principaux objets qu'embrasse M, Amoros, dans son système de
gymnastique. Ses leçons tendent nécessairement à développer et à
perfectionner toutes les facultés. Artisans, soldats, marins, tous y
acquièrent un plus haut degré de souplesse, d'agilité, de force et de
courage même.
Les exercices gymnastiques sont un complément indispensable à
l'éducation des enfans de toutes les classes. On voit , dans nos cités,
un grand nombre d'hommes débiles ; une éducation gymnastique
eût développé en eux le système sanguin , l'appareil musculaire , et
eût établi cet équilibre des fonctions qui constitue un état de santé
qu'ils ne connaîtront jamais.
M. Amoros a obtenu de sa méthode les effets les plus heureux , les
plus surprenans chez les acrofuleux , ou chez ceux qui étaient dis-
posé» à le devenir. 11 en est de même des enfans qui ont des disposi-
LIVRES FRANÇAIS. 407
lions à la phthisie, et de plusieurs autres aflections des viscères. Notre
habile instituteur est parvenu à inventer des exercices inconnus aux
anciens , et au moyen desquels il rend ses élèves plus patiens, plus
disposés à supporter, à mépriser la douleur : il imprime à leur ame
une fermeté, une intrépidité qui les rend habiles à braver le danger,
en commandant à un corps souple , vigoureux , et devenu docile , les
mouvemens les plus propres à surmonter les obstacles, à vaincre les
résistances.
M. Amoros a judicieusement, et à l'instar des Grecs, introduit la
musique dans sa méthode. Il obtient, à l'aide du rhythme harmo-
nique , plus d'ensemble et de régularité ; plus d'aptitude aux exer-
cices, plus de progrès dans leur perfection. Il a publié , depuis
quatre ans, et par conséquent le premier, un recueil de chants , à
l'usage de ses disciples ; leur objet est hygiénique et moral : d'une
part, ils exercent et fortifient les organes de la voix et ceux de la
respiration. Animés par une musique convenable aux paroles , ces
chants adoucissent le caractère, polissent les mœurs, élèvent l'ame
des élèves , rendent plus vif en eux l'amour de la patrie, et dirigent
vers le service de l'état et celui de l'humanité celles de leurs facul-
tés que les exercices gymnastiques ont perfectionnées. Le chant est
une des branches les plus remarquables du cours de M. Amoros :
il est le complément indispensable de sa belle méthode. ( Voyez
ci-dessus , pag. 5. ) '
L'ouvrage qui nous a suggéré ces réflexions se compose en grande
partie des jugemens qu'ont portés , sur l'établissement de M. Amo-
ros, beaucoup de personnages recommandables par les lumières
comme par le rang. Il suffit de citer, parmi les noms qui enrichissent
ce recueil , ceux de MM. les maréchaux Gouvion-Saint-Cyr , Mac-
donald , Suchet, Marmont, et de MM. Degérando , de Lasteyrie ,
Jomard , Jullien, de Laborde , Camille Jordan, Laflbn de La débat,
Andrieux, Tissot, Lebœuf ; les généraux Dessoles , Saint-Cyr-Nugues,
Valazé , Pille, Balthazard d'Arcy3 les ducs de Gadore , de Praslin,
Doudeauville , de la Châtre , etc. Ces suffrages valent une longue
apologie. Foubniee-Pescay, D. M.
160. — Du sort de Vhonime dans toutes les conditions' du sort des
peuples dans tous les siècles , et plus particulièrement du sort ac-
tuel du peuple français ; par H. AzAÏs. Paris, 1821. Béchet, quai des
Augustins , n" 67. ( Foy. ci«dessus , Revue Enc. , T. IX, pag. 571.)
^^08 LIVllliS FRANÇAIS.
3 vol. iû-12. Prix, S fr., et lo fr. par la poste. Les tomes II et III
se vendent séparéixient 6 fr. , et 7 5o c. par la poste.
L'ouvrage de M. Azaïs sur les compensations a obtenu un
succès mérité. Cependant, l'auteur l'a reconnu lui-même. Le
principe du balancement dans les destinées humaines n'y est pas
exposé avec cette rigueur de raisonnement, ni avec cette méthode
qui , seules, donnent à une théorie le caractère de démonstration ;
un second ouvrage était nécessaire pour que , sur une question aussi
importante, la raison des hommes judicieux fût pleinement satis-
faite. Cet ouvrage vient de paraître. Le titre seul annonce que les
principales applications morales et politiques de la loi qui conduit
les destinées humaines s'y trouvent comprises. C'est un traité de
philosophie générale, duquel chaque individu peut aisément dé-
duire l'explication de sa propre destinée; car les conditions parti-
culières qui composent chaque destinée individuelle sont clairement
indiquées ; il s'agit, pour le lecteur, de s'interroger attentivement
et, de bonne foi pendant cette lecture; il découvre alors, dans les
particularités secrètes ou saillantes de sa situation , ainsi que daûs
les qualités heureuses ou fâcheuses de son caractère , les raisons de
son sort personnel. Afin de rendre l'exposition du principe plus
frappante, M. Azaïs l'a suivi dans son application à la destinée de
quelques personnages historiques; il a choisi le cardinal de Retz,
Mazarin, Richelieu, madame de Sévigné, Fénélon , Bossuet ,
J.-J. Rousseau, Voltaire et enfin Napoléon. Cette succession de
tableaux lui a fourni, non seulement les moyens de montrer com-
ment s'était balancé, par lui-même, le sort individuel de chacun
de ces illustres personnages , mais encore comment la civilisation,
en ne cessant de faire des progrès , verse constamment, sur le cours
des générations successives , autant de biens que de maux , autant
d'inconvéniens que d'avantages. Napoléon termine cette galerie
imposante, et l'on est porté d'avance à reconnaître combien il y
a eu de balancement dans cette destinée, si exaltée en succès et en
revers, en jouissances et en malheurs. M. Azaïs lui a consacré un
volume particulier, sous ce titre : Jugement impartial sur Napoléon,
ou Considérations philosophiques sur son caractère, son élévation y
sa chute, et les résultais de son gouu'ernement, suivies d'an paral-
lèle entre Napoléon et Crovufell, entre la réi-olution d'Anf^letcrrc
et la résolution française' (Un vol. in-S". Prix , 5 fr., et 6 fr. par la
LIVRES FRANÇAIS. A09
poste. ) Cet ouvrage est écrit d'un stylo ferme , et avec l'indépen-
dance d'une raison élevée. Ce témoignage lui a été rendu par ua
des hommes qui ont le mieux connu Napoléon , qui se sont le
plus avancés dans sa confiance.
161. — Agemda général, ou Mémorial portatif universel, pour
l'année 18..; Lif^ret pratique d'emploi du tems-, composé de
tablettes utiles et commodes, d'un usage journalier, etc.; par
M. M. A. JuLLiEN , auteur de V Essai sur remploi du tems. 3* édition.
Paris, I vol. in- 12, cartonné, de 287 pag. , avec tablettes. Prix, 5 fr.,
et 6 fr. par la poste.
' 162* — BiOMÈTHE, ou Mémorial Horaire tl Thermomètre d'emploi
du tems ^ sorte d'instrument pour mesurer la vie , composé de ta-
blettes , qui procurent le moyen de recueillir, en une minute et
sur une seule ligne , pour chaque intervalle de vingt-quatre heures ,
les divers emplois et les principaux résultats de la vie pendant le
même espace de tems; par M. M. A. Jullien. Paris, un petit vol.
in-12 de 88 pages en tableaux; précédées d'une instruction sur la
manière de s'en servir; relié avec porte-crayon. Prix, 5 fr.,et 6 fr.
par la poste.
On trouve ces deux Livrets au bureau central de la Revue En-
cyclopédique, rue d'Enfer-Saint-Michel, n° 18 , et chez Paschoud,
libraire , rue de Seine, n° 48.
Les deux Livrets que nous annonçons, comme pouvant convenir
particulièrement aux parens et aux autres personnes qui veulent
donner à des jeunes gens des étrennes , où soient réunis l'utile et
l'agréable , ne doivent pas être confondus avec les Amenda ordi-
naires, dont le seul avantage, que nous sommes loin de méconnaître,
est d'offrir un certain nombre de pages en blanc pour l'inscription
des rendez-vous, des adresses, des notes et des affaires journalières.
Ces deux Agenda perfectionnés fournissent, chacun dans son genre,
et pour le but spécial auquel on a voulu le rendre propre, une
sorte d'instrument pour faciliter l'application d'une méthode, dé-
veloppée dans V Essai théorique sur l'emploi du tems , dont les
résultats d'utilité sont incontestables. On trouve ici une analyse
complète et philosophique de la vie humaine et sociale , d'après
laquelle tous les souvenirs intéressans et instructifs , tous les pro-
duits essentiels de l'existence peuvent être recueiUis et classés,
AlO LIVRES FRANÇAIS.
comparés et appréciés, chaque jour, dans quelques lignes et en
quelques minutes.
Les tablettes de la pie courants et journalière servent à ins-
crire, d'une manière sommaire et substantielle, V emploi déjà fait
de la journée qui a précédé , ou l'emploi projeté de celle qui va
suivre.— Un espace libre, entre deux parenthèses, à la suite de la
date de chaque jour, est destijé à recevoir un chiffre ou signe de
conueniion y que chacun choisit à son gré, et dont il garde la clef
pour lui seul, qui exprime si Pon a lieu d'être ou non satisfait de
l'emploi de la journée. Ce signe peut se modifier de trois manières,
pour reproduire l'impression honne^ m,aupaise ou médiocre qu'on a
reçue de la journée qui vient de s'écouler. Vue seconde division
pour la pie économique ^ se compose de tablettes destinées à l'ins-
cription des recettes et des dépenses journalières, rapprochées et
comparées. Dans un troisième ordre de tablettes^ pour la vie sociale^
on inscrit les noms des personnes avec lesquelles on entretient
des relations d'amitié, de convenance ou d'affaires. La pie épis-
tolaire , ou le double tableau des lettres écrites et des lettres reçues,
avec des numéros de renvois des unes aux autres , forme la qua-
trième division. Dans la cinquième , pour la vie intellectuelle e'
littéraires on porte les titres des meilleurs ouvrages, analogues à
son genre d'instruction ou à ses travaux, qu'on veut se procurer,
lire ou consulter. Enfin, la sixième et dernière partie ^ la vie de la
Tnêmoire et de l'imagination . comprend quatre sortes de tablettes
distinctes pour les souvenirs et les projets personnels et de famille;
les souvenirs et les projets d'utilité publique , rapportés à sa pro-
fession, à son art, à son pays, à l'humanité; les souvenirs histo-
riques ou des époques et des dates , et les souvenirs nécrologiques^
soit des amis morts, soit des personnages marquans qui meurent dans
le cours de l'année.
Chaque jour, interwsMe de tems distinct, marqué par la nature,
doit donner un résultat. Il dépend beaucoup de la raison , de la
prévoyance et de la volonté de l'homme , que ce résultat soit bon
et utile : alors, on est nécessairement plus heureux. Chaque homme
peut devenir un moyen d'instruction et un sujet d'observation pour
l'homme qui est en relation avec lui. Les hommes doivent se for-
tifier, s'aider, s'instruire, s'améliorer les uns les autres. Chaque fait
particulier, susceptible d'être remarqué et recueilli, peut conduire
LITRES FRANÇAIS. Ali
nu se rattacher à tin principe général , et fournir une leçon salutaire.
Chaque circonstance îugïtive et momentanée, d'un certain intérêt,
peut laisser des traces et procurer des avantages durables, si Ton
sait en tirer parti. Les malheurs même , les inconvcniens , les obs-
tacles qu'on rencontre dans la vie , peuvent être changés , jusqu'à
un certain point, par une volonté forte, en élémens de succès et
en moyens de bonheur. C'est ainsi que la vie entière est un cours
continué d'éducation , et une école de morale pratique. D'un
côté , la pie morale et intérieure , qui apprend à l'homme à se con-
naître et à se diriger, doit devenir l'objet d'une attention spéciale,
d'une étude suivie, d'une surveillance journalière; de l'autre, la
i/ie extérieure^ civile et sociale devient également une suite non
interrompue d'expériences et d'observations , qui servent à l'homme
pour mieux connaître ses semblables, pour se perfectionner lui-
même, pour améliorer sa condition et sa destinée.
Il serait à désirer que l'usage journalier de l'un ou de l'autre des
deux Livrets annoncés, ou de tous les deux à la fois, qui n'exigerait
que peu d'instans chaque jour, fût généralement adopté dans les
familles et dans les maisons d'éducation pour les jeunes gens de
l'âge de dix-sept à vingt-quatre ans, qui en retireraient les plus
grands avantages et qui contracteraient de bonne heure des ha-
bitudes d'ordre et d'économie , essentiellement morales et conser-
vatrices. A.
ir^5. — Essai sur les institutions de saint Louis; par Arthur
hnvGjiOt: Jîls f avocat à la cour royale de Paris. Ouvrage couronné,
en 1821, par l'Académie royale des inscriptions et belles lettres.
Paris 1821. Levrault , rue des Fossés- Monsieur-le-Prince, n° 33;
Strasbourg, même maison de commerce. Un vol. in-8° de 462 pages.
Prix , 6 francs.
La question posée par l'Académie était conçue en ces termes :
« Examiner quel était , à l'époque de l'avènement de saint Louis au
trône , l'état du gouvernement et de la législation , et montrer quels
étaient, à la fin de son règne , les effets des institutions de ce prince.
Cette question était belle à traiter , et M. Beugoot fils s'est acquitté
de cette tâche avec une profondeur d'érudition et une indépendance
d'esprit, qui a droit aux plus grands éloges. Les nôtres seraient
superflus, après le suffrage d'un corps aussi savant que l'Académie
des inscriptions et belles-lettres. Ce qui frappe d'abord le lecteur ,
412 LIVRES FRANÇAIS.
dans l'ouvrage de M. Beugnot , c'est la netteté parfaite avec la-
quelle il nous fait parcourir une époque qui , sous tous les rapports
qui ne sont pas immédiatement liés aux événemens historiques , ne
se présentait à la plupart des esprits que d'une manière vague
et confuse : ce mérite tient à l'excellente méthode adoptée par
l'auteur. L'ouvrage entier est divisé en deux livres : Du gouverne-
ment, et de la législation. LivnB 1^». — Autorité royale. — Pouvoir
législatif. — Administration intérieure, — Administration de la jus-
tice.— Clergé intérieur. — Cour de Rome. — Finances.— Monnaies.
— Industrie. — Agriculture. — Commerce intérieur. — Commerce
extérieur. Livre II. — Législation générale. — Législation civile. —
Procédure civile. — Législation criminelle. — Législation féodale.
— Législation religieuse. Chacun de ces chapitres est développé avec
une grande abondance d'érudition et un jugement exquis. Joinville ,
Mathieu Paris, les Gapitulaires, les Ordonnances du Louvre, le Confes-
seur de la reine Marguerite , les diverses collections des lois romaines
ou féodales , Duchesne , Ducange , etc., sont les sources où l'auteur
puise habituellement , pour éclairer ses discussions. Il n'a pas négligé
non plus de consulter les manuscrits de la bibliothèque du Roi ,
d'où il a extrait quelquefois des renseignemens précieux. Tout ce
qui est relatif au droit féodal , tant par rapport aux terres qu'aux
personnes , est traité avec supériorité , et en général l'on a occasion
d'observer plus d'une fois combien les études du jurisconsulte,
ont dû être utiles à l'érudit. On pourrait remarquer que M. Arthur
Beugnot a traité un peu en abrégé le chapitre de la Pragmatique-
sanction, l'un des plus beaux titres de gloire de saint Louis, si
l'on ne devait supposer qu'il a cru inutile d'analyser ce que de
savans canonistes avaient très-doctement, mais un peu longuement
établi. M. Beugnot a cru voit) dans certaines fonctions des baillis,
l'institution moderne du ministère public ; cette opinion paraîtra
sans doute hasardée, quand on réfléchira que les baillis étaient
juges , tandis que le caractère constitutif du ministère public est
de requérir qu'il soit jugé. Cette observation n'a pas échappé à
l'auteur ; mais nous croyons que , sur cet objet , il s'est trop faci-
lement contenté de quelques rapports d'analogie. M. Arthur Beugnot
a éclalirci une époque très-remarquable de notre histoire , son nom
ne peut manquer d'y rester attaché. Nous ajouterons , avec une
vive satisfaction, que les principes politiques les plus sages, comme
les plus généreux , se manifestent à chaque page de son livre.
A. M.
LIVRES FKANÇAIS. A13
t(>4. Notice sur V état des Israélites en France y en réponse à des
questions proposées par un savant étranger. Paris, i8ai. De l'impri-
merie de Pillet aîné, rue Christine, n» 5. Brochure in-8° de
io8 pages.
L'auteur, attaché au ministère des affaires étrangères , a pu ras-
sembler, dans ce petit tableau historique , une multitude de ren-
scignemens qui ont rapport au nombre et à l'état des sectateurs
de la religion de Moïse dans l'intérieur du royaume. La préface
nous apprend que c'est à l'occasion d'une correspondance avec
un ministre d'état russe, à Varsovie, sur les moyens d'améliorer,
en Pologne , l'état civil et politique des Juifs , et sur ce qui a été fait en
France relativement à cet important objet, que cet ouvrage est publié.
Il est à désirer que l'auteur donne bientôt au public l'histoire , qu'il
promet, sur les vicissitudes que les individus de celte religion ont
essuyées dans notre patrie, depuis leur premier établissement dans les
Gaules, sous les empereurs romains, jusqu'à nos jours. Déjà , un grand
nombre d'ouvrages curieux sur ce sujet ont paru en France et dans
l'étranger ; celui que nous annonçons ne laisse rien à désirer, quant
aux détails; et l'auteur est placé de manière à puiser aux source»
authentiques. L'histoire de l'établissement des Juifs en France,
de leurs diverses expulsions , du régime et des lois auxquelles
ils ont été soumis, les efforts de l'illustre Malesherbes pour leur
émancipation politique , les décrets de l'Assemblée constituante ,
qui leur donna le titre de citoyens; les progrès marqués qu'ils firent
par suite de ces premières améliorations, les lois d'exception rendues
contre eux par le gouvernemenl impérial , l'assemblée des députés
israélites et du grand Sanhédrin , en 1807 ; tous ces objets sont
traités avec un discernement remarquable. L'auteur parle avec éloge
des titres et des travaux des principaux Israélites qui se sont dis-
tingués, depuis le commencement de la révolution. On distingue
dans cette liste M. Michel Berr, homme de lettres , connu par son
cours à l'Athenée. Ce tableau de l'état actuel des Israélites établit
une consolante vérité ; c'est qu'il n'est aucune classe de Français ,
quelle que soit sa position ou sa croyance , qui soit demeurée étran-
gère aux bienfaits de la révolution. C. Coqukbel.
i65. (*) — Essai historique sur la constitution et le goupernement
anglais, depuis le règne d'Henri Vil jusqu'à nos jours j par lord
John RossBt, membre de la chambre de» communes; traduit de
AU LIVRES FRAÎNÇAIS.
l'anglais par A. Rov. Paris, 1821. Cliassériau, libraire, au dépôt
bibliographique , rue Neuve-des Petits-Champs, n° 5. i vol in-S".
prix, 5 l'r. , et 6 fr. par la poste.
Plusieurs publicistes regardent le gouvernement anglais comme
celui qui est le plus en harmonie avec nos mœurs et nos besoins,
bans leur opinion , il offre les élémens essentiels de prospérité dé-
sirables, et nous devons souhaiter de voir un gouvernement cons-
titutionnel, fondé sur des principes analogues, s'établir parmi nous,
avec les modifications exigées par la différence des tems et des
lieux. Les ouvrages destinés à exposer la marche des institutions
constitutionnelles chez le peuple anglais, sont donc maintenant
d'un intérêt général; et il en est peu qui puissent mieux nous faire
connaître l'historique de ce gouvernement que le livre de lord
Russell. Il mérite à tous égards un examen détaillé , que la Revue
offrira incessamment aux méditations de ses lecteurs.
166. — État actuel de l'industrie française , ou Coup d'œil sur
Vexposilion de ses produits dans les salles du Louvre^ en 1819 ; par
M. JoDV, membre de l'Institut. Paris, 1821. Lhuiilier, libraire,
rue du Cimetière- Saint -André -des -Arcs. 1 vol. in- S", cartonné.
Prix, 5 f, 5o c.
En sortant d'une représentation des Femmes sauantes^ Ménage
disait à une des précieuses de l'hôtel de Longueville : « Vou«
verrez, madame, qu'il nous faudra brûler tout ce que jusqu'ici nous
avons adoré. » A combien d'hommes de cour, à combien d'hommes
d'épée, et même à combien d'hommes de plume Ménage ne
dirait-il pas aujourd'hui la même chose 1 De son tems , l'industrie
et le travail attiraient le mépris sur les choses utiles ; les honneurs
étaient réservés pour l'oisif servage des cours; il n'y avait de
gloire que pour ceux qui ravagent et massacrent pendant la guerre.
De notre tems, le pillage, la dévastation, le meurtre sont encore
des moyens de célébrité ; mais chaque jour il devient plus douteux
qu'ils soient de véritables titres à la gloire. Si les honneurs publics
ne sont pas encore la récompense des utiles travaux, du moins
l'estime et la reconnaissance y sont attachées , et l'ouvrage que vient
de publier M. Jouy est très-propre k fortifier cette idée que les
■choses bonnes sont les seules honorables. Le Français le plus fa-
miliarisé avec les miracles de notre industrie nationale suit , avec
LIVRES FRANÇAIS. M5
un plaisir mêlé d'orgueil, M. Jouy, parcourant de nouveau les
salles où furent exposés, en 1819, les produits si riches et si variés
de nos manufactures, et se reportant, par la pensée, vers une des
brillantes époques de notre gloire. Les savans fournissent à l'in-
dustrie des découvertes et des procédés nouveaux ; les littérateurs,
à leur tour, doivent favoriser l'industrie, en célébrant ses triomphes.
Quel plus noble usage peuvent-ils faire de leur talent, que de
l'employer à relever le mérite de ces services quotidiens que les
classes laborieuses rendent à la société entière , en diminuant les
privations du pauvre, en donnant au luxe du riche plus de goût, plus
d'élégance et une direction plus avantageuse? Il appartenait à un
membre de l'Institut , au peintre brillant et ingénieux des mœurs
françaises , de donner l'exemple et d'inviter les écrivains de toutes
les nations à détourner moins souvent leurs pensées de ces occu-
pations manuelles, de ces travaux mécaniques, qui, comme le dit
très-bien M. Jouy, fertilisent tout , répandent partout l'abondance
et la vie , et sans lesquels on verrait la société se dissoudre et les
penseurs mourir de faim. L'orateur a placé à la suite de son
ouvrage deux listes alphabétiques et raisonnées des artistes et
des fabricans qui ont obtenu des médailles ou d'autres distinctions,
k l'exposition de 1819 et aux expositions précédentes; puis, la
liste des savans , des artistes et des fabricans auxquels le Roi a ac-
cordé des distinctions honorifiques : le livre de M. Jouy est, pour
le travail et l'industrie , le plus glorieux des nobiliaires?
A. A.
167, — Manuscrit de Sainte-Hélène, publié pour la première fois
avec des notes de Napoléon. Paris, 1821. Baudouin frères, rue de
Vaugirard, n» 36. Un vol. in-8°. Prix, 2 fr. 5o c.
Il est -bien reconnu aujourd'hui que ce manuscrit n'est pas sorti
de la plume de Bonaparte ; et^ quoique l'éditeur annonce que les
notes jointes au bas des pages sont de ce fameux personnage, nous
nous permettons d'en douter. La lettre de MM. Bertrand et Mon-
tholon, insérée dans le Courrier anglais, devrait nsettre un terme
à ces nombreuses publications de pamphlets attribués au prison-
nier de Sainte-Hélène. Quant à l'ouvrage dont il s'agit, nous enga-
geons les personnes curieuses de se former une opinion raison-
nable sur les faits qu'il renferme, à lire la réfutation qui a été publiée
dans l'un des volumes du Censeur Européen de MM. Comte et Dn-
noyer. A. T.
kiC> LIVRES FRANÇAIS.
i68.(*) — Recueil de pièces authentiques sur le Captif de Sainte-
Hélène, de mémoires et documens, écrits ou dictés par l'empereur
Napoléon ) suivis de lettres de MM. Bertrand, Las Cases, Gour-
gaud, Montholoa; les docteurs Warden, O'meara et Autommarchi ;
— avec des notes de M. Regnault-Warin , — et des notices biogra-
phiques sur Napoléon, Bertrand, Las Cases, Montholon et Gourgaud ;
par M. Jay, rédacteur de la Minerve. Paris , 1821. Corréard, Palais-
Royal. Prix, 6 fr. le vol. , et 6 fr. 5o c. par la poste.
Les deux premiers volumes sont en vente. Le second, qui vient
de paraître, contient les lettres du comte Las Cases au lord Bathurst,
ministre des affaires étrangères de la Grande-Bretagne , et à Lucien
Bonaparte : ces lettres contiennent la relation du Voyage et des
premiers momens de la captivité de Napoléon. La correspondance
de M. Warden occupe la deuxième partie du volume ; elle est rem-
plie d^anecdotes et de détails singuliers sur la vie intérieure des
exilés de Longwood. Enfin, viennent les pièces connues sous le nom
de Lettres du Cap , auxquelles l'éditeur rend le nom de Lettres
écrites de Longwood , parce qu'elles furent dictées par le prisonnier
de Sainte-Hélène. Lesdocumens qui rempliront les volumes suivans,
n'offriront pas moins d'intérêt. Outre les mémoires politiques sur
la campagne de i8i5, écrits par Napoléon lui-même et qu'il a
intitulés : Les trente-cinq jours, ils contiendront ses conversations
politiques, la relation du i5 vendémiaire, de la bataille d'Arcole ;
V Appel à la Grancfe-Bre/û^ne, par Santiné, huissier de Napoléon;
les détails donnés par O'meara sur l'intérieur et la vie domestique
de Longwood, la correspondance du decteur Autommarchi avec la
famille de Napoléon, sur sa maladie, etc M. Jay, rédacteur de
la Minerve , s'est chargé de faire les notices biographiques sur Na-
poléon et ses'compagnons d'exil.
169. — Voyage au Dahomej (Guinée), par J. M. Leod; traduit
de l'anglais ^ar Edouard Gacttier, secrétaire adjoint à l'école
royale des LL. 00., etc., etc.,orné de gravures. Paris, i82i.Nepveu,
passage du Panorama , n° 26. Un vol. in-i8. Prix, 3 fr., et colorié
5 francs.
Peu de personnes ont entendu parler du Dahomey, et cependant
ce royaume est un des plus florissans de la côte occidentale de
l'Afrique. Ceux qui ne le connaissent que par les articles de l'En-
cyclopédie ou par la relation de M. Norris, ont dû en concevoir
LIVRES FRANÇAIS. A17
une idée bien désavantageuse. On lit même, dans le premier de
ces ouvrages, que la chair humaine se vend publiquement dans les
marchés dahomiens. M. Leod, plus yéridique, tout en combattant
l'exagération des récits des voyageurs qui l'ont précédé , rapporte
une multitude de faits qui ne donnent pas une haute idée de l'hu-
manité de ces Africains. « Ils célèbrent, tous les ans, dit-il, une fête
à laquelle sont invités les chefs des factoreries européennes. On
dresse un échafaudage sur lequel se placent le roi et toute sa cour
(la garde royale est composée de femmes) ; puis on amène les vic-
times, que l'on décapite successivement, tandis que les nègres,
rangés en cercle , dansent en chantant les louanges de leur auguste
monarque. Si le pied vient àr- manquer à l'un de ces pauvres bala-
dins, il est lui-même traîné au milieu de l'assemblée et mis à mort.
Lorsque le roi veut communiquer quelque nouvelle heureuse à ses
aïeux, il expédie le courtisan le plus voisin, en lui tranchant la
tête, après l'avoir chargé de la commission. » M. Leod donne en-
suite une idée du gouvernement, de la police , des jugemens, et
enfin des ressources du pays. M. Gauttier, son traducteur, après
avoir développé quelques idées sur les avantages que l'on pourrait
x'etirer des colonies établies dans ce pays , exprime le vœu de voir
se former une Société de géographie. Cette Société existe mainte-
nant, et nous apprenons avec plaisir qu'il est un de ceux qui ont
contribué à la créer.
170 (*). — (Euures dramatiques de J, TV. Goethe, traduites de
l'allemand ; précédées d'une Notice biographique et littéraire sur
cet auteur. Première livraison , composée du Tom. III. Paris, 1821.
Bobée , rue de la Tabletterie, n" 9. Un vol. in-S» de 394 p. Prix, 5 fr.
Cette traduction doit intéresser tous les amis des lettres, en France,
et particulièrement ceux qui, versés dans la connaissance des langues
de l'antiquité et de celles de l'Europe occidentale , et pouvant ainsi
comparer Sophocle, Shakespeare, Galderon , Alfiéri, etc., avec les
auteurs dramatiques qui font la gloire de la littérature française ,
n'avaient, jusqu'ici, pour juger l'émule de ces grands poètes, que
quelques notices succinctes et incomplètes. L'auteur de Werther^c^
doyen de la littérature européenne , célèbre depuis un demi-siècle ,
est l'objet tour à tour de l'admiration des écoles classique et roman-
tique , selon qu'il s'est senti entraîné à nous peindre les mœurs an-
tiques , ou celles du moyen âge et des tems modernes. Le Tome qui
TOMK XII. 27
418 ^ LIVRES FRANÇAIS.
a paru offre déjà un exemple frappant de cette souplesse et de cette
fécondité qui se fait remarquer dans les tableaux, toujours vrais et
toujours différens, que son imagination enfante^ Parcourant les di-
vers siècles, transporté d'un ordre de choses dans un autre, se
trouvant successivement en rapport avec des hommes de tous les
caractères, de tous les pays, de toutes les époques, le lecteur voit,
dans Goeiz de Berlichingen (le premier des drames qui composent
ce volume ), les tems héroïques de l'Europe chevaleresque ; dar s
Iphi<^énie en Tauride , ceux de la Grèce; et dans Clauijo^ les
mœurs de la société actuelle , reproduites avec une vérité de pin-
ceau qui ne nuit pas à l'originalité des conceptions, et avoc une
verve détalent qui, dans l'imitation la plus exacte, conserve toute la
vigueur de l'indépendance et tout le feu du génie créateur. Goeiz est
comme la représentation vivante du moyen âge ; il a servi de type
à Iwanhoë, ainsi qu'à d'autres essais qui nous reportent dans les
siècles de la féodalité. Iphigénie est le parfait modèle d'une tragé-
die conforme aux règles d'Aristote , et respire à la fois la simplicité,
la grâce, la grandeur et la majesté de Sophocle. Clai'ijo , enfin,
outre son mérite dramatique , doit avoir pour les lecteurs français
un attrait particulier : il montre Goethe s'emparant d'un sujet déjà
traité par Beaumarchais, et introduisant sur la scène cet écrivain
spirituel , sans ternir en rien les couleurs brillantes de sa physiono-
mie, sans lien ôter à son langage de la tournure piquante et de la
chaleur qui le distinguent Par son élégance, autant que par sa fidé-
lité, la traduction que nous annonçons paraît digne de prendre
place à côté de celle des œuvres de Schiller, le plus illustre des imi-
tateurs de Goethe. Elle aura en tout quatre volumes, et le premier
( qui doit former la dernière livraison) contiendra une Notice dé-
taillée sur la vie et les ouvrages de Goethe. L'exécution typogra-
phique répond au mérite de l'ouvrage.
171 (*) — (Eupres de L. B. Picard, en dix volumes in 8° , ornés
d'un beau portmit de l'auteur, i^^ , 2», 5« , 4* » 5* et 6^ livraisons,
composées d'Eugène et Guillaume^ roman, et des volumes I, II du
Thédlre. Paris, 1821. Barba, au Palais Royal, derrière le théâtre
français. Le prix de chaque volume, sur beau papier fin satiné,
est de 7 fr. pour les souscripteurs. L'édition, confiée aux soins de
F, Didot, sera terminée à la fin de janvier prochain.
173. — Louis IX en Egypte , tragédie on cinq actes; par N. L. Lk-
LIVRES FRANÇAIS. A19
MKnciKa^ de l'académie française. Paris, 1821. Barba, au Palais-
lioyal. lirochure in-8°. Prix , 2 fr. 5o c
Le public a prononcé ; il ne reste plus à l'auteur qu'à voir con-
firmer à la lecture le succès qu'il a obtenu à la représentation.
(Voy Reuue encyclopédique, Tom. XI, p. 445.) Poète habile, his-
torien vrai , profond artiste , il est parvenu , avec les seuls matériaux
des annales arabes et des chroniques françaises, à élever le difficile
édifice de cinq actes, et à les remplir de mouvement, de chaleur
et d'intérêt; c'est avec la même fidélité, avec la même vie que les
mœurs locales , les caractères et l'attitude des personnages sont des-
sinés, coloriés, contrastés. D'abord, brille ce fougueux Octaïr, em~
brasé du triple fanatisme de l'amour, de l'ambition, de la fatalité;
grande figure théâtrale, sur laquelle domine le pieux et calme hé-
roïsme de saint Louis. Les scènes où ce grand roi et ses grands
chevaliers luttent de dévouement et de vertu , où tous , inébran-
lables dans leur foi , acceptent sans pâlir la plus horrible mort, sont
marquées au coin d'un sublime pathétique : la critique doit se taire
devant des beautés d'un ordre si relevé. Elle dit : « l'action est
double, le dénouement n'est point tragique. » On peut lui répondre :
« les exemples de l'un et de l'autre , fréquens au théâtre , autorisés
par la poétique d'Aristote , sont justifiés par le succès. » On ajoute :
o le style de l'auteur est inégal. • Oui, mais comme le style de Cor-
neille , qu'il a pris pour modèle , et dont il reproduit souvent les
mâles et sévères beautés.
M. Lemercier me semble avoir acquis, par cet ouvrage, de nou-
veaux droits à la reconnaissance littéraire et nationale ; je joins mes
vœux à ceux du public et aux siens pour obtenir la représentation
de la Démence de Charles VI, tragédie interdite, je ne vois pas
par quel motif; car le l'oi n'y paraît point avili. En Angleterre, en
Allemagne, on met sur la scène des rois et des empereurs, non
seulemenf fous , mais encore parricides, incendiaires, empoison-
neurs. La puissance n'en reste pas moins ce qu'elle est, c'est-à-dire
respectable et respectée. Comment se fait-il que l'art dramatique ^
si illustré en France, y subisse de telles entraves, tandis qu'il est
libre dans le reste de l'Europe ? Ch rd.
173. — Almanach des Dames , pour l'année 1822. — Vingt-unième
année. Paris, 1821. Treuttel et Wiïrtz, rue de Bourbon , n» 17.
In-16 de 23 pages, avec huit gravures. Prix, 5 fr. broché.
27*
A2(> LIVRES FRANÇAIS.
L'année n'est pas encore expirée, et déjà plusieurs des recueiî»
qui se publient annuellement, ont pris l'avance, pour se disputer
l'avantage d'être offerts en étrennes. De tous ceux que la mode a
maintenus , VAlmanach des Dames est le plus accrédité auprès du
beau sexe. Les morceaux de poésie qu'il renferme et qui sont avoués
par le bon goût et la morale, ainsi que le choix de tableaux de
grands maîtres, dont la gravure est conflée à nos meilleurs artistes,
justifient la préférence qu'on semble lui accorder généralement.
On trouve , dans celui de 1822 , les portraits de Marguerite de Pro-
vence et de Jeanne Hachette. Les autres sujets sont Vénus qui se
mire, d'après le Titien ; Judith et Holofeme^ d'après Luc Cam-
biari ; les Cinq sens et un Concert^ d'après le Valentin , et deux^
paysages, d'après Everdingen et Bréenberg. Une vignette char-
mante représente l'Amour offrant d'une main des fleurs à une jeune
fille qui est à genoux devant lui , tandis que , de l'autre, il tient
des fers qu'il lui cache et dont il paraît vouloir l'enchaîner. Les nom*
de MM. Bignan , Chénier, de Ségur^ Soumet, de Stassart , etc. ,
promettent des jouissances aux amateurs de la poésie , et nous ne
serions point embarrassés de citer un assez grand nombre de pièces,
qui toutes rivalisent entre elles de grâce et de correction ; mais
nous croyons qu'aucun des auteurs de ce recueil ne se plaindra ,
si nous disons que nous avons donné la palme à une charmante épître
de M. Brès , intitulée : le Château. E. H.
ij4« — Le Chansonnier Français^ ou Étrennes aux Dames, ré-
digé par quelques membres du Caveau moderne et des Soupers de
Momus. Dix-neuvième année. Paris, 1821. Caillot, rue Sainl-André-
des-Arcs, n* 5j. In-16 de 262 pages. Prix, 1 fr. 5o c. , et par la
poste 2 fr,
iy5.~Le Chansonnier des Demoiselles , rédigé par les mêmes.
Dix-huitième année. Paris, 1821 ; chez le même. In-16 de 180 pages.
Prix, i fr. , et 1 fr. 25 c. par la poste.
« Ils chantent, disait le cardinal Mazarin , ils paieront. » Jamais
le Français ne s'est montré plus disposé à payer, si Ton en juge par
le nombre de chansonniers que chaque année voit éclore. Les
deux recueils que nous annonçons, tous deux dédiés au beau sexe,
se distinguent par un choix en général assez bien fait. Si le goût
peut se plaindre de quelques couplets un peu faibles et qui évi-
demment n'ont été admis que pour ne pas décourager de jeune»
LIVRES FRANÇAIS. AH
ptétcndans au sceptre de la chanson^ du moins les mœurs n'y sont
blessées en rien , qualité qui devient tous les jours plus rare dans
les recueils de ce genre. Nous avons distingué , dans le premier :
le Bon Vieillard et la Vendange , par M. de Béranger; la Dernière
Folie^ par un anonyme, et la Rose ^ par M. Béraud. Le second ,
peut-être moins bien partagé, offre cependant V Incrédule , ^2iV Ma
anonyme, sous le nom du Diable boiteux; Minuit^ par Butignot ;
le Carnaval -i par Châtain, le Faux Frère, par Gabriel de M***,
et Jean à Jeanne, par Gillet. On voit que nous n'avons pas, à
l'exemple de plusieurs de nos confrères , formé notre opinion sur
la table ; si le nom des auteurs est un titre de recommandation
auprès de nous, leurs ouvrages ont seuls le droit de fixer notre juge-
ment. E. H.
i/C. — LeMinistrede fVakefield^-par Golvsmitb ; nouvelle édition,
revue et corrigée. Paris, 1821. Roret et Roussel, rue Pavée-Saint-
André - des - Arcs , n" 9. 2 vol. in-12. Prix, 4 i''» et par la poste
5 fr. 5o c.
Cet ouvrage, généralement connu et apprécié, est un de ceux
qu'on relit toujours avec plaisir. Les caractères en sont tous pris
dans la nature , et offrent entre eux des contrastes habilement mé-
nagés. On aime surtout le bon pasteur Primerose, ses vues droites,
sa probité austère et sa constante résignation dans le malheur. Ne
voyez que les gens de votre classe , si vous ne voulez compromettre
votre tranquillité ; ne dépassez jamais vos moyens , si vous craignez
de vous perdre dans une foule d'embarras et de vous rendre ridi-
cules ; telle est la morale de cet ouvrage , qui doit servir à rendre
meilleures toutes les personnes qui savent choisir leurs livres et
l'éfléchir sur leurs lectures. M. D.
i-y. — Contes du pieil Ermite de la vallée de Vauxbuin par
Ch. PouGENS. Paris, 1821. Desoër, rue Christine, n» 2. 3 vol. in-12.
Prix, 7 fr. 5o c, et 9 fr. par la poste.
Il n'est pas commun en France de voir les érudits publier des
ouvrages d'esprit ; ce n'est pas que ces Messieurs ne soient très-
spirituels ; mais ils paraissent croire qu'en donner des preuves, ce
serait déroger. Us ont raison, si leur désapprobation s'applique à
certaine prose creuse et sonore, à certains vers plus insignifîans encore
qu'ils ne sont harmonieux. Mais l'esprit appliqué à la philosophie ,
c'est-à-dire à tout ce qui tend en quelque manière au but d'amé-
«*
A22 LIVRES FRANÇAIS.
liorer rixorume , vaut bien l'érudition ; je suis même tenté de croire
que celle-ci n'est destinée qu'à préparer des matériaux à la philo-
sophie. M. Pougens est un de nos plus doctes étymologistes , le
monde savant ne l'ignore pas; il est un de nos conteurs les plus
philosophes et les plus piquans; les gens du monde le savent depuis
la publication du livre que nous annonçons. Il serait difiBcile de se
procurer une lecture plus amusante, et je pense que c'est déjà quel-
que chose. La manière de l'auteur a plusieurs analogies avec celle
de Voltaire; c'est de l'ironie , de la verve, de la misantropie, mêlées
à un grand fonds de bienveillance pour notre pauvre espèce ;
comme chez le patriarche , le profond savoir du conteur s'élève de
tems en tems à la surface, aGn de prêter du charme au récit; mais
ici l'érudition n'est visible qu'aux gens du métier; et, pour peu
qu'elle prétende à s'établir sur la scène, elle est promptement con-
gédiée. Dirai-je tout: à Vauxbuin, comme à Ferney, on ne fait pas
grâce aux sots préjugés , aux abus politiques ou sacrés , à la supers-
tition ni à l'injustice. Il ne serait pas impossible que quelque saint
homme criât au blasphème. Moi , qui , à l'exemple du législateur
des chrétiens , juge nïes frères sur leurs intentions, j'absoudrai vo-
lontiers l'accusé. Sans doute, il a quelquefois touché presque au vif;
mais on voit bien qu'il n'a voulu que cautériser la plaie , et non pas
blesser le malade. Quand les ennemis que l'on croyait dissipés re-
paraissent, il est tout simple que les sentinelles fassent feu. Je ne
recommande pas aux femmes les Contes de l'Ermite de Vauxbuin
je suis certain qu'elles ne les négligeront pas: elles y jouent un trop
grand rôle; mais je crois pouvoir recommander la lecture de cet ouvrage
aux jeunes gens qui entrent dans le monde; il leur vaudra de l'ex-
périence. Seulement, il faut qu'Usaient l'attention de ne pas prendre
à la lettre toutes les boutades du Vieil Ermite. Si quelques passages
de métaphysique amoureuse , ou quelques comparaisons d'une
manière un peu précieuse, devaient les étonner, je leur dirais que
c'était le genre, à l'époque où étaient de mode les peintures de
Boucher, les romans de Voisenon , les comédies de Marivaux. C'est
le monde de cette époque, déjà reculée, que le Vieil Ermite a vu,
c*est celui-là qu'il a peint; et , quoique ce ne soit plus le nôtre ,
comme le cœur de l'homme n'a pas changé depuis, il n'y a de mo-
difié que les formes, et le fonds est resté le même. Je pense donc
qu'on lira loujoui-s avec plaisir les Si , les Mais-, ou le Soulier de
LIVRES Jb^lUNÇAIS. A23
Paul Emile ; le Docteur de Sorbonne et son bon Génie; Amour j
Jeunesse et yanitè^ow le Plaisir n'est que le pis-aller du Bonheur ;
Verseuil et André ^ ou Ce sont les sots qui disent les sottises , et ce
sont les {Jens d^esprit qui les font. Si je ne m'abuse , ces titres-là
excitent vivement la curiosité ; et le dernier , entre autres , est un
bon mot très-piquant. X.
178. — Exposition d'une nouvelle méthode pour renseignement
de la musique , par M. Gauit. Paris, 1821. Rey et Gravier , quai
des Augustins , n° 55 , et chez l'auteur, rue Louis-le-Grand , n" 3.
Un vol. in-8'' de 284 pages. Vùx , 5 fr.
L'auteur de cet ouvrage , dont il a été fait mention dans une
Notice sur différens procédés mis en usase depuis quelques années
pour enseigner la musique ^ par MM. Choron, Massimino , fVilhem
et Galin ( Voy. ci-dessus, page 12), s'occupe en ce moment d'un
' autre travail dont il doit publier incessamment les résultats.
Mémoires et Rapports de Sociétés savantes et (Vulilité
publique.
179. — Séance publique de la Société d'agriculture ^ commerce ,
sciences et arts du département de la Marne, tenue à Châlons,
le 5 septembre 1820. Châlons, 1820; Boniez-Lambert , imprimeur
' de la société. In-8° de 96 pages d'impression.
Ce Recueil , l'un des plus intéressans que nous ayons reçus
en ce genre , tant par les résultais qu'il ofl're que par la manière
dont ils sont présentés, s'ouvre par des Considérations sur l' avan-
tage des petites propriétés rurales. L'auteur, M. Gobet-Boissel,
président annuel delà société, a eu pour but, de prouver que
la division des propriétés rurales est une des garanties les plus
solides de l'ordre public , qu'elle est utile à la conservation des
mœurs, et favorable à la prospérité de l'agriculture. Cette pensée
généreuse et féconde est habilement développée. « La force
réelle d'un état , dit-il , ne se calcule pas sur le nombre des lieues
carrées qui composent son territoire , ni même absolument sur
le nombre des individus qui l'habitent ; cotte force se compose
d'une population généralement satisfaite des institutions qui la
régissent, et qui surtout se trouve placée dans une situation telle,
que l'universalité puisse repousser l'indigence à force de travail
Pt d'industrie. » — «La première richeFsc des nations, ajoute-t-il ,
\
A2A LIVREES FRAjSÇAIS.
surtout des nations principalement agricoles, est dans les produits
de leur sol; plus il y a de bras employés à le solliciter, plus il
est prodigue de ses largesses. » Il observe que les bras qui cultivent
la grande propriété sont nécessairement des bras mercenaires; quel-
que loyaux , quelque laborieux que soient d'ailleurs le journalier
et l'homme à gages , ils n'ont en définitive d'autre but que de
gagner leur salaire , tandis que Tagriculteur qui exerce son labeur
et son insdustrie sur une propriété de petite étendue, n'épargne
ni soins ni peines pour obtenir de la terre tout ce qu'il peut la
forcer à lui donner; l'auteur en conclut avec raison que, proportioa
gardée, la grande propriété donne en résultat moins de produits que la
petite. 11 ne faut que jeter un regard sur l'état actuel de l'agriculture
en France pour être convaincu de cette vérité : nos produits se sont
augmentés en proportion du nombre des propriétaires. — M. Caquot,
secrétaire de la société, a fait précéder son compte -rendu de
considérations générales qui se lient parfaitement au sujet dont
M. le jprésident s'était occupé avant lui. « On ne peut calculer ,
dit-il au commencement de son rapport, quelle fécondité découle
de la propriété. Il serait à désirer que la terre ne fût sollicitée
que par son maître, ou, en d'autres termes, que les champs
n'appartinssent qu'à des cultivateurs. Mais, vœu inutile, il y aura
toujours des gens qui posséderont ce qu'ils ne peuvent cultiver , et
des gens qui cultiveront ce qu'ils ne possèdent pas. C'est au légis-
lateur à chercher les moyens d'attacher ces derniers par tous
les liens possibles à la ferme qui leur est confiée, en leur faisant
trouver en elle une quasi-propriété.» Un des correspondans de la
société , M. Martin . lui a adressé sur cette matière des observations
très-judicieuses, où il développe l'avantage des baux à longs termes,
système suivi avec succès en Angleterre par M. Coke. — Les noms
de MM. Loisson^ Pelit-Hutin, Dergère, T'arma Go iart de Juuigny,
Rousseau ^ Liè-Boucher ^Laniier ^ Coheriet, figurent avec distinction
parmi ceux de» agriculteurs qui ont obtenu quelques résultats nou-
veaux et satisfaisans ; le premier a reçu du roi , par les mains du
préfet du département, une médaille d'argent qui lui a été remise,
dans la séance publique de la société. M. Vann s'est occupé
avec succès du croisement des races de chevaux ; MM. Bermont et
Gallois ont multiplié , le premier les plantations, le second les
s^mis de sapins; M. Clioppin a couvert sa terre de prairies artiû-
I
LIVRES FRANÇAIS. A25
ciellcs , et surtout de trèfle jaune ; MM. Soulès et Deshordes-Jouron
ont perfectionné la culture de la vigne ; enfin , M. Adrien, zélé pro-
pagateur de la vaccine , a présenté à la société les observations
que sa pratique l'a mis à même de faire sur l'emploi de ce puissant
préservatif. « Il s'est assuré qu'administrée à des sujets déjà attaqués
de quelques maladies qui n'ont aucun rapport avec le virus vario-
lique , telles que des ophtalmies , la coqueluche , une dentition
difficile, loin d'ajouter au mal de l'enfant, comme le pense gé-
néralement le vulgaire , la paccine , en se développant et en suivant
tous ses périodes accoutumés, le soulage de ces sortes d'infirmités
ou maladies étrangères , et en facilite la guérison , si elle n'y
contribue pas directement. » Une Notice sur l'état comparé des
sciences et des arts , et particulièrement de l agriculture chez les
anciens et chez les modernes par M. Vanzul; une Analyse du
discours de M. Prin sur l'hygiène publique ; le Discours de M. le
préfet , avant la distribution des médailles , et le Program.m.e
des prix pour 1821 , terminent le recueil de la Société d'agricul-
ture , sciences et arts du département de la Marne , département
qui, aux diverses expositions des produits de l'industrie nationale,
a obtenu une médaille d'or, six médailles d'argent, quatre mé-
dailles de bronze , neuf mentions honorables et une décoration
de la Légion-d'honneur, accordée à M. JaAzc/eaa, directeur de Vécole
des arts de Chdlons. E. H ère au.
Ouvrages périodiques,
i8o.(*j — Journal des cours publics, pour Vannée 1821. Paris, 1S21 .
7 vol.in-S", chacun d'environ 4oo pag. Prix de la collection, 35 fr. et
44 fr. par la poste. On peut se procurer chaque cours isolément,
moyennant 8 fr., et 9 fr. 20 c. par la poste. Paris, au bureau du
Journal, rue Saint- Jacques, n** 5i.
Ce recueil, dont nous avons déjà parlé (T. IX, pag. 490-5oo), est
entièrement publié, et justiQe l'espérance que nous en avions conçue.
En effet, ce ne sont pas de simples analyses qu'il offre aux lecteurs,
mais de véritables ouvrages, écrits avec pureté, dans lesquels se
coordonnent et se développent les idées des professeurs ; on recon-
naît facilement que ceux-ci ont secondé une entreprise qui doit
concourir aux progrès de l'instruction nationale, et qui, chez l'é-
tranger, atteste déjà la supériorité de l'enseignement dans nos prin-
A26 LIVRES FlUNÇAIS.
cipalos écoles. Voici la liste des sept cours contenus dans le Journal
des cours publics, pour l'année 1821.
1° Droit naturel et droit public général ; — M. de Poetbts, pro-
fesseur;—2* Histoire du droit romain; M. Poj(CKiET,prof. ; — 5" Ma-
nière d'étudier et d'écrire V histoire : Examen des principaux his-
toriens de la Grèce ; M. Dacnou, prof.; — i° Poésie latine-, M. Tis-
soT, prof. ; — 5" Préceptes moraux à puiser dans V étude de V histoire ;
M. Lacretulle jeune, prof.; — 6° Histoire du gouvernement repré-
sentatif; M. Guizoï, prof.; — 7° Histoire delà langue et de la litté-
rature française^ depuis leur origine jusqu^ au siècle de Louis XIT^;
M. PiBRnoT, prof. — Nos lecteurs apprendront avec intérêt que cet
utile recueil sera continué, durant l'année 1822. Le nouveau pros-
pectus se distribue au bureau du Journal.
Livres en langues étrangères imprimés en France,
181. — ME'AISSA , w a-vxKcyîi x. t. \. — L'abeille, ou Recueil
grec, publié pour l'utilité de la patrie, par Spiridion Koi^dos, de
Corfou, chevalier de la Légion«d*honneur, etc., et par Agathophbgr,
de Lacédémone, citoyen de Paris. Troisième livraison, imprimée
aux frais d'un ami noble et généreux, Philarète Mktbiophbo.mdes,
professeur de philosophie grecque, etc. Paris, 1821, imprimerie de
Cobce. Se trouve à Marseille, à Bucharest, à Odessa, à Constantino-
ple, etc. ( il n'en a paru que trois livraisons. )
Nous aurions dû sans doute annoncer plus tôt celte livraison ,
publiée depuis quelques mois; mais un recueil littéraire , connu
et apprécié de tous les amis des lettres grecques, n'est pas un
ouvrage de circonstance ; et les analyses précieuses données par
1 es auteurs, leurs observations pleines de raison et de goût, leurs
excellentes traductions d'ouvrages français, leurs renseignemens pré-
cieux sur leur patiie , seront toujours lus arec plaisir. Nous diroA
même que, si les circonstances peuvent influer en quelque chose
sur la destinée d'un ouvrage de ce genre, lés auteurs de V Abeille
grecque doivent espérer aujourd'hui, des lecteurs européens, encore
plus d'attention et d'intérêt qu'à l'époque où cette livraison a paru.
Ils y rappellent plus d'une fois le nom du célèbre patriarche de
Constantinople , Grégorios ; et l'infortuné n'existe plus. Ils parlent
avec enthousiasme des progrès de l'instruction dans leur chère et
noble patrie, des gymnases qui s'élèvent de tous côtés, de ces
homélies généreux et braves qui gémissent et se déballent en vain
LIVRES FRANÇAIS A27
sous le joug de l'ignorance et du despotisme, et ne trouvent de
consolation que dans le souvenir de leurs ancêtres, dans l'étude de
leurs chels-d'œuvre , dans l'espoir d'un avenir digne de tant de
gloire passée; et depuis, les dcscendans des Miltiadcs et des Léo-
nidas, non contens de les admirer dans l'ombre des écoles, sont
allés les imiter sur les champs de bataille. Nous voyons, dans les
trois parties de l'ouvrage , publié à Paris par de jeunes Grecs ,
quels sentimens animent la classe éclairée de leurs compatriotes,
quelle conscience ils ont de n'être pas indignes de leurs pères,
avec quels efforts ils cherchent à répandre dans la Grèce cette ins-
truction que la Grèce nous a donnée, combien ils font de vœux
pour avoir une patrie et pour être libres; aujourd'hui, dans les
; événemens qui se passent sur les ruines de Sparte et d'Athènes ,
nous voyons ce qu'ont produit l'instruction, le patriotisme et la
liberté.
C'était un beau spectacle que celui de ces exilés de la Grèce ,
qui, fuyant un pays opprimé, un sol profané par la tyrannie , sem-
blaient transporter leur patiûe avec eux, et qui, a Londres, à Paris,
• à Berlin , pauvres mais libres, étudiaient les arts de l'Europe civi-
lisée , se formaient aux grandes pensées, aux connaissances utiles,
encourageaient leurs frères malheureux, et leur disaient avec con-
fiance [^d de i lie grecque, première livraison, pag. io3) ; « Non, il n'est
pas impossible que notre nation, aujourd'hui gémissante, asservie, re-
trouve, après tant de siècles, le repos, le bonheur et la gloire Vienne
cet heureux jour I vienne le jour où nous aurons une patrie! » Ce
jour est-il enfin venu ? La lutte a commencé ; plusieurs de ceux qui
écrivaient pour instruire leurs concitoyens, sont allés combattre
pour les défendre ; tous ces travaux littéraires sont interrompus; les
Grecs n'auront pas besoin de livres, s'ils redeviennent esclaves;
ce n'est plus le tems de s'occuper des efforts qu'ils faisaient pour
éclairer leur esprit, pour épurer leur langue. Une plus grande
question s'agite en ce moment; il- y va de leur liberté, de leur
religion , de leur vie, de la vie de tout un peuple. Comment cette
question se décidera - t- elle ? Nous ne pourrions aller plus loin
sans retomber dans les discussions qui ont rempli, depuis quelques
mois, les journaux politiques. Qu'il nous soit permis seulement de
rappeler ce qu'un de nos collaborateurs écrivait au mois de no-
vembre 1819, long-tems avant que la guerre fût renouvelée entre
les Grecs et les barbares :
/i28 LIVRES FRANÇAIS.
« La Grèce est encore sous l'oppression; mais elle offre mainte-
nant un spectacle inoui dans l'histoire du monde , celui d'un peuple
qui s'instruit, s'agrandit, s'élève, dans les fers de ses maîtres;
on dirait qu'elle se prépare à la liberté. Sous la domination de
Rome^ Athènes régnait du moins par les arts, et cette gloire lui
était permise; les vainqueurs eux-mêmes cédaient aux vaincus la
supériorité du goût et des talens; ils ne se réservaient que celle des
armes. Aujourd'hui, les Grecs obéissent h une nation dont les chefs
repoussent et combattent toute espèce d'instruction, et affectent
de regarder l'imprimerie comme un sacrilège, parce qu'elle effraie
leur politique ; et c'est du milieu de cette tyrannie, qui prend
l'ignorance pour auxiliaire , que s'élève la voix de ces hommes
généreux qui rappellent leurs concitoyens à la dignité de l'homme,
et leur montrent de loin , dans les capitales de l'Europe, quelques-
uns de leurs frères dont les écrits leur apprendront ce qu'étaient
leurs ancêtres. Exilés volontaires^ ces Grecs voyageurs ont sans
cesse les yeux tournés vers la patrie ; ils lui consacrent toutes leurs
pensées, tous leurs travaux; ils n'écrivent, ils ne parlent, ils ne
vivent que pour elle. Ainsi, en 1799, l'illustre Coraï, qui a des sta-
tues parmi ses compatriotes, dédiait son Théophrasle aux Grecs
libres de la mer Ionienne; ainsi, de nos jours, les dignes protec-
teurs de la langue et des muses paternelles encouragent toutes cei
feuilles grecques sur la littérature, les arts et les sciences, • l'Her-
7nès, le Télégraphe, la Pallas, la Calliope , qui, publiées çà et
là dans l'Occident, vont ensuite porter nos lumières et nos décou-
vertes chez ce peuple dont les grands hommes nous instruisent et
nous charment encore. Les Grecs, dans leur patrie même, com-
mencent à ranimer les étincelles de ce génie si long-tems éteint ;
ils ouvrent des gymnases à la jeunesse studieuse ; ils ont traduit le
Télémaque , Bélisaire, Atala, et beaucoup d'autres ouvrages fran-
çais. Démétrius Aristomènes, de Smyrne, vient de traduire encore
le Discours de J.-J. Rousseau, sur l'Origine de l'inégalité , et la
jeune Eranthia, de Cydonics, à peine âgée de dix-huit ans, le Traité
(le Fénélon, sur l'éducation des filles. Rendons hommage à l'ému-
lation de ces peuples ; nous ne serons jamais assez reconaaissans de
ce que nous devons à leurs aïeux; empressons-nous d'accueillir et de
recommander à l'attention publique toutes les nouvelles tenta-
tives dont le but est si noble ; applaudissons au courage et à la
LIVRES FIUNÇAIS. A20
persévérance de ces Grecs vraiment citoyens, impatiens de faire
revivre dans le cœur de leurs frères ces deux sentimens qui con-
duisent tôt ou tard aux grandes choses : le besoin de l'instruction
et l'amour de la patrie Espérez, nobles enfans de la Grèce ;
un de vos poètes a nommé l'espérance l'aimable nourrice de l'homme ;
espérez une patrie dont vous êtes dignes par votre enthousiasme
et vos regrets. Tous ceux qui aiment les arts et le génie ont
toujours plaint vos désastres, maudit vos persécuteurs, et demandé
au ciel qu'il fût permis un jour aux petits-fils d'Aristide et de Thé-
mistocle de vivre et de mourir libres, au milieu des monumens
de leurs pères. Allez, retournez, avec la faveur des peuples et
des rois, vers ces champs de vos aïeux, où tant de souvenirs vous
serviront de leçons et d'exemples , où dorment les cendres de vos
grands hommes, où peut-être leurs belles destinées vous attendent...
N'oubliez pas alors ces Français qui vous aimèrent, qui s'unirent
à vous par une sorte de fraternité hospitalière, et que l'Europe a sur-
nommés les modernes Athéniens. » V. L.
182. — Elogiode don Mariano Luis de Urquijo. — Eloge de M. Ur-
quijo , ministre, secrétaire d'état d'Espagne, par .don Anlolne
Beraza, avocat. Paris. 1820. Herhan. Brochure de 80 pages.
L'éloge de M. d'Urquijo était un devoir pour ses compatriotes.
K JjA vie de ce digne ministre d'état appartient à la biographie des
H hommes illustres de son tems. C'est lui qui, ayant le porte feuille
^Ldu premier ministère d'Espagne, sous le roi Charles IV, ouvrit
^^P'Amérique aux étrangers, en accordant au célèbre savant de Hum-
^Hboldt la permission de voyager dans les pays découverts par Colomb,
Cortès, Baca, Pizarro et d'autres Espagnols. C'est à M. d'Urquijo
que l'Espagne a dû d'épargner plusieurs millions, par la défense
faite, en 1799, de demander des dispenses à Rome. C'est lui qui
réprima les excès de l'inquisition, en empêchant les chefs de ce
corps d'inquiéter les consuls de France, de la république batave,
et en général ceux des autres nations , catholiques ou non catho-
liques. Un tel ministre était bien digne de l'éloge que nous annon-
çons, et du magnifique mausolée qui lui a été érigé en marbre de
Carraire, dans le cimetière de l'Est, à Paris , où il est mort le 3 mai
1817. J. A. Llo&ente.
i83. — L'Orlandofurioso di Lodovico Ariosto , etc. — Le Roland
furieux, de l'Arioste. Paris , 1821, l^efèvrc, libr^tire, rue de l'Eperon,
B» 6. 8 vol. 10-32. Prix ^18 fr.
ASO LIVRES FRANÇAIS.
1.84. {*) — La Ccrusalemmeliherata di Torquaio Tasso. — La Jérusa-
lem délivrée du Tasse. Paris, 1821. Le même, 4 vol. in-52. Prix, 8fr.
Ces deux ouvrages forment la continuation de la Biùlioieca poetica
ilaUana (Bibliothèque poétique italienne ), entreprise par M. Le-
fèvre, et dont le chois est confié à M. Buttura , et l'impression à
M. P. Didot. M. Buttura sait donner à cette élégante édition un
nouvel intérêt par des remarques aussi concises que lumineuses,
qui mettent le lecteur à même d'apprécier le mérite des auteurs et
de leurs ouvrages. On a souvent été en peine de saisir la marche ,
l'ensemble et l'unité du vaste poème ou roman de l'Arioste. Gin-
guené est le premier, parmi les étrangers, qui se soit occupé de
trouver un fd pour avancer avec certitude dans cette espèce de
labyrinthe. Le véritable héros du poème , selon lui , est Roger, et
non Roland, comme l'a pensé, avec tant d'autres, M. de Sismondi;
et par conséquent, le but secret du poète est le mariage de Boger
avec Bradamante. Selon ]NL Buttura, le sujet du poème est la
France délivrée des Sarrazins ; et toutes les autres aventuras que le
poète y rattache , n'en sont que les épisodes. Lue courte préface de
l'éditeur est destinée à développer surtout cette idée . En outre, cha que
chant est précédé d'une indication de son sujet , et suivi de quelques
variantes. Le huitième volume contient les sept satires de l'Arioste,
que l'éditeur regarde comme la meilleure vie de ce poète. On a
fait disparaître quelques fautes qui déparaient les éditions précé-
dentes. On trouve aussi à la fin trois sonnets du même poète, sur
les cheveux de Genévre , sa bicn-aimée.
Les poésies de l'Arioste sont suivies de la Jérusalem dèliurèe du
Tasse; de ce poème dont les critiques semblent destinées à multi-
plier les éditions. L'éditeur, dans sa préface, a fait quelques ré-
flexions sur le sujet de celte épopée, qui a placé les modernes au
niveau des anciens. On trouve de même, au commencement de
chaque chant, l'indication de son sujet, et à la fin quelques va-
riantes très-dignes de remarque. M. Buttura indique aussi les défauts
principaux de ce poète ; mais il assure en même tems qu'on ne peut
lui reprocher plus d'une cinquantaine de ces vers, où le clinquant
et l'affectation nuisent à la vérité et au sentiment. Ce qu'on pourrait
reprocher à l'éditeur lui- même, c'est que ses remarques semblent
quelquefois un peu superficielles ; mais il a voulu , je pense, les pro-
portionner au format et à la simplicité de l'édition, qui mérite d'in-
tércsscr^lcs amateuri de la poésie italienne, et surtout les dames,
auxquelles elle paraît cire piincipalemcnt destinée. F. Salfi.
/
'vvv^v\v\vv*/vv%/vv\'vvvv»/vvvvv%vvv»iv'vv'*i\'v'ivvvv'vv»,vvvvvvv\'vvvv'v\\'vvvvvx\xvv\v\'\v
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES
ET LITTÉRAIRES.
AMÉRIQUE.
Etats-Unis. — ï^ille du Détroit. — Statistique. — Rien ne peut
mieux faire connaître les progrès de la civilisatioa aux États-Unis ,
que les détails suivans sur la petite ville du Détroit. Elle est située
sur la rive occidentale du détroit qui joint le lac Érié au lac Saint-
Clair, à une distance de six milles au-dessous de ce dernier, et à
42 deg. 5o m. de latitude nord. Elle se compose d'environ deux
cent cinquante maisons, y compris les bâtimens publics, qui sont
au nombre de onze : 1° une église catholique romaine, de 116 pieds
de longueursur 60 de large ; les deux clocheis ont 1 10 pieds de haut ;
il y a une chapelle souterraine , qui était d'abord destinée à devenir
un couvent. Ce bâtiment, entièrement en pierres, n'est point en-
core achevé ; 2° une église protestante en bois , peinte et ornée d'un
dôme, soutenue par des colonnes de bois; 3° une école publique,
de 5o pieds de long sur 24 de large; 4° "i^e maison de correction
en pierres, à deux étages, occupant 88 pieds de terrain sur 44 > 5° la
maison du conseil, en piei'res ; 27 pieds sur 5o ; G^» la maison de
banque delà banque du Michigan ; c'est un carré de 36 pieds de côté ;
elle est à deux étages , bâtie en briques ; 7° un marché ; 8° un ma-
gasin du gouvernement, en briques ; 100 pieds sur 4o ; 9° un arsenal,
en pierres, à deux étages; 10° un magasin d'ârlillerie , vaste bâti-
ment en pierre de taille; 11° le fort Shelby et des casernes spa-
cieuses. La ville du Détroit est régulièrement bâtie , les rues sont
larges; elle occupe une éminence qui , s'élevant à 4o pieds au-dessus
de la rivière, commande le pays environnant, et laisse voir plu-
sieurs sites agrestes. Sa population est d'environ quatorze cents âmes,
en comptant la garnison. Une grande propreté entretient un air
salubre dans la ville. Le commerce y est actif. Elle possède plusieurs
fabriques; mais, ce qui étonne surtout, c'est le grand nombre d'as-
sociations morales qui y ont été fondées et qui y prospèrent. Nous
citerons les principales ; i° le lycée, ou académie., de la ville du
Détroit : son but est la culture des sciences en général, et de la
A32 AMÉRIQUE.
littérature; les séances sont publiques; 2° une société pour le per-
fectionnement de l'agriculture; 5° une société pour la mécanique ,
ou science des machines ; 4° "ne société biblique; 5° une société de
francs-maçons ; 6° une loge des maîtres francs-maçons acceptés ;
7" une société de morale et d'humanité ; 8° une association des écoles
du dimanche. II y a dans cette ville deux prêtres catholiques, un
ministre protestant et un ecclésiastique méthodiste. On y compte
huit médecins et douze avoués.
Écriture hiéroglyphique des Indiens. — Extrait du Journal de
Voyages de M. Schoolcraft : a Ce matin , lorsque nous quittâmes
le lieu où nous avions campé, les Indiens y laissèrent un mémorial
de notre voyage , sur de l'écorce d'arbre , pour l'instruction des
hommes de leur tribu qui voudraient suivre nos traces. Cette cou-
tume est générale parmi eux : ils tracent sur de l'écorce de bouleau,
avec de la couleur, ou avec la pointe de leurs couteaux , un grand
nombre de figures hiéroglyphiques qui sont comprises de la nation.
Ils placent ensuite le morceau d'écorce au bout d'une perche , qu'ils
enfoncent dans la terre , en l'inclinant du côté vers lequel ils se di-
rigent. Dans la circonstance actuelle , toutes les personnes , qui fai-
saient partie de l'expédition , étaient représentées d'une manière
très-intelligible, chacune étant caractérisée par quelque emblème
de sa situation ou de son emploi. Ils distinguent les Indiens des
blancs, en les peignant différemment : les premiers n'ont point de
chapeau. Ils emploient fréquemment les symboles ; le lieutenant
Mackay était représenté par un sabre, comme officier; M. Daty, le
médecin, par un livre , les Indiens ayant compris qu'il était homme
de loi; moi (c'est M. Schoolcraft, le minéralogiste , qui parle), par
un marteau que je portais presque toujours à ma ceinture. La figure
d'une tortue et d'un coq de bruyère signifiaient que nous avions tué
ces animaux ; trois nuages de fumée indiquaient que nous avions
allumé trois feux autour du lieu où nous campions ; huit fusils , qu'il
y avait avec nous huit hommes armés ; trois entailles sur la perche ,
penchée vers le nord-ouest , que nous allions marcher pendant trois
jours dans cette direction ; la figure d'un blanc, avec une langue des-
sinée près de la bouche, représentait l'interprète. Un Indien, pas-
sant dans le même endroit , pouvait donc lire sur ce mémorial que
quatorze blancs et deux Indiens y avaient campé ; que cinq des
hommes blancs étaient chefs ou ofiiciers, l'un interprète et les huit
ASIE. A3I
autres soldats ; qu'Us allaient au lac sabloaucux ( trois jours de marcha
vers le nord-oue^t ne pourant manquer d'y conduire); que nous étion«
armés de huit fusils et d'un sabre; que nous avions tué une tortue et
un coq de bruyère, etc. Je ne savais nullement que les Indiens pos-
sédassent un moyen de correspondre si prompt et si sûr ; tous les
voyageurs avaient gardé le silence à ce sujet. J'avais vu la facilité
avec laquelle un des Indiens du lac avait tracé la carte de cer-
taines parties de la côte sud du Lac-Supérieur ; mais ici , c'était un
rapport historique des événemens passés, aussi complet qu'un récit
écrit le serait parmi nous , et tout-à-fait aussi intelligible pour ceux
auxquels il était destiné. »
Nevv-Yorcil. — Parmi les nombreuses curiosités dont le docteur
Mitchill vient d'enrichir sa collection ^ on remarque une lettre de
la tribu des Indiens Ghippawas aux Sioux, avec la réponse des Sioux
aux Chippavvas, datées de l'été de 1820. Elles sont aussi écrites en
hiéroglyphes, sur de l'écorce d'arbre. Le capitaine Douglas, qui
était du voyage entrepris par le gouverneur Cass , les a rapportées
des bords du Mississipi. L. S. B.
ASIE.
Calcutta. — Société Asiatique. — Séance du i4 auril 1821. — Le
major Roughsedge estnommé membre de la Société. — MM. Gibbons
et Adam présentent divers objets d'histoire naturelle. — Il est fait
lecture d'une lettre adressée au président, M. Hastings, par M. Jullien^^
de Paris, qui offre à la Société le quatrième volume de la Revue
Encyclopédique , et une Notice sur les signes numériques des
anciens Egyptiens , par M. Jomard. — M. Hastings présente quatre
livraisons des monumens anciens et modernes de rHindoustan , par
M. Langlès. — M. Wilson offre, au nom du capitaine Fell, deux
manuscrits samscrits , enrichis de vignettes, et au nom du colonel
Wilford , deux manuscrits autographes , du jésuite Montferrat »
résidant à la cour de l'empereur Akbar , et une traduction de divers
ouvrages samscrits sur les contrées arrosées par le Gange. Nous
rendrons un compte détaillé de cet important ouvrage, aussitôt qu'il
aura paru. — Le capitaine Fell envoie un extrait du poème samscrit
intitulé : Ranga-Bansa du célèbre poète Galidasa qui florissait ,
environ cinquante ans avant l'ère vulgaire , et si connu par son
dwme intitulé ; Sacouniala (l'Anneau fatal), traduit par sirWUliam
Tome xif. 28
hZh ASIE.— AFRIQUE.
Jones. Londres, 1789. i vol. in-S" , et par plusieurs compositions
dramatique^ qui sont encore inédites. E. Gauttibr.
(jÀîTToy. -^Éclipse de soleil. — Le 4 mars 1821, à une heure trente
minutes vingt-quatre secondes , on a observé à Canton une éclipse
de soleil. Cet astre était alors à 69° 7/ 00.// Le moment de l'é-
mersion a été observé à 3" ^6f ^îfi^ et conséquemment la durée de
Téclipse a été de 2 h. 16/ 18/7 E. G.
AFRIQUE.
Nubie. — MéfiOÉ. — Extrait d'une lettre de M. F. Cailliaudà M. Jo-
mard, en date du 5 mai 182 1, écrite d'^ssour, à une journée au nord
de Chendy.—'ie m'empresse de vous faire part de la découverte d'une
ville ancienne, située au nord de Chendy, avec un grand temple et un
très-grand nombre de pyramides. Mes travaux étant finis à Barbar, et
le prince de Chendy s'étant rendu, je sollicitai Ismaïl Pacha de me
laisser partir pour Chendy, en avant de l'armée ; il m'accorda cette
faveur et me donna un firman pour les Cheyks et le gouverneur de la
province. Il me fallut passer pour musulman, sous le nom de Mourad-
Efifendy : nous fîmes route à dromadaire sur la rive droite du fleuve.
Arrivés à la rivière Atbara, la dernière qui tombe dans le Nil, nous
nous y arrêtâmes pour observer et déterminer sa position. Etant
à la quatrième journée de marche depuis Barbar, quelle fut ma
surprise lorsque je découvris devant moi les sommets d'un grand
nombre de pyramides ; nous en étions encore à deux lieues et demie
de distance ; enfin, nous y arrivâmes le 23 avril.
J'ai déterminé avec exactitude les mesures des pyramides , leur
base ) leur hauteur et leur inclinaison. On peut en compter pingl
qui ont de i5 à 20 mètres de base; les unes ont 22 mètres de hau-
teur, et les autres a5 ; quinze autres ont 7 a 9 mètres de base et
11 ou 12 mètres de hauteur; cinq autres plus petites ont une base
de 5 à 6 mètres. Outre ces quarante pyramides, on en distingue
encore autant qui sont plus petites, et toutes écroulées. Sur l'une
des faces de chacune des pyramides, était un sanctuaire d'une
pièce, précédé d'un petit pylône; un seul est composé de trois
salles. Ces petits temples sont en partie très-bien conservés ; ils
sont tous ornés, dans l'intérieur, d'hyéroglyphes en relief, et quel-
ques-uns en ont encore sur la façade principale du pylône. Deux
de «es petits temples sont recouverts en voûtes, avec une véritable
AFRIQUE. UZi
clef; je puis assurer qu'elles sont l'ouvrage des Égyptiens et de
l'époque à laquelle on a construit ces tombeaux, qui, je crois,
sont plus anciens que les monumens d'Egypte : on a sculpté sur
les voûtes une ligne de serpensj qui encadre les hiéroglyphes.
Ces pyramides n'ont pas toutes été achevées. Sur chaque angle ,
il existe une saillie formant comme une bordure, qui va en dimi-
nuant vers le sommet. Elles devaient être lisses , comme on en juge
par celles qui ont été finies. La plupart des pyriltnides présentent une
petite saillie de lo à 12 centimètres par assises, qui permet de
monter au faîte. La moitié d'entre elles est d'une bonne conserva-
tion; quelques-unes, qui sont en partie écroulées, ont la forme
d'une ligne courbe , ce qui provient de l'affaissement du sommet.
Les pierres sont de grès , toutes rangées par assises de 3o h 4o cen-
timètres de hauteur sur 60 centimètres de long ; l'assemblage des
pierres ressemble à celui des Egyptiens. Quelquefois , on voit deux
petites pierres pour une assise ; on 8*est servi de mortier de terre
argileuse. L'intérieur est composé de fragmens informes , maçonné
avec de l'argile. Tous ces monumens sont en grès, et élevés sur un
monticule de même matière.
Je viens d'écrire au pacha pour qu'il me permette de tenter l'ou-
verture d'une de ces pyramides. Je ne doute pas qu'il n'y ait un
caveau pratiqué dans le rocher, sous le centre des pyramides : on
doit y arriver par un canal , coupé aussi dans le roc , et incliné â
l'horizon. J'ai trouvé sur une pyramide quelques lettres grecques
0EKAAMAAIKE.
On ne voit que de faibles restes du temple, qui devait avoir
85 mètres de long. Il existe encore des sphinx (béliers et lions) qui
précédaient ce monument ; un mur en grès , qui fait partie de
l'enceinte où ce temple était renfermé, a i38 mètres de longueur.
La plus grande partie de ces pyramides sont situées dans le dé-
sert , à une lieue et demie du fleuve ; l'emplacement du temple ,
des autres pyramides et de la ville est à une demi,-lieue seule-
ment. Bruce avait placé ici sur sa carte une ville ruinée; il a passé
à deux lieues à l'est des pyramides, et il les a ignorées. Tout près,
dans le sud , est la grande île de Kurgos , sans aucun reste de mo-
numens.
C'est ici que Banville , sur sa carte , a placé Méroë ; il ne s'y
trouve aucun lien portant ce nom, comme on le voit dans la province
de Chaguy, au mont Barkal et à Noury, oît un village , une mon-
28*
AS6 AMERIQUE.
tagnc et une île sont appelés Méroë; cette position est éloignée de
la latitude assignée par les anciens; si cependant le Nil autrefois
a formé une île de ce côté, cette île prendrait la forme de bouclier,
comme le disent les auteurs.
' Nous continuons notre voyage jusqu'à Sennar. Mon projet est de
remonter le Nil Blanc, mais après avoir fini à Sennar et dans la
province de Fazuclo, où doit se rendre l'expédition. Ismaïl Pacha
me témoigne beaucoup de bienveillance
On appelle ici les pyramides Terapille et Danguelle , du nom
d'un petit village ou groupe de maisons du voisinage. Assour, où
nous sommes, est un autre groupe semblable. J'ai dans mon com-
pagnon de voyage un ami fidèle; notre santé est excellente, malgré
les chaleurs dont nous avons à souffrir. Depuis un mois le thermo-
mètre centigrade s'élève jusqu'à 48 degrés, ordinairement 45. Nous
approchons de là saison des pluies ; il paraît que l'armée la passera
à Sennar. Jusque-là , nous avons encore un mois de beau tems, après
quoi nous retrouverons en partie le climat d'Europe. La limite des
pluies du tropique est placée beaucoup trop au sud sur la carte de
Bruce. Cette carte est assez exacte pour les positions ; mais il avait
marché un peu loin du Nil. Je crois me rappeler que c'est à Chendy
que ce voyageur dit avoir vu, il y a environ trente-cinq ans,' une
princesse de la dynastie de la reine Candace ; mais toutes les infor-
«lations que j'ai prises là-dessus sont contraires à son récit. Le
soleil est trop élevé à son passage au méridien, pour- que nous
puissions nous en servir à déterminer les latitudes; pendant long-
tems, nous avons fait usage de Syrius ; maintenant, nous nous
servons de la lune et des étoiles de la grande Ourse.
Cailliaud.
Remarques sur la lettre précédente. — C'est une princesse du
nom de Sittina, ce qui ne veut dire autre chose que notre dame ,
que Bruce trouva à Chendy, mais il ne dit point qu'elle descendit
de Hendaqué qui , suivant la tradition , gouverna jadis ce pays ;
il en infère seulement que le lieu où est Chendy était soumis jadis
à la reine Candace^ ou plutôt aux princesses de ce nom, qui paraît
avoir été celui d'une dynastie. {F'oj. son Voyage, T. IV, pag. 607.)
Il est très-probable que M. Cailliaud rapporte ici des observations
thermométriqùcs, faites en plein air, mais au soleil, et non à
l'ombre et au nord. Nous voyons, par le grand travail de M, de
EUROPE. A37
lluuiboldl sur les lignes isothermes du globe, que le maxHmuni
dés températures moyennes ne dépasse pas 3o degrés de Réaumur.
Le maximum de la chaleur à Philœ est de 34°.
A l'égard des ruines de Méroë , elles ne sont pas à Mcrawe au
mon): Barkal, comme l'ont cru récemment quelques voyageurs an-
glais , et comme M. Gailliaud lui-même incline à le croire , puis-
qu'il ne désespère pas d'y retrouver un ancien bras du fleuve qui
aurait formé l'île tant cherchée. J'ai prouvé, dans un mémoire spécial,
que Méroë était située là- même où cet intéressant voyageur vient
de découvrir les antiquités voisines d'Assour, si remarquables par
le nombre considérable des pyramides, par toutes ces voûtes ornées
d'hiéroglyphes, et par des monumens qui paraissent appartenir
aux institutions, aux arts et à la civilisation des Egyptiens. Quand
j'ai mis en avant cette conjecture , le mois dernier. Je ne m'attendais^^
pas à la voir sitôt confirmée. Jomard.
Ce n'est pas près d'Assour que Banville place Méroë , comme
le pense M. Gailliaud, mais à Nuabia, sous une latitude plus septen-
trionale de 1 degré 7'environ. A l'égard de quelques lettres grecques
inscrites sur l'une des pyramides, nous ne connaissons pas assez
les circontances de ce fait pour en tirer aucune conséquence ;
mais il n'a rien de bien extraordinaire, ni de bien important.
Tecla est un nom de roi d'Abyssinie que le voyageur Bruce a
cité souvent; M. Sait en a également parlé. Tecla Mariam régndi
de l'an 1429 a i433. Tecla Hadrnanout, fils de Hannès, régnait en
1770; Tecla Georgis, son frère, régna en 1778. Il pourrait donc
bien aussi être question ici d'un roi du nom de Tecla, avec ua
surnom; mais de quelle date sont ces caractères? c'est sur quoi
nous n'avons point de données. Je soupçonne qu'ils sont assez
modernes ; on sait que du tems de Macrisi et de l'historien de la
Nubie, il y avait dans ces contrées des pays qui se servaient de
la langue grecque ; il n'est pas surprenant qu'on ait inscrit en
grec, sur une pyramide, le nom du roi régnant.
EUROPE.
ILES BRITANNIQUES.
Irlande. — CoacK. — Aérostat. — Un habitant de. cette ville a
proposé un moyen pour maintenir constamment un aérostat dans
un courant d'air favorable à la direction qu'on veut lui faire suivre.
A38 EUROPE.
Il suppose, et la chose est presque toujours ainsi, qu'à différentes
élévations la direction du courant d'air varie , et que , pour parvenir
à suivre constamment «ne même direction, il suEBt de pouvoir élever
ou abaisser le ballon à volonté. Jusqu'à présent , on a essayé d'y par-
venir, soit en jetant du lest, soit en laissant échapper du gaz. L'ha-
bitant de Gorck propose un moyen d'obtenir les mêmes résujtats,
sans changer le poids de la machine et sans perdre de gaz. Ce moyen
consiste à placer dans la nacelle, au lieu de lest, une boîte de cuivre
avec une pompe propre à condenser le gaz : elle communique avec
le ballon ; quand il s'élève trop , on diminue son volume en con-
densant le gaz au moyen de la pompe ; vient il , au contraire , à trop
s'abaisser, en tournant un robinet , on lui restitue du gaz qui le fait
s'enfler et s'élever. L'inventeur conseille d'emporter, pour les longs
voyages, une seconde boîte de cuivre remplie de gaz condensé, afin
de pouvoir remplacer celui qui s'échappe par les pores du ballon.
LoivoBBS. •'— Botanique. — On voit dans une serre-cjjande , à peu
de distance de cette ville , une plante fort belle et fort curieuse , le
cactus hexagonus : elle était dernièrement en fleur. Sa corolle com-
mençait à s'ouvrir â six heures du soir, et se refermait graduellement
à la même heure, le lendemain matin. Elle est originaire de Surinam,
et ûenrit difficilement dans un climat moins chaud. Cependant, on
peut accélérer sa croissance , en l'exposant au soleil et à l'air pendant
les chaleurs , et en la tenant enfermée l'hiver dans une serre. Celle-ci
a sept pieds de haut. On croit qu'il y a trente ans qu'elle a été plantée.
LowEBwicK. — M. Boughton possède dans sa pépinière , près de
Worcester , un pied du yucca gloriosa , appelé vulgairement Vai-
guille d'Adam. La tige de cette plante, qui est en fleur , s'élève à
près de neuf pieds : elle est couverte de six ou sept cents boutons ou-
verts ou prêts à s'ouvrir. Cette plante est originaire de l'Amérique
septentrionale. Elle fut apportée pour la première fois en Angleterre
dans l'année iSgô.
Pêche de la baleine. — Le navire the Fume a pris neuf baleines,
en ne se servant que des fusées à la congrèi/e. La plus grande de ces
baleines, frappée d'une fusée, a été ensuite très-facile à prendre;
une autre est morte immédiatement. En général, la vitesse de l'a-
nimal a été considérablement diminuée, et il lui a été impossible de
plongera plus de trois ou quatre toises. Au moyen des fusées, on
obtient, avec un appareil de la grosseur d'un fusil, sans choc on
EUROPE. A39
réaction sur le canot , les mêmes effets que produit une pi(ice d'ar-
tillerie de six ou de douze.
Société royale. — A l'une des dernières séances de cette Société ,
il a été résolu que l'on ouvrirait une souscription pour élever à feu
sir Joseph Banks une statue de marbre en pied. Elle doit être sculptée
par M. Ghantrey, et placée dans la salle du musée britannique.
Londres. — THiAiaEs. — Drary-Lane, — Le directeur de ce
théâtre, craignant de voir se vider peu à peu la salle que la rentrée
du célèbre tragédien Kean avait si bien remplie, s'est avisé de donner
plusieurs représentations du Couronnement du roi d'Angleterre, Les
costumes, les décorations, et jusqu'aux personnages, tout faisait illu-
sion. Ce bizarre spectacle, malgré son peu d'intérêt, n'a pas manqué
d'attirer de nombreux spectateurs.
— Opéra. — Un nouvel opéra en trois actes, intitulé la Sorcière
de Demelenghy a réussi dernièrement à ce théâtre : il est tiré de
Guy-Mannering , roiuan célèbre de Walter-Scott.
— Nouveau théâtre royal de Hay-Market. — Cette salle vient
d'être rouverte au public. Elle est décorée avec beaucoup de
goût; quoique plus grande que l'ancienne salle qu'elle remplace ,
elle est disposée de manière à ce que , de partout , on puisse voir et
entendre les acteurs. Afin que la voix puisse parvenir également dans
toutes les parties de la salle , l'architecte a construit à l'avant-scène
une espèce de tambour qui, avançant considérablement au-dessus
de l'orchestre, nuit à l'effet général. Des peintures allégoriques or-
aent le plafond et les loges. Ce théâtre n'est ouvert que pendairt
l'été : il accueille tous les débutans et toutes les pièces nouvelles.
Son administration présente beaucoup de ressemblance avec celle du
Gymnase dramatique, à Paris; mais le nombre d'actes des pièces qu'il
peut représenter n'est point limité comme sur le nouveau théâtre de
Paris. Celui de Londres a donné pour l'ouverture les Rivaux de
Shéridan , précédés d'un prologue adressé au public , et un vaude-
ville en deux actes, intitulé Pierre et Paul., ou l'Intrigue d'amour
dans les vignes ^ que le public a fort mal reçu. Depuis , on a donné
au même théâtre la Hausse et la Baisse (Rise and Fàllj.Cette pièce,
dont on vante surtout la verve comique, a réussi complètement;
nous ignorons si c'est une traduction de la jolie pièce donnée au
Gymnase, par MM. Picard, Waflard et Fulgence.
MO EUROPE
théâtre d« Surrey. — La Famille Calas a obtenu en Angleterre
te même succès qu'en France. Cependant, elle n'est plus aussi
suivie à Londres que dans sa nouveauté. La pièce en vogue , dans ce
moment , à ce petit théâtre, est le Père du soldat^ de M C, Kemble.
Kersington. — Nécrologie. — Madame Inchbald. — La vie de cette
femme auteur, aussi célèbre par son esprit que par sa beauté , pré-
sente une longue suite de vicissitudes. Fille d'un honnête fermier,
et ne connaissant le monde que par les livres , elle s'évada de chez
sa mère, n'ayant encore que seize ans , et se rendit à Londres , où
elle espérait retr(Juver une parente éloignée. Elle était alors d'une
beauté remarquable. Après plusieurs épreuves dont elle sortit à son
honneur, elle épousa un acteur, honnête homme, nommé Inchbald,
el devint aussitôt actrice du même théâtre où était son mari. Quoi-
qu'elle n'eût que dix-huit ans, elle remplit avec talent plusieurs des
principaux rôles. Après la mort de son mari , elle continua déjouer
au théâtre de Covent-Garden , qu'elle quitta tout-à-coup sans motif
apparent. Elle vécut quelques années à Londres dans une grande
pauvreté et fort ignorée du public. Ce fut à cette époque qu'elle
s'occupa de littérature. Ayant composé une comédie, elle la lut à un
de ses amis, qui se chargea de l'envoyer, sans faire connaître son
nom j à M. Golman, directeur de Hay-Market; ce dernier la garda
près de trois ans sans la lire. Malgré ce mauvais succès, madame Inch»
bald persévéra; et, profitant de la vogue des ballons, en 17S4, elle
envoya au même directeur une pièce bouffonne, intitulée : le Conte
Mogolj ou la Descente du ballon. Le titi-e éveilla l'attention de
Golman, et la pièce fut reçue; alors, madame Inchbald lui rappela sa
première comédie ; il l'examina. Avec quelques légères corrections,
il la fit jouer en 178Ô, précédée d'un prologue qu'il fit lui-même.
Madame Inchbald s'adonna entièrement à ce genre d'ouvrages : on a
d'elle un grand nombre de pièces; les principales sont : i** L'Enfant
de la Nature; 2* le Magnétisme animal, pièce bouffonne; 5° Minuit,
petite comédie ; 4** rHomme marié , idem ; 5"* le Vœu de la veuve ;
6» les Jeunes gens et les Vieilles femmes^ pièce bouffonne; 7" Chacun
a son défaut, comédie. Elfe écrivit en tout dix-sept pièces, dont deux
seulement ne réussirent pas. Elle fit, de plus, imprimer une nouvelle
édition du théâtre anglais , avec des remarques critiques et biogra-
phique», C«t ouvrage, qui contenait plus de cent pièces, a été
EUROPE. hii
publié en 25 volumes in- 12. Elle fit, sur le même plan, une édition des
pièces bouffonnes du théâtre anglais moderne, en 10 volumes. Les
seuls romans qu'elle ait écrits, sont V^rt et la Naluret et Simple his-
toire. Ce dernier est si connu qu'il serait inutile d'en faire l'éloge.
Une profonde connaissance du cœur humain , des scènes de la vie dé-
crites avec un rare talent, des caractères bien soutenus en font un des
ouvrages remarquables en ce genre . Au milieu de beaucoup d'épreuves
et d'adversités, madame Inchbald a toujours conservé une réputation
sans tache. Elle a joui jusqu'à ses derniers momens de l'estime pu-
blique et de la considération générale. Elle est morte, âgée de soi-
xante-cinq ans , le 1*' août 1821. Son testament renferme plusieurs
dispositions de bienfaisance ; entre autres , un legs de cinquante louis
à la société catholique pour le soulagement des pauvres vieillards.
Madame Inchbald était de cette communion. L. S. B.
RUSSIE.
Géodésie — Mesure du méridien. — On a commencé, dans le
cours de l'été , les opérations relatives à une nouvelle mesure du
méridien , dans les provinces russes de la Baltique. Le professeur
d'astronomie Struve , et le recteur de l'université de Dorpat ^ ont
présenté le plan de cette mesure, qui commencera au 56« degré de
latitude nord ^ sur le méridien et à l'observatoire de Dorpat , et
sera exécutée aux frais- de l'université. L'empereur a approuvé ce
plan, et fait à l'université un don de deux mille ducats , pour qu'elle
puisse se procurer les instrumens nécessaires. Afin de donner plus
d'extension à cette mesure , le docteur Walbeck , astronome de
l'observatoire d'Abo , se concertera avec le professeur Struve.
SAïMT-PiTEBSBOCHG. — Fabrication du bronze. — M. André de
Làmberti , membre de plusieurs sociétés savantes , a publié un mé-
moire sur l'amélioration des bouches à feu. Il résulte des expériences
multipliées de l'auteur, que le bronze fondu dans son laboratoire ,
et éprouvé sur l'appareil de Sisterbeck, a une densité et une du-
reté qui sont à celles de l'ancien métal de canon , dans le ^apport
de i5 à 9.
Moscoc. — Architecture. — Le prince Labanof fait construire à
Moscou un palais en fonte de fer ,. qui sera orné de 42 colonnes de
dimensions colossales. .
AA2 EUROPE.
ALLEMAGNE.
Bonn. — Voyage scientifique. — Extrait d'une lettre de M* Schuîzy
professeur de théologie à V université de Bonn (27 octobre). — «Vous
avez vu, par ma lettre du mois de juillet 1820, que j'ai commencé
à voyager dans l'orient avec M. le général Minutoli. Vous avez
sans doute appris aussi la suite de la malheureuse expédition dans
le territoire Cyrénaïque, Après le retour du désert Lybique y j'ai
fait le voyage de l'Egypte , de la Palestine et de la Syrie , jus-
qu'au mois de mai , époque à laquelle j'ai été forcé de retourner,
par l'Archipel et les îles Ioniennes, à Tiers. Vous en verrez les dé-
tails dans mon voyage dans le territoire Maréotique , le désert Ly-
bique, l'Egypte, la Syrie, la Palestine, l'Archipel, et dans mon
voyage Critico-Biblique en France , en Italie , dans la Palestine et
l'Archipel. Le prenuer ouvrage aura deux volumes et paraîtra à la
fin de novembre ; le second , après Pâques. Je suis revenu à Bonn
par Kenne, Breslau et Berlin. »
Vienne. — architecture. — Embellissemens, — Depuis plusieurs
années, on travaille beaucoup à l'embellissement de cette ville : de
nouvelles portes, de nouveaux ponts, de nouvelles constructions de
tout genre s'élèvent de toutes parts; mais les changemens qu'on
vient de faire dans les environs du château impérial sont les plus
marquans. Le jardin particulier de l'empereur est déjà terminé, et
on travaille sans relâche à celui qui est destiné pour le public. Au
milieu de ce dernier, il y aura un temple semblable à celui de
Thésée, qui existait à Athènes, et qui sera orné d'une statue de ce
héros par Canova. La grande place de parade entre ces deux jardins
et la nouvelle porte de la ville offriront un coup d'ail imposant
et majestueux, mais qui contrastera avec l'architecture gothique
du château. Cependant , cette masse informe subsistera encore
long-tems, parce qu'il faudrait des millions pour achever l'ouvrage
projeté et même commencé du tems de l'empereur Charles VI.
Leipsick. — Publications nouvelles et prochaines. — Aslronomie .
— M. Klein, libraire, doit publier une traduction de V Astronomie de
M.Uiot. Il ne s'agissait d'abord que d'un abrégé du livre français; mais
k's réclamations de plusieurs personnes instruites ont déterminé
EUROPE. UU$
M. Klein à le donner tel qu'il est, et le public en pourra jouir
incessamment.
— Beblir. — Il vient de paraître ici une brochure de M. Ju'es db
Voss, ayant pour titre : Nul doute que L^empire ottoman ne suc-
combe. Dans la troisième partie de soU écrit, l'auteur expose un
plan d'après lequel les Turcs ne peuvent manquer, non seulement
d'être expulsés de l'Europe , mais encore d'être refoulés au fond de
l'Asie.
— MuMCH. —Le livre Des moyens de gouvernement et d'opposition
dans Vélat actuel de la France, par M, Guizot, va être traduit en
allemand par le docteur Lindner, qui l'accompagnera d'éclaircis-
semens et de commentaires. M. Lindner est le même qui a déjà ,
donné au public d'outre-Rhin la traduction des Observations de
M. Bailleul sur les i-onsidé rations de madame de Staël sur la réso-
lu tionfra nça ise .
— Leipsick. — (Euvresde Kotzebûe. — Le libraire Kummer publie
en ce moment une collection des opuscules et de la correspondance
du célèbre Kotzebûe. On y remarque des lettres des hommes les
plus marquans de la littérature allemande, tels que Jean de Mûller,
Schrilzer, Engel , Meisner. En revanche, ce qu'on y trouve de Kot-
zebûe offre bien peu d'intérêt. Cependant , il est curieux de le voir se
demander à lui - même : D'où vient que y ai tant d'ennemis ? Il
discute la question dans un petit écrit auquel elle sert de titre.
Là, Kotzebûe semble attribuer l'acharnement de ses ennemis à
la publication inconsidérée du docteur Bahrdt (pièce de théâtre).
Quelques journalistes allemands disent qu'il s'était attiré la haine
publique en servant une cause que lui-même avait autrefois tournée
en ridicule, et en immolant sa conscience aux intérêts de son amour-
propre et de son ambition. Le nouveau recueil publié par M. Kum-
mer contient une pièce intitulée : l'An 1914 ou /e? Chêne centenaire.
Selon les uns, c'est une allusion fine et délicate ; selon les autres ,
au contraire , c'est tout ee que la flatterie a pu inventer de plus bas
et de plus vil.
— Journal géologique. — MM. Ballenstedt et Krûger rédigent ,
avec le secours de plusieurs autres savans, un journal dont les nu-
méros paraissent à des époques indéterminées, et dont le titre est :
Archiv j iir die neuesten Entdeckungen aus der Uru/elt. — (Archive»
hkk EUROPE.
des découvertes les plus récentes sur le monde primitif). Ils en ont
publié déjà cinq cahiersj les matières qui y sont traitées nous ont paru
d'un grand intérêt pour les sciences, et surtout pour l'histoire naturelle ;
on en jugera par l'énoncé des articles. Premier cahier: i" Voyage aux
carrières de gypse de Thiéden; 2» supplément à l'article précédent;
3° sur les découvertes d'ossemens et de dents de mammouth, près de
Ganstadt; 4° preuves nouvelles de l'existence d'hommes d'une taille
gigantesque ; 5° sur ce que la Saxe présente de vestiges du monde
primitif; 6° sur les rapports de la terre avec le reste de l'univers et
des principaux changemens survenus sur la surface du globe, par
Kriiger ; 7° le mammouth doit-il être encore rangé parmi les espèces
existantes? Examen des diverses opinions sur cet animal ; 8° répon-
ses à quelques objections à ce sujet; 90 anthropolithes; 10" sur quel-
ques débris de villes et de monumens des tems les plus reculés;
11° de l'état de l'Ostfrise dans les premiers tems du monde. — Second
cahier : i<» sur le mègalonix de JefTerson ou de l'animal du Paragay,
que , d'après M. Cuvier , on nomme megatherium , par le professeur
Dehne; 2«^ de l'éléphant de Burg-Tonna, par Ballenstedt; 5» de la
création continue ou examen de celte question : Une création con'
tinue de principes organiques et constitutifs est-elle possible? ^° peut-
on déterminer apec précision le tems depuis lequel la terre est ha-
bitée par des hommes, par Kriiger; 5® nouvelles vues des Anglais sur
le monde primitif; 6° encore quelques mots sur les préadamites de
Thiéden, par Dehne ; 7° second voyage à Thiéden et à Wolfenbiittel,
par Ballenstedt; 8<> quelques observations sur des dents de mam-
mouth trouvées aux environs'de Merseburg , par Dehne. Le cahier
est terminé par des lettres et des nouvelles scientifiques. — Troisième
cahier : sviTc VoxxTS des cavernes, par Dehne; 2° sur le même, par
Ballenstedt j 3° des éléphans du monde primitif, par Kriiger; 4° com-
ment les animaux du Tropique ont-ils pu vivre dans les climats
du Nord? par Ballenstedt; 5° sur des bois pétrifiés près de Neu-
rode, dans le comté de Glatz, par Hallmann ; 6» sur les bois fossiles
de Tscherning en Bohême ; 7° quelles sont les causes des chan-
gemens arrivés sur le globe. — Lettres. — Nouvelles. — Quatrième
cahier : 1» aphorismes sur le monde primitif; a* remarques sur l'opi-
nion émise à ce sujet, par Faujas-St.-Fonds ; 3° y avait-il, dès les
premiers tems, des animaux rapaces et carnassiers? 4° quelques ob-
servations géologiques, par Kiemeycr; 5° forêts du monde primitif,
EUROPE. M5
par Krùgcr; 6" observations supplémentaires à mon opinion de la pré*
sence des hommes dès le monde primitif, par Ballenstedt; 7» dernières
découvertes sur ce point ; 8" peuples nains, par le même ; 9° nouvelles
scientifiques, etc. — Cinquième cahier : 1° quels sont les moyens
de perfectionner en Allemagne les notions sur les corps organiques
d'un monde primitif, par Krûger; 2*> jugement de Sommering sur
un crâne gigantesque ; 3° notions préparatoires sur les choses re-
marquables qui se trouvent de Lemford à Syke , par Hanseman ;
4** montagnes de la principauté de Blanckenburg ; leur formation ;
5° mines de Pabstdorsf, par Ballenstedt ; 6» découvertes faites dans
ces mines et relatives aux hommes primitifs ; 7» peut-il exister au
sein de la terre des plantes et des animaux? S*» quelques idées sur
les systèmes actuels des trois règnes de la nature; par Schultze. Ce
cahier est, comme les autres, terminé par une correspondance et
par des nouvelles scientifiques.
Deux cahiers de ce journal forment un volume; chaque cahier se
vend séparément pour un écu d'empire. Ph. Golbérv.
— Berlin. — Le Nouveau Journal de philosophie et de littérature ,
qui paraît ici depuis le commencement de Tannée, contient, dans
son cinquième cahier, des lettres et des poésies en grec moderne.
La plupart font allusion aux circonstances présentes ; il y a même
une invocation en veis à la Prusse , dont voici la traduction : a Salut,
Prussel illustre patrie d'homnies généreux; salut, Prusse 1 tu es l'amie
des muses grecques et de tout ce qui est beau. La jeunesse grecque
te révère , elle t'appelle , et, d'une voix unanime , réclame de toi le
rétablissement de sa patrie ; toi, l'ennemie formidable des tyrans ;
toi, la protectrice puissante de la liberté. Jette sur nous un regard
propice ; et, si nous renversons la gloire de l'oppresseur , si nous en-
levons au Turc ses honneurs, vois d'un œil favorable les Grecs cher-
cher une nouvelle vie. 0 Prusse , et vous , Europe , si distinguée par
votre sagesse , hâtez-vous , prenez part au combat qui doit abattre la
tête de l'hydre. Déjà , la trompette de la liberté a retenti dans toute
la Grèce : elle annonce cette liberté qui nous doit délivrer du Turc ,
barbare, cruel et sanguinaire. » Ph. Golbébv.
Vienne. — Nécrologie. — L'abbé Clément Bondi est mort dernière-
ment à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Il était né, en 1742, à Mezzàno,
dans le Parmesan, et non à Mantoue, comme on Ta dit dans la Bio-
c^raphie des hommes yitmns. Quoique jésuite, il préféra Tétude de la
AAC EUROPE.
littérature^ l'ctude de la. théologie ; il s'est même distingué parmi les
poètes de son tems. Une canzone > sur l'abolition de la société à la-
quelle il appartenait, le fit applaudir par les uns et persécuter par
les autres. Il fut obligé de se cacher pendant qiielq^ue tems dans le
Tyrol. Il erra ensuite dans l'Italie , estimé et chéri parles savans les
plus illustres de son tems , tels que Carli , Andrès , Bettinelli , Van-
nini, etc. Il fut enfin protégé par l'archiduc Ferdinand, qui le nomma,
en 1797» son bibliothécaire à Brunn. Parmi le nombre de ses pro-
ductions, on distingue YAsinata , poème plaisant, le poème sur les
Conversazioni i très -vanté par Delille ; celui sur la Mode, la tra-
duction de tous les ouvrages de Virgile, et surtout les Mèlamorphoses
d'Ovide. Bondi a été enterré à Vienne dans la même église que
Métastase. F. Salfi.
SUISSE.
Genève. — Dispensaire. — Parmi les établissemens d'utilité pu-
blique qui font le plus d'honneur à la philantropie de nos concitoyens,
il en est un , à peine connu , qui , tout modeste qu'il est , mérite déjà
les plus grands éloges: c'est celui qui a été ouvert, le iGoctobre 1820,
sous le nom de Dispensaire^ par MM. Gosse et Prévost , docteurs en
médecine , et Dupin, docteur en chirurgie. Les établissemens de ce
genre ont, comme on sait, prisnaissanceen Angleterre, il y a quelques
années ; ils sont destinés à soigner les malades de la classe indigente.
Bien que de nombreux hôpitaux richement dotés et diverses asso-
ciations de bienfaisance parussent rendre superflus ces nouveaux
moyens de secours, les dispensaires prirent rapidement faveur; se
multipliant bientôt, on en vit s'établir successivement dans plusieurs
parties du continent , mais surtout en France et en Allemagne ; la
question de leur utilité a été résolue à leur avantage parles comptes
qu'ils ont rendus de leur gestion. Le dispensaire de Genève est établi
dans un local convenablement situé ; les malades du canton y sont
admis , trois fois par semaine , à une heure déterminée , pour y rece-
voir des avis. Lorsqu'ils habitent la ville et que leur état de santé les
empêche de se transporter au dispensaire , les directeurs les visitent
à domicile. Il a été ouvert des souscriptions de 12, 24 et 56 francs ,
valables pendant une année. Les souscripteurs à la francs disposent
de vingt -quatre ordonnances, avec les médicamens qu'elles com-
portent, et qui sont administrés sans aucune autre rétribution ; ceux
EUROPE. . AA7
à 24 francs disposent de quarante-huit ordonnances, et ainsi de suite.
Nous reviendrons sur cet intéressant établissement, dont les direc-
teurs méritent toute la reconnaissance de leurs compatriotes. L'un
d'eux, M. le docteur Gosse , marchant dignement sur les traces de
son père , a déjà plus d'une fois signalé son humanité active : comme
lui, il a commencé sa carrière, en se livrant, dans divers pays, à des
recherches approfondies sur les moyens de préserver certaines classes
d'ouvriers de l'influence nuisible qui résulte pour elles de l'exercice
de leurs professions. Lors de la disette de 1817, il donna de nouvelles
preuves de ses vues philantropiques , en répandant la conhaissance
des plantes qui croissent en Suisse , sans culture , et qui peuvent
servir d'aliment. La notice qu'il a publiée à ce sujet a été insérée
dans la partie intitulée ; Sciences et arts^ de la Bibliothèque Uniifer-
selle^ Tome V, page 67. A. S.
Gymnastique. — L'entreprise de M. Clias , qui date déjà de sept
années , pour établir la gymnastique en Suisse , est couronnée du
plus heureux succès. Il existe maintenant, dans les différens cantons
de la confédération, quinze établissemens de gymnastique, bien orga-
nisés, annexés aux académies ou collèges , et dirigés par des élèves
du fondateur, M. Clias. Un grand nombre de pensions ont aussi adopté
les exercices gymnastiques , parce que l'on commence à sentir géné-
ralement les avantages de cette partie de l'éducation. — Nous avons
déjà rendu compte des succès du même genre , obtenus en France
par M. kvi\oxos.\[Voy . ci dessus, p. 4o5.)
Ladsanne. — Prisons. — Ce canton va bientôt avoir une maison de
correction , construite et administrée à peu près sur le modèle de
l'admirable Pénitentiaire de Philadelphie. Les détenus seront non
seulement traités avec une humanité attentive, mais encore entourés
de tous les soins propres à assurer leur régénération morale. Le bâ-
timent e5t déjà en pleine construction , sous la direction d'un habile
architecte, ancien élève de l'École polytechnique. L'emplacement
qu'on a choisi est à une petite distance du chef-lieu , dans un site
agréable et salubre.
ITALIE.
RiETi. — Machine à drasuer. — M. le comte Gaetano Marchetti
o
Tomassi, qui habite cette ville, a inventé une nouvelle machine à
draguer, à laquelle il a donné le nom de van^a reatina. Elle a déjà
AA8 EUROPlil.
été employée avec succès , dans les environs de Rieti , pour creusev
le lit de la rivière de Sainte-Susanne, et faciliter par là l'écoulement
des marais voisins. On a fait également, près de Rome , un essai qui
a parfaitement réussi. Dans un endroit où le Tibre est fort large ,
il y avait plusieurs bancs de sable qui obstruaient la navigation ;
ils ont été enlevés, en vingt-cinq jours, au moyen de la nouvelle
machine, mise en mouvement par les forçats. Ce fleuve a acquis,
dans une assez grande largeur, une profondeur telle, que les barques
chargées y passent sans difficulté.
ViovkE.-^Antiquités. — Parmi les sculptures antiques, égyptiennes,
dernièrement apportées dans cette ville , on remarque trois grands
sarcophages, couverts d'hiéroglyphes, en basalte noir, très-dur, et
sculpté avec'beaucoup d'art et de netteté ; une tête d'homme colos-
sale de granit rouge , couverte du voile sacré » et appartenant proba-
blement à une figure entière qui paraît avoir servi de couvercle à
une tombe ; le torse d'une divinité égyptienne fait d'un marbre in-
connu ; un des deux colosses qui se trouvaient à là porte d'un temple
à Karnak , dans Thèb'es.
Flobence. — Lithographie. — MM. Marin et Salucci se sont pro-
posé de publier , au moyen des procédés de la lithographie , perfec-
tionnée et propagée par les soins du marquis Ridolfi, une série de
dessins au trait, de têtes imitées des ouvrages des plus fameux ar-
tistes de l'école toscane, depuis Giotto et Taddeo Gaddi jusqu'à
Michel-Ange et Raphaël. Cette collection sera divisée en livraisons
de quatre planches. Il en paraît une tous les mois, à dater de sep-
tembre dernier. La dernière contiendra un frontispice et une table
indiquant les lieux où existent les tableaux dessinés. On souscrit au
cabinet littéraire de G. P. Vieusseux, à Florence. Le prix de chaque
livraison est de 4 paoli.
Vekise. — Publication prochaine. — Biographie, — M. Missiaglia
doit publier une traduction del a Biographie universelle , ancienne
et moderne de M. Michaud. Les traducteurs se proposent de donner
l'original en entier ; mais ils corrigeront les fautes du texte et répa-
reront les oublis, surtout à l'égard de l'histoire civile et littéraire de
l'Italie. Ils mettront à profit les éclaircissemens de M. Barbier et de
tous les savans étrangers ou nationaux qui voudront concourir à la
perfection de cet ouvrage , qu'on doit regarder comme ewropèn.
EUROPE. AAc)
Toutes les additions, ainsi -que les corrections, seront marquées d'un
astérisque. On publiera le i" volume dans le mois de janvier 1822.
Florence. — Nécrologie. — Giuseppe Sarchiani , né en 1746,
dans le village de S.-Casciano , après avoir appris les belles-lettres ,
se rendit à Florence pour y étudier la philosophie et les mathéma-
tiques ; il s'appliqua surtout à l'étude du grec. Il fit son droit à
l'université de Pise. Obligé d'exercer la profession d'avocat, il n'a-
bandonna jamais la culture des lettres. Le célèbre biographe Fab-
brini, les savans Lami, Cocchi et Lesci, lui accordèrent leur estime
et leur amitié. Il s'occupa aussi de l'économie politique, sur laquelle
il publia deux ouvrages ; l'un intitulé : Ragionainenti sul commer-
cioy arti è manifatture délia Toscana; et l'autre, Memorie econo-
miche è poUtiche. Il osa proposer l'abolition des fîdéicommis; et le
grand-duc Léopold qui^ loin de craindre la vérité j se faisait une
gloire de l'accueillir, mit en œuvre la doctrine du philosophe. Sar-
chiani eut enfin la chaire de littérature grecque et celle de langue
tpscane, fondée jadis par la république de Florence, pour l'explica-
tion de la Diurne comédie du Dante , et que Boccace avait occupée
le premier. Dans ses leçons, il s'appliqua surtout à défendre les
ouvrages du Tasse attaqués par ses compatriotes , Salviati et le jeune
Galilée. On le nomma ensuite directeur des archives diplomatiques
de Florence, et secrétaire de la société des GeorgofilL II fut un des
députés de l'académie de la Crusca , chargés de préparer des maté-
riaux pour augmenter et corriger son vocabulaire. Ses qualités mo-
rales rendirent encore plus intéressantes les qualités de son esprit.
Il sut vivre parmi les grands aussi bien que parmi les hommes de
lettres, et fut fidèle à ses amis jusqu'au dernier moment. II est mort
le 18 juin de cette année, âgé de soixante-quinze ans. (Extrait de
l'élégant éloge nécrologique publié par G. B. Niccolini. Voyez
Antologia, n* vu , page 162.) F. Salfi.
GRÈCE.
Galamata. — Imprimerie. — Nouveau journal. — Les habitans du
Péloponèse donnent, dans les circonstances actuelles, les preuves
du plus touchant patriotisme. Ils ont fait jusqu'ici tous les sacrifices
possibles pour délivrer leur patrie du joug des cruels Ottomans. Ils
se sont montrés, par leur bravoure, dignes de leurs ancêtres. Le sénat*
qu'ils ont dernièrement établi, est composé des hommes les plusins-
ToME XII. 29
Â50 EUROPE.
truitset les plus distingués par leurs vertus et par leur mérite. L'aF-
chevêque Germanos ne cesse d'électriser son armée par des sermons
pleins d'éloquence et de chaleur. C'est lui qui exerce le plus d'in-
fluence sur les esprits : les Grecs le regardent comme un envoyé du
ciel et comme un vrai héros de l'église. On vient d'établir à Galamata
une imprimerie grecque, où l'on imprime les actes du sénat, les bul-
letins des armées helléniques , ainsi qu'un excellent journal sous le
titre d'E'M)ivix^>( a-dx-niy^ on la Trompette hellénique. Ce journal na-
tional est confié à la direction du savant père Théoclitos, homme plein
de vertus et de lumières, et ci-devant rédacteur dn Mercure grec.
Nous ne doutons point que la nation grecque ne parvienne bientôt,
par ses efiTorts et sa constance, à briser un sceptre dont la honteuse do-
mination n'est due qu'à la jalousie qui règne entre les principales
puissances de l'Europe chrétienne et savante. Nous citerons, à cette
occasion, les paroles d'un illustre voyageur : • L'existence du des-
potisme ottoman est un afifront pour l'humanité. La voix impérieuse
de la justice demande la délivrance des Grecs opprimés et la restau-
ration de leur patrie. Mais ce n'est point à la destruction des maux
actuels que nous devons borner nos vues. Nous devons aussi contem-
pler avec un noble orgueil la substitution d'un ordre de choses ,
fondé sur les principes de l'humanité et de la justice. Qui ne se sent
pas transporté de joie, en songeant que les lumières, les arts, les
talens militaires , n'attendent, pour revivifier la Grèce, que le coup
généreux qui brisera le sceptre de fer sous lequel elle gémit. Ce
que l'on doit conclure, c'est que la subversion de l'empire despo-
tique des féroces Ottomans produira, pour toute l'Europe, les plus
heureux efiPets. Cette révolution intéresse spécialement la France, eu
égard aux avantages immenses qu'elle luioflDre, etc., etc. • C. N.
ESPAGNE.
Barcelorne. — Médecins français. — Proclamation du premier
Alcade^ en date du 12 octobre. — Quand l'état sanitaire des peuples
est en danger, c'est alors que se manifestent les sentimens d'huma-
nité qui honorent les nations civilisées, et qui, pour ainsi dire ,
les convertissent en une seule et même famille ; MM. Pariset
et Ballj' , docteurs en médecine et membres de l'académie royale
de France ; François, ancien médecin de l'armée française ; Mazet
tt Rochoux, docteurs de la faculté de Paris, viennent d'arriver
EUROPE. A51
Oans cette ville : ils vont, s'il est possible, mettre une barrière aux
progrès de la contagion. Ces hommes, aussi estimables parleurs
connaissances que par les hautes qualités qui les distinguent, oat
manifesté à la Junte municipale de santé que , dans toutes les cir-
constances, on les trouvera disposés à prêter leurs secours à l'huma-
nité souffrante. Cette offre , franche et sincère , qui exprime si clai-
rement leur vif désir de contribuer au soulagement des Barcelon-
nais dans des circonstances si graves , a touché le Corps de la santé
publique à un tel point, qu'elle regarde comme un devoir de donner
à ce beau trait toute la publicité possible, en hommage à une nation
aussi généreuse que p bilan tropique , afin que les habitans de cette
capitale sachent en apprécier le mérite , et reçoivent avec l'expres-
sion de la reconnaissance ces héros de l'humanité,
José Mariano de Cabanes , premier Alcade constitutionnel.
La Reuue Encyclopédique, qui s'honore de compter au nombre de
ses rédacteurs deux des médecins partis pour l'Espagne, MM.Bally
et Pariset, s'empresse d'accueillir cet hommage public rendu, au nom
de la malheureuse Barcelonne, à un héroïsme si digne d'éloge. Si la
couronne civique payait un citoyen romain assez heureux pour avoir
sauvé un concitoyen , quelle couronne offrir à ces hommes généreux
qui, pour arracher des étrangers à la mort^ vont s'enfermer avec eux
dans le vaste tombeau où la contagion les dévore? Les bénédictions
des malheureux qu'ils soulagent, les hommages d'une patrie dont ils
sont l'orgueil , l'admiration unanime de tous les peuples instruits
d'un si beau dévouement, en sont aussi la pins noble récompense.
C'est surtout quand on songe aux épouvantables effets d'un fléau
qui brise tous les liens de la nature^ qui éloigne la sœur du lit de
son frère mourant, qui fait craindre au fils de recevoir les derniers
soupirs de sa mère, qu'on apprécie cette héroïque abnégation de
soi-même, et toute l'étendue du sacrifice auquel se dévouent des
hommes qui, pour se livrer à unpérilpresque certain, quittent tout ce
qu'ils ont de plus cher, une épouse , des enfans, une mère. Hélas!
l'un d'eux ne reverra plus la sienne. Le jeune Mazet a couronné
par une noble mort un noble dévouement ; et sans doute ce ne
sera pas sans attendrissement que la population qui doit survivre
à ce grand désastre , verra dans le cimetière de Barcelonne la
tombe où seront écrits ces mots : Le docteur Mazet pint de France
29*
A52 EUROPE.
au secours de la Catalognej et mourut, atteint de la fié i^re jaune,
le 11 octobre 1821.
Aux noms signalés dans la proclamation que nous venons de citer
nous devons joindre ceux de deux 3utres Français, MM. Audouard,
médecin , et Jouarry , étudiant en médecine , arrivés plus tard ,
mais qui partageront la gloire de leurs confrères, comme ils ont
partagé leurs travaux ; et nous n'oublierons pas non plus ces deux
religieuses de Saint-Camille , filles courageuses , qui , dans un sexe
plus faible, montrent le même héroïsme.
Il est encore un jeune Français que sa noble conduite recom-
mande à la reconnaiss'ïknce de sa patrie , dont il est maintenant
éloigné pour des motifs de politique ; nous transcrirons ici ce qu'en
dit le journal même de Barcelonne.
0 En parlant d'étrangers vertueux et pleins d'humanité, pourrons-
nous passer sous silence le nom de M. Bousquet-Deschamps , dont
la conduite, dans ces circonstances fatales, est au-dessus de tout
éloge. Ce jeune et bien digne ami des médecins français , ses com-
patriotes, les seconde autant qu'il lui est possible ; il est sans cesse
auprès d'eux. Avant leur arrivée, nous avions remarqué de sa part
des actions vraiment extraordinaires à cet âge. Au risque immi-
nent de la vie, nous l'avons vu visitant les malades dans les hôpi-
taux, dans les maisons particulières , dans celles de l'indigence
surtout, qu'il se plaisait à secourir, en mettant le sceau à cette
noble conduite, par des preuves non équivoques de la sensibilité
de son ame compatissante et généreuse. Son tems, son argent ,
sa santé , il a tout consacré à l'infortune.
« Ces hommes distingués ne se sont pas sacrifiés pour des ingrats.
Nos cœurs attendris les suivront partout; et, en vrais Espagnols,
nous saurons leur prouver que l'excès de notre reconnaissance égale
la sublimité de leurs vertus surnaturelles ; les noms de ces amis
zélés de l'humanité serons gravés à jamais sur le bronze Catalan, b
Ils seront gravés aussi dans le cœur de leurs concitoyens; car
leur gloire rejaillit sur la patrie, et elle leur doit un de ces
triomphes <^ui n'appelleront sur -elle que des bénédictions. Il est
doux de penser que beaucoup d'autres médecins ou élèves ont éga-
lement demandé à partir pour Barcelonne , et que si un plus grand
nombre de sacrifices eussent été jugés nécessaires, la France eût
encore offert un plus grand nombre d'hommes dévoués.
EUROPE. A^3
Des noms espagnols méritent aussi d'être signalés à la recon-
naissance ; les nombreux bienfaits répandus dans Barcelonne par
le respectable Chavarri, et les soins infatigables du digne alcade
Cabanes , ont lutté constamment contre l'horrible calamité qui a
désolé cette malheureuse ville (i)."
Nous terminerons cet article par le passage de l'Adresse de la
chambre des pairs au Roi, où la nation a trouvé avec joie l'expres-
sion solennelle de ses sentimens :
« V. M. a vu sûrement, avec un orgueil paternel , des Français
allant se dévouer à la mort, pour empêcher des populations entières
de mourir.
0 A côté de ces hommes , riches d'instruction comme de cou-
rage, V. M. a vu de pieuses filles, instruites uniquement de la
science du ciel, quitter leur paisible hospice pour aller aussi af-
fronter les ravages de la contagion lointaine, et porter l'assis-
tance de leurs soins où les autres portaient les ressources de
leur art.
<r Que V. M. pardonne cette expression vive d'un sentiment que
nous n'avons pu maîtriser, et que la récompense de tant d'héroïsme
soit d'être signalée par les pairs de France, en présence de V. M.,
sur son trône, à l'admiration et à la reconnaissance publiques. »
PAYS-BAS.
LouvAiN. — Publications nouvelles et prochaines. — M. Bekker,
professeur de l'université de Lonvain , prépare une édition de Phi-
lostrate, de Vitâ Apollonii ^ pour laquelle il a consulté les manus-
crits de la bibliothèque royale de Paris.
— Traduction. — Barthélémy a dit, en parlant des Lettres athé-
niennes, traduites en allemand par le professeur Jacobs, à Gotha,
et en français par M. de Villeterque : Si j'avais eu ce modèle sous
les y eux , ou je n aurais pas commencé mon ouvrage , ou je ne Vau -
rais pas achevé. Quelque exagéré que soit cet éloge, les Lettres
athéniennes n'en sont pas moins une production du plus grand mé-
rite, et M. Steenbergen van Goor, en les traduisant en hollan-
dais, rend un vrai service à ses compatriotes. Cette version, for-
mant trois volumes, sera accompagnée de notes de M. F. Jacobs.
(i) Voyez, ci-après, pag. 461, la lettre contenant des renseigne
mens relatifs à Y institution des sçpurs de Saint- Camille.
A5A EUROPE.
— Bhdxelles. — Histoire des Pays-Bas. — Vers l'an ijôojlegourer-
neraent autrichien désirant approfondir les causes de la réuolution
des Pays-Bas , sous Philippe II, le ministre comte de Cobentzel
chargea de ce travail M. Vander Vinkt, membre du conseil de
Flandre , et de la société des sciences et belles-lettres , déjà connu
par des ouvrages qui décelaient un esprit juste et profond. Mais
M. Vander Vinkt , qui écrivait avec élégance et pureté en latin et
en flamand , n'était pas très-familiarisé avec la langue française.
M. de Méan , conseiller à Bruxelles ^ fut invité par M. de Cobentzel
à corriger les fautes de style. Le gouvernement autrichien n'ayant
ordonné la rédaction de l'histoire de cette époque que pour l'instruc-
tion de ses hommes d'état, avait voulu que l'ouvrage ne fût tiré qu'à
cinq exemplaires. On permit à M. de Méan de garder l'exemplaire -
épreuve. La douairière de Méan fit présent de cet exemplaire à
M. Tarte cadet, qui le réimprime avec des corrections de style et
des pièces justificatives. L'ouvrage aura trois volumes in-8°. Prix :
18 francs pour les souscripteurs. On sait que Schloezer, professeur
à l'université de Gœttingue, avait déjà publié, en 1774» "ne tra-
duction allemande de cet ouvrage ; il l'avait traduit sur un des cinq
exemplaires, lequel avait été donné à M. Schoepflin, historiographe
de France et professeur d'histoire et de droit public à Strasbourg ;
c'est d'après la version allemande que M. Scheitema a donné, en
hollandais, quelques fragmens de l'ouvrage de Vander Vinkt. Celui-
ci mourut le 29 janvier 1779? dans sa 88* année (1). Le traducteur
allemand lui a donné à tort le titre de conseiller d'état.
— BauGEs. — On se propose de publier ici une traduction en vers
flamands àxx ^okvaç. de Lucrèce ^ zinsi qu'une édition de Kats. Le
roi a souscrit, pour cinquante exemplaires, à ce dernier ouvrage.
— Liège. — Nécrologie — Goffin. — Le hrave Hubert Go^;?, chevalier
de la Légion-d'honnenr et du lion Belgique , si connu par son dé-
vouement, est mort, le 8 juillet de celte année, victime d'un de
ces accidens si communs dans les houillères , et que la lampe de
Davy est destinée à prévenir. de R — g.
FRANCE.
Hautb-Vieihne. — Limoges. — Fabriques de porcelaine. — ^n-
(1) Les Mémoires de V .académie de Bruxelles-, T, 111, p. 09,
contiennent une nolicc sur Fandcr Vinkt,
V
EUROPE. A55
tiquilés. — Un article inséré dans le T. XI, p. 426, de la Reuue
Encyclopédique , a donné lieu à une réclamation de M. AUou »
ingénieur des mines , qui a d'autant plus surpris le directeur de
la Revue, que les matériaux de l'article en question lui avaient
été fournis par un habitant de Limoges, dont il n'avait aucune
raison de soupçonner la véracité. Nous nous empressons de donner
ici la substance de la lettre de M. Allou. « i» Les pièces de por-
celaine fabriquées à Limoges ne l'emportent nullement par le
blanc , et le blanc et or, sur celles de Paris ; les pâtes mises dans le
commerce par les manufacturiers de Limoges et celles dont ils
font usage dans leurs ateliers sont identiquement semblables,
a" M. Martin , qui s'occupe des sciences avec beaucoup de zèle,
ne s'est jamais mêlé ni de la fabrication ni du commerce de la
porcelaine. 3» M. Martin n'a eu aucune part à la rédaction de l'ou-
vrage sur les antiquités de la Haute-Vienne, dont M. Allou est
le seul auteur, et dont l'académie des inscriptions et belles-lettres
a accueilli favorablement un premier essai. M. Martin a seulement
communiqué plusieurs dessins exécutés avant la révolution par
l'antiquaire Beaumesnil, et dont M. Allou a tiré, avec son agrément,
quelques notes et quelques figures relatives surtout aux antiquités
romaines. »
BocJcHEs du-Rhône, — Marseille. — Enseignement mutuel. — On
vient d'ouvrir, dans l'école de cette ville , une classe du soir où un
grand nombre d'ouvriers adultes pourront être admis. Le ministre
de l'intérieur, dans la vue d'encourager cette œuvre pbilantropique,
vient d'accorder un secours à la Société fondatrice de cette école.
Déjà, dans plusieurs établissemens, on consacre les heures de la
soirée aux adultes qui réclament le bienfait de l'instruction élé-
mentaire.Les amis de l'humanité désirent vivement que ces exemples
trouvent des imitateurs sur tous les points du royaume.
— Eure. — Gisors. — On a introduit dans l'école de cette ville
l'enseignement du dessin linéaire, et l'étude du chant, d'après la
méthode deM.Wilhem, à l'aide d'un jeune moniteur, de l'école de
Saint-Jean-de-Beauvais de Paris, Cet enfant , nommé Joseph Phé-
lippot , et à peine âgé de onze ans , est doué d'une intelligence re-
marquable.
— Gironde.— Bordeaux. — L'école Israélite , ouverte sous les aus-
pices du consistoire de cette ville, a déjà produit des résultats dignes.
A56 EUROPE.
(Piutérêt, particulièrement sous le rapport de raxuélioration morale
des enfans de cette communion.
SOCIÉTÉS SAYAMES ET D'rTILITÉ PUBLIQUE.
Bouac. [Ain). — Société d'émulation et d'agriculture du dépar-
tement de Tji in.- — Médecine. '-^ha. Société avait proposé, en 1820,
pour sujet d'un prix à distribuer dans sa séance publique de 1821 ,
l'éloge de Xapier Bit ha/ y né en Bresse, le 11 novembre 1771; elle
proroge ce concours jusqu'au i" mai 1822.
Les mémoires et autres pièces seront adressés au secrétaire de
la Société, à Bourg , avant le i*' mai 1822. — Le prix sera une
médaille d'or, de la valeur de six cents francs.
Limoges. — {Haute-Vienne). — La Société royale d'agriculture des
sciences et des arts propose, pour être décernés dans sa séance pu-
blique de 1823, 1» un prix de 320 francs, à l'agriculteur qui justifiera
d'avoir planté une quantité assez considérable d'arbres à bois blanc,
tels que bouleau, tremble, etc., ce bois étant plus propre que tout
autre à chaufier les fours à porcelaine ; 2» un prix de 100 francs, pour
celui qui aura planté un plus grand nombre de pommiers et qui
aura cherché à acclimater le pommier de Normandie : en' 1822,
5« un prix d'encouragement pour l'agriculteur qui présentera les
plus beaux fruits, soit d'arbres en plein vent, soit d'espalier; 4" un
prix de 100 francs à celui qui aura planté le plus grand nombre
de cormiers et de cerisiers ; S» un prix de i5o francs au distillateur
qui aura composé la meilleure liqueur, connue sous le nom de Ros-
soliot avec les cerises du pays ; 6" une médaille d'or de i5o francs à
l'auteur du meilleur mémoire sur le traitement à appliquer aux
bêtes à laine, lorsqu'elles sont atteintes de la maladie connue sous le
nom de tourmis.
Poésie. — Pièce de vers d'une certaine étendue dont le sujet est
laissé au choix des auteurs. — Eloquence. Le sujet du discours est,
également laissé au choix des auteurs. Toutefois, la Société accueil-
lerait avec plus de plaisir l'éloge de quelque homme célèbre , né
dans l'ancienne province du Limousin.
Les mémoires doivent êtye adressés au secrétaire de la Société,
avant le i«» août prochain.
Lyon. — {Rhône.)— L'académie royale des sciences, belles-lettres
et arts propose, pour 1822 , les sujets des prix suivans : i" Quelle
çsl l'influence des théâtres secondaires sur les mœurs du peuple ,
I
EUROPE. A57
la littérature et le goût î Le prix sera une médaille d'or de 3oo franc9.
2° Quels seraient les moyens à employer , soit dans le régime des
colonies actuelles , soit dans la fondation de colonies nouvelles,
pour rendre ces établissemens les pbis utiles à eux-mêmes et aux
métropoles ? La valeur du prix est de 5oo francs. — Les prix seront
décernés en séance publique le dernier mardi du mois d'août 1822.
A la même époque, seront distribués les prix d'encouragement,
fondés par M. le duc de Plaisance, et destinés aux artistes qui au-
raient fait connaître quelque nouveau procédé avantageux pour les
manufactures lyonnaises.
Rouen. — {Seine - Inférieure.) — La Société d'émulation ayant
chargé une commission de visiter un petit troupeau de chèvres du
Thibet, placé au hameau de la Poterie, près Belbeuf, voici les
pi'incipaux résultats de l'examen qui a été fait ; Le climat de la
France convient très-bien à ces animaux , qui n'y dégénèrent nulle-
ment, et donnent un duvet propre à faire de très-beaux cache-
mires ; ces chèvres sont faciles à nourrir , et n'éprouvent pas même
les dégoûts des chèvres de race indigène ; leur lait est plus subs-
tantiel , et le bouc n'a point l'odeur forte de ceux de nos pays ;
ces animaux se multiplient avec rapidité, et ne sont point sujets à
des maladies particulières. D'après les essais déjà faits , on trouvera
beaucoup d'avantages à faire croiser ces troupeaux avec ceux des
races indigènes.
PARIS.
Lnstitut. — Académie des sciences. — Octobre 1821. — Séance
du i^'. — M. Jacobson, chirurgien à Copenhague, adresse un pro-
gramme intitulé : De systemate venoso peculari in permultis ani-
rnalibus obseruato. (M. Duméril pour un rapport verbal.) — M.Rieus-
sec présente un instrument propre à mesurer la vitesse des chevaux.
(MM. Prony et Bréguet , commissaires.)— M. Geoffroy-Saint-Hilaire
lit un mémoire intitulé : Description d'un monstre humain , né en
octobre 1820, ei établissement à son sujet d'un nouveau genre sous le
nom d* hypérencéphale. — M. Berlin lit un mémoire sur plusieurs pices
de la conformation du ccewr. (MM. Portai et Pelletan, commissaires.)
Du 8. — Au nom d'une commission , M. Percy lit un rapport sur
un mémoire de M. Cruveilher, qui se compose de deux parties dis-
tinctes : l'une renfermant des considérations générales sur le croup
et V hydrocéphale ; l'autre la monographie exacte d'une maladie
A58 EUROPE.
nouvellement observée, sous le nom Ac perforation spontanée de
l'estomac, dont l'auteur a le mérite d'être le premier historien, et
qu'il appelle maladie gastro-intestinale des enfans avec désorga-
nisation gélatinif orme . M. le rapporteur pense que, par ce dernier
travail particulièrement , M. Cruveilher , déjà avantageusement
connu par un Bssai en deux volumes sur Tanatomie pathologique ^
a bien mérité de la science médicale et de l'humanité , et que
l'académie doit lui donner quelques témoignages de bienveillance
et l'encourager dans ses travaux. (Rapport et conclusions adoptés.)
Au nom d'une commission , M. Duméril lit un rapport sur un
mémoire de M. Lassis , concernant le typhus et autres maladies
de ce genre. L'académie engage M. Lassis à recueillir par lui-môme
de nouveaux faits , pour donner plus de poids et de valeur à sa
théorie, sur laquelle l'académie n'oserait prendre une décision dans
l'état actuel delà science, puisqu'il ne s'agit de rien moins que de
Juger si l'auteur a tort ou s'il a raison, lorsqu'il se refuse à admettre
la contagion de la fièvre jaune, et même celle de la peste. — M. Cau-
chy lit un mémoire sur l'intégration générale des équations linéaires
à coefiîciens constans. — M. Schwilgué présente une machine
d'horlogerie propre à donner tous les cycles et fêtes mobiles du
calendrier. ( MM. Bouvard et Burckhardt, commissaires.) — M. Ri-
veiro lit un mémoire sur une combinaison de V acide oxalique avec le
fer trouvé à Kol. (MM. Vauquelin et Brongniart , commissaires. )
— M. Chomel lit un mémoire sur les sulfates de chinchonine et de
quinine. (MM. Halle et Duméril , commissaires.)
— Du i5. — ^Au nom d'une commission, M. Prony lit un rapport
sur le chronographe à secondes de M. Rieussec, horloger, rue
Neuve-des-Petits-Champs , n° i35. « Le mérite principal de cet
instrument, dit M. le rapporteur, consiste dans la propriété d'in-
diquer instantanément , sur un cadran mobile , des signes visibles
et permanens , les premiers et derniers instans de plusieurs durées
successives, sans occuper ni les yeux ni les oreilles de l'observa-
teur... On en a fait depuis peu un essai fort satisfaisant dans les
concours publics de courses de chevaux ; mais son usage peut évi-
demment s'étendre à d'autres genres d'observations infiniment
variées, aux épreuves de machines en mouvement, au jaugeage des
eaux courantes et à la presque totalité des opérations qui con-
cernent l'hydraulique. Le passage d'un astre , sur le? fils d'une
EUROPE. A59
lunette , lorsque l'astronome n'aura qu'une main libre , sera indiqué
très-exactement par ce nouveau moyen qui , ou servira à vérifier le
compte des secondes à la pendule, ou le suppléera, si l'éloignement
de cette pendule, ou un défaut d'organe, ne permet pas d'entendre
l'échappement, etc. etc. » Sur les conclusions du rapporteur, l'aca-
démie donne son approbation au chronographe. — M. Gcoffroy-
Saint-Hilaire lit un mémoire intitulé : Des structures anomales ,
grandeur anomale, et connexions interverties des organes pecto-
raux et abdominaux observés sur un fœtus humain et occasionné
par la transposition des viscères.— M. Galles présente une solution
graphique approximative de la quadrature du cercle. (MM. Lacroix
et Burckhardt, commissaires.) — M. de Théran lit un mémoire sur
r acclimatation et la domesticité de la vigogne. ( MM, Huzard et
Tessier, commissaires.)
Du 22. — M. Delambre fait un rapport verbal sur- la traduction
du commentaire de Théon, par M. l'abbé Halma. — M. Fourrier,
au nom d'une commission , fait un rapport sur les expériences de
M. Despretz, relatives à la conductibilité de divers corps pour la
chaleur. — M. Paulet, à Fontainebleau, est nommé correspondant
de la section de médecine et de chirurgie. — M. Morel lit un mé-
moire sur la faculté vibratoire du système membraneux de F oreille.
(MM. de Lacepède, Arago et Fourrier, commissaires.) — M. Berlin
lit un mémoire sur les différentes variétés de r endurcissement des
valvules auriculaires et artérielles, et de la crosse de l'aorte.
(MM. Portai et Pelletan, commissaires.) — M. Latreille lit un
mémoire sur l'organe musical des criquets et des truxales; la com-
paraison avec celui des mâles des cigales , et vues nouvelles sur
quelques modifications principales des organes respiratoires des
insectes, des arachnides et des crustacées.
Du 29. — Au nom d'une commission , M. Halle lit un rapport sur
les mémoires de MM. Petroz et Chomel, relatif à la quinine et
la chinchonine : « Nous pensons, dit M. le rapporteur en ter-
jninant , que l'académie qui a déjà apprécié l'importance de la dé-
couverte des alcalis caractéristiques des quinquinas et de leurs
propriétés fébrifuges , et qui en conséquence a ordonné l'impression,
parmi les mémoires des savans étrangers, des premières observa-
tions qui lui ont été présentées à ce sujet, doit y faire joindre aussi un
extrait détaillé, tant du second mémoire de M. Chomel que de celui
A60 EUROPi:.
qui a été lu par M. Petroz. (approuvé)— M. Thénard lit un rapport
sur un mémoire de M. Chevreul, relatif à V influence que V eau exerce
sur plusieurs substances azotées solides. « On a négligé jusqu'à
présent de porter l'attention sur l'union que l'eau contracte avec plu-
sieurs substances animales , sur l'influence qu'elle exerce et sur les
forces qui peuvent la fixer à ces substances. M. Chevreul ouvre cette
carrière qui, en ses mains, va devenir féconde pour la chimie orga-
nique, et qui promet à la physiologie des applications intéressantes.»
L'académie décide que ce mémoire important sera imprimé dans
le recueil des savans étrangers. — M. Duméril rend un compte verbal
de l'ouvrage de M. Jacobson sur la sécrétion des urines dans quel-
ques animaux. — M. Mongez met sous les yeux de l'académie un
nouveau microscope fait par M. Jecker, d'après les idées de M. Amicî,
professeur à Florence. (MM. Charles, Arago, Latreille, commissaires.)
M. Geoffroy lit un mémoire intitulé : De V adhérence du placenta
apec plusieurs viscères déplacés chez un monstre humain , dit
hypérencéphale , et de ce fait considéré comme l'ordonnée de ces
anomalies, — M. John , de l'académie de Berlin, lit une note addi-
tionnelle au mémoire sur le fer de M. Pallas. — M. Becquerel lit
une description àe plusieurs substances nouuellement observées dans
l'argile plastique d'Auteuil. ( MM. Brongniart et Brochant, com-
missaires.) A. M — T.
— /académie française. — Séance du 6 nouembre. — L'académie
russe a envoyé neuf volumes des ouvrages qu'elle a publiés, et un
Aisconts &\iv\' étude fondam,entale des langues^ parle conseiller de
cour Goulianof , l'un de ses membres M. le secrétaire perpétuel a
fait un rapport sur ce discours. — M. Michaud a lu un fragment de
son Histoire des croisades^ contenant le tableau des guerres contre
les Turcs, — M. Lemercier , un Précis historique du règne de
Charles ^, dit le Sage.
Société de géographie. (Voyez ci-dessus, pag. aaS. ) — D'après
l'article 4 au règlement , arrêté par cette société , à sa seconde
séance : « Les étrangers sont admis aux mêmes titres que les régni^
coles. — L'article 3 du même règlement porte que les personnes qui
se sont déclarées souscripteurs Jusqu'à la nomination de la commis-
sion centrale y forment la- société de géographie.» Tous ceux qui
veulent concourir au but que se propose la société, qui veulent
participer à ses travaux , et qui partagent les espérances qu'eUe a
EUROPE. A61
placées dans le zèle ot les lumières des hommes éclairés de toute
l'Europe, sont prévenus que la société se réunira le i5 décembre
prochain, à huit heures du soir, dans une des salles de l'Hôtel-de-
Ville, pour se constituer définitivement, en nommant, au terme de
son règlement, son bureau et la commission centrale. Ceux qui,
d'ici à cette époque, désirent faire partie de la société, doivent
Terser, avant le lo dudit mois de décembre, la somme de 36 fr. ,
montant de la cotisation annuelle, entre les mains de M. Ghapellier,
notaire, rue de la Tixeranderie, n° i3. Il leur sera délivré une quit-
tance , avec laquelle ils devront se présenter le jour de l'assemblée ,
afin d'être inscrits sur la liste des membres de la société qui doivent
procéder dans ce jour aux nominations.
Institution des sœurs de Saint Camille. — A M. le directeur de
la Revue Encyclopédique. — « Monsieur, les hommages que vous
rendez aux actes d'un noble dévouement en tout genre^ dans votre
recueil éminemment philantropique , ine font espérer que vous
publierez avec empressement la note suivante.
La communauté des sœurs de Saint-Camille , composée de cinq
religieuses , et soutenue par le zèle et l'ardente charité d'une
seule femme , madame René Maunoir, existe , depuis plusieurs
années, du produit d'un petit troupeau de mérinos, joint au mo-
dique revenu de la supérieure. Cette vertueuse dame habite une
petite maison, rue Notre-Dame-des-Ghamps, n° 42, au coin de la rue
Chevreuse. Elle était endettée de 900 francs pour la communauté;
elle en a dépensé 1,000 pour envoyer deux de ses religieuses à
Barcelonne : sans ce généreux sacrifice, on eût ignoré ses embarras
et l'excessive pauvreté de son ordre. Des rédacteurs de journaux
qui allaient lui demander les lettres qu'elle recevait, de Barcelonne,
de la sœur Saint-Vincent, se sont trouvés témoins de la saisie
qu'on voulait faire de ses meubles. Instruite de ces circonstances ^
la compagnie de MM. les agens de change de Paris, qui n'a jamais
■ été invoquée en vain pour l'infortune, a fait, sur la simple invitation
de son syndic, M. Péan de Saint-Gilles, une collecte en faveur des
sœurs de Saint-Camille, qui a produit 700 fr.
Plusieurs membres de cette compagnie avaient d'abord hésité à
donner leur part, comme ayant été sollicités chez eux par des per-
sonnes qui semblent vouloir profiter de l'enlhousiasme qu'excite
généralement la belle conduite des sœurs de Saint-Camille , pour
A62 EUROPE.
faire une iipéculation et fonder un nouvel ordre de garde-matades.
De promptes informations leur ont appris que la supérieure, ma-
clame René Maunoir, était tout-à-fait étrangère à cette démarche,
qu'elle désavoue entièrement. Ils se sont empressés de joindre leurs
offrandes à celles de leurs confrères.
Espérons que ce généreux exemple sera suivi, et que beaucoup
d'hommes bienfaisans voudront concourir à l'institution définitive
et durable d'un ordre qui, malgré son obscurité ^ a déjà contribué
à répandre sur la France tant d'éclat et de gloire, en s'associant
à l'héroïsme des médecins français qui sont à Barcelonne.
Les personnes qui désireraient subvenir aux premiers besoins des
sœurs de Saint-Camille, en attendant que le gouvernement se déclare
leur protecteur, pourront déposer leurs dons chez M. Decan, no-
taire, rue des Fossés-Montmartre, n° ii, chez lequel est ouverte une
souscription en faveur de ces respectables religieuses.
J'attends de votre patriotisme. Monsieur, que vous veuiliiez bien
donner la plus grande publicité à cette note par la voie de votre
recueil.
Agréez, etc. Le lieutenant-colonel Sw...., chevalier de l'ordre
royal et militaire de Saint-Louis.
Paris, 29 novembre 1821.»
— Athénée Roy ait mé àe. Valois, n° 2. — Les travaux de l'année
1822 (Sy^ de la fondation) comprendront les cours suivans : 1° pJiy-
sique expérimentale , M. Pouillet; 2° chimie ^ "M. Robiquet ; 5° zoo-
logie y M. de Blainville; 4° analomie et physiologie , M. Magendie ;
5° astronomie^ M. Francœur; 6° géologie, M. Constant-Prévost;
7« littérature f M. Lingay; ^° philosophie générale , M. Azaïs.
Indépendamment de ces cours, M. Desquiron de Saint-Aignan,
avocat à la cour royale de Paris , expliquera , dans une série de
leçons , les principes généraux du droit naturel.
Les cours ont commencé le i5 novembre dernier; le prix de la
souscription pour l'année, finissant au 16 novembre 1822, est de
120 fr. pour les hommes et de 60 fr. pour les dames. Les salons sont
ouverts aux souscripteurs , depuis 9 heures du matin jusqu'à 1 1 heures
et demie du soir.
Dans la séance d'ouverture , qui avait attiré une grande alïlucnce
de spectateurs, M. Lingay a lu un discours. Ce jeune professeur,
EUROPE. A6Z
qui succède, dans la chaire de i'Athénée, à Laharpe, à Ghénier, à
M. Lemercier, semble avoir senti l'importance des obligations que
lui imposaient les noms que nous venons de rappeler; il a choisi
une tâche difficile. Il annonce que son cours sera principalement
consacré à concilier les deux puissances qui se disputent le champ
de la littérature : les classiques et les romantiques. Nous avons dit
que la tâche est difficile , et il nous semble qu'elle le devient surtout
par la manière dont M, Lingay a envisagé la question. Si nous l'avons
bien compris , il distingue la poésie de l^imagination et la poésie de
l'ame; il laisse la première aux anciens, et revendique l'autre pour
les modernes ; il dit que , dans l'état de civilisation où nous sommes
parvenus , la poésie n'a plus d'asile sur la terre , que c'est mainte-
nant au ciel qu'il faut la chercher et dans les relations de l'homme
avec la Divinité ; d'où il suit que la poésie de. l'imagination , la
poésie qui s'occupe des intérêts terrestres , appartiendrait au genre
classique, et la poésie de l'ame, celle dont l'objet principal est la
contemplation des choses qui sont hors de ce monde ^ serait la jooé* te
romantique. Nous croyons que, s'il y a quelque vérité dans cette
doctrine, il y a encore plus d'obscurité, de confusion et d'incerti-
tude. L'espace ne nous permet pas de donner ici à notre pensée
tout le développement qui serait nécessaire pour la faire bien com-
prendre. Si nous pouvions traiter à fond la question , nous la pré-
senterions sous un autre point de vue, et peut-être trouverait-on la
solution moins difficile; peut-être conviendrait-on que si les clas-
siques et les romantiques ne sont pas d'accord, c'est qu'ils ne se sont
pas encore entendus : nous doutons que M. Lingay jette dans la
discussion cette heureuse lumière qui concilie. Toutefois, nous
craindrions d'être injustes envers le jeune professeur, en jugeant
rigoureusement, sur une seule leçon, une doctrine qui, pour être
appréciée , a besoin, sans doute , des éclaircissemens qui suivront.
Les mêmes motifs nous empêchent de discuter ici les principes poli-
tiques que le professeur a tenté de mêler à sa littérature ; mais il est
probable que, sur ce sujet, nous aurions aussi plus d'une objection
à faire. Quanta la forme sous laquelle M. Lingay présente sa pensée,
elle est souvent vive , spirituelle , ingénieuse ; mais aussi elle n'est
pas exempte de prétention ; on y remarque des rapprochemens qui
cherchent et manquent l'effet, et une malheureuse disposition à
introduire dans les lettres, des mots et des locutions jadis réservés à
hU EUROPE.
la métaphysique, mais dont plusieurs écrivains de talent ont'fait^
dans ces derniers tems, un abus qu'il ne faut peut-être pas imiter.
Après le discours de M. Lingay , M. Halevy a lu une Épilre aux
médecins français partis pour Barcelonne. L'assemblée a accueilli
avec beaucoup de faveur les idées de liberté et de patriotisme répan-
dues dans l'ouvrage du jeune poète.
La séance a été terminée par la lecture d'une fable de Mad. Azaïs-,
intitulée : les deux Jardins , et par un conte en vers , de M. Famin,
où Ton a reconnu deux anecdotes , réunies sous ce titre : Sachons
faire rire à propos.
Hydrographie. — Le capitaine Gauttier a terminé depuis peu ses
beaux travaux hydrographiques. Déjà, sa carte de la Méditerranée
a été publiée par le ministère de la marine , et met à même de juger
quelle sera la perfection de la carte de la mer Noire, qui est en ce
moment sous presse. Pour donner une idée de l'immensité du travail
exécuté par les ofiBciers de la Chevrette , il suffit de dire que toutes
les côtes de la mer Méditerranée , des îles de l'Archipel et de la mer
Noire, ont été déterminées rigoureusement, sondées dans toutes
les directions et dessinées sous trois différens aspects.
La Sicile a été rétrécie de cinq lieues; le phare de Messine a été
reporté à l'ouest , à près de treize milles ; toute l'extrémité méridio-
nale de l'Italie a été aussi reportée vers l'ouest , de quinze milles ;
le cap Langueta, à l'entrée du golfe de Valona ^ de trente-trois
milles (onze lieues ) ; l'île de Corfuu , de douze milles; et en Afrique,
le cap Bon a été reporté à cinq lieues plus loin , dans la même di-
rection. Le cap Mesurât a été ramené à six lieues dans le nord; le
cap Razat a été reporté à l'est de trente-six milles (douze lieues).
Presque toutes les îles de l'Archipel , à l'exception des Cyclades ,
ont changé entièrement de position ; la mer Noire a été reculée vers
Touest de trente-trois milles , et toute la côte méridionale ainsi que
celles des Abbruzesont éprouvé de grands changemens de position.
La marine française , en exécutant cette belle et utile entreprise ,
a acquis des droits éternels à la reconnaissance des navigateurs du
monde entier, puisqu'elle a publié des documens précieux qu'elle
eût pu, à l'exemple de quelques nations , garder dans ses cartons,
pour son seul usage.
Voici l'élévation , au-dessus du niveau de la mer, des sommets
de plusieurs montagnes de la Grèce et de son archipel, que M. Gaut-
EUROPE. A65
4ier, capitaine de vaisseau, commandant la Chevrette, a obtenu
par des mesures barométriques , pendant les campagnes hydro-
graphiques de 1818 et 1819:
, mètres.
Milo , mont Saint-Élie ^780 5
Zéa , . idem »... 670 1
Parcs idem 766 2
Naxie, mont Jupiter 1,009 ^
Santorin , mont Saint-Élie 587 o
Stampalie , mont Véglia 483 i
Cos , monte Christo 869 9
Léro , mont Clidi . . 327 2
Samos, mont Kerqui 1,455 1
Ipsara , mont Saint-Elie. 546 o
Saint-Georges de Skyros, mont Cochila 789 5
Méteiin , mont Olympe 988 o
ïénédos , mont Saint-Elie. * 191 7
Lemnos , mont Therma 362 o
Athos ( mont ) 2,o63 o
Scopoli , mont Delphi 690 5
Miconi , mont Saint-Élie 398 o
Archéologie. —-Zodiaque de Dendérah, — Lettre de M. Saulnier
Jils à l'académie des inscriptions et belles-lettres , en date du 4 oc-
tobre 1851. — « Je crois ne remplir qu'un devoir, en vous annonçant
que le zodiaque circulaire du temple de Dendérah, en Egypte , a été
détaché du plafond dans lequel il était encadré : j'ai l'assurance qu'il
est maintenant arrivé à Marseille. Permettez-moi de vous faire rapi-
dement le récit des circonstances relatives à cette opération, dont
la hardiesse pourra causer quelque surprise. Vous connaissez , Mes-
sieurs, la protection que Mohamed- Ali-Pacha accorde aux explora-
teurs des antiquités de la Thébaïde ; son but est d'attirer, par cette
espèce de séduction , les Européens , dont il apprécie les lumières,
dans l'Egypte qu'il gouverne heureusement aujourd'hui, après l'avoir
soustraite à la domination anarchiquo des mamelouks. Instruit de
cet état ■ de choses par des correspondances particulières et par les
relations des plus recens voyageurs, je conçus, l'an dernier ,Ie projet
d'en profiter. Mais en même tems je pris la résolution de ne pas
m'exposer aux chances hasardeuses des fouilles. Quand bien même
Tome xir. 30
A66 EUROPE.
celles que j'aurais tentées auraient réussi , elles ne pouvaient guère
avoir d'autres résultats que de giossir le nombre de ces monumerra
d'un caractère imposant , mais uniforme, qui commencent à encom-
brer les cabinets de l'Europe. Je pensai qu'il était tems de négliger
ces inutiles copies des mêmes types, et que c'était vers quelque
objet d'une importance reconnue et, si je puis parler ainsi , indivi-
duelle , qu'il fallait exclusivement diriger mes vues. Elles ne tar-
dèrent pas à se fixer sur le planisphère, sculpté en relief dans une
des salles du temple de Dendérah. Rien , en Egypte , ne me parais-
sait plus curieux que ce vénérable reste d'une si haute antiquité ,
signalé pour la première fois à l'attention de l'Europe , par des
savans français, et, depuis, objet de tant de débats, qui se pro-
longent encore. Je crus que ce serait faire une chose utile que de
l'enlever à des contrées lointaines , d'un accès difEcile , habitées par
des populations, barbares , et où bien des genres de destruction
pouvaient le menacer. Si les Français avaient jusqu'alors trop peu
profité des facilités que le gouvernement de Mohamed-Ali accorde
aux entreprises de la même nature ; si la plus grande partie des an-
tiquités , tirées de la Thébaïde , se trouvaient dans les collections
privées ou publiques de l'Angleterre , il me semblait que le tems
perdu pour nous pouvait être plus que compensé par l'opération que
je méditais. Quant à la possibilité de son exécution, l'examen des
plans dressés par la commission d'Egypte nous avait convaincus.
Malheureusement , des affaires inattendues vinrent s'opposer à mon
départ , et pouvaient s'y opposer long-tems encore. Confident de mon
projet , et témoin du chagrin que me faisait éprouver l'impossibilité
où j'étais de le mettre à exécution , un de mes amis , M. Lelorrain ,
me témoigna le désir d'en être chargé. J'acceptai son offre avec
empressement ; car j'étais convaincu qu'il avait toutes les qualités
qu'exigeait une pareille entreprise. Dès ce moment , je m'occupai
sans relâche de réunir les divers moyens propres à en assurer le
succès. Il était évident que M. Lelorrain ne trouverait en Egypte
aucun des instrumens dont il avait besoin pour cette opération. Je
fis, en conséquence, confectionner, en grande hâte , des scies de dif-
férentes grandeurs, pour détacher le monument de son entourage ;
des crics pour en soulever la masse , et un traîneau pour la rouler
jusqu'au Nil. L'idée de ce traîneau, d'une forme ingénieuse et nou-
velle , appartenait à M. Lelonain , et je considérais le mérite de
EUROPE. A67
cette invention comme une première garantie de la réussite des
efforts qu'il allait faire.
o Ce fut dans les premiers jours d'octobre de l'année précédente
qu'il s'embarqua pour Alexandrie , avec les instrumens que je venais
de faire confectionner. 11 emportait en même tems avec lui mes
instructions, celles d'un artiste babile , M. Dubois, qui a fait une
étude approfondie des monumens de l'antiquité , ainsi que des notes
et des lettres de recommandation , que plusieurs membres de l'Ins-
titut avaient bien voulu lui donner. M. le ministre des affaires
étrangères s'était également intéressé à une entreprise qui s'annon-
çait comme utile aux arts , et il avait fait remettre à M. Lelorrain
une lettre, adressée à M. Pillavoine, qui remplissait au Caire les
fonctions de consul général de France, Il arriva à Alexandrie au
commencement du mois de novembre , et , après y avoir pris quelque
repos , il en partit pour aller au Caire. Présenté au pacba , il en fut
reçu avec bienveillance, et il obtint, sans difficulté, un fîrman qui
autorisait les travaux auxquels il voulait se livrer. Par une faveur
particulière , le pacha lui donna , en outre , une lettre pour son fils ,
gouverneur de la Haute-Egypte. Muni de son firman et de cette
lettre, M. Lelorrain ne tarda pas à se rendre à Dendérah. L'aspect
des lieux lui donna l'assurance que le projet que j'avais conçu à
Paris, n'était pas chimérique. Ainsi que je le disais plus haut, le
zodiaque faisait partie du plafond d'une des salles supérieures du
temple. Sur la plate-forme qui couvre cette vaste enceinte, se
trouvent les débris d'un village , que des cultivateurs arabes y ont
construit , probablement à une époque déjà fort ancienne , afin de
se mettre à l'abri des avanies de la cavalerie des Mamelucks , ou de
celle des Bédouins. Un atterrissement qui y mène , et dont la pente
est assez douce , masque en talus une partie de la grande muraille
latérale : c'était par cette atterrissement que j'avais pensé qu'il
serait possible de descendre les masses que l'on parviendrait à dé-
tacher des pièces du haut. En effet, tout s'exécuta à peu près comme
nous l'avions prévu. Après avoir culbuté les constructions arabes
qui se trouvaient au-dessus du planisphère, M. Lelorrain le dégagea,
et le conduisit jusqu'à terre, par le plan incliné dont je viens de
parler. A l'aide de son traîneau, il lui fut ensuite très-aisé deletrans_
porter à bord du bâtiment sur lequel il avait remonté le Nil. J'ajou-
terai que, conformément à ce qui avait été arrête entre nous
'f
30*
A6S EUROPE.
M. Lelorrain n'avait commencé cette opération qu'après s'être assuré
qu'il pourrait la faire sans exposer à aucun danger la conservation
du zodiaque.
« Il devait croire que son ouvrage était terminé, et qu'il n'avait
plus qu'à joilir paisiblement du repos qui lui était nécessaire après
des travaux si pénibles, entrepris dans le cours du mois de mai,
malgré l'activité d'un soleil brûlant; mais desdiflBcultés, plus grandes
que celles qu'il venait de surmonter, l'attendaient à son retour, dans
la Basse-Egypte. Vous savez , Messieurs , quelles passions violentes
et haineuses la recherche des antiquités a excitées parmi quelques-
uns des Européens qui s'y livrent sur les deux rives du Nil. Les tristes
tableaux qui ont été présentés dans des publications récentes, ne
sont malheureusement que trop fidèles , et M. Leloriain lui-même a
failli en être la victime. Le bruit du brillant succès qu'il venait
d'obtenir l'avait devancé au Caire , et cette nouvelle avait mis en
rumeur les explorateurs ordinaires des antiquités égyptiennes. L'un
d'eux, que je m'abstiens de nommer, à cause de mon éloignement
pour toute récrimination personnelle, essaya de lui ravir le fruit
d'une opération , dont probablement il n'avait pas même entrevu la
possibilité. Sous prétexte que , bien avant l'arrivée de M. Lelorrain,
il avait été autorisé à faire des fouilles au pied du temple de Den-
dérah, il réclamait un monument hardiment détaché du faîte. Cette
prétention était, sans doute, dépourvue de toute justice; mais on
pouvait craindre que la position particulière de celui qui l'élevait
ne la fît accueillir. Représentez-vous, Messieurs, quelle dut être,
dans ce moment , la situation de notre malheureux voyageur, trem-
blant de se voir dépouillé de ce qu'il venait d'obtenir à si grands
frais , au risque de sa santé , et peut-être de sa vie, par tant de peines
et d'efforts. Heureusement, malgré le crédit de Ron puissant adver-
saire, ses alarmes ne se piolongèrent pas long-tems. Le pacha, à
qui cette contestation fut soumise , ne tarda pas à se prononcer en
faveur de M. Lelorrain : cette décision est, ce me semble, une
preuve éclatante de l'équité du gouvernement de Mohamed-Ali , et
une garantie de la bienveillance avec laquelle les Français, qui se
rendront à l'avenir en Egypte , y seront accueillis.
« Sorti des embarras qu'on lui avait suscités, M. Lelorrain se rendit
à Alexandrie, où il embarqua le zodiaque à bord d'un bâtiment, qui
en partit quelques jours après pour Marseille. C'est ainsi que c«
EUROPE. A69
moDument, l'une des pièces les plus ancienpes, peut-être, des ar-
chives du monde , se trouve en France. Je n'ai pas besoin d'ajouter
que si la France veut le conserver il n'en sortira pas. Quoi qu'il en
soit, les hommes de toutes les nations, qui ont pour les arts une
affection sincère , se féliciteront , sans doute, lorsqu'ils sauront qu'il
a été enlevé aux solitudes où il était resté si long-tems inconnu , et
qu'il est désormais à l'abri des dangers auxquels il y était exposé.
Ce n'étaient pas les Arabes qui étaient le plus à craindre ; certains
Européens sont plus redoutables qu'eux pour la conservation des
antiquités des bords du Nil. Assurément, Messieurs , vous n'appren-
drez pas sans indignation, que récemment un Anglais, après avoir
pris le dessin de quelques-unes des peintures qui décorent, à Thèbes,
les magnifiques sépultures des Pharaons, les a volontairement
détruites , en les frappant d'un marteau, afin de donner plus de prix
aux copies qu'il venait d'en faire. Au reste, c'est à la commission
d'Egypte, qui m'a fait concevoir l'idée de cette opération, et à
M. Lelorrain qui l'a exécutée si habilement, que j'en attribue tout
l'honneur.
« Je ne suis pas encore fixé sur la voie dont je me servirai pour le
faire venir à Paris. Le planisphère de Dendérah, avec ses acces-
soires, forme, comme vous le savez. Messieurs, un carré dont les
côtés ont plus de neuf pieds de longueur, et il est établi sur une
pierre de grès qui a deux pieds et demi d'épaisseur. J'avoue que
je suis effrayé des frais que coûterait le transport par terre d'une
masse aussi considérable. D'un autre côté, j'hésite encore à l'expo-
ser aux périls d'une nouvelle navigation. Quelle que soit ma déter-
mination à cet égard , dès qu'il sera arrivé à Paris, je m'empresserai
de vous en prévenir. » SxvLTii&Rjils.
Jîéponse de M. le secrétaire perpétuel , du 5 octobre 182 1 . — «L'aca-
démie a entendu avec beaucoup d'intérêt la lecture de la lettre
par laquelle vous l'informez de l'arrivée à Marseille du planisphère
de Dendérah. Elle vous félicite de l'heureux succès d'une entreprise
honorable pour la France , et qu'on pouvait croire impossible à ob-
tenir, et vous prie de recevoir ses remercîmens de la communi-
cation que vous'avez bien voulu lui donner, et de l'intention que
vous annoncez de l'appeler à examiner ce précieux monument,
aussitôt qu'il sera arrivé à Paris. Dacier. »
— Note des rédacteurs. — Nous applaudissons aux sentimens
A70 EUROPE.
patriotiques qui ont dicté le projet hardi de nos deux compatrioleîr,
entreprise exécutée si habilement et si heureusement. La France
a tant fait pour dévoiler les antiquités de l'Egypte , qu'elle a bien
le droit de posséder quelques-uns de ses plus précieux ouvrages ;
elle doit se réjouir aussi de pouvoir montrer aux étrangers un mo-
nument qui la dédommage de la perte de celui de Rosette, et des
autres morceaux rares que la commission d'Egypte avait rassemblés
avec tant d'efforts. En félicitant MM. Saulnier et Lelorrain de ce
que, parleurs soins, le zodiaque circulaire du temple de Dendérah
va être transporté des bords du Nil sur les rives de la Seine , et
non sur celles de la Tamise, nous ne pouvons cependant nous dé-
fendre d'exprimer quelque regret de ce que ce temple magnifique
a été privé d'un de ses plus beaux ornemens; nous nous demandons
si nos zélés compatriotes n'ont pas été abusés par l'excès d'un sen-
timent , d'ailleurs si noble et si généreux. Entraînés par le désir
d'honorer la patrie, ont-ils songé à toutes les conséquences de leur
entreprise ; ont-ils pensé au fâcheux exemple qui est donné main-
tenant à toutes les nations rivales? Car, il ne s'agit pas ici de statues,
de pierres détachées, d'obélisques même et de tant d'autres mo-
nolithes que les conquérans et les voyageurs ont enlevés à l'Egypte,
depuis vingt - trois siècles. C'est un édifice admirable, jusque-là
intact, et dont la démolition est en quelque sorte commencée. Si
les Perses , les Grecs, les Romains ou les Arabes ont mutilé les
temples de l'Egypte, nous sommes loin de les excuser; mais il faut
s'en prendre ou à l'aveugle fanatisme ou au terrible fléau de la
guerre. En pleine paix, pourquoi les imiter? Oserait-on alléguer,
en France, l'exemple de lord Elgin? non sans doute; et nous dirons
avec le poète :
» Et si sur nos rivaux nous voulons nous régler,
» C'est par les beaux endroits qu'il leur faut ressembler.
Aujourd'hui, par le seul fait de l'enlèvement du zodiaque, la salle
astronomique est ;\ découvert, et le reste du plafond est menacé
d'une entière destruction; c'est comme si, à la grande galerie de
Versailles , les alliés eussent enlevé une partie du plafond pour
emporter qeelques peintures ; que deviendraient le reste du toit et la
galerie même P
Qui a préservé les édifices de l'Egypte d'une manière si éton-
nante î c'est la conservation des toitures. Une fois ce toit protecteur
EUROPE. A71
eol<;vé, rien ne protège plus les murailles, les colonnes et tous
Jes supports. Qui empêchera de prendre ici un chapiteau, là
upe colonne entière, plus loin. . . . Au reste, ni les maîtres ni
es habitans de l'Egypte ne sont aussi barbares qu'on le croit com-
munément, et ils le sont aujourd'hui moins que jamais. L'intérôt,
ce mobile si puissant, semble réveiller ce peuple d'un long sommeil.
Pouvait-on craindre de lui, à cette époque de civilisation, plus que
dans les tems de barbarie? Le monument de Dendérah, avec tant
d'autres , a résisté à la fois au tems et aux ravages des hommes ; il
a résisté aux guerres civiles et religieuses ; et maintenant que l'Eu-
rope savante a les yeux fixés sur lui, l'on peut dire en quelque sorte
que son immortalité s'est rajeunie. Quelques personnes ont pensé,
peut être, que le zodiaque circulaire de Dendérah était une pierre
isolée, un fragment comme un autre. Mais on se fait une idée peu
juste des antiquités égyptiennes, si l'on croit qu'elles consistent
en morceaux détachés. On les juge par ces magasins de petites
statues, d'idoles, d'ustensiles ou d'amulettes de nos cabinets d'Eu-
rope. Tout cela ne ressemble pas plus à l'architecture de l'Egypte,
que les bronzes d'Hcrculanum à l'architecture romaine. Est-ce avec
les figures de saints qu'on vend dans nos foires que l'on, ferait con-
cevoir aux étrangers l'église de Sainte-Geneviève ou le palais du
Louvre ? Après tout , les monumens des bords du Nil sont com-
posés de pierres, qu'il n'est pas impossible, si grandes qu'elles
soient, de transporter une à une en France ou en Angleterre ; mais
qu'y gagnerait - on ? 11 faut le dire : ces Romains, si étrangers aux
sciences, et barbares sous plus d'un rapport, ont été plus justes
appréciateurs que nous, des ouvrages de l'Egypte. Quand ils ont
voulu y puiser pour orner leur triomphe et embellir leur cité ,
qu'ont-ils choisi ? des obélisques. Voilà de nobles trophées ; voilà le
véritable ornement d'une grande capitale ; et, pour le dire en passant,
l'Angleterre le sent mieux que la France, qui avait et qui a encore
tant de moyens de suivre l'exemple de Rome ancienne et moderne.
Quant à la pierre qui vient d'arriver, elle ne peut servir d'embellis-
sement ; elle n'intéresse que la science ; on pouvait peut - être
arriver au but qu'on s'est proposé, sans la séparer de l'édifice avec
lequel, depuis tant de siècles, elle faisait un corps indissoluble. On
a réussi à l'enlever, mais elle va perdre une grande partie de sa
valeur , de son prix , de son intérêt, Qui sait si; dans quelques année
i72 EUROPE.
on ne disputera pas sur le point qu'elle occupait dans le grand mo-
nument auquel on l'a arrachée, sur la manière dont elle était
tournée, sur les sculptures dont elle était environnée, etc.? Si ce
n'était pas assez de deux mille copies en petit , qui circulent déjà
dans toute l'Europe (et l'on peut s'en procurer deux fois autant) ; si
la gravure était insuffisante, qui empêchait de faire mouler soigneu-
sement l'original en plâtre, en cire ou en soufre î Quoi qu'il en soit,
si quelque chose peut satisfaire les amis des arts , c'est de voir que
ce vénérable reste de l'antiquité paraît destiné pour le Musée fran-
çais ; 8*il sortait de France , il n'y aurait plus moyen de se consoler
de la mutilation du temple de Dendérah.
Théatbes. — Théâtre Français Les Plaideurs sans procès ,
comédie en trois actes et en vers, par M. Etienne. (29 octobre.) —
Saint-Léger est amoureux de Jenny, fille de M. Renard, vieux
procureur, qui veut prendre pour gendre Floridor, jeune avoué,
Raymond, qui a passé de la haine de la chicane à la haine de ses
suppôts, veut servir les amours de Saint-Léger, en brouillant les
deux confrères. Pour y parvenir, il imagine un procès de quelques
millions entre son ami et lui ; puis il se fîiit le client de Renard ,
tandis que Saint-Léger devient celui de Floridor. Vain espoir ; les
deux hommes de loi, qui n'ont de commun que l'amour de l'or,
s'entendent pour faire du procès mtz bien de famille; leur rupture
n'est que simulée, et tout est perdu, lorsque Saint-Léger, après un
duel concerté entre lui et Raymond , vient se jeter aux pieds de
Renard , et lui déclarer que l'amour qu'il a conçu pour sa Clle est
la seule cause qui lui ait fait épargner la vie de Raymond , son
client. Le vieux proccireur joue la sensibilité, et se rend prompte-
ment,en pensant aux millions qu'il suppose à Saint-Léger. Raymond
avoue sa ruse ; et , pour épargner l'amour-propre du beau-père de
son ami, il fait croire aux autres personnages que Renard était dii
complot. Celui-ci veut bien se contenter des vingt mille francs de
rentes de Saint-Léger, qui se sert avec succès du fameux sans dot^ et
Floridor est congédié.
La raison n'est pas toujours consultée dans cet ouvrage ^ue nous
comparerons aux Folies amoureuses pour l'invraisemblance du
sujet, mais aussi pour l'esprit et la chaleur comique. L'avarice cl
les formes gothiques du vieux procureur contrastent plaisamment
EUROPE. A7;î
avec le faslc et les manières brillantes du jeune avoué ; et Raymond,
qui conduit toute l'intrigue, justifie son audace par les ressources de
son imagination originale et gaie. La pièce est écrite de verve ;
on y trouve une foule d'observations fines et spirituelles , exprimées
dans un style à la fois élégant et nerveux.
— La Fontaine chez madame de la Sablière^ comédie en un
acte et en vers, par M. Naudet. ( i3 novembre. ) — La Fontaine ,
arrivé de Château-Thierry à la Sablière , par distraction , y trouve
son amie, et un jeune marquis qui semble être là tout exprès pour
recevoir les épigrammes des autres personnages. Deux jeunes pay-
sans, que la fortune sépare, s'adressent au bonhomm,e pour qu'il
cherche ù fléchir un père intraitable ; La Fontaine a bientôt ter-r
miné cette affaire en donnant pour dot à la jeune fille mille écus
qu'il a oubliés dans une de ses poches. Rien de plus léger et de
moins neuf que le fond de cette petite pièce ; l'auteur a sans doute
pensé que le caractère de La Fontaine ne permettait pas de le faire
figurer dans une intrigue plus compliquée. Quoi qu'il en soit, le public
a su gré à M. Naudet de cet hommage rendu à notre inimitable
fabuliste ; et il a oublié la froideur du sujet en écoutant des vers
faciles et spirituels.
Beaux-abts. — Peinture, — Le Musée vient de s'enrichir de plu-
sieurs tableaux importans, au premier rang desquels il faut mettre
une Sainte famille de Raphaël. Ce tableau avait été acheté , en
Italie, il y a environ vingt ans, par le payeur général de l'armée
française, moyennant, je crois, mille à douze cents francs. Cette
acquisition fit une grande sensation parmi les amateurs ; on ne
pouvait comprendre comment un Raphaël avait été donné pour un
prix si médiocre, avec d'autant plus déraison, que la famille qui
venait de s'en dessaisir soutenait que toutes les autres répétitions
connues étaient des copies, et que le tableau qu'elle avait vendu
était bien l'original ; mais cet original était en fort mauvais état,
on pouvait craindre qu'il ne fût pas susceptible d'être réparé , et
c'est ce qui expliquait la modicité du prix. Cependant, l'acquéreur
ayant apporté ce tableau à Paris, le confia aux habiles restaurateurs
qui s'y sont formés, pendant que les ^richesses de l'Italie ont été
en notre possession ; et il eut bientôt lieu d'être satisfait de son ac-
quisition. Depuis la spoliation de i8i5 , le Musée ne possédait plus
qu'un petit nombre de productions de Raphaël. Pour réparer, au-
tant qu'il est possible les pertes que nous avons faites, le miuis-
A7A EUROPE.
tère de la maison du Roi a acheté ce tableau, avec quelques autres
moins importans , moyennant, dit-on, cent mille francs.
•Ce nouveau Raphaël ayant été exposé dans la portion da la galerie
qui porte le nom de ce maître, la foule des connaisseurs a été l'exa-
miner; mais cet examen n'a pas été favorable à ce tableau. Plusieurs
personnes, et jç suis du nombre, hésitent à le regarder comme ori-
ginal. Ce n'est pas qu'il ne contienne des parties fort belles, mais
d'autres sont faites timidement et n'offrent ni la plénitude déformes
ni \q faire de Raphaël; la tête de la femme, surtout, est bien loin
d'avoir le caractère de beauté qu'il a su donner à ses vierges. Ce
qui contribue singulièrement à augmenter l'incertitude , c'est qu'on
ignore tout-à-fait ce qu'est devenu l'original; on sait seulement que
cette composition, qui a beaucoup d'analogie avec celle de la vierge
au linge , a été exécutée par Raphaël ; mais on ne sait rien de plus.
Au reste , il existe en Italie plusieurs copies qui offrent des diffé-
rences plus ou moins notables avec le tableau que possède le Musée.
Dans l'une, par exemple, il y a, dans la partie iupérieure du ta-
bleau, comme dans la grande Sainte famille, des anges qui répandent
des fleurs sur l'enfant Jésus. Celle qui est à Rome et qui est géné-
ralement attribuée à Jules Romain, est, au contraire, à peu de chose
près, semblable à la nôtre ; elle y est connue sous le nom de Madone
deLorettef et c'est d'après celte copie que M. Richomme a exécuté
la gravure qu'il a publiée en i8i3 (i\
Au nombre des tableaux vendus avec celui dont je viens de parler,
se trouve une tête de saint François, attribuée au Cigoli par quel-
ques personnes , et qu'un connaisseur célèbre , à Paris, prétend être
du Capucino. Cette dernière assertion est la plus fondée, car cette
tête est évidemment l'ouvrage d'un coloriste; or, le Capucino était
certainement plus coloriste que le Cigoli. Au reste, c'est une pein-
ture admirable et d'un ordre bien supérieur au tableau attribué à
Raphaël. Le peintre a su donner à la tête du saint un caractère
d'exaltation et de béatitude intuitive extrêmement remarquable.
Une Annonciation d'André del Sarte fait également partie de la
nouvelle acquisition du Musée ; j'avoue que j'ai de la peine à retrou-
ver ce maître dans le tableau qu'on lui attribue et qui a été presque
entièrement gâté par les restaurations maladroites qu'on y a faites.
(i) A Paris, chez l'auteur, place Saint-André-des-Arcs, Prix, avec
le lettre, 13 fr.
EUllOPE. A75
— GrauurCf — Millier fils, mort jeune et dans la force d'un talent
qui avait appelé sur lui l'attention de toute l'Europe, a gravé le
Saint-Jean du Dominiquin. Cette estampe avait eu un grand succès;
et, depuis la mort de son auteur, les épreuves étaient recherchées
avec un empressement qui a fait naître à un jeune artiste l'idée
de la reproduire. Cet artiste est M. Pelée ,à qui madame la duchesse
de Berry vient d'f.ccorder une pension pour le mettre en état de
continuer ses études avec tout Iç fruit possible. M. Pelée n'a pas
espéré remplacer entièrement son prédécesseur; et, pour que son
intention soit manifeste à cet égard, il a donné à sa planche une
dimension différente de celle de Miiller. Le talent qu'il a déployé
dans cette entreprise paraît justifier la faveur qu'il a obtenue. Miiller
fils est surtout remarquable pour l'habileté et la précision qu'il
mettait dans le maniement de l'outil. M. Pelée a essayé de suivre
ses traces; et, s'il n'a pas atteint son modèle, il a assez fait pour
prouver qu'il ne s'était pas abandonné à une vaine témérité.
— Il existe, dans une des rues de la Chaussée-d'Antin, une mai-
son bâtie, il y a environ vingt ans, sur les dessins d'un de nos plus
célèbres architectes, et décorée avec un soin et un goût particuliers.
Parmi les peintres les plus en réputation, six furent chargés de faire
chacun un tableau pour orner les panneaux du salon. Deux de ces
peintres sont maintenant au premier rang des maîtres de l'école ;
ce sont MM. Girodet et Gérard, Le premier fit une Danaé ^ séduite,
non par de l'or, mais par des fleurs. Cette figure , de la plus grande
beauté, était entièrement nue. Un nouveau propriétaire, effarouché
de cette nudité , a chargé une main sacrilège'^ de mettre une dra-
perie à l'ouvrage du moderne Apelle. Le second avait représenté
J^lore caressée par Zéphyre. Il l'a posée sur une hémisphère inculte,
pour rendre plus sensible, je pense, l'influence du printems, qu'il
voulait exprimer mythologiquement. L'expression de la tête un
peu renversée, le désordre de la chevelure de laquelle s'échap-
pent les fleurs qui composent la couronne de la déesse et qui se
répandent sur ses épaules et sur son sein ; la contraction des bras
croisés sur la poitrine ; une sorte de fléchissement dans les ge-
noux ; tout révèle l'extase qu'éprouve la déesse. Cette composition ,
exécutée de verve , a été gravée par M. Pradier. Il a fait, sans que
*en sache la raison , un changement assez notable : la déesse n'est
plus sur une hémisphère inculte; mais tout le reste est conservé.
Quelques parties de cette gravure , telles que les mains et une de
A76 EUROPE.
cuisses, me paraissent pouvoir être critiquées; la draperie posée
sur les hanches manque de transparence et ne laisse pas assez voir
le contour qui devient incertain ; mais l'expression de la tête est
rendue avec assez de bonheur; et, dans sou ensemble, c'est un joli
ouvrage.
— Notre célèbre Poussin, bon juge des ouvrages des autres, au-
tant que peintre habile, disait que la Transfigura lion de Raphaël,
la Communion de Saint-Jérôme^ du Dominiquin, et la Descente de
croix de Daniel de Volterre étaient les trois plus beaux tableaux
de Rome. Lorsque, pour prix de nos victoires en Italie, le chef-
d'œusrre du Dominiquin eut été apporté à Paris j M. Alexandre Tar-
dieu forma le projet de le graver. Après quinze ans de travaux
employés à cette grande entreprise, cet artiste vient de publier sa
planche ; elle est de même dimension que celle de la Transfiguration
de Raphaël, gravée par Morghen, à laquelle elle peut servir dépen-
dant. — L'aspect général de cette estampe rend avec beaucoup
d'exactitude l'harmonie du tableau ; dans la figure principale , celle
de Saint-Jérôme, M. Tardieu a bien exprimé le sentiment du maître;
les habits sacerdotaux du prêtre et la dajmatique du diacre sont
gravés avec une habileté consommée. Peut-être y a-t-il un peu de
sécheresse dans quelques parties de cette gravure; il me paraît que
l'artiste a trop souvent repoussé sa planche (i), ce qui ôte à l'en-
semble du travail, d'ailleurs très-varié de manières, cette liberté,
cette franchise qui séduisent. Mais ce n'en est pas moins un ou-
vrage capital qui assigne à son auteur un rang très-honorable parmi
nos premiers graveurs.
— Lithographie. — Chambord , monument fort remarquable
élevé par François I*"", étant devenu, par suite de la nouvelle desti-
nation qu'il a reçue , l'objet de l'attention publique , plusieurs
artistes se sont occupés d'en donner des vues et des descriptions,
11 a paru, chezEngelmann frères, une suite de planches, distribuées
en livraisons, et lithographiées par plusieurs artistes habiles; ces
planches , propres à faire connaître l'ensemble et les détails de ce
monument, sont accompagnées d'un texte descriptif. M. Isabey en
a fait aussi l'objet d'une composition lithographiée,- mais, pour ne
(i) Lorsqu'un f;raveur a effacé une partie de son travail
suite un creux, que l'on fait disparaître en frappant par
l'endroit correspondant. C'est ce qu'on appelle repoi
de son travail , il en rc-
l par derrière à
repousser une
planche. c
pas donner un simple aspect pittoresque de ce château, il a ima-
giné une scène qui occupe les premiers plans de la vue dont le
château forme le fonds. Il a supposé que le duc de Bordeaux est
amené dans sa nouvelle possession. Son arrivée , pour laquelle les
habitans ont préparé une sorte de fête , lui a permis d'introduire
une foule de groupes, de divers caractères, dont les parties prin-
cipales sont exécutées avec l'esprit et l'habileté que cet artiste met
dans toutes ses productions. Cette planche est une des plus grandes
qu'ait produites, en France , la lithographie.
— Dessin et perspecUue linéaire. — M. Boniface avait publié , en
1819, le prospectus d'un Cours élémentaire et pratique de dessin,
d'après les principes de Pestalozzi dont il est disciple. Cet ouvrage
est maintenant terminé et se compose de huit livraisons qui con*
tiennent quarante-huit planches accompagnées d'un texte (1). I^es
six premières comprennent des Elémens de dessin, et les deux autres
des Élémens de perspective linéaire. Celles-ci sont de M. Choquet,
professeur distingué , et se subdivisent entre elles ; l'une a pour objet
les principes de la perspective plane , et l'autre la perspective des
corps solides. — M. Boniface s'est proposé de former, par des pra-
tiques simples et agréables , le goût et la main des enfans. C'est un
guide que les parens peuvent suivre avec fruit et qui convient
très-bien au jeune âge , jusqu'à l'époque où le dessin doit devenir
une étude séiieuse. Ce n'est point la tête que l'auteur propose de
faire étudier d'abord aux enfans, puisque c'est la partie la plus dif-
ficile qu'il y ait dans l'art du dessin ; c'est un moyen de les préparer
à cette étude et de les accoutumer à reproduire facilement, avec
le crayon , la forme des objets qu'ils ont continuellement sous les
veux, tels que des vases, des feuilles, des chapiteaux, etc. Mais,
avant d'arriver à ce point, il leur fait faire des exercices gradués
et usités depuis long-tems dans l'institut de M. Pestalozzi. Cette
méthode ayant reçu la sanction de la pratique, l'on ne doit pas
être étonné du succès qu'a obtenu l'ouvrage de M. Boniface, dont
les deux dernières livraisons me paraissent convenir même à des
élèves d'un âge avancé.
L'auteur, qui s'est entièrement voué à linstniclicn de l'enfance,
fait , à toutes les autres parties de l'enseignement , l'application de
(1) Chez l'auteur, rue de Touraine, n° 10. Prix, 12 fr. pour Paris.
— (Voy. Jiet^.:Encyclop.,T.in,p.A'i5.)
A78 EUROPE.
la méthode de Pestalozzi, dont le but est de développer l'iote '.Ur-
gence et de fortifier le jugement ; et il la suit avec succès, depuis
plusieurs années, dans l'excellente institution de madame d'Aubrée.
P. A.
Publications prochaines. — l/n ouvrage de chimie ■) appliqué aux
arts, par M. Millar de l'université d'Edimbourg [Vqy., T. XI,
p. 128) traduit en français par Ph. J, Cocllier, paraîtra dans le
mois de décembre prochain , en un fort vol. in-8°.
— Dictionnaire raisonné des découvertes ^ inventions ^ innovations ^
pérfectionnemens, observations nouvelles ef importations^ en France,
dans les sciences, la littérature, les arts, l'agriculture, le commerce
et l'industrie , de 1789 à la fin de 1820; comprenant aussi : 1° des
aperçus historiques sur les institutions fondées dans cet espace de
tems; 2° l'indication des décorations , mentions honorables, primes
d'encouragement , médailles et autres récompenses nationales qui
ont été décernées pour les différens genres de succès ; S" les revendi-
cations relatives aux objets découverts , inventés , perfectionnés ou
importés. Ouvrage rédigé d'après les notes des savans, des litté-
rateurs , des artistes , des agronomes et des commerçans les plus
distingués, par une société de gens de lettres. Avec cette épigraphe :
Invenies disjecti membra... Horat.
Les auteurs du Dictionnaire raisonné annoncent qu'ils seront aidés
dans leur travail, par MM. Berthollet, Cuvier, Lacépède, Vauque-
lin, d'Arcet^ Delambre, Arrago, Francœur, Bouvard, Jomard, de
Humboldt, Bréguet, Dupin, MoUard, Christian, Thouin, Tessier,
Huzard, Bosc, Yvart, Halle, Dupuytren, Raynouard, Daru, Jouy,
Etienne, Oberkampf, Ternaux, Beauvais, Bacot, Lerebours, etc.
De tels noms, l'importance et l'utilité bien reconnues de l'ouvrage
doivent suffire pour en assurer la réussite. Il formera 12 volumes
in-8°, de 35 à 56 feuilles (58o pages environ), imprimées sur carré
fin. Le premier volume paraîtra le i^' avril 1822. Les suivans seront
publiés de mois en mois, sans interruption, de manière que l'ou-
vrage sera terminé, au plus tard, en avril 1823. Le prix de chaque
volume est fixé à 7 fr. pour les personnes qui se seront fait ins-
crire avant le 3o janvier prochain. Passé cette époque, on paiera
chaque volume 8 fr.
La souscription est ouverte à Paris, cher L. Colas, libraire, rue
Dauphinc , n° 32, qui recevra les lettres et paquets, et chez Mongie
aîné, boulevait Poissonnière.
EUROPE. , 479
— Élèmens de grammairs Chinoise. — Les grammaires chinoises
qu'on a eues jusqu'à ce jour sont toutes des ouvrages volumineux,
rares , chers, et , qui pis est , composés par des personnes qui ne
savaient pas la langue. C'est là sans doute une des causes qui ont
le plus nui parmi nous aux progrès de ce genre de littérature. On
peut espérer que l'ouvrage annoncé par M. Abel-Rémusat , et qui
doit paraître à la fin du mois , remplira cette lacune. Ce sont des
Elémens de grammaire chinoise , en un vol. in-8", qui n'aura pas
3oo pages , et où les principes généraux de la langue littérale et
de la langue vulgaire seront exposés de manière à ouvrir aux étudians
un accès facile aux monumens littéraires de la Chine, de quelque genre
et de quelque tems qu'ils soient.L'intention de l'auteur est que ce livra
soit vendu à très-bon marché, pour qu'il puisse être répandu, non parmi
les personnes qui amassent des livres , mais parmi celles qui en font
usage. S'il tient parole , et que son Rudiment chinois contienne ,
comme il l'assure, dans un si petit espace, tout ce qui est néces-
saire pour l'intelligence des livres chinois, les auditeurs qui suivent
ses leçons au collège de France auront désormais toutes les facilités
qu'ils pouvaient désirer; et leur nombre ne peut manquer de s'ac-
croître, quand ils auront les moyens de se convaincre par eux-mêmes
que l'étude à laquelle on les appelle n'est ni si longue, nisi épineuse ,
qu'un vain préjugé et le vice des ouvrages élémentaires l'avaient fait
croire jusqu'à présent.
Traduction des poésies diverses de Schiller. {Voy.T. XII, p. 236.)
— Extrait d'une lettre au directeur de la Rep, Encjc. — «Monsieur,
l'idée de traduire Schiller devait se présenter à plusieurs personnes,
locus est et pluribus umbris. (Hor.) Cette concurence doit tourner
à l'avantage du public. Ma traduction commencée , il y a quatre
mois, différera nécessairement des autres.
« 1° Je ne publierai qu'w^i Choix des poésies lyriques de Schiller-^
2"> ce terrain est, pour ainsi dire , le mien; 3" je me suis fait un
système particulier de traduction, dont je développerai les motifs
dans ma préface , système neuf et convenable à un poète; 4** j^
suis parfaitement secondé dans ce travail par un élève très-dis-
tingué des universités de Wûtzburg et Erlangen. » Chaussabd»
Obseevation. Les articles nécrologiques sont ajournés, faute de
place, au prochain cahier.
TABLE DES ARTICLES
CONTENUS
DANS LE TRENTE-CINQUIÈME CAHIER,
NOVEMBRE 1821.
I. MEMOIRES, NOTICES ET MELANGES.
1 . Notice sur les travau^t botaniques de M. Perrottet , at-
taché à l'expédition du capitaine Philibert au Indes.
B. pag. 241
a. — sur les progrès de l'instruction aux États-Unis. B. 249
IL ANALYSES D'OUVRAGES.
3. Voyage dans TAmérique Espagnole , par MM. de Hum-
boldt et Bonpland. C. Coquerel. 272
4. Voyage aux Alpes maritimes, par M. Fodéré. Depping. 295
5. Journal des opérations de l'armée de Catalogne. Ferry. 296
6. Les Fastes Universels , par M. Buret de Lonchamps.
Amaury Duval. 5i5
7. L'Italie, par lady Morgan. ^alfi. 536
8. Annuaire JN^écrologique, par M. Mahul. M. A. Jullien. o\ô
9. Des troubadours et des cours d'amour. Artaud, 554
ïo. Description de l'Egypte. /. Agoub. 56o
m. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Annonces de 77 ouvrages , français et étrangers. 074
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.
Amérique. — États-Unis. — Ville du détroit. 4^1
Asie. — Calcutta. — Canton. 4^3
Afrique. — Nubie. 4^4
Europe. — Iles-Britanniques. — Russie. — Allemagne.— Suisse.
— Italie. — Grèce. — Espagne. — Royaume des Pays-Bas.—
France.— Paris. 4^7
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE ,
OU
ANALYSES ET ANNONCES RAISONNÉES
Des productions les plus remarquables dans la
Littérature y les Sciences et les Arts»
I. MÉMOIRES, NOTICES,
LETTRES ET MÉLANGES;
Lettre de M. le Comte de LacépI^pe , au sujet de la
nouvelle édition des Œuvres de Buffon (i) , à
M* M. A. JuxLiEN , de Paris , fondateur -directeur
dô la Revue Encyclopédique.
MoNsiEUB, j'ai l'honneur de répondre ai|x questions que
vous m'a,vez adressées au. sujet des dei^ nouvelles édi-
tions de ^z/^71 5 auxquelles, on. a mis n)ion nom, et que
le public doit à M. Rapet, libraire de, cette capitale.
(i) Œuvres complètes de Buffon, mises en ordie par,M. de Lacé-
pède; seconde édition. Paris, 1819, 1820, 1821 1 24 vol. in-S^.Rapet^
libraire, rue Saint-André-des-Arcs, n» ^\, Prix, lofr. le vol, — Voyez
ci-dessus, B.ëv. EncycL , T, IX, p. 563.
ÏOME xn. 36'= Cahier.-^Décembre 1821. SI
Â82 LETTRE DE M. DE LACÉPÈDE,
Ces deux éditions ne diffèrent entre elles que par le
format, les caractères et le nombre des volumes. Le texte
5St entièrement semblable dans l'une et dans l'autre.
Elles sont également soignées, et font, toutes les deux,
beaucoup d'honneur aux soins attentifs et au zèle éclairé
de M. Rapet. Je puis donc ne yous parler de ces deux en-
treprises, imaginées par l'éditeur pour satisfaire les divers
goûts du public, et pour donner plus de facilité d'acquérir
les œuvres d'un grand homme , que comme d'un seul
ouvrage.
Cette collection des (Euvres de Buffon est exactement
conforme à l'édition originale, revue dans le tems par l'il-
Instre auteur de l'histoire naturelle. On ne peut se pro-
curer maintenant qu'avec beaucoup de peine cette pre-
mière édition , quelque grand que soit le nombre des
exemplaires qu'on en ait tirés, pour satisfaire la juste curio-
sité de l'Europe; et cette difficulté, si nuisible à la science
et à la littérature française , a été un des motifs qui ont
déterminé l'entreprise de l'éditeur.
Une seule différence existe entre cette édition originale
et celle qui vient de paraître, et pour laquelle M. Rapet
reçoit, chaque jour, de si grands encouragemens du public.
Cette différence estcelle que Buflbn aurait prescrite lui-même
s'il avait donné une nouvelle édition de ses ouvrages ;
et il me l'avait indiquée, en prévoyant que peut-être un
jour on m'engagerait à aider, de quelques conseils, de
nouveaux éditeurs de VHistcire naturelle. Cette différence
ne consiste que dans la manière de rapprocher les articles
supplémentaires, publiés à diverses époques, des articles
principaux auxqaels ils se rapportent.
C'est donc l'ouvrage de Buffon dans son intégrité, et
pans aucune altération, que M. Rapet donne au public.
Le monument impérissable , élevé par Buffon , paraît dans
SUR LA NOUVELLE EDITION DE BUFFON. A83
toute son étendue, dans toutes ses proportions, dans tout
son ensemble. Le tems fera connaître les parties de cet
immense monument qui n'ont eu que des erreurs pour
base , qui s'écrouleront , qu'il faudra remplacer , et sur
lesquelles je reyiendrai dans mes Ages de la nature. Mais
l'éditeur a cru devoir présenter ce grand ouvrage du génie,
tel qu'il a été l'objet de l'admiration publique.
Et cependant, comme un homme tel que Bufibn de-
vait imprimer un mouvement prodigieux à l'esprit hu-
main , et qu'un grand nombre d'autres causes puissantes
se sont réunies à cette impulsion irrésistible, pour accé-
lérer les progrès des sciences naturelles, j'ai tâché, dans
une notice, de donner une idée de ces progrès si rapides,
et d'indiquer les développemens présentés, depuis la mort
de Buffon, par les différentes branches de l'histoire natu-
relle , qu'il avait particulièrement cultivées.
II a dit, dans son éloge de La Condamine: La mort
met cent ans de distance entre un moment et un autre.
Une grande et longue révolution multiplie cette distance.
Deux mille ans se sont, en quelque sorte, écoulés depuis
la mort de Buffon ; sa place est fixée entre Aristote et
Pline , au milieu des hommes de génie qui ont honoré
l'espèce humaine.
C'est un beau spectacle pour celui qui lit attentivement
ses ouvrages, que la progression de ses idées, le déve-
loppement de ses plans, l'agrandissement de ses vues,
la création successive des diverses parties du vaste en-
semble qu'il n'a terminé qu'après cinquante ans de tra-
vaux.
Lorsqu'il a commencé , par exemple , à s'occuper de
la théorie de la terre , avec quelle circonspection il s*est
avancé ! avec quelle attention il a examiné les faits qu'il
avait observés en Italie, et dans plusieurs autres contrées,
31*
A8A LETTRE DE M. DE LACÉPEDE,
et ceux qu'il recueillait dans sa correspondance avec les
voyageurs les plus instruits et les autres personnes les
plus éclairées de l'Europe! avec quel soin il a rejeté ou
modifié les résultats de ses premières méditations, lors-
qu'il les a vus peu d'accord avec des observations plus
récentes , et qui lui paraissaient mériter davantage sa con-
fiance.
A mesure qu'il a réuni, vérifié et comparé plus de faits,
il a étendu ses idées; il est arrivé à de plus grandes hau-
teurs; il a saisi des points de vue plus vastes; il s'est élevé
au-dessus du globe de la terre; et, portant ses regards
jusqu'aux extrémités du système solaire , il a embrassé
dans ses conceptions les corps célestes qui circulent autour
du soleil.
C'est par l'analyse qu'il est parvenu, pour ainsi dire,
au centre de cette immensité, et qu'il a cherché à dévoiler
l'origine des planètes, et particulièrement celle de notre
globe. Lorsqu'il a voulu ensuite montrer la succession des
grandes opérations de la nature, telles qu'elles s'étaient
présentées à lui , dans ses sublimes contemplations , il a
employé la synthèse comme plus propre à faire voir cet
admirable enchaînement de phénomènes ; il a exposé les
résultats de ses travaux dans une suite de tableaux magni-
fiques ; il a peint la nature dans toute sa majesté, dans
toute sa grandeur, dans toute sa puissance; et il a gravé
les époques de cette nature merveilleuse sur des tables
inaltérables, le seul de ses ouvrages où il faille chercher
les idées qu'il avait définitivement adoptées.
Cependant les observations géologiques étaient encore
trop imparfaites et trop peu nombreuses, pour que, chaque
jour, de nouvelles lumières ne vinssent pas éclairer la route
du tems, et montrer, sur cette route séculaire, plusieurs
événemcns différens de ceux que Buffon a racontés. Mais
SUR LA NOUVELLE ÉDITION DE BUFFON. Â85
le monument qu'il a construit subsistera, maljjré ses
imperfections , comme tous les ouvrages du génie. Ce
grand modèle montrera aux siècles à venir ce que peut
l'esprit humain , pour remonter, des faits particuliers,
aux résultats les plus généraux, et ce que peut l'imagi-
nation, celte faculté magique des talens privilégiés, pour
donner à tous les objets la couleur, le mouvement et la
vie.
Il sera un témoignage perpétuel de l'influence exercée
par l'homme qui a présenté ses pensées avec tant d'ordre,
de clarté, de noblesse et de force, dont la voix éloquente a
élé si facilement entendue, et qui y dévoilant avec tant
d'habileté les rapports des êtres produits par la puissance
créatrice, a fait naître un enthousiasme si général, et en-
traîné les esprits vers la recherche des ouvrages de la
nature, l'étude de ses phénomènes, et la découverte de
ses lois, bases éternelles de la morale, du bonheur et de la
civilisation.
Pendant que Bufifon élevait sa grande et indestructible
pyramide, on aurait dit qu'il se délassait de ce travail
herculéen, en examinant les plus beaux des êtres vivans
répandus sur la surface de la terre, en écrivant cette his-
toire de l'homme , qui seule l'aurait immortalisé ; en ras-
semblant autour de lui les quadrupèdes et les oiseaux, en
les réunissant en familles naturelles, en peignant avec
des couleurs si fidèles, et par conséquent si variées, leurs
traits, leur physionomie, leurs formes, leurs affections,
leurs besoins, leurs attributs, leur industrie et leur puis-
sance.
Sa vie a été longue : eïle a dépassé quatre-vingts ans.
Il n'a perdu , en quelque sorte, aucun instant de ses nom-
breuses années; mais la nature est infinie.
En commençant d'écrire Vhislo^e naturelle ^ vers le
use INSTITUTIONS DE BIENFAISANCE
milieu du dernier siècle, il avait vu que les histoires des
mollusques, des insectes, des crustacées, des vers el des
végétaux, devraient être traitées d'une manière différente
de celle qu'il venait de préférer pour l'homme, les quadru-
pèdes et les oiseaux. Ittais il avait espéré pouvoir s'occuper,
avant la fin de ses jours, des cétacées, des quadrupèdes
ovipares, des serpens et des poissons. Les douleurs vives
d'une maladie dangereuse l'avertirent, peu de tems après
la publication des époques de la nature, qu'il était près
de la fin de sa glorieuse carrière. Il renonça à la seconde
entreprise qu'il avait projetée; il chargea son fils adoptif
du dangereux honneur de l'exécuter. L'éditeur des deux
nouvelles éditions, au sujet desquelles vous m'avez fait
l'honneur de m'écrire, a cru devoir publier mon travail à
la suite de celui de Buffon. Je ne puis, à cet égard, monsieur,
que vous exprimer le désir de mériter l'indulgence du
public.
J'ai l'honneur d'être, etc. etc.
B. G. É. L. Comte de Lacépede.
'VW« iWW'Vt/'V'X W%'«
Coup doeil historique sur les pauvres , les prisons, les
institutions de bienfaisance et les hôpitaux en Alle-
magne , par M * Friedlander , D. M. (i).
PRESQUEtoutesles institutions créées en faveurdespaurres
cachent leur berceau dans une époque très -reculée, et
(i j M. Le baron Delessert m'avait engagé à lui procurer pour sa
bibliothèque les principaux ouvrages qui ont été publiés en Alle-
magne, sur les prisons et les institutions des pauvres. Connaissant,
comme tout le monde, le noble usage qu'il doit faire de cette collec-
tion, je me suis empressé de m'instruire de ce qui existe sur cet objet,
et c'est ce qui a donné naissance au mémoire qu'on va lire.
I
I
EN ALLEMAGNE. A87
elles ne commencent à offrir de l'intérêt pour l'histoire
que lorsque leur importance se fait remarquer plus gé-
néralement. Je ne m'arrêterai donc pas long-tems à exami-
ner l'origine des établissemens de bienfaisance; on a fait
î\ cet égard, en Allemagne, des recherches analogues i\ celles
qu'on a faites en France. En ceci , comme en toute autre
chose, les nations se disputent souvent la priorité. Toute-
fois, l'historique des progrès de toutes les institutions, tant
civiles que religieuses, en faveur des pauvres , ne laisse pas
d'offrir assez d'intérêt à la curiosité.
En Allemagne , comme dans les autres pays civilisés de
l'Europe, il faut distinguer l'état originaire, où tout se
gouverne par la coutume ou le despotisme, l'époque de
l'introduction du christianisme, celle du protestantisme ,
et le tems moderne, où la société commence à réformer
ses codes, d'après les besoins actuels et à établir son
administration sur les principes de l'économie politique,
ou, si Ton veut, d'une monarchie constitutionnelle.
Dans r origine, le maître pouvait facilement se débarrasser
de celui qui le gênait, à moins qu'il ne fût ému, par un
sentiment d'attachement et de pitié inhérent à la nature
humaine ; le moyen le plus simple était de le chasser. On
n'éprouve pas généralement beaucoup de sympathie, lors-
qu'on n'est pas soi-même trop à son aise; et, encore aujour-
d'hui, ce n'est pas la classe la plus souffrante qui est la
plus compatissante. C'est seulement lorsque la société com-
mence à avoir de Faisance que naissent aussi les institu-
tions pour ceux qui n'en ont pas ; elles rendent en même
tems nécessaires les mesures de police.
Lors de l'introduction du christianisme , les chrétiens
devaient, dans les pays peu civilisés du nord, se trouver
obligés de demander des secours à ceux qui les environ-
naient. L'église , dans chaque nation , encouragea pieu à
A88 INSTITUTIONS DE BIENFAISANCE
peu l'aumône; et ce qu'on ne voulait pas faire pour l'amour
de son semblable , on devait le faire pour l'amour de Dieu
et pour obtenir une récompense dans l'autre monde. Les
personnes charitables ne pensaientplus, après avoir rempli
ce saint devoir, à la manière dont l'aumône était em-
ployée; il en résultait que ceux qui prêchaient la bien-
faisance devenaient eux-mêmes les mendians, et consom-
maient la plus grande partie des revenus. On sait que, dès
le V® siècle de l'ère chrétienne ^ on eut à se plaindre de
l'infidélité des ecclésiastiques d'une classe inférieure, qui
administraient les legs et autres biens des pauvres. L'éta-
blissement des cardinaux diacres par les papes n'arrêta
pas long-tems les abus, et la Clémentine du concile de
Vienne, en i3ii, où l'on ôta l'administration des biens
des pauvres aux ecclésiastiques, n'eut que très-tard, et
notamment du tems du concile de Trente , en i547, quel-
que influence sur les institutions del'AUemagne. On trouve
le commencement de cette influence dans la formule de
la réformation de Charles-Quint, donnée à Augsbourg en
i548, où il ordonne de rétablir les hôpitaux tombés en
ruine et de restituer un quart des revenus des églises
et des couvens aux pauvres, auxquels ils appartenaient
originairement. Quoique le clergé ait encore long-tems
conservé la haute direction qui lui était attribuée, il ne
mit pUis le même empressement à la garder, et la distri-
bution des revenus tomba entièrement entre les mains
des laïques; lesquels, sans y procéder avec beaucoup
de méthode, ne les laissaient pas du moins détourner de
leur destination première. Il est curieux d'apprendre qu'on
exclut de cette direction les nobles et les militaires, par
la raison spécieuse qu'on devait éviter les occasions de leur
faire des réprimandes.
Dans la partie méridionale de l'AUemagnc, qui est la
EN ALLEMAGNE. A89
plus fertile et la plus riche , il y avait beaucoup de cou-
vens. Après les croisades, il s'établit aussi, comme on
sait, beaucoup de nouveaux ordres hospitaliers. Les frères
de la Miséricor-de, venus de l'Espagne, et les hospitalières
de Sainte- Elisabeth, ùWe d'André II, roi de Hongrie,
sont les congrégations qui se multiplièrent le plus dans
l'Autriche, la Bavière, et les autres parties du sud de l'Alle-
magne. Il s'en est conservé jusqu'à ce jour , quoique leur
influence ait diminué, depuis l'établissement des insti-
tutions nouvelles, en partie mieux adaptées au tems ac-
tuej. .
Le 7îord de l'Allemagne, moins favorisé par son climat,
doit la fondation de ces établissemens aux chevaliers Teu-
toniques qui se trouvaient dans la nécessité de bâtir des
hospices et des léproseries, pour suppléer au peu de res-
sources du paj^s. Le comte Albert , qui avait fait avec
l'évêque de Halberstadt le voyage de la Palestine, en fonda
à Kœnigsberg et à Francfort-sur-l'Oder. Lorsque la popu-
lation augmenta peu à peu, on vit aussi des princes créer des
établissemens d'instruction et de piété , et des particuliers
faire des legs dans les villes. Le tems de la réformation
donna un nouvel essor à la bienfaisance. Mais ces legs^
bornés par leur nature, étaient encore gênés par les con-
ditions particulières qu'imposait chaque donateur; et,
comme il y avait presque autant de directions particu-
ières que de legs, il en résultait beaucoup de frais d'ad-
ministration et peu de régularité dans la distribution. Déjà,
vers la fin du xvii® siècle , les gouvernemens cherchaient
en vain à réunir ces différens legs (i) ; le respect pour
a volonté des testateurs, et plus encore les intérêts îndi-
(i) Dès Tannée 1687, Frédéric-Guillaume I*' créa une magistra-
ture spéciale pour l'administration des biens des pauvres.
A90 INSTITUTIONS DE BIENFAISANCE
vidiiels y mettaient des obstacles insurmontables. Il exis-
tait toujours une certaine jalousie ombrageuse, qui tou-
lait empêcher le gouvernement d'enyahir les droits des
particuliers. Ainsi, par exemple, Frédéric -le -Grand,
voulant faire entrer l'enfant d'un invalide dans un hospice
d'orphelins de Magdebourg, le magistrat s'y opposa, parce
que cet enfant était contrefait, et que l'hospice était des-
tiné aux enfans sains. Le roi donna des éloges à cette
résistance, et bientôt après consacra une somme assez
considérable à la construction d'un autre hospice. Ce n'est
que plus tard et vers le milieu du siècle passé , qu'on a ob-
tenu quelque amélioration par la réunion de plusieurs ins-
titutions sous une direction générale. A la même époque ,
furent établies des institutions nouvelles qui ont,en général,
répandu plus de lumières sur l'état des pauvres et sur la
manière de pourvoir à leurs besoins.
La Hollande et V Angleterre paraissent avoir devancé
à cet égard le reste de l'Europe; le système de l'industrie,
qui s'est surtout développé dans ces contrées, en augmen-
tant la population, a aussi augmenté le nombre des pauvres,
et en même tems les moyens de les soulager. L'étude de
l'économie politique et le développement des principes
de liberté et de constitution n'ont pas peu contribué aux
améliorations. C'est de la Suisse que paraît être venue
la première impulsion donnée à l'Allemagne. La Société
économique de Berne publia, dans ses mémoires de 1762,
un exposé des moyens pris à Yverdun , pour arrêter la
mendicité dans la ville et les bailliages. M. le pasteur Re-
sewitz, qui était alors à Copenhague, attira l'atlention
sur cet objet, par la publication d'un petit ouvrage qui
parut en 1769. Il avait élé frappç de la manière dont
les réfutés français administraient les secours des pau-
vres et empêchaient la mendicité. Ces réfugiés, qui appor-
I
EN ALLEMAGNE. A91
taient avec euxles arts et l'industriejConnaissnient très-bien
aussi le moyen de se garantir de la misère. Un sort pareil
réveilla de bonne heure en eux l'esprit d'association, et
cet esprit amena naturellement des principes d'adminis-
tration plus généraux et des secours réciproques. M. Re-
sewitz sentit dès-lors que les villes libres et anséatiques,
dont les magistrats, choisis parmi les citoyens, appor-
taient, dans l'exercice de leur puissance, plus d'esprit
public et des sentimens plus paternels, pouvaient aussi,
mieux que d'autres, imiter des institutions pareilles. Leurs
rapports continuels avec la Hollande et l'Angleterre les
mettaient à portée de suivre les premiers le développe-
ment de ces pays, et ce fut souvent la ville de Hambourg
qui donna, dans les tems modernes, des leçons aux plus
grands états , comme avait déjà fait la ville libre à^Augs-
hcmrg, si florissante du tems de Charles-Quint, par le
commerce qu'elle entretenait avec les villes municipales de
la haute Italie.
Depuis le milieu du siècle passé, toutes les classes d'habi-
tans, jouissant d'une éducation soignée, ont plus ou moins
contribué à propager les principes d'administration des
pauvres. Les ecclésiastiques, les jurisconsultes, les méde-
cins, les hommes même que leur profession n'appelait pas
à s'occuper de cette importante matière, mais qui s'y trou-
vaient portés par un sentiment de philantropie , y ont tra-
vaillé dans différentes directions.
Les questions sur l'état des pauvres sont, au reste, de-
venues plus compliquées, à mesure qu'on s'est avancé dans
leur examen, et il y a peu de connaissances humaines qui
ne puissent contribuer à les résoudre. Nous allons voir ce
que chacune des classes les plus instruites de la âociélé
a pu faire pour le soulagement de l'humanité.
A92 INSTITUTIONS DE BIENFAISANCE
La principale question était sans doute de trouver les
causes de la pauvreté.
L'irréligion ou l'absence de tout dogme religieux, dans
les classes inférieures, devait naturellement être regardé
comme la première cause de cette dissolution de mœurs
qui amène la pauvreté. Des ecclésiastiques respectables
se sont de tout tems voués à propager l'instruction religieuse,
et l'église l'accompagne d'abondantes aumônes. Mais les au-
mônes ne faisaient qu'augmenter le nombre des mendians ,.
et la religion qui rappelle l'homme à la contemplation de
l'Être suprême, et qui lui donne la force et l'espérance dans
les momens de malheur, ne peut lui procurer l'intelli-
gence et l'adresse nécessaires pour se fournir des moyens
d'existence. Les principes de la morale la plus pure qui
fixe plus particulièrement les rapports de l'homme avec
ses semblables , n'offrent également que dés ressources
impuissantes, à moins qu'on n'apprenne à exercer un
travail utile à soi-même et à la société. V éducation cipile y
réunie à une éducation morale et religieuse, doit, par
conséquent , être considérée comme le premier moyen de
remédier à la pauvreté.
Aussitôt après la suppression des écoles des jésuites, on
sentit, en Bohême^ la nécessité d'établir des écoles pri-
maires dans les petites villes pour l'éducation des classes in-
férieures, et de les rendre plus propres que les écoles déjà
existantes à l'instruction des individus destinés aux profes-
sions industrielles. Je ne sais pas de quelle époque datent
les écoles du dimanche. C'est l'abbé Felbiger qui commença,
si je ne me trompe, sous Joseph II, à établir des écoles nor-
males de ce genre. Un respectable ecclésiastique, nommé
Kindermann^ en forma dans son village, dès l'année 1773 ;
il eut l'idée d'introduire dans ces écoles ( probablement
EN ALLEMAGNE. A9S
d'après la connaissance qu'il avait des besoins et des vœux
de son pays ) un exercice plus réglé du chant de l'église
et une pratique plus soignée de la calligraphie. C'est ainsi
qu'il attira les paysans et qu'il créa peu à peu des écoles,
appelées écoles d^industrie , pour les personnes qui se
vouaient à un métier. M. le comte de Bouquoi favorisa
ces institutions dans ses terres; son exemple trouva des
imitateurs, et Marie-Thérèse récompensa M. Kindermann,
en l'anoblissant et en ajoutant à son nom le titre de
Schulstein (pierre fondamentale des écoles) ; elle imposa
même, en faveur de ces sortes d'établissemens primaires,
une modique rétribution sur toute succession qui excé-
dait la somme de 3oo fl. Au moment de l'établissement
de ces écoles^ sur 200,000 enfans susceptibles de recevoir
de l'éducation, il n'y en avait que i4,ooo qui en reçus-
sent effectivement; en 1789, on en comptait déjà 168,767
sur a5o,ooo, et j'aime à croire que c'est à ces institutions
précieuses qu'est due la supériorité morale de cette pro-
vince d'Autriche sur beaucoup d'autres, supériorité cons-
tatée par un tableau statistique contenant le relevé des
crimes commis dans les diverses parties de ce vaste em-
pire. De pareilles écoles ont cependant été établies , avec
plus ou moins de zèle, dans les autres provinces. A des
époques plus récentes , le gouvernement d'Autriche a
aussi créé des chaires de pédagogie dans diverses uni-
versités, et dans les séminaires des évêques, pour former
des institutions, et pour répandre les progrès que font les
diverses méthodes d'enseignement, afin d'éviter le re-
proche qu'on adresse aux institutions de ce pays de rester
stationnaires.
Des écoles primaires d'industrie, semblables à celles
que je viens de citer, furent établies, en 1784, par le
A9A INSmUTÏONS DE BIENFAISANCE
professeur Sextroh^ et surtout par M. JVagemann jpasteur
à Gottingue, et se répandirent bientôt dans les autres
petites villes et les villages du nord de l'Allemagne. Il
est à remarquer qu'on avait dès-lors introduit dans cet
établissement une véritable méthode d'enseignement mu-
tuel. Le respectable pasteur commença d'abord à former,,
parmi les sujets qui entraient dans son école d'industrie ,
cinq enfans, auxquels il en ajouta peu à peu d'autres, à
mesure que les premiers choisis étaient capables de deve-
nir maîtres eux-mêmes.
Le pays d'Hanovre, Mayence, Munster, Fuld et Salz-
bourg suivirent bientôt cet exemple ; et c'est le prince
évéque de JVurzhourg et de Bamberg, François Ludwig,
qui se distingua surtout par un zèle aussi éclairé que par
un système de tolérance très-remarquable. Tout ce qui
pouvait contribuer à l'amélioration de l'éducation et de la
situation des pauvres dans ses états , fut institué d'après
les principes les plus sages et les plus élevés. Il proposa,
en 17895 un prix sur celte question : « Quels sont les
devoirs des ecclésiastiques par rapport à leurs paroissiens
en général, et par rapport aux pauvres en particulier? »
Quarante-six réponses d'ecclésiastiques, arrivées de di-
verses contrées, montrent assez l'empressement qu'on avait
de concourir. Deux mémoires furent couronnés. Le même
prince fonda un autre prix sur les moyens d'établir l'ad-
ministration des pauvres , dans le duché de Bamberg, et
il se réserva en outre la faculté de donner, dans le pays,
des encouragemens aux personnes qui, sans avoir le talent
nécessaire pour concourir, auraient le plus contribué au
bien de leurs communes. Le résultat de cette excellente
administration était qu'on avait compté, depuis 17^)9 à
1778, 1^523 criminels, et qu'on n'en comptait, depuis
EN ALLEMAGNE. A95
1789 A 179^5 que 705. On trouvera de plus amples ren-
scignemens dans le magasin de M. Wagemann , qui est
particulièrement, consacré à ces sortes de matières.
Ailleurs, des philantropes éclairés provoquèrent et se-
condèrent aussi de tous leurs efforts tout ce qui pouvait
contribuer à l'éducation des pauvres, et la Prusse cite
honorablement M. de Rochow, qui établit de bonne heure
des écoles , mieux organisées pour les pauvres de son
village, exemple qui s'est propagé, non seulement dans
divers domaines particuliers , mais encore dans tous les
endroits où il y avait des soldats en garnison ; cet établis-
sement d'écoles pour les enfans de soldats date , en Prusse,
de l'année 1692.
La pauvreté et la inendicité ont de tout tems appelé l'at-
tention; mais cette matière n'a jamais été examinée avec plus
d'impartialité et d'humanité que depuis l'époque indiquée
dans ce mémoire. On ne s'est pas seulementoccupé de l'é-
ducation proprement dite; la Société de la propagation des
arts et métiers utiles , à Hambourg, a excité l'attention sur
tout ce qui concerne l'accroissement de V industrie et les en-
traves qu'elle éprouvait. On a ensuite examiné les moyens
employés pour remédier à la misère, et l'on a vu l'ineffica-
cité de l'aumône mal recueillie et mal distribuée ; on a cher-
ché quels sont les devoirs de l'état envers les pauvres, et d'in-
nombrables projets ont été présentés à cet égard ; on a enfin
distingué les moyens convenables aux grandes ou aux petites
villes. MM. Busch, Reimarus, Gunthur et Voght à Ham-
bourg, M. le comte de ïiumfGrd^ en Bavière, et beaucoup
d'autres ont traité les diverses questions dont se compo-
sent ces matières, et les travaux de ces deux derniers
ne sont pas restés inconnus en France (1).
(1) Voyez les CEuvres de M. de Rumibrd, et la collection des
Mémoires publiés sous le ministère de M. François de Neufchâteau.
À96 INSTITUTIONS DE BIENFAISANCE
Les moyens àe prévenir la pauvreté ont dû être le pre-
mier objet (les recherches. Depuis les travaux mathéma-
tiques d'Euler, les caisses de veuves et celles d* assurance
se sont prodigieusement multipliées dans le nord de
l'Allemagne. Les ouvrages de Rriitter et de Tetens pa-
raissent avoir beaucoup contribué à leur propagation ; plus
tard, ces caisses ont été souvent attaquées et défendues.
Leur solidité dépend, non seulement de la connaissance
exacte des lois de mortalité en général, mais aussi de la
loi de mortalité, particulière à chacune des classes et à
chacun des divers états qui y prennent le plus de part.
Les caisses, qui ont beaucoup souffert dans les dernières
guerres, où rien n'a été respecté, paraissent reprendre
faveur; les pasteurs de Berlin avaient déjà une caisse de
veuves, en i635. Les revenus de la loterie de celte ville
appartiennent à la caisse des veuves des militaires. Les
professeurs de Gottingue établirent une caisse de veuves
pour leurs femmes, dès i743; d'autres caisses ont été
fondées pour venir au secours de la classe laborieuse, par
des prêts d'argent sans intérêt, dans les momens de dé-
tresse. Dans toutes les villes un peu considérables de l'Alle-
magne, il y a des caisses d'épargnes pour les domestiqués
et les ouvriers. On distribue, à Vienne, des prix de vertu
aux premiers, lorsqu'ils se sont distingués par de longs
services et par leur fidélité. Ces fonds des pauvres sont
ordinairement administrés par les rnagistrats les plus con-
sidérés, et la manière dont on régit les biens des mineurs
mérite d'être offerte pour exemple. On trouve , daas la
Une manière de recueillir l'aumône, employée à Munich, mérit
peut-être d'être citée ; il passe, tous les jours, dans les rues, des voi
turcs propres ù ramasser dans les maisons les restes de pain , d'os et
de viande, pour les distribuer dans les familles pauvres.
EN ALLEMAGNE. A97
collcclion déjà citée de M. François de Nenfchracau, la
description d'une caisse semblable établie à Berlin. Le
mont-de-piété a été fondé dans cette ville par une famille
de réfugiés français, en 1692.
En passant en revue les divers établissemens philantro-
piques, on rencontre les maisons des Enfans trouvés,
celles des orphelins et celles de travail; on trouve, dans la
même collection de M. François de Neufchâteau, la tra-
duction de l'article, Enfans troupes _, tiré de l'Encyclo-
pédie allemande de M. Rrunitz; ce morceau contient
des détails inîéressans.La Société d'industrie d'Hambourg
avait posé cette question : « Si l'éducation des enfans, dans
la maison des orphelins, était préférable à leur placement
dans des pensionnats. » Le prix fut adjugé à celui qui
décida en faveur de ces derniers. Plusieurs villes de l'Alle-
magne ont cependant des maisons d'Enfans trouvés,comme
Cassel, Nuremberg, Hambourg et Vienne. On a com-
mencé à suivre , dans ce dernier établissement, l'exemple
de Paris, et l'on y obtient quelque diminution de morta-
lité. En Prusse, on ne paraît. guère favorable ù ces insti-
tutions; les lois de ce pays exigent qu'une mère pauvre
nourrisse elle-même son enfant; et s'il y a impossibilité
absolue, et que la mère soit incapable de payer les mois
de nourrice, on donne un tuteur à l'enfant, et la caisse
des pauvres se charge de son entrelien. Les lois sont
d'ailleurs sévères contre celui qui est réputé le père de
l'enfant, et le condamnent à fournir une pension alimen-
taire.
Quant aux maisons des orphelins , destinées aux enfans
un peu plus avancés en âge, il en existe à Augsbourg, de-
puis le xvi*" siècle. Un homme remarquable par sa bien-
faisance , M. Jean Falk , à Weimar, qui avait perdu ses
quatre enfans par suite des dernières guerres;, s'est voué,
Tome xii. 32
A^8 INSÏITUTION^S DE BIENFAISANCE
depuis 181 S, ù la recherche des enfans des soldats qui
ont succombé pour la défense de leur patrie, et il leur
a fait apprendre divers métiers; ses efforts ont eu un
succès prodigieux. Plus de cinq cents sont déjà sortis
de ses écoles , et il se propose de les employer à la cons-
truction d'une petite chapelle , pour laquelle on recueille
à présent des contributions volontaires. La collection de
M. François de Neufchâteau renferme une notice sur la
maison des orphelins fondée par Franck et sur la vie de
son fondateur. Cette maison a été établie dans un tems
où les idées de dévotion étaient regardées comme le prin-
cipe fondamental de l'éducation; on sait de quelle utilité
a été cette maison pour former des ecclésiastiques et des
instituteurs. Les établissemens plus modernes ont été
conçus plus spécialement dans les vues de favoriser les mé-
tiers et l'industrie; on s'y occupe moins de l'enseignement
de la langue latine. Il existe cependant une immense quan-
tité de bourses pour ceux qui se livrent à de hautes études.
Les maisons de travail t^out les travailleurs volontaires
furent d'abord, presque partout, unies à celles où l'on
plaçait les personnes auxquelles le travail était imposé
comme punition; et l'une des plus grandes améliorations
qu'on y ait faites depuis^ est d'avoir établi une distinction
marquée entre ces deux classes. Le travail donné aux pau-
vres en a constamment diminué le nombre. On comptait ,
à Hambourg, en 1788, 9,757 pauvres sur une population
de i3o,oooames ; en 1798, on n'en comptait que 6,01 3. Oa
sent généralement la difficulté de choisir une occupation qui
soit à la portée de tout le monde, et qui ne nuise pas à l'indus-
trie des particuliers. On a essayé de donner au concours, à
des fabricans, l'entreprise de ces travaux faits en commun.
On doit aux malheurs même des dernières guerres l'établis-
sement d'un grand nombre de ces sortes d'institutions,
EN ALLEMAGNE. U9<3
et les associations des femmes de toutes les Classes n'ont
pas le moins contribué à les encourager.
Nous avons parlé des ecclésiastiques et des philantropes;
mais la pauvreté crée les niendians , la mendicité produit
le vagabondage , et le vagabondage fait naître le crime.
Les jurisconsultes n'ont donc pu rester étrangers à Tobjet
qui nous occupe. La Prusse a travaillé à sa jurisprudence,
depuis le milieu du siècle passé et depuis le code de
Frédéric-Ie-Grand. Il n'y a plus d'état d'Allemagne qui
n'ait approprié son code à l'état social actuel. Les re-
-cherches se sont multipliées à l'infini, et tous les ouvrages
^ur Vadm'nistration de la -police traitent aussi de la men-
/dicité. L'ouvrage de Beccaria sur les délits et les peines
avait fixé l'attention de toutes les classes. On a beaucoup
discuté sur le droit de vie et de mort, ainsi que sur les
punitions en général. Les codes criminels sont devenus
beaucoup plus humains, les chatimens mieux proportion-
nés, et la peine capitale beaucoup plus rare,; il en est
résulté que l'emprisonnement a dû être plus fréquent.
Les anciens employaient les criminels dans les mines, ou
\es déportaient. Dans les tems modernes, on les a anssi
déportés de la Prusse en Sibérie ; on les a employés plus
souvent dans \ts forteresses ^ ({m souvent servent encore
aujourd'hui de prisons. C'est plus tard qu'on a jugé que
les prisons ne devaient pas servir seulement pour la pu-
nition des crimes, mais aussi pour l'amélioration morale des
détenus. Une maison de réclusion particulière fut cons-
truite en Angleterre, dès lâSg; à Amsterdam, dès 1595 ;
l'Allemagne n'en a eu que depuis le xv!!** siècle; Ham-
bourg et Bremen en firent bâtir, en 1609 et en 1617 ; celles
de Halle et de Waldheim, en Saxe, datent de 1708 et
1716. Les ouvrages de l'immortel Howard ont prodigieuse-
«laent contribué à exciter le zèle pour ce genre de réforme;
32*
560 INSTITUTIONS DE BIENFAISANCE
on en a multiplié les traductions et les extraits. Les prisons
(le Philadelphie ont attiré toute l'attention des voyageurs.
Les ouvrages de l'estimable pasteur Wagnitz donnent
d'amples informations sur les prisons de l'Allemagne. Déjà,
en 1779, Joseph II ordonna d'examiner celles de l'Au-
triche; et Léopold, en 17965 encouragea encore davan-
tage cet examen. On trouve sur ce sujet des détails publiés
par M. Clausen, adjoint de la maison de correction de
Gluckstadt, qui fit un voyage, en 1803, pour s'instruire de
l'état des prisons. Vienne possède entre autres une maison
de réclusion et de correction, réservée pour les enfans de
bonnes familles, détenus sur la demande de leurs parens.
La plupart des prisons ne séparent pas même encore
les prévenus des criminels, et, dans quelques-unes seu-
lement, on a pu diviser les condamnés en deux classes.
L'Autriche possède, à ce que j'apprends, d'excellentes
maisons de correction. J'ai vu avec une grande satisfaction
les améliorations qu'on a commencé à introduire en Prusse,
et dont on trouve le rapport officiel, dans la gazette de
l'État, du 3o août 1821. La maison de force de Neugast
(cercle de Stettin) est placée dans une île qu'on a disposée
exprès pour en faire une prison; elle est sous la direction
d'un comité, composé d'un directeur, d'un ecclésiastique,
d'un commissaire de justice, d'un médecin et d'un (ré-
sorier ; la prison est sous l'inspection immédiate d'un ins-
pecteur, d'un économe et d'un vérificateur des comptes.
Elle est divisée en trois parties, ou plutôt en trois maisons
particulières : les première et deuxième divisions con-
tiennent ceux qui portent des chaînes; ils sont revêtus
d'habits, moitié gris et moitié jaunes; la troisième division
se compose des personnes non enchaînées : celles-ci n'ont
que des habits gris. Le régime est paternel; et la nourri-
ture consiste en soupe, pain, légumes et bière; ceux qui
EN ALLEMAGNE. 501
IravaillciU ont aussi un peu d'eau-de-vic. Les frais d'en-
tretien sont évalués et déduits de ce que chaque prison-
nier a gagné pour son travail; le surplus lui est réservé
pour le moment où il quitte la maison , ou bien est em-
ployé, si l'individu est prisonnier à vie, à lui procurer une
meilleure nourriture, lorsqu'il se comporte bien. Les tra-
vaux sont très-variés, selon la capacité des détenus. Une
partie d'entre eux a été employée pouracheverde construire
la prison; on leur fera ensuite cultiver des parties du terrain
alloué à l'établissement. Un prisonnier qui se conduit mal
est jugé par le comité , avant d'être puni : la punition
consiste en une détention plus sévère, en privation de
nourriture, ou de la paillasse qui sert de lit, et en sus-
pension du travail; cette dernière punition est regardée,
par les prisonniers même, comme la plus grande de toutes.
La soumission aux réglemens de la maison est récompen-
sée par un peu plus de liberté, quelques heures de relâche,
le dimanche, et l'admission du prisonnier dans une meil-
leure division et dans la société de ceux qui sont traités
avec plus de douceur. Il y a 3/ hommes et 8 femmes
dans la première division; 5i hommes et 45 femmes dans
la deuxième; 92 hommes dans la troisième; total '233.
Chaque prisonnier coûtait, la première année, trente-sept
écus de Prusse et un tiers (1 ). La dépense de la maison
entière était de 7,981 écus. La Prusse suivant les progrès
de la civilisation, on peut supposer que son établissement
est à peu près ce qu'il y a de mieux en Allemagne. Un
article de l'Encyclopédie de Krunitz et celle de Stiglitz
donnent des instructions sur les plans d'après lesquels on
devrait construire les prisons; je ne suis pas sûr qu'ils
soient au niveau de nos connaissances actuelles.
fi) L'écu de Prusse est environ la valeur de 5 fr. 60 c.
502 INSTITUTIONS DE BIENFAISANCE
Un point essentiel à. connaître est le besoin de chaque
pays, à chaque époque de sa civilisation; dans cette vue,
les auteurs de statistiques se sont également appliqués
au dénombrement des crimes et à celui des pauvres.
Ainsi, par exemple, l'on a trouvé qu'à Hambourg, en 1789,
le nombre des pauvres était d'un sur treize babitans; ù
Gottingue, et dans d'autres petites villes , d'un sur vingt-
deux : on a prétendu que Prague n'avait qu'un pauvre
sur soixante-deux babitans, ce qui ne paraît guère pro-
bable. Hambourg, qui contient à peu près 107,000 ba-
bitans, avait, en 1817, 2,722 pauvres inscrits sur ses re-
gistres; 2,000 enfans dans les écoles gratuites, et goo
orphelins. Vienne contenait, en 1801, ayant les réformes
introduites (lors du voyage de M. le baron de Voght ) ,
37,552 pauvres, sur une population qui n'était pas de
260,000 âmes ; la population actuelle est évaluée à
^210,198 babitans, et l'on compte 20,58i pauvres. Berlin,
où la population est évaluée à 1 88,485 habitais, compte
1 2,000 indigens à peu près. On distribua, en i8o5, des
secours de la caisse publique, qui existe, depuis i6g5, à
4,099 pauvres. Quant aux mendians vagabonds, formant
en partie des bandes de voleurs, on en suppose, dans
toute l'Allemague , jusqu'à 12,000, qui commettent à
peu près pc^r deux millions d'écus de vols. La mesure
prise par l'Autriche, en 1781, de les faire transporter au-
delà des frontières, imitée par d'autres étals, n^a fait qu'en
augmenter le nombre, et faciliter leurs communications
dans différens pays.
Sur 178 millions d'individus qui habitent l'Europe, on
compte, d'après un relevé sans »loule très -peu exact,
17 millions de mendians, et Ton prétend qu'il y en a :
EN ALLEMACNE. $i$
En Danemark , 5 sui loo.
En Hollande, i4 — loo.
En Angleterre, 16 ■ — 100.
Amsterdam en contient plus de 100,000 sur une popu-
lation de 217,000; Liverpool 27,000, sur une population
de 805000. Cologne en contenait 11,000, sur une popula-
tion de 53,000, par la manière dont les couvens distri-
buaient l'aumône.
Jusqu'ici, nous avons considéré l'éducation morale des
pauvres dans l'état de santé; nous parlerons à présent des
institutions pour les pauvres malades j des hôpitaux , et de
l'influence des médecins.
Les hôpitaux ont été originairement placés dans des
couvens, ou dans les établissemens des congrégations,
moitié militaires, des chevaliers hospitaliers. Les guerres
meurtrières des armées permanentes du xvii^ siècle ont
donné lieu à l'établissement des hôpitaux militaires et
des invalides. La maison des Invalides de Paris est
l'une des plus grandes ; il en existe une autre , bûlie
par Frédéric-Ie-Grand , près de Berlin, où on lit la fa-
meuse inscription : Lœso et inuicto militL On a com-^
mencé, dans ce même tems, à s'occuper davantage des
hôpitaux civils. Les nouveaux hôpitaux de Londres, de
Paris et de Copenhague peuvent avoir donné l'impulsion à
l'Allemagne. Le plus grand hôpital qu'on y ait construit
dans les tems modernes, est celui de Vienne. Joseph II j
ayant été, en 1779 ^' ^^ 17^3, à Paris, organisa, à son re-
tour, l'administration des pauvres. Ce fut M. le comte de
Bouquoi, dont nous avons déjà parlé, qui fut appelé pour cet
objet dans la capitale. On divisa alors les pauvres en quatre
classes , et on distribua les aumônes d'une caisse commune.
Je ne sais si c'est aussi M. de Bouquoi qui dirigea la cons-
ruction de l'hôpital général. On pensait alors qu'une po-"
60A INSÏITLTIONS Dii niElN FAISAIS CE
pulalion de deux cent mille habitans avait besoin de seize
cents lits pour les pauvres malades, et Ton en établit
deux mille dans l'hôpital. iS/c// supposait qu'il faut quatre
cents lits pour les fièvres , six cents pour les maladies chro-
niques, et le reste à peu près pour les femmes en couche
et pour les enfans. Quoiqu'on eût attaqué avec raison les
hôpitaux des frères de la Miséricorde , qui dépensaient les
trois quarts des revenus en frais d'administration , cepen-
dant on désapprouvait, dans le tems, la construction d'un
trop vaste hôpital, et la manie dà tout centraliser. On sait
néanmoins ^ue ce grand établissement a joui , sans inter-
ruption, de la plus haute réputation jusqu'à nos jours; il
sert en même tems, comme les maisons de santé de Paris,
pour ceux qui paient leur séjour. Quant aux frères de la
Miséricorde, ils ont encore soigné, dans les derniers tems,
à Vienne, plus de 2,078 individus; ils se distinguent, sur-
tout, comme excellens garde-malades.
La Charité de Berlin, hôpital qui, dans l'origine, fut
en grande partie destiné aux militaires, a été également
agrandie vers cette époque. Les établissemens modernes
les plus remarquables, mais d'une moindre étendue, sont
ceux de Mayence, Wurzbourg, Gottingue, Bamberg,
Heidelberg et Munich; celui-ci a été décrit avec beau-
coup de détails par M. Hseberl, qui a aussi donné d'amples
rcnseignemens sur tout ce qui concerne la construction
des hôpitaux en Allemagne : l'Encyclopédie de Krnnitz
contient des notices sur beaucoup d'autres. Je ferai obser-
ver, à celte occasion, qu'il y a dans l'hôpital de Wurz-
bourg des salles qui appartiennent à diverses corporations :
cet usage pourrait Cire favorable à l'étude des maladies
propres i\ certaines professions; mais, à \>'urzboyrg, le
nombre des lits est trop restreint pour qu'on puisse en
lire»' quelques résullals.
EN ALLEMAGNE. 505
Les architectes ont nécessairement dû s'occuper du
même sujet; c'est ù Augsbourg qu'ont paru anciennement
(en 1 765) les ouvrages de Sturm et de Lucas Voch; Fauken
a publié, en 1/84, à Vienne, les plans qui ont servi à la
construction de l'hôpital de cette ville. On conçoit que la
séparation des salles, l'ordonnance des lits, les commo-
dités portatives, celles qui aboutissent dans les égouts, le
chauffage et la ventilation , ont dû être tour à tour exami-
nés. On trouve, entre autres, dans la description de l'hô-
pital de Munich, comment on laisse entrer d'en haut l'air
extérieur par des conduits particuliers, tandis qu'on fait
sortir l'air corrompu de l'intérieur, au moyen de canaux
chauffés par le voisinage de la cheminée.
La société royale deGotlingue posa, en 1793, laquestion
de savoir: quds sont les meilleurs moyens et les moins coû-
teux pour procurer des secours aux pauvres malades
d'une petite ville, ha prix fut remporté par M. lïecker, et
Ton trouve son mémoire dans le Nouveau Magasin d^ Ha-
novre, de 1793 ( n° 83 à 85). M. Hecker comptait 5oo
malades par année , pour une petite ville de 2,000 habi-
tans; ce nombre lui parut être en proportion moindre, dans
une ville de 2 à 6,000; il classait parmi les pauvres, les
journaliers, les domestiques^ les ouvriers voyageurs, etc.
Il supposait , d'après ces observations , à peu prés .^00
véritables malades, 100 maladifs et 100 personnes affectées
de la galle et autres maladies qui ne les détournaient pas
entièrement de leurs occupations; il en a eu lui-même à
traiter, dans une petite ville, 4o en janvier, 60 en fé-
vrier, 60 en mars, 60 en avril, 20 en mai, 1 1 en juin, 10 en
juillet, 3o en août, 5o en septembre, 70 en octobre, 5o en
novembre et 4o en décembre. Il croyait qu'une centaine
pourrait être soignée à domicile, et que le reste exigeait le
séjour d'un hôpital. On conçoit que la localité et le genre
506 INSTITUTIONS DE BIENFAISANCE
d'occupation doivent faire varier à l'iufîni ces proportions.
Les épidémies ne sont pas comprises , comme on le pense
bien, dans ce calcul approximatif. Si l'on veut connaître
les travaux faits sur les besoins d'une grande ville , on
trouvera des matériaux excellens, dans un rapport publié,
en 1791, par M. le sénateur Gunlher, à Hambourg.
Il est étonnant que la question de la séparation des
individus affectés de différentes maladies, n'ait été agitée
que dans des tems peu éloignés de nous; la raison en est,
qu'on a , en général , mieux étudié l'histoire des épidémies
et des contagions. Il manque encore beaucoup de maisons
pour les aliénés; \c pays deHesse a cependant, à Heina, une
maison d'aliénés , établie depuis la réformation. Vienne
possède une tour particulière et différentes maisons de
santé, destinées à ce genre de maladies, et l'on fait un grand
éloge de l'hospice des aliénés de Bayreuth. On s'occupe ,
en ce moment, à construire des maisons pour les aliénés,
en Prusse comme dans d'autres parties de l'Allemagne; et
la Bavière veut établir des maisons de santé dans chaque
province. Sur 3, 000 individus, on compte à peu près un
aliéné à la charge du gouvernement.
Les aveugles et les sourds - muets ont été un autre
sujet de sollicitude. On trouvait à Berlin, en i8oi, plus
de 42 enfans aveugles, de l'âge de six à quinze ans, et on
supposa à peu près i,ooo aveugles dans toute la monar-
chie. Des établissemcns nouveaux ont été formés pour les
soldats devenus aveugles dans les dernières guerres.
Trois cercles de l'ancienne Westphaiie ont présenté à
eux seuls plus de Aoo sourds- muets, et l'on observe en
général qu'ils comprennent deux tiers de garçons sur un
tiers de filles.
Depuis le milieu du xyiii*^ siècle, TAUemagne possède
dos écoles cliniques dan:? Ic5 hôpitaux : c'est Van-Swiétcn
EN ALLEMAGNE. 50/
qui les a établies, lorsqu'il fil venir Je célèbre De Uacu à
Vienne. Depuis que les Anglais ont formé les dispensaires^
on a aussi fondé, dans les universités de l'Allemagne, des
écoles cliniques ambulantes; M. Baldinger en a formé
une, en 1778, à Gottingue ; M. Wendt, t^n 1779, à Erlan-
gen : depuis ce tems, il n'y a pas une université où il n'en
existe de semblables. Berlin a une école appelée polycli-
nique, qui étend ses soins aux différentes sections de la
ville. Les jeunes médecins soignent, chacun dans le quar-
tier qui lui est assigné, les malades qui ne peuvent se
présenter à la clinique ; il rend compte, plusieurs fois par
semaine, de l'état du quartier qui lui est confié. Les dis-
pensaires sont, au reste, répandus dans beaucoup de villes,
et je n'ai pas besoin de dire qu'il y a des hôpitaux établis
dans la proximité de presque toutes les eaux minérales
naturelles. J^ trouve, dans le voyage deNicolaï, qu'il existe
à Augsbourg un quartier composé de petites habitations ^
fondées par la famille Fugger, qui florissait du tems de
Charles-Quint, pour loger les pauvres à bas prix. La ville
d'Augsbourg servit alors de modèle, comme a servi Ham-
bourg, dans un tems plus moderne. A Frédériksoort, colonie
établie dans le nord de la Hollande, on a fondé, depuis quel-
ques années, dans les endroits non défrichés, des habitations
de pauvres, et ces établissemens ont eu un tel succès ^
qu'on vient récemment d'en établir de semblables dans le
Meklembourg.
Mais, je m'arrête ; j'ai voulu donner, dans cette No-
lice , un coup d'oeil général sur les institutions de
l'Allemagne , sans entrer dans le développement d'ui>
nombre immense d'objets dignes d'être plus approfondis.
Lorsqu'on jette un regard sur le plan que j'ai suivi ,-
on voit que les colonies chrétiennes et les ordres hospita-
liers pouvaient bien distribuer au commencement assez
M
508 INSTITUTIONS DE BIENFAISANCE
d'aumônes et de travail autour de leurs couvens et chû-j
teaux- forts; mais ils n'auraient pu suffire à une population
croissante, si la formation des villes n'eût créé des bien-
faiteurs opulens et des corporations qui s'associaient pour
des secours réciproques. Une grande industrie et un grand
commerce s'étant développés, depuis l'extension des rap-
ports entre le nouveau monde et la Hollande et l'Angleterre,
y créèrent, avec 'une plus grande population, une plus
grande masse de chances heureuses ou malheureuses , qui
augmentaient, d'un côté, la pauvreté, et, de l'autre, les
ressoucpes. Les villes anséaliques de l'Allemagne vinrent
ensuite; et les gouvernemens, autrefois plus occupés de
guerres et de conquêtes que d'administration intérieure ,
finirent par s'associer à ce développement de l'industrie
et à ses conséquences.
Dans les pays qui ont déjà une constitution, il n'y a
guère de session des chambres où l'on ne s'occupe sérieu-
sement des affaires des pauvres ; dans la Prusse , qui
prépare peu à peu ses institutions , les délégués munici-
paux des villes font de cet important objet une étude
particulière. L'impulsion se répand, par une force irrésis-
tible, dans toutes les classes de la société. Nous vivons
heureusement dans un siècle où tout individu commence
à sentir l'avantage de faire des sacrifices pour l'intérêt
général, quoiqu'on ne soit pas toujours d'accord sur les
moyens. Tout le monde est, par exemple, convaincu de
la nécessité d'une justice également répartie, sans privi-
lège; tout le monde ne l'est peut-être pas assez , qu'il faut
procurer aux citoyens, autant qu'il est en nous, une ai-
sance honnête, sans craindre qu'elle conduise à l'idée
d'une distribution égale de fortune et à des lois agraires.
Des gens d'esprit supposent encore qu'il y aurait un incon-
vénient à répandre trop de Inen-être, trop d'éducation,
EN ALLEMAGNE. 509
trop de Jumièrcs, comme si eux-mOmes n'en avaient pas
profité. Lorsqu'on jette un regard sur l'histoire, ce n'est
qu'après des secousses violentes , ou des guerres désas-
treuses, que l'on voit une aisance plus générale se distri-
buer dans les classes inférieures et industrieuses de la
société, comme si le repos des états ne permettait pas
qu'elle ressortît uniquement du principe plus noble de
l'humanité. Si l'on demande , enfin, spécialement quels
moyens peuvent rendre plus générales cette honnête ai-
sance, cette jouissance des objets de première nécessité,
nous répondrons que c'est, premièrement, une éducation
plus commune, qui donne aux classes inférieures ]^lus de
ressources pour exercer leur intelligence et leurs dispo-
sitions naturelles, et, secondement, l'habitude de \a pré-
voyance , qui apprend à mettre en réserve de petites
sommes prisses sur les salaires et le prix de la journée
de travail, ainsi que des établlssemens publics qui pour-
voient aux malheurs inattendus et irréparables. La so-
ciété avance peu à peu vers ce but, et la pauvreté ab-
solue, c'est-à-dire le manque de pain, de vêtemens et
d'abri, est, sans doute, plus rare à présent , quoique la
pauvreté relative, c'est-à-dire celle qui résulte de l'amé-
lioration des conditions particulières, soit croissante. Mais,
qui pourra fixer l'époque où les principes de la police inté-
rieure et des institutions administratives auront pu atteindre
le point de perfection où sont arrivés, sous quelques rap-
ports, les principes de droit et de jurisprudence?
IL ANALYSES D'OUVRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
Association intellectuelle; méthode progressive
ET d'association , OU Vart d'opérer dans toutes les
sciences, et parttculière7ne7it en médecine; suivie
d'une clinique gé7iérale interprétative des phéno-
mènes morbides et spéciale des maladies des couches;
par L. V. Amard, D. M., ex- chef du service medico-
chirurgical de l'hôpital général de la Charité de
. Lyon , président de la Société de médecine et dû
cercle littéraire de la même ville, et membre corres-
pondant de plusieurs Sociétés savantes (i).
Nous avons annoncé dernièrement cet important ou-
vrage.; il est tems d'y revenir et d'indiquer sommairement
à nos lecteurs le principe fondamental sur lequel l'auteur
fait reposer et mouvoir ce qu'il appelle V association intel-
lectuelle. Cette association , dans le sens qu'il lui donne,
ne repose point sur une de ces réunions d'individus agis-
sant dans des intérêts du moment, et telle que nous en
voyons tous les jours se former, mais sur une passion
extra individuelle^ s'il est permis de s'exprimer ainsi ,
propre à l'espèce humaine, et qui la caractérise, encore
qu'on n'ait jamais songé à la démêler entre toutes les autres,
et que le docteur Amard nomme collectisme. Cette passion
détermine les hommes j\ agir en commun; elle les unit et
(i) Paris, 1821. 2 vol. in-S". Méquignon aîné père, Gabon,
Béchet, libraires, rue et place de l'École-de-Médecine, Prix, ï6 fr,
— Voy. ci-dessus. Bulletin bibliographique , pag, \Sj,
i
F SCIENCES PHYSIQUES. 511
les serre comme d'un même lien; elle les pousse invinci-
blement vers l'unité d'action par l'unité morale; et si,
considérée comme le premier mobile de l'état social, elle
n'a point encore imprimé à la civilisation, qui n'en est
que le résultat, ce degré de hauteur auquel on peut la voir
atteindre, c'est que celle-ci a été déviée par mille institu-
tions monstrueuses, œuvres des forts , qui s'emparant des
premières sociétés, les dirigèrent dans leurs seuls intérêts,
et isolèrent les uns des autres pour les dominer, ces mêmes
hommes eussent résisté aux usurpations religieuses, civiles
et politiques par le seul exercice du collectisjne, et l'asso-
ciation mutuelle dont le plan se trouve exposé dans l'ou-
vrage qui nous occupe (pages i62-i85 et 3o6-25o). Ce
qu'y propose M. Amard pour la médecine serait appli-
cable t\ toutes les sciences, où la multiplicité des travaux
et des écrits destinés à déterminer ou à constater leurs pro-
grès , ne font plus guère qu'entraver une marche déjà
encombrée. En effet, que font tant d'observateurs et d'é-
crivains dont la mémoire suffît à peine pour retenir la liste,
sinon qu'ajouter des faits perdus dans des livres ajoutés A
des livres; faits qu'on ne peut^exhumer sous l'amas de ces
livres , sans perdre un tems précieux à feuilleter ou relire
ce qu'on a cent fois lu et relu autre part, et qui, le plus
communément, depuis bien des siècles, fait, à tort ou à
travers, la base conventionnelle de toute science.
C'est une heureuse idée, une idée génératrice que celle
de faire concourir tous les hommes de toutes les époques
à la réunion d'un foyer unique de raison dont la vive lumière
féconderait indifféremment les diverses branches du savoir;
et plusieurs morceaux de l'ouvrage de M. Amard sur la
méthode d'opérer en médecine, et la manière d'étudier ou
de constituer cette science, rappellent l'immortel travail
de Bacon sur la restauration des connaissances humaines^
512 SCIENCES PHYSIQUES.
Cependant, le but final des deux ouvrages est différent :
la vérité seule fut la base du grand ouvrage de Bacon.
L'antiquité, disait cet homme précurseur, s'est perdue
dans une métaphysique stérile ; elle a voulu atteindre le 1
sommet des choses, sans s'y élever par le moyen des de-
grés intermédiaires. Mais l'édifice des sciences doit , au
contraire, être assis sur des bases positives et immuables;
or, des faits matériels peuvent seuls fournir les matériaux
de ces bases. Il ftiut d'abord, en passant toujours du simple
au composé, choisir les plus simples, les plus palpables de
ces faits, les comparer, et n'en tirer des inductions immé-
diates que parce qu'on voit, et jamais par des suppositions; I
on doit ensuite s'élever aux faits compliqués, en tirer pa- lî
reillement dès inductions , de manière à ce qu'on en puisse
former une table de gradation, une sorte d'échelle, où l'on
puisse monter et descendre sans interruption des faits aux
principes , et des principes aux faits.
Mais le grand Bacon donna-t-il au monument qu'il ve-
nait d'élever, comme point de séparation entre la vieille
barbarie et la nouvelle raison, le nom qui lui convenait
véritablement? Novuni organum était-il bien le titre qui
appartenait à ce premier chef-d'œuvre de jugement PBacon
n'avait point trouvé un nouvel organe, en découvrant, en
ordonnant une nouvelle méthode, à la vérité la seule philo-
sophique, mais qui, après tout, n'était qu'une méthode et
non un organe. Bacon aurait pu intituler son immortel
ouvrage : Via nova , parce qu'en effet il enseignait une
voie nouvelle j la seule que peut avouer la raison et de
laquelle nul ne peut s'écarter sans tomber dans ces vaines
subtilités de l'école d'Aristote, dont les conséquences pèseni
encore ù tant d'égards sur les générations actuelles.
S en tenir aux faits simples et matériels susceptible»
d'être à chaque instant démontrés, s'élever graduellcmeol
SCIENCES PHYSIQUES. 513
aux plus compliqués, extraire de la comparaison des uns
avec les autres des conséquences immédiates ou des prin-
cipes d'origine fixe susceptibles d'être saisis et vérifiés ,
toutes les fois qu'il y aurait doute ou contradiction, voilà, en
peu de mots, la philosophie de Bacon et du simple bon sens ;
voilà ce qui valut à son inventeur le titre mérité de restaura-
teur des sciences humaines. Mais cependant Bacon laissa
l'homme en proie à sa faiblesse individuelle ; il lui indiquait
une voie, mais n'avait point deviné à l'aide de quel organe
le sage s'y devait engager. En un mot, il n'a point tiré l'hu-
manité de ce qu'on pourrait appeler Vantiqus régime de
V incohérence ; le pivot moral de l'espèce humaine pensante
et socialisée lui était échappé ; il n'avait point deviné le
véritable nœud de l'association, soit sociale, soit scienti-
fique. Or, le collectisme est réellement un organe, nou-
vellement découvert, propre à l'espèce humaine, sur le
développement duquel reposent les futures destinées de
notre espèce perfectionnable ; et c'est sur cette passion
attractive, sur ce sens collectif, sur cet organe que se fonde
l'association intellectuelle, c'est-à-dire, la réunion de
toutes les intelligences individuelles concentrées dans un
même esprit, et tendant vers un même but. Aussi, le doc-
teur Amard a-t-il pu dire « en fortifiant la faiblesse humaine
individuelle de toute la puissance collective de l'espèce; en
tlotant celle-ci du sens qui lui est propre; en appelant,
par ce sens, les êtres pensans de tous les siècles à opérer
comme un seul homme, l'assodation révèle le secret et
fournit les moyens de consommer l'œuvre humaine. »
La différence est donc complète entre le nouum organum
de Bacon et V association intellectuelle de M. Amard. Le
premier de ces philosophes se bornait à nous indiquer la
voie que nous devons suivre dans la recherche de la vé-
rité; le second met en rapport lessavans de tous les tems
Tome xu. 33
i
51A SCIENCES PHYSIQUES.
et de tous les pays, et pose les principes à l'aide desquels
il les lie ; il déroule les destinées de l'humanité. L'un laisse
chacun dominer sur tous; l'autre appelle tous à dominer
sur chacun. Celui-là abandonne le sort des connaissances
humaines et des efiforts isolés, et n'a compris que l'art de
diriger des vues individuelles; celui-ci démontre l'urgence
des efforts concentrés et substitue à l'isolement destruc-
teur des vues collectives essentiellement conservatrices et
conséquemment fécondes.
Nous ne suivrons pas l'auteur dans la partie purement
médicale de son ouvrage; mais nous engageons les gens
de l'art à y consulter d'intéressantes observations , ainsi
qu'à méditer sur les conséquences qu'il en tire. Le docteur
Amard appelle le concours de ces faits pathologiques ,
recueillis dans une pratique soigneuse, au développement
de son système; mais c'est surtout sa méthode d'étudier
la médecine dont se doivent nourrir non seulement les
personnes qui se destinent aux sciences médicales , mais
encore quiconque veut réussir dans une science; tout bon
esprit qui, sentant les entraves que lui opposent les vieilles
routines, veut s'affranchir de pareils liens et s'en tenir au
sens positif des choses. Si le docteur Amard n'eût affecté
de donner à ses ouvrages et à son style des formes inu-
sitées, nous ne doutons pas que son travail ne réunît un
bien plus grand nombre de suffrages. Quoi qu'il en soit,
cet ouvrage sera lu avec un vif intérêt, et doit procurer à
celui qui le conçut une juste célébrité, qui pourra bien
être tardive, mais qui n'en sera que plus solide.
BoRY DE St. -Vincent.
^
SCIENCKS PHYSIQUES. 515
VVWW W v'VWiVl'W
Traité COMPLET de mécanique appliquée aux arts, etc.;
par M. BoRGNis,t?ige7itea?*. (Voy, ci-dessus , Toin.XI,
pages 42-59. )
NEUViiiME TRAITÉ.
Théorie de la mécanique usuelle ( « ) ou Introduction à
V étude de la mécanique appliquée aux arts; contenant les
principes de statique , de dynamique j d* hydrostatique et
â' hydrodynamiques j applicables aux arts industriels', la
théorie des moteurs, des effets utiles des machines j des
organes mécaniques intermédiaires et f équilibre des sup-
ports; par M. J.-A. BoBGNis, ingénieur, membre de plu-
sieurs académies.
«Le but de cet ouvrage, dit l'auteur, est d'exposer,
avec clarté et simplicité , la théorie de la mécanique im-
médiatement applicable aux arts industriels; dé combiner
cette théorie avec les résultats des expériences les plus
accréditées, et de la développer d'une manière métho-
dique. »
M. Borgnis a divisé son ouvrage en quatre livres. Dans
le premier, après avoir donné la définition des mots em-
ployés dans l'étude théorique de la mécanique, il traite
de la statique, de la dynamique, de l'hydrostatique et de
l'hydrodynamique; mais il ne s'occupe absolument que
des parties de ces sciences, indispensables pour bien en-
tendre la mécanique usuelle : par ce moyen, il en a rendu
l'étude plus facile pour les personnes qui ne cherchent à
s'instruire que dans l'application particulière de cette vaste
science.
(1) Paris, 1821. 1 vol. in-4°, avec cinq planches. Bachelier, li-
braire, quai des Augustins, n" 55 : prix, i5 fr.
« «2 ♦
\
516 SCIEiSCES PHYSIQUES.
Le livre second traite des moteurs et des résistances.
Voici comment l'auteur expose le plan qu'il a suivi : «Une;
machine, dit-il, est un assemblage de parties mobiles ,
dont les unes reçoivent l'action de l'agent moteur, et
d'autres, après en avoir modifié la vitesse et la direction
de la manière la plus avantageuse, la transmettent à celles
qui doivent produire Veffet utile _, c'est-à-dire, l'effet pour
lequel la machine est construite.
« La production de l'etïet utile occasionne inévitable-
ment une résistance que le moteur doit vaincre. Il est une.
autre résistance qui , indépendamment de celle-ci, a. lieu .
dans toute machine; cette dernière , à laquelle on a donné .
le nom de résistance passive^ ne favorise point l'effet utile,
mais elle tend, au contraire, à le diminuer, et elle ab- •.
sorbe en pure perte une partie de l'action du moteur. '
« Le mécanicien qui veut construire une machine , ou
juger une machine déjà construite, doit, avant tout, éva-
luer; 1° quelle est la quantité d'action que le moteur doit >
produire pour vaincre les deux espèces de résistances qui
s'opposent au mouvement de la machine, c'est-à-dire, la
résistance passive et celle due à la production de l'effet
utile;
«2° Quel est l'efifet utile corrrespondant à la quantité r
d'action déterminée du moteur. L'objet spécial de ce livre ,
est d'exposer les méthodes pour effectuer ces calculs. »
Dans le Chapitre I"', M. Borgnis considère d'abord
les moteurs et les résistances en général, et il indique la
forme des calculs à faire pour que le moteur conserve tou-
jours une vitesse uniforme et constante, et pour connaître
l'effort de la résistance que le moteur est obligé de détruire à
chaque instant pourconserver l'uniformité du mouvement.
11 applique ensuite ces calculs aux différens moteurs; les
moteurs animés, tels que les hommes cl les animaux; les ^
SCIENCES PHYSIQUES. 517
nioleurs inanimés, tels que l'eau, les fluides élastiques,
.c'est-à-dire, la vapeur de l'eau bouillante et le vent. II con-
sidère l'effet de ces divers moteurs sous différcns points de
vue; il indique les moyens de tirer, avec le plus d'écono-
mie, le plus grand avantage du travail des hommes et des
animaux sans les fatiguer par des travaux trop longs, ou
qui excèdent leur force constamment en action pendant un
tenis donné. Il met sous les yeux du lecteur les résultats
obtenus par le célèbre Coulomb, d'après les expériences
qui donnent tous les élémens nécessaires pour les calculs.
L'auleur examine ensuite l'action motrice d'un courant
d'eau sur les roues à aubes, les roues à augets, les roues
à réaction et les machines ù colonne d'eau, et prouve que
la roue à augets est la plus avantageuse; mais que, pour en
obtenir tout l'effet qu'on peut en attendre, il faut i° que
l'eau entre dans les augets au niveau de la surface du ré-
servoir; 2° que son diamètre soit au moins égal à la hau-
teur de la chute; 3° que la vitesse soit petite, mais qu'elle
soit telle cependant que l'arc^lécrit par les augets dans
chaque seconde n'ait pas moins de sept décimètres de Ion»
gueur développée, ni guère plus d'un mètre.
M. Borgnis suit la même marche rdans l'examen des
machines à vapeur et des machines mues par le vent. Il
s'appuie sur les résultats des expériences les plus authen-
tiques, publiées par jles savans qui se sont occupés avec
fruit deU'étudede ces diverses machines : il enseigne ù en
calculier les effets, et à en comparer les résultats.
Dans le Chapitre II , l'auteur traite des effets utiles des
machines, et des résistances qui en résultent. Il examine
les soufflets ou les machines soufflantes, les pompes de
•toute espèce, les| machines à compression d'air, les ma-
chines à siphons , le bélier hydraulique, les norias, les
;roucs à pots, le tympan , les chapelets verticaux ou incii-
518 SCIENCES PHYSIQUES.
nés, la vis d'Archimède. Il passe ensuite aux machines à
percussion , telles que le balancier ; aux machines à pres-
sion, telles que les calandres, les laminoirs ; aux machines
à frottement, telles que les meules à aiguiser, les polis-
soires cylindriques. Il calcule avec soin les effets de toutes
ces machines, et établit la différence des avantages que
les unes produisent sur les autres.
C'est d'après ces observations qu'il montre qu'une forte
pression est préférable, dans certains cas, à la percussion,
sous le double rapport de l'économie et de la régularité du
travail. Il cite à l'appui de son assertion les résultats obte-
nus par M. Dufaudj maître de forges à Grossouvre, qui
économise 129 fr. 60 cent, sur l'affinage de 2,4oo livres
de fonte, fait sous le laminoir, en le comparant à celui
qu'il obtenait sous le martinet.
L'auteur termine ce chapitre par l'examen des moulins
à mouture et des moulins à scier le bois et les pierres.
Le frottement est une ô^ choses les plus importantes en
mécanique; aussi, M. Borgnis s'est-il attaché à en calculer
tous les effets, en mettant 11 profit les belles expériences
du savant Coulomb sur les machines simples, en ayant
égard au frottement de leurs parties et à la roideur des
cordes. Ces recherches forment le sujet du Chapitre IIP,
sous le titre des résistances passives.
« Il arrive rarement que l'organe mécanique, sur lequel
agit immédiatement le moteur, ait la direction, la vitesse
et la quantité de mouvement qu'exige celui qui produit
l'effet utile. Les organes intermédiaires ont pour but de
produire toutes les modifications de mouvement purement
nécessaires pour que l'effet utile soit le plus grand et le
plus parfait {^ossible. » C'est pour arriver à ces résultats
que l'auteur donne, dans ce Livre troisième, les règles )
I
SCIENCES PHYSIQUES. 519
qu'il faut suivre pour apprécier toutes les modifications,
avec la plus grande exactitude.
Les parties intermédiaires des machines sont les mani-
velles, les courbes excentriques qui en tiennent lieu, les
joints brisés, les engrenages de toute espèce, les pilons à
boulons sans mentonnet. Ces organes intermédiaires ne
suffiraient pas pour établir l'uniformité du mouvement;
dans certains cas, et c'est surtout dans les grandes ma-
chines, on emploie des volans; dans d'autres, et princi-
palement dans l'horlogerie , on se sert de fusées ou de
courbes excentriques tournantes : l'auteur n'a rien négligé
pour apporter, dans les calculs applicables à toutes les cir-
constances, toute la clarté, toute la précision nécessaires.
Enfin, dans le Livre quatrième, M. Borgnis s'occupe de la
solidité dans les constructions. Dans le premier Chapitre,
il traite de l'équilibre des murs et des voûtes, et considère
ces objets importans sous toutes leurs faces et sous leurs
diverses altérations pour les soumettre au calcul le plus
rigoureux. Le second Chapitre est consacré à la résistance
des matériaux : il cite les recherches faites par les savans
tant anciens que modernes , pour répandre le plus grand
jour sur ces parties essentielles des constructions, et ter-
mine ce Traité important par des tableaux extrêmement
utiles pour faciliter les calculs dans tous les cas où la con-
naissance des divers objets pour lesquels ils sont dres-
sés deviennent d'une nécessité indispensable. Beaucoup
d'autres tables sont éparses dans le corps de l'ouvrage, et
offrent des renseignemens précieux répandus dans beau-
coup de volumes, et que personne n'avait encore rassem-
blés dans le même cadre pour les mettre sous la main du
mécanicien.
L^ouvragc dont nous venons de donner l'analyse suc-
cincte , est une suite nécessaire des huit précédens volumes
520 SCIENCES PHYSIQUES.
qui ont établi , d'une manière irrécusable, la réputation de
l'auteur. Ce traité de mécanique usuelle est écrit avec
beaucoup de simplicité; il n'est pas autant hérissé de cal-
culs algébriques que les autres traités semblables qui l'ont
précédé, et dont les formules rebutent les artistes qui
n'ont pas des connaissances assez étendues en mathéma-
tiques. M. Borgnis a placé deux astérisques au commence-
ment de chaque paragraphe dans lequel il a été forcé d'em-
ployer le calcul différentiel et intégral, pour avertir le lec-
teur qu'il peut se dispenser de le lire sans nuire cependant
à l'intelligence de la matière qu'il étudie. Il serait à désirer
que l'on pût parvenir à traiter de la théorie de la méca-
nique usuelle sans employer des formules algébriques qui
exigent de trop vastes connaissances dans cette science,
connaissances qui sont trop au-dessus de la portée du plus
grand nombre des artistes. Nous pensons que cela ne serait
pas impossible, et nous tâcherons d'^n donner bientôt la
preuve.
M. Borgnis j dans la vue de compléter son Traité de
mécanique appliquée aux arts j nous promet trois au-
tres volumes, dont l'un renfermera la description des
machines de physique, de chimie, d'astronomie, de géo-
désie, etc. ; un autrç, de biographie et de bibliographie
mécaniques, et un troisième qui renfermera le vocabu-
laire de tous les mots techniques usités dans les arts. Ces
divers ouvrages nous manquent absolument : ils rendront
de grands services à l'industrie. Il est à désirer que cet
auteur infatigable remplisse bientôt sa promesse.
L. Seb. Le Normand , professeur de technologie.
SCIENCES PHYSIQUES. 521
ivt/x/tiwfwwwt/w-wvxi
Voyage au Brésil , dans les années 1 8 1 5, 1 8 1 6 e^ 1817;
par S. A. S. Maximilien , prince de Wied-Neuwied;
traduit de ^allemand, pari, B. B. Eyriès (i).
Heureusement, nous ne sommes plus au tems de la hon-
teuse ignorance des princes, lorsqu'à la nouvelle des con-
quêtes de Louis XIV dans la Flandre, un souverain des
Espagnes plaignait amèrement ce pauvre roi d'Angleterre,
ainsi dépouillé de toutes ses places. Telles étaient les
profondes ténèbres qu'entassait sur les yeux des maîtres du
monde le fanatisme dominateur, intéressé i\ les aveugler.
Faire brûler les juifs et les huguenots et tyranniser les
catholiques, était, au gré de l'inquisition, tout ce que de-
vait savoir un roi d'Espagne ou de Portugal. Aussi, plu-
sieurs d'entre eux n'avaient-ils qu'une confuse idée des
vastes pays soumis à leur puissance; ou> du moins, s'ils
apprenaient à les connaître sur la carte, l'immense inter-
valle des mers les condamnait à ne jamais les visiter.
Mais voilà que tout-à-coup la péninsule européenne et
ses dépendances d'Amérique sont le théâtre de grandes
révolutions. Usages , lois , mœurs, gouvernement, insti-
tutions, tout, dans ces belles contrées, est subitement
régénéré. La liberté, la philosophie s'asseyent en conqué-
rantes aux bords de l'Ebre et du Tage , ainsi qu'au pied des
Cordillères; les colonies deviennent des métropoles; peut-
être un jour verrons-nous un infimt d'Espagne aller régner
sur le Mexique ; déjà nous avons vu un roi de Portugal
aller régner dans le Brésil.
(1) Paris, 1821. 3 vol. in-S", avec un superbe atlas, composé de
4i planches gravées en taille-douce et de trois cartes. Artlius Ber -
- trand, lihr^ire, rue Hautcfeuillc, n" 2.1. Prix, 90 fr.
522 SCIENCES PHYSIQUES.
Le Brésil, riche de ses mines d'or et de diamans, et de ses
bois précieux, et qui va le devenir bien plus par son admi-
nistration libérale et sa belle culture, dépérissait, comme
Tantale, au milieu des trésors. Un pouvoir inerte et ombra-
geux y paralysait les nationaux et en repoussait les étran-
gers; il fermait à la fois aux bras des manufacturiers
l'écoulement de leurs produits, et aux pas des naturalistes
le plus magnifique champ de découvertes qui pût leur être
livré. Ces entraves sont brisées. Dans les boutiques de Rio-
Janeiro, les marchandises indigènes commencent à rem-
placer celles de Manchester; et l'accueil fait aux savans
voyageurs les encourage à étendre, sur ce sol favorisé de
la nature, leurs pacifiques invasions. Déjà, sans parler des
beaux travaux de M. de Humboldt sur l'Amérique méri-
dionale (^Y)y. ci-dessus, p. 272 ), d'intéressans mémoires,
relatifs au Brésil, ont été publiés par M. d'Eschwège, lieu-
tenant-colonel dans le corps royal du génie, à Yilla-Rica.
D'autres Allemands, appuyés de hautes recommandations
auprès d'un gouvernement afifranchi de la tutelle britan-
nique, ijont occupés à visiter et à décrire cette contrée si
riche et si peu connue; et enfin avant eux, un prince
vient d'en parcourir plusieurs parties , non pas en prince,
mais en observateur et en savant. Les mœurs, la géogra-
phie, l'histoire naturelle, ont été l'objet de ses précieuses
recherches. Dépenses, fatigues, privations, périls môme,
rien n'a coûté au prince Maximilien de Neuwied pour satis-
faire sa généreuse ardeur, et pour recueillir les richesses
scientifiques déposées dans son important ouvrage.
C'est une remarque très-juste de M. de Humboldt, que
le continent de l'Amérique méridionale doit à son peu de
largeur, à ses nombreuses découpures, ù sa prolongation
vers le pôle, à ses chaînes de montagnes, à l'abondance de
ses fleuves et ù l'étendue de ses forêts, des trésors incom-
SCIENCES PHYSIQUES. 523
parables de végétation ; mais à peine quelques journaux
de navigateurs nous en donnaient-ils des notions vagues et
imparfaites. Grâce au voyage du prince Maximilien, ces
trésors se développent à nos yeux dans leur magnificence
et dans leur variété. Le Brésil ne nous présente plus seu-
lement cette multitude d'oiseaux brillans et de plantes
succulentes qui lui sont communes avec les autres régions
de l'équateur. Le savant voyageur déploie devant nous les
beautés d'une nature particulière : sous ses pinceaux ha-
biles , une foule d'animaux et de végétaux, jusqu'à présent
inconnus ou mal décrits, nous font admirer la multitude
de leurs formes et l'éclat de leurs couleurs.
Mais, de toutes les études, la plus intéressante pour
l'homme est l'homme même; et sous combien d'aspects
différens le Brésil ne l'a-t-il pas offert aux regards obser-
vateurs du prince de Neuvried! Dans les villes, des colons
gais et insoucians, des femmes vives, des moines igno-
rans et superstitieux , des esclaves participant de la paresse
des maîtres; dans les campagnes, des planteurs à demi-
civilisés, les uns doux et affables, les autres brutaux et
inhospitaliers; enfin, dans l'intérieur du pays, et surtout
dans la vaste étendue de forêts comprise entre Rio-Janeiro
et Bahia de Todos os Santos , des tributs errantes de sau-
vages, dont nul effort n'a pu soumettre l'indépendance,
ni adoucir la férocité.
Parmi ces nombreuses peuplades, désignées sous le nom
général de Tapouyas, les Botocoudys, redoutés comme
les plus farouches, et très-peu connus jusqu'à ce jour, ont
particulièrement fixé l'attention du noble voyageur. Ils
doivent ce nom aux grosses plaques de bois dont ils rem-
plissent les ouvertures pratiquées à leurs oreilles et à leurs
lèvres ; CdiV bo toque , en portugais, signifie le tampon d'une
barique. On sait que ces hideux ornemens sont communs
52A SCIENCES PHYSIQIES.
chez les sauvages des Indes ; mais nul peuple n'a poussé
aussi loin que les Botocoudys la dépravation des idées de
parure et de beauté. C'est ordinairement à l'âge de sept é'i
huit ans que les enfans des deux sexes sont soumis aux
horribles mutilations, destinées à défigurer des traits na-
turellement beaux et agréables. On étend , à cet effet, les
lobes de l'oreille et de la lèvre inférieure ; on y perce de$
trous avec des fiches de bois pointu, et l'on place dans l'ou-
verture, d'abord de petits morceaux de bois, puis suc-
cessivement de plus grands, qui finissent par donner aux
oreilles et à la lèvre une extension prodigieuse. Le prince
annonce avoir mesuré l'une de ces plaques, qui avait quatre
pouces quatre lignes de diamètre sur une épaisseur de dix-
huit lignes. « Cette coutume bizarre, dit- il, offre une
preuve frappante de l'extensibilité extraordinaire de la fibre
musculaire; car la lèvre inférieure n'a l'apparence que
d'un anneau mince, placé autour de la plaque; il en est
de même des lobes des oreilles, qui descendent presque
jusqu'aux épaules. On peut ôter les plaques aussi souvent
qu'on le désire; alors, le bord de la lèvre tombe à plat, et
les dents inférieures sont entièrement découvertes. L'ou-
verture augmente avec les années , et devient quelquefois
si considérable, que le lobe ou la lèvre se déchire ; en ce
cas, on attache l'un à l'autre les deux morceaux avec un
liane, et l'on rétablit ainsi l'anneau. » Le prince de Neu-
wied a déposé, dans le célèbre cabinet antropologique
de M.Blumenbachde Gœttingue, le crâne d'un Botocoudy,
âgé de vingt à trente ans. « On reconnaît sur cette tête , que
la botoque a déjà fait tomber toutes les dents antérieure»
de la mâchoire inférieure, et en même tems a comprimé
si fortement les os maxillaires, que les alvéoles des dents
ont entièrement disparu, et que la mâchoire est, dans cet
endroit, devenue aussi aiguë qu'un couteau... Les femmes
SCIENCES PHYSIQtES. 525
portent aussi la botoquc; mais elle est plos petite et plus
élégante que celle des hommes. »
Les Botocoudys cachent leurs parties sexuelles dans une
gaine, tressée avec des feuilles sèches d'issara. Ils ne pra-
tiquent point le tatouage, et se bornent à peindre leur
corps en noir^ à l'exception du visage, de l'avant-bras et
des jambes, depuis les mollets jusqu'en bas. D'autres
partagent perpendiculairement leur corps en deux moitiés,
dont l'une est peinte en noir, et l'autre reste dans son état
naturel; d'autres, enfin, ne se peignent que le visage, et
lepeignentd'un rouge ardent. Les femmes s'épilent toutle
corps : elles aiment la parure, et recherchent surtout les
chapelets, les mouchoirs rouges et. les petits miroirs. Elles
se peignent le corps des mêmes couleurs et de la même
manière que les hommes. Elles portent , de même que les
hommes, des colliers de graines dures et noires, au centre
desquelles sont placées. des dents de singe ou de bêtes car-
nassières. Au-dessous du genou et au-dessus de la cheville,
elles s'entourent les jambes de cordons d'écorce pour les
conserver fines.
Près des côtes , ces sauvages mangent leurs prisonniers;
mais ils se nourrissent, avec sensualité, de la chair des
singes, dont les squelettes épars , ressemblant aux sque-
lettes humains, ont dû contribuer beaucoup à les faire
redouter des Brésiliens, comme anlropophages. Ils sont
aussi sobres quand la nécessité les y contraint , que glou-
tons lorsqu'ils peuvent se livrer à leurs appétits désordon-
nés. « Si le hasard leur amène un gros animal, tous y
prennent part également, et en peu de tems une provi-
sion considérable est consommée. On les a souvent vus,
après s'être surchargé l'estomac, se fouler mutuellement
le ventre.
526 SCIENCES PHYSIQUES.
« Un homme a ordinairement autant de femmes qu'il
en peut nourrir : leur nombre se monte quelquefois à
douze.... Les mariages se contractent sans la moindre cé-
rémonie; le consentement des époux et celui des parens
suffisent, mais ils se rompent avec la même facilité. Une
femme peut , pendant l'absence de son mari , fréquenter
un autre homme qui aura fait une chasse abondante; cet
abandon n'entraîne pas pour elle de suites désagréables.
Mais, si le mari, qui ne s'est point absenté, rencontre un
homme chez sa femme, il se venge ordinairement en l'ac-
cablant de coups, ou en la couvrant de meurtrissures. L'un
d'eux coupa une fois, à une de ses femmes, tout le tour de
l'oreille et la saillie de la lèvre, produite par la botoque ;
les dents de cette malheureuse restèrent ainsi à découvert,
et elle fut horriblement défigurée.
Dans leurs momens de loisir, les Botocoudys se diver-
tissent à chanter et à plaisanter. C'est surtout ce qui arrive,
après une chasse et un combat heureux. La musique,
chez eux, est encore au berceau. Le chant des hommes
ressemble à un bruit inarticulé qui monte et descend
constamment sur trois ou quatre notes, et sort du creux
de la poitrine. Ils se mettent le bras gauche sur la tête,
ou bien se bouchent les deux oreilles avec les doigts,
surtout quand il se trouve des spectateurs autour d'eux,
et ouvrent démesurément leur bouche défigurée par la
botoque. Les femmes chantent moins haut et moins dé-
sagréablement, mais ne font entendre de même qu'un
petit nombre de tons continuellement répétés. On dit que
ces sauvages mettent quelquefois sur leurs airs des paroles
qui se rapportent à leurs chasses ou à leurs guerres ;
mais tout ce qu'a entendu le prince Maximilien , ne lui
a semblé être qu'un bourdonnement sans articulations.
SCIENCES PHYSIQUES. 527
Ces peuples, comme ceux de presque torute la terre, ont
conservé la tradition d'un grand déluge. Leur Noé est
un vieillard blanc, appelé Tamandouari de Toupa, dont
la pieuse famille seule, avertie par l'Être suprême, grimpa
sur des palmiers durant l'inondation qui fit périr le genre
humain. Quand les eaux se furent écoulées, cette famille
descendit et peupla la terre. Au reste, observe le judicieux
voyageur, les idées religieuses des Botocoudys ne sont pas
plus absurdes que celles des colons portugais de la classe infé'
rieure; les uns et les autres ne connaissent de la religion
que les cérémonies extérieures , défigurées par des mome-
ries ridicules et des farces indécentes. A Ilheos, la fête de
Saint-Sébastien est célébrée au milieu de travestissemens,
de combats de scènes théâtrales , dans lesquels la vie
de ce grand saint est représentée. M. de Humboldt n'a-t-
il pas vu, dans les Andes, des Indiens, masqués et ornés
de grelots, exécuter des danses sauvages autour de l'autel,
tandis qu'un moine de Saint-François élevait l'hostie ?
Ainsi, dans toutes les révolutions politiques de la terre,
les pratiques des religions se sont mêlées et ont succédé
les unes aux autres , sans que jamais le véritable esprit
religieux ait pénétré dans la masse ignorante des peuples.
Les cérémonies cèdent aux cérémonies , et voilà tout.
Et comment les superstitions n'établiraient-elles pas leur
théâtre dans les colonies portugaises, lorsqu'en Europe
même, au sein de la métropole, un jour la dispute
s'étant échauffée dans un couvent de religieuses, sur la
iprééminence de saint Jean l'Evangéliste et de saint Jean-
Bapliste,les religieuses évangélistes se saisirent de ce dernier,
ie dépouillèrent, le fouettèrent , lui firent mille autres
ndignités impossibles à décrire, et l'enterrèrent dans le
ardin , en chantant et en dansant sur la fosse ? Désormais,
528 SCIENCES PHYSIQUES.
ces scandaleuses'extravagances ne se reproduiront pas. De
plus sages institutions , des lois plus libérales et plus justes,
en même tems qu'elles améliorent la condition des hommes,
épureront le culte de la divinité. Les lumières , en se
répandant sur toutes les diverses parties de ce riche royaume,
y déposeront des germes de morale et de prospérité ; et,
parmi les ouvrages qui auront contribué à déchirer à
nos yeux les voiles dont il était couvert, le voyage du
prince Maximilien de Neuwied sera cité comme un des'
plus intéressans. Aignan, de T Institut.
I
i
SCIENCES MOllALES ET POLITIQUES.
Histoire de l'admini^tbation des secours publics ,
par M. le baron Dupin , (i).
Parmi les sciences qui ^ depuis trente années, ont fait tant
de progrès pour le bonheur de l'humanité, il en est une qui
comprend en quelque sorte toutes les autres, puisqu'elle les
appelle à son aide, et leur fait partager ses travaux; c'est
la bienfaisance , étude pleine de charmes , occupation
remplie de combinaisons variées, de résultats curieux,
mais qui ne produirait qu'une satisfaction passagère, si
elle n'était soumise à des règles fixes qui en font une ins-
titution durable et une véritable profession: la bienfai-
sance, considérée comme étude, a ses calculs; comme
branche d'administration , ses lois; comme jouissance du
cœur, ses écueils, qu'il faut étudier, qu'il faut connaître ,
et que l'excellent ouvrage, dont nous allons rendre compte,
explique parfaitement. Guidé par lui , on ne peut s'éga-
rer dans ses dons , se tromper dans sa confiance, et , ce
qui n'arrive que trop souvent, regretter ou interrompre
ses bienfaits, par un sentiment même de justice et de
raison.
L'ouvrage de M. Dupin se divise en tjois parties. Dans
la première, il établit l'état ancien des hôpitaux, leur
fondation , les dons qu'ils réunissaient progressive-
ment. On voit que l'esprit religieux fonda la plupart
de ces étabiissemens , depuis les princes de la première
race jusqu'au règne de Louis-le-Gros. La bienfaisance ,
(i) Paris, 1821. Un vol. in-8<». Alexis Ëjfmery, libraire, rue Ma-
Kariae , n° 3o. Prix , 6 fr. - .
ToniK XII 3 A
I
530 SCIENCES MORALES
comme la générosité et toutes les vertus , se trouvait ab-|
sorbée par l'idée dominante du tems. On fondait des hô
pitaux ou des couvens , non par humanité ni même
par un sentiment véritable de piété, mais par peur de
l'enfer, pro remedio animœ suœ.
Bientôt, le régime municipal qui caractérisa les dou-
zième et treizième siècles, vint perfectionner les institu-
tions utiles; et enfin , dans les derniers tems, l'esprit phi-
losophique porta l'attention des peuples et le zèle des
hommes éclairés sur toutes les branches de l'administra-
tion et de l'économie publique. Cependant, chaque amé-
lioration demandait un long tems pour s'établir; il fallait
user les obstacles qu'apportaient l'ignorance ou les préju-
gés dans un pays où l'on ne pouvait les rompre. C'est une
chose curieuse à observer, dit l'auteur , que de voir d'a-
bord les cahiers présentés aux états d'Orléans par la no-
blesse dissidente, être adoptés par Louis XIV cent ans plus
tard dans les édits sur la formation des hôpitaux et des ate-
liers de charité ; puis, les projets des ministres de Louis XV,
pour la déportation des mendians , ceux des ministres de
Louis XVI sur l'amélioration des hôpitaux , trouver place
dans les décrets de la convention. C'est cependant Louis XIV
qui donna l'idée de ces utiles changemens , et on doit I
lui en laisser la gloire. A son exemple, les grands sei-
gneurs, dans leurs terres , les prélats, dans leurs diocèses,
s'ingénièrent à faire du bien; et madame de Monlcspan ,
pleurant sur sa disgrâce , cherchait encore à plaire au mo-
narque, en fondant, près de son château dOiron , un
hospice pour les enfans et les vieillards, et en préparant
elle-même le bouillon des pauvres. Bientôt, Saint-Vincent
de Paule encouragea cette généreuse disposition parmi les
gens riches. Les Bâillon, les Faure, _, les Ségiiier , h^s
Pré\^'ui j les La UochefvucaitU , y consacrèrent une partie
(
i
I
El POLITIQUES. 531
de leur fortune, comme ont fait depuis MM. Cochhi,
Neckerj B^aujon , et d'autres hommes recommandablcs.
On comptait dans le royaume, avant la révolution , 740
hôpitaux civils, et 730 petits établissemens , de trois à
quatre lits. Leur population totale était, selon 31. Necker,
de 1 10,000 individus, dont 26,000 malades , 4o, 000 en-
fans et 4o,ooo vieillards, ou autres personnes présumées
hors d'état de gagner leur vie. Ils avaient environ 3o mil-
lions de revenus, consistant en biens-fonds, terres, mai-
sons , rentes, en attributions sur les droits d'entrée et oc-
trois des villes , en secours d'argent formés par le trésor
royal ou assignés sur diverses caisses ou établissemens de
mont- de-piété, etc. , etc.
L'administration de ces fonds et la conduite de ces hô-
pitaux variî^, suivant le tems. Elle fut d'abord entre les
mains des ecclésiastiques, sous l'autorité des évêques.
Cependant, leur gestion ne répondant pas à ce que l'on
en espérait, en i3i2, le concile de Vienne examina les
abus qui s'y étaient introduits; il fut décidé que le gouver-
nement de ces maisons serait remis à des hommes prudens
et de bonne réputation. Cette mesure n'ayant pas été suf-
fisante, Louis XII et François I*^^' pensèrent à établir un
ordre fixe. Les syndics des communautés furent introduits
dans les conseils , avec des représentans du clergé et de la
noblesse; et, depuis cette époque, l'administration ne cessa
d'avoir un caractère social et communal qui seul lui con-
vient : la révolution pensa cependant porter un coup fu-
neste à ces institutions en mettant leurs biens en vente
pour centraliser tout le service et le mettre aux frais de
l'état. Heureusement , cette mesure n'eut lieu que d'une
manière imparfaite , et fut promptement révoquée.
L'organisation administrative des hôpitaux repose encore
sur la loi du 7 octobre 1796, qui con^itue des cornmis-
3À*
532 SCIEiNCES MORALES
sions de cinq membres nommées dans le principe par l'ad-
ministration municipale et départementale, et depuis par
les ministres, sur la présentation des préfets. L'ordon-
nance du 6 février 1810 accorde cette nomination au préfet
seulement. M. Dupin développe toutes les lois et les droits
de cette administration qui sont fort sages, et qui, à l'ex-
ception de quelques changemens, doivent être conservés.
La population actuelle des hôpitaux et des hospices de
France est d'environ 90,000 individus; savoir: 3o,ooo-
malades,35,ooo vieillards et infirmes, 25,oooenfans; dans
ce nombre, ne sont point compris les vieillards en pension
dans leur famille, et les enfans nourris à la campagne. La
dépense est évaluée au taux moyen de 50 centimes la
journée de malade, et 60 centimes celle des vieillards in-
firmes et d«s enfans; ce qui représente une dépense an-
nuelle, pour tous les hôpitaux, de 24 â 25 millions. Nous
avons vu que le revenu équivalait et surpassait même
celte somme, qui s'augmente tous les jours par les legs
nombreux qui sont faits à ces établissemens.
M. Dupin donne des détails intéressans sur les enfans
trouvés et la mendicité , deux parties importantes des se-
cours publics.
Avant la révolution , le nombre des enfans trouvés était
de A5,ooo ; il est maintenant d'environ Go, 000, et leur
dépense s'élève à sept millions. On ne voit pas, sans éton-
nement et sans tristesse, sur les registres de l'étal civil
de Paris, que les enfans naturels sont plus du tiers des
naissances. L'organisation des secours pour cette classe
d'êtres malheureux, a sans doute contribué beaucoup à
leur accroissement; mais on ne peut regretter ces secours,
lorsqu'on pense au traitement qu'éprouvaient ces malheu-
reux enfans. Ils étaient vendus publiquement, sons le
porlail (!c Téglise de Saint-Landry, à des femmes malade.^
ET POLITIQUES. 53o
qui en avaient besoin pour faire passer leur lail, à des
bateleurs, à des rnendians , et, comme le disent les mé-
moires du tcms, à des magiciens : le prix courant était de
vingt sols. Aujourd'hui, ces enfans sont gardés avec beau-
coup de soin : les uns en nourrice, les autres à l'hospice
jusqu*d l'âge d(! douze ans. A cette époque, ils sont placés
en apprentissage chezwle bons fabricans, et une grande
partie parvient à une existence indépen lante et heu-
reuse. Leur nombre est sans doute considérable; mais une
institution excellente tend à le diminuer ^ c'est la Société
de charité maternelle j^m^ prévenant le malheur au lieu
de se borner à le réparer, porte des secours aux femmes
en couches j prend soin de leurs enfans nouveau-nés,
et empêche que le désespoir, la honte ou le besoin ne les
leur fassent abandonner. Les mesures prises en France ,
et surtout à Paris , contre la mendicité, ne sont pas moins
actives, mais sont moins efficaces; et ce fléau ne peut
s'adoucir que par l'accroissement du bien-être, de la pro-
duction et du commerce intérieur qui en est la suite. Les
établissemens publics , les secours même à domicile ne
sont que des palliatifs. M.Dupin rend un compte fort inlé-
resssant des uns et des autres , depuis les premiers tems
de la monarchie. Il relate tous les édîts de nos rois à ce
sujet; et , pour consoler de l'extrême rigueur qu'on re-
marque dans presque tous , il nous peint les heureux
changemens que la législation moderne et l'esprit de
bienfaisance ont portés dans cet abime de misères hu-
maines. Outre les bureaux de bienfaisance, établis dans
toutes les communes, des distributions à domicile se font
presque partout aux frais des personnes charitables ; des
maisons de sœurs de charité sont fondées dans beaucoup
de lieux, et, dans les villes un peu considérables, les ou
vriers forment eux-mêmes des associations de secours poui
5S4 SCIENCES MORALES
les individus malheureux de leur profession. Paris compte
environ quatre-vingts de ces sociétés particulières d'ou-
vriers. On a fort bien organisé dans cette ville tout ce qui
concerne les secours publics. Outre les nombreux établi -
semens pour l'éducation des enfans et le soulagement des
malades, on compte un bureau de charité et plusieur?
dispensaires par arrondissement. La S-. ci été phi lan tropique
distribue trois millions de soupes ; et il faut convenir
que ces secours sont bien urgens , quand on pense que
près de 100,000 indigens sont inscrits sur les registres ,
et qu'environ le septième de la population est à la charge
des autres habitans.
C'est en mêlant ainsi le tableau des maux de l'humanité
à reloge des personnes charitables qui s^occupent à les
adoucir, que M. Dupin encourage à l'étude, comme à la
pratique de la bienfaisance, et l'on peut dire que son
ouvrage est lui-même une bonne action, puisqu'il peut
être utile à l'exercice de bonnes œuvres.
Alexandre de Laborde, de Vlnslitut.
<vw»w\''.<%\ wv\/v ivw»
AnNTJAIRE niSTORIQtE UKIVl-RSEL pOllV 182O ,*
par C. L. Lesur (i).
«L'AKNÉEdon nous donnons l'histoire offre un spectacle
mémorable , variis casibus plemun , seditioJiibu^ discors ,
ipsd etiam pace sœvum. » C'est jM. Lesur qui s'exprime
ainsi, au commencement de sa préface; et, en effet, il est
peu d'époques plus dignes d'occuper les méditations
(1) Paris, 1821. 1 vol in-8° de Sj4 pages. Chez Fantin , rue de
Seine, n" \i. Treiittel et Wiirtz, rue de Bourbon, n" 17 Drlaunay»
au Palais-Koyal, tjalrrie (\v bois. Prix, 10 l'r.
ET POLITIQUES. 535
•îe l'historien. Les deux inondes appellent à la fois ses ic-.
gards ; et une seule passion semble agiter en même tems
tous les peuples : l'amour de la liberté. Des rivages du
Mexique jusqu'au pied des Andes, l'Amérique, fatiguée du
joug des conquérans, réclame des lois nouvelles; l'Espagiie
et le Portugal changent un gouvernement absolu contre
un gouvernement représentatif; deux peuples de la pénin-
sule italique veulent suivre cet exemple; des rois s'as-
semblent en congrès et se constituent les juges des peuples
sur lesquels ils ne régnent pas; de sourdes agitations se
font sentir dans plusieurs états de l'Allemagne ; l'un des
princes de cette vaste contrée entend la voix de ses sujets ,
et les admet à discuter avec lui la constitution à laquelle
ils doivent désormais obéir; un peuple du Nord, à qui l'on
a promis la liberté, voit ses députés unanimes pour rejeter
des institutions qui ne consacrent point ces promesses ;
en Angleterre, un malaise toujours croissant, et des besoins
qu'on s'obstine à méconnaître avec plus d'opiniairelé, à
mesure qu'ils deviennent plus impérieux, se font néan-
moins entendre avec énergie, et le scandale d'une grande
et imprudente accusation fournit aux passions du peuple
et aux clameurs de la politique un aliment nouveau; la
France, enfln , qui semblait n'avoir plus qu'à s*avancer
paisiblement dans la route constitutionnelle qui lui était
ouverte, se voit tout-à-coup arrêtée dans sa marche par
un horrible forfait qui, en frappant un prince du sang,
la rejette dans le régime exceptionnel dont elle venait à
peine de s'affranchir, et , en changeant son système élec-
toral, va peut-être changer ses destinées.
Sans doute , ce sera un vaste et imposant tableau que
celui où l'on va retracer des vicissitudes si intéressantes et
si variées. Mais que de difficultés il offre aux pinceaux
du peintre î L'historien qui ne veut décrire que le
556 SCIEiNCES MORALES
passé, peut entrer d'un pas égal et ferme dans les lem^ qui
ne sont plus; impassible comme les générations éteintes
qu'il évoque devant lui, il peut rester calme au milieu
des passions, impartial au milieu des partis; son bras équi-
table pèsera les hommes et les événemcns dans une ba-
lance que ne fait incliner le poids d'aucun sentiment per-
sonnel. Le juste et l'injuste, l'innocence et le crime auront
seuls le droit de l'émouvoir, et il les discernera d'un œil
sûr ; car je suppose à l'historien un esprit droit et une
ame vertueuse. Mais, avec ces qualités ntême. combien
cette tâche est plus épineuse pour l'écrivain qui entreprend
le récit des événemens contemporains! Placé au milieu
de l'agitation générale et de tantd'inlérêts divers,pourra-t-il
seul rester froid au sein des passions flagrantes dont il est
environné? Ce ne sont plus les affaires des morts dont il
s'agit, ce sont s«s propres affaires; ce sont celles d'une
patrie qu'il aime , d'une terre que doivent habiter ses
enfans; n'a-t-il pas des amitiés ou des aversions \ satis-
faire, un amour propre à ménager, une fortune à mainte-
nir? On dit impunément la vérité aux morts; il est Irop
souvent dangereux de la dire aux vivans. Croit-on, d'ail-
leurs, que la vérité soit si facile à connaître pour les con-
temporains ? De combien d'illusions ne faut-il pas se garder;
il est si facile de voir la justice où l'on voit la victoire; il
est si naturel , si utile de croire que la puissance a toujours
raison ; la vérité même, chez ceux qui succombent, prend
je n« sais quelle apparence d'erreur. Souvent ausbi l'on
est injuste avec les intentions les plus droites; on blâme
un fait blâmable en lui-même, et l'on ne songe pas qu e
ce fait a son excuse dans des causes qui l'ont rendu né-
cessaire, et que, pour être équitable , il fallait signaler
d'abord. On se fait un mérite d'être sévère envers les peu-
pies , et l'on a raison ; maïs on oublie qu'il est moins aisé
ET POLITIOIES. 537
et non moins utile d'être sévère envers les piiijcei et leurs
ministres.
Ces réflexions sont générales, et nous n'entendons pas
en faire une application directe à l'ouvrage de M. Lesur;
nous avons cru toutefois qu'il convenait de donner une
idée de l'extrême difficulté de son entreprise, au moment
où nous allons essayer de rapprécier.L'-./«777^ruV^aétéloué,
presque sans restriction , dans plusieurs feuilles estimées ;
el\i\H(^(vie Encyctopédiqiis elle-même a rendu compte des
deux premiers volumes (i), avec la bienveillance que
méritait une entreprise utile, et qu'il convenait d'encou-
rager. Aujourd'hui que son succès est assuré, nous n'ac-
corderons rien à l'indulgence. Avertis parles éloges donnés
aux Tolumes précédens, et même à celui-ci, nous allons
l'examiner avec soin; et, si un examen attentif asiienait
quelques réflexions sévères, nous souhaitons que cette
sévérité ne déplaise pas à l'auteur, et qu'il n'y voie qu'un
témoignage de la réputation que son ouvrage s'est acquise,
et de l'importance qu'on attache à ses travaux.
Le talent avec lequel on a fait connaître, dans ce Recueil,
l'objet et le plan de VA'inuaii'c, nous dispense de revenir
sur ce point (2); nous nous bornerons à l'examen rapide
(1) T. IV, p. 286; T. VIII, p. 29.
(2) Nous voudrions cependant conseillera M. Lesur de mettre u»
peu plus de sévérité dans le choix des matériaux qui composent sa
Chronique. Parmi les faits qu'il recueille, il en est qui nous semblent
~tout-à-fait indignes de figurer dans nn pareil ouvrage, et qui, destinés
à l'oubli dès le lendemain du jour où ils sont connus , peuvent servir
tout au plus à amuser l'oisiveté des lecteurs des feuilles quotidiennes.
Nous voudrions aussi un peu plus de justesse dans certaines réflexions.
Ainsi, lorsqu'au sujet de l'opposition manifestée par Je parterre du
Théâtre - Français à l'augmentation du prix des places , l'auteur
ajoute : » Cette lutte a balancé, pendant une semaine, l'intérOt de»
I
o"8 SCIENCES MORALES
dos priijc'palrs matières contenues dans ce volume, et nous *
coFiîmcnçons avec M. Lesur par la session des chambres.
Nous ne nous occuperons pas de la vérification des pouvoirs,
qni. cette année, offrit une question que nous ne voulons
pas traiter ici , ni de la demande des douzièmes provisoire?,
abus périodique, dont nous serons sans doute bientôt dé-
barrassés ; mais nous dirons quelques mots des pétitions
présentées par environ vingt mille citoyens pour demander
le maintien de la loi des élections. On sait que ces pétitions
furent écartées, par l'ordre du jour, à une majorité de cinq
VOIX ; cette majorité, qui n en eut pas ete une dans un pays
où les principes parlementaires eussent été mieux connus,
qui eût été une minorité véritable, en Angleterre, où les mi-
nistres auraient eu la pudeur de ne pas compter leurs voix,
préjugea , dans cette circonstance , une grande question ,
celle du système électoral. Car, malgré tout ce qui fut dit,
à celte occasion, sur l'abus des pétitions , les partisans de
Tordre du jour avaient pour but de se ménager un premier
triomphe, gage d'un triomphe plus important, dans l'atta-
que projetée contre la loi des élections. Personne, en effet,
ne considéra comme un argument sérieux le reproche
fait aux pétitionnaires par un ministre, de donner au droit
de pétition une extension inconstitutionnelle, lorsqu'on se
souvenait que, l'année d'auparavant , des pétitions , dont
l'objet était absolument le même, avaient été trouvées très-
constitutionnelles par les ministres qui redoutaient alors
l'effet de la proposition de M. Barthélémy. Or, M. Lesur,
qui, dans son Annuaire de 1819, ne dit nullement qu'il ait
querelles politiques ; » il fait une remarque qui a le double tort d'être
inexacte et de jeter sur des événcmens graves un air de ridicule ^ et
sur le caracttTc national un vernis de légèreté, dont le reproche,,
pour être >ine vieille habitude, n'est pas moins aujourd'hui une in-
juslicc.
ET POLITîQllKS 55;)
été elTrayé des pétitions, partage, en 1820, TiilTroi des mi-
nistres, et, sans donner son opinion sur l'inconslitutionna-
lité de la démarche des pétitionnaires, ce qui était cependant,
nous le croyons, la première question à décider, il parl<; du
« danger qu'il y aurait eu pour la tranquillité publique ,
pour le gouvernement, et même pour la dynastie, de céder
à des pétitions. » Cette assertion de M. Lesur semblera
bien singulière, si l'on fait attention aux événemens dont
il se sert pour l'appuyer, je veux dire, la vivacité des dé-
bats qui eurent lieu à l'occasion Se la nouvelle loi d'élection
et les troubles de juin; car, si l'on peut établir quelque
rapprochement entre ces faits elles pétitions, la consé-
quence qui se présente à tout esprit juste, c'est que les
faits n'auraient probablement pas existé, si les pétitions
eussent été accueillies. D'ailleurs, quel est donc ce singu-
lier scrupule de céder à défi pétitions? Il s'agit bien , en
'matière de gouvernement, d'écouter la susceptibilité d'un
vain amour-propre ; examinez si c'est le vœu de la raison
qui parle dans les pétitions; et si vous répondez affirma-
tivement, il faut bien les admettre. Car c'est un devoir
sacré d'écouter la raison, quelque soit l'organe dont elle
se sert pour se faire entendre.
Avant d'arriver à l'affaire capitale de cette session , le
changement du système électoral , M. Lesur a dû rappeFer
la discussion des lois d'exception, présentées aux chambres,
deux jours après l'horrible attentat qui enleva à la cou-
ronne l'un de ses plus proches héritiers. Peut-être eût- il
été digne d'un historien et d'un publiciste de laisser en-
trevoir sa pensée sur des mesures si grave5,et qui rejetaient
la France sous un régitne dont elle avait eu tant de peine
à se débarrasser. On lit pour s'éclairer, et les gens sensés
n'apprécient un livre qu'autant qu'ils y ont puisé quelques
iMmièrcs. Nous n'avons rien trouvé qui appartînt à M. Le-
5A0 SCIENCES MORALES
suF, dans l'analyse de la discussion concernant le pouvoir
léclamé par les minisires d'emprisonner sans jugement,
hormis le reproche qu'il adresse au côté gauche de s'être
laissé emporter p(ir une éloquence passionnée , et particu-
lièrement à !M. Martin de Gray d'«t' /;' attaqué le projet
avec plus de véhémence et de p(i>sion. Pour nous, nous fé-
liciterons l'honorable député que la chambre vient de
perdre, d'avoir mérité le reproche qu'on lui fait ici. Dans
notre conviction, les lois d'exception sont funestes, surtout
au gouvei-neinent qui les emploie; et, selon nous,M.Mailin
de Gray a fait un acte de patriotisme en les repoussant.
S'il a mis quelque passion dans ses discours, ce fut l'effet
d'une chaleur vertueuse, dont il peut encore s'honorer.
Quant à la loi sur la censure des journaux, notre auteur
nous donne son opinion : «Plus on étudiera cette discussion
qui se prolongea pendant neuf jours, dit-il, plus on se con-
vaincra que son intérêt tenait moins au développement
des principes qu'aux querelles des partis, et aux attaques
dirigées contre le ministère. » Nous croyons que cette
réflexion est encore une erreur; si ces querelles et ces
attaques se sont mêlées à la discussion, c'était un effet né-
cessaire de la situation des choses; mais nous sommes per-
suadés, quoi qu'en dise Tauteur àaV Annuaire, que le
maintien des principes fondamentaux de toute liberté était
l'objet principal des adversaires du projet, et la cause de
ce grand intérêt que la discussion inspira dans la nation.
L'effet des dernières élections faites d'après la loi du
5 février, avait été de renforcer le côté gauche, d'af-
faiblir le côté droit , et de dépeupler presque entière-
ment le centre. Ce résultat ne pouvait manquer d'être ,
aux yeux des ministres, une preuve manifeste des incon-
véniens du système électoral qu'on avait conservé, l'année
pi\;cédentc, nu prix de tant d'efforts; aussi, l'on saTait que
f
ET POLIUQUl^S. 5 Al
l'intenlion du ministère élait d'y proposer d'importantes
modilications. Il nous serait impossible , dans les bornes
étroites qui nous sont prescrites, d'aborder une question
aussi grave, et d'essayer de faire apprécier les différens pro-
jets qui furent successivement présentés et discutés. Nous
ne pouvons indiquer les incidens variés de la discussion,
les vicissitudes singulières de l'amendement proposé par
Camille Jordan, et les mouvemens que le grand intérêt de
la question souleva dans Paris. Il y a, dans cette époque
de notre histoire, certaines obscurités qu'il ne nous appar-
tient pas d'éclaircir, que sans doute M. Lesur ne pouvait
pas non plus expliquer, mais que peut-être il aurait dû
signaler. Toutefois , il ne nous a pas semblé s'en être
aperçu. On sait que la nouvelle loi adoptée à la chambre
des députés le fut ensuite à la chambre des pairs, à une
plus forte majorité; sur quoi M. Lesur dit : « Il est à re-
marquer que la minorité restée favorable à la loi du 5 fé-
vrier 1817, est inférieure au nombre des pairs créés en
1819 pour la soutenir; M. le garde des sceaux l'avait prédit.»
Nous croyons que cette remarque est au moins oiseuse, et
que la prédiction de M. le garde des sceaux n'était pas très-
difficile à faire. Il est bien évident que , }>our se former
une majorité dans la chambre des pairs, en 1819, le mi-
nistère y avait fait entrer ses amis; la plupart de ces pairs
étaient encore, en 1820 ^ les amis du ministère. Est-ce là
ce qui étonne M. Lesur? Quant à l'objet de la loi, nous
ne ferons que cette réflexion : la loi de 1817 avait placé,
en grande partie , la puissance électorale dans la portion
moyenne de la nation , c'est-à-dire dans la portion la plus
éclairée, la plus indépendante, la plus libre des préjugés
de l'édu'fcation et des besoins de l'ambition; si les ministres
ne crurent pas pouvoir trouver dans cette classe de citoyens
une majorité ministérielle, nous n'hésiions pas aie dire.
^k% SCiKNCliS MOIULES
c'est un tenible préjugé contre le ministère d'alors. Au
reste , nous sommes persuadés que , sans le déplorable
malheur du i3 février, la loi de 1817 eût encore trouvé
dans la thanibre des députés une majorité suffisante pour
la soutenir, au moins dans ses dispositions fondamentales.
Après avoir accordé à la discussion des lois de finances
toute l'attention que leur importance mérite, l'auteur de
VAinmciire note quelques dispositions législatives d'un
moindre intérêt ; et ensuite il passe de l'histoire des
chambres à celle des événemens qui , sans se lier aux af-
faires législatives de cette année, méritent cependant d'oc-
cuper une place dans nos annales.
L'un des plus importans est la découverte de la conspi-
ration militaire. Nous sommes forcés de l'avouer, nous
n'avons pas vu , sans quelque peine , les expressions, dont
un écrivain aussi grave que l'auteur de VJlnnuaire, s'est
servi dans cette circonstance : « A neuf heures, dit-il,
plusieurs des coupables signalés, qui se trouvaient dans les
casernes, furent arrêtés, au premier ordre des chefs de
leurs corps respectifs, par les officiers et soldats, empressés
cl* éloigner de leurs rangs des hommes qui avaient faussé
leurs serni.ens. » Nous ne savons si le sentiment exprimé
dans ces derniers mots s'est effectivement manifesté; mais,
dans tous les cas, il semble que M. Lesur ne devait le rap-
porter que pour le marquer d'une sévère réprobation.
Est-ce donc à un historien qu'il faut rappeler ce principe
d'éternelle justice : que l'accusé est toujours présumé in-
nocent.^ ou bien, selon W. Lesur, ce principe cesserait-il
d'être vrai, quand c'est le gouvernement qui accuse?
Lorsque l'auteur écrivait , tous les accusés étaient sous la
sauve-garde de ce principe, l'innocence de tous était pré-
sumée; depuis, une procédure solennelle a proclamé l'in-
nocence du très-grand nombre des inculpés. M. Lesur dit
I
ET POLITIQUES. dA3
lui-iiitMno, deux pages plus bas^ qu'apièi une iiislriictiou
préliuiinaire , qui dura cinq à six mois , sur soixante-quinze
prévenus, quaranle-un furent renvoyés de la poursuite;
et il dira, dans son prochain Annuaire, que sur les trente-
quatre autres, sept seulement ont été condamnés. Com-
ment faudrait-il donc qualifier, si l'on s'en rapportait ici
à l'assertion de l'auteur, cette espèce de sentence préa-
lable, prononcée contre un grand nombre d'innocens, par
la force armée , chargée de leur arrestation ? Au reste, nous
aimons à absoudre l'intention de M. Lesur; mais nous
avons dû relever ses paroles.
Parmi les grands travaux ministériels de celte année,
l'auteur cite le rapport du ministre de la guerre, sur la
nouvelle composition de infanterie française. « Ce rap-
port, aussi important à méditer (selon lui ) que l'ordon-
nance, doit être mis à côté de la loi du recrutement,
comme la base de l'organisation militaire de la France. »
C«ux même qui partageraient l'estime que M. Lesur fait de
ce travail, pourraient encore désirer ici quelques particu-
larités historiques qu'on n'aurait point dû oublier dans un
ouvrage destiné à fournir des matériaux à l'histoire. Sous
ce point de vue, nous sommes obligés d'indiquer, en pas-
sant, une autre petite inexactitude, relative à la souscrip-
tion pour l'achat du château de Chambord. « Ce vœu fut
accueilli, dit M. Lesur; les communes et les citoyens
s'empressèrent de souscrire, et le château a été ensuite
acheté, au prix de i,5A2,ooo fr. » Cette dernière partie
du fait est exacte, le reste est sans doute un vœu que
M. Lesur a voulu exprimer; mais il faut prendre garde,
quand on écrit l'histoire, de donner ses vœux pour des
réalités; M. Lesur sait à présent, par une autorité bien
instruite, et qu'il ne révoquera pas en doute, le Moniteur^
^ue., malgré des provocations multipliées ( ce sont les
5AA SCIENCES MORALES
termes (iu journal ofTiciel ) , on n'a pu réunir qu'une faible
partie du prix d'achat. Et nous avouons que nous ne sau-
rions l'aire un reproche à la grande masse des citoyens ,
d'avoir pensé que ce ne soal p;is là les preuves d'amour
qu'il faut donner aux princes , et d'avoir cru que, dans un
pays où beaucoup de malheureux manquent d'abri, le
plus pressé n'est pas de donner un château de plus à un
jeune prince, qui n'a que l'embarras du choix entre les
demeures royales.
Un des événemens les plus iniportans de celte année, .
ce fut le premier essai de la nouvelle loi d'élection. Voici
ce qu'en dit M. Lesur : « le résultat des élections, ora-
geuses dans quelques endroits seulement, fut à peu près
tel qu'on l'avait prévu. Dans les collèges de département,
l'ascendant de la grande propriété enleva presque tous les
suffrages. Dans la plupart des arrondissemens, circonscrit^
de manière d briser les coalitions des libéraux , les roya-
listes eurent encore l'avantage ; et presque partout, le
ministère, prononcé pour eux, obtint, à peu d'exceptions
près, les choix qu'il avait désignés. On a calculé que , sur
deux cent vingt députés élus , il se trouva quarante-quatre
présidens ou vice-présidens , soixante-quinze membres de
la chambre de 181 5, et seulement trente-quatre à trente-
cinq libéraux.... Ainsi désappointés, les libéraux se plai-,
gnirent de ce qu'aux combinaisons d'une loi qui leur était
si défavorable, le ministère avait ajouté tout le poids de
son influence » Ces faits parlent d'eux-mêmes; c'est ce.
qui fait, sans doute, que M. Lesur n'y joint aucune ré-
flexion. Malgré le désappointement de ces pauvres libé-
raux, on ne les crut pas encore assez battus. « MM. Laine? .
de Villele et Corbières furent nommés ministres secré-
taires d'état sans portefeuille, ayant voix au conseil ; créa-
tion vue.... , j)(ti- les esprits modérés^ commc une aggréga-^
F/r POLÏTIQUES. 5/V5
tion nécessaire dans l'accroissement de la chambre des
députés, pour y conserver la majorité ministérielie. » On
voit, par cette remarque , que l'auteur de V Annuaire se dé-
clare un grand partisan du système de bascule. Pour nous,
qui voudrions bien aussi être modérés, mais qui ne pou-
vons pas l'être comme M. Lesur, cette nécassité ne nous
a point frappés; nous espérons que V Annuaire de 1821
nous la fera mieux sentir, en nous démontrant les avan-
tages que la nation a retirés de cette aggrégation de talens.
Nous avons dû consacrer à l'histoire de notre pays
presque tout l'espace qui nous est accordé; le peu qui nous
reste suffit à peine pour indiquer les principaux faits de
l'histoire étrangère. Nous passerons rapidement en Au-
triche, où nous n'avons guère remarqué que la réponse,
«n latin, de l'empereur, à une députation du comté de
Pest, réponse dans laquelle S. M. dit que tout le monde
devi-nit fou, totiis mitndus dsllrat ; en Prusse, où nous
voyons qu'un édit accorde aux seigneurs, entre autres
privilèges : « l'exemption du service et du logement mili-
taires, des taxes personnelles, du droit de timbre et de
l'impôt foncier sur leurs domaines seigneuriaux, en sorte
qu'ils ne soient astreints qu'^wA; Impaaitions indirectes.^) Et ,
laissant derrière nous diverses autres contrées de l'Alle-
magne, nous nous hâterons'd'arriver au pays deHesse-Dar-
tnstadt, qui offre, cette année, un spectacle digne de toute
l'attention des publicistes. On voit le prince présenter à
èe5 sujets une constitution, dont les dispositions impar-
faites ne s'accordent ni avec les lumières du siècle, ni avec
les besoins du peuple; une chambre de députés refuser
hautement d'accepter un pareil acte, et, après une lutte ,
où la fermeté des mandataires du peuple ne saurait être
trop louée, le prince, revenant à des conseils plus sages,
donner une déclaration , où l'on trouve ces paroles remar-
ToME \ii. 35
5A6 SCIENCES MORALES
quables : « Les états-généraux sont invités^ au nom de
S. A. R. , à s'occuper, le plus tôt possible, et avant toute
nouvelle délibération, d'un projet de constitution, qui
sera soumis au grand -duc, afin d'accélérer le moment
heureux qui, en assurant à ce peuple toutes les garanties
constitutionnelles, laisse au souverain, désormais le chef,
et non le dominateur de l'Etat, la douce conviction d'avoir
un plus grand pouvoir sur le cœur de ses sujets. » En con-
séquence, après des travaux communs, la nouvelle cons-
titution tut arrêtée d'un consentement unanime... Le jour
de sa publication fut un jour de fête pour tous les habitans
du grand-duché ; elle fit sensation en Allemagne par des
motifs divers. Ce petit peuple mérite d'être ofifert en
exemple au monde, et l'on ne saurait donner trop d'éloges
ù la noble franchise de ces députés qui ne craignent pas de
dire la vérité, et à la haute raison de ce prince qui ne craint
pas de l'entendre.
La Pologne était moins heureuse; elle avait bien ui>e
constitution; mais les lois secondaires, destinées à mettre
en jeu la loi principale, ne semblaient pas remplir le vœu
des citoyens. Un projet de code de procédure criminelle
fut proposé ; il subit de graves reproches : l'institution du
jury était refusée à la Pologne. Cette loi nouvelle était une
infraction à l'article de la constitution, en vertu duquel
un citoyen, qui n'est encore convaincu d'aucun délit, ne
peut être arrêté; il n'existait pas de garantie réelle de la
liberté individuelle ; la législation polonaise ne contenait
aucune disposition relative à la liberté de la presse, aban-
donnée au despotisme de la censure. Ces reproches étaient
graves, et la loi fut rejetée à une majorité de 120 voix
contre 3, « majorité qui n'étonne pas moins, dit M. Lesur,
que la chaleur des discussions. » Et d'où vient donc cet
étonnement ? ne connaît-on pas le patriotisme des Polo-
Kt POLITIQUES. 5A7
nais ? Et quipoiirrait soutenir que des lois où manquent les
garanties qu'on vient d'énoncer, soient dignes d'être ac-
ceptées par des peuples libres ? L'auteur de V Annuaire
a tort de voir, dans cette opposition légale, un esprit
d'hostilité contre le gouvernement, puisque cette même
assemblée, qui rejette une mauvaise loi, vote les impôts
« presque sans opposition. » Ce sont les propres paroles
de M. Lesur, ce qui ne l'empêche pas de dire que «l'opi-
nion publique semblait se détériorer de jour en jour, soit
par la tendance naturelle des esprits lancés dans la route
des innovations j soit, comme on osait le dire hautement,
parce que la constitution n'était pas exécutée dans l'esprit
généreux qui l'avait dictée. » Certes, après les faits que
nous venons de rappeler, il y a une étrange distraction à
poser cette alternative; car, des deux suppositions, la pre-
mière n'est probablement venue dans l'esprit de personne.
Noiis remarquons aussi qu'il est assez curieux de voir un
puWiciste taxer à' innovations, chez un peuple que l'on dit
libre, la demande du jury, de la liberté individuelle et de
la liberté de la presse. Un fait digne d'être recueilli par
l'histoire , c'est que , pendant que ces choses se passaient
en Pologne, plusieurs provinces de l'empire rus!?e rece-
vaient avec enthousiasme l'ukase qui proclamait leur
affranchissement. '
Le procès de Thistlewood et celui de la reine occupent
cette année presque toute l'histoire d'Angleterre : cette
dernière procédure, qui a si vivement piqué la curiosité
du moment, mais qui enfin s'est trouvée sans résultat poli-
iique de quelque importance, a perdu presque tout son
intérêt devant ces grands événemens qui ont rempli le
Miidi de l'Europe. On sent bien qu'ici tous les détails nous
«ont interdits, et que nous devons nous borner à indiquer
:«jeulement l'esprit de l'ouvrage que nous examinons. Il
oh
6A8 SCIENCES MORALES
n*cst point favorable aux changemens qui se sont opérés
dans les deux péninsules; et lorsque l'auteur en cherche
les motifs, il ne nous semble pas fort habile ni fort heu-
reux à les découvrir. Ainsi, par exemple, il nous dit que
« la véritable cause de la révolution de Naples était sur-
tout le désir si généralement répandu d'avoir une cons-
titution nouvelle. » Et c'est une vérité incontestable, mais
qui malheureusement ne nous explique rien; car il nous
reste encore à demander à M. Lesur quelle était la cause
de ce désir si général ; et bien certainement il y en avait
une. Il est une vérité dont il faut bien convenir, parce
que ce n'est point une opinion , mais un fait : quand un
peuple est agité par quelque idée dominante, quand cette
idée, filtrant, pour ainsi dire, dans toutes les classes
de la société, se répand comme une sève active et vi-
goureuse, il faut bien reconnaître que d'autres tems ont
amené d'autres besoins, et qu'il est déjà trop tard pour
comprimer cette surabondance de forces, dangereuse, si
vous vous obstinez à en arrêter le développement, salur
taire et profitable, si vous la dirigez avec habileté et dans
le noble but de l'utilité publique. C'est le premier, devoir
des hommes chargés de conduire les peuples, que de
pressentir ces besoins , d'en reconnaître les symptômes et
de trouver les moyens d'y satisfaire , avant qu'ils se soieat
impérieusement déclarés. Ce devoir est difficile, sans
doute, mais indispensable. Quel triste sujet de réflexions,
quand on pense que si, depuis quarante ans, le hasard de
la naissance eût placé sur le trône dix ou douze hommes
capables de remplir ce devoir dans toute son étendue,
si seulement des hommes d'état, dignes de ce nom, eus^ i
sent paru dans les conseils intimes des princes , d'innom-
brables malheurs eussent été épargnés au monde! Vu
siècle fut o\\ la monarchie absolue était la destinée dos
ET POLITIQUES. bh9
peuples; les peuples furent obligés de la subir; elle élait
dans l'esprit du tems. Un autre esprit règne aujourd'hui ,
c'est le siècle des gouvernemens représentatifs; il y a né-
cessité de s'en accommoder. Sans doute, l'établissement
d'une loi fondamentale par la force militaire est une chose
fâcheuse, l'exemple en peut être funeste, et malheur â
qui en ferait un principe de politique I Mais si, en condam-
nant le principe, on examine froidement les résultats et
I les motifs; si l'on fait avec équité la part des hommes et
des choses, dans ces mémorables révolutions , nous croyons
I que ce ne sera ni la légèreté des peuples, ni l'esprit sédi-
tieux des soldats qu'il faudra d'abord accuser.
Nous espérions trouver quelques réflexions de ce genre
dans r Annuaire; nous avons été trompés dans notre attente.
Les peuples y sont jugés avec une grande sévérité, les
gouvernemens avec beaucoup d'indulgence; et nous croyons
pouvoir donner en deux mots une idée juste du livre de
M. Lesur : c'est un résumé assez bien rédigé de gazettes
censurées. Trop souvent les faits sont dissimulés ou mal
éclaircis, et les réflexions sont faites sans liberté, sans
exactitude , sans profondeur. Est - ce donc là ce que de-
vrait être un ouvrage tel que celui-ci ? Il nous semblait
que l'auteur était appelé à des fonctions plus relevées
et plus utiles; lui-même ne l'ignore pas : «Si nous ne
faisons pas encore de l'histoire, dit-il dans sa préface,
nous en réunissons tous les documens , nous en sommes
les rapporteurs; ce rapport doit être exact, impartial et
complet. ))Eh quoi! M. Lesur penserait-il que le rapporteur
des grands débats de l'histoire ne doit point avoir son
opinion , ou plutôt qu'il est condamné , comme certains
fonctionnaires, à une déférence absolue pour le langage
tîu pouvoir ? croirait-il compromettre sa bonne foi , en
défendant ouvertement les jubtcè maximes de k liberté ?
hbd SCIEiNCES MOIULKS ET POLITIQUES.
SoD ouvrage, dit-il, n'a pas été eomposé en vue de sertir
ou de flatter des intérêts et des passions de parti , et c'est
fort bien sans doute; mais, si l'esprit de parti est, dans
tous les tems, indigne d'un honnête homme et d'un écrivain
de conscience , il est aussi des époques où il faut être
iVun parti, si l'on ne veut abjurer le titre de citoyen.
Lorsqu'un état est partagé entre de vieilles doctrines et
des maximes nouvelles ; quand on voit d'un côté l'aristo-
cratie et le pouvoir absolu , de l'autre le grand nombre
et le pouvoir mitigé; ici, une loi fondamentale dont on
croit nécessaire de plier l'esprit auxexigeances de certaines
opinions; là, cette même loi: invoquée dans . tonte sa
pureté, ne faut-il pas convenir que la roison est d'un côté
ou de l'autre ? La raison , comme la vérité, est une et
invariable. Qui croira jamais la trouver dans un milieu qui
varie, chaque année ? Or, il est du devoir de tout hou)me
de sens de se ranger du côté de la raison, comme il est
du devoir de tout historien de reconnaître les besoins de
son siècle, d'en distinguer le véritable esprit et de rappeler
aux puissans que la justice et la véritable sagesse consistent
à s'y conformer. Qu'est-ce autre chose, d'ailleurs, que
décédera une insurmontable nécessité? Car, si l'onx'touffe
un jour les plaintes ou les vœuxraisonnables et légitimes
d'un peuple , ils éclateront le lendemain avec plus de vio-
lence ; on peut relarder quelques instans la marche de
l'esprit humain , il n'est pas d'efforts capables do, l'arrêter.
M. AvENEL.
LITTÉRATURE.
Œuvres coMPLÎiTES de madame de Stxèl, publiées par
son fils ( I ) .
De la Littérature, considérée dans ses ^'apports avec
les institutions sociales, — De l'Allemagne.
SECOND article.
(F'ojez, ci-dessus, Tom. XI, pag. 5io. )
Le§ écrits dans lesquels madame de Staël met les pas-
sions en jeu ,^u recherche quelle est leur influence sur le
bonheur, ont été l'objet de mon premier article. Celui-ci
sera consacré à l'examen des théories et des jugemens
littéraires de cette femme célèbre.
Madame de Staël comprend, dans sa vaste revue des
plus belles productions de l'esprit humain, depuis Homère
jusqu'à nos jours, les ouvrages d'imagination et les écrits
philosophiques. Les bornes qui me sont prescrites ne sau-
raient comporter un aperçu, même incomplet, de ces
immenses richesses du monde intellectuel.
Dans ses Considérations sur la littérature , l^auteur s'est
proposé la démonstration d'une grande vérité philoso-
phique : la perfectibilité de l'espèce humaine. Beaucoup
d'écrivains ont nié cette perfectibilité, moins par convic-
tion que par système. En expliquant sa pensée j madame
de Staël impose silence à ceux qui feignaient de l'avoir
mal comprise ; elle n'a pas prétendu dire que les modernes
ont une puissance d'esprit plus grande que les anciens,
mais seulement que la masse des idées, en tout genre,
(i) Paris, 1820 et 1821. 17 vol. in-S", chez Treuttel et Wiïrtz, rue
de Bourbon, n" 17, Prix^ 6 fr. le volume.
&52 LlTTl^UVATLllt:.
s'aiigiiienle avec les siècles. Sans doute, les arts ne sont
pas susceptibles d'une perfectibilité indéfinie^; mais qui
peut prévoir le terme où s'arrêteront la pensée et les pro-
grès successifs de la civilisation ?
La philosophie des Grecs est au-dessous de celle des Ro-
mains, leurs imitateurs, et la philosophie moderne a, sur
eelle des Romains, la supériorité que deux mille ans de
méditations de plus doivent assurer au génie de l'homme.
Les sentimens jeunes et forts des premiers peuples ci
vilisés, l'énergie, l'enthousiasme pour tout ce qui a de
l'éclat, le goût simple et pur des beaux-arts distingueront
toujours les Grecs des peuples qui les ont suivis; mais leurs
raisonnemens, en philosophie , peuvent à peine être con-
sidérés comme .l'échafaudage de l'édifice, élevé d'âge en
âge à la raison humaine. La méthode, que madame do
Staël nomme Vari de résumer ^ manquait aux philosophes
de la Grèce. Aristote le premier, ou plutôt le seul, a mis
Vesprit d^obserpalioji à la place de Vesprit de sjstème : il
recherche avec une grande sagacité les causes des révo-
lutions et les principes des gouvernemens. Les événcmens
contemporains et l'exemple des républiques de la Grèce
lui avaient fourni la plupart de ses idées. Si le régime
républicain n'avait pas cessé quelques siècles après lui,
madame de S:aël pense que les modernes seraient aussi su-
périeurs à Aristote, dans la. politique, qu'ils le sont dansîcv^
autres sciences philosophiques.
Dans les arts et dans la littérature, qui tient plus à
l'ini:igination qu'au raisonnement, les progrès de l'esprit
humain sont moins sensibles. La poésie épique et Ijrique,^
la tragédie, la comédie, l'éloquence, l'histoire, nées sous
le beau ciel de la Grèce, s'y sont rapidement élevées à une
liniuteur que n'ont pu surpasser encore les auteurs mo-
dernes. Homère est resté le prince de l'épopée; Pindare a
LITTÉi\A TlRt:. , 553^
eu (les iiiiita'tcui's, el point de rivaux. Si, daiib la ooinôdic,
Molière et les bons auteurs français ont une supériorité
qui noiis semble incontestable, il n'en est peut-être j:as
ainsi dans la tragédie ; des hommes d'une vaste litléra-
ture et d'un jugement sain hésitent à prononcer entre
Euripide et Racine, entre Sophocle et Corneille : l'inven-
tion de la fable dramatique appartient aux auteurs grecs ;
Tes situations les plus touchantes de nos plus belles pièces
sont tirées de ces auteurs. Les caractères tragiques de
l*amour maternel, de la tendresse filiale, du dévouement
de l'amitié, ont tous une analogie plus ou moins grande
avec les sentimens de Clytemnestre, d'Antigone, d'Oresle
et de Pylade, parce que les poètes grecs ont peint les pre-
miers ces affections dominantes, dont les principaux traits^
sont toujours les mêmes. II existe, dans la nature morale,
comme dans la lumière du soleil , dit madame de Staël, un
certain nombre de rayons qui produisent des couleurs tran-
chantes ou distinctes : on peut varier ces couleurs par leur
mélange, mais on ne peut en créer une entièrement nouvelle.
Les seules comédies grecques que nous connaission8,cclles
d'Aristophane , sont des satires politiques, à la fois violentes
et grossières, d'une invention bizarre ou commune, et dont
quelques plaisanteries populaires forment tout le comique.
Nulle vérité dans les situations, nul développement de carac-
tère , aucune de ces peintures de mœurs et de ridicules qui-
intéresscnt l'homme de tous les pays et de tous les tems.
Ménandre avait sur Aristophane l'avantage d'un siècle,
et il paraît qu'il avait fait faire à la comédie quelques
progrès dans la décence théâtrale. Mais la simplicité si
vantée de ses plans ne pourrait-elle pas être plus justement
attribuée à l'indigence de son imagination qu'à la délica-
tesse de son goût? Térence, imitateur, et souvent simple
traducteur de Ménandre , a quelquefois réuni deux piècej^
55A Ll ITERAT uni::.
de l'auteur grec dans une des siennes, et cepeudanl ma-
dame Dacier avoue qu'il est encore inférieur à Plaute pour
le nœud de l'intrigue et la vivacité de l'action théâtrale.
Cette comédie, toute d'imitation, n'avait presque aucun
rapport avec les mœurs des Romains, et ne tenait que par
la poésie à la littérature latine : il en est à peu près ainsi
de la tragédie. L'expression de la douleur morale ou phy-
sique étant, aux yeux des Romains, une marque de faiblesse,
qxcitait en eux le mépris, sans faire naître la pitié : il n'y
u rien dans une telle disposition qui puisse fournir aux
développemens de la tragédie. D'ailleurs, les Romains,
accoutumés, par le spectacle des gladiateurs, aux souf-
frances réelles et à la mort véritable, devaient être diffi-
cilement émus par des fictions qui n'en étaient que l'imita-
tion imparfaite. Aussi, les vit-on souvent interrompre les
représentations théâtrales pour demander à grands cris des
gladiateurs.
La littérature latine a commencé par des ouvrages de
philosophie. L'art d'écrire ne s'éttmt développé chez les
Romains que long-tems après Tart de conquérir et de gou-
verner, l'utilité fut le principe de leur littérature. Les
opinions philosophiques qu'ils adoptèrent, se trouvent
dans les livres grecs; mais, depuis long-tems, ils les avaient
mises en pratique dans la conduite des affaires publiques
et dans leur vie privée. C'est ce qui rendit leurs écrivains
si supérieurs aux auteurs grecs, dans l'analyse de tout ce
qui tient à la morale et à la législation. Aucun ouvrage
grec n'est comparable, pour l'ordre, l'ensemble et la clarté,
au code de& dei^oirs, présenté par Cicéron.Tout ce qui peut
ajouter à la dignité de l'homme était l'objet de l'étude
philosophique des Romains. L'histoire de Sallustc, les
lettres de Biutiis, les ouvrages de Cicéron rappellent ,
dit madame de Staël, de? irouvenir? tout puitsan^ ^nv U
LITTiiKATLJlE. 555
pensée ; vous sentez la force de l'ame à travers les beautcâ
du style; vous voyez l'homme dans l'écrivain, la nation
dans cet homme, et l'univers aux pieds de cette nation.
Les premiers historiens latins, Tite-Live, SallustCjFlorus,
Cornélius Nepos ont eu , comme les historiens grecs ,
l'avantage d'avoir à représenter les grands événemens et
les grands hommes que produit la liberté au sein des ré-
publiques : des siècles de monarchie despotique ou de
guerres féodales n'inspirent pas , dit madame de Staël ,
autant d'intérêt que l'histoire d'une seule ville libre. Si
Tacite a surpassé Suétone, Ammien Marcellin, Velleius
Palerculus, c'est parce que l'indignation républicaine vivait
^ans son ame, et que, ne regardant pas le gouvernement
des empereurs comme légal, n'ayant besoin de l'autorisa-
tion d'aucun pouvoir pour publier ses livres, son esprit
n'était point sujet aux préjugés qui ont asservi la plupart
des historiens modernes. -^; ^J
Les mœurs, les habitudes, les connaissances philoso-
phiques, les succès militaires dus Grecs ne paraissent à
madame de Staël qu'une semence que les vents devaient
emporter dans tous les lieux de la terre; et ces peuples,
lout étonnans qu'ils sont, lui laissent peu de regrets : elle
jfi'éprouve point, en les voyant disparaître de l'histoire,
la même douleur que lui inspire la perte du nom et du ca-
ractère des Romains. A son avis, les Grecs devaient donner
l'impulsion à la liitérature et aux beaux-arts; mais les
Romains ont fait porter au monde l'empreinte de leur
génie.
Jusqu'ici, en exposant les opinions de madame de Staël
sur la littérature grecque et sur la littérature latine, j'ai
plutôt rempli les fonctions d'historien que celle de critique.
(Cependant, je suis loin d'adopter toujours ses opinions sur
les auteurs grecs et romains. Ces écrivains ne me semblent
556 LITTÉRATURE.
dépourvus ni de réflexion, ni de philosophie, ni de celte
sensibilité profonde que madame de Staël a tant célébrée
sous le nom de mélancolie. Virgile est un poète essentiel-
lement sentimental. Les modernes n'ont rien écrit de plus
touchant que les confidences et les prières de Didon à sa
sœur, les plaintes de la mère d'Euryale , les tristes pres-
STîhlimens d'Evandre au moment où il va se séparer de
son fils. Quel tableau que celui des femmes troyennes,
versant des larmes, en contemplant, du rivage sicilien, la
profondeur des mers et l'immense étendue de l'horizon !
Les poèmes de Virgile sont pleins de ces douloureuses
peintures des destinées humaines; l'émotion qu'elles font
éprouver est d'autant plus vive, que, presque toujours ,
il en accroît l'effet par la sensibilité de l'expression , ou
par des réflexions mélancoliques sur la brièveté de la vie et
sur les peines dont elle est semée.
Le chantre des héros et des actions guerriers , Homère
lui-même s'éloigne quelquefois des champs du carnage;
sa muse ne fait pas toujours retentir les cris des combattans
.€tle tumulte des armes; elle s'attendrit aux adieux d'Hector
et d'Andromaque, et prête de touchantes expressions
au vieux Prîam embrassant les genoux de l'impitoyable
Achille, pour obtenir le corps meurtri de son cher Hector.
Si, dans Prométhée enchaîné , Eschyle présente seulement
les combats de l'ame aux prises avec la douleur physique,
c'est contre les remords ou la douleur morale qu'Orestc
se débat dans les Euménides. La blessure de Philoctète
inspire de la pitié; mais, ce qui intéresse, ce qui cause une
vive émotion , ce sont les regrets qu'il donne à la patrie
^ibsente ; les transports qu'il fait éclater, en reconnaissant
l'habillement et le langage des Grecs.
Le jugement que madame do Staël porte sur les histo-
riens grecs et romains, me paraît également ha^ardé^
LITTWUTURi:. 557
Quoi qu'elle en dise, Hérodote, Thucydide, Xénophon
s'arrêtent quelquefois pour considérer les cvénemens, pour
en indiquer l'origine et les conséquences , pour porter sur
les hommes et sur les choses ce qu'elle appelle (\^sjugenieri{i
de réflexion. Dans le premier livre de la guerre du Pélo-
ponèse, Thucydide, en traçant le tableau de la Grèce , Jn-
dique quelles furent les causes des fréquens changemens
auxquels la Thessalie et la Béotie étaient exposées ; el d'où
vient qu'Athènes, moins sujette aux révolutions, fut plus
célèbre par ses grands^ hommes et ses colonies que par ses
richesses ?
Ces observations , et un grand nombre d'autres ,. qu'on
trouve dans les historiens grecs et latins, prouvent, ce me
semble, qu'ils étaient non seulement narrateurs, mais en-
core penseurs et philosophes. On est tout étonné de voir
madame de Staël refuser aux Grecs la première vertu des
hommes libres, le patriotisme ; ils défendent leur patrie ,
dit-elle, mais pour la gouverner. Eh! quel autre sentiment
que le patriotisme animait les guerriers de Marathon et de
Salamine ? Quel gouvernement se promettaient les trois
cents Spartiates qui firent le généreux sacrifice de leur
vie aux Thermopyles ? Passant^ va dire à Lfacédémone que
nous sommes morts ici pour obéira ses saintes lois. Si ce
langage, si ce dévouement n'est pas celui qu'inspire le
pur amour de la patrie, qu'est-ce donc que le patriotisme?
Madame de Staël loue les Romains d'avoir fait porter au
monde l'empreinte de leur génie. Mais ne lui ont-ils pas
aussi fait porter l'empreinte de la servitude? Avant les
Romains, les peuples de l'Angleterre, de la Gaule, de la
Germanie, de l'Espagne, de la Grèce, de l'Italie étaient
indépendans , et jouissaient de la liberté. Tous furent
courbés sous le joug de ces Romains qui, semblables aux
Anglais de nos jours , ne voulaient de la liberté que pour
■
558 UrrEllATURE.
eux et chci eux. Après avoir opprimé^ et dépouille le
monde j ils y portèrent la mollesse et la corruption; de
maîtres durs et avares, ils devinrent des esclaves lâches
et prodigues; et, livrant à un seul homme les destinées
du genre humain, ils fondèrent la plus effroyable tyrannie
qui ait jamais déshonoré les hommes et désolé la terre.
Les Grecs furent rarement offensifs ; toujours les Romains
furent oppresseurs, même aux siècles de la république.
Les lumières de la Grèce, généralement répandues, brillent
aujourd'hui sur toute la terre; trente nations traînent en-
core les fers qu'elles reçurent de ces Romains trop ad-
miré».
C'est aux Italiens que madame de Staël attribue la renais-
sance des lettres. Ils ont, dit-elle , frayé les premiers pas
dans la carrière où l'esprit humain a fait depuis des progrès
si importans; mais ils ont été condamnés à ne pas avancer
dans la route qu'ils avaient ouverte. L'un des caractères
des poètes italiens est l'art de faire naître la plaisanterie
du sérieux. Ils aiment ù réunir la gravité des formes à la
légèreté des sentimens. C'est un genre national dontl'Arioste
est le plus charmant modèle. Les comédies italiennes ont
beaucoup de celte gaîté bouffonne qui tient à l'exagération
des ridicules; mais on n'y trouve pas la peinture des vices
du cœur humain : c'est plutôt la caricature que le tableau
réel de la vie.
Malgré le charme de Métastase et l'énergie d'Alfieri,
madame de Staël ne pense pas que les Italiens aient poussé
très-loin l'art dramatique dans leurs tragédies. La vengeance
est la passion qu'ils peignent le mieux , parce que , de toutes
les impressions, le ressentiment d'une injure est celle qui
s'enfonce le plus profondément dans leur ame; mais leur
sensibilité n'est pas sérieuse , leur grandeur n'est pas im-
posante.
¥
LlTTËllATURt:. hhO
Tout parle d'amour dans les poésies italiennes ; cl
cependant, ce qu'on y trouve le plus rarement, c'est de
la sensibilité. L'affectation et la recherche d'esprit y ont
été introduites, dès l'origine. Les sonnets de Pétrarque >
VAmiiite du Tasse , le Pastorfido de Guarini sont pleins
de concetti; la JérusalemeX. la Diçina comedia elles-mêmes
n'en sont pas exemptes. Au jugement de madame de Staël,
les écrivains en prose ne sont, pour la plupart, ni moralistes
ni philosophes ; le Prince de Machiavel, et surtout les
Réflexions sur Tite-Lii^e , lui semblent n'avoir aucun
rapport avec le caractère général de la littérature italienne; l
ce sont des ouvrages qui appartiennent tout entiers au
génie de l'auteur. A l'exception des écrits de Beccaria ,
deFilangieri, d'un petit nombre d'autres auteurs, madame
de Staël ne trouve, dans les livres des Italiens, aucun but
d'utilité. Si la littérature de cette nation lui eût été mieux
connue, elle eût peut-être beaucoup modifié ce juge-
ment; Aucune contrée, sans en excepter l'Angleterre, n'a
produit un plus grand nombre d'ouvrages sur la science
du gouvernement , sur la jurisprudence, sur les finances,
et l'administration , que l'Italie. Les écrits de presque tous
les historiens, et surtout de Paruta et Giannone, de Bo-
tero, de Gravina , de Vico, de Stellini, de Genovesi, de
Palmieri , de Verri, de Briganti , de Filangieri , de Galanti,
de Uomagnosi, de Delfico, etc., embrassent toutes les ques-
tions morales, philosophiques et politiques, qui ont été
traitées par les plus illustres écrivains des autres nations!
L'honneur chevaleresque et le culte des femmes, chez
les Espagnols , la magnificence et la grandeur orientales ,
chez les Maures, devaient , par la réunion de ces deux
peuples, donner à la littérature espagnole un caractère plus
élevé que celui de la littérature italienne. Mais, dit madame
Ae Staël , le pouvoir royal, appuyant la superstition, étouffa '
560 LITTERATURE.
en Espagne les germes heureux de tous les genres de gloire.
Le despotisme et l'inquisition ne laissèrent à la pensée
îiucun moyen d'échapper au joug. A peine peut-on juger,
par quelques essais imparfaits, ce qu'aurait pu être la
littérature espagnole, avec des circonstances plus favorables.
Il y a , dans les comédies de Calderon et de Lope de Vega,
une peinture de l'amour sans fadeur etdessentimens élevés
ilont la vérité n'est pas toujours défigurée par l'enflure
du style; le poème du Camoëns , dont l'esprit est le même
que les ouvrages écrits en espagnol, renferme une fiction
d'une grande beauté, l'apparition du fantôme qui défend
l'entrée de la mer des Indes; mais le célèbre roman de
Michel Cervantes n'est qu'une critique ingénieuse de mœurs
qui n'existent plus, et le silence que garde madame de
Staël sur Mariana et sur Sepulveda semble prouver qu'elle
n'appréciait pas à leur juste valeur ces deux écrivains.
Cependant, si les historiens espagnols sont dépourvus
de philosophie, ils ne manquent ni d'érudition, ni de
fidélité, du moins dans le récit des événemens. On re-
marque, dans les écrits des pères Feijoo et Isla, et sur-
tout dans les romans philosophiques et politiques du père
Montengon, une sorte d'indépendance assez courageuse
pour des hommes revêtus de l'habit ecclésiastique et pla-
cés sous la main de l'inquisition.
Les chefs-d'œuvre de la littérature française sont ap-
préciés et classés; pour en dire quelque chose de nouveau^
madame de Staël, elle-même, est venue trop tard. Elle
Toit, dans la littérature du siècle de Louis XIV, les ins-
pirations de l'imagination, mais non pas une puissance
philosophique. L'analyse des principes du gouvernement,
l'examen des dogmes religieux , tout ce qui pouvait con-
duire à un résultat applicable, fut, dit clle^ totalement
interdit aux auteurs de ce siècle. Le contraire me semble
LITTERATURE. 561
prouvé par les écrits de Fénélon, de Lamotte Levàyer,
de Pascal, de Corneille, de Molière, de Lafontaine, et même
par ceux de Boileau. Le satirique prête à la raison l'arme
du ridicule, pour attaquer le préjugé de la naissance;
Lafontaine montre, sous des voiles transparens, tout ce
que le despotisme et l'arbitraire ont d'odieux : il jette même
son masque de fabuliste et se montre à visage découvert ,
lorsqu'il peint la cour et les courtisans. Molière, dans le
Tartuffe ; Pascal, dans les Provinciales , ont livré l'hypo-
crisie à la risée de leur siècle. Il me semble qu'il ne faut
pas un grand effort d'attention pour découvrir., dans les
scènes de Corneille et dans les catastrophes tragiques. de
ses pièces, une pensée profondément philosophique et un
autre but que l'effet théâtral. Jamais la tyrannie n'a été
représentée sous des formes plus hideuses; jamais les
vertus et le bonheur des peuples libres n'ont été peints
sous de plus riantes couleurs que dans le Télèmaque.
Bossuet lui-même , au nom de la mort , osa parler d'égalité
aux princes et aux rois de la terre. Sans doute, il y a
plus d'indépendance philosophique dans les ouvrages de
Voltaire, de Montesquieu, de Rousseau, de Raynal et
des autres écrivains du xviii* siècle , que dans ceux de
l'âge précédent, par la raison qu'en toutes choses, les
hommes qui achèvent vont plus loin que ceux qui com-
mencent. Mais , à l'entrée de toutes les routes que l'esprit
humain a parcourues en France , on retrouve toujours
quelques-uns de ces grands génies du xvii° siècle, qui
ont à jamais fondé notre gloire littéraire.
Une omission assez remarquable dans un ouvrage con-
sacré à la littérature, c'est celle da nom de Pierre Corneille,
dans le livre de madame de Staël. Je ne recherchçrai point
la cause de cette omission, qui rappelle ce que dit Tacite
Tome xii. o6
V
:
5i52 LITTÉRATURE.
des images de Cassius et de Brutus. Prœfulgehant eo
ipso , quocl e^gies eoruin non visehantur.
La mélancolie, ce sentiment que madame de Staël
affectionne , qu'elle juge le plus fécond en ouyrages de
génie, lui semble appartenir presque exclusivement aux
climats septentrionaux. Aussi, n'hésite-t-elle pas à déclarer
que toutes ses impressions, toutes ses idées la portent de
préférence vers la littérature du nord. Entre les impressions
produites par les peintures du divin Homère et les images
de la nature représentées par Ossian, madame de Staël
reste suspendue et n'ose prononcer. Les ombres penchées
sur les nuages lui plaisent beaucoup; ce sont, dit-elle,
des souvenirs animés par des images sensibles : mais que
éont les prières, les Euménides, les nymphes, les syrènes,
Echo, Narcisse, Hyacinthe, toutes les métamorphoses,
toutes les brillantes fictions de la Grèce , sinon la pensée
personnifiée et l'image sensible des souvenirs animés ?
Madame de Staël voudrait aussi attribuer presque exclu-
sivement aux littérateurs du nord le développement de la rai-
son humaine, et la renaissance de la philosophie en Europe.
Mais, tandis que Bacon, le seul écrivain philosophe que
Ton puisse citer, en Angleterre, avant la révolution de
1688, traçait à l'esprit humain une route nouvelle. Des-
cartes ébranlait, en France, l'empire des vieilles erreurs,
et présentait aux hommes la méthode comme le seul fil
qui pût les conduire dans le vaste labyrinthe des sciences.
Si, à une époque plus rapprochée de nous, Hobbes, Sidne}"^,
Locke, Fergusson traitèrent de la politique, comme d'une
science purement intellectuelle, et recherchèrent quel était
l'état primitif des sociétés , afin d'arriver à connaître les
lois les plus propres à garantir le bonheur des hommes ,
ou vit, en France, à peu près dans le même tems, Fénélon,
LITTERATURE. 563
Monlesquieu, Rousseau, Mably et Voltaire, se livrer aux
mêmes recherches et retrouver aussi les titres du senre
Jiumain, perdus pendant une longue suite de siècles.
On applique, en Angleterre, l'esprit des affaires aux
principes de la littcrature,-€t l'on interdit, dans les ouvrages
de raisonnement, tout ce qui pourrait influer le moins du
monde sur le libre exercice du jugement. Mais le désir de
produire une plus grande conviction rend la plupart des
écrivains confus et prolixes. Bolingbroke, Schatesbury,
Adisson ont de la réputation, comme écrivains en prose.
Cependant leur style manque d'originalité; leurs images
sont sans couleur, et leur expression sans énergie. Il semble
que les Anglais n'osent s'abandonner à leurs inspira-
tions que dans les compositions poétiques. Le Paradis
perdu est surtout remarquable par la pensée et l'imposante
grandeur des images. Il paraît impossible d'élever l'ame
humaine à une plus grande hauteur. Les poètes anglais
savent unir intimement la réflexion aux sensations; ce ta-
lent se fait surtout remarquer dans le Cimetière de Gray
et dans le V^illage abandonné de Goldsmith , mais , en
général, ils abusent des facilités que leur accorde une
langue qui n'a pas encore acquis le degré de perfection
dont elle semble susceptible; ils prodiguent les images,
ils subtilisent les pensées. Semblables en cela aux écrivains
en prose, ils épuisent le sujet qu'ils traitent, et le goût n%
les avertit pas de s'arrêter.
La comédie anglaise n'occupe pas une place bien dis-
tinguée dans l'opinion littéraire de l'Europe; et madame
de Staël pense que les mœurs et les caractères y sont le plus
souvent des caricatures, sans rapport avec l'état moral des
Anglais. A la vérité , les mœurs représentées dans les
comédies sont à la fois d'une grossièreté brutale et d'une
iJissolntion révoltante. Cependant, des hommes qui ont
se *
1
5CA LITTERATURE.
long-tems habité l'Angleterre, non seulement à Londres,
mais dans les provinces, assurent que la comédie anglaise
est aussi près que la comédie française des caractères et
des mœurs qu'elle représente.
Beaucoup d'étrangers sont plus choqués des défauts de
Shakespeare que frappés de ses beautés; le contraire a lieu
en Angleterre, et cela doit être. Le génie de Shakespeare
est national : les noires fureurs de ses héros , la profonde
scélératesse des grands criminels qu'il met en scène et dont
la plupart appartiennent à l'histoire d'Angleterre, la bizar-
rerie même de ses conceptions, tout est en harmonie entre M
le spectateur et le poète; et, comme les pièces de Shakes-
pearc renferment des beautés de tous les tems et de tou^
les pays, la réputation de cet auteur ne peut s'affaiblir en
se répandant. Mais notre sensibilité repousserait plusieurs
des moyens qu'il emploie pour émouvoir les spectateurs
anglais. Dans ses tragédies, l'enfance et la vieillesse, l'in-
riocence et la vertu reçoivent également la mort, et
la reçoivent avec effroi , sans déguiser aucun des
sentimens naturels que l'approche de sa destruction fait
éprouver à un être sensible et prévoyant. Nous ne p'^v. ions
supporter l'attendrissement profond, l'émotion violente qui
nous saisirait aux plaintes d'Arthur, jeune enfant qui va
périr par l'ordre du roi Jean , ni l'horreur qu'exciterait
en nous le récit de l'assassin TirreU lorsqu'il peint à Ri-
chard III le paisible sommeil des cnfans d'Edouard. Des
spectateurs français n'attendraient pas la catastrophe : ils
sortiraient ou feraient baisser le rideau. Ils ne vont point
au théâtre pour éprouver cette impression redoutable^ ce
frisson glacé qu éprouve l'homme j alors que, plein de %>i€j
il apprend quil va périr.
Les Allemands n'ont point transporté sur leur théâtre
ce genre de tragique, excepté dans Marie Sinart , où l'é-
LITTÉRATURE. 565
chafaud touche de si près à la scène, que le spectateur croit
entendre la hache du bourreau; mais ils ont pris à Shakes-
peare ses sorcières et sa magie.
Lessing, Goethe, Schiller ont composé des tragédies où
Je mélange du sentiment, des réflexions philosophiques
et de l'esprit chevaleresque forment ce qu'on est convenu
de nommer le genre romantique. La vérité du langage ,
la peinture des mœurs du siècle et du pays où l'action se
passe, la fidélité des caractères se font remarquer dans
Nathan le Sage et dans Emilia Galotti de Lessing; dans
le Comte d^ E gmond t\. le Torquato Tasso de Goethe; dans
le Don CarloS) le TValstein ^ le Guillaume Tell et la
Jeanne d'Aix de Schiller ; mais^ en général, les pièces du
théâtre allemand ressemblent à ces tableaux des anciens
peintres où les figures, toutes sur le même plan, sont
tantôt confuses, tantôt placées à côté l'une de l'autre,
sans liaison, sans concourir, par des intérêts divers, à une
action unique.
Il y a peu ou point de sociétés en Allemagne, partant
point de comédie. Les auteurs ne peuvent observer ces
caractères qui, parmi nous, prêtent au ridicule et excitent
la gaîté. Chez eux, d'ailleurs, la plaisanterie est peu goûtée;
elle offense ceux qui s'en croient l'objet, bien loin de les
amuser; c'est une arme légère que des mains allemandes
ne savent guère manier, et qui blesserait le plus souvent
ceux qui voudraient la lancer; c'est pour cela qu'ils pré-
fèrent le drame à la comédie , et qu'en général ils emprei-
gnent leurs ouvrages poétiques de ce vague et. de cette
mélancolie , caractères distinctifs du genre qui, sous le
nom de romantique ^ excite, d'un côté, tant d'admiration,
et subit, de l'autre, tant de censures. Wieland, Goethe,
Schiller, Biirger peignent les senlimens comme les idées
à travers les nuages; chez eux, l'enthousiasme produit lui?
566 UTÏÉRATL^RE.
espèce de vertige qui déplace et multiplie tes objets. Ils
écartent de leur poésie les réflexions philosophiques, et
s'abandonnent entièrement aux inspirations lyriques que
madame de Staël nomme Y apothéose du sentiment. Les
Allemands ont de grands ouvrages en vers : la Messiade
de Klopstok, VObéron de Wieland; mais ils n'ont point
un véritable poème épique. UObéron est fondé sur une
histoire de chevalerie française, Huon de Bordeaux. Ce
poème original a cependant une couleur d'imitation ; le
mélange de l'héroïque et du merveilleux, du grave et du
bouffon, du sérieux et de la plaisanterie, rappelle souvent
les contrastes piquans et les poétiques folies de l'Arioste.
Le sujet de la Messiade est au-dessus des inventions du
génie : montrer l'humanité dans l'être divin et la divinité
dans l'être mortel, c'est tout ce qu'on pouvait attendre du
talent du poète, et Klopstock a su, comme le dit madame
de Staël, réunir avec beaucoup d'art tout ce que la fatalité
des anciens et la providence des chrétiens peuvent inspirer
à la fois de terreur et d'espérance. Mais la monotonie
était inévitable dans un tel sujet, et l'ame se fatigue d'une
contemplation continuelle. Klopstock, comme Young,
ramène trop souvent ses lecteurs au milieu des tombeaux :
les pensées funèbres dont les derniers instans des chrétiens
sont environnés , effarouchent les muses et obscurcissent
les vives couleurs de l'imagination.
« De la foi des chrétiens les mysrètes terribles
« D'ornemens égayés ne sont point susceptibles.
(BoiLEAU.)
La littérature allemande est venue tard, et ne remonte
guère au-delà d'un demi-siècle. Les ouvrages philoso-
phiques datent de plus loin ; la philosophie spéculative a
oujours trouvé beaucoup de partisans chez les nations
LITTERATURE. 567
germaniques, dès le moment où elles ont été civilisées par
le christianisme et la chevalerie. Les méthaphysiciens alle-
mands ont suivi une route opposée à celle que Locke avait
tracée. Celui-ci attribuait toutes nos idées à nos sensations.
Leibnitz, Lessing, Hemsterheim, Jacobi ont tâché de prou-
ver que le libre arbitre repose sur la doctrine qui affranchit
l'ame des objets extérieurs , et que la vertu ne saurait
exister si la volonté n'est pas indépendante. Au lieu d'ob-
server les sensations extérieures, ils observent les sentimens
intimes. Kant^ dont le nom est beaucoup plus connu que
la doctrine, semble se placer entre Leibnitz et Locke ,
non pour les combattre, mais pour les réunir, pour tracer j
les limites des sens et de l'ame, de la nature extérieure !
et de la nature intellectuelle. Dans l'examen des facultés
primitives dont l'ame se compose, il reconnut, avec Locke,
qu'il n'y a point d'idées innées; mais il rechercha quels
sont les sentimens et les lois qui constituent l'essence de
l'ame humaine, indépendamment de toute expérience , et
quels sont les objets sur lesquels l'ame peut s'exercer.
C'est un philosophe beaucoup plus positif qu'on ne le croit
communément; il nie l'existence de la métaphysique, et
prétend que le raisonnement ne peut avoir lieu qu'autant
qu'il s'exerce dans la sphère de l'expérience. Il croit que
l'expérience, sans les lois de l'entendement, ne serait qu'un
chaos; mais les lois de l'entendement n'ont pour objet,
selon lui, que les élémens donnés par l'expérience.
Dans l'analyse des divers systèmes de philosophie qui
partagent l'Allemagne, mais qui tous ont V idéalisme pour
base, madame de Staël fait preuve d'une grande puissance
d'attention. On reconnaît qu'elle £^ bien saisi les principes
et les conséquences de chacun de ces systèmes. Elle les
fait comprendre, comme elle les comprend elle-même, eu
les dégageant des formes cl des termes d'une métaphye^ique
568 MYTHOLOGIE.
qui, s'enveloppant d'un néologisme pédantesque, semble-
vouloir ajouter à Tobscurité du sujet par robscurité- du
langage.
• Telles sont les principales opinions de madame de Staël
sur la littérature et la philosophie des différens peuples ;
tel est aussi le seul point de vue sous lequel j'ai considéré
cet ouvrage vraiment remarquable. C'est en parlant des
œuvres politiques de cette femme illustre, que je pourrai
indiquer les jugemens qu'elle porte sur les gou\ernemens
et sur les mœurs des Germains du dix-neuvième siècle.
Année.
IK,\A/% «/VW''V%/«A%/WV
MYTHOLOGIE.
Recherches sur la nature du culte de Bacchus en
Grèce , et sur Cortgine de la diversité de ses rites ,
par J. F. Gail , professeur d'histoire au collège
S. -Louis ; — mémoire couronné par l'académie des
inscriptions et belles-lettres (i).
Lorsque les anciennes traditions sur l'existence d'un
Dieu unique et auteur du monde vinrent à s'obscurcir et
à s'oublier chez les nations devenues idolâtres, l'univers
matériel et ses parties diverses, et leurs effets, et leui-s
symboles, et toutes sortes d'allégories fabuleuses, le plus
souvent scandaleuses, concernant ces objets , tout cela de-
vint presque l'unique religion des hommes. Ainsi,commera
ditBossuet, tout fut Dieu, hormis Dieu lui-même. On adora
particulièrement, comme les grands dieux, le soleil et la
lune, les astres observés, et la terre, et les saisons. Les
(i) Paris, 1821. Un vol. in-S» de 24 feuilles. Chez Gail neveu, au
Collège de France, et chez Trcutlel et Vùrtz, rue de Bourbon.
Prix, 5 fr.
MYTHOLOGIE. 569
fables allégoriques furent changées en mystères dont quel-
ques significations étaient secrètement et solennellement
révélées aux initiés. Il a paru ù de très - savans anti-
quaires (i) qu'il s'y mêla des commémorations du déluge
et des hommes échappés à ce fléau ; mais enfin , le soleil
et la lune, et la terre amenant à maturité les moissons ,
les fruits, et surtout ceux de la vigne, constituaient la
Religion et les mystères d'Osiris ou de Sérapis en Egypte,
de Sabasius dans la Thrace, et de Bacchus dans la
Grèce et dans l'Italie. Tous ces noms désignent les mêmes
dieux et le même culte idolâtre , principalement celui du
soleil et de ses heureuses influences, et les travaux de
l'agriculture. Sous le nom de culte d'Orphée , ou établi
par Orphée, personnage qui paraît fictif, des philosophes
de l'école de Pythagore avaient, plusieurs siècles avant
notre ère , enseigné, avec des rites du culte bacchique, les
doctrines particulières de leur maître. Lorsque la religion
chrétienne parut, les dogmes orphiques et d'autres qu'on
trouve dans Platon, furent systématisés, réformés, épurés,
enseignés avec jalousie par des philosophes païens, et op-
posés long-tems avec quelque succès aux prédicateurs de
l'évangile, surtout dans la ville d'Alexandrie.
A la fin du xv!!!*" siècle, et depuis, les modernes incré-
dules, en France et en Allemagne, voulant renverser le
christianisme, se sont efforcés, comme les derniers phi-
l'^sophes d'Alexandrie, sinon Je réveiller le panthéisme,
dont les mystères d'Osiris et de Bacchus faisaient partie,
du moins de présenter le culte de Bacchus comme à peu
près identique avec la religion de Jésus-Christ ; en un
mot, le récit de l'évangile comme une fable solaire, bien
(i) Voyez les ouvrages anglais du célèbre docteur James Bryant ,
l'histoire des Cabires et celle de l'idolâtrie, publiée à Londres, eu
i8o3 et 1816, par le savant Georges Stanley Faber.
570 MYTHOLOGIE.
au-dessous de celle des païens, puisqu'elle n'est pas
gaie et divertissante, comme les bacchanales. En vain , le
P. Lambert dans la capitale de la France, Palmieri et Bec-
chetti en Italie, Van Beck , professeur de mathématiques, ff
à Leyde, le docteur Priesley en Amérique, et l'évêque
Watson en Angleterre, ont réfuté directement ces hypo- J
thèses affligeantes et gratuites; on réimprime en petit
format les Ruines et les Abrégés des trois volumes in-4%
de M. Dupuis; et, sans parler des réfutations, on con-
tinue à travestir en matérialisme et en idolâtrie l'évan-
gile même et la religion des apôtres, celle de Newton et
de Pascal, d'Arnauld, de Bossuet , de Fénélon, celle qui
a commencé avec le monde, et qui, développée dans les
livres de Tancien et du nouveau Testament, a répandu de
si précieuses lumières, a consolé^ amélioré , policé le
genre humain ;, qui a produit enfin ou préparé l'abolition
delà servitude privée, des sérails et du despotisme public.
Quoique Bacchus soit en lui-même un sujet rebattu ,
il présente encore des difficultés du ressort de la critique
et de l'érudition. La troisième classe de l'Institut de France,
autrement l'académie des inscriptions et belles-lettres , a
cru devoir proposer, pour sujet du prix de 1821, de dé-
terminer les rites du culte de Bacchus en Grèce; les
lieux et les époques de chaque fête bacchique dans cette
partie du monde. Le prix a été décerné à M. Gail, fils
de notre célèbre helléniste. Son mémoire couronné est le
sujet de cet article.
L'auteur a remonté fidèlement aux sources, et les cite
avec exactitude. Il explique d'abord comment ont dû
se former les notions des divinités des païens. Il écarte
l'espèce de Bacchus indien, qui est le sujet des Baniayaua;
il expose les trois origines, thrace, égyptienne et grecque
du Bacchus européen. Il fait remarquer les contrastes
\
MYTHOLOGIE. 571
qui figurent dans ses fêtes, qu'il passe en revue, qu'il dis-
tingue et qu'il décrit, et dont il foit connaître les instru-
mens ; puis, parlant des anthesteries, il donne son opi-
nion très-sensée sur la nature des mystères ; il développe
les expressions connues, les cérémonies, la tradition , les
allégories, et il n'y voit rien qui établisse ou suppose
la connaissance et le culte d'un Dieu unique. L'ouvrage
est terminé par un catalogue explicatif des noms et des
èpithètes donnés à Bacchus dans la langue grecque. C'est
un travail qui lui est particulier, en ce qu'il est plus
complet que tout ce qui a été jusqu'à présent publié
dans ce genre. Son explication des Kobaloi, esprits trom-
peurs , malins et bouffons , de la suite de Bacchus, selon
unscoliaste d'Aristophane, est la seule qui nous ait semblé
peu satisfaisante. Il en fait, sans assez de fondement, des
ommes, transformant ces esprits follets, ces daimones
en sorciers , en cabalistes orphiques ou pythagoriques ,
parce que, dit-il, cabale vient de kohalos. Il est permis
de croire que ces deux mots ne sont pas de même origine,
2t de continuer à faire dériver le premier de l'hébreu et
de l'arabe où il se trouve pur (i). Les cabalistes étaient
t sont, le peu qu'il y en a, fort sérieux, point méchans,
et généralement plus trompés que trompeurs; les Coholi
ie la mythologie slave , devenus Coboldi et Colfi (2) ; les
Gohelini du dictionnaire de Ducange , les Cobilined de
armorique, nos farfadets, nos lutins, en un mot, dont
il est parlé encore dans quelques veillées de ville et de
ampagne, ressemblent, bien mieux que les cabalistes,
aux Kobaloi de Suidas et du scoliaste d'Aristophane.
Lanjuinais, de l'Institut.
(1) Voyez Mém. de l^ académie des inscript, et helles-leUres ,
r. XXVI I, pag. 567 et suivantes. Cabbaîa^ c'est tradition.
(2) Voyez le Dictionnaire de la fable, par M. Noël.
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III. BULLETIN BIBUOGRAPHIQUE.
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMÉRIQUE.
ÉTATS-UNIS.
i85. — An Index to the geology of the Northern siaics ^ etc. -
Index pour la géologie des états du Nord , avec des sections trans
versales s'étendant depuis la rivière Susquehannah jusqu'à rocéai
Atlantique, et traversant les montagnes Catskill , auquel on a join
une grammaire géologique ; par Amos Eaton^ professeur d'histoir
naturelle et de chimie au lycée de Troye , etc. ; seconde édition
entièrement revue et corrigée ; ouvrage publié sous la direction d
lycée, par William S. Pabkeb. Troye, 1820. 1 vol. in-8°.
Privés de ces antiques monumens qui conservent les souvenirs de
siècles passés chez les autres peuples, les savans Américains s'occu
pent à explorer les richesses naturelles de leur patrie. La géologi
est devenue parmi eux une science d'une haute importance; de
hommes éclairés en ont fait le but de leurs recherches, et plusieur
journaux se sont consacrés à donner l'histoire de ses progrès. Le
deux principaux sont : le Journal des sciences naturelles^ publié
Philadelphie, et \& Nouveau journal Américain des sciences, rédig
par M. le professeur Silliman. (Voyez Re(^, Enc.,T. VIII, p. 39a.
L'ouvrage de M. Eaton, que nous annonçons ici, renferme une foui
de faits curieux et des descriptions intéressantes des différentes pai
lies de la Nouvelle- Angleterre.
186. — A Memoir on the commerce and navigation ofthe Blaci
sea , etc. — Mémoire sur le commerce et la navigation de la me
Noire, et sur le commerce et la géographie maritime de la Turqui-
(1) Nous indiquerons, par un astérisque (*} placé à côté du titn
de chaque ouvrage, ceux des livres étrangers ou français quj
paraîtront dignes d'une attention particulière , et dont nou:
rendrons quelquefois compte dans la section des analyses.
»?
o
LIVRES ÉTRANGERS. 57;
et deTÉgypte; par Henri A. S. Dbarbohn. Boston, 1819. Wells et
Lilly. 2 vol. in-S" ornés de cartes.
Cet ouvrage , qui a pour but de prouver la possibilité d'établir
des relations commerciales entre l'Amérique et la Turquie, contient
un tableau du commerce qui se faisait dans la mer Noire, en i8ii
et 1812. Le pavillon anglais y dominait alors ^ comme aujourd'hui,
sur tous les autres pavillons européens; et les malheureux Grecs
étaient presque , en affaires , les seuls représentans de la Turquie ;
avantage passager qu'ils paient maintenant bien cher, et qui a
causé leur ruine , en excitant l'envie de leurs bourreaux , avides de
s'emparer des richesses qu'ils ont amassées. M. Dearborn a joint à
son ouvrage un traité de la géographie maritime de la Turquie et
de l'Egypte, qui ne peut qu'être fort utile aux navigateurs et aux
commerçans.
187. — Speeches of the gofemcrs of Massachusetts, etc. — Discours
des gouverneurs des états de Massachusetts, depuis 1766 jusqu'à
1775, avec les réponses que leur fit la chambre des représentans ;
suivis des résolutions qui furent prises; à cette époque, par les États,
des proclamations et d'autres papiers publics , relatifs à la dispute
qui s'éleva entre ce pays et la Grande-Bretagne , et ^ui conduisit
à l'indépendance des États-Unis. Boston, 1819. Russell et Gardner,
1 vol. in-S** de 424 pages.
Cette précieuse collection répand le plus grand jour sur les débats
qui précédèrent la proclamation d'indépendance des États-Unis. C'est
une histoire complète de la révolution qui s'opéra en Amérique, et
du grand changement moral et politique qu'elle produisit dans la
nation. L. S. B.
188. — ^ Notth American Reuien^ , and tniscellaneous journal. —
Revue de l'Amérique septentrionale et Mélanges ; nouvelle série ,
n«» 1, 2, 3, 4, 5, 6. New-Yorck, i8ii.
' Ce journal littéraire, rédigé sur le plan des Revues anglaises,
paraît tous les trois mois et offre des espèces d'essais, écrits la plu-
part avec beaucoup de talent , sur les livres indiqnés en tête de
chaque article. De tels essais font beaucoup moins connaître le livre
dont on parle , que les analyses de nos journaux littéraires de
France ; mais ils font mieux connaître la matière que l'auteur
du livre s'est proposé de traiter. Les articles les plus intéres-
sans et les mieux rédigés des six cahiers que nous avons reçus ,
57A LIVRES HïRANGERS.
cette année, sont ceux dans lesquels on expose la constitution amé
ricaine , et les divers ressorts de ce noble édifice constitutionnel. Ei
imprimant son génie à la masse entière du corps social, Franklii
semble avoir légué son jugement ferme et droit , et ses vues phi
lantropiques aux écrivains ses compatriotes. Nous citerons comm<
particulièrement dignes de l'attention des lecteurs , dans le l^orti
American Rei^iew , le dialogue entre Franklin et Montesquiei
sur l'état politique de l'Amérique, de la Jrance et de l'Angleterre
.C'est, à notre avis, un des morceaux les mieux pensés qu'on ait écrit
sur ce sujet.
Si les vues des rédacteurs de ce recueil sur les affaires politique
sont presque toujours parfaitement justes , il n'en est peut-être pa
de même de leurs jugemens littéraires. Ils nous paraissent partage
un peu les préjugés des Anglais contre la littérature des autres pays
et surtout contre la littérature française. On lira toutefois avec intérê
l'analyse de l'ouvrage de madame Necker de Saussure, sur la vi<
et les écrits de madame de Staël (n° 3) ; l'article sur les observation;
historiques relatives à la Hollande , par Louis Buonaparte ; l'extrai
de la vie privée de Voltaire, par madame de Graffigny; ceux de l'his
toire de l'astronomie , par Bailly ; et des mémoires de Suard , pa
Garât; et enfin, l'article sur l'indifférence en matière de religion ,
par l'abbé de la Mennais. B— n.
GRANDE-BRETAGNE.
189 (•). — TwelueEssays on the proximate causes ofthe matcriai
phenomena ofthe universe. — Douze Essais sur les causes premières
des phénomènes de l'univers, avec des notes, par Richard Phil-
LTPPS. Londres, 1821. Imprimerie de J. et C. Adlard ; in-S».
190. — Médical Notes on cUtnate, etc. — Remarques médicinale*
sur le climat, les maladies, les hôpitaux et les écoles de médecine jl
de la France, de l'Italie et de la Suisse j suivies d'un examen des
effets que peut produire, sur des personnes attaquées d'une con-
somption pulmonaire , un séjour de quelques mois dans le sud de
l'Europe ; par J. Clark, D. M. Londres, 1821. Colburn. 1 vol. in-8<'.
L'auteur de cet ouvrage a voulu prouver , par plusieurs exemples,
et par sa propre expérience, l'inutilité d'un voyage dans le sud
pour les malades parvenus au dernier degré de la pulmonie. 11 est
certain que la fatigue d'une longue route , jointe aux ennuis du dé-
LIVRES ÉTRANGERS. 575
part, aux souffrances de la maladie, doivent plutôt accélérer que
retarder l'instant de la mort. M. Clark soutient aussi que le climat
éc presque toutes les villes, rendez-vous ordinaires des poitrinaires ,
est contraire à leur état. A Marseille , le mistral produit des varia-
tions continuelles dans la température ; à Aix et à Montpellier le
même inconvénient subsiste ; à Hières, il se fait sentir pendant une
partie de l'année; Pise est exposée à un vent du nord-est très-froid;
Nice et Villa-Franca , village à trois lieues de Nice, lui paraissent,
après tout, convenir davantage aux poitrines faibles, surtout le
dernier endroit, qui est abrité des vents, et dont le climat est sec
et peu variable. L'auteur est cependant d'avis qu'on n'y envoie point
les malades qui sont décidément attaqués de consomption pulmo-
naire , mais seulement les personnes dont la santé délicate peut faire
craindre de voir se déclarer plus tard cette terrible maladie.
191. — ObserualioTii, on the climate qf Penzance ^ etc. — Obser-
vations sur le climat de Penzance et du comté de Cornvvall; par
J. FoRBES, D. M. Londres, 1821. Murray. Un vol. in-S".
Cet ouvrage, qui pourrait presque faire suite à celui que nous ve-
nons d'annoncer, est écrit dans le but de prouver que Penzance,
ville ^'Angleterre , et le comté de Cornwall, présentent tous Igs
avantages que les personnes dont la poitrine est attaquée vont
chercher en Italie et dans le sud de la France. Le climat y est doux
et tempéré ; on y respire un air pur, et beaucoup moins humide
que dans les autres parties de l'Angleterre : enfin , le docteur Forbes
est d'avis qu'on peut y envoyer tous les malades dont l'état réclame
un changement d'air.
192. — Enchiridion , or a hand for the one-handed. — Enchiri-
dion, ou Supplément à la main pour ceux qui l'ont perdue ; par
George Webb de Renzey , capitaine dans le 82® régiment. Londres ,
^821. Limbird, Brochure in-S» ; 60 pages.
L'auteur ayant perdu un bras à la bataille de Vittoria, en Espagne-,
a consacré, depuis, une grande partie de son temsà inventer et à per-
fectionner un assortiment d'instrumens propres à suppléer à l'usage
de la main; il a rendu un véritable service à ses compagnons d'in-
forlune, en leur facilitant les moyens de se passer d'un secours
étranger. Aidé de ses découvertes, on peut s'habiller, servira table,
tailler ses plumes, brosser son chapeau, jouer aux cartes, etc. ,
avec autant d'adresse que ceux qui ont le libre usage de leurs bras.
576 LIVRES ETRANGERS.
igj. — ^ geographical^ slatistical and histoncal Description of
Hindostan^ etc. — Description géographique, statistique et histo-
torique de l'Indostan et des pays voisins ; par TValter Hamiltoît.
Londres, 1821. Murray. 2 vol. in-4°. Prix, 4 louis i4 schellings
6 pences.
Les dernières opérations militaires des troupes anglaises dans les
Indes ont si complètement établi , en dernier résultat , la supré-
matie de l'Angleterre , que les territoires regardés autrefois comme
indépendans sont maintenant comptés au nombre des provinces
tributaires. Ce moment était favorable pour réformer la géographie
de l'Indostan : c'est ce qu'a fait M. Hamilton. Il a mis dans ce nou-
veau travail plus d'ordre et de méthode qu'aucun des. écrivains qui
l'ont précédé. La carte, dressée d'après ses instructions, présente les
grandes divisions géographiques, subdivisées en provinces; chacune
d'elles est traitée séparément dans le texte. On y donne une descrip-
tion générale de son climat, de son étendue, de ses productions et de
ses habitans. L'auteur passe ensuite en revue les villes remarquables
par leurs monumens, leur commerce, leur population, leur force mi-
litaire ou maritime, etc. Les n/atériaux qui ont servi à la composition
de cet ouvrage sont tirés, en partie, dé collections précédentes ou de
voyages dans l'Indostan, .^ui ont déjà été imprimas, et en partie
des rapports manuscrits déposés au conseil des Indes. Chaque prési-
dent a coutume de donner, tous les six mois, un rapport sur la situa-
tion politique , financière et judiciaire de chaque province , auquel
.sont jointes les lettres des fonctionnaires^ qui 1 <5ont subordonnés.
Ces rapport* officiels sont très-vc ,amineux , et fournissent à l'ins-
pecte\ir, envoyé par le oonseil des renseiguemens importans et
variés. On sent corubien il a été avantageux pour M. Hamilton de
po'.woir puiser à de telles sources ; aussi , son livre renferme tout ce
qu'on peut savoir de plus intéressant sur ces contrées lointaines.
On ne lira pas sans intérêt le chapitre qui traite de la culture des
lettres dans l'Inde, et particulièrement dans le Bengale j celui qui
a rapport à l'éducation et à la méthode d'enseignement du doc-
teur Bell, au moyen de laquelle un seul maître peut donner ses soins
à un très-grand nombre d'enfans. Les détails sur les antiquités des
Indous sont peut-être un peu négligés : l'auteur s'est surtout appli-
qué à dépeindre l'état actuel du pays et de ses habitans. Un index,
placé à la fîn de l'ouvrage, forme une espèce de dictionnaire géogra-
I
LîTRES KTRANGKRS. 577
phique de rindoslan, et un glossaire explique plusieurs termes des
naturels qu'on a été obligé d'employer quelquefois. Une table chro-
nologique, indiquant les époques auxquelles les différens gouver-
neurs généraux des Indes ont été appelés au pouvoir, assimile
presque ces derniers aux monarques européens, qu'ils égalent, à la
vérité, par l'étendue des possessions qui leur sont confiées, mais
non par la durée de leur règne. M. Hamilton, en véritable Anglais,
évite avec soin de rappeler les cruautés qui ont assuré l'empire de
l'Inde à ses compatriotes; il a enseveli le passé dans l'oubli, pour
ne parler que du présent : ces faits historiques devaient cependant
trouver leur place dans le tableau des possessions acquises par la
Grande Bretagne dans l'Inde.
194 Biographia Hibernica. A Biographical DicUonarj of
ihe wortbies of Ireiand, from the earliest perlod to the présent
Unie, — Biographie de l'Hibernie, ou Dictionnaire biographique
des grands hommes de l'Irlande, depuis l'époque la plus reculée
jusqu'à nos jours ; écrit et publié par Richard Ryau. Londres, 1821.
Limbird , 2 vol. in-8" de ii55 pages.
Il ne faut pas corrfondre cet ouvrage avec les biographies , de-
venues depuis quelque tems tropcommunesen France, qui ontpour
but d'alimenter de vieilles haines, de ranimer d'anciennes inimitiés,
tle noircir des hommes respectables; en un mot, de satisfaire toutes
les fureurs de l'esprit de parti. Ce dictionnaire biographique est,
au contraire ,,un monument élevé à la gloire nationale de l'Irlande.
11 est consacré à la mémoire de tous ceux qui ont servi leur patrie
par leur éloquence, leur génie , lôjir dévouement , ou par l'exemple
de leurs vertus. Le premier volume , qui se termine à la lettre C,
contient des mémoires et des notices sur Burke, Boyle , Barry ,
Brook , Brien,Berkley , Entiers, etc. Les anciens bardes irlandais
n'ont pas été oubliés ; Carolan , Centlivre , et plusieurs autres mé-
nestrels figurent dans cette galerie. Le seul reproche qu'on puisse
adresser à l'auteur, c'est d'avoir reproduit quelquefois de vieilles
anecdotes trop connues , ou des particularités trop puériles pour
trouver place dans un ouvrage aussi important. Cependant , c'est
moins une compilation que l'ouvrage d'un patriote éclairé ; en déplo-
rant les malheurs de son pays natal, il reproduit, comme une source
de consolations et d'espérances , le souvenir et les nobles exemples
des hommes qui l'ont illustré.
Tome xii. 37
578 LIVRES ETRANGERS.
195. ChrUtinà's Ret^enge ; or, the fate of Monaldeachi . —
La Vengeance de la reine Christine , 0(1 le Sort de Monaldeschi .
poème , suivi de poésies fugitives. Par J, M. Moffatt. Londres ,
1821. Limbird, in- 12 de 208 pages.
Tout le monde connaît la fin déplorable du marquis de Monal-
deschi, qui périt dans le palais de Fontainebleau , assassiné par
l'ordre de la reine Christine de Suède, dont il avait été Tamant.
On ajoute qu'alliant le fanatisme à Iq cruauté, cette femme, après
que le meurtre fut commis, envoya cent livres à un couvent, afin
de faire prier pour le repos de l'ame de sa victinie, Un poète anglais
s'est emparé de cette scène de crime et d'horreur; il en a tiré
les détails d'un mémoire du père Le Bel, confesseur du marquis,
et témoin de l'assassinat, et c'est dans la bouche de cet ecclésiastique
qu'il met le récit de celte efiroyable catastrophe. Les vers ont assei
de verve et de chaleur ; mais ces tableaux sanglans conviennent peu
à la poésie , qui réussit mieux à nous ofirir des images gracieuses.
Parmi les poésies fugitives , on en trouve deux assez remarquables :
l'une est le Monologue du matelot; l'autre , fondée sur une supers-
tition du nouveau monde, a pour titre : La barque fantastique
de ?jewhauen. Cette tradition prend sa source dans une de ces
apparitions merveilleuses et inexplicables , qu'on suppose ôtre occa>
sionnées par la réfraction de l'atmosphère , comme le palais de la
fée Morgane , qui apparaît an - dessus des eaux , dans la baie de
Messine. L. S. B.
196. - New Monlhly Magasine , etc.— Nouveau Magasin du mois,
ou Journal littéraire , n° 10. Londres, octobre 1821. Colbum,
Dans \e grand nombre d'ouvragos périodiques mensuels , qui pa-
raissent à Londres, le Neu^ Monthly Magasine a pris un rang dis^
tingué, en adoptant un plan différent de celui des autres Maga-
sins. Dans l'origine, tous ces Magasins étaient des espèces de
dépôts, où le public consignait ses observations, ses doutes, ses
questions sur toutes sortes de matières. Les éditeurs se bornaient
à placer à la fin les résumés des événemens les plus remarquables
du mois. Les Magasins les plus anciens, surtout le Gentleinan's
DIagasine , ont conservé cette forme surannée ; et si d'autres s'en
sont écartés, il est néanmoins aisé de voir que la rédaction et
le mérite littéraire sont ce qui a le moins occupé les éditeurs. Le
Mjnthly Magasine s'éleva plus haut , en prenant une couleur
LIVRES ÉTRANGERS. 579
politique, et en se chargeant de la défense de la liberté civile et
religieuse. Si l'éditeur avait pu se préserver des affections par-
ticulières, il aurait parfaitement rempli la tâche qu'il s'était
imposée Le New Monihly Magasine ^ qui d'abord était l'anta-
goniste de l'ancien Monthly Magasine^ a pris une route différente.
Il a élagué tous ces petits articles insignifians qui encombrent les
anciens Magasins , et s'est attaché à produire de bons articles lit-
téraires, dans le genre des Essais, genre par lequel se distinguaient -
dans le dernier siècle beaucoup d'auteurs anglais, et qui depuis étaient
tombés dans une sorte de discrédit. En suivant cette carrière , où
il marche seul , le New Monthly Magasine pourra former un recueil
d'un mérite durable.
Au cahier du mois d'octobre , est jointe une lettre remarquable de
lady Morgan contre ceux qui ont critiqué amèrement, dans les jour-
naux, son ouvrage sur V Italie. Lady Morgan emploie tour à touf
J'ironie et le raisonnement. Elle se défend aussi quelquefois avec
les armes qui, ont servi à l'attaquer, c'est-à-dire en injuriant ceuX
qui lui ont dit des injures. Si ^ des personnalités, nous passons aux
raisons, nous trouvons lady Morgan sur un terrain plus avantageux.
Elle, fait observer que les journaux ministériels sont déchaîiiés
contre elle depuis long-tems , parce qu'elle défend la cause de
l'humanité et de la justice contre ceux qui ne veulent que le réta-
blissement du pouvoir absolu et du torysme le plus insupportable.
Dans son dernier ouvrage, elle a fait voir clairement les résultats
de l'insouciance avec laquelle le gouvernement de son pays a sa-
crifié, en i8i4» les intérêts de l'humanité et les droits des nations.
Or, ceux qui se sont rendus coupables de cette insouciance, sont
précisément les même» qui soldent encore aujourd'hui les rédac-
teurs de plusieurs journaux. Est -il étonnant, ainsi que l'observe
lady Morgan, qute ceux-ci cherchent à gagner leur salaire D — g.
107.— Malay Anhals , étc — Annales Malaises, traduites du
malaiis par le docteur Lbyden, et publiées avec une introduction,
par sir Stamford Raffles , F. R. S., etc. Londres, 1821. 1 vol. in-S".
Depuis long-tems , cet ouvrage d'un orientaliste distingué et
d'un poète aimable, était attendu avec impatience. Un nouveau
degré d'intérêt s'y rattache encore, lorsque l'on vient à songer
qu'il a coûté la vie à son auteur , puisque c'est en cherchant à le
rendre plus complet que le malheureux Leyden a trouvé la mott
37*
&80 LIVRES ÉTRANGERS.
dans une bibliothèque de Batavia. Nous saisissons cette occasion
pour -payer un juste tribut d'éloges et de regrets à la mémoire
d'un jeune martyr de la science , dont le nom est presque ignoré
en France, mais que de nombreux travaux placent au premier
tang parmi les hommes illustres de l'Angleterre. E. Gauttier.
DANEMARCK.
198. — Saxo Grammaticus , etc. — Histoire de Danemarck, par
Saxo le Grammairien. Nouvelle traduction de l'original en langue
latine, par M. Grdndtvig. Copenhague, 1819. 2 vol. in-4''.
Nous avons annoncé le premier volume dans la Revue ^ T, VII;
pag. 335. L'ancienne traduction, dont le langage naïf n'était pas
dépourvu de charmes, était depuis long-tems épuisée; et ne se
trouvait plus chez les libraires. Pour se procurer ce livre impor-
tant, il fallait faire des recherches dans les magasins des bouqui-
nistes, ou bien attendre la vente d'une bibliothèque particulière,
et le payer alors assez cher. Le public réclamait avec raison , soit
une nouvelle édition de cet ouvrage précieux , soit une traduction
mieux adaptée aux modifications qu'a subies la langue danoise de-
puis soixante ou quatre-vingts ans. M. Grundtyig a pris ce dernier
parti. Nous n'oserons pas dire qu'il a toujours fait mieux que son
prédécesseur; mais, quelque divers que soient les jugemens por-
tés sur son travail, il faut convenir qu'il a rendu service an pu-
blic, en mettant à la portée de tout le monde un ouvrage in-
dispensable pour tous les Danois qui s'intéressent à l'histoire de
leur patrie.
199. — Normes Kongers Kronike. — Chronique des rois de Nor-
vège, par Snorro StoklesoNj traduit par M. Ghindtvig. Copen-
hague, 1819. 2 vol. in-4°-
Les réflexions que nous venons de faire au sujet de l'ouvrage pré-
cédent s'appliquent à celui ci , qui doit son langage plus moderne
au même traducteur, dont le travail lui obtiendra sans doute la
reconnaissance publique en Norvège et en Danemarck.
Hbibbag.
ALLEMAGNE.
aoo. Géographie und slatistick des Gros Her^ogthum Baden. —
Géographie et statistique du grand - duché de Baden , par Gaoos .
Heidelberg , i8ao. In-S".
à
LIVRES ÉrRANGERS. 58i
Tout le leiTitoîrc de cet état est divisé en six cercles ; saroir :
1° Celui du Danube, qui a i43,o45 habitaDs.
2" Celui de la Treisam a4o,53o.
3" Celui de la Kinzig 167,69t.
4° Celui de la Murg i82,356.
5'^ Celui du Necker ... 276,557,
6° Celui du Mein 94>536.
Nombre total des babitans i,oo4j675.
Chacun de ces cercles est administré par un directoire, dont
les subordonnés sont les baillis ; car ceux-ci , outre le soin de rendre
la justice , ont des attributions de finances et d'administration.
La dette publique du grand-duché est de 16,602,925 florins ; mais
la caisse d'amortissement est établie sur des bases si sages, elle est
si bien gouvernée , qu'en peu d'années cette dette se trouvera
totalement éteinte. Pour prouver combien , dans cette partie de
l'Allemagne^ l'instruction publique est florissante, il suffît de
nommer l'université de Heidelberg. Quant au commerce j les impor-
tations et les exportations se balancent à peu près ; miais les lois
des Pays-Bas sur les douanes ont porté un préjudice notable au
transit , en ce que les Suisses s'approvisionnent maintenant dans
les ports de France. Les contrées méridionales de la Suisse ont
recours à Gênes pour tout ce que les lois françaises ne permet-
tent pas de faire passer sur le territoire qui leur est soumis. Aussi,
remarque-t-on que les rôles du transit, qui du i*' mai 1817 au i" mai
1S18 , avaient produit 608,195 florins, ne sont, de cette même époque
au 1*' mai 1819 , que de 4^6, -280 florins.
201. — Z ur geschichte Hellenischer staats-verfassungen ^ etc. —
Fragment d'une introduction à l'étude de Thucydide , surtout en ce
qui concerne les constitutions grecques à l'époque de la guerre du
Péloponèse; par M. Kortum. Heidelberg, 1820. In-S".
Un traité sur les constitutions grecques, à l'époque la plus bril-
lante de l'histoire, aurait un assez grand intérêt par lui-même pour
captiver l'attention de tous ceux qui aiment les sciences morales.
Les circonstances actuelles ajoutent un nouveau prix à sa publi-
cation ; et la nation grecque, en armes pour reconquérir sa liberté,
doit retrouver, dans l'ouvrage de M. Kortum, les germes d'un meil-
leur avenir. Ces constitutions, qu'il reproduit dans leur entier, qu'il
582 LIVRES ÉTILVNGKRS,
remet, pour ainsi <lire, en action, sont de véritables titres de famille }
la force opposée par des barbares en avait comprimé l'effet; le droit
subsiste, il survit à la force. On se tromperait néanmoins, si l'on
cberchait.dans le livr« de M. Kortum un ouvrage de circonstance;
il a été écrit dans des vues plus profondes, il était médité depuis
long-tems; et la première fois que l'auteur laissa échapper de son
cœur ces lignes où respire pour les anciens Grecs l'enthousiasme le
plus vrai , leurs descendans , sans doute , n'avaient pas encore en-
trevu le jour de la délivrance. M. Kortum a déjà obtenu plus d'un
succès dans le domaine de l'histoire ; il était digne d'un savant
aussi laborieux de porter la lumière sur l'étude de l'historien dont
rintelligence présentait le plus de difficultés. L'ouvrage de Thu-
cydide est la plus belle portion de l'héritage que l'antiquité nous a
laissé. M. Kortum ne pouvait mieux commencer son introduction
ou ses éclaircissemens que parla partie politique. 11 est intéressant
de voir quels principes dirigeaient chacun des États de la Grèce,
avant la guerre du Péloponèse. Mais , comnïe il faut faire la part
de la critique, nous devons dire à nos lecteurs, que souvent l'amour
de l'auteur pour les démocraties le rend injuste ; qu'il n'accorde
rien aux gouvernemens oligarchiques ; ertfin , qu'il les accuse d'avoir
toujours étouffé le génie. D'un autre côté, il ferme entièrement les
yeux sur les inconvéniens de la démocratie. Quoi qu'il en soit, li^
lecteur préférera ces défauts à d'autres. Les doctrines, en effet-,
se communiquent moins que les erreurs historiques. Il sera tou-
jours libre à chacun de garder ses opinions, après avoir entendu
M. Kortum; mais bien peu de personnes eussent été capables de
se garder d'une erreur de fait. Il faut donc savoir gré à cet auteur
de ses vastes et scrupuleuses recherches, surtout en ee qui con-
cerne les alliances fédératives des états de la Grèce, ou les sym-
machies : c'est là qu'il déploie toute son érudition* On y voit com-
ment chaque peuple, quoiqu'il conservât ses lois^ était soumis à
l'influence de l'état dominant. C'est ainsi que Sparte tendait à
comprimer les élémens démocratiques; c'est ainsi qu'elle s'empara
d'un tel pouvoir sur ses alliés, qu'en mainte circonstance elle se
pas^sa de lem* suffrage ; les chose* en vinrent au point que ces alliés
essayèrent de se liguer entre eux pour opposer une digue à. sa domi-
nation. De la fédération de Sparte, M. Kortum nous conduit à celle
d'Athènes, composée en partie de peuples libres, en partie de
LIVIVES ËTKANGEIVS. 583
j)euples dépendans ou tributaires. L'énuméialion des peuples de
chaque symmachie est faite avec exactitude. La part de chacun
dans le contingent est marquée avec soin. A la Gn du volume, o«
trouve des additions très-importantes ; par exemple, des recherchés
sur l'histoire de l'Arcadie, sur le royaume des Odrises, etc. Ceux qui
n'aiment les Grecs que dans l'histoire, peuvent liie l'ouvrage de
JVI. Kortum; il leur donnera les moyens de l'étudier dans des sources
fidèles et sûres. Mais ceux qui voient dans leurs descendans une
nation généreuse, prête à ressaisir sa gloire et sa liberté, y clier-
cheront aussi des motifs d'espérance pour elle. Ses ;. ucrriers sont
dignes des beaux jours de Marathon; mais, si jamais le nombrs
devait accabler ces restes précieux du sang des héros , l'Europe
verrait-elle de sang froid anéantir le peuple auquel elle doit la civi-
lisation ? Il existe une ligue sainte ; verra-t-elle massacrer des chré-
tiens par ces barbares infidèles dont l'orgueil insulte également â
tous les chrétiens ?
202. — l/ôer die menscherii etc. — Essai SUT les hommes et la société,
par J. B. Sav, traduit par Ludwig. Attenboutg, 1821. Hahn, in 8"
de i44 pages.
C'est la traduction de l'excellent ouvrage de M. Say, înlilulé :
Vêtit volume contenant quelques aperçus sur les hommes et sur
la société.
200. — Aristophanes von J. H. f^oss. — Aristophane de J. H. Voss ,
avec des remarques, par Henri Voss. Brunswick, 1821. 3 vol. in -8».
Ce n'était point assez d'avoir donné à l'Allemagne Homère ,
Hésiode, Théocrite, etc., M. Voss veut que ses compatriotes puis-
sent lire Aristophane en allemand, et même qu'ils puissent le lire
tel qu'il est, en vers de la même mesure et sans aucune modifi-
cation dans lé sens, quelquefois un peu étranger à nos mœurs et à
noire délicatesse. On sent bien que cela devait entraîner le savant
traducteur à des constructions de phrases un peu embarrassées; et
c'est ce qui lui est arrivé en plusieurs endroits. Cependant, on recon-
naît généralement que l'auteur a surmonté avec succès les grandes
difficultés de son entreprise, et que, cette fois encore , il a été le
secrétaire fidèle des muses attiques. H promet un commeniaife ; et
alors, sans doute, il expliquera pourquoi il a renversé Tordre ancien-
nemer^t établi entre les diverses pièces d'Aristophane. En général,
M. Voss aime beaucoup à transposer, et soUv^ertt même à chahger
&8A LIVRlvS ÉlUA.NGLrcS.
les textes, Virgiîe et TibuIIe, qui lui doivent beaucoup d'ihgénieti»«;»
conjectures, n'ont, pour se défendre de totft ce que son esprit leur
a donné, que l'autorité des manuscrits, et c'est bien quelque chose.
Lisons les traductions de M. Voss ; rendons jnstice à ses hautes
qualités ; mais repoussons-le , chaque fois qu'il viendra opposer 6
l'autorité des siècles l'inspiration du moment.
204. — JVitLands briefe an Sophie von Laroche. — Lettres de Wie-
I.AKD à Sophie de Laroche. Berlin, 1S20. in-8".
Dès l'âge de dix-sept ans, ^illustre poète dont le nom donne wn si
grand intérêt à ce recueil de lettres, avait connu Sophie ; et, en très-
peu de tems, elle devint pour lui l'objet de la passion la plus violente.
Mais, comme il arrive souvent, des obstacles s'élevèrent entre les
deux amans, et Sophie épousa M. de Laroche. L''amitié la plirs
vive et la plus pure vint remplacer, dans ces âmes vertneuse*, un
sentiment qui désormais leur était interdit ; et, comme leurs rela-
tions étaient innocentes, elles n'eurent de terme que leur vie. Pen-
dant l'espace de cinquante années, Sophie exerça sur Wieland cette
influence si douce, dont nue plume habile a récemment retracé
les effets. Si les femmes ont une grande part aux événemens his-
toriques, elles en ont une plus grande encore sur les ouvrages du
génie, et plus d'un chef-d'œuvre doit à l'amour ou à l'amitié qu'elles
onl inspirée tout l'éclat dont il brille. « Rien n'est plus certain,
s'écrie Wieland, dans une de. ses lettres, si le sort ne nous avait
pas réunis, je n'aurais jamais été poète. » Quelques- unes des
lettres de cette collection sont écrites en français. Ph. Golbéby.
2o5. — Kônig Erich. — Le roi Erich, tragédie en cinq actes, par
M. Joseph d'Auffembkhg. — Bamberg et Wurtzboug, 1820. 234 pag-.
Gorbhandt.
(]elte tragédie qui n'appartient point à l'éçoic de Shakespeare
« t qui n'est pas non plus conforme aux règles tracées par Aristote ,
est sévèrement critiquée par les journaux allemands.
206. — Nouelas e.spanolas. — Nouvelles espagnoles. Heidelberg,
i8i(;, Groos. Brochure in-8° de 4^ pag. Prix, 8 grojî.
Cette brochure renferme deux nouvelles espagnoles , sans indi-
cation du nom de l'auteur, ni même de celui de l'éditeur; elles ne
sont précédées d'aucun avertissement, qui puisse apprendre a»
lecteur si ce n'est qu'une réimpression, ou si elles voient le jour
pour la prejjiière fois. Du reste, elles soûl biou écrites; l'aiilcu»
LIVIVES KTlLAiNGKUS. 585
tonte avec {^r Sec et «aturel. Il paraît les avoir desiinccs L\ rensci^
guenienl de la langue espagnole ; et nous croyons pouvoir assurer
qu'elles sei"ont utiles sous ce rapport.
9.0J. — yïrcheologische unterhalîeingen. — Entretiens archéolo-
giques. Première partie; sur Vitruve, par Stikclitz. 1820,
Cet ouvrage a été composé avant que Schneider eût éclairci plu-
sieurs difficultés qui se présentent dans Vitruve. Aussi, reproclic-
t-on à l'auteur d'être tombé dans quelques erreurs assez graves,
A. S.
308. — Dcr Teinpel des Olympischen Juplters zu Agrigsnt. — Le
Temple de Jupiter-Olympien d'Agrigente; par Klenze. L.Munich ,
1821; in-4°, avec fig.
Selon Diodore , le Temple de Jupiter à Agrlgente fut un des plus
beaux monumens de la Sicile ; c'était en même tems l'un des plus
gigantesques, quoiqu'il n'eût pas été achevé : on en peut juger par
les proportion^ des colonnes , qui avaient auprès de leur base vingt
pieds de circonférence, et dont les cannelures étaient assez profondes
pour pouvoir contenir le corps d'un homme. Mais la description
de Diodore présentait quelques difficultés dans lé texte, que les mo-
dernes ont cherché à lever comme ils ont pu. Winkelman s'est beau-
coup occupé de ce monument ; l'abbé de Non et Houel ont donné
les dessins des ruines, et ont ajouté leurs conjectures pour com-
pléter ce que le tems a détruit. Cependant, il restait à faire quelque
chose de plus important, c'était de mettre les ruines à découvert; '
c'est ce qui a eu lieu par les soins de l'aichitecte Cockerell, qui pour-
tant n'a rien publié 'a ce sujet. C'est un Italien , Politi, qui a fait
connaître récemment l'état actuel des ruines , sans être très-heureux
dans ses conjectures sur l'état ancien du monument. M. Klenze part
dts données importantes fournies par les fouilles, pour faire remar-
quer d'abord que Diodore a commis beaucoup d'inexactitudes dans
sa description , surtout dans les dimensions de l'édifice. L'architecte
réfute ensuite plusieurs sa vans qui, n'étant pas artistes, ont formé
des conjectures que contredisent les principes de l'art des anciens ,
ainsi que les règles de la construction. M. Klenze fait l'analyse des
beautés de ce Temple et des idées qui ont guidé l'artiste dans te
plan du monument. L'auteur fait précéder ce travail de quelques
idées générales sur l'art de l'architecture chez les Grecs ; il fait ob-
server que ce peuple n'a pas inventé Iç^ principes de l'architecture ,
:^S0 LIVilES «ailANGliRS.
mâîs qu'U les a trouvés , attendu qu'ils sont fondés dans la nature ;
qu'ils étaient simples chez un peuple démocratique , qui n« s'éloi-
gnait guère de la simplicité primitive ; et que , dans la suite des
tems , lorsque leà institutions politiques et religieuses se furent com-
pliquées, on fut obligé aussi de combiner les idées premières de
l'architecture pour élever des uionumeus analogues aux besoini^
-compliqués des hommes. Des gravures exécutées avec soin font con-
naître les ruines du Temple d'Agrigente , le plan tel que les fouilles
l'ont mis à découvert ; enfin, l'aspect de l'édifice tel que l'auteui du
«iémoire le restaure , d'après des donnéea pour la plupart positives.
309. — Versuch einer ff^iedtnherstellun^ des toscanischen Teiu-
jnls. — Essai pour rétablir le temple toscan, d'après les analogies
historiques et techniques; par M. L. Kleszb , intendant des bâti-
mens de la couronne, en Bavière , etc. Munich, 182?, 86 pag. in-4*,
avec fig. 't» ^■■
Vitruve^ nous a laissé la description des genres de construction
que les Etrusques employaient pour leurs édifices religieux. Mais
Vitruve ne fait pas toujours un usage bien juste des termes tech-
niques ; quelquefois, ces termes eux-mêmes n'ont pas une acception
précise, et les figures, qui servaient à éclaircir le texte de cet au-
tour , out été perdues. Il no faut donc pas s'étonner que , malgré les
détails donnés par l'artiste latin, les modernes n'aient pas eu jus-
qu'à présent uqe idée bien nette de la construction des édifices reli-
gieux en Étrurie. M. Klenze , architecte à Munich , qui a fait preuve
de son habileté et de sa profonde étude de l'antiquité , dans la cens*
truction de la glypiolhèque , ou du musée des antiques érigé récem-
ment aux frais du prince royal de Bavière , a pris une double voie
pour arriver à la solution des difficultés que présentait le texte de
Vitruve; d'abord, il a fait usage de ses vastes connaissances tech-
niques; puis, il a eu recours à un moyen nouveau : c'est en remon-
tant à l'origine de l'architecture toscane ou étrusque, qu'il a cherché
i expliquer le génie de cet art chez le peuple qui a précédé les Ro'
fnaias dans la civilisation. Quelques savans , les Italiens surtout , ont
soutenu que cette civilisation des Étrusques était un fruit du sol, un
effet naturel du génie de ce peuple ; d'autres ont cher<^hé à prouver
que les arts qui ont fleuri avant les Romains, en Italie, surtout en
Toscane, y ont été apjwrtés parles Grecs ou les Pélasges. M. Klenze.
sans combattre précisément ces tlcux avis, parait pencher pour une
LIVRES li]i\AL>GKaS. 587
tiolsièino opinion qui explique, par l'invasion et rétahUsscuiGnt des
peuples septentrionaux, l'état des arts dans la haute Italie, avant
la domination des Romains. Quelque singulière que paraisse cette
opinion, elle est pourtant assez plansiblô. De tout tems, observe
M. Klenze , les peuples du nord ont eu une prédilection pour les
possessions des pays du midi. Les auteurs anciens parlent de diverses
peuplades gauloises ou celtiques, rhétiennes et autres, qui se sont
établies en Italie. 11 y a une grande affinité entre les caractères
ilrusques et les runes. Selon Micali, on voit, sur d'*aiM;icns nionu-
mens étrusques, des figures dont la physionomie est celle des hommes
du nord. M. Klenze cite des témoignages qui assurent que le peuple
toscan ressemble encore au peuple allemand , et l'auteur ajoute que
les go ivernemens allemands de la haute Italie sont, pour ainsi dire,
des gouverneniens nationaux. Je crains que cette dernière asserliou
n'ait de la peine à s'accréditer dans le midi de l'Europe.
Pour revenir à l'architecture , M. Klenze fait observer qu'il existe
un genre de construction dont on peut suivre les traces, depuis le
bas Danube jusqu'au haut de ce fleuve; puis à travers les Alpes du
Tyrol et de la Suisse jusqu'en Toscane; c'est la construction de ces
maisons de bois qui, chargées d'ornemens, composées de plusieurs
étages, entourées de galeries, et érigées avec un art particulier,
offrent une foule d'agrémens, et annoncent, par conséquent, un
raffinement qui s'éloigne beaucoup des essais informes des peuples
barbares. Ces maisons, dont les parties, au lieu d'être attachées par des
clous, le sont par la jonction habilement combinée des pièces de
bois, peuvent être démontées et reconstruites aisément, comme ces
habitations de l'ancienne Grèce, que l'on transportait de la cam-
pagne dans les forts, à l'approche de l'ennemi. M. Klenze trouve
une analogie frappante entre cette architecture et celle des anciens
Étrusques, qui employaient également le bois, et c'est de cette
analogie que l'auteur s'aide ingénieusement pour éclaircir le texte
de Vitruve au sujet des temples toscans* Il ne nous appartient pas
de prononcer sur la validité de ses argumens; il nous suffit de les
avoir indiqués : les architectes aussi versés dans leur art que dans
l'étude de l'antiquité, pourront seuls avoir une voix décisive dans
cette discussion. Depping.
586 i:ryKE5 étra.ngers.
SUISSE.
210. — Tentamen Florœ Basileensis ^exhibens plantas phœnew
gamas sponte nascentes , secundùm sexuale digestas , adjectis
Caspari Bauhini synonymis , ope horti ejus sicci comprobalis, etc.
Auctore doct. C. F. Hagembach. — Essai d'une Flore de Bâie , etc.
Bâle, 1821. Neukirch. 1 vol. in-S" de 45o pages. Prix, 4 florins.
La première partie de cet intéressant ouvrage, attendu depuis
long-tems avec impatience par les botanistes, vient enfin de paraître.
L'auteur a su tirer parti des manuscrits et des herbiers provenant
de nos célèbres naturalistes Bauhin et Lachenal, de ces précieuses
collections qui, jusqu'à ce jour, avaient été comme perdues pour ia
science. Il se propose de décrire successivement les plantes de toute
la partie septentrionale de la Suisse, ainsi que celles qu'on recueille
dans la chaîne du Jura, sur les montagnes dont la hauteur absolue
n'excède guère 4,000 pieds : il a déjà réussi à faire de cet ouvrage t:n
guide utile, pour les amis de la botanique , dans leurs excursions aux
environs de Bâle. Les plantes sont décrites avec beaucoup de soin,
et les lieux où elles cioissent sont indiqués avec la plus grande pré-
cision. Ce premier volume est orné d'un beau portrait de Gaspard
Bauhin, dû à deux habiles artistes suisses, VVocher, peintre de Bâle,
et Fsslinger, graveur de Zurich; on y a joint deux figures enlumi-
nées , représentant la Veronica prcecox et la Veronicj. buxbaumii.
Cette production fait regretter que le docteur Hagembach ne soit
plus chargé d'aucune partie de l'enseignement public, et qu'il ait
renoncé à la chaire de professeur, qu'il remplissait d'une manière
distinguée. A. S.
211. — Des moyens de perfectionner les études littéraires à Genài-c,
^ar Jeun Humbebt, professeur d'arabe; deuxième partie. Genève ,
1821. J. J. Paschoud, et à Paris, chez le même libraire, rue de
Seine, n» ^H;\n-8'> de 127 pages, {ployez le Compte rendu de la
première partie , T. XI, p. 570.)
Dans cette seconde partie, l'auteur s'applique à prouver que le
grec, et surtout le latin, ne s'enseignent pas, au collège, d'unç ma-
nière convenable , et que la langue française , qui devrait y être
l'objet d'une étude particulière, est absolument négligée. Nous ne
suivrons pas l'auteur dans le développement de chacune de ses pro-
positions. 11 conseille , pour le grec, de faire, dès le principe , ap -
LIVRES KTRANGERS. 589
prendre beaucoup de mots aux écoliers, et de les excercer à la corn*
position; « Mais , dit l'auteur, pour asseoir cette méthode sur une
base fixe, il faudrait que l'enfant eût entre les mains un Cours de
thèmes ^recs i à l'instar des thèmes latins de Mercier. Le Cours de
MM. Planche et Vendel-Heyl ( qui n'est qu'une copie littérale de
celui de Werner) ne remplit point le but désiré : il est plus fait pour
faciliter l'enseignement aux jeunes maîtres, que pour développerl'in-
telligence des enfans. Il faudrait aussi qu'on imprimât un dictionnaire
fançais-grec ^ en prenant pour guides dans ce travail les diction-
naires allemands-grecs, publiés récemment par Stein, Reichenbach
et Rost. » L'auteur demande ensuite que l'on fasse lire plus de pro-
sateurs que de poètes ; que l'on se presse moins de mettre Hom,ère
entre les mains des élèves ; que l'on traduise les auteurs grecs en
français et non en latin ; que l'on donne une idée un peu nette des
esprits., des acoens et de la quantité (et à cette occasion, il recom-
mande un ouvrage récent, que nous ne connaissons point encore :
( le Traité des ac'cens de la langue grecque., par M. Couronne ).
Quant à la langue française., à en juger par les plaintes de l'auteur,
cette étude est, à Genève, sur un pied peu satisfaisant. Cette cir-
constance explique pourquoi Genève , qui a produit tant de savans
natui'alistes, tant de philosophes et de mathématiciens profonds,
compte dans son sein si peu d'écrivains élégans, si peu de littérateurs
et de poètes.
Dans la z^^eclion de cette seconde partie, M. Humbert recherche
quelles nouvelles études on pourrait introduire au collège? et il se
déclare pour V histoire et les antiquités , comme dans les lycées de
France ; pour la géométrie et V arithmétique. Quant à l'histoire na~
turelle et à la géométrie , il croit qu'il suffit de les commencer après
la rhétorique. Les nf*tes qui accompagnent l'ouvrage contiennent,
entre autres choses , une dissertation où l'auteur s'efibrce de prouver
que, dans l'étude des langues mortes, la méthode des thèmes ne doit
point être abandonnée , parce que, loin d'être inutile ou nuisible,
comme l'ont prétendu beaucoup de grammairiens, elle ne peut avoir
que de bons résultats.
Au moment où nous terminons cette analyse, nous apprenons que
cet écrit de M. Humbert , où nous n'avons découvert qufe des vues
pacifiques, utiles et patriotiques , a piqué au vif MM. les professeurs
du collège, et qu'un d'eux a même publié un petit pamphlet contre
590 LIVKKS KlllANGERS.
l'auteur. Ce fait, doul on n'a malheureusement que trop d'exemples
dans la république des lettres, nous rappelle le passage suivant de
Dumarsais : « Une ironie perpétuelle n'instruit point. Une personne,
dont la principale destination est de travailler à l'éducation de«
enfaïis, devrait parler sérieusement des ouvrages qui ont du rapport
à «ette éducation. On doit, en pareil ca«, ou les laisser tomber, ou
en relever les défauts d'une manière qui instruise le public et l'au-
teur même (i). » E. S.
ITALIE.
21 2. Délia maniera piu aita a curare radicalmente le i^arici, eto.
— De la. méthode la plus propre à guérir radicalement les varices et
j€s plaies varicieuses de l'extrémité inférieure. Mémoire de lianieri
. G ABTONi, médecin-chirurgien. Pise , ^821. Sébastiano Nistri.
L'auteur de se Mémoire, après avoir indiqué les causes des va-
rices , expose les méthodes que l'on a employées jusqu'ici pour les
guérir. Il rapporte un grand nombre d'observations faites par lui-
même et par d'autres. Il préfère la méthode par la<|uelle on coupe
et l'on enlève une partie de la veine , iit celle qui prescrit de la
couper simplement et de la réunir ensuite.
2i3. — uétti délia reale, accademia Lucche&e, etc. — Actes de l'aca-
démie royale des sciences, lettres et arts de Lucques. T. I. Lucques,
1821. Francesco Bertini; in-S" de xuii et de 344 pages avec des
planches.
Cette collection comprend un Discours de l'infant don Carlo
Lodovico , président de l'académie ; une Notice sur l'origine de cette
académie. On y rend compte d'un i)!femoz>e d'Antonio Mazzarosa
sur les contagions; d'une Introduction de Francesco Ceviipour un
Cours d'histoire universelle^ tracé d'après les modèles de Bossnet et
de Mehegan ; et d'un Essai d' économie et de statistique, parGabriello
Grîmaldi; on y trouve aussi une Leçon de M. Giulio Cordero sur
les mesures deLucques et sur la meilleure méthode de les ordonner;
une Théorie analytique des projections ,^at le professeur Gaetano
Georgini ; V Essai d'une théorie élémentaire des polygones revtilignesy
par le professeur Pietro Franchini ; une Dissertation de Çesare
Lucchcsini, sur le droit d'asile sctcré chez les Hébreux; un Mémoire
(0 (Rui'res, T. ï, p. 85.
LIVRES ETU ANGERS. 591
du chevalier de San Quintino sur les monnaies des a.iciens Marquis,
de. la Toscane; une Notice du comte Gio Francesco Napione , sur un
opuscule inédit de Tomniaso Valperga di Caluso , intitulé : Délia
lingua itaiiana ; un Mémoire météorologique de P. A. Butori; et en-
fin la Constitution de l'académie.
2i4* — f'^lo,ggi di Francesco Peirarca, etc.— Voyages de Pétrarque
en France, en Allemagne et en Italie, écrits par le professeur Am-
brogio Levati. Milan, 1820. Imprimerie de la Société typographique
des classiques italiens. 5 vol. in-8".
Cet ouvrage est une espèce de roman historique. L'auteur s'es^t
proposé d'exposer la vie de Pétrarque, de traduire les morceaux
les plus intéressans de ses ouvrages latins, et de retracer les événe-
mens et les usages les plus remarquables du xiv* siècle. Mais on ne
trouve pas , dans son roman , toute l'exactitude qu'auraient désirée
dans ce genre d'ouvrage ceux qui connaissent le caractère du poète
italien, ses nombreut écrits, ainsi que l'histoire et les mœurs
de son tems ; enfin , le Pétrarque de M. Levati n'est pas le Pé-
trarque du xiii« siècle.
ziS. — DfW oracolo e degli Anfizioni di Deljo, etc.— "De l'oracle
et des Amphyctions de Delphes, par Francesco AMBaosoLi. Milan,,
1821» Angelo-Stanislao Brambilla ; in-8° de iï4 pages.
Nous avons annoncé deux Mémoires sur le môme sujet, l'un du
comte Mengotti, et l'autre de M. Torriceni. {VqyezT. V, p. 343,
et T. XI , p. 365. ) M. Ambrosoli croit que les recherches de ses
devanciers peuvent encore être soumises à un nouvel examen.
Disciple et admirateur de G. B. Vico, et appuyé de l'exemple d'AI-
garotti, de Beaufort, de Niebhur, de Wachsmuth , de Savigny, il
suit leur méthode et leurs principes.il cherche d'abord à déterminer
la nature et l'origine de la divination ou de la religion,et de la politique
dans l'état primitif des familles, lorsque les pères exerçaient sur leurs
fil» et leurs esclaves un empire absolu et monarchique. La première
association de ces chefs de famille forme des républiques aristo-
cratiques , où les patriciens interprétaient les oracles et fixaient les
lois, c'est - à -dire, qu'ils étaient à la fois prêtres et législateurs.
M. Ambrosoli s'étudie ensuite à déterminer l'objet et le caractère
des amphyctions, et profite des recherches de Sainte-Croix mieux
que ne l'ont fait MM. Mengotti et Torriceni. Selon notre auteur, le»
amphyctions eurent toujours part dans le gouvernement, soit qu'iU
592 LIVRICS KÏKANGERS.
fussent de bonne foi,soit qu'ils abusassent de la crédulité dos peuples.
Il suppose que la crédulité a dû précéder l'imposture . et conclut
que la religion (et par conséquent l'oracle de Delphes, qu'il regarde
comme un des plus anciens) est une institution qui trouva néces-
sairement son origine dans les dispositions de la nature humaine ,
et qui devint facilement la première règle de conduite des hommes |
et des états. Long-tems après, les directeurs des peuples ayant re-
connu qu'ils étaient dans l'erreur, mais ayant en même tems senti
la nécesstié de tenir le peuple dans la même croyance, ils la firent
gervir à leurs intérêts, qu'ils avaient toujours soin de confondre avec
ceux de l'état. C'est d'après cette théorie que M. Ambrosoli ex-
plique l'origine, les progrès et les vicissitudes de l'oracle de Delphes.
On espère qu'après ce premier essai, il développera quelques autres
parties du système de Vico, qui mérite d'être plus connu.
216 (*). — Saggio iniorno aisinonimi délia lingua italiana^ etc.—
Essai sur les synonymes de la langue italienne, par Giuseppe Gbassi.
Turin, 1821 ; imprimerie royale. 1 vol. in-8° de i48 pages.
Cet ouvrage a été regardé comme la première tentative de ce genre
faite en Italie^ et l'on a espéré que l'exemple donné par l'auteur serait
suivipar d'autres. Dans son travail, il a suivi la méthode d'Adelung, de
Jonhson et de Roubaud, et l'analyse des étymologies ; ce qui l'a obligé
de consulter l'histoire de la langue, histoire qui manque encore à l'Ita-
lie, malgré le nombre immense d'ouvrages qu'elle possèdesur la gram-
maire et sur la langue en général. Nous apprenons que l'abbé Romani
vient d'achever xxn Dictionnaire raisonné et complet des synonymes de
la langue italienne, sur lesquels M. Grassi n'a publié qu'un Essai. Il
en avait communiqué, dès 1819, l'introduction et le plan à l'institut
de Milan , qui , après les avoir examinés , décida que son exécution
pourrait être fort utile à la réforme du vocabulaire italien. L'auteur
nous assure que son travail comprend l'explication étymologique de
plus de 4îOOO mots.
217. — Lettera del signor^ etc. — Lettre de M. Giuliano Ricci,
étudiant à l'université de Pise, adressée au Ritoglitor Mila-
7îei-e,etc. Pise, 1821. Sébastian© Nistri ; brochure in-8"* de 48 pages.
Le jeuiie auteur fait l'apologie du fameux Mémoire de M. Car-
mignani sur les tragédies d' A IJierii et attaque M. Marré qui a si bien
défendu le Sophocle italien. M. Ricci s'annonce comme élève du
professeur Carmignani et semble même avoir écrit sous sa dictée.
LIVRES ETRANGERS. 59n
Les injures et quelques idées vagues sont le» seules armes et les
seuls raisonnemens qu'il emploie. Le nom d'Alfîeri devrait être à
l'abri de pareilles attaques, qui ne prouvent d'ailleurs que l'ignorance
ou la mauvaise foi de ses détracteurs. L'ouvjage de M. Marré
continue d'être reconnu comme la meilleure apologie qui ait été
faite de ce poète , et a été préféré au Mémoire sur le mérite tragique
de Vittorio Alfieri. présenté par le même au concours de 1817, pour
le prix proposé par M. le marquis de Brème. En effet, la commission,
chargée de juger les ouvrages envoyés au concours , n'ayant pas trouvé
dignes du prix ni ce Mémoire ni les autres , M. le marquis de Brème
décerna ce prix au premier ouvrage de M. Marré, et non au second,
comme on l'avait dit ci-dessus, T. XI, p. 366.
218. — Nopelle scelte de' piu,celebri aulori italiani, etc^ — : Nou-
velles ou Contes choisis des plus célèbres auteurs italiens, publiés
avec des notices. T. L Turin, 1821. Veuve Pomba; in-.iade 268 p»
C'est le premier volume d'une collection intitulée : Biblioteca
classica italiana , scella ad uso délia gioventii. Elle est. faite avec
assez de discernement. Les Nouvelles et les notes , publiées jusqu'à
présent, donnent une idée avantageuse de cette édition. .
219. — Pinacoteca del palazzo reale délie scienze el délie arti, etc.
—Pinacothèque du palais-royal des sciences et des arts, décrite par
Robustiano Giaowi, et publiée par i)f l'cAe/e Bisi , graveur. Milan;
imprimerie royale. 1 vol. in-folio.
Cet ouvrage, entrepris en 1812 , et publié par livraisons, forme
aujourd'hui un volume, qui comprend l'école vénitienne, en 73
planches^ dessinées et gravées par les meilleurs artistes d'Italie.
F. Salfi.
ESPAGNE.
220. — Memoria sobre el contagio de la fiei^re amarilla. — Mé-
m^oire sur la contagion de la fièvre jaune, présenté au comité sa-
nitaire de Barcelonne , par le docteur don Raimond Romero-Vk-
LASQtJEZ. Madi'id, 1821. Martinez.
Ce mémoire a obtenu une médaille d'or de la société .royale de
médecine de Madrid, qui en a ordonné l'impression. — Il est cu-
rieux et important pour l'humanité de comparer les deux opinions
qui divisent aujourd'hui les médecins, au sujet de la fièvre jaune.
Les uns prétendent qu'elle est décidément contagieuse , et que
ToMÊ XII. 38
59A LIVRES ÉTRANGERS.
«nier la contagion, c'est nier l'évidence, c'est nier Dieu.» (Voyez
une lettre insérée dans le Journal des débats du 16 décembre 1821. )
L^s autres, plus tolérans, soutiennent que « la fièvre jaune n'est point
contagieuse, mais endémique, et qu'elle ne se développe et ne «e
propage jamais que sous l'action des causes locales.» (Voyez la
Biblioihègue P/iysico-£conomique , Tédi^ée -par M. Arsenne Thié-
bault, Tom.X, cahier de décembre 1821 , pag. 42i-474-)^*'y^^^"Ssi
le mémoire très-remarquable sur la fièvre jaune, lu à l'académie
des sciences, par M- Moreau de Jones, et dont les conclusions
sont reproduites ci après , pag. 673,
Nous rapprocherons encore de ces opinions contradictoires le
témoignage , très-digne de foi , de M. Caseaux , ex-consul de France
à New-Yorck ; ce témoignage est le résultat des observations que
douze années de résidence aux Etats-Unis d'Amérique l'ont mis à
portée de recueillir sur la fièure jaune. « Cette fièvre , selon lui ,
ji'e&t point contagieuse ; elle est simplement épidémique. — L'épi-
démie ne frappe que ceux dont les organes auront été affectés
d'avance , et , pour ainsi dire , préparés à recevoir la maladie dans
le cercle atmosphérique, générateur de cette fièvre. — Sous la
zone tempérée, la fièvre jaune se montre toujours vers la fin de
juillet, ou à la mi-août. Elle apparaît invariablement dans les ports j
de mer ou dans les habitatious à hauteur des marées et voisines
des rivières accessibles aux marées. — Il n'y a pas d'exemple que
la fièvre jaune ait jamais apparu dans les terres ; qu'elle ait frappé
des personnes habitant l'intérieur des États-Unis, qui n'auraieni
pas habité des lieux infectés par cette maladie , durant son règne
immédiat. — Lorsque des citadins , ayant déjà en eux le germe de h
fièvre jaune, ou même en état de maladie , sont allés se faire trai-
ter, ou sont morts hors du rayon atmosphérique de la maladie ;
jamais ils ne l'ont communiquée aux familles qui les avaient ac-
cueillis, aux médecins qui les avaient traités , ni aux gardes qu
les avaient soignés. — Conclusion: Les personnes infectées du mor
bus fébrile ne le communiquent point aux habitans de l'intéricaj
des terres non voisines de la portée des marées. — Les personne:
qui auront passé le printems et l'été loin des ports de mer, ot
hors de l'influence méphitique des exhalaisons produites par le
marées (laissant périodiquement à nu une partie du lit des rivières},
peuvent impunément communiquer avec des fiévreux, et mOoM
LIVRES KÏRANGERS. 595
traverser sans crainte les lieux infectés par la fièvre.» (Voyez la
lettre de M. Caseaux, dans le Précurseur ou Journal de Lyon et
du Midi) du i3 décembre 1821.)
231. — Ciencia de la Legislacion. — Science de la Législation,
ouvrage écrit en italien, par Gaétan Filangieri, et traduit par don
Jean de Ribera. Madrid, 1821. Sojo, 6 vol. in-8*'.
L'Espagne possédait déjà une traduction de cet ouvrage , faite ,
en 1787 , par don Antoine Rubio. Cette traduction^ très-imparfaite,
à cause des suppressions et des changemens que le traducteur avait
jugé à propos d'y faire pour éluder la censure, fut cependant con-
damnée par le tribunal de l'inquisition , qui condamna en même
tems l'ouvrage italien.
222. — Doctrina social ^ ô principios uniuersales , etc. — Doc-
trine sociale ou Principes universels de« lois et des rapports de
peuple à peuple , déduits de la nature de l'homme et des droits du
genre humain ; ouvrage traduit du français , de M. Bonnin , par
un élève de l'école philantropique. Madrid, 1821. Eamos, in-8<».
C'est la traduction de l'ouvrage dont nous avons annoncé la
seconde édition. (Voy. ci-dessus, pag. i63.)
223. — El Dinero. — L'argent. Madrid, 1821. Coronel et Higuera.
Brochure in-80.
L'auteur anonyme de cet ouvrage prétend avoir prouvé qu'avant
peu toutes les puissances de l'Europe manqueront d'argent mon-
noyé. Il appelle sur ce point l'attention de tous ceux qui s'oc-
cupent de finances.
224. — Diccionario historico de los mas illustres profsssores de
bellas artes en Espana. — Dictionnaire historique des plus illustres
professeurs des beaux-arts en Espagne , par don Jean- Augustin dk
Cean-Bermudez. Madrid, 1821. A l'académie des beaux-arts. Six
volumes in-12.
225.— Siglo de oro en las seluas de Erifile. — Le siècle d'or dans
les forêts d'Eryphile , et la grandeur du Mexique , par don Bernard
DE Valbuena. Madrid , 1821. A l'hôtel de l'académie delà langue
espagnole; un vol. in-S"».
L'évêque Valbuena, mort en 1627, ^** auteur d'un poème épi-
que, intitulé: Bernard, ou. la Victoire de Roncei^aux. Le célèbre
> poète espagnol Lope de Vega fit une mention honorable de cet
ouvrage, dans son poème El Laurel de Apolo, le Laurier d'Apol-
38 *
596 LIVRES ÉTRANGERS.
Ion. L'académie de la langue a entrepris de donner une édition deji
ceuvres de l'évêque Valbuena, non à cause des vues et des idées qu'elle»
renferment, mais en considération du style. En effet, Valbuena,
contemporain de Cervantes, est l'un des écrivains espagnols les plus
purs et les plus élégans ; toujours harmonieux dans sa prose comme
dans ses vers , il est un de ceux qui a le mieux conservé à la langue
espagnole son caractère de grandeur et de majesté.
226. — Antiguedades arabes de Granaday Cordova, — Antiquités
arabes de Grenade et de Cordoue, par don Pau/ Lozano , ouvrage
composé de soixante-deux estampes, avec des inscriptions arabes
traduites en espagnol. Madrid, 1S21 , à l'académie des beaux-arts.
J. A. Lloaekts.
ROYAUME DES PAYS-BAS.
227. — Tentamen mineralogicum seu mineralium noua distri-
butio in classes , ordines , gênera , cam varietalibus et synonymis
aiictorum,.. i etc.; auciore J. Kicrx. Bruxelles, 1820. Delemer.
In-8*> , de 208 pag.
Cet Essai minéralogique nous paraît propre à faciliter l'étude de
la science , sans être destiné à l'honneur d'y faire une révolution.
Il est précédé d'un vocabulaire de minéralogie. M. Kickx est un
savant modeste ; on peut compter sur le résultat de ses observa-
tions, parce qu'il observe avec soin, et qu'il a le coup d'oeil juste.
II a publié 5 en 1812 , une Flore de Bruxelles ( Flora Bruxellensis).
In-8" de 348 pag.
228. — Le Guide aux manufactures , ou Exposition complète des
produits de l'industrie nationale du royaume des Pays-Bas ; par
L. F. D. Bruxelles, 1821. Delemer. In-8''.
Cet ouvrage utile contient les noms, la résidence des principaux
artistes et de tous les fabricans du royaume , le genre de leurs fabri-
cations et des détails précis sur leurs produits.
229. — Histoire du soulèvement des Pays-Bas , contre la domina-
tion espagnole; par P. Von Schiller; traduit de l'allemand, par
M. Clokt. Bruxelles, 1821. Remy. In 8°.
Celte traduction se lit avec plaisir, malgré quelques incorrec-
tions; et, quoiqu'elle n'ait ni la chaleur, ni le coloris de l'original»,
elle peut servir de supplément au Théâtre de Schiller, publié > à
Paris, chez le libraire Ladvocat.
LIVRES ETKANGEiVS. 597
^3o. — Voyage en Circassie,ïsà\ en i8i8; par M. Taitboot dk
Marigny, nommé depuis, par le roi des Pays-Bas, vice-consul dans
la mer Noire. Bruxelles, 1821. Dekeyn. In-S» de i36 pag. , avec
tin atlas lithographie.
Ce journal offre quelques détails intéressans. L'auteur rectifie
■quelquefois la carte de la mer Noire, dressée par le lieutenant russe
Boudisschef.
23i. — Épître à Odevaere\ par A. Quetelet. Bruxelles, i8ai.
Deîemer. In-8». . .
M. Quetelet prouve qu'on peut écrire purement en vers français
hors de France. Les siens unissent à l'élégance une correction mal-
heureusement trop rare; et, ce qui n'est pas moins louable, ils
bjillent par de nobles sentimens;; Le poète apostrophe ainsi l'Italie :
Noble et belle Italie I ô mère des beaux-arts!
Du milieu des débris de tes trônes épars ,
Renversés , confondus sous le torrent des âges ,
Lève , lève ton front courbé par les orages !
Le tems, qui déchira ton manteau triomphal.
Et brisa dans tes mains le sceptre impérial ,
Le tems admire encor ta ville aux sept collines ;
De grands hommes encor sortent de tes ruines ;
L'amour sacré des arts les guide. . . . Mais Brutus ,
Dans tes fils, dégradés cherche en vain ses vertus.
Tu gémis en silence , ô malheureuse terre i
Le ciel , en te laissant le don fatal de plaire ,
Aurait dû te laisser , pour prix de tes exploits.
Assez de force au moins pour défendre tes droits ,
Pour chasser loin de toi ces hordes sanguinaires,
Qui, s'élançant du haut des Alpes tributaires.
Viennent indignement se baigner dans les pleurs
Qu'arrachent à tes yeux ta honte et tes douleurs.
Ces huit derniers vers sont évidemment imités du célèbre sonnet
de l'italien Filicaja , dont nous donnerons ici la première strophe ,
d'après la traduction en vers de M. Jullien , qui a été insérée dans
V Abeille^ ci-devant Mineri^e littéraire, dans l'un des n"»* du mois
d'octobre 1821.
« Belle et triste Italie 1 ô terre généreuse ,
Biche des dons du ciel , et toujours malheureuse !
598 LIVRES JETRANGERS.
Hélas 1 pourquoi faut-il, source de pleurs amers.
Que ta beauté fatale ait produit tes revers ?
Italie , ah ! pourquoi la fortune cruelle
Ne te fit-elle pas plus puissante ou moins belle ?
Plus puissante j ton bras eût défendu tes droits;
Moins belle , la fureur, Tambition des rois ,
Avec leurs légions franchissant les montagnes ,
N'eût point de flots de sang inondé tes campagnes. »
. DeR— g.
232. — iRèsz , Blagasin général i contenant quelques morceaux
originaux en langue hollandaise , et un choix d'articles extraits des
ouvrages périodiques étrangers, par M. Olifier Schilpeboobt,
Nos II et III. Août et octobre, 1821. In-S» de sept feuilles d'im-
pression chacun; ouvrage périodique proposé par souscription , pour
1 florin ( 2 fr. 12 c. ) par cahier. Amsterdam. V« Diederichs et fils.
Nous avons annoncé ( voyez Tom. XI , pag 5^2 ) la première
livraison de V Irène, recueil publié à Amsterdam, en langue hollan-
daise, par M. Olivier Schilperoort. La deuxième a paru au mois
d'août ; l'éditeur n'en a point publié en septembre , et la troisième
est du mois d'octobre. La quatrième ne paraîtra qu'en janvier 1822,
époque à laquelle cet ouvrage deviendra périodique , s'il obtient un
nombre sufifisant d'abonnés. Les deux cahiers que nous avons sous
les yeux contiennent la traduction de quelques morceaux de litté-
rature , de politique et de morale , extraits et traduits de journaux
français, allemands ou anglais. On y trouve, entre autres ^ l'article
inséré dans la Revue Encyclopédique du mois de mai dernier, sur
l'ouvrage que M. Heiberg a écrit en langue norvégienne , et où ce
savant examine cette question importante : Si la sociélé a le droit
dHinfliger la peine de mort à un de ses membres. — Les articles
originaux, qui appartiennent à l'éditeur hollandais, sont : i» un
Essai sur les progrès de la régénération de la Grèce , dans leurs
rapports avec les tentatives que fait ce pays pour reconquérir l'in-
dépendance nationale. L'auteur nous apprend beaucoup de parti-
cularités curieuses^ relatives, soit à l'influence de quelques cours
étrangères sur le développement et la marche de cette révolution ,
soit aux institutions qui l'ont préparée , telles que la société des
kétéristesy les nouvelles écoles de Joannina, deSmyrneet d'Athènes;
l'université de Ctphalonie ; enfin, le grand collège de Chios, qui
LIVRES FlUNÇAIS. 699
Comptaient, eu iSao, plus de ciaq cents élèves et plusieurs bons
professeurs , parmi lesquels on distingue un Français , M. Manoussc,
formé à l'école normale de Paris; 2° une Reuue des oui^rages inipri-
jiiés dans le royaume des Pays-Bas , depuis le i"' Janvier Jusqu'ai$
!•' août 182 1. Cette Revue est très-incomplète : l'auteur y indiqua
avec un talent et une érudition remarquables , mais sans analyse , et
d'une manière sommaire, le mérite ou les défauts de quelques livres
hollandais; mais il en néglige un grand nombre qui auraient pu
entrer dans son cadre : c'est une série de feuilletons ingénieux et
bien écrits, rassemblés sans ordre et liés par des transitions un peu
forcées, plutôt qu'une bonne notice bibliographique ', 5" une Disser-
tation sur le droit de propriété littéraire, et l'exposé des principes
d'après lesquels on devrait, selon l'auteur, rédiger une npuvelle
loi sur cette matière, pour le royaume des Pays-Bas. Cette pièce
est suivie de quelques réflexions ( tout-à-fait dans le sens ministé-
riel hollandais) sur la responsabilité des auteurs, éditeurs et impri-
meurs, pour les délits de la presse; 4° une Note en faveur de l.i
maçonnerie. L'auteur attaque vivement la bulle que le pape Pie VII
a lancée, en septembre 1821, contre les carbonari^ secte dont
M. Olivier Schilperoort ne prend pas la défense , mais avec laquelle,
selon lui, le souverain pontife confond mal à propos l'ordre des
francs-maçons. Chaque cahier est terpiiné par des mélanges ca
prose et en vers, des anecdotes, des indications de découvertes
nouvelles, etc.
LIVRES FRANÇAIS.
233. — Résumé d^un Cours élémentaire de géographie physique y
autorisé par l'université, pour l'enseignement de cette partie de
l'histoire naturelle ; par J. V. Lamourovx , D. E. S. , professeur
d'histoire naturelle à i'académie de Caen, correspondant de l'Ins-
titut, etc. Caen, Poisson; Paris , Verdière , quai des Augustins ,
n°. 26. In-8» , xvj et 368 pag. Prix, 5 francs.
La géographie physique est la science qui apprend à connaître les
phénomènes astronomiques, physiques et d'histoire naturelle, qui
ont un rapport immédiat avec le globe terrestre. L'ouvrage que
nous annonçons est le résumé des cours faits par un de nos savan»
distingués, sur cette matière. Il est divisé en quatre parties : Im
première renferme quelques principes généraux d'astronomie ; U
600 LIVRES FRANÇAIS.
deuxième, inlilulée aérographie , se comi^ose de la description de
tous les phénomènes que l'air et l'atmosphère présentent ; la troi-
sième, V hydrographie , traite de l'eau considérée dans tous ses étals
sur notre sphéroïde; enfin, la quatrième, la géognosie, offre un
abrégé de cette science presque nouvelle , dans laquelle on a cher-
ché à faire connaître les différens terrains, les formes si variées de
ïa surface solide de la terre , ses élémens , ainsi que les grandes lois
qui semblent avoir présidé à la dissémination des êtres organisés sur
notre planète. L'ouvrage est terminé par un aperçu de l'histoire des
volcans et de celle des fossiles. En substance , ce livre est un résumé
de ceux de MM. Laplace et t'rancœur , pour l'astronomie ; de Hum-
boldl et Biot, pour la physique ; de Humboldt et Bonnard, pour la
géognosie; de Cuvier, pour les fossiles, etc. M. Lamouroux a le
mérite d'avoir choisi, dans ces ouvrages, tout ce qu'il y a d'essen-
tiel, de l'avoir coordonné et rédigé avec méthode et lucidité. Son
Résumé nous paraît être le livre dont doivent se munir tous les
jeunes gens qui suivent , dans les diverses universités de la France ,
quelques-uns des cours qui se rattachent aux sciences naturelles.
Les gens du monde, particulièrement les propriétaires qui vivent
ordinairement sur leurs terres, y puiseront, sans fatigue et même
avec agrément , des notions générales sur les divers phénomènes
naturels qui les entourent , et dont l'ignorance ne serait plus par-
donnable aujourd'hui , outre qu'elle peut souvent leur devenir pré-
judiciable. X.
234. — Considérations sur rhistoire naturelle des poissons , sur
la pêche et les lois qui la régissent ; par M. Dralet, conservateur
des eaux et forêts du douzième arrondissement. Toulouse , 1821.
J. M. Douladoure, rue Saint-Rome, n" ^\\ Paris, madame Uuzard,
rue de l'Éperon, n" 7. Un vol. in-8°. Prix, 2 fr. et 2 fr. 3o c. par
la poste.
La richesse de nos rivières dépend d'une bonne législation sur
la pêche. Celle qui est en vigueur se compose principalement des
ordonnances de Charles IV, de Charles VI, de François I*', de
Henri II, de Louis XIV, et de quelques lois rendues depuis la ré-
volution. Toutes ces lois renferment, à très-peu de chose près, les
mêmes dispositions; en sorte que la loi du 28 messidor an VI n'est
que la répétition de l'ordonnance de i52G. S'il est des lois dont la
sanction des tcnis garantit la sagesse, il ^ est aussi qui sont dcfec-
LIVRES FRANÇAIS. 001
tueuses, parce qu'elles sont restées intactes, lorsque les circonstances
ont changé. Celles de la pêche doivent suivre dans leurs progrès les
connaissances de l'histoire naturelle des poissons , et l'industrie des
pêcheurs. Elles sont vicieuses , lorsqu'elles ne sont point en harmonie
avec la nature ; elles le sont aussi , lorsqu'elles s'appliquent à des
moyens que l'on ne connaît plus et lorsqu'elles sont muettes sur
ceux qui sont maintenant employés par les pêcheurs : telles sont les
lois qui nous régissent. C'est ce que M. Dralet établit dans son utile
ouvrage; c'est ce qu'il démontre jusqu'à l'évidence. Cet ouvrage
est divisé en quatre parties. La première renferme un tableau ra-
pide de l'histoire naturelle des poissons, considérés par rapport à
la pêche. La deuxième partie fait connaître les moyens que les pê-
cheurs emploient actuellement ; ils diffèrent, ou par leur nature ou
]par leurs noms, de ceux qui ont occupé nos anciens législateurs;
Ainsi^ outre que nos réglemens sont défectueux, ils sont encore inin-
telligibles. La troisième partie de l'ouvrage offre une analyse mé-
thodique et raisonnée des lois et des réglemens maintenant en
vigueur. Dans la quatrième et dernière partie , M. Dralet compare
les lois des hommes avec celles de la nature ; il fait connaître les
points d'accord ou d'opposition qui se trouvent entre les unes et
les autres , et il finit par offrir au gouvernement un projet de règle-
ment, qui est le corollaire de toutes ses observations , et dont le
moindre mérite est d'être d'une exécution facile. On retrouve, dans
cet ouvrage , la clarté , l'ordre et la pureté de style qui distinguent
les nombreuses productions du même auteur. X.
235 (*). — Traité d'anatomie descriptive , rédigé d'après l'ordre
adopté à la Faculté de médecine de Paris, par Hippolyte Gloquet ,
docteur-médecin. Seconde édition, Paris , 1821. Crochard , rue de
la Sorbonne, n" 3. 2 vol. in-S" de plus de 600 p. chacun. — Prix,
i5 fr., et 19 fr. , franc de port par la poste.
Cet ouvrage est déjà avantageusement connu du public ; en moins
de quatre années, la première édition en a été épuisée. Son labo-
rieux et savant auteur, bien pénétré de l'idée qu'on ne peut séparer
de l'étude d'un organe celle de ses fonctions , et marchant dans la
carrière ouverte par Bichat, a cru devoir ordonner, dans ce livre ,
la description des parties constituantes du corps humain , d'après le
même plan selon lequel on a distribué les fonctions ; le succès qu'il
a obtenu prouve que l'on a applaudi à ses efforts. Ce n'est cepen-
602 LIVRES FllANÇAIS.
dant pas là le se u) mérite qui distingue ce livre : M. Gloquet, doué
de connaissances étendues en anatomie comparée, a pu, dans plus
d'un cas, établir d'heureux rapprochemens entre les organes de
l'homme et ceux des autres animaux. L'auteur a mis de la concision ,
de la clarté dans les descriptions ; il a eu soin surtout de ne rien
dire de superflu. S'il se permet quelques rares digressions, elles sont
toujours utiles et décèlent un esprit piquant ; il n'oublie jamais d'in-
diquer les étymologies des mots, et nul moyen n'est plus apte à sou-
lager la mémoire dans une science qui a un vocabulaire si étendu.
Aussi , le traité d'anatomie de M. Gloquet a passé des mains des élèves
dans celles des maîtres. Après de courtes notions préliminaires sur
ce qu'est l'anatomie , sur la nature des élémens primitifs de nos or-
ganes, l'auteur passe à la description de chacun d'eux en particulier,
et il les dispose en trois classes: i° ceux qui servent à la vie de re-
lation ; a» ceux qui effectuent la nutrition, et 5*» enGn , ceux qui
accomplissent la reproduction. C'est ainsi que les parties qui con-
courent à une même action sont décrites en un même lieu. — L'ou-
vrage est dédié à M. le professeur Duméril ; c'est une bonne fortune
pour un livre , que de voir le nom de son auteur associé à celui d'un
homme qui, depuis long-tems déjà, est placé au rang des soutiens de
la science. Orfila.
236. — Exposé des expériences sur le magnétisme animal , faites
à l'Hôtel -Dieu de Paris, pendant les mois d'octobre, novembre
et décembre 1820 ; par J. Ddpotet , étudiant en médecine de la
faculté de Paris , etc. Paris, 1821 , chez l'auteur , rue de la Bùclieric,
n» 43 î Béchet jeune, Delaunay et Dentu , libraires. Broch. in-S" d
80 pages. Prix , 1 fr. 76 c.
Si les expériences de M. Dupotet sont exactes ; si M. Husson
médecin de l'Hôtel-Dieu, a bien véritablement été témoin des faits
qu'il cite dans ses procès-verbaux ; si les trente médecins qui ont
signé ces procès-verbaux n'ont pas été continuellement dupes de
l'illusion ; s'il faut enfin ajouter foi à des certificats authentiques ,
la grande question de l'existence et de l'efficacité du magnétisme
est jugée. MM. les commissaires du roi se sont trompés, et Mesmer
doit être placé parmi les hommes de génie que leurs contemporains
ont méconnus et persécutés.
Le 20 octobre 1820, M. Rosen,"D. M. , eut occasion de parler, à
l'Hôtel-Dieu , pendant la visite de M. Husson , d'une cure maguc-
LIVRES FRANÇAIS. 603
tique dont M. Desprez , médecin distingué , venait de rendre un
compte particulier à la Société de médecine pratique de Paris. Ce
dernier avait annoncé à ses confrères que le magnétisme employé
contre une néi^ralgie sciatique , rebelle jusque-là à tous les moyens
thérapeutiques ordinaires , en avait opéré la guérison, dans un court
espace de tems (i). Quelques médecins et étudians en médecine
présens prièrent aussitôt M. Husson de permettre que l'on essayât
cet agent, nouveau pour eux , sur quelques malades incurables.
Celui-ci y consentit, à condition toutefois que les malades et les
témoins seraient choisis par lui, et que le magnétiseur ne ferait que
les questions qui lui seraient indiquées. Ces conditions ayant été
acceptées, on présenta à M. Dupotet, magnétiseur, une jeune fille
atteinte d'hystérie et d'un vomissement spasmodique que rien
n'avait pu arrêter. Elle était abandonnée , et sa mort regardée
comme prochaine. Dès le premier jour qu'elle a été magnétisée, les
vomissemens ont cessé; au bout de quelques séances, la malade
est tombée en somnambulisme ; et les expériences les plus variées,
les plus ingénieuses et les plus exactes ont convaincu MM. les mé-
decins que l'influence magnétique était réelle, curative et entière-
ment indépendante de Vimagination.
Parmi les faits qui ont été le sujet d'un étonnement général ,
les savans remarqueront sans doute l'état d'isolement et d'insen-
sibilité où étaient plongés la fille Samson et deux autres individus,
pendant le sommeil, dit magnétique. M. Récamier a eu beau crier
dans les oreilles de la première ; il l'a vainement secouée , pressée
et pincée cinq fois de toute sa force, il n'en a obtenu aucune
marque de sensibilité. Etonné d'un semblable phénomène, il s'est
décidé à porter les épreuves au dernier période; et, dans les séances
des 6 et 8 janvier 1821, il a fait poser un moxa sur le haut de la
cuisse droite du sieur Starin et sur l'épigastre de la nommée Lise
Le Roy. Le premier malade a eu une escarre de dix-sept lignes de
longueur sur onze lignes de largeur ; celle de la seconde n'a été que
de quinze lignes de longueur sur neuf de largeur. Aucun de ces deux
malades n'a donné le moindre signe de sensibilité, soit par cris.
(i) M. Desprez a encore adressé à la même Société l'observation
d'un choiera chronique ^ guéri par les mêmes procédés, lorsque
trois médecins désespéraient du malade (MM, Moreau, Fouquier
et Desprez}.
60A LIVRES FRANÇAIS.
mouvemejis oa variations de pouls. (Je préviens le lecteur que j«
copie textuellement le procès-verbal de ces deux séances. ) Au
nombre des témoins , sont mesdames Sainte-Monique, Saint-Sau-
veur et Saint-Eloy. MM. Robouam , Gibert , Lapeyre , Bergeret ,
Carquet, Crequi, Truche, tous médecins.
J'avouerai, en finissant, qu'il m'est impossible de comprendre
comment M. Husson , qui n'a pas craint de raconter ces phénomènes
à sa clinique pendant huit jours, en présence de cent cinquante
médecins, s'est refusé jusqu'à présent à adresser un Mémoire à
l'académie des sciences. Il ne doit pas ignorer, ce me semble, que
si l'on ne faisait de pareilles expériences que pour soi , il pourrait
bien s'écouler encore quelques siècles avant que l'opinion publique
fût enfin fixée sur cet objet important. B.
aSj. — Histoire de quelques doctrines médicales comparées à celle
du docteur Broussais .^Tp^v Michel Fodera, docteur en médecine, etc.
Paris, 1821 ; Baillière, r.de l'École-de-Médecine, n° 16. Prix, 2 f. 5o.
Cette production mérite d'exciter l'attention et la curiosité des
médecins. L'auteur a pour but de démontrer que les ouvrages sur
la théorie du contrà-stimulus , de l'irritation, sur l'ontologie médi-
cale , de Baglivi, de Régaret, de M. Prost, contiennent les idées que
M. Broussais professe aujourd'hui comme nouvelles, et comme lui
appartenant en propre. On y trouve une analyse des opinions ou des
aperçus de ces trois écrivains et d'autres , comparés avec la doctrine
de M. Broussais. L'ouvrage est aussi enrichi de notes.
238. — Essai sur V éducation pJiysique des evfans. Mémoire cou-
ronné par la société royale de médecine de Bordeaux. Par F. S.
Ratier, D. m. p. Paris, 1821 ; Baillière, libraire, rue de l'École-de-
Medecine. In-8° de 90 pages. Prix, 1 f. 5o c.
« J'ai voulu ofirir à mes concitoyens, dit M. Ratier, moins une
longue et savante dissertation sur l'éducation physique, qu'un tableau
succint , mais complet , des moyens propres à donner à l'enfance
lîne constitution saine et robuste ; à former, pour l'Age adulte, des
hommes capables de payer leur dette au corps social , dans quelque
condition qu'ils se trouvent placés; en un mot, qu'un Manuel
écrit avec exactitude , simplicité et concision , qu'on puisse mettre
entre les mains des mères de famille pour les guider dans leurs fonc-
tions importantes. Tel est le but éminemment utile que s'est proposé
l'auteur de ce mémoire. Le titre de l'ouvrage n'exprime qu'im-
I
LIVRES FRANÇAIS. (505
parfaitement les choses qu'il contient, puisque le mot Éducation
physique ne s'applique qu'au développement du système muscu-
laire, et que M. Ratier a fait un véritable Traité complet sur
Vhygiène des enfans. Après quelques considérations sur l'objet de
l'éducation physique , ou plutôt de l'hygiène des enfans , l'auteur
traite, dans huit chapitres, de tout ce qui concerne l'emploi de Vair
des i/êlemens , des bains ^ des onctions et des frictions , des aliment
et des boissons , des médicamens , des exercices musculaires , du
sommeil et de la peille ; il passe en revue les différentes excrétions ,
les effets des passions ^ indique les maladies les plus fréquentes chez,
les enfans , les signes pour les reconnaître, et les secours les plus
pressans à la portée de tout le monde.
Le mémoire de M. Ratier , quoique renfermé peut-être dans des
bornes un peu étroites , sera lu avec profit par les parens qui i^eulent
remplir la noble tâche que leur impose la nature , d'élever et de soi-
gner eux-mêmes leurs enfans. Ils le liront avec d'autant plus de
plaisir, que l'auteur a su éviter d'employer des termes trop techniques
et des raisonnemens trop scientifiques. Les noms de plusieurs mé-
decins et de plusieurs amis de l'enfance , qui se sont occupés de
l'éducation, tels que Montaigne, Fénélon , Locke, Rousseau, Dé-
sessarts , Andry, Duchan , Ballesferd, Montègre, Jullien , Londe ,
cités en témoignage , prouvent que M. Ratier a étudié son sujet
Georget, D. m.
239. — Du bégaiement ; ses causes, ses différens degrés; influence
des passions, des sexes, des âges, etc., sur ce vice de prononciation ;
moyens thérapeutiques pour prévenir , modifier ou guérir cette in-
firmité. Par M. Félix Voisin, D.-M, Paris, 1821 , Croullebois , li-
braire , rue (Jes Mathurins. Brochure in-S"» de 48 p. Prix, 1 fr.
Le bégaiement a toujours été attribué , par les médecins et les
philosophes qui se sont occupés de la recherche de ses causes , à un
vice dans les organes de la parole ; tantôt au volume et à l'épaisseur
de la langue , tantôt au relâchement des ligamens de cet organe , ou
bien encore à la position des arcades alvéolaires. M. Voisin pense
qu'il faut remonter plus haut pour trouver la cause de cette infirmité.
Selon lui , elle provient d'un vice de l'organe de la pensée; elle dé-
pend d'une réaction irrégulière et imparfaite du cerveau sur les
agens musculaires servant à la parole.
Après avoir développé cette idée principale de son mémoire »
60G LIVRES FRANÇAIS.
M. Voisin donne la description du bégaiement ; il parle de ses dif-
férences , suivant les âges , les sexes , les divers états de l'organe de
la pensée. Il rapporte une foule de remarques qu'il a été à portée de
faire , et il arrive à l'indication des moyens qu'il croit propres à pré
venir , modifier ou guérir cette infirmité. Cette indication est pré-
cédée de quelques considérations sur le mécanisme, du langage et
l'artifice de la prononciation en général. Geobgbt, D. M.
240. — Traité pratique de jaugeage^ où l'on démontre la manière
de jauger toutes sortes de tonneaux, cuves, tinettes, baignoires, etc.,
d'après toutes les méthodes connues, avec une Table pour trouver,
sans calcul , la capacité de toutes sortes de vaisseaux propres ù con-
tenir des liquides; par A. J. E. Pascal c?e Vaucluse ^ professeur de
mathématiques , fondateur de l'école d'enseignement mutuel de la
ville d'Avignon. Deuxième édition, augmentée de la Description
d'un instrument universel pour le jaugeage, qui sert k connaître
la capacité des tonneaux et autres vaisseaux, sans prendre aucune
mesure intérieurement. Paris, 1821. Carilian-Gœury, quai des Au-
gustins, n*4i' Un vol. in-8° avec planches. Prix, 2 fr. pour Paris,
et 2 fr. 4o c. par la poste.
Réunir dans un court espace les moyens les plus exacts qu'on
emploie pour jauger; faciliter ces moyens et les mettre à la portée
de tout le monde, tel est le but que s'est proposé l'auteur de cet
ouvrage. Son Traité, le plus complet que nous ayons, et le seul où
l'on se serve de mesures métriques, contient plus de trois mille opé-
rations, qui peuvent servir^ dans toutes les villes du royaume, à
trouver, au moyen d'une simple addition, la capacité de toutes
sortes de vaisseaux propres à contenir des liquides, et cela avec la
plus grande justesse possible. Cet ouvrage sera très-utile aux jau-
geurs ainsi qu'aux pai'ticuliers, auxquels il offre une vérification
prompte et sûre de toutes les opérations commerciales qu'ils peu-
vent faire en ce genre. La description d'un nouvel Instrument
unipersel pour le jaugeage (1), dont M. Pascal lui-même est l'jn-
venteur, et qui est surtout nécessaire pour les tonneaux contenant
des liquides, ne peut qu'ajouter encore au succès de cette nouvelle
édition.
*-- ■'■-■- I lll.M »^ » ■ ■■■■1
(1) Cet instrument se trouve à Paris^ chez Carilian-Gœury, et \t
Avignon, chez Cavniwgnole , tourneur mécanicien, rue Lamerie.
LIVRES FRANÇAIS. 607
ii\\.-~ Calcul fait des pieds de fer, suivant leur épaisseur et lar-
geur réduits au poids; suivi des tarifs à tant la livre et à tant le
cent ; par M. Badlot. Nouvelle édition, revue, corrigée avec soin, et
augmentée du tarif du poids du fer rond, suivant son diamètre, ainsi
que du poids des pièces en fonte le plus en usage dans le bâtiment
et les jardins, par M.***, architecte. Paris, 1821. Bachelier, quai des
Augustins, n» 55. Un vol. in- 12. Prix, 2 fr, 5o c, et 3 fr. 25 c. par
la poste.
Cet ouvrage sera très-utile, non seulement aux serruriers, maîtres
de forges , marchands de fer et quincailliers, mais encore aux archi-
tectes et aux toiseurs, qui sont souvent chargés de devis et de
marchés concernant la serrurerie, et généralement à tous ceux qui
font bâtir.
242. Opuscule sur la vinification y traitant des vins, des mé-
thodes usitées pour la fabrication des vins , et des avantages du
procédé de M"« Elisabeth Gervais , brevetée du Roi, pour la même
fabrication. Paris , 1821. Chez l'auteur, rue de Choiseul, n» 4« In-8*
die 120 pages. Prix, 2 fr. 25 cent.
Le procédé de M'^« Gervais consiste à recouvrir la cuve où le
moût de raisin doit fermenter, par un grand chapiteau de fer-blanc,
qui la clôt hermétiquement. Ce chapiteau, nommé réfrigérant^ est
construit de manière à recevoir un bain d'eau froide , afin , dit-on y
de condenser les vapeurs qui s'exhalent de la cuve. Enfin , pour
éviter l'explosion qui serait infailliblement produite par le dégagement
du gaz acide carbonique, produit delà fermentation vineuse, un
tube recourbé part du chapiteau et va se plonger dans un vase
plein d'eau , d'où ce gaz s'échappe dans l'air.
M'^« Gervais cite, en faveur de sa méthode, de nombreux et
honorables témoignages : j'essaierai cependant d'opposer mon opi-
nion à celle de plusieurs académiciens très-recommandables. Je suis
prêt à reconnaître que le vin fait par ce procédé est en général
meilleur , tontes choses égales d'ailleurs , et même plus abondant
que celui qu'on fait par les moyens vicieux ou imparfaits qui sont
communément en usage. Mais !e réfrigérant de l'appareil est-il utile?
Y a-tildes vapeurs alcooliques condensées, qui , retombant dans
la cuve , rendent le vin plus généreux ? C'est ce que je crois devoir
contester. Quelques principes de chimie suffiront pour décider cette
question»
608 LIVRES FRANÇAIS.
L'alcool ou esprit de vin est le premier produit de la ferraen-
tation vineuse; elle n'exige que la présence du sucre, de l'air,, de.
l'eau , de la chaleur , et d'un principe animalisé qu'on nommeyèr-
Vfient. Aussi, fait-on de l'alcool avec un grand nombre de substances,
telles que le grain , le sucre , le genièvre , les pommes , les cerises ,
les groseilles, la pomme de terre, etc. Le second produit de cette
fermentation est le vinaigre. Autant il faut favoriser le développe-
ment du premier degré , autant on doit prendre de soins pour
arrêter à tems l'opération , afin d'éviter le second. L'action de l'air
extérieur est une des causes qui favorisent le plus Vacessence; aussi ,
doit-on s'opposer à son libre accès. .
De tout tems, on a fortement et vainement représenté aux vigne-,
rons qu'en laissant leurs cuves découvertes , l'air extérieur agissait
d'une manière funeste sur la liqueur. Gomme la fermentation est
toujours à des degrés difiPérens dans la masse, tandis qu'une partie v
du moût de la cuve change le sucre dont la nature l'a chargé, en esprit
de vin , une autre partie , où la fermentation a été plus active, con-
vertit en vinaigre l'alcool qui s'y était développé. Le marc ou chapeau
qui flotte sur la liqueur s'aigrissant à l'air, communique en paitie
cette funeste qualité au vin qu'il touche. Ainsi, l'on doit éviter sur-
tout que le renouvellement de l'air puisse troubler l'ordre des phéno-
mènes de la fermentation et en changer les produits. Le couvercle
dont on protège la cuve est donc d'une grande utilité , et il n'est .
pas un traité d'œnologie où cette pratique ne soit recommandée.
Ilsùffît d'y ménager un orifice pour satisfaire à la force expansive
du gaz.
Cette partie du procédé de M"« Gervais est incontestablement
excellente , mais aussi elle n'a rien de nouveau ; et c'est cependant
la seule cause des éloges dont sa méthode est l'objet : c'est à ce
couvercle que sont dus les témoignages honorables qu'elle a recueillis
et qu'elle attribue à son inutile réfrigérant , qu'elle dit propre à
condenser les vapeurs. La supposition que l'alcool se dissout ordi-
nairement dans le gaz carbonique est fausse. La chaleur de la fermen-
tation enlève , il est vrai , de la cuve quelques parties aqueuses et
aromatiques, mais le simple couvercle suffît pour les retenir : d'ail-,
leurs, les frais de construction de l'appareil, la nécessité de s'in- -
troduire dans le cellier pour ^l'cnouveler l'eau froide de condcn-
«ation, ce froid mCme qui peut ralentir la fermentation, etc., .
LIVRES FRANÇAIS. Cû«
ItQai des inconvéniens plus grave» que U très-petite perte qu'on veut
liviter.
Je pense donc , el c'est l'avis de tous les œnologlstes , qu'il importe
d'éviterlerenouveUeinent de l'air , d'empêclierle chapeau de s'aigrir
en le forçant de s'imme ger dans la liqueur, d'entretenir la cha-
leur dans la cuve et dans le cellier; enfin, de ne point attendre,
pour décuver , que le chapeau s'enfonce , ni même que la liqueur
soit refroidie. Voilà les conditions indispensables pour faire d'aussi
bon vin que le permettent le climat, l'exposition de la vigne, la
maturité du raisin, etc.; encore, peut-on en partie remédier auj.
défauts de cette nature. C'est ce qui a parfaitenneut été expliqué
dans le traité publié par M. Ghaptal; et même, lorsque ce savant était
chargé du ministère de l'intérieur, il fit rédiger et répandre
lin excellent traité de M. Cadet de Vaux , à l'usage des vignerons ,
pu çont exposées avec clarté les diverses opérations nécessaires, soit
pour tirer le meilleur parti des qualités naturelles de la vendange ,
soit pour en corriger les défauts.
Le couvercle dont on ferme la cuve est uqe chose très-utile .
maiis qui n'est point une invention nouvelle ; et les avantages qu'on
attribue à l'appareil de mademoiselle Gervais, sont dus à cette cause
unique. Le réfrigérant n'y fait rien , et même il nuit très-probar
blement au succès de l'opération , par les soins qu'il exige. Pour que
les attestations en faveur du réfrigérant fussent convaincantes, il
faudrait que les expériences eussent étjé dirigées convenablement.
Prenez deux cuves égales de la Q>ême vendange, fermeu l'une et
laissez l'autre découverte : nul doute que le vin de la première n©
soit plus généreux et même plus abondapt que celui de la deuxième.
Mais , si l'une des cuves est fermée et que l'autre soit garnie de
réfrigérant, celle ci ne donnera ni plus de vin que l'autre, ni un
vin meilleur; mai§ il faudrait avoir soin de n'entper dans le cellier
de la première que pour décuver, afin de ne pas y établir un cou-
yant d'air froid.
Les faits qui viennent d'être exposés sont avqués «Je tous leç
chimistes. 11 est donc inutile de recou|rir à l'appareil de made-
moiselle Gervais, et par conséquent de participer è sott brevet
d'invention , pour faire d'aussi bon vin qu'elle le dit ; mais il est
un rapport sous lequel on doit louer sa méthode. Quoique les
principes d'analogie soient bien connus et recommandés depuis
long-tems, cependant, soit paresse, soit empire des vieilles ha-
TOME TilU SI)
SIO LIVRES FRANÇAIS.
bitudes, il est certain qu'ils n'étaient pas pratiqués, et que là
France ne doit qu'à son climat ses vins délicieux, qui sont tels^
malgré les mauvais procédés consacrés par une routine aveugle.
Si mademoiselle G ervais réussit à faire adopter sa méthode, elle
aura réellement rendu un grand service à son pays , malgré l'inutile
réfrigérant dont son appareil est chargé , parce qu'elle aura obtenu,
par la confiance publique en son brevet d'invention , ce que les
savans n'ont jamais pu obtenir par leurs conseils. Frarcgbub.
243(*). — Voyage en Ecosse et aux îles Hébrides, par L. A. NECK.Ba
DB Saussure. Paris, 1821. Paschoud, rue de Seine, n° 4^, et Ge-
nève, même maison de commerce. 3 vol. in-S". Prix, ai fr.
244« — -^^ ^ût Philosophie religieuse el murale dans ses rapports
avec les lumières \ par M, Ed. Richeb. Paris , 1821. Raynal , rue
Saint-André-des-Arcs. 1 vol. in-S» de 5o pages. Prix , i fr. a5 c.
L'auteur de cette brochure analyse et combat en peu de pages
les systèmes divers de philosophie de Locke , de Condiiiac , et de
MM. Gall , Destutt de Tracy, Laromiguière et Cabanis. Il pense que
tous les auteurs qui ont appuyé leur doctrine sur cet axiome célèbre
d'Aristote, nihil est in intellectu, nisi quod priiis fueril in sensu^
«ont tombés dans l'erreur, et qu'il y a en nous quelque chose de
plus élevé , une espèce d'inspiration divine , à laquelle il donne le
nom de sentiment religieux ^ qui doit servir de guide à l'homme dans
la carrière de la vie. Nous avouons que , malgré l'ouvrage de M. Ri-
cher, nous persistons à regarder le système de Condiiiac comme le
plus capable de contenter celui qui ne se laisse pas égarer par l'ima-
gination et qui cherche à se rendre compte , de bonne foi , du mé-
canisme de l'intelligence humaine. Du reste, la brochure que nous
annonçons est intéressante , et nous regrettons que l'auteur ne lui
ait pas donné plus d'étendue. Nous aurions désiré aussi qu'il eût
retranché quelques expressions de mauvais goût qui déparent son
style généralement pur, A. T.
245. — Nouveau Guide de la politesse , ouvrage critique et moral ,
avec des notes et un petit aperçu littéraire; par M. Emeric. Seconde
édition. Paris, 1821. Roret et Roussel, rue Pavée-Saint-André-des-
Arps, n° 9. Un vol. in-8» de 34o pag. Prix , 5 fr., et 6 fr. 5o c. par la
poste.
Avec la meilleure volonté possible , il serait diflScile d'enchérir sur
les iouangcs que l'auteur se donne ù lui-mcme dans sa préface. La
LIVRES FRANÇAIS. 611
lecture de celte préface avait laissé dans notre esprit une préven-
tion défavorable; cependant , parmi beaucoup de lieux communs,'
qui semblent plutôt du ressort de la civilité puérile que de la vraie
politesse ; au milieu du désordre des chapitres et des idées , nous
avons rencontré quelques bonnes choses, que nous louerions davan-
tage , si l'auteur s'était moins loué. Mais comment se fait-il que
M. Emeric, qui, ce nous semble, devait prêcher d'exemple, ait pu
perdre de vue son sujet, au point d'écrire ce qui suit? « Laisser
siffler les serpens , les Anglais et les merles , et ne vous avisez pas
d'imiter ces animaux en société. » Parmi toutes les impolitesses
que l'auteur relève, nous n'en connaissons pas de plus grave que
celle-ci, pas même celle dont il accuse les journalistes envers les
méchans auteur^. E. H.
246. — Jurisprudence du xix* siècle', par J.B. Siret, avocat aux
conseils du roi et à la cour de cassation ; J. B. Duvergier et L. M. os
ViLLENEDVB , avocats à la cour royale de Paris. Paris , 1821. A l'admi-
nistration, cour du Harlay , n" 2 1 . Un vol. in-4"* de 8 1 2 pag. Prix , 24 fr.
C'est une grande époque pour la jurisprudence , comme pour la
législation française , que le xix' siècle ; c'est de là que datera ,
par ses effets , comme le font remarquer les auteurs , notre corps dé
droit, grand œuvre de législation , qui soumet tous les individus à
une règle commune , qui fait disparaître toute différence entre les
rangs, qui embrasse, dans sa protection comme dans le châtiment
qu'elle inflige, l'habitant du canton le plus reculé, comme celui
qui vit au sein de la capitale ; c'est du x\x^ siècle que datera l'usage
de motiver les arrêts et les ju^^emens, et enfin cette institution
admirable de la Cour de cassation, que l'on peut regarder comme
le creuset où toutes les théories, toutes les doctrines viennent rece-
voir une empreinte uniforme, où elles viennent, pour ainsi dire,
s'incorporer au système général de nos lois, et ne former qu'un seul
tout avec elles.
Si l'unité de législation est un bienfait, l'ouvrage qui tend à ce
but mérite nos éloges ; c'est lorsque les bases sont encore , poinr
ainsi dire, incertaines et peu fixées, qu'il importe de les entourer
de tout ce qui peut les consolider. Les auteurs ne pouvaient choisir
«me époque plus convenable, et mieux sentir qu'ils ne l'ont fait
[ toute l'importance du travail auquel ils se sont voués.
Le livre de la Jurisprudence du xix" siècle peut être regardé
6J2 UViljLS ITiANÇAiS.
coTnm« nn tableau général et , pour ainsi dire , aulbentique de tu
jurisprudence de notre âge; c'est une explication on commentaire
de toutes les lois d'une entente controversée , commentaire fondé ,
non sur des opinions individuelles, mais sur des doctrines ou de»
traditions , sur l'autorité la plus vénérable, celle de la chose jugée.
Dans ce recueil ( de i5,ooo notices ) , on peut voir quels ont été ,
pendant vingt ans, les points de jurisprudence plus ou moins con-
troversés, soit qu'ils aient été définitivement fixés par la Cour de
cassation , ou unanimement décidés par les cours d'appel , soit qu'il»
restent actuellement contioversés entre les diverses cours Je sais
que a science des arrêts trouve encore, parmi ce» gens pour qui
l'habitude est la seule règle de raisonnement , des détracteurs im-
placables : les recueils d arrds sont, à les entendre , « des magasins
d'erreurs comme de vérités ; » laais que ces gens s'habituent donc à
tirer, de principes diiiérenSj des conséquences dissemblables. Sans
doute, avant que le juge les exposât au grand joui et rendît, pour
ainsi dire, compte des motii's de ses décisions; avant qu'un tribunal sU'
prème en les modifiant, les réduittit à une règle unique, alors les recueils
d'arrêts pouvaient être des magasins d'erreurs comme da vérités;
mais reconnaissons aujourd'hui que, de sa nature, la science des
arrêts tend à populariser le droit, à vivifier l'instinct de justice , si
l'on peut parler ainsi ; qu'elle peut ajouter à la force de la loi tout
l*empire de l'opinion; qu'elle peut, enfin , rendre la masse des ci-
toyens plus éclairée , plus morale et par conséquent plus heui^euse»
et nous pourrons, à notre tour, \a. saluer , avec M. Sirey , du beau
nom de philosophie de lu jurisprudence, " J. Goaost, ai^oca^.
24/. — Pétition à la chambre des dépuLés ; séance de i8ai. —
Projet de loi sur la Lbaite de la presse^ par M. dk Fraachbp.
Seniis, 5 novembre 1821. Imprimerie de Tremblay. In - S* de
3j pages.
M, de Franciieu divise en deux classes les délits de la presse ; il
nomme, les uus deUts mater leLs , et les autres ùèlits d oj inion. 11
Veut que les premiers soient soumis aux tribunaux et jugés par les
jurés , et que la peine prononcée contre un écrit coupable soit la
même que celle d'un pareil délit, commis par la i^uix. Il définit le
délit d'opinion : -«Toute proposition, toute opinion non comprise
soiis lo titre de délit matériel ^ reconnue fausse et dangereuse. •
fuis, il pose en principe que le délit d'opiuion n'est justiciable
LIVRES FRANÇAIS «M
'<ï«e (le la seule opinion ; qu'il ne peut être attaqué , détruit que
par l'arme du raisonnement. En conséquence, il voudrait qu'on
établit des commissions de censure libre , dont les membres , cboisis
parmi les citoyens les plus savans et les plt^s sages, seraient charges
d'examiner tous les écrits nouveaux , de déclarer ceux qui renfer-
meraient des délits d'opinion, exigeant une réfutation positive, et
d'en faire un rapport détaillé. L'éditeur serait tenu de faire imposer,
sur tout exemplaire n(ni vendu , d'abord la marque de prévention ,
et ensuite le précis du rapport. L'auteur, l'éditeur ouïe libraire
ourait toujours la faculté de répondre. « Ces débats, dit l'auteur,
éclairent et forment l'opinion publique. Nul écrit n'est supprimé.
Les aberrations de l'esprit humain ^ les recueils constatant ses
erreurs, servent à son instruction. •
Le projet de M. Fianclieu contient plusieurs dispositions secon-
daires, dans le détail desquelles l'espace ne nous permet pas d'entrer;
nous avons dû nous borner à indiquer la principale. Nous ne la
discuterons pas ici; cette matière, si importante dans le gouverne-
ment représentatif, et sur laquelle on a beaucoup écrit, depuîa'
trente ans^ sans qu'on ait pu encore s'accorder, exigerait trop de dé-
teloppemens. Mais nous dirons que le projet de M. de Franclieu
annonce un homme animé des meilleures intentions et do plus pur
amour de la liberté. Sa pétition, au reste, ne se borne pas à la
liberté de la presse ; il louche en passant plusieurs points de la plus
iiaute importance, tels que l'abolition de la peine de mort, et
l'établissement d'un Congrès permanent, chargé de reconnaître
l'indépendance de toute nation dans les bornes de son territoire,
«t de statuer sur toute querelle survenue entre les peuples. L'auteui*
a soin de prévenu que la Sainte Alliance ne saurait atteindre le but
qu'il se propose. Il s'exprime avec cette noble franchise, qu'autorisent
la bonne foi et la pureté des intentions. Quel que soit l'accueil que re-
cevra cette pétition, on ne pourra s'empêcher d'y reconnaître les vœux
d'un honnête homme et d'un ami de sa patrie. — Nota. Nous avons
appris , depuis l'impression de cet article , que la Chambre a passé à
l'ordre du jour sur cette pétition. M. A.
nJ^S.-^Çuelques réflexions sur V industrie en général, à Vocca"
sion de l'exposition des produits de l industrie française^ en 1819;
par M. le comte de CV. Seconde édition, rei/ue et augmentée»
Paris, 1821. Corréard , Palais - Royal , galerie de bois, n* 258.
ia-8» de 90 pages Prix , 2 fr.
61A LIVRES FRANÇAIS,
Exposer le tableau des améliorations dont est susceptible l'in-
dustrie, considérée d'abord en elle-même, ensuite dans ses rapports
et comme mobile de la politique, tel est le but de l'autear. Il
indique les besoins de l'industrie française, il signale les charges
qui pèsent sur elle , le dénuement d'avances pour l'agriculture ,
l'absorption de tous les capitaux par les fonds publics et par un
agiotage funeste. Il développe les perfectionnemens ou l'extension
à donner aux différentes branches de l'agriculture , la liberté à
rendre à la culture des tabacs , une législation plus fixe sur le com-
merce des grains, l'adoption d'un code rural et des mines ; il insiste
sur la nécessité de multiplier les machines ; il provoque l'amen-
dement des lois sur la propriété des inventions, trop faiblement
garantie ; il démontre les avantages des expositions des produits
industriels, et les erreurs qui ont paralysé les bons effets de la
dernière; il réclame enfin la diminution des tributs onéreux que le
fisc a imposés sur tous les genres d'industrie et sur tous ses produits.
— D'une autre part , l'auteur regarde la stagnation du commerce
comme le résultat du défaut de débouchés et comme l'effet d'une
politique incertaine : il propose de lui ouvrir de nouvelles voies
capables de donner un écoulement aux produits de l'industrie et
une nouvelle activité aux fabriques, et, à cet effet, de remplacer
nos ambassadeurs à habits brodés pai- une diplomatie toute com-
merciale, d'adopter un nouveau système colonial et maritime ;
enfin, de permettre et de protéger efficacement le commerce, à
l'imitation des Anglais, non seulement dans les vastes et riches
contrées de l'Amérique libre, mais encore dans nos colonies qui se
«ont rendues indépendantes.
Les Réflexions de M. le comte de C"* sont en général justes ;
quelques idées accessoires seulement paraîtront hasardées ; mais ,
à l'exception de ces taches légères, son ouvrage mérite de fixer
l'attention des hommes qui, par profession, par goût ou par devoir,
s'occupent de l'industrie.
L. Seb. Le fi orh akd ^ professeur de technologie.
249- — Corps de marchands el comrnanaulés d'arls et jnétiers,
Paris, 1821. M'"<^ Huzard , rue de l'Éperon-Saint-André-des-Arcs,
no 7. In-S" de 25 pag. Prix, 5o c.
La question traitée par l'auteur de cette brochure est d'une haute
importance. Lorsqu'il composa, il y a environ quatre ans, son ou-
LIVRES FRANÇAIS. 615
viage sur l'administration de l'agriculture , du commerce , des arts ,
des manufactures et des subsistances, il regardait les corps de mar-
chands et les communautés d'arts et métiers comme étant du nombre
des institutions qui, une fois tombées, ne se relèvent plus ; et il passa
légèrement sur ce point. Il y revient aujourd'hui, persuadé qu'on
ne saurait faire trop d'efforts pour empêcher certaines préventions
de ressusciter de vieilles institutions qui seraient funestes à notre
industrie. M. Gostaz, après être entré dans quelques détails sur les
avantages procurés par les corps de marchands , à une époque où
ces sortes de communautés étaient en harmonie avec l'état de la
société, montre fort bien les obstacles qu'ils ont ensuite apportés
au développement de l'industrie. Les faits qu'il cite à ce sujet
doivent convaincre tout homme de bonne foi : ainsi , ce sont les
prétentions des corps de métiers qui ont forcé l'inventeur de l'art
de vernir et d'emboutir la tôle à porter à l'étranger son utile décou-
verte, qui n'a pu être ren lue à la France qu'en ijgS. La perfection
que M. Lenoir a su donner à la fabrication des instrumens de phy-
sique et de mathématiques lui a suscité de longues persécutions ,
et peu s'en est fallu qu'il n'ait été forcé de s'expatrier aussi, avec la
savante industrie dont nous jouissons aujourd'hui. Si le royaume a
été si tard en possession des manufactures de toiles peintes , il faut
l'attribuer aux chefs des corps des toiliers et des merciers de Rouen,
et à ceux des communautés des fabricans de soie de Lyon et de
Tours. Argand fut obligé de soutenir un procès et d'essuyer mille
dégoûts pour nous donner les lampes à double courant d'air. «Cette
tracasserie , dit M. Gostaz , ne tendait à rien moins qu'à priver la
France de l'une des plus belles découvertes du dernier siècle. Argand
pouvait aller s'établira l'étranger, où l'on n'aurait pas manqué de
lui faire l'accueil dû à son génie. 11 nous en a parlé plusieurs fois
comme de l'un des événemens les plus désagréables de sa vie. • La
fabrication des papiers pein'ls , qui donne lieu aujourd hui à un
commerce considérable d'exportation , fut introduite en France par
Réveillon , peu de tems avant la révolution : « S'il parvint à l'exploi-
ter librement , dit encore notre auteur , ce ne fut qu'après avoir
éprouvé une foule de vexations que, sous des prétextes plus ou
moins odieux , lui suscitèrent différentes communautés.» On con-
naît ces exemples et beaucoup, d'autres qu'on pourrait citer ; mais
combien il en e&t qu'on ignore , et qui sait jusqu'à quel point le
61Ô LIVRES Français.
découragement ^ produit par une semblable tyrannie» â pu £aji-e de
tort à rindusttie française , si prodigieusement accrue depuis qu*ellc
est débanassce de ces entraves. M. Costaz prouve ensuite que , loin
d'être un moyen d'ordre public et de bonnes mœurs dann les fabriques,
les communautés ont donné l'exemple des divisions les plus scan-
daleuses, et il montre qu'il est impossible de rétablir les commu-
nautés, de manière qu'en les faisant servir de moyen de police dansiez
inanufactures , elles ne soient pas vexatoires , et n'arrêtent point le
développement de l'industrie. Celte brochure est très-substantielle ;
exempte de déclamations et de vagues raiâonneinens, elle est rem-
plie de faits et d'arguraens précis ; on ne saurait trop en recom-
mander la lecture aux personnes que ces matières intéressent. M. A.
a5o. — Conjuration contre Attila^ dans V ambassade des Hornains;
jparM. yJntoine Métral. Paris, i8ai. Bossange frères , rue de Seincy
n» 12. Un vol. ih-i8. Prix, 2 fr.
De toutes les parties de l'histoire, il n'en est peut-être aucune
Ijui soit plus difficile à traiter que les conjurations : à une cennais-
sance approfondie des passions , à ce coup d'œii rapide et sûr qui
les signale à leur naissance et les suit dans leur développement ,
l'historien doit joindre l'art de classer des faits, souvent hétéro-
gène?, et de faire marcher de pair , et sans aucune digression appa-
rente . des événemcns arrivés à des époques et par des cause*
diverses : ce sont autant de fils imperceptibles qui aboutissent à
lin même nœud. Quelques pages bien écrites dans ce genre ont
valu à Saint-Réal une réputation durable et méritée. M. Métrai,
eo choisissant pour sujet de son livre la conjuration que les ambas-
sadeur» de Théodose II tramèrent, etx 449» contré le roi des Huns,
a voulu fournir auit recherches des érudils qnelques matériaux de
plus sur un point d'histoire peu connu. L'auteur ne s'est point
borné à une nomenclature sèche et aride des événemens qu'il ra-
conte : il a su faire ressortir^ du fond même de sa narration, ud
tableau des mœurs et des usages des Huns. Les caractères des
f)rincipaux personnages de la conjuration sont tracés d'une main
ferme et d'une touche originale; son style a, selon ses propre» ex*
{>rM8ion8, quelque chose d'inculte et de sauvage comme les peuples
dont il nous offre la peinture. Nous lui reprocherons d'avoir trop
multiplié les portraits, ou du moins de les avoir, pour ainsi dire ,
accumulés dans les premières pages de son livre ; disposé» avec
LIVRES FRANÇAIS. Oit
plus d'art et répartis à des distances moins rapprochées , ils eussent
produit plus d'effet. J. A.
aSi. — De L'Origine de la crémation , ou de l^ Usage de brûler
les corps. Paris, 1821 . Maradari ; in-S" de 70 pages.
Cette dissertation a pour auteur un savant étranger, M. Jamieson;
elle est insérée dans les Transactions de la société roj aie d'Edim-
bourg ^ et c'est à M. Boulard qu'on est redevable de la traduction
française de ce morceau de critique, dans lequel on a considéré
l'usage de la crémation chez les divers peuples de l'antiquité, et
tâché d'en découvrir l'origine et l'esprit. Peut - êtie , à ce dernier
égard, l'auteur a-t-il poussé ses recherches trop loin , s'il est vrai que
l'on ne puisse pas toujours croire, areic fondement, à la commune et
iiniqtie origine d'une pratiqué qui a été à la fois accréditée dans
l'Orient et dans l'Occident. Des motifs tout-à-fait opposés ont pu l'in-
troduire simultanément dans chacune de ces deux régions ; aussi ,
les opinions des anciens , quant au motif de cette coutume dans
des contrées diverses, sont- elles très -nombreuses et quelquefois
contradictoires. Pour la ramener à nos études habituelles, l'auteur
examine cette pratique chez les Grecs et chez les Romains , et
par suite chez les premiers chrétiens, qui paraissent avoir été auto-
risés, par une doctrine de l'égliSe, à croire à la purification des amés
par le feu. Ils purifièrent aussi le corps par la crémation, mais cet
uiaage fut bientôt prohibé parmi eux, comme on le voit en divers
passages de TertuUien. 11 continua cependant encore d'être prati- ^
que. Au v* siècle, Sidoine Apollinaire dit que le champ où était le
tombeau de son aïeul était si plein de débris de bùcliers qu'il n'y
restait pas une seule place vide; au vu* siècle, Saint-ÉIoi s'élevait
fortement contre cet usage ; enfin , dans le siècle suivant , Charle-
magne le prohrba par un édit, et sous peine de mort, comme imite
des païens. Ces faits , que le savant auteur ne cite pas , doivent ap*
porter des modifî<:ations à quelques-unes de ses assertions. Son Mé-
moire n'en est pas moins intéressant par l'ensemble des recherches
qu'il contient; c'est le précis de plusieurs traités étendus sur celte
matière , auxquels l'auteur a ajouté de nouvelles recherches. On doit
donc savoir gré à l'honorable traducteur, du nouveau présent que
Son zèle infatigable vient de faire aux lettres, et à l'histoire des usages
et de certaines opinions de l'antiquité. C. F.
2-52. —/Je lu J'este de iSlarseilk et de la Pysjccncc, pendant les
6i8 LIVRES FRANÇAIS.
années 1720 cl 17a i ; chapitre extrait d'un ouvrage iaédit, intitulé :
Histoire critique de la France , depuis la mort de Louis X[V; par
M. Lésiontey, membre de racadémie française. Paris, 1821 ; impri-
merie de F. Didot ; in-S». Prix, 2 fr.
Dans un moment où l'intérêt public se porte sur un état voisin
de la France, désolé par les ravages de la peste, on ne lira pas sans
utilité un ouvrage consacré à retracer le tableau effrayant des
malheurs qui accablèrent la plus belle partie de la France, dans
l«s années 1720 et 1721. Les désastres de cette époque ont fait
sentir au gouvernement la nécessité de préserver, par une loi sa-
nitaire, notre patrie d'un si pénible fléau. Une barrière insurmon-
table doit retenir au-delà des Pyrénées cette fièvre jaune qui a
anéanti une partie de la population de Barcelonne. Lors de la peste
de la Provence , d'intrépides magistrats, un saint évêque, protégèrent
par un grand courage leurs concitoyens. M. Lémontey a peint le
zèle ardent déployé par Belzunce, Estelle, Moustier et le chevalier
Roze. La reconnaissance publique placera, à côté de ces noms à
jamais honorés, ceux des docteurs Pariset, Bally, François, Au-
dpuard, Jouary et celui du jeune Mazet. A. T.
255. - (Euvres de Napoléon Bonapabte ; T. IV. Paris , 1821. Pan-
koucke,rue des Poitevins, n° i4;in-8° de 524 pages. {Voy. ci-dessus,
T. XI, p. 592.)
.Toutes les lettres relatives à la fin de l'expédition d'Egypte et
adressées aux beys , aux émirs, aux schérifs, aux généraux français
Marmont, Murât, Desaix, etc., forment Xa première partie de ce vo-
lume ; elle se termine par une lettre de départ , de Bonaparte à
Kléber.La seconde partie comprend le consulat et l'empire, et com-
mence par le discours du 18 brumaire.
2b\.—La France au dix -ne unième siècle , ou Coup d'oeil sur l'état
présent des lumières, des richesses, de la morale et de la liberté;
par A. Cahbion-Nisas^/5. Paris, 1821. L'Huillier, rue du Cimetière-
Saint- André-des- Arcs, n" 7; in-8° de 160 pag. Prix, 2 fr.
Cet ouvrage renferme beaucoup de choses intéressantes dont nous
plaçons le sommaire sous les yeux du lecteur. Première partie.
Sciences et arts, richesses. Pi"Ogrès de? connaissances humaines, de-
puis les premiers tcms de notre histoire jusqu'à nos jours inclusive-
ment. — Ce que doit être Tinstruction publique au dix - neuvième
siècle. — Instruction primaire. — Progrès de l'industrie; causes de
UVllKS FKAîSÇAtS/ 61>
$66 progrès; bienfaits dç la révolution. — ElJets des progrès et des ri-
chesses sur la liberté, Tégalité, les lumières, la morale, l'ordre publifc
ytla population. — Deuxième partie. Mora/e.Etat ancien et présent de
Immorale publique. — Principes de morale publique , selon l'esprit
du siècle et selon la raison. — Ce que doivent être, au xix« siècle,
la morale religieuse et la religion.— Ce qu'il faut faire pour conso-
lider la morale publique. — La morale considérée datis ses rapports
avec la politique et les révolutions. — Troisième partie, i^olitique.
Histoire de la liberté publique, depuis les Gaulois jusqu'à nos jours
inclusivement.— Tems antérieurs au régime féodal. — Régime féodal.
— Monarchie absolue. — Les idées libérales considérées dans leur
essence, leur origine et leur développement. — La révolution, Bona-
parte et la restauration. — Coup d'œil sur la grande révolution d'An-
gleterre , de 1649 à i688. — Les principes libéraux ou les droits.—
Exposé des droits sociaux. — Ce qu'on entend par égalité. — Le gou-
vernement représentatif ou les garanties. — Différentes formes de
gouvernemens représentatifs. — Petite digression sur les républiques,
-— Organisation du gouvernement représentatif. — La pairie et la
royauté , considérées comme garanties.— Plaidoyer contre la royauté.
Réfutation. — Quels dangers menacent notre avenir politique. — Le
despotisme militaire est-il possible? — Conclusion.
Ce résumé des chapitres éveille la réflexion et intéresse vivement
l'esprit. Le style piquant de l'auteur, ses remarques où brillé beau-
coup de sagacité, ses vues neuves et judicieuses, satisfont pleinement
le lecteur. On pourrait reprochera M. Carrion-Nisas d'avoir traité
avec trop de rapidité des sujets si importans; mais il n'est pas de
ceux qui perdent le tems en développemens : sa manière est d'ex-
poser les questions en traits généraux , et de se contenter ordinai-
rement d'en résoudre les sommités. Cette méthode est tout-à-fait
convenable à une époque et à un pays où la politique est devenue
une science presque populaire. Un éloge qu'on ne saurait refuser à
l'auteur, c'est une connaissance particulière de notre vieille histoire
de France. M. Carrion-lNisas fils comptait déjà honorablement parmi
nos puMicisles; son nouvel ouvrage doit ajoutera sa réputation^ "
X. ■
255. — Delà réi^olulion piémontaise.VariSyiSui .Chez les marchands
de nouveautés; in-8« de 85 pages.
Celte brochure mérite d'être distinguée parmi plusieurs autre?
<J2Ô LIVRES FRANÇAIS.
publiées sur le même sujet. Nous la regardons comme une produc-
tion littéraire , dans son genre ; mais , ce qui la rend encore plus
fecommandable, c'est l'esprit de vérité et de modération qui l'a
dictée. L'auteur donne une idée de l'état politique et économique
du Piémont; et il tire, de cet état, des raisons pour prouver la né-
'cessité d'une réforme. Après avoir justifié les mouvemens survenus
en Piémont, il en trace une histoire qui a tous les caractères de la
vérité et de l'impartialité. Sous ce rapport , nous devons signaler
cet ouvrage comme offrant des documens très-utiles à ceux qui
veulent connaître l'histoire die nos jours. On y trouvera tout ce qui est
nécessaire pour apprécier avec justesse une partie de l'Italie, et sur-
tout le Piémont. Nous avons riemarqué le même esprit dans l'ouvragé
intitulé ; V Italie au XIX^ siècle, dont nous avons parlé ci-dessus.
(T. IX, p. 58o.)
Les auteurs de ces deux productions désirent le bien de leur pays;
et, loin de chercher à surprendre le public par des faits supposés ou
de vagues théories, ils se consacrent à la cause de la vérité et à
la conciliation de tous leis partis, par de grandes vues d'bn intérêt
tommiiti et national.
256. — F'oyage pittoresque de la Grèce, par M. de Choisbll-Gocf-
FiKB. Paris, 1821. Biaise, rue Férou, n° 24. 2 volumes. Prix du pre-
mier, composé de 147 planches, 180 fr. , pour les souscripteurs. (Le
second aura plus de 160 planches. Les deux premières livraisons ont
paru et se vendent 60 fr Le prix des deux dernières , cottiposées
des xV^ et xvi^ chapitres, n'est pas encore fixé.)
Au moment où la Grèce , cette belle et riche contrée, se trouve
en proie aux horreurs les plus cruelles d'une guerre d'extermination,
quel sujet plus intéressant, quel ouvrage plus digne de fixer l'atten-
tion que celui qui rappelle ses anciens titres de gloire, et ses mal-
heurs actUrls, que Celui qui la montre telle qu'elle existait et telle
qu'elle est aujourd'hui, avec ses villes détruites, ses monumens ren-
versés, soit par le vandalisme des Turcs, lors de leurs conquêtes, soit
parle temsl Pendant toute sa vie, feu M. de Choiseul - GoufEer ,
tnalgré les vicissitudes qui le poursuivirent , ne cessa de s'intéresser h
la Grèce. En 18 14, il envoya sur les lieux un artiste habile, pour lever
des plans, prendre des vues de ce qui avait pu lui échapper dans ses
Voyages. Ou sait que le premier volume de son bel ouvrage intitulé :'
Voyage pittoresque de la Grèce., qui parut en 1782 , fît beaucoup àt
LIVRES FRANÇAIS. 621
scnsatloa parmi tout ce qu'il y avait alors de gens éclairés. La pu-
blication du deuxième volume se ût attendre ; M. de Choiseul désirait
des renseignemens plus précis, et c'est afin de se les procurer que
M. Dubois partit pour le Levant. Mais tout cela ne suffisait pas^ il
fallait, dans le silence du cabinet, classer, coordonner chacun deiii
précieux matériaux qu'avait rapportés M. Dubois. L'auteur s'ad-
joignit, comme il avait fait jusqu'alors, les hommes les plus éclairés
sur le sujet qui était devenu l'objet de ses affections. L'auteur dç
V Atlas pour le voyage du jeune Anacharsis^ M. Barbié-Dubocage
surtout , était de ceux qu'il avait toujours aimé à consulter. Longf
tems même avant que M. Barbié-Dubocage siégeât dans le seiR
de l'académie, M. de Choiseul avait eu recours ^u goût et à U
sagacité de cet excellent ami et de ce collaborateur assidu. M. dç
Choiseul mourut, en 1817, avant d'avoir pu mettre au jour la
première partie de son deuxième volume ; M. Barbier - Duha-
page se chargea de la publier, et elle parut en 1820. Mais la tâche
du célèbre géographe et académicien ne devait point se borner à
cette partie seulement du deuxième volume. Les xv» et xvi* cha-
pitres, formant la deuxième partie de ce deuxième volume, res-
taient encore à publier. Comme le premier volume, celui ci est
enrichi de belles gravures ; rien n'a été épargné pour leur donner
toute la vérité, toute l'exactitude désirables. Il offre d'autanfc
plus d'intérêt que l'on y trouve une élégante notice sur la vie et
les travaux de feu M. de Choiseul - Gouffier, composée par un de
ses confrères de l'académie , M. Dacier< Le portrait de M. de
Choiseul , d'une grande dimension-, et d'une ressemblance par-
faite , sera délivré aux soiiscripteurs , en môme tems que la fin d«
l'ouvrage.
%Sy. - Dictionnaire historique ou Histoire abrégéedes bommçs qui
se sont fait un nom par leur génie , leui^s talens , leurs vertus , leurs
erreurs ou leurs crimes , depuis le commencement du monde jusqu'à
oos jours; par l'abbé F.-X. de Ferler. Cinquième édition, enrichie
d'un grand nombre d'articles nouveaux, intercalés par ordre aipha^
bétique, et corrigée sur les observations de nos meilleurs biographes.
T. III et IV. Paris, 1821. Méquignon, fils aîné; in-8». Prix, lofr.
358. — Le même ouvrat^e ; autre édition, où tous les articles sont
revus et corrigés avec le plus grand soin, augmentée d'un grand
nombre d'articles importans , omi^ dîMis les précédentes éditions ,
622 LIVRES FRANÇAIS.
et de la' bfogt-aphie de tous les hommes célèbres, morts jusqu'à
ce jour. Lyon ; imprimerie et librairie de Roland, 1821. T. I, IX et
III ; in-S».
25g. —Dictionnaire historique ^ criiiqne et bibliographique^ contenant
les vies des hommes illustres, célèbres ou fameux de tous les pays et
de tous les siècles , suivi d'un Dictionnaire abrégé des mythologies ,
et d'un Tableau chronologique des événemens les plus remarquables
qui ont eu lieu depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours;
par une société de gens de lettres. Paris. Ménard et Desenne, 1821.
T. I-IV.
260. — Dictionnaire historique y philosophique et critique ^ abrégé du
"rand Dictionnaire de Bayle, par l'abbé Ladvoçat; nouvelle édition,
revue, corrigée et continuée jusqu'en 1789, par une société, de savans^
de littérateurs et de bibliographes. Paris, à la Librairie historique,
rue Saint-Honoré , n" 123 , hôtel d'Aligre, 1821. T. I et II ; in-8'>.
26i(*).— Dictionnaire historique et critique de Pierre Baylb.; nouvelle
édition , augmentée de notes extraites de Chaufepié , Joly, la Mon-
noie, le Duchat, L. J. Leclerc, Prosper, Marchand, etc. etc. Paris,
Desoer, 1821. T. V et VI ; in-8°.
L'ancienne maxime que toul est de rnode en France , se vérifie
aussi à l'égard des Dictionnaires historiques. J'ai développé déjà
dans deux articles {Voyez T. X, p. 602 ; et T. XI, p. 585.) mon opi-
nion sur la réimpression du Dictionnaire de Feller, qui s'exécute à
Paris ; la lecture des T.-!!! et IV n'a fait que me confirmer dans
cette opinion. Les fautes y sont tellement multipliées, qu'on ne
peut compter sur l'exactitude d'un nom d'homme ou d'une date.
Dans mon Examen critique des Dictionnaires historiques (Voyez
T. I, page i42.), j'ai prévenu les lecteurs de Feller, que l'article
Briri^ood était le nom estropié de Brézét/ood, cité précédemment.
Les éditeurs n'ont tenu aucun compte de ma remarque, et ils ont
reproduit l'imaginaire Brirvood. J'avais encore fait observer que les
auteurs de la Biographie universelle , dans leur article Calignon ,
ancien professeur de rhétorique à Lyon , avaient attribué à ce lit-
térateur plusieurs ouvrages auxquels il n'avait jamais pensé, puis-
qu'il est constant que le premier est de Linguet ; le second , de
l'abbé de Lacan; le troisième, d'un maître de pension, nommé
Demandre, etc. etc. Cela n'a pas empêché les continuateurs de
LIVRES FRANÇAIS. 623
Fcller de copier ces trois articles, tels qu'ils se trouvent dans la
Biographie universelle ^ sous le nom de l'abbé de Calignon.
L'édition de Feller, qui se fait à Lyon et qui paraît être rédigée
par le libraire lui-même , est moins fautive que l'édition de Paris ;
voilà tout le bien que je peux en dire. Cette édition n'aura que
dix volumes, tandis que celle de Paris en aura douze. M. Rolland
s'est fait connaître, en i8iS, par un petit Dictionnaire des hommes
célèbres i en im volume in-8° ou deux volume in-i 2. Il s'y montre
si peu versé dans les matières ecclésiastiques qu'il fait mourir, dès
l'année 1808, M. le cardinal de la Luzerne dont l'honorable exis-
tence s'est prolongée jusqu'à ces derniers tems.
Le Dictionnaire historique, dont MM. Ménard et Desenne pu-
blient les quatre premiers volumes , est une réimpression du dic-
tionnaire de MM. Chaudon et Delandine, augmenté en 1810 par
M. Prudhomme. Ce Dictionnaire , malgré ses imperfections , aura
toujours l'avantage de présenter une proportion convenable dans
l'étendue de ses articles et une louable unité de vues et de prin-
cipes dans leur rédaction. Il y a des additions importantes et nom-
breuses dans la nouvelle édition. Les éditeurs ont mis à profit mon
Examen critique et la Biographie universelle. Je les invite à lire
encore avec plus d'attention le premier de ces ouvrages et à se
méfier davantage du second. Cette double précaution leur épargnera
de graves méprises. Je les invite aussi à se persuader que je n'ai
pas cru devoir relever les méprises de MM. Chaudon et Delandine,
lorsqu'elles l'avaient été par les auteurs de la Biographie universelle.
Ils ne devaient donc pas attribuer encore à Clenard des Fables hé-
ùraïques, puisqu'on voit, dans la Biographie universelle , que le vé-
ritable titre de l'ouvrage de Clenard est Tabula in grammaiicam,
hebrœam. (Table sur la grammaire hébraïque.) Louvain, 1629;
in-8°. Celte nouvelle édition du Dictionnaire] de MM. Chaudon, De-
landine et Prudhomoâe aura vingt-cinq volumes.
La réimpression du Dictionnaire de l'abbé Ladvocat, continuée
jusqu'en 1789, doit être composée de huit volumes; elle offre peu
d'avantages et peu d'intérêt. On ne remarque presque aucune amé-
lioration dans les articles : quant aux auteurs morts depuis 1789 ,
j les éditeurs renvoient à la Biographie nouvelle des contemporains^
l^j^que publient MM. Arnault, Jay, Jouy, de Norvins, etc. Le public
4U LIVRES FRANÇAIS.
ne voit pas sans inquiétude l'étendue donnée à cette Biographie \
car Ifr^ troisième volume ne comprend que la suite de la lettre B.
C'est à tort que le Dictionnaire de Ladvocat est présenté , sur le
frontispice de la nouvelle édition, comme un abrégé de celui de
Eayle; l'auteur lui-même ne se donnait que pour l'abréviateur et, en
même tems, le correcteur de Moveri.
On est beaucoup plus satisfait de la réimpression du Dictionnaire
de Bayle. Le format in-S» rend la lecture de cet important ouvrage
beaucoup plus commode ; il est imprimé avec soin et sur de beau
papier. Les additions de M. Beuchot donnent pins d'intérêt aux ar-
ticles qui les renferment. Il serait à souhaiter qu'elles fussent plu*
nombreuses. Cette édition doit avoir seize volumes , et ne peut man-
quer de réussir. Baebikr.
362. — Système perfectionné de conjugaison des verbes grecs ^pré-
senté dans une suite de tableaux paradigmatiques ; par D. Frédéric
Thiessch; traduit de l'allemand, sur la 3* édition, par F. M. C.
louaDA, D. M. C. Paris. 1821. Thomine et Fortîc, rue Saint-André-
deSrArcs, n» 69. In-folio. Prix, 4 fr«
On ferait un long catalogue des livres élémentaires sur l'ancienne
langue des Grecs. Celui-ci n'est consacré qu'à la conjugaison des
verbes ; mais la résolution des formes les plus composées en leur^
élémens les plus simples, l'indication du rôle respectif de chacune
de ces parties élémentaires; un mécanisme de formation et de dé-
composition des tems assujéti à des lois constantes, ou qui ne
peuvent être transgressées que par les exigeances de l'euphonie
hellénique, principale législatrice de ce beau langage : tels sont les
moyens par lesquels on est parvenu à faire, de la théorie du verbp
grec, une doctrine infiniment plus régulière que celle qu'on ensei-
gnait précédemment. L'excuse plausible de la forme io-folio de
l'ouvrage est qu'elle a été non de choix , mais d'inévitable néces-
sité. Les excellentes réflexions de l'auteur à cette occasion laissent
entendre aux maîtres intelligens, que des exercices dans le genre
de ce travail seraient féconds en résultats utiles. On désirerait
surtout une esquisse qui réunît en un faisceau coordonné les
dialectes du grec ancien avec le grec moderne et les principales
yariétés du langage parlé actuel de la terre classique. Occupé ,
4epuis assez long-tems, à rapprocher dans »n même ouvrage tous
|es dialectes slaves ) je forme le vœu qu'on remplisse cette lacune
LIVRES FRANÇAIS. 625
dans noire littérature. Probablement, elle n'aura plus lieu bientôt
pour la Russie : les événemens rapprochent cet empire de la Grèce
presque autant que les mots slaves et grecs se confondent dans
les patois limitrophes. La liaison du grec ancien avec les langues
dont on croit qu'il dérive le plus directement, serait aussi le sujet
d'intéressans tableaux, mais d'une exécution moins factle que ceux
que j'annonce. Ces derniers sont imprimés avec soin; cependant
dès le premier, le <p remplace une fois le Xt et une autre fois le 4.
Fursi LaisnS.
263. — Dictionnaire des belles-lettres, contenant les élémens de
la littérature théorique et pratique, d'après un seul principe, l'asso-
ciation des idées opérée dans le langage ou le style, par le bon
emploi des quatre élémens littéraires; les faits, les images y les
pensées et les sentijnens, fournis par l'esprit, l'imagination ou la
mémoire et le génie^ nourris par l'étude ; élémens choisis par le bon-
goût , appréciés par le bon sens , et disposés par ordre pour at-
teindre au noble but des belles-lettres ; l'association des idées de
bonheur et de vertu , principe appuyé d'extraits raisonnes des écrits
didactiques d'Aristote, Cicéron, Horace , Quintilien, Longin, Vida,
Corneille, les deux Racine, Boileau, Rollin, Fénélon, Bouhours ,
Le Bossu, Batteux, Condillac, Dubos, Trublet, Fontenelle, de Jau-
court, d'Alembert , Marmontel, Mallet, Sulzer , Voltaire, Hugh
Blair, Maury, Buffon, Laharpe, Palissot, Geoffroy, Cailhava, Ché-
nier, Amar, Lemercier, etc., avec des citations et des exemples ;
par P. C. V. Boistb; 3« partie» Varl d'écrire et de parler français,
La première partie se compose du Dictionnaire universel % la se-
conde, àe nouveaux principes i/e gramma/re, Paris. 18a 1. Verdière,
quai des Augustins, n* 25. Un vol. in-8° de 4^4 pages. Prix, 5 fr.
(L'ouvrage entier aura la volumes.)
264. — Nouveaux mélanges de littérature française ^ à l'usage du
gymnase de Strasbourg, recueillis par Jean Daniel Brunneb, Stras*
bourg, 1821. Henri Heitr, imprimeur du gymnase. Un vol. in-ia de
448 pages.
Ces mélanges sont divisés en cinq parties : i» le style èpistolaire,
a" le stjle dramatique ,7)° le style historique, 4° le style àidac'
tique y 5» le style oratoire. Cette division serait bonne , si le
choix des exemples était Dieilleur. On s'étonne de voir, dans la
première partie, des lettres de remercîmens, de félicitations, de
ToMU XII. 40
620 LIVRES FRANÇAIS.
bonne année; de condoléance, etc., qui rappellent un peu trop
ces fades et insipides recueils où l'on trouve des demandes en
mariage, des lettres aux cousins, oncles et tantes, etc., et qui en-
seignent l'art de correspondre avec toute la terre, sans jamais y
mettre rien du sien. Ces puérilités nous ont paru fort au-dessous
d'un livre destiné à l'éducation. Les exemples de style dramatique
sont pour la plupart empruntés de Berquin. La partie des voyages,
comprise dans la division intitulée Style historique , manque
d'ordre et de méthode. En général , les citations ne sont pas très-
bien choisies, surtout pour un OKvrage destiné à faire connaître et
♦pprécier à de jeunes élèves les beautés de la littérature française.
L. S. B.
a65, — Obseri^ations sur îes quatre dernières Fables de La Fon-
taine, restées jusqu'ici sans commentaire; par MM. Sélis, Dblili.e
et lA Harpe , recueillies par J. B. Gail; avec spécimen des écritures
de La Fontaine et de ses commentateurs , Delille Sélis , Champfort
et La Harpe ; pour servir de suite à l'ouvrage de J. B. Gail , intitulé :
les Trois Fabulistes , et à toutes les éditions in-8* de La Fontaine.
Paris, 1821. Gail neveu, collège royal, place Cambray, Dufart, 1821;
in-8<* VIII et 199 p. Prix, 5 francs, et 6 francs par la poste.
Le titre détaillé de ce volume suffit pour le recommander vive-
ment à la curiosité publique. Le spccimen de l'écriture de La Fon-
taine est extrait d'un manuscrit de la bibliothèque du roi, où se
trouve la tragédie à' Achille^ par La Fontaine ; on lit ^ sur la même
feuille, le spécimen d'une note de l'abbé Sallier, l'un des prédé-
cesseurs de M. Gail à la bibliothèque et à l'académie des inscrip-
tions. Ce volume ne peut manquer d'être favorablement accueilli
par les amateurs de la saine littérature ; il sera surtout utile aux
professeurs de rhétorique et d'humanités , à qui un commentaire
sur les quatre dernières fables de La Fontaine avait manqué jus-
qu'ici. Les Trois Fabulistes, auxquels l'ouvrage que nous annonçons
fait suite, forment 4 vol. in-S". T. I*', Esope, grec-iïançais-latin ;
T. II, Phèdre, latin-français, avec notes; T. III tlW , La Fontaine^
avec notes de Chamfort. Prix , 20 fr. , aux adresses ci-dessus.
X.
a66. — Discours prononcé par MM. Villkmain et Roceb , à l'aca-
démie française , le 28 juin 1^21. Paris, i8ai. Madame Scignot ^
quai Saint Michel; in 8° de 68 pag«$. Prix a fr. , et a fr. 5o c. |»ir la
poste.
LIVRES FRANÇAIS. 627
Les journaux ont parlé, dans le tcms, de la séance où M. VilJ«-
main vint occuper le fauteuil de M. de Fontanes. L'orateur sut prou-
ver, devant une brillante assemblée, la légitimité de sa nomination,
en déployant toutes les grâces d'un style harmonieux et brillant ,
d'une élocution élégante et flexible, d'un coloris pur et animé. Il pa-
raît que l'édition officielle de son discours (chez F. Didot, imprimeur
de t Institut , in-4° ) n'a point suffi à l'empressement du public ,
puisqu'un libraire en oflre aujourd'hui une réimpression^ dans le for-
mat in-8°, qui conviendra mieux à plusieurs bibliothèques. X.
267. — Lettres diverses recueillies en Suisse, parM. Fe do r Go toytKiif ,
accompagnées de notes et d'éclaircissemens, Paris , 1821. Paschoud,
rue de Seine, n». 48 ; Genève, même maison de commerce. Un vol.
in-S*". de 424 pages. Prix, 5 fr., et par la poste 6 fr. 25 c.
Les lettres que je publie , dit M. Golowkin dans sa préface , ne
présentent que peu d'intérêt, elles n'apprennent rien de nouveau;
les personnage." qui vont reparaître sur la scène sont connus. Dans
cet aveu de l'auteur , est renfermé le jugement qu'on doit porter sur
son ouvrage. Non seulement ces lettres n'apprennent rien de nou-
veau , mais elles sont remplies, pour la plupart , de détails insigni-
lians et puérils, qu'on supprime ordinairement dans une correspon-
dance offerte au public. En général , on ne saurait assez déplorer
la manie que l'on a, depuis quelque tems, de tirer de l'oubli tout ce
qui devrait y rester. Fontenelle disait, avec raison, qu'il n'y avait pas
de héros pour son valet de chambre. Voltaire semblait aussi avoir
pressenti le tort que lui feraient , après sa mort, les infatigables édi-
teurs de sa correspondance. Il sentait qu'au milieu des petites tra-
casseries de la vie , le grand homme s'éclipse souvent pour faire place
à l'homme ordinaire. Quelques billets de lui, adressés à des habî-
tans de Genève et de Lausanne, et relatifs à une acquisition de terre
qu'il voulait faire en Suisse , servent à grossir le volume que nous
annonçons , sans rien ajouter à son mérite. Les lettres d'une demoi-
selle de Chabot le commencent. Des prétentions à l'esprit , un
style amphigourique et toujours guindé^ ne justifient pas le choix
qu'on en a fait. Les notes de l'éditeur contiennent la généalogie de
toutes les familles suisses qui sont nommées dans cette correspon-
dance ; nous laissons à juger l'intérêt qu'elles peuvent avoir. L. S. B-
268. — (Buures de Tibulle , de Catulle et de Properce ^ traduit»
en vers français , avec le texte en regard; par M. C, L. Mollkvawt,
628 LIVRES FRANÇAIS.
membre de l'Institut de France. Paris, 1821. Arthus Bertrand, me
Hautefeuille , n" a3. 3 vol. in-j8. Prix, 3 fr. le vol.
269. — Élégies; par MottBvAPT. Paris, 1821. Chez le même.
In-18. Prix, 3 fr.
jyo. — Poésies diverses ; par Mollevaut. Paris, 1821. Lelong, «u
Palais-Royal , galerie de bois , n» 233. In-i8. Prix, 3 fr. , et 3 fr. 5o c.
par la poste.
M. Mollevaut a entrepris une tâche difiGcile, en essayant de nous
faire connaître les élégiaques latins par des traductions en vers. Les
siens manquent souvent de verve, et Ton n'y trouve , au lieu du na-
turel facile de Tibulle, et de la véhémence impétueuse de Properce ,
que les traces du travail et des efforts presque toujours infructueux du
traducteur. Il est encore moins heureux dans Catulle , dont il efface
souvent les grâces. Nous ne voulons pas soutenir une pareille accu-
sation sans preuve , et nous mettrons sous les yeux du lecteur des
passages pris au hasard dans ces différentes traductions.
Tous les amateurs de la poésie latine connaissent VÉpithalame de
Julie et de Mallius , de Catulle j ils savent par cœur cette strophe
pleine de délicatesse et de charmes :
Torguatus voîo paruulus
Matris è gremio suœ
Porrigens teneras manus ,
Dulce rideat adpalrem
Semihianle labello.
Voici comment M. Mollevaut l'a rendue en vers français :
Ce fils, sur le sein de sa mère,
Autel de ses jeunes ébats ,
Sourit doucement à son père.
Et tend vers lui ses faibles bras.
Ce passage n'est pas le seul où l'auteur emploie des métaphores
bizarres et forcées ; il lei emprunte quelquefois à l'original , et les
transporte mal à propos dans notre langue. Nous citerons ce vers
pour exemple , il est tiré des Noces de Thélis et de Pelée :
Qu'attachée à tes mâts , la pourpre d'Ibérie
De mon ame brûlante atteste V incendie.
Ce poème célèbre est un de ceux où le traducteur est resté le plus
loin de son modèle. Ce n'est qu'une pâle copie du style brillant et
LIVUES FRANÇAIS. 629
passionné de Catulle. On y trouve des cacoplionies tjuc l'auteur
semble prendre pour de l'harmonie imitative :
Le rauque corntt s^enjle et sourdement bourdonne ,
Et le fifre aigu siffle^ et le tambour résonne.
Après avoir fait la part de la critique, la justice veut que nous
disions qu'il y a quelques morceaux qui ne sont pas sans mérite:
comme les vers à Lesbie, ceux à Hortulatus et la pièce de vers sur
Aimé et Septime, dans Catulle. Une partie de la i" élégie du Liv. I,
delà 4" du Liv. II, et de la 5« du même Liv., dans Tibulle; enfin,
dans Properce , quelques passages du Peruigilium Veneris. Dans ces
morceaux, le style, sans être exempt de taches, a cependant plus
de naturel et de grâce.
Nous n'avons que peu de chose à dire des Elégies et des Poésies
diverses de M. Mollevaut. On y retrouve le même style que dans ses
traductions. L'auteur annonce qu'il va publier incessamment une
traduction en vers de l'Enéide ; nous ne pouvons parler d'un travail
que nous ne connaissons pas. Nous savons seulement que Delille a
échoué dans une partie de ce poème , et qu'il a rendu l'autre avec
un talent digne du premier des poètes latins , contre lequel il luttait.
A. T.
271. — Hommages poétiques à La Fontaine. Choix de pièces en
vers , composées en l'honneur de ce fabuliste , par J.-B. Rousseau ,
L. Racine, Voltaire, Marmontel , Delille , Bouflers, Imbert, Le
Monnier, Ducis, Collin d'Harleville , Legouvé , etc. ; accompagné
de notes biographiques et d'anecdotes littéraires, par M. Le Bailly,
avec cette épigraphe :
Loin d'épuiser une matière ,
Il n'en faut prendre que la fleur. La Fortaike.
Paris, 1821. Nepveu , passage des Panoramas, n» 26; in- 18 de
1 72 pages. Prix , 5 francs.
Nous croyons que M. Le Bailly n'a pas été fidèle au plan qu'an-
nonçait l'épigraphe qu'il a choisie. En effet , il n'a rien voulu laisser
échapper de ce qui pouvait paraître se rattacher en quelque chose à
son sujet. Aux noms déjà mentionnés dans le titre de ce recueil , il
en a joint d'autres qui appartiennent à des auteurs fort estimables
sans doute, mais dont les productions rappelées n'ont souvent qu'un
rapport bien faible ou bien indirect avec l'éloge du fabuliste, J*ar
(530 LIVRES FRANÇAIS.
exemple , M. Armand Gouffé, chansonnier très-aimable et très-spi-
rituel du reste , ne s'attendait guère , probablement, à voir figurer,
dans les Hommages poétiques à La Fontaine, un couplet où le nom
du bonhomme n'est amené que pour faire un jeu de mot. Ce qui paraît
mériter le plus d'éloges, c'est la modestie de l'auteur , qui ne lui a
pas permis de placer dans ce recueil une seule de ses productions.
Cependant , plusieurs fables de M. Le Bailly seraient, selon nous ;
un hommage bien plus agréable à La Fontaine, et plus digne de lui,
que la plupart des pièces qu'on trouve dans ce recueil. Tel qu'il est
toutefois, nous le recommandons aux personnes qui désirent donner
des livres en étrennes. Bien des recueils de poésies ne le valent pas.
E. Héreau.
372. — La Reliure, poème didactique , en six chants, par M. LBSui.
Paris, 1820. Se vend chez l'auteur, relieur, rue de Tournon, n» x5.
1 vol. in-8*. Prix, 4 fr., et franc de port 5 fr.
En dépit de ses détracteurs, la poésie française étend encore son
domaine. Après avoir chanté les arts libéraux, elle s'empare des
arts mécaniques. Le poème que nous annonçons est uniquement
consacré à donner des préceptes sur la reliure. L'auteur, après avoir
établi l'origine présumée de l'art, après avoir parlé de ses progrès,
de sa décadence, et des nouveaux progrès qu'il a faits, de nos
jours , décrit les différens procédés de la reliure. M. Lesné ne s'est
pas borné à chanter son art ; il a voulu le perfectionner. Il a ajouté
à son poème des notes qui, dit-il, ne se liront peut-être pas, et
nous croyons qu'en cela il s'est trompé ; car nous pensons que ses
notes sont très-instructives pour les ouvriers qui cherchent à se
perfectionner dans un art que tant de gens pratiquent si mal. A
la suite de ce poème . on trouve un mémoire du même auteur, re-
latif à des moyens de perfectionnement, propres à conserver les
reliures pendant plusieurs siècles. L'auteur a soumis , en i8iS,ce
mémoire à la Société d'encouragement , qui chargea une commission
de l'examiner. Les commissaires , après avoir examiné les procédés
de M. Lesné, s'expliquent ainsi: Nous pensons que M. Lesné ^
par ces divers perfeclionnemens , est parvenu à rendre les reliures
moins sujettes à se déformer, et particulièrement à leur doAner une
solidité capable d^ égaler la durée des ouvrages précieux qu'elles
sont destinées à conserver : ils en recommandent môme l'usage
pour les bibliothèques publiques, dépendant, uuus uc sommes pas
UVllES FRAi^ÇAlS. 631
lou}ours de l'avis de M. Lesné, qui pense que, parce ^ju'il e«t pas-
sionné pour son état, d'autres peuvent l'être au même point pour
le leur, et le décrire en vers, afin d'en donner des principes qui
puissent être retenus sans peine. Nous croyons que c'est une tâche
très-difBcile à remplir, et que , si ce ^e fantaisie prenait à beaucoup
d'ouvriers, nous serions inondés d'u^,R foule de méchans poèmes.
Tous les ouvriers ne sont pas susceptib es de remplacer les études
et l'érudition , par un bon sens naturel qui leur sert de poétique ,
comme l'ont fait fait Maître Adam, Maître André et M. Lesné.
273. — Le Rappel. A ceux de mes anciens compagnons d'armes
qui languissent dans l'oisiveté, ou qui ont volontairement quitté la
France; par ^/z/o/zze Béraud. Paris, 1821. A la librairie nationale et
étrangère , quai des Augustins , 11° 17. In-8° d'une feuille d'im-
pression. Prix , 1 fr.
Cette épître, d'un homme déjà connu par quelques productions cil
respire l'amour le plus pur de la patiùe , ne peut qu'ajouter à la ré-
putation de son auteur. Elle est pleine de sentimens nobles et géné-
reux , exprimés avec une mâle énergie. C'est surtout lorsqu'il veut
disculper ses compagnons d'armes du reproche d'avoir contribué à
asservir la France , que M. Béraud emploie cette éloquence du cœur
qui po rte avec elle la conviction. On m'a vu , dit-il à la France,
On m'a vu ton soldat , et non celui d'un maître ;
Plébéien, vers les camps par la gloire emporté ,
Je demandai la gloire avec la liberté.
La liberté , long-tems, loin de ton sol immense ,
S'exila ?... Dans les camps j'ignorai son absence ;
Et lorsqu'on t'enchaînait aux lauriers de tes fils ,
J'admirais à tes pieds Vienne et Rome et Memphis ;
Et je te croyais libre , en te voyant si belle l
Je crois impossible d'oublier ce dernier vers, une fois qu'on 1'* ï"
DU entendu ; mais si l'amour de la gloire permet de se faire illusion à
ce point , combien est coupable celui qui abuse de cette noble con-
fiance pour asservir son paysl E. HiiaKAU.
374. — Éloge de Malesherhes , par M. Honoré Dumont, de
Coutances; ouvrage qui a concouru pour le prix de poésie décerné
par l'académie française , dans sa séance publique du aJ août.
632 LIVRES FRANÇAIS.
Paris, 1821. Delaunay, au Palais-Royal. Brochure in-S» de plu»
de 600 vers. Prix , 1 fr.
îVous avons entendu beaucoup de personnes improuver le juge-
ment de l'académie, qui a couronné, dans sa séance annuelle du
jour de la Saint-Louis, l'Ode de M. Gaulmier. Mais, si nous avons
partagé l'opinion publique relativement à cette ode, qui a été trou-
vée généralement au-dessous de son sujet, du moins devons nous
dire que toutes celles que les concurrens de M. Gaulmier ont cru
devoir publier, et qui sont parvenues à notre connaissance, sont
très-inférieures encore à la pièce couronnée. Celle de M. Dumont
ne mérite pas de faire exception. E. H,
275. — Ode sur la déliprance delà Grèce, par M. Bebt. Paris, 1821.
Ambroise Tardieu, rue du Battoir, n" 12 ; ïn-S" de 6 p. Prix, 4o c.
Les muses françaises ne sont point restées insensibles aux malheurs
de la Grèce; elles ont déploré les ravages de cet antique berceau
des poétiques inspirations et de tous les arts, enfans de l'imagination,
et elles ont animé les vaillans Hellènes pour la conquête de leur
liberté. Parmi les chants qu'elles ont fait entendre, nous avons
remarqué l'Ode de M. Bert. Sans doute , de tous les ouvrages de
poésies, l'ode est le moins susceptible d'analyse, et l'espace qui
nous est accordé ne comporte pas les citations. Nous nous bornerons
à recommander à nos lecteurs ces vers purs , élégans^ harmonieux ,
où la richesse des rimes s'allie toujours à la justesse de la pensée. La
déliprance de la Grèce est un sujet si vaste qu'on ne trouvera peut-
être pas dans cette pièce tout ce que l'imagination se promet; mais
c'est à l'ode, surtout, qu'il convient d'appliquer le précepte du
goût, qui nous défend d'épuiser une matière, et nous prescrit de
n'en prendre que la fleur. M. A.
276. — Lettres portu<yaises ; nouvelle édition , revue et corrigée sur
la première. Paris, 1821. Kleffer, rue d'Enfer-Saint-Michel , n» 2.
In-18 de xxj et iSa pages. Prix , i fr. 25 c.
Un des plus grands paradoxes de J.-J. Rousseau est celui que
l'on trouve daus une de ses lettres à d'Alembert , où il dit , en par-
lant des femmes : a Ce feu céleste qui échauffe et embrase l'ame ,
ce génie qui consume et dévore, cette brûlante éloquence, ces
transports sublimes qui portent leurs ravissemens jusqu'au fond
des coeurs, manquejont toujours à leurs écrits ; ils sont froids et jolis
comme elles; ils auront autant d'esprit que vous voud cr. janiaii» d'ame.
S
LIVllliS FRANÇAIS. G^3
ils seraient cent fois plutôt sensés que passionnés. Elias ne sap'ent
ni décrire ni sentir l'amour même...» La seule Sapho, que je sache,
ajoute-t-il, et une autre méritent d'être exceptées. Je parierais tout
au monde que les Lettres portugaises ont été écrites par un homme.*
Aujourd'hui qu'il est bien reconnu, au contraire, que ces lettres
ont été écrites, en langue portugaise, par une religieuse ou cha-
noinesse de Lisbonne, voilà, de l'aveu même de Rousseau, une
troisième exception , à laquelle nous ne serions pas embarrassés d'en
ajouter tant d'autres, que nous pourrions déduire de leur nombre
une règle toute contraire à celle que le philosophe de Genève
croyait établie par la nature. Mais ne nous étonnons point de son
erreur; madame de Warens, auprès de laquelle Rousseau a passé
une partie de sa jeunesse^ a pu la faire naître; et Thérèse, cette
compagne indigne de lui sous tant de rapports, a dû nécessairement
la nourrir. Plaignons l'auteur d'Héloïse de n'avoir point rencontré
celle dont son imagination ardente s'était créé un modèle si sédui-
sant, et félicitons-nous-en pour la gloire des Letti-es; il l'eût aimée,
il eût joui de son bonheur, et son génie ne se fût peut-être jamais
révélé. En effet, les passions ont toujours jilus de force en raison
des obstacles qu'elles rencontrent ; et qu'est-ce que le génie , si ce
n'est l'essence la plus pure des passions ? S'il nous fallait des preuves
de ce que nous avançons , nous n'irions pas les chercher bien loin,
et nous les puiserions dans l'ouvrage même que nous recomman-
dons à l'attention de nos lecteurs. Quelle grâce, quelle délicatesse,
quel charme inconcevable, dans la première partie de ces Lettres,
où l'héroïne, tout entière à l'espérance , ne semble occupée que
d'un seul sentiment , d'un seul désir , celui « d'immoler tout le
plaisir de sa vie à un instant de plaisir pour l'objet aimé ! » Plus
tard , quelle éloquence , quel feu , lorsqu'elle cherche à exciter sa
jalousie et qu'elle se plaint de sa tranquillité, à l'aspect d'apparences
dont les plus légères, de la part de son amant, suffiraient pour al-
lumer en elle le soupçon et la rage ! Enfin, quelle véhémence, quels
accens tumultueux d'une passion délirante , augmentée encore en
elle par la solitude et la dévotion , quand elle acquiert la trop funeste
certitude qu'elle n'a plus qu'à mourir, sans que ce dernier sacrifice
puisse même être apprécié par l'ingrat qui la trahit et qui l'aban-
donne ! Pourquoi faut-il que l'auteur d'une passion aussi forte en
ait été si peu digne ?... « C'était, dit Saint-Simon dans ses Mémoires^
63A LIVKES FRANÇAIS
«n gros et grand homme , le meilleur, le plus brave , et le piusïtl m pli
d'honneur, mais si bête et si lourd, qu'on ne comprenait pas qu'il
eût quelque talent pour la guerre. A le voir, à l'entendre , on n'au-
rait jamais pu se persuader qu'il eût inspiré un amour aussi dé-
mesuré que celui qui est l'ame de ces fameuses Lettres portugaises,
ni même qu'il eût écrit les réponses à cette religieuse », réponses
tellement triviales cependant que l'éditeur de cette nouvelle édi-
tion a cru devoir les rejeter, comme déparant l'ouvrage.
£. Hebeac.
277. — Tja Polonaise , ou l'Instinct du cœur, roman traduit du
polonais, de la princesse W*", par madame NAKWASKA.Paris,, 1821.
Guillaume et compagnie , rue Hautefeuille , n» 14. 2 vol. in-12 ,
Prix, 5 fr.
Malvina, comme la plupart des héroïnes de roman, mariée, à
l'âge de quatorze ans , à un homme qu'elle n'aimait point et qu'elle
n'avait accepté que pour céder aux vœux de sa famille, est bientôt
devenue veuve. Retirée à la campagne, el'e y vit , sans trouble et
sans désirs, dans la société d'une sœur plus jeune qu'elle, et d'une
tante. Un incendie terrible , qui se déclare dans le village qu'elle
habite, met à découvert sa belle ame. Accourue sur les lieux témoins
de cette scène désastreuse, elle est entrée dans une maison pour sau-
ver un pauvre enfant dont les cris se font entendre ; elle va être
elle-même victime de son dévouement, lorsqu'un jeune étranger,
s'élançant au milieu des flammes, parvient à l'en retirer^ et retourne
vers l'enfant, qu'il a le bonheur de sauver. Ce généreux libérateur
l'efuse de se faire connaître, et va se retirer ; mais une blessure que
lui a faite au bras une poutre embrasée, blessure que Malvina re-
marque la première, le décidé à céder aux instances réitérées qu'elle
lui fait d'accepter un asile chez elle. Grâce aux soins du médecin de
la maison , la blessure de Ludomir est bientôt sans danger ; mais les
yeux de Malvina en ont fait une «utre qu'elle seule peut guérir. De son
côté, elle n'est point restée insensible au mérite du jeune inconnu;
bientôt leurs cœurs sont d'accord, bientôt leur bouche a parlé, et
ils ont échangé les aveux les plus doux. Ludomir n'a qu'un mot à
dire pour être l'heureux époux de Malvina : soudain , il prend la
résolution de la fuir; ce qu'il exécute, en lui laissant une lettre,
dans laquelle il lui dit; o Ludomir infortuné est indigne de vous —
Veuillez croire que le mystère dont je m'enveloppe ne recèle aucun
LIVRES IKAINÇAIS. 633
crime, el dans aucune circonstance, ne cherchez jamais à sou-
lever le voile qui couvre mon existence.* Jusqu'ici, il n*ya rien ,
dans Touvi'age , que de très-ordinaire et que l'on n'ait lu dans
mille autres romans ; mais ce qui est entièrement neuf, ce qui appar-
tient exclusivement à l'auteur, c'est le ressort employé pour prolon-
ger cette intrigue amoureuse. Malvî^na, dans l'intention de se dis-
traire , part pour Varsovie. Elle y arrive, dans la saison des bals
et des fêtes. A peine est-elle dans cette ville, qu'elle entend parler
partout d'un certain prince de Melstyn, qui est attendu avec im-
patience. Ce prince est l'ame de toutes les sociétés, l'idole de
toutes les femmes , qui se disputent sa conquête. Il paraît enfin
aux yeux de Malvina , qui reconnaît aussitôt en lui son cher Lu-
domir, mais qui demeure surprise de l'accueil simplement galant
qu'elle en reçoit. Peu à peu, les soupçons d'inconstance qui ont
' trouvé place dans son cœur, s'évanouissent, lorsqu'elle voit le prince
rechercher son entretien, et lui témoigner une préférence mar-
quée sur toutes les autres femmes de la société. Cependant, son
.air léger, ses manières enjouées contrastent singulièrement avec
l'air mélancolique qu'elle lui a connu auparavant. Bientôt, le
cœur de Malvina a distingué deux Ludomir, celui qui l'a secou-
rue et qui s'est séparé d'elle d'une manière aussi mystérieuse ,
«t celui dont la tendresse ne lui paraît qu'une galanterie étudiée,
et pour lequel elle sent chaque jour diminuer son premier amour.
Sur ces entrefaites, la guerre s'est déclarée, et le prince de Melstyn,
avant de partir pour l'armée, presse Malvina de lui donner sa
main. Attendrie par l'image des dangers qu'il va ceurir, elle cherche
à surmonter la répugnance secrète qu'elle éprouve à le satisfaire.
«Prince., lui dit-elle, à votre retour....» Mais un cri perçant in-
terrompt ces paroles , et une apparition extraordinaire prive Mal-
vina de l'usage de ses sens< Elle vient tout -à -coup d'apercevoir
une seconde image de Ludomir, portant l'empreinte de l'horreur
et du désespoir, et qui traverse rapidement le lieu où elle se trouve
avec le prince de Melstyn. Est-ce une illusion , est-ce le rêve d'une
imagination exaltée, ou existe-t-il réellement deux Ludomir?....
C'est une énigme que nous laissons à deviner aux lecteurs , et
dont probablement ils n'auront la clef que lorsqu'ils seront par-
venus aux derniers chapitres de l'ouvrage. Mais nous craignons
qu'alors ils ne pensent comme nous, et ne trouvent les moyens
Q26 LIVRES FKANÇAIS.
qui ont servi de base à l'auteur, trop forcés et trop invraisem-
blables. £. HéaEAu.
278. — (Euures de L. B. Picard. T. V du Théâtre. "Paris ^ 1821.
Barba , au Palais-Royal; in-S* de 494 pages. Prix, 7 fr. (Voy. ci-
dessus, pag. 4iSJ'
Ce volume renferme cinq comédies en prose : la Noce sans
mariage et les 3Iarionnettes ^ en cinq actes; les Filles à marier
et la Manie de briller, en trois, et les Ricochets en un acte.
Il est orné du portrait de l'auteur; mais l'éditeur avertit qu'ayant
été trompé dans J'exécution , il le fait recommencer , et le livrera
gratis, avec la dernière livraison. Celle-ci est la septième.
279. — Elrennes d'économie rurale et domestique pour l'an-
née 1822 , contenant des anecdotes , des morceaux d'agriculture ,
de morale, de médecine, de pharmacie, etc. Paris. Raynal, rue
Pavée-Saint-André-des-Arcs, n° i3. Un vol in-i8 de près de 200 p.
Prix, 1 fr. 25 cent., et 1 fr. 5o c. par la poste.
280. — Étrennes libérales, pour l'année 1822. Paris. Raynal, rue
Pavée- Saint- André-des- Arcs, n° i3. Un vol. in-16 de plus de 200 p. ,
imprimé sur très-beau papier et orné d'un joli portrait de M. Du-
pont de VEure. Prix ; 2 francs 5o cent. , et 5 fr. par la poste.
28i(*). — Description de l'Egypte. — Vingtième livbaisow. — Anti-
quités. Vol. lypL 66. Vue d'El-Kâb , l'ancienne Eléthya. — Vol. 1,
pi. 33. Cette planche est destinée à faire connaître l'escalier nilo-
métrique pratiqué à Éléphantine , derrière le quai du levant. —
Vol. i,pL 76. Six chapiteaux du portique d'Esné. — Etat moderne.
Vol., 1, pi. 18. Vue de l'emplacement du Vieux-Kaire, situé non
loin de l'ancienne Babylone, et de l'aquéduc qui porte les eaux
à la citadelle. — Histoire naturelle. — Mammifères , pi. 5. Deux
espèces de rats d'Egypte avec le hérisson.
— Vingt-unième LivaAisoii. — Antiquités. Vol. i,pl' 25. Vue d'une
partie des monumens de l'île de Philae, autrefois célèbre par le
tombeau d'Osiris. — Vol. ^, pi- 20. Cette planche est entièrement
consacrée au temple d'Isis à Philae. — Etat moderne. Vol. i,pl. 52.
Vue de la mosquée de Soultân Hasan*, située sur la grande place
au pied de la citadelle, et de tous les édifices du Kaire, le plus
beau et celui qui produit la plus grand effet. — Vol. 1, pi. 3i. Vue
de l'intérieur de la mosquée de Touloun, la plus ancienne du Kaire.
— Histoire naturelle.— Botanique , pi. 7. Deux espèces de scirpu?
et une espèce d'audropogon.
LIVRES FRANÇAIS. 537
— Vingt - DEtxikME livraison. — Antiquités. Vol. \^pl. 19. Bai-
reliefs.— Fo/. 1,77/. 12. Divers bas-reliefs de Vh\\x.~-État moderne^
Vol. 1 , pi. 36. Détails d'architecture de la mosquée de Soultân
Hasan. — Vol. i,pl. 46. Vue de la porte de secours, Bâ5 el nasT^
qui faisait partie de l'ancienne enceinte du Kaire. - Histoire nalw
relie. — Reptiles , pi. 7. Deux espèces de vipères et une couleuvre.
— ViNGT-TBOisiÈMB LiVEAisOR. — Antiquités. Vol. 1, pi. 44* Vue
d'Ombos. — Vol. 1, pi. 46. Restes des deux temples d'Ombos. —
Vol. 1, pi- 47* Carrières de Selseleh. — Etat moderne. Vol. i,pl.
1 5. Ensemble général des environs du Kaire. — Histoire naturelle.
Botanique , pi. 8, Plusieurs espèces de graminées.
282. — Bibliographie musicale de la France et de l'étranger, ou
Répertoire général systématique de tous les traités et œuvres de
musique vocale et instrumentale , imprimés ou gravés en Europe
jusqu'à ce jour; par M. Adrien L***. Paris, 1822. Niogret, rue de
Richelieu, n*» 65. i vol. in-S» de 800 pag. Prix, 7 fr. 5o c. pour les
souscripteurs, et 10 fr. pour les non-souscripteurs.
Cet ouvrage renferme, en outre, des articles biographiques sur
des artistes célèbres; deô disse 7-tations, des extraits des meilleurs
morceaux sur la musique , insérés dans d'autres ouvrages et jour-
naux étrangers ; des notices sur les compositeurs et les virtuoses les
plus célèbres des tems anciens et modernes ; des anecdotes relatives
à la musique et aux musiciens ; l'annonce, avec des renseignemens,
de tous les journaux de musique ou sur la musique, qui paraissent
à Paris, dans les départemens de la France et dans les pays étran-
gers ; des détails sur les nouvelles inventions , les instituts de mu- .
sique, les promotions_, etc. ; une hymne à l'harmonie et une ode
pour la fête de sainte Cécile, traduites de l'anglais, de Guillaume
Congrève et d'Alexandre Pope , avec un dictionnaire des adresses
de tous les compositeurs, professeurs, amateurs, facteurs et loueurs
d'instrumens, éditeurs et marchands de musique à Paris ; et un autre
dictionnaire des musici ns et amateurs dans les départemens.
Mémoires et Rapports de Sociétés savantes et (T utilité
publique.
283. — Séance publique de l'académie des sciences ^ belles-lettres
et arts de Besançon, du 24 août 1821. Besançon. De l'imprimerie
de V« Daclin. In-8« de 56 pagei?.
638 LIVRES FllANÇAIS.
Cette brochure contient d'abord le discours du président, puis
un rapport sur les prix proposés par l'Académie. Le sujet du con-
cours de 1821 était la question suivante ; Quelle a été, sous le
rapport des sciences, des lettres et des arts, Vinjluence de la réunion 1
delà Franche- Comté à la France^ Le seul mémoire envoyé, n'ayant
pas rempli les intentions de l'académie , ce sujet a été retiré.
L'effet des concours pour 1822 est de prouver : Combien le
principe de l'honneur a contribué à l'éclat, et à la véritable
sloire de la monarchie française. Le prix est une médaille d'or
de la valeur de 200 fr Les ouvrages devront être envoyés avant le
i«» juin 1822. L'Académie, considérant que le sujet du concours de
1823 exige des recherches multipliées, l'a fait connaître à l'avance ;
elle propose de montrer ce que la morale éuangèlique a ajouté
d'étendue et de stabilité à la morale la plus épurée de l'ancienne
philosophie.
Livres en langues étrangères imprimés en France.
284 (»).— API2TOTEAOY2 nOAITIKIlN TA ZnZOMENA,ete.
— Fragmens conservés de la politique d'Aristote ; publiés par M.
A. K. Paris, 1821. De l'imprimerie d'Eberhardt. Firmin Didot ,
père et fils, rue Jacob, n° 24. In-S" de 555 pages. Prix, i5 fr.
285. Grecian liberty, etc. — La Grèce libre, ode dédiée à S. M.
Alexandre I*', empereur de toutes les Russies , par M. TVilliam
Ddckext. Paris , 1821. Imprimerie d'Hocquet, rue du Faubourg'
Montmartre, n" 4*
286 (*). Apis romana. — Journal de littérature latine. Tome I.
Paris, 1821. Renard, rue Sainte-Anne, n° 71. In 12.
Ce journal , qui ne peut manquer de plaire à tous les amis de
la littérature ancienne et classique, se publie par cahiers de 48 pag.»
format in-12, qui paraissent régulièrement le i*"^ de chaque mois.
On s'abonne à l'adresse ci-dessus ; le prix de l'abonnement est de
8 fr. pour six mois, et de i5 fr. pour l'année. Les cahiers de no-
vembre et de décembre que nous avons sous les yeux renferment
plusieurs morceaux en prose et en vers, parmi lesquels on remarque
une épitaphe pour le jeune médecin Mazet, une notice sur M. Gue
fOult, des extraits d'une histoire de l'éloquence romaine.
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES
Eï LITTÉRAIRES.
AMÉRIQUE.
Nbw-Yobk. — Découvertes géographiques . — Les derniers journaux
américains contiennent quelques détails relatifs aux terres nouvel-
lement découvertes dans les mers antarctiques. Ils placent la
Nouvelle-Shetland méridionale au 62* degré de latitude sud et au
63* de longitude ouest. Le capitaine Daniel Clark , commandant
VHersilie^Zi pénétré jusqu'au &(î'' degré de latitude, où ila découvert
des terres qui s'étendaient plus loin vers le sud, sans qu'il pût en
découvrir les bornes. Ces terres, même en été, étaient couvertes de
glace et de neige, excepté dans certains endroits du rivage fréquentés
par les veaux marins.
Brésil. — Nouvelle-Helvétib. — FaiBouRc. — Extrait d'une lettre
écrite par un émigré suisse, datée du 2% janvier 1821.— Il y a près
de deux ans que j'ai quitté ma patrie. (Le district de Porentruy qui
fut enlevé à la France en 18 iS^ et réuni au canton de Berne; depuis
cette époque , l'émigration des habitans pour le Brésil a été consi-
dérable.) Nous sommes tous très-satisfaits du parti que nous avons
pris; nous sommes parfaitement traités. Le pays est riche et fertile;
la partie que nous habitons est entremêlée de hautes montagnes et
de belles vallées. Les forêts abondent en toutes sortes d'animaux ,
parmi lesquels il n'y en a point de dangereux. En arrivant à notre
destination , à Moroqueimado , nous trouvâmes des habitations très-
propres et très-commodes, préparées exprès pour nous. La Nouvelle-
Fribourg s'étend chaque jour davantage, et paraît destinée à devenir
un établissement considérable. Nos terres nous fournissent abon-
damment des légumes ; ceux qui réussissent le mieux sont les
haricots et les pommes de terre. La colonie se compose de cent
familles, qui comptent chacune quinze à dix-huit individus. Chaque
ferme ou portion de terre a environ jSo brasses (mesure de six pieds)
de longueur, sur 5oo brasse» de largeuf. Outre les fermes, on donne
des terres à quiconque en demande. L'air du pays est très-salubre ;
nous jouissons d'une parfaite santé, v.X supportons fort bien I«$
6À0 AMERIQUE.
grandes chaleurs, qui passent rarement trente dCj^rés. Une brise
fraîche rafraîchit l'atmosphère pendant une grande partie du jour.
La température n'est jamais froide. Il n'y a que deux saisons, le
printems et l'été. La qualité du sol est excellente ; il produit trois
fois plus qu'en Suisse , et exige infiniment moins de culture. Notre
principale nourriture consiste en pommes de terre , haricots , riz
vert ou sec, café, viande, etc. Les vins de Madère, des îles
Canaries, du Portugal, ne sont pas plus chers ici qu'en Suisse. Les
bruits que l'on a répandus dans les journaux européens sur la mortalité
des colons qui venaient s'établir ici , sont tout-à-fait dénués de fon-
dement. A la vérité, il y a eu, parmi les nouveaux arrivés, une sorte
de maladie épidémique, mais qui n'était que la suite inévitable
d'une fièvre- contagieuse dont plusieurs d'entre eux avaient été
atteints en Hollande ; des familles entières en ont été victimes. Au
bout de quelques mois de séjour en Amérique , les Colons ont vu
disparaître jusqu'à la trace de ce fléau. Nous ne saurions trop louer
la conduite vraiment paternelle du roi à notre égard. A notre arrivée
à Rio Janeiro, le 28 novembre 1819, ses commissaires vinrent nous
recevoir. Toutes les promesses qui nous avaient été faites avant
notre départ ont été scrupuleusement remplies. J'ai touché six francs
par jour, la première année, pour toute ma famille, ce qui faisait
vingt sous par tête. Maintenant, nous ne touchons que moitié de
cette somme ; mais cette diminution est compensée par d'autres
avantages. Un directeur et un inspecteur ont été nommés pour
maintenir l'ordre dans la colonie. On n'a eu jusqu'à présent qu'à
se louer de la manière dont ils remplissent leurs fonctions. L. S. B.
ASIE.
Ikdes ORIENTALES. — Sérampore. — Missïons chrétiennes. — Le sep-
tième rapport, publié dans cette ville, en décembre 1820, sur les
travaux des missionnaires, fait connaître le succès prodigieux qu'ont
obtenu les traductions des saintes écritures, 1» La cinquième édi-
tion du Nouveau Testament en langue bengalie, composée de cinq
mille exemplaires, qui a été imprimée il y a trois ans, est presque
épuisée, et à peine reste-t-il quelques exemplaires des différentes
parties de l'Ancien Testament. Les demandes continuelles des ha-
bitans ont rendu nécessaire de publier une nouvelle édition des
Écritures. Celte édition, qui sera la sixième du Nouveau Testament,
et la troisième des Psaunus , ot do quelques autres parties de l'An-
il
ASIE. 6A1
cien Testament, consistera en quatre mille exemplaires : on en tirera
en sus deux mille des évangiles. En faisant usage de nouveaux ca-
ractères d'une petite dimension, et en imprimant sur deux colonnes,
les missionnaires espèrent pouvoir réduire les cinq volumes qui for-
ment la Bible complète, en un seul d'environ i3oo pages, grand
in-8°, et en deux volumes ordinaires. Le Nouveau Testament formera
un volume in-12 d'à peu près 4oo pages. 2° Le dernier volume de
l'Ancien Testament, en langue sanscrite, fut imprimé, il y a envi-
ron deux ans. La première édition du Nouveau Testament a été
enlevée avec la plus grande rapidité,et l'empressement que montrent
les savans de l'Inde à se procurer cet ouvrage, a engagé les mis-
sionnaires à faire mettre sous presse une seconde édition de toutes
les saintes écritures.Elle sera également imprimée sur deux colonnes,
grand in-S», en un seul volume. On en tirera 2,000 exemplaires ; un
nombre égal d'exemplaires du Nouveau Testament sera tiré à part.
5* Le dernier volume de l'Ancien Testament, traduit en hindous^
tâny^ parut aussi il y a près de deux ans. L'édition du Nouveau Tes-
tament tirant à sa fin, et M .Chamberlain en ayant préparé une autre
traduction dans cette langue, qu'il connaît à fond, les missionnaires
ont résolu de publier dans leur nouvelle édition la traduction de
ce savant, au lieu de la leur. L'édition du Nouveau Testament, qui
est maintenant sous presse , se tirera à 2,000 exemplaires. 4° Toutes
les saintes écritures ont été, depuis long-tems, traduites dans la
langue d'Orlssa (i) : le succès a été partout le même; et les
missionnaires ne pouvant plus suffire aux demandes qu'on leur adres-
sait, en ont préparé une seconde édition de 4^000 exemplaires, dont
on a déjà imprimé plus de la moitié. 5» Le dernier volume de l'An-
cien Testament, en langue mahralte, qui complète les saintes écri-
tures, a été publié il y a plusieurs mois. On réimprime une seconde
édition in-12 du Nouveau Testament.
6» La traduction de la Bible en chinois est terminée depuis plu-
sieurs années. On imprime, avec addition du Nouveau Testament,
le Pentateuque, l'Hagiographe et les Prophètes. Les livres histo-
riques qui doivent compléter les saintes écritures sont sous presse,
et seront publiés dans le cours de l'année prochaine. 7" Outre le
(i) Côte orientale de la presqu'île, célèbre par la Pagode de
{itA Djagrenath, dont M. Langlès a donné la description dans son ou-
,,.| vrage sur les monumcns de l'ilindoustân.
Tome xii. 41
642 ASIE.
Nonveau Testament, le Pentateiique et les litres historiques ont ét«
imprimés en langue seykhe (i); et l'Hagiographe en est à la moitié
du livre de Job. On se propose de publier incessamment une se-
conde édition des évangiles. Aucun peuple, excepté les Mogs, qui
habitent sur les frontières de VArakhan^ n'ont témoigné un plus
vif désir de se procurer les saintes écritures , que les seykhs ; et les
missionnaires n'en ont pas distribué un seul exemplaire qui n'ait
été reçu avec joie, et lu attentivement. S» Chez les Pachtou on
Afghans j nation qu'on croit être descendue de l'une des dix tribus
juives (2), le Nouveau Testament a été imprimé, ainsi que le Pen-
tateuque jusqu'au Lévitique. 9° Le Nouveau Testament a été traduit,
il y a deux ans, en langue telinga ou télougou , et le Pentateuque
est imprimé jusqu'au Lévitique. Quand cette traduction sera finie ,
es missionnaires comptent en abandonner la distribution à la société
biblique de Madras. 10° Le Nouveau Testament a passé dans la lan-
gue honJcéna, il y a plus dix-huit mois; et le Pentateuque s'imprime
jusqu'au livre des Nombres. Comme cette province se trouve placée
immédiatement sous la surveillance de la société biblique de Bom-
bay, dès que l'impression du Pentateuque sera terminée, on aban-
donnera le soin de la traduction des autres écritures à la société de
Bombay, ii" Une édition du Nouveau Testament, en langue woich
ou moultâny, existe depuis dix-huit mois ; mais, comme les occa-
sions de distribuer cette traduction ont été fort rares , et qu'on a
peu d'espérance de pouvoir établir une mission dans cette province,
les missionnaires ont suspendu les travaux , jusqu'à ce que les cir-
constances leur soient plus favorables, et que leurs moyens pécu-
niaires soient aussi plus étendus. 12° le Nouveau Testament a été
imprimé, il y a deux ans, en langue à'acham ; le voisinage de ce
pays avec le Bengale rend une traduction complète très-nécessaire :
en conséquence , on vient de mettre sous presse une édition de
l'Ancien Testament, grand in-S», à double colonne. 1 3» Le Nouveau
(1) Les Seykhs sont une nation et une secte belliqueuse, établie
dans le Pendjab ; leur capitale est la ville de Lâhor. Voyez une
notice sur les Seykhs , par M. Langlès , à la suite de sa traduction
du Kojage du Bengale à JPétersbourg, par G. Forster.
(2) Cette conjecture de quelques savans , ou plutôt cette préten-
tion des Afghans a été réfutée par M. Elphinstonc, qui a prouvé
qu« les Afghans sont des montagnards autocthones.
.:|t3
AFRIQUE. 6AS
Testament vient d'tHre publié en langue gudjaraty du Giizarate ;
il forme un volume de 8 à 900 pages. Les missionnaires comptent
céder cette traduction à leurs confrères de la société des missions
de Londres, qui étudient maintenant ce langage^ afin qu'ils puissent
tourner tous leurs efforts vers l'étude des langues qui sont encore
Ignorées j ou imparfaitement connues par les missionnaires. 14° Le
NouveauTestament, en langue de Beykdnyr^ est également achevé ;
il contient 800 pages : il y a près de sept ans que cette traduction
a été commencée. i5° On peut encore ajouter à cette liste la tra-
duction du Nouveau Testament en langue du kacJunjr (Cachemire),
commencée il y a huit ans , et presque entièrement terminée. Outre
ces quinze langues dans lesquelles le Nouveau Testament a été tra-
duit , il y a six autres traductions qui sont déjà à moitié imprimées
dans les langues du Karnata, AnNeypâl, du Haratê -, du Mari-'âr^
du Bhaghlekend et d'OudJeïn^ dans dix ir.ois environ, elles auront
toutes paru ; et le" Nouveau Testament aura été publié en vingt et
une langues de l'Inde, qui sont les plus étendues et les plus impor-
tantes. L. S. B.
AFRIQUE.
Nubie. — MEnon. — T^qyage scientifique. — Extrait d'une lettre de
M, Fréd, CailliaudàM. Jomard^ datée de Sennaar, du n juillet
1821. — Je viens de recevoir votre lettre du ip décembre; par mes
précédentes , datées du village d'Assour , je vous faisais part de la
découverte de quarante pyramides; ily en a quarante-cinq dont j'ai
pu prendre les mesures. On y voit les traces d'une ville , les restes
d*un grand temple , et de deux autres plus petits , avec six sphynx-
lions , travaillés en grès. Les découvertes qui ont suivi celle-ci me
confirment dans mon opinion, que cette position est celle de Méroë,
que la presque île contenue entre le Nil de Bruce et la rivière At
ibara est vraiment l'Ile de Méroë des anciens. J'ai pu rester quatorze
Jours près de ces nombreuses pyramides, et y prendre beaucoup de
lans et de dessins des sujets hyéroglyphiques. Ces pyramides sont
[bien orientées ; toutes , à l'exception d'une seule , ont un petit
anctuaire situé à l'est. Partant de là, nous arrivâmes en un jour de
arche à Chendi; je trouvai l'armée sur la rive gauche du fleuve,
i trois quarts de jour de Chendi. Au nord de Wetbete Naga, sont
ncore quinze autres pyramides ; elles n'ont point de sanctuaire ,
Al *
6U AFRIQUE.
de pylOne , ni de bordures sur leurs angles, comme les précédentes;
elles égalent en grosseur les moyennes de ces dernîèreSé Après neuf
jours de marche depuis Chendi, nous arrivâmes à l'embouchure du
fleuve Blanc; nous étions les premiers Européens qui voyions ce
fleuve , dont Bruce était venu si près. Son embouchure est étroite,
et peut avoir quatre à cinq cents pas; mais, une demi-lieue plus au
sud, il s'élargit beaucoup ; ce fleuve, et non celui vu par Bruce, est
bien, je crois, la branche principale , et par conséquent le vrai Nil.
Je suis décidé plus que jamais à tenter de suivre ce fleuve , dé-
couverte la plus intéressante qui reste à faire ; serai-je assez heureux
pour aller jusqu'à sa source ? je suis encore loin de compter sur
la réussite d'un tel projet. La province d'el Aïze, sur le fleuve Blanc,
finit à la hauteur de Sennaar; elle est habitée par de pauvres pê-
cheurs musulmans ; mais au-delà, au sud, est un peuple païen que
l'on nous dit même antropophage, faisant usage de flèches empoison-
nées, etc. Nous avons déterminé la latitude et la longitude de Tem-
bouchuredu fleuve Blanc; j'ose croire que l'on sera content de nos ob-
servations, pour lesquelles nous ne négligeons rien.
Dans l'espace de trois jours , le pacha fit passer son armée sur le
fleuve Blanc, pour suivre sa route sur la presque île de Sennaar. Afin
de ne rien perdre des deux rives du Nil de Bruce, M. Letorzec con-
tinua sa route avec l'armée, et moi, je descendis sur une barque afin
de pouvoir m'arrêter sur la partie droite du fleuve. A une journée
au sud de l'embouchure du fleuve Blanc, je trouvai, sous le nom
de Sôba , une étendue immense de décombres en monticules de
débris de briques cuites, position incontestable d'une grande ville;
ce nom Sôba, donné aujourd'hui à ces ruines, a de l'analogie avec
celui de l'antique Saba, etc. Parmi les décombres, je ne trouvai
qc'un sphynx-lion en grès dur, pénétré d'oxide de fer, de style
égyptien. J'ai visité l'embouchure du Batte (Rahhad) et du Dender,
rivières qui viennent grossir le Nil. C'est par erreur que Bruce place
l'embouchure du Dender dans le Batte ; toutes les deux ont leur
embouchure dans le Nil. Toute la presqu'île, formée par le Dender
à l'est, et à l'ouest par le Nil de Bruce, porte aujourd'hui le nom de-
Gaba. — Je crois bien avoir trouve le véritable Ibis des anciens;'
il est très-commun dans l'île de Mcroë : j'en conserverai plusieurs
pour les plumes et pour les squelettes.
Ne soyons pas étonnes, si on a donné le nom de Méroë aux anti-
AFRIQUE. 6A5
quités du mont Barkal : une colonie a pu descendre là , après la
chute de Méroë.Deux Anglais et M. Frediani,qui ont vu ces antiqui-
tés un peu avant moi , se sont sans doute flattés d'avoir trouvé l'île
de Méroë , mais ils s'étaient trompés ; la vraie découverte de ce
lieu m'appartient , y étant arrivé seul quatorze jours avant l'ar-
mée, etc.
Je ne vous ai pas parlé, dans mes précédentes, des ruines d'églises
chrétiennes, abandonnées des Coptes; la mieux conservée est à
Dongola el Agouz , vieux Dongola. Sur la belle et riche île d'Argo,
sont les restes de trois autres églises, avec colonnes de granit,ioniques,
portant la croix grecque en ornement dans les chapiteaux; sur plus
de trente rochers qui forment les îles de la cataracte de Wolad
el Atfe (Wadi Halfa) , sont aussi des ruines chrétiennes. Dans la
province deChaguy, il y en a encore avec des colonnes de granit ,
même dans la province de Barbar et de Chendi.
Jusqu'ici, on peut compter quatre cataractes, celle à'Assouaut
celle de IVolad el Atfe qui ne finit qu'à la province de Socot, à Sj
lieues de Wolad el Atfe ; mais, dans plus de la moitié de cet inter-
valle, le Nil est beau et très-navigable. La troisième est à Hannèke,
à l'entrée du royaume de Dongola ; elle est très-petite. La quatrième
est dans la province de Chaguy; c'est la plus grande, elle a qua-
rante-cinq lieues d'une extrémité à l'autre ; dans les trois quarts de
l'espace, tout est rocher. Ces cataractes n'ont point de chutes re-
marquables ; ce sont de forts rapides , obstrués de toutes parts par
de gros rochers en granit noir, et en roche araphibolique et feld-
spathique, noire et verdâtre. Ismaïl pacha est parvenu à faire mon-
ter ses barques, au nombre de cent vingt, jusqu'à cette cataracte
où elles ont resté, vu les basses eaux; trois canges et huit petites
barques ont même pu franchir la cataracte, et monter le Nil jusqu'à
Sennaar. On peut regarder cela comme un grand effort. Aujourd'hui
que le Nil a beaucoup augmenté , nous attendons les grandes
barques.
A l'extrémité de cette cataracte, dans la province de Rabatate,
pendant les basses eaux, il y a une nappe d'eau qui a trois mètres
de chute, occupant les trois quarts de la largeur du Nil; les deux
plus forts rapides sont à Gebel Môli, et Râs el Kelb; elle est située
dans le coude que fait le Nil dans le nord et nord-est. Nous devon»
6A6 AFRIQLE.
rendre un juste hommage à d'AnvUle , dont la carte était la plus
exacte.
C'est ici que, .depuis mon départ d'Europe, j'ai vu la première
montagne couverte de bois et de verdure; elle a quatre cents pieds
environ de hauteur; l'œil, fatigué par l'aspect sauvage des montagnes
d'Egypte, se repose avec plaisir «ur cette verdure ; la présence des
pluies , le ciel couvert, le tonnerre qui gronde, tout vous rapproche
de l'Europe. Quel contraste avec les montagnes arides et brûlantes
de l'Egypte, de la Pfubie et des déserts environnans, où l'oeil n'aper-
çoit pas la plus petite végétation 1
Nous entrons dans la saison des pluies, qui dure , dit-on , trois
mois. Déjà , nous avons eu beaucoup de forts orages ; la foudre est
fréquente. Nous allons passer cette saison ici, où il n'y a rien en
antiquités, et je désespère d'en trouver plus haut. Les limites des
pluies ont été placées beaucoup trop dans le sud. Les véritables li-
mites peuvent être fixées sous le dix-huitième degré 4o' 5 province
de Rabatate, et non sous le seizième, comme Ta fait Bruce.
Ismaïl pacha, avec trois mille hommes, a fait trembler tout le ;
pays qui s'est rendu sans résistance , même le royaume de Sennaar; •
il n'y a eu que quelques petites escarmourches dans plusieurs village»
qui n'avaient pas encore vu l'armée.
Relativement à ce que disent les journaux, que la statue de Mem-
non a fait retentir des sons , ce n'est qu'une pure histoire de quel-
ques voyageui's, à moins que le fait n'ait eu lieu f ce que je ne crois j
pas) depuis mon départ d'Egypte.
Remarques sur la lettre précédente.
La position de Méroë est restée jusqu'aujourd'hui tout-à-fait in-
connue. On avait seulement une idée vague de la situation, de l'île
du même nom, à cause de l'analogie du nom de la rivière Athara^
avec celui de VAstahoras, qui, selon les Grecs, entourait l'île, ou
plutôt la presqu'île de Méroë. Quant à la capitale , on la plaçait en
dix lieux diUérens , situés à une grande distance l'un de l'autre.
Tout récemment encore, des voyageurs anglais et italiens , séduits
par la ressemblance des noms , avaient placé Méroë à cent lieues
au-dessous de son véritable emplacement. Cependant, il importait
de découvrir le lieu précis qu'occupait cette grande ville , jadis le
siège d'un empire florissant, en un mot, une autre Thèbes, ignorée
AFRIQUE. 6A7
des modernes. Celte décQuveite n'est plus à lairc, et c'est ua Fran-
*;ais à qui nous en avons l'obligation. M.Cailliaud est parvenu, le
a5 d'avril, aux ruines d'Assour,vestiges considérables d'une ancienne
ville, située sur la rive droite du Nil , vers le i6<» 53' de latitude.
Malgré l'absence du nom, je regarde ces ruines comme étant, sans
nui doute , les restes de l'antique Méroë. La lettre du 1 1 juillet
qu'on vient de lire prouve que M. Cailliaud en est maintenant con-
vaincu ; jusqu'à cette époque, il avait , ainsi que les voyageurs dont
j'ai fait mention , supposé cette ville à Merawe , au pied du mont
Barkal, au-dessus de Dongolah.
Une découverte, peut-être encore plus intéressante , est celle du
cours du Bahr el Abyad (ou le fleuve Blanc), branche principale du
Nil qui , d'après les renseignemens des anciens et les relations de
Lenoir du Roule et de Browne , vient de l'ouest de l'Afrique , et
non pas de Test, comme Bruce l'avait imaginé. Jusqu'à présent ,
rien, dans la marche de M.Cailliaud, n'est contraire à cette position
des sources du Nil; mais, pour résoudre ce grand problême , il lui
faudra quitter l'armée égyptienne, et marcher seul au milieu de
peuplades inconnues et sauvages. Le pays qu'il doit parcourir est
totalement inconnu; aussi, non seulement son voyage procurera des
notions nouvelles sur la direction de ce grand fleuve et de ses
afiluens , sur la constitution physique et les productions du pays
qu'il arrose, mais encore on connaîtra les peuples qui habitent ses
bords , leurs mœurs et leurs usages, leurs relations avec l'Afrique
intérieure; et, à l'aide de ces premiers renseignemens, on aura, par
suite, des données sur le Niger et les autres rivières qui traversent
ce grand continent, à la hauteur présumée des sources du NU. Au
reste , cette voie m'avait toujours paru, ainsi qu'à d'autres voyageurs,
la plus directe pour parvenir à la connaissance du centre de l'Afrique ;
elle serait même la plus sûre , si l'on s'associait à la marche des ca-
t-avancs qui, de tems immémorial, partent de ces régions pour se
rendre en Egypte.
Les ruines considérables de Soba , trouvées par le zélé voyageur,
à un jour au sud de l'embouchure du Bahr el Azraq (bu le Nil Bleu),
dans le Nil Blanc , sont très-probablement celles de Saba que les
anciens placent de ce côté. Mais je pense, avec plusieurs géographes»
qu'elles n'ont rien de commun avec le pays de Saba, dont une reine
«utretiût des relations de commerce avec la Judée , au tem» de
CAS AFRIQUE.
Salomon. Celte ville était près de la mer, et on l'y trouve encore
gous le même nom. Il en est de même , sans doute, de la presqu'île
de Gaba, située entre le Nil Bleu et le Dender, et dont le nom a
du rapport avec celui de Gaba, contrée de la Syrie : cette ressem-
blance est fortuite. Il n'en est pas moins extrêmement remarquable
que le caractère et le style des sculptures des ruines de Saba
soient encore, à cette distance reculée (35o lieues), les mêmes qu*en
Egypte ; on y trouve aussi des colosses et des figures d'animaux
chimériques.
A l'égard de la découverte de l'Ibis, dont il est question dans la
lettre précédente, elle appartient à M. Savigny, qui a trouvé l'oiseau
vivant en Egypte, et qui l'a comparé le premier à l'Ibis embaumé
dans les catacombes, et à l'oiseau sculpté sur les monumens ; son
ouvrage est un modèle en ce genre.
Il paraît, par la lettre de M. Cailliaud, que les temples des chré-
tiens ont été , à une certaine époque, très-nombreux, et fréquentés
par toute la Nubie, depuis Syène jusqu'à Chendy, c'est-à-dire dans
un espace de 3og lieues, le long du Nil; aujourd'hui, presque toutes
ces églises chrétiennes sont abandonnées totalement.
La géographie des cataractes du Nil va changer entièrement par
les observations de M. Cailliaud. On plaçait, au-dessus de Syène, à
5o et à loo lieues, des chutes d'eau considérables; mais, jusqu'à
Dongolah, et même jusqu'à Sennaar, on ne trouve rien de semblable.
A quel point faut-il donc chercher ces cataractes bruyantes, impé-
tueuses, dont les relations des auteurs sont remplies? Faut-il croire
que le tems a détruit les rochers qui étaient la cause de ces im-
menses chutes d'eau, ou bien que les anciens récits sont de pures
fictions?
M. Cailliaud n'espère pas trouver des ruines au-delà de Sennaar ;
cependant, il ne faut pas imiter l'exemple du voyageur Burckhardt ,
qui , ayant vu un temple à Soleb , limite de son premier voyage,
avança qu'au-delà il n'existait plus de temple dans le style égyptien.
Une assertion plus certaine (et qui est importante pour la connais-
sance physique du globe) est celle qui regarde la limite des pluies.
Bruce avait fixé cette limite à 16" de latitude, ou plus de 60 lieues
trop au sud. M. Cailliaud a reconnu qu'elle s'étendait jusqu'au-delà
du pays de Berber, vers le 18° 4o\
JoHAao, membre de Vlni>iitui.
6A9
EUROPE.
ILES BRITANNIQUES.
— Ile de Man. — Squelette fossile. — Il y a quelques mois que
des ouvriers, creusant une marnière dans cette île , découvrirent
un squelette de l'élan, qu'on croit originaire de l'Irlande. Ces ossc-
mens fossiles, qui sont les plus beaux de cette espèce qu'on ait
trouvés dans ce pays , ont été déposés au muséum de l'université
d'Edimbourg. C'est au zèle du duc d'AthoIl, pour les progrès des
sciences dans sa patrie , que la capitale de l'Ecosse doit ces restes
curieux.
LoMDaEs. — Médecine. — Préseruatif contre la peste. — La Chronique
littéraire cotiiienX la note suivante : a A une époque où l'épidémie
la plus terrible fait de si funestes ravages en Espagne, on n'apprendra
pas sans intérêt que les docteurs Aubunet Lafont, médecins à Cons-
tantinople et à Salonique , ont découvert depuis peu que la vaccine
est un préservatif certain contre la peste. Sur six mille adultes
vaccinés par eux, aucun ne fut atteint par la contagion : des en-
fans à la mamelle , qui avaient été vaccinés , continuèrent à
prendre impunément le sein de leurs mères, déjà attaquées de la
peste. Un médecin italien, qui étudie en Turquie les symptômes
de cette horrible maladie, s'inocula le virus de la peste , pris sur
le cadavre d'une personne qui en était morte ; il se fit ensuite
vacciner et ne fut nullement malade, quoiqu'il se fût mis plusieurs
fois en contact avec des pestiférés dans les hôpitaux. »
. N. J5. Il a déjà été fait mention de ces expériences dans la
Revue (T. VIII, p. 190.)
Déjà, le docteur Vally, avant d'être attaché en qualité de mé-
decin à l'armée française en Italie , s'était rendu à Constantinoplë
pour faire des expériences sur les moyens propres à préserver de
la peste ; il mélangea du virus vaccin avec le pus d'un bubon do
pestiféré et s'inocula ce mélange ; il survint un bouton d'une nature
particulière qui, selon lui, devait garantir de la peste ^ et il se
disposait à continuer ses expériences, lorsque des circonstances
imprévues le forcèrent de quitter précipitamment Constantinoplë ,
où jamais il n'eut l'occasion de retourner. Ce médecin philantrope
étant allé depuis en Amérique pour constater la contagion de 1»
fièvre jaune, est morty victime de ce terrible fléau, avant d'avoir
650 EUROPE.
pu l'observer. 11 s'était dévoué volontairement pour aller étudier
les moyens de le combattre, sur le tbéâtre même de ses ravages.
— Nouvelles lampes. — Ces lampes sont alimentées par l'huile
empyreumatique que dépose le charbon qui sert à faire le gaz. Elles
répandent: une lumière très-vive, quoique bleuâtre. L. S. B.
— Société pour rétablisse ment d'une paix universelle et perma-
nente.— Dans le cours de l'année 1816, quelques hommes distin-
gués par leur sièle pour le bien, pensèrent que le moment était venu
id^établir en Angleterre une' société, dont le but serait de tra-
vailler à faire régner la paix entre toutes les nations. Ne s'arrêtant
jamais aux difficultés qu'ils rencontrent dans leurs bienfaisans
efforts, ils choisirent l'année i8i6 pour commencer leurs travaux,
parce qu'alors les débats, qui depuis si lo'ng-tems ensanglantaient
l'Europe, venaient d'être suspendus , parce que les peuples avaient
encore présens à l'esprit les horreurs d'une guerre à laquelle presque
tous avaient pris part, et que partout on commençait à recon-
naître combien la gloire des armes- est trompeuse , et combien ses
illusions sont promptes à se dissiper. Les travaux de cette société,
qui n'ont pas tardé à acquérir plus d'importance qu'on eût osé
l'espérer, consistent principalement à répandie des brochures , afin
de prouver, par des faits et dés discussions, que la guerre est en op-
position avecles principes du christianisme, les intérêts des hommes,
et à indiquer les meilleurs moyens pour mettre un terme à s^s
ravages. Un article des statuts porte que la société ne bornera pas
ses travaux aux- intérêts nationaux, mais qu'ils devront franchir
les divisions géographiques et s'étendre au monde entier. Toute
personne convaincue que la guerre est condamnée par les principes
du-christianisme , et qui veut travaillera convaincre les hommes de
cette vérité, peut devenir membre de la société. J'ai sous les yeux
cinq brochures anglaises qui ontété publiées par les soins de cette
nouvelle association j toutes présentent de l'intérêt , et se f«xx)nt lire
avec plaisir, même par les personnes qui i-estent étrangères aux tra-
vaux de la société de la Paix. La plupart de ces brochures sont à leur
troisième ou quatrième édition. La première ^st en grande partie
réimprimée, d'après un ouvrage américain. Voici son titre : Revue
sérieuse de l'art de la guerre ^ faisant voir qu^ii tend à asservir les
peuples, et sur les moyens propres à mettre fin à ses ravages : ce
sont principalement des réflexions de morale , présentée^ avec as»tjt
EUROPE. 651
d*él(igance ; l'auteur s'appuie surtout de l'exemple de» quakers, qui
gouirernent la Pensylvanie, pour faire voir qu'on peut régner par la
douceur, mieux encore que par la force. Le n" II est une lettre,
écrite pour démontrer que l'usage de la guerre ne s'accorde pas avec
les enseignemens de Jésus-Giirist. On rencontre quelques idées ori-
ginales dans cette discussion d'une vérité si facile à établir. Sou au-
teur est M. J. Scott. Serait-ce le même écrivain qui publia ce fa-
meux ouvrage sur la France , rempli de tant d'erreurs, empreint de
tant de préjugés nationaux , et qui n'a pas même trompé le public
anglais. Le n° III nous offre un tableau fort remarquable de témoi-
gnages des principaux pères de l'église , contre la légalité de l'art mi-
litaire. Le célèbre philantrope, M. Clarkson , y a rassemblé une foule
de citations de Tatien, deTertullien,de St. Cyprieu,de Lactance,de
St. Irénée, de St. Justin et de beaucoup d'autres écrivains des premiers
siècles, qui s'accordent à faire voir que, tant que le christianisme a
conservé son état de pureté première , ses principes interdisaient for-
mellement l'état militaire. Le n» IV nous donne des extraits asseï
étendus des écrits d'Erasme sur la gueire ; on y remarque surtout un
fragment d'une de ses lettres à François I»"^, où il parle à ce prince
belliqueux avec l'indépendance d'un vrai philosophe. 3e ne dirai rien
de la cinquième brochure ; on y a réuni des passages détachés de
l'ouvrage du capilaïae Labaume , sur la désastreuse retraite de Mos-
cou. Ces tristes détails ne sont que trop coanus en France ; mais les
affreux récits que la société de la Paix a accumulés dans un petit es-
pace, font voir sous un jour bien terrible l'intrépidité de nos soldats,
et les efforts héroïques du courage trahi par les élémens et par la
fortune. — Ces petits écrits ont de i6 à 24 pages , et se distiibuent
pour le prix modique de aocent. Il existe des sociétés analogues dans
les principales villes de l'Angleterre; en Amérique, la société de la
Paix de Massachussets se fait remarquer par l'étendue de ses travaux
et le zèle de ses membres. La société de la Paix de Londres publie
encore un journal, dont nous voudrions pouvoir faire une mention
plus détaillée. Des mémoires originaux , des analyses choisies, des
extraits d'ouvrages , des morceaux de poésie , les procès-verbaux de
ses séances et des sociétés analogues, forment la matière de cet in-
téressant recueil , intitulé : le Hérault de la Paix; il présente beau-
coup de variété, et souvent même des pièces fort curieuses. A côté
d'un extrait des Mémoires de SulJy , on y trouve un éloquent discours
652 EUROPE.
d'Edmond Burke, sur les ravages de la guerre. Dans les morceaux de
poésie, j'ai remarqué une charmante romance, appelée la Bataille
de Blenheim, par M. Southey ; elle est pleine de grâce et de philo-
sophie. En résumé, les travaux de la société de la Paix méritent l'ap-
probation de tous les amis de l'humanité. Il y aurait mauvaise grâce
à dire aux personnes qui l'ont établie , que leur plan est presque
impossible à réaliser , parce qu'ils répondent aussitôt que leur de-
voir est de l'entreprendre, et certainement il y a quelque chose de
sublime dans cette obstination à faire le bien , malgré la grandeur
de l'entreprise et les difficultés du succès. Chakles Coquerel,
Depiford. — Obélisque égyptien. — On a débarqué dans cette
ville l'obélisque de granit rouge qui a été apporté pour M. Bankes le
jeune. Il avait été transporté de l'île de Philœ sur les confins de la
Nubie, à Alexandrie. Ce monument est d'autant plus intéressant,
que c'est le premier de ce genre qui ait été apporté en Angleterre.
Déjà les artistes sont allés le dessiner pour en faire des gravures. On
a présumé qu'il fournirait les moyens de découvrir le sens des carac-
tèrps hiéroglyphiques, attendu que l'inscription grecque qui est sur
le piédestal, et qui porte que son érection a été commencée sous Pto-
loméeet Gléopâtre,il y a près de deux mille ans, a peut-être du rap-
port avec les hiéroglyphes, dont l'obélisque est couvert sur ses
quatre faces. Cet obélisque a vingt-deux pieds de hauteur , et ses
faces deux pieds de largeur à la base. L. S. B.
RUSSIE.
SAiNi-PÉTEasBouBG. — Académie impériale dessciences. —Mémoires
lus dans les séances de septembre et d'octobre i8ao. — i" Traité inti-
tulé : Eupraxia, fille du grand duc Vsevolod, épouse de l'empereur
Henri ly ; par Katc. — 2° Observations météorologiques ; par Pk-
iBOF. — S® Sur le Lynkurium des anciens; par Kolleb. — Tableau
moral de la Russie au dixième siècle ; par l'ambassadeur Ibn-
Foselan Muhadessi , géographe arabe, qui vivait au commen-
cement du quatrième siècle.
MoscoD. — Société biblique. —Dans la dernière séance de cette so-
ciété , le président a présenté à l'assemblée l'édition qui vient
d'être faite de la Bible en grec ancien, ainsi qu'une traduction po-
lonaise du Nouveau Testament; l'une et l'autre édition ont élé tirées
à 10,000 exemplaires.
i
u
I^UROPE. 655
SA.im-VÉTEU^oviG.—'U'ne société française de bienfaisance s'est
formée , il y a deux ans, dans cette ville , sous les auspices de l'ambas-
sadeur de France , et à Pexemple des autres nations qui font partie
de la population de Saint-Pétersbourg. Cette société , qui a pour
but de venir au secours des Français malheureux , a été noblement
encouragée par la nation russe.
Littérature. — Si l'on en juge par le nombre d'ouvrages publiés en
Russie, depuis le commencement du siècle, la littérature russe a
fait de rapides progrès. En vingt ans , il a paru huit mille volumes,
tandis que, pendant tout un siècle, depuis 1700 jusqu'à 1800, on
n'en a imprimé que trois mille. On compte aujourd'hui trois cent
cinquante auteurs russes vivans, dont la plupart sont,ainsi que leurs ou-
vrages , inconnus à une grande partie de l'Europe. L, S. B.
DANEMARCK.
CoPBNHAGUE. — Littérature, — Une jeune fille, âgée de onze à douze
ans et nommée Virginia Chrisliana Lundy donne des preuves,
vraiment étonnantes, d'un génie précoce. L'année dernière, elle
a publié un tableau de famille intitulé : Clotilde , ou Deux pour un-^
depuis peu, elle a mis au jour un second ouvrage dont le titre est;
L'infidélité découverte. Ces deux livres ont beaucoup de lecteurs ,
surtout parmi les dames. Ph, G— Y.
ALLEMAGNE.
BAVièaE.^LANDSHUT. — Minéralogie. — Le baron de Schiitz , connu
par la manière distinguée dont il a, depuis cinquante ans, dirigé l'ad-
ministration des mines, vient de faire don, à l'école de cette ville,
de sa belle collection de minéraux , composée de 2,0 18 morceaux
rares et précieux , parmi lesquels les fossiles sont en grand nombre.
Cet estimable savant , animé par l'amour du bien public , a joint
à ce riche présent celui d'une partie de sa bibliothèque. Ph. G — Y.
— Munich. — Agriculture. La fête centrale de l'agriculture a été
célébrée , le 7 octobre dernier , aux environs de cette ville. Les pro-
priétaires et les cultivateurs qui, pendant le cours de l'année,
avaient contrihué le plus efficacement à l'amélioration de la race
des bestiaux, ont reçu des prix, qui ont été distribués par le ministre
de l'intérieur. Les plus beaux bestiaux , les objets d'agriculture les
plus utiles ont été exposés. Le roi de Bavière et sa famille , le roi
6SA EUROPE.
de Wurtemberg et une population immense ont assisté à cette fête
vraiment nationale.
BoxN. — Le Journal de Vuniversité paraît toujours avec un égal
succès. On vient de donner au public le IV* cabier du premier
volume ; voici les titres des articles les plus intéressans qu'il ren-
ferme : 1° De rhonneur, par Windiscbmann; 2° iTilroduclion à
r étude de la république de Platon^ par Delbruck,* 3o Examen
d'un squelette fossile ^ trouvé dans le cercle de Clèves ^ par Dal-
ton ; 4» de la Musique des Grecs , par Munscbow ; S'' Dissertation
critique sur un passage deTzeiès^ relatif à Hésiode , et sur plu-
sieurs endroits de Callimaque ; 6» enfin, Chronique de Vuniver-
5îVé,<?e 1819 à 1821. Ph. g.— y.
,Bebun. — Extrait delà gazette des théâtres et de la musique,
rédigée par M, le docteur Aug. Kchn; N° du \*^ décembre dernier,
c ia Théorie de la musique^ publiée dernièrement, à Paris, par
M. deMomigny, a déjà obtenu en Allemagne une attention par-
ticulière; l'examen a fait reconnaître que les bases en sont posées
avec beaucoup de profondeur et de sagacité. Nous pensons que la
traduction de ce grand ouvrage serait d'autant plus désirable , que
son auteur est à la fois praticien et tbéoricien, comme il l'a prouvé
par les exemples renfermés dans son livre , et par ses quatuofs qui
ont un grand succès à Berlin. »
SUISSE.
Canton i>e Genève. — "Nouveaux insirumens de phjysique.~'Dan&
la session de la société helvétique des sciences naturelles ^ qui a eu
lieu, cette année , à Bâie , M. le professeur Pictet a présenté à l'as-
semblée , au nom de M. Alexandre-François Selligue, mécanicien
et ingénieur-opticien , de Genève, les dessins de deux instrumens,
imaginés et exécutés par cet habile artiste ; l'un , sous le nom de té-
lémètre, et destiné à la mesure des distances par une seule station ,
au moyen de deux lunettes, assemblées parallèlement aux deux
extrémités d'une traverse commune ; au foyer de l'une estunmécro-
mètre à vis, qui mesure l'angle parallactique. Cet appareil, à ce
qu'il paraît, ne diffère de ceux du même genre , déjà connus, que
parce que, dans ceux-ci, l'angle est mesuré par le mouvement
donné à l'une des deux lunettes, tandis que dans celui de M . Selligue,
elles demeurent parallèles, ce qui en rend l'usage plus sûr.
EUROPE. 655
Le second appareil est destiné à faire les fonctions de baromètre ;
c'est une sorte de balance qui indique avec précision les change-
mens de poids d'un mfime solide, selon que le volume constant
d'air qu'il déplace est plus ou moins dense, densité qui (si elle est
rigoureusement proportionnelle à la pression ) peut indiquer celle-
ci , et par conséquent l'effet barométrique cherché. Une disposi-
tion mécanique particulière rend sensibles à l'instrument les plus
légères différences de poids , et leur résultat barométrique est
indiqué par une division qui y est adaptée. M. Selligue a obtenu
du roi de France un brevet d'invention de cinq ans pour le premier
de ces instrumens. Ce même artiste vient également d'obtenir un
brevet d'importation et de perfectionnement de dix ans, pourune
presse à mouvement continu, ptopre à imprimer des deux côtés,
et mue par une machine à vapeur.
— Observatoire. — Voici quelques nouveaux détails ( voy. ci-dessus,
Tom. XI, p. 419) sur notre observatoire, réparé, ou plutôt recons-
truit presque à neuf, en 1820, aux frais de la ville. On y a pratiqué
une terrasse, au milieu de laquelle s'élève une tourelle à toit tour-
nant, destinée à recevoir un cercle répétiteur, de la construction
la plus perfectionnée. L'observatoire de Genève est un de ceux
de l'Europe dont la position en latitude et en longitude est la plus
exactement déterminée. Elle l'a été, astronomiquement, par un.
grand nombre d'observations d'éclipsés de satellites et d'occulta-
tions d'étoiles; et , géodésiquement , par les travaux de MM. Henri
et Delcros, géomètres français, qui l'ont lié avec Strasbourg et
Paris en le comprenant dans leur grande triangulation orientale.
Saint-Gall. — La société d^agriculfure cantonna le s'est assemblée
le 4 avril. La séance a été ouverte par un discours, dans lequel le
président a donné un aperçu de l'état agricole du canton ; il a en-
suite félicité sa patrie de ce que la réunion de tant d'agronomes
zélés lui assurait, pour l'avenir, une partie des avantages que le
canton de Berge retire des établissemens d'Hofwyl , de celui de
Zurich et de la ferme-modèle de Blâsihof. Il a été arrêté , entre
autres , de continuer les essais faits jusqu'ici sur l'emploi de la ver-
Idure du chanvre de Russie , de la betterave et de différentes espèces
|de trèfle, dont l'utilité , pour la nourriture des bestiaux , est encore
[peu connue. Le pétit-conseil a alloué à la société vingt-cinq louis,
656 EUROPE.
applicables à des achats de graines , ainsi qu'à rencouragement de
Tagiiculture.
— Exposition el concours d'instrumens aratoires et économiques.
— Le perfectionnement de l'agriculture et de réconomie rurale
tient , en partie , au choix et à la construction des outils et instru-
mens employés par les cultivateurs. Aussi, la classe d'agriculture
du canton, dont le zèle se signale tous les jours davantage, s'est-
elle empressée , pour obtenir l'amélioration de nos iustrumens d'un
usage plus journalier, de se procurer les dessins de la collection
d'outils et d'instrumens, sortis des presses de M. de Lasteyrie : ce
recueil a été mis immédiatement à la disposition des ouvriers
disposés à en exécuter d'après ces modèles. La classe ne s'en est
pas tenue là; et, jugeant que le moyen le plus propre à hâter ce
genre d'amélioration serait de fournir aux agriculteurs la facilité
de voir réunis, dans le même local, les divers outils et instrumens
qui se fabriquent ou se vendent dans le canton; comme aussi de
leur faire connaître les instrumens nouveaux , ou non encore intro-
duits dans le pays , et dont l'adoption pourrait abréger ou perfec-
tionner leur travail ; la classe, disons-nous , s'est décidée à ouvrir ce
concours dès cette année. L'exposition a eu lieu du 16 mai au 16 juin,
dans l'orangerie du jardin de botanique, elle ne devait d'abord
durer que dix jours ; mais la classe , ayant reçu d'Hofwil quelques
modèles des instrumens aratoires de M. de Fellenberg, a jugé conve-
nable de prolonger cette exposition pour les y ajouter. Ce premier
fessai n'a pas entièrement répondu aux vues qu'on s'était proposées;
mais, tout incomplète qu'était l'exposition, elle a cependant pré-
senté quelques résultats utiles. Divers instrumens , peu connus dans
notre canton , et d'autres qui ont atteint un degré de perfection
inconnu jusqu'ici , ont été soumis à l'attention publique : tels sont,
par exemple, les appareils de M^'*^ GeruaiSj pour la vinification
{Voy, ci-dessus, p. 607); le Z^a^Mewr, ou instrument destiné à enlever
aux vignes une bague d'écorce , pour assurer la production du fruit,
et le semoir perfectionné, c'est-à-dire simplifié par notre habile
constructeur d'instrumens aratoires, M. Charles. Machet ^ de Lancy.
Le comité de la classe, voulant récompenser le zèle et l'intelligence
avec lesquels cet artiste distingué s'est consacre au perfectionne-
ment des instrumens applicables à nos localités et a cherché à les!
EUROPE. 659
populariser dans notre canton , lui a décerne la grande médaille
d'argent de la société pour f avancement des arts^ dont la classe
d'agriculture est une section.
Genève. — Enseignement mutuel, — Cette méthode continue à
se répandre de plus en plus dans ce canton. M. le ministre VuUie-
mos,qui dirige depuis deux ans, avec distinction^ l'école établie dans
le quartier de Saint-Gervais, vient d'appliquer avec succès la mé-
thode lancastérienne à l'enseignement de la géographie et de la sphère .
On espère qu'il publiera incessamment son travail.
Canton de Balb. — Nécrologie. — M.Pierre Ochs, conseiller d'état,
l'ami d'Isaac Iselin, son élève et son successeur dans les affaires pu»
bliques comme dans les sciences, est mort à Bâie le 19 juin dernier,
à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Doué de dispositions naturelles très-
étendues, et riche de vastes connaissances acquises par un travail sou-
tenu , il mérita de bonne heure l'estime de ses compatriotes et la
réputation de l'un des premiers hommes -d'état de la Suisse. Son
coup d'oeil prOmpt et son excellent jugement lui firent aisément dé-
couvrir la source et l'étendue des vices qui entachaient diverses ins-
titutions nationales. Pénétré de douleur à cette découverte, il s'oc-
cupa avec zèle de tirer , de l'histoire de son pays , des règles de con-
duite et de prévoyance, propres à remédier au mal. Si la facilité
avec laquelle il se livra alors à des espérances chimériques mérite
quelque blâme, il n'en est pas moins vrai de dire que tous les repro-
ches qui lui ont été adressés sur la part qu'il prit à la révolution de
la Suisse sont loin d'être fondés. Tout homme impartial, qui lira at-
tentivement la dernière section de son Histoire du pays de Baie
(Geschichte der landschaft Basel), sera frappé du ton de franchise,
de modération et de sincérité , avec lequel il parle de sa conduite , à
cette époque mémorable. Il a laissé divers ouvrages , mais celui que
nous venons de mentionner suffirait pour assurer sa réputation comme
historien , si celle-ci ne reposait pas déjà sur d'autres travaux non
moins recommandables. Nous avons rendu compte de deux volumes
de cette histoire (Tom. VI, pag. 164 et Tom. X, pag. 677), dont
l'achèvement a occupé tous les momens de loisir de ses dernières
années : l'impression se poursuit maintenant sans relâche , et nous
nous empresserons de rendre compte à nos lecteurs des nouvelles
livraisons , dès qu'elles seront publiées. A. S.
TOMB XII. A2
66Ô EUROPE.
ITALIE.
BoYAVMB DE Naples. — Météore. — On trouve, dans le Journal JEnçy-^
clopédique de Naples (1821 , n°» I et II), la description d'un météore
extraordinaire qui s'est fait voir, le 29 novembre 1820, dans plusieurs
endroits du royaume de Naples, et surtout à Lecce. Une explosion sem-
blable à un coup de pistolet, et suivie, quelques înstans après, d'une
autre plus forte encore , l'annonça vers les sept heures du soir. Il dé-
crivit, avec un sourd mugissement, une parabole du nord au sud,
laissant derrière lui un sillon de lumière flamboyante, et disparut
après une dernière explosion. On a cru le voir tomber dans la Médi-
terranée, près de la Calabre. Il semble que Lecce ait été son foyer,
parce que c'est là qu'il a fait le plus de bruit. Dans ce cas, ce qui se-
rait plus remarquable, c'est qu'à Naples , c'est-à-dire à la distance de
3oo milles ( 100 lieues) , la lumière fut si vive , qu'elle éclaira toutes
les rues de cette ville de la même manière que le soleil à midi. Ce
phénomène a duré près de trois minutes.
— VisDVK. — Après la dernière éruption du Vésuve, dans la plaine qui
circonscrit son cône volcanique, se sont formés six autres cônes, plus
ou moins profonds. Un d'eux s'élève de près de 60 pieds, et a un péri-
mètre d'environ 200 pieds ; un torrent de lave très-fluide et très-ar-
dente le traverse en dessous. C'est dans le cratère de ce cône qu'un
)eune officier français , M. Louis Coutrel , s'est précipité , le 1 1 janvier
1821 , pour mettre fin à des jours empoisonnés par l'ennui. On trouve
des détails sur ce sujet dans un mémoire lu à l'académie des sciences
de Naples , par M. Monticelli , son secrétaire.
SiciLB. — Géologie. — Parmi les observations que M. Brocchia faites
dernièrement sur les diverses formations des roches de la Sicile , il en
est une qui mérite une attention particulière. Sur le mont Fellegrino,
près de Palerme , il a remarqué, à différentes hauteurs, des trous
dont la forme prouve qu'ils ont été l'ouvrage du mytilus lithophagus;
ils sont souvent réunis en si grande quantité^ qu'ils ressemblent aur
alvéole?! d'une ruche ; on en trouve jusqu'au sommet de la montagne,
qui, d'après les mesures des astronomes de Palerme , s'élève au-dessus
du niveau de la Méditerranée, de i,85o pieds de Paris : ce qui montre
combien cette mer s*est successivement abaissée. On peut donc , dit
M. Brocchi, regarder cette roche comme une espèce de nilomètre.
Le même voyageur assure avoir rencontré de pareils trous à la hau-
4
EUROPJE. 66|
|teur,(|e3o ou io pieds de la surface de la mer, dan» la Calabro ci-
térieure, entre Fuscaldo et Scalea, vers le promontoire de Palinuro, et
même dans la Calabre ultérieure , sur les bords de la mer Ionienne.
Rome. — Hommage au Dante* — Une société d'bommes de let-
tres et d'artistes très distingués a célébré, le i4 septembre , l'anni-
versaire de la mort, de Dante Alighieri, dans une maison de cam-
pagne au-deli du pont Milvio, Tout y était préparé pour imiter ces
rites funèbres , q[ue les anciens appelaient Parentalia, Au milieu ,
était placée la tablt du banquet; en tête, s'élevait un piédestal qui
soutenait le buste du Dante, avec l'inscription suivante :
Danti Aligherio
Italicœ.poeseos. parenti
Qua die.fato. ohiit
Quingentos. post. annos '
Carmina. et. epulum. funèbre.
La cérémonie a été entremêlée de libations et d'entretiens litté-
raires relatifs à la circonstance, à la manière des Saturnales de Ma-
(Crobe. F. Salfi.
— Journaux, — Les recueils périodiques , consacrés à la littéra-
ture et aux arts , continuent de paraître avec une régularité que n'ont
point contrariée les graves événemens dont l'Italie a éJté le théâtre.
Nous connaissons , parmi ces recueils , les Notizie del Giorno , les Ef-
femeridi Letierarie , et le Giornale Arcadico. C*est à ces trois jour-
naux que le vénérable abbé Francesco Cancellieri , surintendant de
l'imprimerie de la Propagande , etc., consacre les nombreux résultats
de ses recherches sur les antiquités chrétiennes et sur l'histoire litté-
raire.Kous avons sous les yeux quelques-unes de ses dernières produc-
tions extraites de ces recueils;*nous citerons ici particulièrement : i» Sa
Notice SUT Filippo Luigi Gilii, directeur de l'observatoire du Vati-
can. ( Voy, Tom. XI , pag. 44*) î 2* sa Lettera intomo la maravigliosa
7'azza diporfido, regalata a Giulio III per la sua pilla da Asca-
nio Colonna , vase de porphyre qui a onze palmes romaines, dans un
sens, et trente-trois dans l'autre, placé au musée de Pio Glementino
parles soins de Pie VI , en 1792 ; 3» une autre lettre al signor di
Sebastiano Ciampi , sur les Feriœ varsavienses ^ et sur les épées dei
plus célèbres souverains et généraux; 4° une troisième lettre rt-'
Jative à la découverte et à la translation de la colonne Antonine ;
A2 ^
662 EUROPE.
5o une quatrième , sopru la visita de sacri liusini délie lasiliche Va-
ticane ed ostiense, e soldanaro diS. Pietro^ 6" une cinquième lettre
relative au séjour que Frédéric , roi de Danemarck , fit à Florence
et à Bologne , en 1709, et aux moyens qu'il employa pour obtenir la
grâce du marquis Philippe Bentivoglio , condamné à la peine capi-
tale. Tous ces opuscules de M. Cancellieri, publiés en 1821, ont pour
l)ut d'éclaircir quelque question historique, et méritent l'approbation
des savans. Leur laborieux auteur , accoutumé depuis long-tems à
jouir de leur estime et de leurs respects , leur prépare encore de nou-
veaux présens, fruits de sa vaste érudition. En France , les antiquités
chrétiennes occupent rarement les académies et le public : peu de
monumens de ce genre méritent en effet leur attention ; à tous égards,
ce sujet semble appartenir à l'Italie, et plus particulièrement à la
capitale de la chrétienté. C. F.
ESPAGNE.
Barcelokne. — Médecins français, {^qy. ci-dessus, p. 45o.) Au mo-
ment du départ des médecins français , la municipalité de cette
ville a fait publier, le 20 novembre dernier, la proclamation suivante
«La junte municipale de santé , dont les soins continuels pour le bien
et le soulagement de cette malheureuse population sont si notoires,
a eu l'honneur d'informer le public , le 12 d mois passé, de l'arrivée,
dans cette capitale, des cinq médecins français qui ont été envoyés
par leur gouvernement pour observer , d'accord avec nos estimables
professeurs , la terrible maladie qui , depuis tant de tems , nous
afflige. On les a vus , dès le moment même de leur arrivée , se mon-
trer empressés à donner leurs utiles secours à tous les malades de
celte ville qui les réclamaient. Ces offres généreuses, ils les ont
remplies avec le plus grand désintéressement , et avec cette no-
blesse de sentiment qui distingue les philosophes de la grande
nation à laquelle ils appartiennent. L'objet de leur voyage étant
rempli, ils viennent de prendre congé de la junte, et lui ont té-
moigné leur profonde reconnaissance pour le bon accueil qu'ils ont
reçu dans cette malheureuse cité, en considération des lumières qu'ont
données ces illustres médecins sur le caractère et le traitement curatif
de la maladie régnante. Une entière conformité d'opinions les unit à
celles que le gouvernement supérieur de cette province a déjà
adoptées.
EUROPE. 665
« Un seul sentiment leur cause des regrets , c'est de penser qu'ils
n'ont pu laisser àcette belle population une méthode certaine et assurée
pour guérir une maladie qui a causé tant de maux ; mais ih par-
tent avec la résolution d'appliquer tous leurs talens à éclairer une
matière d'une aussi grande importance, non seulement pour le
gouvernement qui les a envoyés, mais encore pour le bien de l'in-
téressante cité qui les a si bien reçus.
o C'est en raison d'une conduite si honorable que la junte a cru
devoir, tant en son nom qu'en considération du bon voisinage ,
leur rendre les plus vives actions de grâce, en les suppliant de
vouloir bien lui communiquer les dernières observations qu'ils
ont pu recueillir sur cette terrible maladie , d'après les faits qui
se seront passés sous leurs yeux. C'est ce que la junte s'empresse de
faire connaître aux habitans de Barcelonne , pour répondre aux sen-
timens que doivent leur faire éprouver les soins généreux qu'ils ont
reçus de MM. les médecins français. »
Jj'académie de cette ville a remis à chacun des médecins français
le diplôme de membre de cette société.
Madrid. — Instruction publique. — On vient d'établir dans cette
ville une école publique , sous le nom de philantropique , dans
laquelle on enseigne la logique, la critique, la métaphysique, la
philosophie morale , le droit naturel , le droit des gens, le droit poli-
tique, sans exiger des élèves la connaissance de la giammaire latine.
On y admettra gratuitement les jeunes gens pauvres qui voudront
en profiter. En six mois, on y enseignera ce qui, d'après l'ancienne
méthode, occupait les élèves plusieurs années, dans les universités.
J. A. L.
— Publications nouvelles.— Chirurgie.— he chirurgien en chef de
l'hôpital de Mahon, Don Manuel Rodriguez , vient de publier un livre
intitulé ; èfense de la littérature espagnole en général^ et en par-
ticulier' de la chirurgie médicale militaire , au sujet d'un article du
Dictionnaire des sciences médicales de Paris. L'auteur fait beaucoup
valoir les travaux antérieurs de sa nation dans des tçms reculés , afîn
de cacher sa pauvreté actuelle. Toutefois, l'Espagne a encore aujour-
d'hui plusieurs médecins rccommandables et instruits , ainsi que
beaucoup d'établissemens remarquables.
— Économie politique. — L'ex-^scal auprès de la cour royale d'ap-
pel de Grenade, Don Juan Scmperc y Guarinos, déjà connu dans le
6U ECllOPE.
mode savant par json Histoire du luxe et des lois somptuairea de VEs'
pagne (Historia del lujo y leyes suntuarias de Espana), et par sa Col-
lection des écrits concernant le règne de Charles III (Bibliotheca de
los escritores en el reino de Carlos III), a publié dernièrement le
quatrième volume de sa Bibliothèque espagnole d' économie politique ^
commencée en 1801. Ce volume contient un mémoire très-remar-
quable présenté à Charles H par Don Manuel de Lira , dans lequel
celui-ci expose au roi les maux qui pesaient sur TEspagne et les
nioyens d'y remédier. On y remarque , de plus , quelques observa-
tions de Don Manuel Alvarez Osario y Redin, sur la politique et
l'administration , et trois mémoires du rédacteur ; sur la décadence
de la culture du ver à soie, dans le royaume de Grenade; sur le
produit des impôts dans la même province , et sur les établissemens
de bienfaisance. Afin qu'on ait une juste idée de l'intérêt que pré-
sente cet ouvrage , nous donnerons ici une table des trois volumes
qui parurent en i8oi. Le premier se compose d'un Mémoire sur la
nécessité d'une statistique complète d'Espagne , sous les rapports
physiques et économiques^ par le rédacteur ; d'une Notice^ du même,
sur la police exercée en Espagne à l' égard des pauvres et des vaga-
bonds ; d'un Coup d'œilt de Fernan Ferez de Oliva , sur la naviga-
lion du Guadalquivir ; d'un Mémoire ^ de P. Juan de Médina, sur
les secours à donner aux pauvres qui se trouvent réellement dans le
besoin ; d'un Traité comparatif des monnaies , par Cobarruvias :
d'un Projet concernant Us maisons de prêt , par Luis Valle de la
Cerda ; d'un Projet du conseiller des finances de Pons ; et d'un
Mémoire i de J. B. Antoneli, sur la navigation des rivières en Es-
pagne, Le second volume renferme une introduction et quelques
Notices pour l'histoire de la jurisprudence espagnole, par le rédac-
teur; enfin, le troisième contient diverses notices de C. J. de Ce-
vallos, D. Guillon-Barbou y Castannede, D. Diego Saavedra, etc.
— Histoire. — Don Antonio Maria Alca Galiano, secrétaire du roi,
• publié un ouvrage qui a pour titre ; Apuntes para servir à la his-
ioria del origen y alzamiento del ejercito destinado à ultramar en
primera de enero de 1820 ; chez Cruz. Cet écrit est court, mais très-
intéressant. L'auteur, quia pris une part importante à la levée de
l'armée d'expédition , raconte , avec une exactitud» dont on doit lui
«avoir gré , quels moyens furent employés pour opérer cette levée.
— Plagiai littéraire de la Miscelanca , journal espagnol. — l'n
I
EUROPE. (JGi
j ournal quotidien espagaol, la Miscelanea, a donné successiremeot,
dans ses n"s des 9, lo, 12 et i3 septembre 1821 . sous ce titre : De
la lecture de V histoire ^ relativement aux femmes , la traduction
littérale de la nonce de M. Jullien , sur le même sujet , insérée dans
la Reloue Encyclopédique^ du mois d'avril 1821 ( Tom. X, p. 8-42}.
Il nous semble que, traduisant l'article entier, le journaliste aurait
dû au moins indiquer le nom de l'auteur et la source d'où il l'avait
tiré ; mais il n'en est nullement question , et l'article a été donné
comme article original. Ce n'est pas la première fois que l'on a
signalé de semblables plagiats. La Miscelanea elle-même s'en est
déjà rendue coupable plus d'une fois , en prenant des articles litté-
raires tout entiers dans les journaux de France. — La Gazette de
Milan se fait aussi distinguer par ce genre de plagiat ; ses feuille-
tons sont une espèce de marqueterie, dans laquelle plus d'un écri-
vain reconnaît les morceaux qu'on lui a pris. Si l'on peut profiter
des nouvelles politiques données par les journaux étrangers, sans
qu'il soit nécessaire de grossir ses feuilles de citations, c'est que les
rédacteurs des articles politiques attachent presque toujours plu»
d'importance à la nouvelle même qu'à la manière dont elle est pré-
sentée ; mais il ne saurait jamais en être ainsi d'un article littéraire.
Toute propriété est d'autant plus sacrée que le propriétaire y a
consacré plus de ses soins et y attache plus de prix ; et les produits
de la pensée sont une propriété non moins respectable que les
produits de l'industrie. B. — pr.
— Gravure. — Histoire naturelle. — Le professeur Don Juan Mieg
vient de publier une collection de 29 planches , pour servir de suite
à son Paseo por el gabineta do historia natural de Madrid ( Voye»
ci-deasus, T. X, p. \o6>). Elles contiennent an gravures d'animaux.
— Nécrologie. — M. Rodrigues , astronome distingué , que le gou-
vernement espagnol adjoignit à MM. Biot et Arago, savans français,
pour la mesure d'un arc du méridien, est mort subitement, à
Madrid, âgé d'environ quarante-cinq ans. Ses travaux l'avaient fait
séjourner pendant long-tems à Paris et à Londres.
PAYS-BAS.
Amsterdam. — Institut royal belgique. — La troisième classe
propose pour sujet, du prix qu'elle décernera , dans sa séance pu-
blique de 1823, la question suivante ; * Disquirutur quid Grœci
em EUROPE.
vetereSy ium in linguâ scripturâque suâ, in arlibus atque doctrinis
ah orientis popiilis mutuati sint, et quam ingressi radonem illud
ad suum ipsiingenium, vitœprivatœ et civilis usum accommodaue "
rint, auxerint i excoîuerint? r» Le prix est de "hoo florins de Hol-
lande, ou d'une médaille d'or de même valeur.
Les mémoires pourront être écrits en latin, en belge , en fran-
çais , en anglais ou en allemand ( mais avec les caractères romains);
ils devront parvenir au secrétaire ordinaire de la classe, avant la
fin de 1822.
Becxelles. — Théâtre, — Depuis que le gouvernement a institué ,
dans cette ville, un comité de lecture pour les ouvrages drama-
tiques , on a joué cinq pièces sur le théâtre de cette ville : Premis-
las , drame tragique , écrit avec emphase , et où l'on cherche en
vain une action; Guillaume y tragédie ^ que quelques personnes
ont mise à côté des chefs-d'œuvre de Corneille, mais où il n'y a à
louer que quelques bons sentimens, assez convenablement expri-
més; le Jaloux du quinzième siècle ^ opéra en un acte, plein de
•nouvemens. . . . de machines; enfin, VHeure du rendez - vous ,
bluette dont la musique , qui est fort agréable , et les paroles , qui
sont très-fades, appartiennent à un officier de l'armée nationale.
LovvAiN. — Nécrologie. — Joseph JPlaschaerl , né à Bruxelles , en
1760, est mort dans cette ville, le 19 mai 1821. L'afiaiblissement
de sa santé l'avait forcé de renoncer aux fonctions publiques, et les
bons citoyens l'avaient vu avec peine diminuer, en sortant des Etats-
généraux, le nombre des défenseurs des saines doctrines et des
véritables intérêts de l'État. M. Plaschaert était, à la fois, homme
public et littérateur. On a retenu de lui un grand nombre de jolis
vers , pleins d'une gaîté philosophique ; et ses deux brochures , sur
V Influence des langues et sur la Noblesse , font regretter qu'il n'ait
pas entrepris quelque composition plus considérable. de R — g.
FRANCE.
Seine-et-Oisb. — Mably. — Machine hydraulique» — La machine de
Marly, construite sous le règne de Louis XIV, par Rennequin, pour
faire arriver les eaux de la Seine à Versailles et au château de
Marly, était parvenue, dans le cours d'un siècle, à un état de vé-
tusté qui faisait craindre que sa suppression ne devînt bientôt
nécessaire, on chercha dcs-lois les moyens de la remplacer. Celle
EUROPE. 667
grande machine élevait l'eau à une hauteur verticale de 5oo pieds ;
mais avant d'arriver à cette élévation, Teau était reprise à trois fois
par des pompes mises en mouvement par des chaînes et des balan-
ciers, qui recevaient leur impulsion de roues placées sur la rivière*
Ce mécanisme était fort compliqué, et l'on devait chercher à le
simplifier. On pensa qu'il était possible d'élever l'eau d'un seul jet,
de la rivière à l'aqueduc construit au l;»aut de la colline de Marly.
M. Brunet y parvint, en i8o4, au moyen de pompes aspirantes et
refoulantes, et d'un récipient d'air. Cette importante découverte fut
perfectionnée, en 1808, par M. Bralle, ingénieur en chef des ponts *
et chaussées, alors directeur de la machine de Marly, qui donna
au cours de l'eau élevée plus de régularité. En ï8h, il fut décidé
que la machine hydraulique serait remplacée par une pompe à
vapeur. Celle-ci doit offrir, en effet , l'avantage d'agir en tout tems,
indépendamment de la crue ou de la baisse des eaux ; elle permettra
d'ailleurs de rendre à la navigation le bras de la Seine fermé pour
l'établissement de l'ancienne machine. MM. Martin et Cécile furent
chargés de présenter les plans de cette machine à feu, et ils firent
avec succès, en i8i5, l'essai de leur système de pompes foulantes,
élevant l'eau d'un seul jet, et sans récipient d'air. D'après le ré-
sultat de cette expérience , le roi ordonna que la machine projetée
serait construite aux frais du trésor de la couronnne ; elle représen-
tera la force de soixante-quatre chevaux, et élèvera 80 pouces d'eau.
L'exécution de ces travaux exigeait la démolition de l'ancienne
machine. D'un autre côté , le service de la ville de Versailles devant
être assuré, on établit une machine provisoire , mise en mouvement
par une des roues placées sur la rivière; et, en 1817, la machine
de Rennequin fut démolie. Depuis lors, on n'a pas cessé de tra-
vailler à la construction du bâtiment qui renfermera la machine
à vapeur et à la construction de la machine elle-même ; le bâtiment
est terminé , et l'on vient d'arriver à la fondation du massif qui
doit supporter le cylindre.
Le ministre de la maison du roi ayant voulu que , pour cons-
tater l'époque d'une construction si remarquable et en rappeler les
circonstances, une inscription fût posée dans la première pierre de
la fondation de ce massif, cette opération a eu lieu, le i4 octobre
dernier, avec la solennité convenable.
— Jura, — SAtiifs, — Enseignement mutuel, —-La distribution des
668 EUROPE.
prix de l'école de cette ville s'est faite avec beaucoup de fiolennité. Cette
école , entretenue par une souscription volontaire, voit chaque année
le nombre de ses élèves s'augmenter. C'est au zèle éclairé de son ins-
tituteur, M. Bigonnet, qu'elle doit ses rapides succès. Les pères de fa-
mille les plus prévenus contre un établissement, qu'on leur avait re-
présenté comme une nouveauté dangereuse, en reconnaissent aujour-
d'hui les avantages, et n'hésitent plus d'y envoyer leurs enfans. Les
curés les plus respectables de la ville , s'étant assurés que l'instruc-
tion religieuse y était suivie avec le plus grand soin , se sont fait un
devoir de le protéger. Cet établissement était surtout nécessaire
dans une ville qui a perdu tous ceux qu'elle avait avant la révolu-
tion, et qui, éloignée des grandes routes commerciales, n'a guère
pour ressources que la culture peu productive de son vignoble.
Cette même nécessité se fait également sentir dans la plupart des
petites villes du département, où la pauvreté des familles du peuple
les oblige de retirer leurs enfans' des écoles publiques, aussitôt qu'ils
sont propres à un travail manuel. On doit considérer l'instruction
des basses classes du peuple comme la sauve-garde de leurs mœurs
et la plus sûre garantie de leur obéissance aux lois. L'expérience
de tous les siècles a prouvé que l'ignorance dans le peuple était
un germe de fanatisme et de révolution. B — t.
CHAEEnTE-lNFÉBiEunE^ — Saihtes. — ArcTièologie. — M. Chaudruc
deCrazannes, chargé, parle ministre de l'intérieur, de l'inspec-
tion et de la conservation des monumens d'antiquité du départe-
ment de la Charente-Inférieure, et particulièrement de ceux de la
ville de Saintes, vient de se livrer à de nouvelles recherches, qui
ont été couronnées d'un heureux succès; en voici les résultats.
Amjthithèâtre» — M. de Crazannes, pr.r suite d'une étude et d'un
examen approfondis du terrain , et à l'aide de nouvelles fouilles , a
reconnu , i» que l'arène ou aire d« l'amphithéâtre , aujourd'hui en-
combrée par les ruines de ce monument , et située à environ neuf
pieds au-dessous du sol moderne, était entièrement pavée ; a" que
ies caveœ , ou loges des animaux destinés aux jeux, aussi recou-;
vertes et masquées maintenant par les terres, étaient placées sous
le podium i à droite de la grande arcade de l'est , et que les cafeœ 4
qui sont la partie la mieux conservée du monument, communi-«
quaieut, par dos souterrains, bâtis et voûtés à la manière des Ro-
mains , à la maison romaine , dite du Colcau , située dans la vallée
EL'RO^E. 669
de raniphitliéâtre, à l'est , et à trente toises de ce monument ; mai-'
son destinée , selon toutes les apparences , au logement des ie5-"
tiaires et autres préposés au service de l'amphithéâtre et de là
naumachie. Ces souterrains, de six pieds de hauteur, sur quatre h
cinq de largeur, sont encore dans toute leur intégrité. Par leur
moyen, les bestiaires, sans sortir de l'enceinte de leur habitation, '
pouvaient donner leurs soins aux animaux , et communiquer même ,
au besoin , intérieurement avec l'arène. M. de Crazannes a décou-
vert quatre de ces caves que la Sauvagère et Bourignon n'avaient
pas vues.
aqueduc et naumachie. — Le même antiquaire a également par-
couru, dans tout son cours, avec le plus grand soin, l'aqueduc
destiné à porter, dans un trajet de plus de deux lieues, tantôt sur
des arcs , tantôt au moyen de conduits souterrains , les eaux des
fontaines du Douhet et de Vénérand, à Mediolanum-Santonum ,
pour le service des établissemens publics de cette ville , celui de ses
habitans, et aussi pour alimenter la naumachie pratiquée dans l'arène
de l'amphithéâtre. Il est parvenu à retrouver la majeure partie des
puits ou évents , des réservoirs et des piles ruinées des arcs de ce
beau monument , ainsi que le bassin ou canal des eaux , dans les
parties où il circulait à fleur déterre. M. de Crazannes a reconnu
que ce oanal , arrivé sur le coteau, à l'est de cette ville , au lieu dit
du moulin de la Grille , faisait un coude ou détour pour prendre sa
direction vers Saintes, à droite du faubourg des Dames , qui est l'an-
cienne chaussée ou voie romaine de Mediolanuni'Santonum à Li-
monum { Poitiers ). L'aqueduc traversait le lit actuel de la Charente,
vis-à-vis la chaussée dite de Rei^ersaux , et dans le lieu où cet inten-
dant avait projeté de faire construire le nouveau pont de Saintes :
parvenu à l'angle du mur de ville , cette muraille , dont il reste
encore quelques pans, et qui est construite, selon l'usage des Ro-
mains, en gros quartiers de pierre sans ciment, lui servait d'appui
ou de support, ainsi que la porte Aiguière {porta Aquaria ) , à la-
quelle il donnait son nom. L'aqueduc aboutissait, de cette manière,
au coteau ou hauteur dite de Saint-Macoul [on Maciou), servant
d'assiette à la ville antique. On le voit à découvert sur une étendue
de seize toises , près de la maison de la poste aux chevaux , où il re-
prenait son cours souterrain. Arrivé sur ce point , il se divisait en
deux branches principales, l'une suivant la direction de l'ouest,
670 EUROPE.
Ters la cité Romaine, et l'autre, se détournant brusquement, et
formant un angle droit, en suivant la rampe du coteau jusque vis-à-vis
l'amphithéâtre, sur cette même colline où il a été également mis &
découvert : c'est là qu'il débouchait dans le vallon même de cet
amphithéâtre, à côté delà maison du coteau , dont on a parlé plus
haut. L'aqueduc suivait cette vallée dans un lit h fleur de terre , et
parvenait dans l'arène par l'arcade principale ou du centre , du côté
de l'est, dont le sol a été tenu, à cet effet, beaucoup plus bas que
celui des antres , à droite et à gauche , et où l'on reconnaît encore
facilement le lit de l'aqueduc. Une branche accessoire de dérivation
alimentait d'eau la maison du coteau, pour l'usage des hommes
et des animaux.
Capitule. On a découvert dernièrement sous le sol du capitole de
Santonum, un superbe chapiteau d'ordre ionique, en belle pierre du
pays, et dans les plus grandes proportions. La sculpture en est
riche, et elle rappelle les meilleurs ouvrages, en ce genre, de Tépoque
d'Adrien et des Antonins, qui se plurent à embellir les Gaules des
monumens des arts. Cette découverte est d'autant plus précieuse
pour les habitans de Saintes , que c'est le seul fragment d'ordre
ionique trouvé jusqu'à ce jour dans les ruines de Mediolanum , où
le corinthien et le dorique s'offrent en abondance.
Bains romains* En continuant les fouilles de ce monument,
M. de Grazannes a fait dégager une nouvelle chambre , couverte de
peintures à fresque , dont les bordures présentaient des espèces de
méandres de divers dessins à compartimens. On a aussi retiré des
décombres plusieurs plaques de marbre de revêtement, dont quel-
ques-unes ornées de moulures. Le blanc et le vert antique y domi-
naient. Ge monument , où il y a encore beaucoup à fouiller , appar-
tient à un particulier , et il serait fort à désirer que le département
ou la ville en fissent l'acquisition : c'est ce qu'a souvent demandé
M. de Grazannes. M. Millin en avait aussi exprimé le vœu.
On déterre tous les jours , à Saintes et dans ses environs , des
médailles consulaires et impériales de divers métaux et modules ;
des pierrres gravées, des figurines, des vases , etc. M. de Grazannes
a transmis dernièrement à M. Mongèz le dessin d'une bague an-
tique, en argent, figurant un double chapiteau corinthien ; le chaton
orné d'une cornaline , dont la gravure représente une cicogne ou un
ibis, le cou renversé en arrière et le bec en l'air, à peu près dans
EUROPE. 671
i'atlltude que Ton remarque à l'oiseau symbolique indiquaftt la bon,
principe i sur les chapiteaux historiés de nos premières églises go-
thiques ; d'où M. de Crazannes avait tiré l'induction que ce bijou
pouvait avoir appartenu à un chrétien primitif, le travail de cette
bague étant romain.
M. Pépin de Belisle, préfet du département, a annoncé à M. de
Crazannes qu'il venait de demander au ministre de l'intérieur
l'autorisation de prendre, sur les fonds libres de ce département,
une somme destinée à continuer les fouilles et les recherches d'an-
tiquités auxquelles cet antiquaire se livre avec autant de fruit que
de zèle.
SOCIÉTÉS SAVANTES ET d'uTJLITÉ PUBLIQUE.
LoNS -LE-SAULNiEft (Jura). — JJa Société d'émulation , établie
dans cette ville en i8i8, travaille avec zèle et succès à faire con-
naître à la France les ressources particulières que le sol et l'industrie
de ce département peuvent lui offrir. Nous indiquerons brièvement
l'objet des principaux mémoires dont M. le secrétaire perpétuel a
fait l'analyse dans la séance publique de cette année.
M. Nicod de Ronchaud a examiné les bases sur lesquelles on
veut établir le calcul du revenu imposable dans le Jura ; et il a dé-
montré, d'après la connaissance des localités, que ce calcul est inexact,
et qu'il doit l'être également dans les départemens voisins. — M. de
Coucy , ci-devant préfet du département , s'est occupé paticulière-
ment d§ l'amélioration des races bovines. — Les observations de
M. Gerrier sur les perfectionnemens dont l'agriculture lui paraît
susceptible , suivant les localités , sont du plus grand intérêt pour
les propriétaires. Il insiste surtout sur la nécessité d'abandonner
les jachères , les droits de vaine pâture , d'encourager les prairies
artificielles qui ne sont point encore généralement introduites
et d'adopter les instrumens aratoires de Fellenberg et de Pictet.
— Les antiquités du département ont fixé l'attention de M. Monnier,
conservateur du Musée. Son mémoire sur la Séquanie, ses recher-
ches sur les anciens châteaux forts dont les ruines subsistent en-
core, lui ont obtenu les suffrages du ministre de l'intérieur et de
l'académie des inscriptions et belles-lettres. — M. Babey, élève do
l'école normale et professeur de mathématiques au collège de
Salins, a communiqué à la Société, dont il est membre) ses essais
672 EtROPE.
_ . . - .r .
sur la liçhnographie «t la mufcolagie du Jura. La plus grande partie
de cette longue chaîne dé montagnes n'avait pas encore été ex-
.plorée par les botanistes, M. Babey , encouragé par M. de Candole,
.« choisi pour objet de ses études la partie de la science bota-
nique dont les amateurs aiment le moins à s'occuper, et qui pré-
sente le plus de difficultés,.par.la nécessité d'observer à l'aide d'une
loupe ou du microscope. Le succès a couronné son zèle; et déjà ,
dans ses courses botaniques , il a découvert , observé et recueilli^
dans le Jura, plus de deux cents espèces de lichens (on n'en connaît
que six centsj , et fait une collection de cent cinquante espèces de
mousses. — M. Charbaut, ingénieur des mines, s'est occupé de
la géologie des environs de Lons-le-Saunier ; et M. Guyétand , dt
l'histoire naturelle et de la topographie médicale de cette belle
vallée du Jura, connue sous le nopi de Grand-Vaux, — M. de
Rebours a fait voir tous les avantages qui résulteraient, pour le
déparlement, de l'établissement d'une caisse hypothécaire d'agricul-
ture. — Le mémoire de M, Boichoz, sur la culture des plantes à
potasse , lui a mérité une mention honorable de la Société d'en-
couragement pour l^industrie nationale. Parmi les plantes soumises
à ses essais, la tanaisîe est celle dont la culture serait la plus
avantageuse, si l'expérience justifiait les calculs de l'auteur ; il assure
qu'un hectare de tanaisie produirait douze cent cinquante livres
de potasse , dont la valeur ne peut être moindre de 45o francs par
an. — Nous devons aussi mentionner la nouvelle charrue inventée
par M. Hugonet, cultivateur, et adoptée dans le premier échelon
des montagnes du Jura. Cette invention lui a valu une récompense
de 3oo francs de la part du ministre de l'intérieur. — Enfin , nous
citerons un mémoire de M. l'abbé Mermet, professeur émérite ^
sur l'origine et les progrès de l'art du tour à Saint-Claude , ville re-
nommée par ses jolis ouvrages en buis. B — t.
Lyow (Rhône). — L'académie royale des sciences , lettres et artf
de cette ville vient d'associer à ses travaux l'un de nos collabora-
teurs, M.Moreau de Jonnès, correspondant de l'Institut de France,
auteur d'une Monographie historique et médicale de la fièvre jaun^
et d'une Histoire physique des Antilles, dont il a déjà paru des fragr
mens étendus.
Macon (Saône-et-Loire). — Société des sciences , arts et belles- letj-
très. — A l'exemple de l'Académie française , celte société vient d#
I
EUROPE. 673
voter on prix de poésie destiné à honorer le dérouement des méde-
cins français et des dignes sœurs de Saint-Camille , à Barcelonne.
PARIS.
Institot. — Académie des sciences, — Novembre 1821 . — Séance
du 5. — MM. Vauquelin et Brongniart font un rapport sur un mé-
moire de M. Riveiro , relatif à une combinaison nouvelle , nommée
par celui-ci humboldtine ^ et qui est un sous-oxalate de protoxide de
fer^ trouvé par M. Breithaupt, dans un dépôt de lignite friable , à
Kolowerux, près de Bilin, en Bohême. Les conclusions de ce rap-
port, entièrement favorables à M. Riveiro, sont adoptées par l'aca-
démie.— Au nom d'une commission, M. Geoffroy-Saint-Hilaire lit
Mn rapport sur le précis du voyage fait au cap de Bonne-Espérance ,
parM. Delalande. (Fity/. T. IX, p.42i.)Surles conclusionsdurappor-
teur,l'académie arrête qu'elle recommandera M. Delalande à l'intérêt,
et à la munificence du gouvernement. — M. le baron Milius donne des
détails sur les progrès des cultures de l'île Bourbon , et envoie un
échantillon de l'opium qui a été recueilli dans cette île. MM. Vau-
quelin et Deyeux sont chargés de l'examiner. -^ M. Turban annonce
iin moyen contre les contagions, (MM. Halle et Duméril , comjnis-
saires. ) — M. Portai rend un compte verbal du mémoire de M. Lar-
rey sur lafièure jaune. — M, Audoin lit un mémoire sur un insecte
aptère, trouvé sur un dittique. (MM. Latreille et Savigny, com-
missaires.) — M. Despretz lit un mémoire sur la densité des va-
peurs. ( MM. Biot et Thénard , commissaires. )
— Du 12. — M. Buache fait un rapport verbal sur la Géographie
physique de M. Lamouroux. (V. l'annonce de cet ouvrage, ci-dessus,
p. 599.) — M. Latreille fait un rapport verbal surTeniomographie russe
de M. Fischer. — M. Pelletan lit, au nom d'une commission, un rap-
port sur un mémoire très - intéressant deM. Bertin , relatif aux affèc-
fions du cœur. L'académie témoigne à ce médecin sa satisfaction
et le désir de lui voir poursuivre ses importans travaux.
—•Du 19. — M. Ampère communique une expérience nouvelle el
très-remarquable de M. Faraday , qu'il a répétée avec MM. Hachetta
5t Savary, et où l'on produit^ par l'action mutelle d'un aimant et
i'un conducteur voltaïque , un mouvement de révolution de l'uo
les deux autour de l'autre , mouvement qui se continue toujours
lans le même sens, tant que la pile agit. — L'académie va au scrutin
i:u,
67A EUROPE.
pour l'élection d'un membre à la place de M. Gorvisart. Les candi-
dats étaient MM. Chaussier et Desgenettes, ex œquo^ Bally, Ber-
tin, Alibert et Double; MM. Magendie et Orfila, ex œquo. Au
second tour de scrutin, M. Magendie est nommé membre de Taca-
demie.— M. Moreau de Jonnès lit un mémoire sur les phénomènes
de la propagation de la fièvre jaune. L'importance du sujet nous
détermine à donner ici les conclusions de ce mémoire , qu'il est in-
téressant de comparer avec l'opinion contraire, que nous avons fait
connaître ci-dessus. ( Vqy. pag. 694. ) — « En récapitulant , d'après
notre propre expérience, dit M. Moreau de Jonnès, et d'après plus
de six cents autorités médicales et historiques, les phénomènes de
la propagation du principe contagieux de la fièvre jaune , on est
conduit aux résultats suivans : cette maladie pestilentielle est tou-
jours introduite par les communications marifimes , ou par celles
avec les territoires limitrophes , quand elle apparaît dans une con-
trée pour la première fois, ou après un long intervalle. Elle est
importée et propagée par les personnes ou les choses qui sont in»
fectées de son principe contagieux. Il est faux qu'elle ait aucune
autre origine > et qu'elle soit produite par le climat , les tremble-
mens de terre, la malpropreté, l'intempérance, ou aucune des
prétendues causes , désignées sous le nom àHnfeclion locale. C'est
une maladie sui generis , qui appartient à l'ordre des contagions ,
et que ses caractères rapprochent de la peste et du typhus. Elle est
soumise, comme l'une et l'autre, à des conditions spéciales de dé-
veloppement et de propagation : ces conditions sont un certain de-
gré de chaleur, l'humidité pélagique ou celle des fleuves ; et, quant
aux individus exposés à l'action du principe de la maladie , le degré
d'excitabilité cutanée , appartenant aux constitutions fortes et ro-
bustes, spécialement au tempérament sanguin et aux hommes de la
race européenne. Les lieux et les individus qui ne réunissent point
ces conditions échappent, en général, à la propagation de la maladie.
C'est pourquoi elle ne s'étend point dans les contrées éloignées du
littoral de la mer ou des fleuves ; elle ne se propage point pendant
l'hiver de nos climats ; elle s'éteint sur les lieux élevés ; elle permet
aux races africaines, et même presque toujours aux habitans des pays
maritimes de la zone torride , d'échapper à la contagion. Elle sévit,
au contraire, avec fureur partout où , étant importée , elle trouve let
circonstances qui favorisent son développement et sa propagation
EUROPE. 675
San germe paraît s'introduire principalement dans le corps humain
par l'absorption cutanée , ce qui indique les frictions huileuses, ou
de tout autre corps gras, comme un moyen préservateur. Ce germe
ère reproduit dans le corps humain par l'action assimilatrice des forces
Vitales, et sous l'empire des conditions nécessaires de son développe-
ment. Lorsque, par l'absence d'une ou de plusieurs de ces conditions,
Je développement n'a point lieu , ou ne se fait qu'imparfaitement, il
n'y a point de reproduction du germe de la maladie, qui devient
alors individuelle et sporadique. Quand, au contraire, le principe de
la fièvre jaune est puissamment reproduit par l'action assimilatrice
des forces vitales , que stimule l'influence de l'humidité de l'aiir et
delà constitution physiologique des individus, ce principe s'échappe
du corps humain et forme autour de lui une atmosphère de conta-
gion. Les émanations qui constituent le principe de la maladie la
communiquent aux personnes qu'elles peuvent atteindre d'une ma-
nière directe ou indirecte , soit en s'exhalant immédiatement, soit
en cessant de demeurer latentes sur les objets où elles étaient restées
déposées. 11 est vraisemblable que ces émanations morbifiques
agissent ," non seulement par leur énergie propre, mais encore par
leur quantité ; dans les circonstances ordinaires ^ leur sphère d'ac-
tion paraît ne pas s'étendre au-delà d'une distance de dix pieds. Il
n'y a point de fondement à l'assertion que ces émanations sont
transportées par les vents d'un lieu dans un autre ; qu'elles agissent
à une grande distance à l'air libre, et que l'atmosphère entière
d'une ville puisse en être infectée. Mais, dans tous les lieux où l'air
est stagnant , tels que l'entrepont d'un navire , les salles de la plu-
part des hôpitaux , ou les maisons resserrées des cités d'Europe,
ces émanations s'accumulent, s'attachent aux personnes et auit
choses , et propagent également la maladie par les unes et par les
autres. Par ce mode d'action , s'expliquent les anomalies que pré-
sente la contagion de la fièvre jaune. L'on conçoit comment la ma-
ladie se propage dans un lieu et non dans un autre; comment elle
est plus contagieuse que la peste dans la chambre étroite d'un ma-
lade, et comment elle cesse de l'être sur une montagne, sur un
rocher insulaire , ou dans un lazaret , exposés à une ventilation forte
et soutenue. La puissance salutaire qu'il est possible d'exercer contre
la fièvre jaune , en la dépouillant , par ce moyen , de son caractère
contagieux, ne peut avoir toutefois d'efficacité, que si l'on saisit les
Tome xu. A3
676 EUROPE
premières traces de cette maladie, pour l'arrêter dans ses progrès,
s'en rendre maître et l'étoufTer. Mais il faut en faire l'effrayant et
véridique aveu : quand le principe contagieux de la fièvre jaune ,
introduit dans une ville par l'incurie ou la cupidité, protégé par
l'ignorance ou l'esprit de système , est reproduit à chaque instant du
jour en cent endroits divers, et se propage par toutes les transac-
tions de la vie sociale , il n'y a plus d'espoir d'arrêter ses ravages ;
et si l'avenir promet d'y mettre un terme par la puissance des fri-
mas, il montre aussi leur funeste retour, au retour, du printems,
et seinble menacer l'Europe du destin de ces peuples de l'antiquité,
qui devaient payer à des monstres un tribut annuel dé victimes
humaines. »
Du 26. — M. Vauquelin lit un rapport sur une aérolithe d'Aube-
nas. — M. de Férussac lit un tableau comparatif des mollusques qui
•habitent les terres et de ceux qui habitent les eaux. (MM. Dnméril
et Savigny , commissaires. ) — M. Bouvard présente des Tables nou-
velles de Jupiter et de Saturne. — M. Fresnel lit un mémoire sur la
double réfraction. (MM. Arago, Ampère, Poisson et Fourrier,
commissaires. ) — M. Girardin commence la lecture d'un mémoire
intitulé , Considérations physiologiques et médicales sur les nègres.
A. M— T.
— Académie française. — Séance du 4 décembre. — M. Duvallit
une comédie en cinq actes , intitulée le Complot de famille.
Séance du 6. — L'académie arrête qu'elle proposera, pour sujet
du concours de poésie de 1823 , le dévouement des médecins fran-
çais et des sœurs de Saint-Camille , à ^occasion de la fièure jaune
de Barcelonne.
Le Roi, instruit de cette décision , a mis i,5oofr. à la disposition
de l'académie , pour que le prix fût décerne dans la séance publique
du mois à.'août 1822.
Société royale et centrale d* agriculture. — Séance du 27 Tnai
1821 (i). — Prix proposés pour 1822 : — i° pour l'introduction dans
(1) L'abondance des matières ne nous a pas permis de donner
iplus tôt ce programme ; et môme nous sommes obligés de nous
borner à l'annonce des prix relatifs aux objets les plus importans.
On peut d'ailleurs se procurer gratuitement les programmes dé-
taillés de la plupart de ces prix, chez madame Iluzard, néo Vallat
de la Chapelle., imprimeur-libraire de la Société, rue de l'Éperon ,
I
k
EDROrE. 677
un canton de la France, d'engrais on d'amendenicns qui n'y étaient
pas usités auparavant ; 2° pour des essais comparatifs, faits en grartd
sur différens genres de culture^ de l'engrais terreux (urate calcaire),
extrait des matières liquides des vidanges, par MM. Donat et coRi-
pagnie; 30 pour des traductions, soit complètes, soit par extraits,
d'ouvrages ou mémoires relatifs à l'économie rurale ou domestique,
écrits en langues étrangères , et qui offriront des observations ou
des pratiques neuves et utiles; 4" pour des notices, soit biogra-
phiques, soit bibliographiques, sur des agronomes, des cultivateurs
ou des écrivains dignes d'être mieux connus pour les services qu'ils
ont rendus à l'agriculture : pour ces quatre objets ; des médailles
d'or et d'argent \ 5° pour la culture du pavot (œillette), à l'effet
d'extraire l'huile de sa graine , dans un arrondissement où cette
culture n'est point pratiquée , des médailles d'or; 6° pour le meil-
leur mémoire sur la cécité des chevaux, sur les causes qui peuvent
y donner lieu dans les diverses localités, sur les moyens de les
prévenir et d'y remédier , une somme de i,5oo fr. et des médailles
d'or et d'argent, selon l'importance des mémoires; 7" pour la pra-
tique de^ irrigations : i*"^ prix, 3, 000 fr. ; 2« prix, i,5oofr., avec le
Théâtre d'agriculture, édition de la Société ; x"'' accessit , la grande
médaille d'or de la Société ; 2^ accessit, la médaille d''or à V effigie
d'Olivier de Serres ; pour des machines hydrauliques appropriées
aux usages de l'agriculture et aux besoins des arts économiques :
prix, 5,000 //•.
Pour être décernés en 1820 : 9° pour un traité complet de la cul-
ture maraichère : 3,ooo fr. ; pour des descriptions partielles de di-
verses branches de cette culture : des médailles d'or; 10° pour le
meilleur Manuel pratique propre à guider les habitans de la cam-
pagne et les ouvriers dans les constructions rustiques : i<^r prix,
1 ,000 fr. ; 2« prix , 600 fr.
En 1824 • 11" pour des essais comparatifs de culture des plantes
les plus propres à fournir des fourrages précoces : i^^ prix, 1,000 fr,;
2* prix, 5oo fr.
En 1825 ; 12" pour l'établissement de pépinières d'oliviers ;
i**prix, 3,000 fr. ; 2* prix , 2,000 fr.
En 1826; iS" pour la culture du pommier ou du poirier à cidre
dans les cantons où elle n'est pas encore établie; des médailles
(l'or et d'argent.
678 EUROPE.
Tous les envois doivent être adresssés au secrétaire perpétuel de
la Société, sous le couvert du ministre de l'intérieur , avant le i^»
janvier des années respectives pour lesquelles les prix sont annoncés.
La Société se réserve expressément la faculté de conserver et d'em-
ployer, soit en totalité, soit en partie, les mémoires qui auront
été envoyés aux divers concours. — Signé : Fbawçois dk Nbufchatkac,
président; d'Awdbé, vice - président ; SitvEgxRB, secrétaire perpé-
tuel; CHAtLAK, vice secrétaire.
Société centrale de paccine. — Le 5 mai 1821, M. Capelle^ conseiller
d'état, chargé de l'administration des hospices et des établissemens
de bienfaisance, accompagné de M. Lafibn de Ladebat, chef du
bureau des secours et des hôpitaux , a présidé la séance générale
de la Société centrale de paccine. Plusieurs professeurs de la Faculté
d* médecine, des médecins et des chirurgiens de la capitule, plu-
sieurs membres du clergé de Paris, des pasteurs du culte réformé
et un nombre considérable d'élèves en médecine étaient présens
à cette séance. Après les discours de M. le conseiller d'état, de
M. Chaussier, médecin de l'hôpital de la Maternité, et le rapport
de M. Husson, au nom du comité, sur les progrès de la vaccine ,
pendant les années 1818 et 1819, on a procédé à la distribution
des prix institués en faveur des personnes qui ont fait le plus
grand nombre de vaccinations, et qui ont obtenu le plus de succès
dans la propagation de la vaccine, pendant les années 1818 et 1819.
Le premier prix, de 5,ooo fr., a été partagé entre MM. Daudi-
bertières&h^ médecin à Saint-Projet (Taru-et-Garonde), et Le jeune,
médecin à Laon (Aisne). Les deuxsecofids prix, chacun de 2,000 fr.,
ont été partagés : 1" entre MM. Louis, ofiBcier de santé à Château-
Salins (Meurthe), et Salles, médecin à Valognes (Manche); 2° entre
MM. Flamand, médecin à Lure (Haute-Saône), et Barny, phar-
macien à Limoges (Haute-Vienne). Les trois autres prix, de 1,000 fr.
chacun, ont été partagés entre MM. Barré, médecin à Besançon
(Doubs\ et Eve, médecin, à Toul (Meurthe) ; 2» entre MM. J^qy-
naud, médecin à Montauban (Tain-et-Garonne), et Nedey, méde-
cin à Vesoul (Haute-Saône) ; 3° entre MM. Martin, chirurgien à
Teste-Ja-Madeleine (Orne), et Pignot, médecin à Issoudun (Indre).
Il a été accordé, en outre, vingt médailles d'or et deux cents mé-
dailles d'argent.
Société d^enrouragemeni pour l'industrie nationale. — La distribu-
EUROPE. 679
lion des prix de cette société s'est faite le 3 octobre deinier. On
a d'abord lu une lettre par laquelle le ministre de l'intérieur
invite la Société à provoquer, par un concours, le perfectionnement
de machines à égrener le coton, perfectionnement dont le besoin
se fait sentir de plus en plus dans nos colonies. La Société a
pensé qu'elle satisferait mieux et plus promptement au désir du
ministre^ en chargeant une commission spéciale de faire des re-
cherches et des expériences sur ce sujet.
Le rapport sur les résultats généraux du concours a été fait par
M. Cl. Anth. Gostaz, l'un des secrétaires; conformément aux con-
clusions de ce rapport, la Société a retiré du concours le prix
qu'elle avait proposé pour une substance végétale, naturelle ou
composée, propre à remplacer la feuille du mûrier dans la nour-
riture des vers à soie, et remis à l'année prochaine les prix suivans :
i" pour l'application de la presse hydraulique à l'extraction de
l'huile, 3,000 fr. ; 2» pour une machine à raser les peaux employées
dans la chapellerie, 1,000 fr. ; Z" pour la fabrication du fil d'acier
propre à faire les aiguilles à coudre, 6,000 fr. — Nota. La condition
qui fixait à 10,000 fr. le montant de la vente dont les concurrens
devaient fournir la preuve, est supprimée ; 4° pour le perfectionne-
ment des m atériaux employés dans la gravure en taille-douce, 1 ,000 f. ;
5" pour la teinture en écarlate sur laine avec la garance, 6^000 fr. ;
6° pour la cuLtjire du pin laricio, 1 ,5oo fr. ; 7° pour la culture du
pin d'Ecosse (pinus exbra), 1,000 fr.; 8<» pour la fabrication du cuir
d'œuvre de Russie ; 1*' prix, 3,ooo fr. ; a« prix, i,5oo fr. ; 9» pour un
moulin à nettoyer le sarrasin , 600 fr. ; 10° pour un alliage propre
aux machines à diviser les substances molles alimentaires, 3,ooofr.
— Nota. Une mention honorable a été décernée, pour cet objet, à
M. Louis Salmon, chimiste, place de l'Estrapade, n» 1.
La Société a prorogé à l'année iSaS les prix pour la conserva-
tion des viandes, par le procédé de M. Appert, ou tout autre exécuté
en grand, 2,000 fr. ; et à l'année 1824» pour la dessiccation des
viandes, 5,ooo fr.
Les nouveaux prix proposés sont : i" pour l'importation et l'ac-
climatement des plantes utiles aux arts; i«' prix, 2,000 fr. ; 2« prix,
1,000 fr,; n* pour la plantation des différentes espèces d'arbres;
»*' prix, 3,000 fr. ; 2» prix, i,5oo fr. ; 3° des médailles d'or de 5oofr.
scxont décernées à chacun des trois propriétaires qui, avant l'année
CbO EUROPE.
i8!24» et dans un pays où il n'existe pas dit pui(s asièsiens ^ ea
aurait introduit l'uiage pour servir à l'irrigation d'un terrain d'au
moins cinq hectares.
Il a été ensuite procédé , dans l'ordre suivant, à la distribu-
tion des prix remportés ; i° prix de 600 fr. , pour la découverte
d'une carrière de l'espèce de pierre propre à la lithographie, dé-
cerné à M. Lefébure Chaillois, professeur de dessin au collège de
Belley; 2° prix de 1,200 fr. , pour la culture comparée des plantes
oléagineuses, décerné à M. Mathieu de Dombasle, propriétaire à
Nancy. Cette question était au concours depuis 1808. 3° Deux
prix, l'un de i,5oo fr., pour la culture du pin de Corse ou laricioy
et l'autre de 1,000 fr. pour la culture du pin d'Ecosse, réservés;
savoir : le i*^ à M. Petit Didier, négociant à Saint-Dié (Vosges), et
le 2* à M. Trochu, propriétaire à Belle-Isle-en-mer ; 4° niédaille
d'argent décernée pour le même genre de culture à M. le che-
valier de Brun des Baumes , docteur en la faculté des sciences
de l'université royale, propriétaire à Champrond , prèsEtampes;
5" prix de 1,000 fr., pour la construction d'un moulin à eau qui n'obs-
true point le cours des rivières et qui ne nuise ni 4 la navigation,
ni à l'irrigation , ni aux prairies , décerné à M. Pouguet , char-
pentier k Ornans^ département du Doubs. (Voy. la Revue, T. XI,
page 617); 6° encouragement de 1,000 fr., partagé entre MM. Werdet
et Géant, de Paris, pour avoir tenté, avec quelque succès, de
résoudre le problême qui avait pour objet la teinture de la laine
êcarlate avec la seule garance ; 7" prix de 5, 000 fr., pour la meil-
leure instruction élémentaire et pratique sur l'art de percer , à
l'aide de la sonde du mineur , les puits astésiens , décerné à
M. Garnier, ingénieur des mines à Arras.
Il nous reste à faire connaître ce que nous avons remarque de
plus intéressant parmi les produits industriels dont l'exposition a
fait l'ornement de cette séance. Nous parlerons d'abord des pre-
miers résultats d'un travail considérable, ordonné par la Société ,
et qui consiste en recherches sur l'amélioration de l'acier, par son
alliage avec différentes substances. Les expériences sont dirigées
par M. Bréant, vérificateur des essais à la Monnaie, chimiste
habile et plein de zèle pour les arts; il a déjà combiné entre eux
plus de cinq cents alliages dilTércns, et acquis la connaissance de
plusieurs faits imporlans qui seront rendus publics.— Les commis-
EUROPE. 681
saires de la Société s'occupent en même tcms de l'exauiea d'un
procédé particulier, au moyen duquel M. Sirhcnry, coutelier, place
de rÉcolc-de-Médecine, est parvenu à durcir l'acier , d'une ma-
nière étonnante (Voy. la Reloue, T. IX, pag. 672.) C'est ainsi que
les encouragemens accordés en 1819 et 1820, parla Société, aux
travaux de madame de Grand-Gurgey, de Marseille, sur la fabri-
cation des damas, ont assuré à la France la conquête d'un nouvel
art. — Une grande coupe et autres articles en plaqué d'argent ont
été exposés par M. Jallabert, mécanicien, rue du Temple, n" 98.
On sait combien cette espèce d'argenterie économique est aujour-
d'hui répandue, et combien la fabrication en est perfectionnée. —
Divers produits qui ne sont point encore en circulation dans le
commerce ont fixé notre attention. Tels sont des échantillons de
marbre factice , préparés en vertu d'un brevet d'invention , par
M. Tissot, horloger mécanicien à Paris. L'architecture et la sculp-
ture ne peuvent manquer de s'emparer de cette découverte et d'en
tirer de grands avantages.
Ne pouvant faire connaître en détail tous les objets qui ont attiré
notre attention; nous renverrons, pour les développemens, au bul-
letin de la Société, et nous nous bornerons à citer : 1° divers pro-
duits très • soignes de la manufacture des apprentis pauvres et
orphelins, rue du Faubourg-St.-Denis,n° i52. (Voy. la Rev.y T. IX,
page 2o6j ; 2" la coutellerie fine de MM. Queillé, rue du Faubourg-
IVïontmartre, n° 74 , et Cardailhac, rue du Roule, n° 4 ; 3° les
rasoirs si justement renommés et les cuirs à repasser de M. Pro-
dico, rue Bourg l'Abbé, n* 2a; 4** une horloge publique en fer
fondu , de M. Wagner, rue du Cadran ; 5» une sphère dite à lan-
terne , appareil propre aux démonstrations astronomiques et géogra-
phiques, exécutée par M. Richer, boulevard Saint- Antoine, n°7i;
ô* une nouvelle règle à calculer présentée à la Société, par M. Sar-
gent , anglais, domicilié à Paris, allée d'Antin , n» _ 3 ( Champs-
Elysées) ; un autre instrument du même genre, exécuté par M. Le-
noir, rue Saint- Antoine, n° 34o; 7'» \xn arithmomèlre ou machine
à calculer, inventée par M. Thomas de Colmar, rue de l'Echiquier,
n*> 33; 8" des tuyaux de plomb sans soudure, depuis six lignes
jusqu'à quatre pouces de diamètre , étirés à l'aide d'une machine
à vapeuFj dans la plomberie de M. Lenoble , rue des Coquilles ;
9° des marbres indigènes , extraits des carrières découvertes dans le
682 EUROPE.
département du Nord, par M. le baron Morel, et dans le dépar-
tement des Ardennes, par M. Bourguignon; lo" des jarres d'une
très • grande dimension et autres vases en poterie grès de la fa-
brique de Montel (Saône -et -Loire) ^ appartenante M. Lanjorrois ;
11" une cheminée portative àït% parisienne, et des garde-vues en
porcelaine, de M. Lhomond, rue du Faubourg-du-Temple, n" 3o}
12° des vignettes gravées en relief d'après une nouvelle méthode
par M. Deschamps, rue du Battoir^ n" 26; i3<» enfin, des nappe$
et serviettes damassées en fil de lin , de M. Dollé fils, fabricant de
linge de table _, à Saint-Quentin (dépôt à Paris, rue Montmartre i
n» i32) ; 14* à la fin de la séance, un musicien d'un des régimens
de la garde royale a fait entendre Vophicléide ou serpent à clefs
perfectionné par M. Labbaye fils, rue de Chartres, n« i4.
^ Société de géographie. — Assemblée générale. — Aucune Société
ne .s'est élevée sous des auspices plus favorables que la Société de
Géographie, dont nous avons déjà annoncé la formation et le but.
{Vojez ci-dessus, p.. 226 et 46o. ) L'assemblée générale de ses
membres a eu lieu, le i5 décembre, à l'Hôtel-de-ville ; et, parmi ces
véritables amis des sciences, on a pu distinguer le savant, l'homme
d'état et l'étranger lui-même, qui sont venus contribuer à la for-
mation de cette belle institution. La liste imprimée des membres
de la Société en porte le nombre à près de 23o, nombre qui s'ac-
croît encore journellement ; tant il est vrai que ce qui est beau,
honorable et utile ne peut manquer de trouver en France de justes
appréciateurs. La séance a été ouverte par un discours de M. Barbie-
Dubocage. père, président provisoire; ce savant s'est attaché à
retracer à l'assemblée le but, les motifs et les avantages de l'asso-
ciation. On a procédé ensuite à la formation du bureau et de la
commission centrale, chargée, au terme du règlement, d'agir au
nom de la Société; voici le résultat des divers scrutins :
Président, M. de la Place, pair de France, de l'Institut ; — i>ice-
présidens , MM. de Rosily-Mesros, directeur du dépôt de la marine «
et de Chateaubriand , membres de l'Institut; — secrétaire, M. de
Pastoret fils, maître des requêtes; — scrutateurs, MM. Ternaux
aîné ,.et Delessert, membre de l'Institut ; — trésorier , M. Ghapellier ,
notaire; — archiviste bibliothécaire. M, Champollion-Figeac , cor-
respondant de l'Institut. Merabres de la commission centrale :
EUROPE. r,8r>
MM. Langltjs, IJarbié-Dubocage, membres do l'Iûstilut; — Amédée
Jaubert, professeur de turc, à l'école royale des langues orientales;
— Héricart de Thury, ipspecleur général des carrières de Paris; —
Letronne, Jomard,Walckenaer, membres de l'Institut ;-^ de Rossel,
membre de l'Institut, sous- directeur du dépôt de la marine; — Louis
de Freyciaet, capitaine de vaisseau, correspondant de l'Institut;
— Malte-Brun ,^ Eyriès, hommes de lettres; — Lapie, chef d'escadron
du génie,, géographe; — Denon et de Humboldt, membres de l'Ins-
titut ; —Guilleminot , inspecteur général des ingénieurs géographes;
— Girard, Beautems-Beaupré, Coquebert-Montbret, membres de
l'Institut ; — Jacotin, colonel des ingénieurs géographes ; — Warden,
ancien consul des Etats-Unis d'Amérique;— Roux, chef de division
au ministère dés affaires étrangères; — Puissant, chef d'escadron
au corps des ingénieurs géographes; — Castellan, membre de l'Ins-
titut;— Champollion jeune, homme de lettres; — George Cuvier,
membre de l'Institut ; — Cirbied, professeur d'arménien à l'école
royale des langues orientales; — Tromelin, maréchal de camp; — '■
Bajot, rédacteur des Annales maritimes ; —de Châteaugiron , A. de
Pasloret , maître des requêtes ;— Verneur, rédacteur du journal des
Voyages ; — de Férussac, chef d'escadron au corps royal de l' état-
major ; — Barbié-Dubocage (Alexandre) ; — Vauvilliers , secrétaire-
général du ministère de la marine.
Société de la morale chrétienne. — Cette Société , d'un genre
tout nouveau en France , a tenu sa première assemblée générale ,
le 20 décembre, dans le local des séances de la Société d'encourage-
ment pour l'industrie nationale. M. de la Rochefoucault-Liancourt,.
pair de France, président, a prononcé un discours, où il a exposé, avec
une éloquence douce et persuasive, le but et le plan delà Société.
On a lu ensuite un rapport de M. Wilm, l'un des secrétaires , sur l'o-
rigine et les progrès de l'association. Ce sont les Sociétés de la Paix ,
fondées en Angleterre (^.ci-dessus, p.65o) qui ont provoqué l'établis-
sement en France de la Société delà morale chrétienne ; mais celle-
ci est basée sur un plan plus étendu ; aucune idée morale , aucune
institution philantropique ne lui restera étrangère. Nous ne doutons
point que toutes les personnes qui , en France et même en Europe^
allient dans leur esprit les saines idées politiques aux idées mo-
rales et chrétiennes, ne s'empressent de s'affilier à la Société
nouvelle. L'assemblée était composée d'une manière fort distinguée;
68A EUROPE.
on y remarquait des personnes des trois communions chrétiennes
qui existent en France , des membres des deux Chambres , des ec-
clésiastiques, des membres de l'Institut, etc. Les réunions ordinaires ,
auxquelles tous les souscripteurs ont droit d'assister , auront lieu
le premier lundi de chaque mois , à sept heures du soir. On espère
que le premier cahier du journal de la Société pourra être publié
avant la fin de janvier 1822. En attendant, on reçoit les lettres et
les souscriptions, à Paris, chez MM. Treuttel et Wùrtz, rue de
Bourbon, n° 17, et à Londres, même maison ^ Soho-Square, n° 3o.
X.
Médecine.-^ Vermifuge. — M. le docteur Bouillon - Lagrange a
proposé dernièrement de substituer un sirop d'une saveur agréable,
et dans lequel.il entre une certaine quantité d'huile volatile de
semen-contra , à toutes les préparations vermifuges qu'on a faites
jusqu'à présent avec cette substance, et que les enfans ne prennent
qu'avec dégoût. Il suffit de leur donner quelques cuillerées de ce
sirop et de les purger ensuite, pour obtenir leur guérison.
TnÉATaES. — Second théâtre français. — LeParia^ tragédie en cinq
actes , par M. Casimir Delavisîie (i^' décembre). — Cette pièce, sur
laquelle uous reviendrons plus tard , a obtenu un succès d'en-
thousiasme. Sujet, mœurs, caractères, poésie, tout est neuf
dans ce bel ouvrage, où les couleurs locales sont employées avec
une habileté dont il est peu d'exemples. L'action est simple ; l'au-
teur n'accumule pas les événemens, il développe les situations.
En voyant le Paria , on n'éprouve pas de ces émotions violentes
dont le mélodrame a fait un besoin pour certains spectateurs ,•
mais on est captivé par un intérêt doux et touchant, qui, dans les
deux derniers actes , se change en une pitié vive et déchirante.
Les critiques ont attaqué le personnage du vieux Paria ; ils ont vu
de l'égoïsme dans la tendresse jalouse et passionnée qu'il montre
pour son fils. Comment ! c'est d'après nos mœurs qu'oD veut juger
l'amour paternel dans un vieillard presque sauvage, rejeté par la
société, et qui, après avoir perdu la compagne de sa vie, s'est
trouvé seul au monde avec son fils; la fuite d'un enfant ingrat
l'a réduit au désespoir , elle l'a fait douter des dieux , et l'on
s'étonne qu'il aime mieux vivre* au fond d'un désert , avec ce fils,
objet de toutes ses ailections, que de pailagcr avec lui un bonheur
EUROPE. 685
fondé sur une imposture dont la découverte doit les conduire tous-
deux à la mort ! Combien il était facile à M. Dclavigne d'obtenir,
aux dépens de la vérité , les suffrages de ces critiques irréfléchis ,
en mettant dans la bouche de son vieux Paria quelques vers de
rhéteur. Félicitons-le de n'avoir consulté que la nature, et de s'être
affranchi de l'obligation ridicule qu'on voudrait imposer aux auteurs
tragiques, de faire agir et parler leurs personnages de tous les
tems et de tous les pays, comme parlent et agissent les Français de
hos jours.
Mais, si quelques dissentimens existent sur le plan de Touvrage,
on est unanime sur le style ; on y trouve réunis la vérité, l'éléva-
tion , et souvent la sublimité des pensées ; l'abondance et la variété
des images; la richesse et l'harmonie des expressions. Enfin, je
pense que cet ouvrage, bien supérieur aux Vêpres Siciliennes^ n'a
pu être composé que par un homme de génie , et qu'il place
M. C. Delavigne au rang de nos plus grands poètes.
A. MiCHELOT.
Opéra-Comique. — Léonore et Félix, opéra en un acte, paroles
de feu Saint-Marcelin, musique de M. Benoit (27 novembre). —
Dona Eléonore, éprise d'un cavalier qu'elle a vu une ou deux fois,
s'attache secrètement à ses pas, dans le double dessein de s'en
faire aimer, et de lui faire oublier une coquette dont elle le croit
amoureux. Un valet adroit, qu'elle a mis auprès de don Fernand,
attire ce dernier à Tolède, où la jeune veuve parvient bientôt à
faire naître une pas'sion aussi vive que la sienne. Pour mieux s'as-
surer sa conquête, elle reparaît sous les trî^its de don Félix, cousin
prétendu de Léonore j et finit par exciter la jalousie de don Fer-
nand, au point de lui faire mettre l'épée à la main contre celui
qu'il croit son rival préféré. Décidée par cette dernière preuve
d'amour, Léonore se fait connaître, et accorde sa main à l'heureux
don Fernand. On doit être indulgent pour un ouvrage posthume;
cependant, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer qu'il
aurait fallu une intrigue moins usée et un dialogue plus piquant,
pour faire oublier l'invraisemblance du sujet. Peut-être M. Benoît
à-t-il voulu montrer trop de science dans sa musique ; mais les
spectateurs ont applaudi un trio fort agréable , une romance chai-
niante et un nocturne harmonieux.
fili
686 EUXIOPE.
"Publications noovellbs et prochaines. — Atlas communal de la
France <,par dipisions militaires. Cet atlas, dessiné par M. Ghable,
dessinateur géographe attaché au bureau de la guerre , et gravé par
les artistes les plus habiles de Paris , sera composé de 21 feuilles,
contenant chacune une division militaire. Si l'on en juge par les
neuf cartes déjà publiées , cet atlas sera sans contredit le plus beau
et le plus complet qui ait été fait jusqu'à présent. Circonscription
par départemens, arrondissemens et cantons; position de toutes les
communes de France , des routes , des canaux , des forêts ; relais
et bureaux de poste , étapes , places fortes , directions du génie
et de l'artillerie, brigades de gendarmerie, etc., tout a été établi
d'après les documens les plus exacts et avec les soins les plus
minutieux. Chaque feuille contient deux légendes qui donnent les
noms classés par ordre alphabétique des départemens , des arron-
dissemens, des cantons , ainsi que lés établissemens religieux, civils
et militaires qu'elle renferme ; des tableaux particuliers offrent encore
la population et la superficie des principales villes, leur distance
de Paris, etc. etc.
. Chaque carte coloriée est, pour les souscripteurs, du prix de 4 fr,
25 cent., ce qui fait pour l'atlas 89 fr. iS cent. On souscrit à Paris,
chez M. Dandalle, rue du Cherche-Midi, n» 4o> e* chez Eymery,
rue Mazarine, n^ 3o.
— Collection des meilleurs ècriuains en prose de la Grande-Bre-
tagne, avec des préfaces critiques et biographiques, par Sir John
Byebley.
Cette collection se composera de trente-six volumes in-52, imprimés
sur papier grand-raisin vélin satiné, par Fibhir Dicot, et ornés
du portrait de chaque auteur , gravé sur des dessins faits à Londres
d'après des peintures authentiques. Elle se publiera de mois en mois,
à dater de décembre prochain , par livraison de deux volumes.
Le prix de chaque volume est fixé à 3 fr. , et 3 fr. 5o cent, pour
les plus gros. On souscrit t Paris chezMALEPEYBB , libraire , rue Gît-
le-Cœur, n** 4«
Bkaux-ahts. — Orai'are. — M. Forster a gravé, depuis peu, le tar
bleau de V Aurore et Céphahi exposé en 1810, par M. Guérin. Cet
artiste s'est fait remarquer, il y a quelques années, par son portrait
du général Wellington , d'après Gérard. Depuis, il a donné une
gravure du tableau dans lequel le Titien aurait , dil-on, représenté sa
EUROPE. 687
maîtresse; mais il n'a pas été aussi heureux dans cet ouvrage qui, au
reste, offrait de grandes difficultés. Celui que j'annonce aujourd'hui,
V Aurore et. Céphale^ prouve de nouveau que M. Forster manie le
burin avec beaucoup d'habileté; mais ce n'est pas assez de bien
tailler le cuivre. Pour plaire aux véritables connaisseurs , il faut
encore que le graveur reproduise, le plus complètement possible ,
le sentiment du maître et l'effet général du tableau. M. Forster,
trop occupé de son outil, ne s'est pas assez appliqué à donner du
charme et de la douceur à sa gravure ; il règne, au contraire, dans
celte production, une sécheresse que la précision du burin ne peut
racheter, à mes yeux. Que M. Forster considère aveft soin les
ouvrages de Morghen et de ses principaux élèves , MM. Longhi et
Anderloni, et cet examen lui expliquera ma pensée tout entière.
Cependant, je dois le dire, cette gravure a eu beaucoup de succès,
parce qu'il est un grand nombre d'amateurs qui sont bien plus
Géduits par l'habileté de la main , que par la finesse des contours et le
charme de l'expression.
— Un des élèves de notre illustre David, M. Potrelle, vient de
faire paraître la gravure d'un des derniers tableaux de son maître,
Y Amour et Psyché. Il a pensé , sans doute , honorer le chef de
Pécole française , et faire, en même tems, une entreprise lucrative ;
mais je crains qu'il ne se soit trompé, et qu'il n'ait pas assez me-
suré ses forces. Cette gravure est un ouvrage à peine au-dessus du
médiocre, et que le nom du peintre peut seul faire acheter.
— M. Lemonnieb, membre de l'ancienne académie de peinture
et administrateur de la manufacture des Gobelins, exposa, en i8i4,
deux tableaux' où il s'était proposé d'offrir les portraits des person-
nages célèbres de France , à deux époques également remarquables.
Dans l'un, il avait montré François I«' recevant , à Fontainebleau,
la grande Sainte famille que Raphaël venait d'exécuter pour lui.
Ce prince était entouré non seulement des grands de sa cour, mais
encore des artistes, français et étrangers, qu'il avait appelés près
de lui , tels que Léonard de Vinci , Jean Cousin , Jean Goujon )
Serlio, le Primatice alors occupé à embellir Fontainebleau , lieu de
la scène , etc. Dans l'autre , il avait représenté, réunis dans le salon
de madame Geoffiin pour y écouter la lecture de V Orphelin de la
Chine ^ faite par le Kain , tous les personnages remarquables de
cette époque. Ces deux tableaux fure nt effectivemeat remarqués ;
688 EUROPE.
1
malheureusement, les connaisseurs n'y trouvèrent pas cette fînessé
et cet éclat d'exécution qui peuvent seuls soutenir l'attention ; ce-
pendant, ils viennent d'être gravés à Vaqua tinta par MM. Debucourt
et Jazet. Ces deux gravures, d'une dimension considérable, sont des-
tinées à former pendans.
M. Jazet, qui s'est chargé du tableau de François 1*=', est l'homme
le plus habile dans le genre qu'il a choisi ; je crains cependant
qu'il ne veuille abuser de la facilité de ce genre et de son talent.
Je crois même que , dans cette dernière production , il n'est pas
entièrement égal à lui-même. Quant à M. Debucourt , maître
de M. Jazet, il est certainement bien loin de ma pensée de vouloir
l'affliger; mais je dois la vérité au public , et la vérité me force de
dire que sa planche ne vaut pas celle de son élève.
Lithographie. — Dans le grand nombre de tableaux où Raphaël
a représenté la Sainte famille, on ne sait ce que l'on doit le plus
admirer, de l'inépuisable variété qu'il a su répandre dans ses com-
positions, ou de la grâce particulière qu'il a imprimée à chacune
de ces productions. Celui de ces tableaux, que l'on nomme la Vierge
au linge, quoique d'une petite dimension, n'est pas moins un
modèle de noblesse et d'expression. L'enfant Jésus surtout est d'un€
finesse de couleur et de modèle extrêmement remarquables. Un
artiste moderne , d'un talent reconnu , a essayé de graver ce tableau;
mais il est l'esté éloigné du modèle. Un jeune russe, M. Haberzettel,
a tenté la même entreprise par un autre moyen. Il vient de publiei
un recueil de quatre planches lithographie es , qu'il a intitulées ;
Etudes de la Vierge au linge. La première planche est la copie
réduite du tableau; dans les trois autres, il a représenté, de même
dimension que l'original , chacune des trois figures qui composent
le tableau. Quelque désir que j'aie d'être poli et bienveillant
avec le jeune artiste étranger , je dois cependant lui faire ob
server que son travail n'annonce pas assez la recherche de la
correction ; la copie réduite du tableau est vraiment très - loin do
maître; les trois autres planches sont mieux, sans doute, et cepcn
dant il s'en faut de beaucoup qu'elles soient assez étudiées. Dans Ici
épreuves tirées sur fond colorié , rehaussé de blanc , les lumières
sont appliquées avec si peu de délicatesse, qu'il est évident que ce
travail a été confié à des mains vulgaires. Je voudrais que M. Ha-
berïettel, qui paraît aimer son art, fût bien convaincu que, pour
EUROPE. 689
reproduire Raphaël, de manière à mériter les éloges des véritables
connaisseurs, ce n'est pas trop de toute rattention et de tous les soins
d'un homme de talent, P. A,
Njécbologie. — Cadet Gassicourt, — M. Cadet Gassicourt , phar-
macien, docteur es -sciences, l'un des secrétaires de l'académie
de médecine , membre du conseil de salubrité , chevalier de la Lé-
gion-d'Honneur , et l'un des collaborateurs de ce recueil , a été
enlevé à sa famille et à ses amis le 21 novembre dernier, à l'âge
de quarante-deux ans. 11 avait cultivé avec succès les sciences et les
lettres , et ses travaux philantropiques ont souvent été utiles à l'hu-
manité; mais la chimie et les applications de ôette science à la phar-
macie l'avaient spécialement occupé : ses travaux en ce genre lui
avaient acquis parmi les savans de l'Europe une réputation méritée.
Ennemi déclaré du charlatanisme , il l'a constamment poursuivi ,
et il a soutenu plus d'une lutte , inspiré par l'amour de l'humanité,
autant que par l'intérêt de la science.
Il a donné plusieurs ouvrages , parmi lesquels nous citerons :
le Dictionnaire de chimie ; le Formulaire magistral ; la Pharmacie
domestique ; un Vojyage en Autriche; le Tombeau de Jacques Molay,
ouvrage sur les associations secrètes ; un Essai sur la vie privée de
Mirabeau, qui a eu plusieurs éditions ; il a composé , en outre , un
grand nombre d'articles remarquables qui ont été insérés dans le
'Dictionnaire des sciences médicales, le Dictionnaire d'agriculture et
divers journaux scientifiques, ainsi que beaucoup de mémoires excel-
lens et de notices intéressantes. Il laisse imparfait un grand ouvrage
sur la salubrité publique ; les amis de l'humanité et de la science
attendaient impatiemment ce livre , qui est à peu près achevé.
Aux connaissances du savant , à la piquante finesse de l'homme
d'esprit , M. Cadet Gassicourt joignait les qualités d'un citoyen
intègre et dévoué aux intérêts de son pays; il est regretté , comme
doivent l'être tous les gens de bien» Nous lui consacrerons une
notice dans ce recueil.
FIN DU JDOVZIIÎME VOLUME.
TABLE DES ARTICLES
CONTENUS
DANS LE TRENTE-SIXIÈME CAHIER,
DÉCEMBRE 1821.
r. MÉMOIRES, NOTICES ET MÉLANGES.
1. Lettre au sujet de la nouvelle édition des œuvres de
BUffoh.. De Lacépède.' ^ag. iSi
2. ' Des institutions de bienfaisance en Allemagne.
Friedlander. 4^^
II. ANALYSES D'OUVRAGES.
3. Association intellectnelle , parM.Amard.
Bory de Saint-Vincent. 5io
4. Traité complet de Mécanique appliquée aux arts , par. .
M. Borgnis. Le Normand. . 5i5
5. Voyage du prince Maximilien au Brésil , traduit de
l'allemand par M. Eyriès. Aignan, Sai
6. Histoire de l'administration des «écours publics, par
M. Dupin. De la Borde. 5 29
7. Annuaire historique universel, pour 1820, par M. Lesur.
AfeneL 554
8. OEuvres complètes .de Mad. de Staçi. Année. 55 1
9. Recherches sur la lîature du culte de Bacchus,parM.GaiI.
Lanjuinàis. 568
IIL BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Annonces de 102 ouvrages français et étrangers. 571
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.
Amébiqce. — États-Unie. — Brésil. 63 1
Asie, — Indes orientales. 633
Afrique. — Nubie. 634
EuaopB. — Iles-Britanniques. — Russie. — Danemarck. — Alle-
magne.—Suisse. — Italie. — Grèce. — Espagne. — Roj'aurae
des Pays-Bas. — France.— Paris. , ^^i
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R53
1. 12
Revue encyclopédique
PLEASE DO MOT REMOVE
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